Carlin : dessin réalisé par Yakimochi
Carlin : Prologue
Prologue : Carlin Oda
Le soleil se levait doucement sur une ville encore à moitié endormie, illuminant de sa chaleur tous les foyers environnants. Dans l’un d’eux, une femme énergique préparait avec tendresse le petit déjeuner pour son fainéant de fils. Avec le sourire, elle dressait la table avant de se diriger à l’étage où elle frappa à la première porte. N’obtenant aucune réponse, elle soupira avec un petit rire et entra dans la pièce.
La chambre n’était pas très grande et peu meublée. Une légère tristesse traversa un instant le regard noisette de la mère. La seule touche personnelle de la pièce aux murs désespérément blanc était le carnet à dessin sur la commode. La mère s’en approcha sans trop faire de bruit. Son fils n’aimait pas que l’on regarde ses dessins sans sa permission. Après avoir juste jeté un coup d’œil vers la forme encore endormie, elle ouvrit le carnet. La première page représentait un jardin d’enfants. Même si la scène était dessinée en noir et blanc, la mère n’eut aucun mal à imaginer les couleurs et la joie de vivre des enfants ainsi représentés.
Elle était fière de son fils. Il avait énormément de talent, c’était indéniable, mais elle savait aussi qu’à cause de sa nature artistique, égocentrique et réservée, il ne s’attirait pas toutes les sympathies que ce soit des enfants de son âge ou des adultes qui l'entouraient. En entendant du bruit, elle referma rapidement le carnet. Elle s’approcha du lit et se pencha vers son fils. Elle lui caressa tendrement les cheveux tout en l’embrassant sur le front.
- Debout, mon ange ! Si tu continues à jouer à la marmotte, tu n’auras pas le temps de déjeuner.
Le garçon repoussa sa couette et se redressa rapidement en frottant ses yeux encore ensommeillés. La mère eut juste le temps de se redresser pour éviter un coup. Le garçon jeta un coup d’œil en coin et sourit à sa mère.
- B'jour Mam. Qu'est-ce que tu fais ?
- Ce que je fais ? Je suis venue réveiller une marmotte qui a failli m’assommer !
Carlin, tel était le prénom du jeune garçon, s’étira comme un chat avant de se lever pour se rendre dans la salle de bain puis dans la cuisine où sa mère servit son petit déjeuner. Comme d'habitude, il mangea en silence. Ce n’est pas qu’il n’aimait pas la compagnie, c’est juste qu’il trouvait très fatigant de parler. Il préférait écouter et regarder. L’inconvénient de cette situation, c’est que les autres ne comprenaient pas son attitude et certains le traitaient comme un paria, tandis que d'autres le méprisait et le jalousait.
Carlin ne voyait pas pourquoi on pouvait être jaloux de lui. Il n’avait rien d’extraordinaire. Il vivait seul avec sa mère depuis que son père violent avait perdu tout droit sur lui et s’était retrouvé enfermé à vie pour violence conjugale et meurtre. Tout cela remontait déjà à sept ans. À l’époque, Carlin venait d’atteindre sans trop savoir comment ses six ans. Sur son corps grandissant, les cicatrices que son père lui avait faites ne disparaissaient pas et ne partiraient jamais. Toujours en silence, le garçon partit au collège en sachant pertinemment que les aînés, les lycéens seraient là comme d'habitude à l’attendre devant la porte pour le racketter. Ses camarades de classe feraient comme s’ils ne voyaient rien. Ils avaient trop peur de ces garçons de grande taille et ceux-ci en profitaient à merveille.
Personnellement, Carlin n’avait pas peur d’eux, mais il savait qu’il était trop petit, trop chétif pour leur tenir tête. Alors, il leur donnait sans rechigner ce qu’ils demandaient. Comme prévu, les lycéens se tenaient bel et bien devant les grilles. Ils l’aperçurent et vinrent à sa rencontre. Ils étaient cinq en tout, Ludwig le chef, Gustav, Renko, son petit frère Youji et Liam. Les cinq tyrans du lycée voisin du collège, celui que logiquement, Carlin finirait par intégrer l’année suivante.
- Mon petit Carlin, cela faisait longtemps que nous ne t’avions pas vu, susurra Ludwig.
