Chapitre 5

 

 

            Selphie et Quistis se trouvaient à leur crique préférée. Elles adoraient se baigner dans ce lac bleu et enchanteur. Qui aurait cru que ce petit paradis se cachait dans la Forêt-Noire ! Selphie remonta à la surface. Sur le sable, allonger se trouvait la chatte de Sethsuno. Enfin, si on pouvait dire que cet animal était un chat, car il n’en avait plus la taille. Sheba était devenue très grande. Elle était arrivée à la hauteur des hanches de son maître, qu’elle suivait presque partout. Sauf ce jour-là ! Elle avait refusé de le suivre pour venir avec les filles se bronzer.

 

Zell avait affirmé que Sheba avait dû subir une mutation, sûrement due à une morsure d’un démon. Quand il posa cette question à Sethsuno, celui-ci ne fit que hausser les épaules, avec un léger sourire. Selphie reçut une éclaboussure, elle se tourna vers Quistis qui riait.

 

— À quoi penses-tu, Selphie ? Je ne t’ai jamais vue aussi pensive ?

 

La jeune fille sourit.

 

— À Sheba. Elle ressemble presque à un chien de garde.

 

            En effet, l’énorme chat panthère s’était redressé et grognait au niveau des buissons longeant la petite plage. Les deux jeunes filles eurent un léger sourire et en même temps, elles lancèrent une incantation.

 

— Que la pluie tombe, tombe là où je le veux !

 

            Un vent se leva et juste au-dessus des buissons, une énorme boule mouvante se forma avant d’éclater. Deux cris masculins retentirent et deux jeunes hommes, l’un blond avec une mèche qui biquait et un tatouage sur une face de son visage et l’autre, les cheveux longs bruns attachés sortirent des fourrés légèrement mouiller. Apercevant leurs airs coupables, les deux jeunes filles éclatèrent de rire. Seifer arriva sur ces entre faits.

 

— Les filles ! Votre baignade est terminée. Nous devons rentrer.

 

            Seifer allait partir quand Quistis lui demanda s’il avait vu Sethsuno. En effet, Monsieur n’était pas revenu depuis deux jours.

 

— Oui, il est à l’orphelinat avec Raijin et Fujin. Quand je suis parti à votre recherche, il aidait au jardin.

 

            À leur arriver, les jeunes gens aperçurent des chevaux devant le patio. Quistis observa attentivement le cheval blanc et le reconnut. Contente, elle courut vers la demeure. Edéa Kramer regardait ses invités avec méfiance. Elle avait tout de suite reconnu le Capitaine Sylen D’Ascort, ainsi que son fidèle Ward. Mais la femme ne lui disait rien. Elle avait senti tout de suite qu’elle était une Sorcière de Tar Valon. Cette femme n’était autre que Dame Amelyn, chef suprême. Que voulait-elle ?

 

— Capitaine, je suis ravie de vous revoir.

 

Le soldat inclina la tête pour la remercier.

 

— Moi de même, Madame.

 

Il hésita un instant, puis demanda :

 

— Comment va notre ancienne protégée ?

 

Avant qu’elle ne puisse répondre, la Sorcière répliqua :

 

— Capitaines, nous ne sommes pas venus ici pour faire la conversation.

 

            Edéa remarqua le mouvement d’humeur du soldat. À cet instant, un bruit de pas retentit dans le couloir et une jeune fille blonde dont les cheveux étaient toujours attachés en chignon et dont deux mèches encadraient son visage, apparu. Le Capitaine en resta bouche bée. La petite fille de dix ans était devenue une ravissante jeune fille de seize, dix-sept ans. Sylen aperçut le garçon blond à la mèche et la fille brune qu’il avait connue aussi, derrière Quistis. Un autre garçon blond arriva. Le Capitaine lui trouvait un petit air de soldat. Il avait une certaine démarche militaire.

 

— Capitaine D’Ascort, Ward, je suis heureuse de vous revoir.

 

Les deux hommes sourirent. La Dame Amelyn émit un grognement. Seifer sans mâcher ses mots. répliqua :

 

— Qu’est-ce qu’elle a cette vieille ? Elle s’est mal réveillée !

 

— Seifer ! s’écria la Sorcière, honteuse et furieuse.

 

Le Capitaine eut envie de rire en remarquant l’air offusqué de la Sorcière.

 

— Qui es — tu, jeune homme pour me parler sur ce ton, demanda durement Dame Amelyn.

 

            Nullement effrayé par le ton, le jeune homme répondit d’un ton insolent :

 

— Seifer Almasy de Dollet, M’dame.

 

            La tutrice secoua la tête exaspérée. Ce garçon était irrécupérable.

