Chapitre 4

 

 

            Le marché de Esthar était le plus célèbre, car on y trouvait tout ce que l’on voulait. Alors, une fois par semaine, Elany Sumo sortait de chez elle pour se mélanger à la population disparaître de Esthar. Sa fille adoptive l’accompagnait. Elles discutaient sans interruption pendant de longs moments. Les marchands essayaient en vain de leur faire acheter leurs marchandises, mais en pure perte. Au bout d’un quart d’heure, Alia Sumo aperçut une très jolie robe bleue. Pendant que celle — ci s’extasiait devant, Elany se rendit à l’étal en face en riant.

 

— Bonjour Elany ! s’exclama l’herboriste.

 

— Bonjour Mylène. J’aurais besoin de différentes herbes aujourd’hui. Je vais essayer une nouvelle formule. Tiens, voici la liste.

 

Elle lui tendit la feuille, puis se tourna vers sa fille, toujours en admiration devant la robe. À quatorze ans, Alia était ce que l’on pouvait dire une jeune fille à l’apparence adulte et des plus belle. Son visage doux aux traits fins ressemblait à celui des anges. Ces cheveux étaient très noirs, mais certains mèches reflétaient de l’auburn. Ses yeux couleur chocolat donnaient envie de les croquer. Elle discutait avec entrain avec la vendeuse. Mylène, tout en travaillant, observait la scène.

 

— Alia a bien grandi. Elle est devenue une très belle jeune fille.

 

Elany soupira de tristesse. Marina aurait été fière de voir ce qu’est devenue sa fille.

 

— Bientôt, tu auras une meute de jeunes hommes devant ta porte.

 

Elany fixa l’herboriste, surprise. Elle avait raison. Alia avait quatorze ans déjà.

 

— Mon Dieu ! Tu as raison, Mylène. Le temps passe si vite. Je ne l’ai pas vu grandir. Elle se tut puis d’une voix émue, elle reprit. Cela fera bientôt huit ans que Marina est décédée.

 

            L’herboriste se tourna vers Alia. Pauvre fille ! Son père était mort sur un champ de bataille et sa mère s’était laissée mourir de chagrin. Heureusement qu’Elany, la sœur cadette de Marina, fut présente pour s’occuper de la petite fille.

 

            Un frisson glacial traversa Elany. Son regard erra autour d’elle… Son don n’était pas mort depuis toutes ces années. Un démon était dans les parages. D’habitude, ils évitaient les grandes villes. Une vieille dame en robe grise s’approcha d’elle. Elle la regardait sans la voir. Elany la reconnut. Cette Sorcière travaillait pour la Reine Elayne d’Esthar.

 

— Elany Sumo, tu devrais surveiller tes arrières, maintenant. Tu n’es plus en sécurité, même dans cette ville.

 

            Stupéfaite, elle l’interrogea :

 

— Que voulez-vous dire ?

 

— Tous vos anciens collègues ont été assassinés.

 

            Cette nouvelle fut comme un coup de poignard. Elle se souvient d’un très beau regard bleu posait sur elle et un sourire moqueur. Elle ferma les yeux. À une époque, elle avait laissé filer son unique amour et il était mort. comme si elle avait lu dans ses pensées, Eugénia annonça :

 

— Rhys Mudo fut le premier à succomber ainsi que sa femme. Son fils a survécu, mais nous ne savons pas où il se trouve.

 

« Rhys avait eu un fils de Brenda ». Des larmes montèrent à ses yeux. Elle eut dû mal à les refouler.

 

— Comment est-il ? Euh… sont-ils morts ?

 

            Eugénia s’aperçut de l’erreur dans sa phrase. Elle connaissait très bien les sentiments qu’Elany avait portés pour Rhys. Tout Tar Valon le savait. Eugénia se souvint que sa collègue Moiraine disait que ces deux là étaient faits l’un pour l’autre. Mais le destin se chargea de la contredire en la présence de la jeune bergère Brenda Finch.

 

— Par des incendies criminels. D’après Dame Amelyn ce serait les Lynos. Mais elle ne comprend pas pourquoi !

 

            Elany se passa une main dans ses cheveux longs et blonds.

 

— Est-ce que les autres avaient une famille ?

 

            Eugénia ingurgita sa salive avec difficulté.

 

— Oui, mais les enfants sont en vie. Il semble que le destin les a réunis dans le même orphelinat. Le seul dont nous ne savons pas où il se trouve est le fils de Rhys. Dame Amelyn en personne, s’est rendue à Shumy et a rencontré Alyssa Mudo. Elle n’a rien voulu dire. Simplement qu’il était parti sans laisser de trace. D’après Dame Amelyn, elle aurait menti, mais elle n’a pu en savoir plus.

 

            Elany sentit sa gorge s’assécher.

 

— Alors, je suis la seule survivante des liges et ma vie ne tient qu’à un fil.

 

Elle jeta son regard partout. Cette sensation d’être épié était toujours présente. Eugénia attrapa son poignet et s’exclama :

 

— Cette petite tombera facilement sous le charme d’un étrange garçon. Méfie-toi, Elany !

            La jeune femme hocha la tête encore surprise par la dernière phrase. Alia avait la tête bien accrochée à son cou. Il était difficile de la berner, de lui mentir. Comment ce garçon se prendrait-il pour l’avoir ? Étrange !

 

            Son esprit oublia le présent pour se rappeler le bon vieux temps où elle était Lige Sorcière auprès de Moiraine et en compagnie de son meilleur ami Rhys.