Le garçon leva ses yeux noirs vers le grand jeune homme face à lui et soupira. À cause d’eux, il allait être en retard et le professeur lui donnerait encore une punition. La seule réponse que le lycéen reçut fut un haussement d’épaules. Ludwig en avait assez de ce garçon stoïque. Quoi qu’il lui fasse, il ne réagissait pas. Qu’est-ce qu’il avait ce garçon ? N’avait-il aucun sentiment, aucune émotion, aucune fierté ? Finalement, Carlin sortit son portefeuille, y prit son argent de poche et le tendit aux lycéens. Surpris, ils jetèrent un coup d’œil vers leur chef. Ludwig semblait en colère. D’ailleurs, sa réponse ne se fit pas attendre. Son poing frappa Carlin au visage. Celui-ci reçut le coup sans broncher et tomba lourdement sur le sol.
Renko semblait un peu surpris par la réaction de Ludwig, mais il l’était encore plus par celle de leur victime. Ses amis et lui avaient choisi Carlin comme cible, à cause de son côté fragile, chétif, mais aussi parce que pour un mec, il était beau. Pas de façon efféminée, loin de là ! Il attirait facilement le regard sur lui. Il était de taille moyenne, un visage ovale au teint pâle surmonté d'une touffe de cheveux noir corbeau coupé un peu n'importe comment, au ras des épaules. Mais en même temps, son regard noir intimidait et rendait mal à l’aise toute personne qui le croisait. Ludwig avait décidé alors d’en faire leur bouc émissaire pour cette année tout en sachant qu’ils le reverraient dans leur propre lycée l’année suivante.
Mais contrairement ce garçon n’agissait pas comme les autres victimes de la bande. Bien au contraire, il ne semblait pas avoir peur d’eux, il les regardait toujours droit dans les yeux et ne les baissait jamais même après avoir reçu des dizaines de coups. Aujourd’hui, c’était quand même la première fois que Ludwig le frappait au visage. Cela ne semblait pas déranger le garçon qui se redressait déjà en portant juste une main vers sa bouche pour essuyer le sang. Il s’était mordu la langue. Renko remarqua aussitôt que Carlin fixait Ludwig comme s’il le narguait afin qu'il recommence. Renko vit le bras de son ami se lever. Alors sans trop savoir pourquoi, il l’arrêta. Il se rendit compte que son frère en avait fait autant.
- Laisse tomber Ludwig ! Ça ne sert à rien !
- Comment ça laisse tomber ? Il me nargue et je ne devrais rien faire, rien dire ? Qui fait la loi ici ?
Renko et Youji eurent du mal à retenir leur ami. Finalement, Liam et Gustav les aidèrent. L’un d’eux lança :
- Fiche le camp, sale petit merdeux !
Toujours aussi silencieux, Carlin les contourna en courant pour gagner le collège sous le regard inquiet des deux frères. Ils savaient bien que Ludwig ne se calmerait que quand leur victime ne serait plus qu’une tache de sang sur le sol. Le collégien venait de se faire un ennemi mortel. Combien de temps lui restait-il ?
Carlin : Chapitre 01
Chapitre 1 : Les premiers pas
C’était le troisième jour d’école et déjà Akira était en retard. Tout cela par la faute de son petit frère qui ne voulait pas aller à la crèche. Il avait fait une telle crise de larmes qu’il n’avait pas pu s’en aller tant qu’elle n’était pas terminée. Les assistantes maternelles lui étaient très reconnaissantes pour sa patience. Akira soupira. Heureusement qu’il était bon dans la course à pied
Il arriva finalement au moment même où la sonnerie de début des cours se mit à retentir. Il pénétra dans sa classe très bruyante et balaya la salle du regard. Une jeune fille, mignonne aux longs cheveux châtain clair, lui faisait signe du fond de la salle. Tout en s’approchant de sa place, il reçut quelques commentaires sur la chance qu’il avait d’être ami avec la plus jolie fille du lycée. Ils se connaissaient depuis leur première année de collège. Mili Davenport était alors ennuyée par les troisièmes années et sans trop savoir pourquoi il était intervenu. Les aînés n’avaient pas trop cherché à l’ennuyer, malgré son jeune âge, il les dépassait déjà d’une bonne tête. Depuis, la jeune fille était devenue une excellente amie. Mili s’était vite aperçu d’un détail chez son camarade. Celui-ci préférait les hommes et ne l’avait pas caché à son amie qui savait qu’il avait un petit ami plus âgé.