 

— Pourquoi êtes-vous venus, Capitaine ? demanda Selphie.

 

— Nous enquêtons sur les incendies qui ont détruit vos villages depuis sept ans. Nous savons que la faute en revient aux Lynos.


Zell haussa les épaules.

 

— Ça, nous le savions depuis longtemps.

 

La Sorcière réagit au quart de tour.

 

— Comment le savez-vous ? Les avez-vous vus ?   

 

Les jeunes secouèrent la tête en même temps.

 

— Non, nous, on n’avait rien vu, mais Sethsuno, lui a tout vu.

 

— Sethsuno Mudo est ici ? s’écria Dame Amelyn en se tournant vers la tutrice.

 

— Évidemment que je suis ici. Répondit une voix masculine.

 

            Tous regardèrent vers la fenêtre grande ouverte. Un jeune homme était assis sur le rebord. Les cheveux châtain, les yeux bleus, un nez aquilin et une bouche sensuelle. Il ressemblait un peu à son père. Avec souplesse, il se remit debout. Il était un peu plus grand que Rhys. Il s’approcha de la Sorcière. Il la regardait dans les yeux. Elle se sentit mal à l’aise.

 

— Pourquoi êtes-vous à ma recherche ?

 

— Tu es le seul que nous ne savions pas où tu étais. Ton père était Capitaine des liges. Il a travaillé pour nous pendant très longtemps avec les pères de tes amis présents ici. Nous enquêtons sur sa mort et celle des autres.

 

            Sethsuno porta sa main à son front comme il le faisait à chaque fois qu’il réfléchissait.

 

— Les Lynos recherchaient quelque chose. Je ne sais pas quoi !

 

            Irvine s’exclama d’un coup.

 

— Mais pourquoi ont-ils attaqué Horizon ? Mes parents étaient déjà morts depuis belle lurette.

 

— Ils ne le savaient pas. La seule chose dont ils étaient sûrs, c’était où tous ces liges se trouvaient. C’est tout.

 

— Mais pourquoi ont-ils tué, nos pères et nos mères et pas nous ?

 

Le jeune homme sourit et Dame Amelyn songea qu’il pouvait être dangereux. Il vaudrait mieux que les Sorcières de Tar Valon se méfient de lui.

 

— Ils ont peur de nous. Nous pouvons les détecter sans problèmes et les empêcher de nous nuire. Souvenez-vous les amis ! La nuit où je vous ai forcés à venir camper avec moi dans la forêt. Pendant trois jours, nous avons parcouru cette forêt de font en comble. Jamais un de ces démons n’est venu la nuit nous ennuyer. Au contraire, c’est nous qui provoquions. Nous voulions les dominer et c’est ce qui est arrivé.

 

            Dame Amelyn suffoqua de surprise :

 

            — C’est… C’est impossible ! Seules les femmes ont le don de dominer des démons, de les faire obéir.

 

            Sethsuno éclata de rire. Le Capitaine se dit que ce garçon n’avait vraiment pas froid aux yeux de provoquer la Sorcière. Offensée, elle lança une incantation contre le jeune insolent. Un brasier entoura Sethsuno. D’une main, Quistis lança un ordre et une magie de soin entoura le corps du jeune homme.

 

— Vous voyez, Sorcière ! Vous autres de Tar Valon faisaient toujours cavalier seul. Mon père me racontait toutes ses aventures avec Dame Moiraine. Il me disait que si ces collègues de cette Dame l’avaient aidé plus d’une fois, les démons n’existeraient plus en ce monde. Le destin a décidé de vous punir. Il est difficile de trouver des jeunes filles acceptant d’aller vivre dans votre forteresse…

 

            Sethsuno se tut, Dame Amelyn avait perdu la parole. Elle ne savait plus où elle en était. Ce garçon lui faisait réellement peur.

 

— Je sais que tous les liges qui ont travaillé avec mon père sont morts, sauf une apprentie Sorcière, n’est-ce pas ?

 

            Le Capitaine Sylen répondit à la place de Dame Amelyn.

 

— Oui, elle s’appelle Elany Sumo. Elle vit à Esthar avec sa fille adoptive. Nous savons grâce à la Reine Elayne que plusieurs tentatives d’assassinat avaient eu lieu. Mais au lieu de Lynos, c’étaient des Spectres.

 

— Des Spectres ! Je les hais ! c’est l’un d’eux qui a tué ma mère, murmura Sethsuno d’une toute petite voix.

 

            Le Capitaine se souvint d’une chose également.

 

« À Galbadia, il y a eu également un incendie, fai t par les Lynos. La petite fille de la Reine Astrid a failli y laisser sa vie.