Mili regarda son camarade de classe et de cœur s’approcher. Elle trouvait que le destin pouvait être cruel. Le garçon dont elle était amoureuse ne la regarderait jamais comme elle aurait voulu. Elle ne lui en voulait pas. Après tout, il n’était pas responsable et depuis, elle s’était fait une raison. Ensuite, elle se disait souvent que c’était mieux ainsi, car jamais elle n’aurait pu gérer sa jalousie envers les autres filles. Akira par sa taille, son sourire et sa gaieté faisait l’unanimité auprès des filles du lycée. Il avait reçu d’innombrables demandes de filles, comme de garçons d’ailleurs. Il les avait tous refusés. La jeune fille savait très bien pourquoi étant donné qu’elle avait eu la chance ou le malheur de faire la connaissance du petit ami d’Akira.
— Salut Mili ! Comment va depuis hier ?
— Coucou Aki ! T’as failli être en retard !
— Ne m’en parle pas ! Shin ne voulait pas aller à la crèche.
Le professeur fit son entrée dans la classe et les conversations se turent aussitôt.
— Bonjour à tous ! Aujourd’hui, nous allons accueillir un nouvel élève. J’espère que vous lui ferez un accueil chaleureux.
Le professeur se dirigea de nouveau vers la porte et fit entrer un garçon de taille moyenne. Mili n’aperçut pas tout de suite son visage, car il fixait le sol. Il portait une chemise blanche avec un jean usé. Sa peau blanche contrastait avec ses cheveux noir corbeau. Sa main gauche était bandée. Le garçon s’arrêta près du bureau et releva enfin son visage. La jeune fille le trouva très beau, mais d’une beauté très différente de celle d’Akira. Le nouveau balaya la salle de son regard noir légèrement bridé sans broncher. Akira se pencha un peu vers sa camarade et lui murmura :
— Il a dû avoir un accident. Il a encore des marques sur le visage.
En observant mieux, la jeune fille remarqua les marques un peu jaunâtres sur un coin du menton et d’une tempe. Elle hocha la tête. Finalement, le nouvel élève prit la parole après avoir jeté un coup d’œil vers le visage impatient du professeur. À ce moment-là, une ombre de tristesse passa un instant dans le regard de l’élève.
— Bonjour, je me nomme Carlin Oda. Enchanté de faire votre connaissance.
Carlin n’en pensait pas un mot, mais pour les convenances, il s’y obligea. Le professeur lui conseilla de se trouver une place. Il s’installa à une table seule juste à côté de celle de Mili. Elle le salua chaleureusement. En réponse, elle eut simplement droit à un regard indifférent.
Les jours suivants se passèrent exactement de la même manière. Le nouvel élève ne fit aucune tentative pour s’intégrer à la classe. Une bonne partie de ces camarades acceptèrent sans réticence son repli, mais les autres trouvèrent son attitude inadmissible. Ils en discutèrent entre eux à la cantine. Akira et Mili furent obligés de les écouter déblatérer sur le nouveau pendant tout le repas. Les deux jeunes gens pensaient que le mieux serait de lui laisser le temps de s’habituer un peu mieux à son nouveau lycée.
— Écoute Marlon, il semble qu’il a eu un accident, alors il doit être juste un peu perturbé. Laisse-le reprendre ses repères, expliqua Akira.
Marlon, le casse-pied de la classe, ne l’écouterait surement pas et chercherait certainement des ennuis au nouveau. Mais, Akira se dit que cela ne le concernait pas le moins du monde. Après le repas, il salua d’un signe Mili qui rejoignait ses amies. Le jeune homme se dirigea, quant à lui, d’un pas rapide, vers les escaliers qui menaient vers le toit. En passant près d’une salle, il aperçut les frères Miori, les prétendues terreurs du lycée. Que faisaient-ils à leur étage ? Dans une classe qui n'était pas la leur, ils auraient dû être dans leur section… Il ralentit. Tout en se demandant ce qu'ils pouvaient bien y faire, il se cacha un peu et observa la scène. Il eut la surprise d’apercevoir la silhouette du nouveau. Il semblait bien que les ennuis venaient de faire leur apparition.