 

— Mon père et celui de Seifer sont nés d’une famille noble de Galbadia. Mon père me disait qu’il avait grandi auprès du fils de la Reine, Philippés. Ensuite, quand il eut atteint sa majorité, mon père s’engagea dans l’armée. Philippés est décédé depuis très longtemps. Peut-être ont-ils cru que l’objet qu’ils recherchaient se trouvait auprès de la Princesse… Euh…

 

— Miliana. Princesse Miliana.

 

            Le garçon haussa les épaules avec indifférence. Il s’enfichait de ne pas connaître les prénoms de la Princesse. Dame Amelyn songea un long moment, puis lança :

 

— Tu devrais venir avec nous à Galbadia, jeune homme. Tu pourrais la rencontrer et lui faire avouer ce qu’elle nous a tu.

 

            Sethsuno regarda ses amis, en particulier Seifer. Celui-ci hocha la tête.

 

— D’accord !

 

            La Sorcière en fut très contente. Elle pourrait s’occuper de neutraliser les pouvoirs du jeune homme.

 

— Mais mes amis m’accompagnent.

 

            Le sourire carnassier de l’Amelyn qui commençait à se former disparut aussitôt. Seule, elle aurait pu le neutraliser avec ses collègues, mais avec ses amis s’était fichue.

 

 

                        Le jardin était magnifique avec ses rangées de différentes fleurs de toutes couleurs. La Princesse Miliana adorait se promener dans l’allée, seule, sans être surveillée par un garde ou par sa servante. Le soleil miroitait sur ses longs cheveux blond couleur de miel. D’une main blanche et délicate, elle repoussa une de ses mèches. Miliana soupira un long moment.

 

            Elle avait déjà rejeté au moins une dizaine de prétendants. La Princesse s’approcha de la fontaine au centre du jardin. Elle jeta un rapide coup d’œil autour d’elle. Elle ne voulait pas qu’on l’aperçoive utiliser la magie. Du bout de ses doigts délicats, elle effleura l’eau et murmura :

 

— Petite fontaine, montre — moi ce que tu caches au fond de toi !

 

            L’eau se brouilla et une image apparut. Miliana sourit. Elle avait réussi du premier coup. Le miroir de l’eau lui montrait une troupe de cavaliers. Elle reconnut le Capitaine Sylen et ses hommes, ainsi que Dame Amelyn, mais les jeunes gens qui les accompagnaient, c’était la première fois qu’elle les voyait. Elle ordonna un gros plan sur chacun d’eux.

 

            Elle sentit son cœur battre pour deux d’entre eux. L’un était châtain, l’autre blond, mais il avait la même posture. Le brun était plus attirant, car elle sentait en lui un sacré don pour la magie. Elle ordonna un gros plan sur lui, mais le miroir lui désobéit et forma une autre image.

 

            Cette fois, il montrait un salon de bonne coupure. Une jeune fille regardait par la fenêtre. Miliana se demandait qui elle pouvait être. En tout cas, elle ne venait pas de Galbadia, car la Princesse connaissait toutes les filles de son âge. La jeune inconnue se retourna et Miliana put apercevoir son visage. Un sentiment de jalousie se forma dans son cœur.

 

            Le miroir créa une deuxième image à côté de la fille. Elle y voyait à nouveau le jeune homme châtain. Pourquoi le miroir lui montrait-il ses deux personnes ? D’un seul coup, elle s’aperçut que les deux jeunes gens semblaient la regardait droit dans les yeux et lui demandaient qui elle était. Elle en fut tellement terrifiée que le miroir s’éteignit.

 

Au bruit de pas, Miliana se retourna et y aperçut une servante. Celle-ci observait la jeune fille d’un regard de suspicion. Miliana la reconnut. Elle avait été engagée depuis peu et était à son service. Miliana ne l’aimait pas. Elle la trouvait trop curieuse.

 

— Princesse ! Sa Majesté voudrait vous voir.

 

— Merci Mildred. Je m’y rends de ce pas.

 

            Ce qu’elle fit aussitôt. La servante s’attarda un peu. Près d’elle, un squelette apparu.

 

— Tu fais du bon travail, Mildred. Continue comme cela. Surtout, veille à tous ses déplacements.

 

La servante hocha la tête.

 

— Elle a utilisé de la magie sur cette fontaine, mais je n’ai pu voir ce qu’elle y a vu…

 

— Un scan ! Mmh… On dirait que notre jeune Princesse serait douée pour la magie.

 

Il se tut un instant.

 

— Quand nous n’aurons plus besoin d’elle, il faudra s’en débarrasser.

 

            La servante hocha à nouveau la tête, puis comme si de rien n’était, reprit le chemin menant à l’intérieur du grand Manoir.