— Alors comme ça, tu es toujours vivant ! Constata le plus grand des frères Miori.
Carlin leva les yeux de son carnet à dessin et observa un instant les deux frères en silence. L’un d’eux répliqua :
— Tu joues encore les silencieux ? N’as-tu pas encore compris que tous les ennuis que tu as subis, c’est à cause de cette attitude ?
Le garçon soupira en baissant son regard vers ses mains avant de relever les yeux et de fixer ses interlocuteurs.
— Les ennuis ? C’est à cause de vous si j’en ai eu ! Je n’avais rien fait pour attirer votre attention. Vous avez décidé un jour que je serais votre victime et vous ne vous êtes pas gênés pour le faire. Que vouliez-vous que je fasse ? Vous étiez cinq et j’étais seul. Vous vouliez que je me batte avec vous ? Laissez-moi rire ! Je n’avais aucune chance et vous le savez très bien.
Renko passa une main un peu nerveuse dans ses cheveux bruns mi-longs. Il tira une chaise et s’installa à califourchon. Il posa les coudes sur le dossier tout en observant le visage magnifique de leur ancienne victime. Le garçon avait bien grandi, mais il semblait toujours pareil à son souvenir, un peu trop indifférent et encore apathique par moment. Au bout d’un certain temps, le garçon demanda :
— Je me suis toujours demandé ce qu’il vous était arrivé après avoir empêché Ludwig de me frapper à nouveau. C’est la dernière fois que je vous ai vus tous les deux.
— Alors là ! C’est une surprise… Alors, tu t’inquiètes tout de même pour les gens qui t’entourent ? Ça, c’est une nouveauté !
— Youji, ça suffit !
— Mais enfin Renko, c’est à cause de lui que tu t’es battu avec ton ami d’enfance. Peut-être est-il même responsable de la mort de Ludwig.
— Ferme-la, Youji ! Tu vas trop loin !
Le jeune homme sentit le regard noir de Carlin sur lui. Il se sentait troubler comme un an auparavant. C’est vrai qu’il était triste et avait même pleuré en apprenant la mort de Ludwig. Mais… Renko se redressa et attrapa son frère par le bras. Il se dirigea vers la porte. Il se tourna un instant et croisa un noir regard. Il lui fit juste un signe de tête avant de disparaitre. Akira sortit de sa cachette et jeta un coup d’œil vers la salle de classe. Le nouveau regardait son carnet à dessin d’un air absent. Comment devait-il réagir face à ce qu’il avait entendu ? Le jeune homme porta ses deux mains sur la tête avant de souffler un bon coup et de se secouer.
Carlin : Chapitre 02
Chapitre 2 : Des amitiés naissantes
Un mois s’était écoulé depuis la conversation entre Carlin et les frères Miori. Et comme prévu, le garçon s’attira les ennuis, non pas avec Renko ou Youji, mais avec la bande de Marlon. Ses chaussures furent jetées dans l’incinérateur, derrière le bâtiment principal, son sac de sport disparu se retrouva dans une des poubelles près de la piscine. Des petits tracas assez dérangeants, mais contrairement à l'attente d'Akra et de Mili, l’attitude de Carlin ne changea pas le moins du monde, sauf peut-être un léger ennui.
Les professeurs savaient très bien que le garçon subissait la tyrannie de certains de ses camarades, mais ils ne firent rien pour y remédier. Ils n’appréciaient pas vraiment cet élève à cause de son attitude renfrognée et surtout agaçante. Mili et Akira n’arrivaient pas à comprendre la raison pour laquelle tout le monde s’acharnait sur lui. Surtout, il ne faisait absolument rien pour mériter leur colère ou leur mépris. Peut-être qu’une certaine jalousie les tenaillait ? Mais malgré toutes les misères qu'il subissait, cela n'empêchait pas Carlin d’être un excellent élève.
Akira baissa son regard sur son petit frère, Shin. Il espérait que celui-ci ne se mettrait pas à pleurer comme à son habitude. La crèche se trouvait assez près du lycée, le jeune homme était donc chargé d’y amener tous les jours son frère. Cela ne le dérangeait pas le moins du monde, il adorait cette petite fripouille sauf quand il pleurait. Ils arrivèrent enfin devant la crèche. Akira aperçut les mamans dire au revoir à leurs enfants. Il les salua d'un sourire chacune. À force d’emmener son frère, il avait fini par les connaître. Une femme assez forte s’approcha avec un sourire pour les deux garçons.
- Bonjour Akira ! Tu es en avance aujourd’hui, c’est inhabituel !
- Bonjour Madame Rose, comment allez-vous ? Demanda-t-il, sans relever la réflexion.
- Très bien mon garçon, j’ai enfin trouvé une remplaçante pour Carlotta. Viens, je vais te la présenter. Ce sera mieux pour Shin si tu es là pour leur première rencontre.
Le garçon soupira. Il n’avait pas le choix. Madame Rose l’emmena à l’intérieur en direction de son bureau. Près de la table de travail, une femme d’une trentaine d’années attendait calmement, les mains posées sur les genoux. Elle avait les cheveux d’un noir corbeau attachés en queue de cheval. Cette couleur lui fit penser à quelqu’un. La femme se tourna vers lui et il sut à qui elle lui faisait penser. Ce visage ovale et lisse aux yeux légèrement bridés ressemblait assez à Carlin pour qu'Akira se doute que cette femme devait être sa mère. Un sourire très doux apparu sur les lèvres de l’inconnue quand elle vit l’enfant arriver. Celui-ci lâcha la main de son frère et se dirigea sans aucune peur vers la femme qui lui posa une main sur la tête dans un geste très tendre.
- Et bien, Eryna ! Vous avez un sacré charme avec ces enfants !
La femme émit un petit rire.
- Les enfants sont plus affables que la plupart des adultes. Ils sont si confiants, si attendrissants.
- Oui, c’est vrai, mais ce sont aussi de sacrés fripons ! Ah ! Oui, je vous présente Akira Soba, c’est le grand frère de Shin. Ce jeune homme se charge de nous amener son frère tous les matins. Madame Soba vient le récupérer le soir.
Eryna tendit sa main libre vers Akira qui la serra avec plaisir. Cette femme était très sympathique. Étrange, la différence entre la mère et le fils ! En parlant de celui-ci, Carlin fit alors son apparition dans le bureau. Il s’arrêta net en voyant Akira. Madame Rose le salua et lui fit signe d’approcher.
- Alors mon garçon ? Vas-tu pouvoir faire quelque chose pour notre mur décoré par ces charmantes petites canailles ?
Le garçon jeta un coup d’œil à sa mère et s’approcha. Celle-ci leva les yeux et sourit à son fils toujours silencieux. Étrangement, Madame Rose ne s’en offusqua pas le moins du monde. Elle attendit patiemment que le garçon se décide à répondre. Akira en fut très surpris. Au lycée, les professeurs n’avaient pas cette patience. C'est d'ailleurs pourquoi ils n'interrogeaient plus Carlin.
Le garçon s’agenouilla face à Shin et lui tendit un bonbon. Shin leva les yeux vers cet inconnu au regard noir perçant. Il pencha la tête légèrement et lui adressa un sourire avant de prendre le bonbon avec plaisir. Akira avait appréhendé ce tête-à-tête, mais c’était la deuxième fois que son frère le surprenait. La majorité de sa classe n’aimait pas le regard noir de Carlin. Certaines filles le trouvaient beau, mais froid et insensible. Akira se rendait compte à présent que c’était faux. Carlin finit par se relever et se tourna enfin vers Madame Rose.
- Je vais pouvoir réparer les dégâts causés par le gribouillage. Il faudra juste me dire ce que vous voulez que je crée.
- Ah magnifique ! J’ai bien fait d’avoir écouté ta mère, mon garçon. Pour le dessin, je te laisse libre de ton choix. Je te fais confiance !
Carlin sembla surpris et en même temps ravi. C’était surprenant. Akira regarda sa montre et se rendit compte qu’il allait être en retard.
- Il faut que j’y aille. J’ai été ravi de vous rencontrer, Madame Oda, dit-il en saluant la mère de Carlin.
Il embrassa son frère et sortit s’en attendre. Peu de temps après, il se dirigea vers le lycée. Mais au bout d’un moment, il s’arrêta net et se retourna. Carlin se trouvait bel et bien derrière lui, un léger sourire étirant les lèvres. Le jeune homme en fut étrangement troublé sans trop savoir pourquoi. Il attendit qu’il le rejoigne. Ils se dirigèrent ensuite ensemble en silence vers lycée. Finalement, Akira tenta d’engager la conversation avec son camarade.
- Ta mère semble très douée avec les enfants.
- C’est clair ! Elle les adore !
Akira fut ravi que le garçon accepte de lui répondre. Il n’eut pas le temps de reposer une question, son camarade reprit aussitôt la parole :
- Tu as de la chance d’avoir un petit frère. Le seul frère que j’aurais pu avoir n’est plus et n’a pas eu l’occasion de voir le jour.
La voix de Carlin était d’une telle tristesse. Il lui jeta un coup d’œil, mais rien dans son apparence ne montrait une seule émotion. C’était un peu dérangeant.
- Pourquoi ne montres-tu pas aux autres tes expressions ?
Carlin leva les yeux vers son ami.
- Je ne fais pas exprès, c’est juste que j’ai appris à ne plus les montrer. C’était plus facile à une époque. Je devrais réapprendre à m’exprimer, mais c’est dur de perdre une mauvaise habitude.
Le lycée apparut et le visage de Carlin se referma comme une huître. Akira comprit en croisant Marlon et sa bande qui les observaient avec mépris. Un soupir lui fit tourner la tête vers son camarade.
- Tu ferais mieux de ne pas m’adresser la parole quand nous sommes au lycée, je ne voudrais pas que tu aies des ennuis à cause de moi.
Sur ces mots, Carlin prit la direction du bâtiment principal. Akira voulut l’appeler, mais son regard croisa la silhouette de Renko Miori. Celui-ci suivait Carlin des yeux. Étrange ! Il ne savait pas si les Miori le détestaient ou non, mais en tout cas, ceux-ci ne causaient aucun tort. Il était encore en train de se prendre la tête. Il ne voulait pas se sentir concerner, mais peine perdue, il se faisait quand même du souci. Il pressa le pas et se rendit dans la salle de classe. Il surprit Mili regardant un carnet à dessin. Elle se mordait les lèvres et rougissait légèrement. Qu’avait-elle fait comme ânerie encore ?
Elle sursauta en entendant des pas et reposa le carnet sur le bureau comme une voleuse. Elle se tourna ensuite vers l’arrivant avec un sourire un peu crispé. Elle fut soulagée de voir que c’était Akira et non pas le nouvel élève. Elle avait un peu honte d’avoir regardé le carnet, mais sa curiosité avait été trop grande. La surprise quand elle avait vu ces dessins ! Ils étaient magnifiques. Ce garçon avait un talent exceptionnel.
- Coucou Aki !
- Salut Mili ! Tu as encore laissé ta curiosité prendre le dessus sur la raison.
Elle pencha la tête et lui tira la langue. Son ami leva les yeux au ciel. Marlon et sa bande arrivèrent à ce moment-là. Marlon s’approcha du bureau de Carlin et attrapa le carnet.
- Tiens donc ! Serait-ce le précieux trésor de notre cher Carlin ?
Ses amis et lui ricanèrent comme des idiots. Mili lui fit face et tendit la main.
- Donne-moi ce carnet Marlon, il ne t’appartient pas ! S’écria la jeune fille.
- De quoi je me mêle, la chieuse ? Tu n’as pas à intervenir !
Les autres élèves se tournèrent vers la scène pour observer silencieusement. Aucun d’entre eux ne prendrait le risque de se mettre à dos Marlon.
- Repose ce carnet Marlon !
- Ah ! Tu t’y mets aussi, Akira ? Que ferais-tu si j’y mettais le feu ?
Sur ces paroles, il sortit un briquet et l'approcha du coin du carnet avec un sourire mauvais. Akira se redressa pour agir quand une voix calme retentit :
- Qu’attends-tu pour y mettre le feu, Marlon ?
Tous se tournèrent vers la porte et y aperçurent Renko Miori appuyé nonchalamment contre le chambranle de la porte. Près de lui se tenait Carlin toujours aussi silencieux comme à son habitude, mais son regard semblait plus sombre. Renko baissa son regard vers le garçon et s’exclama :
- Comment vas-tu réagir, Carlin ? La dernière fois, Gustav aussi te l’avait volé, si mes souvenirs sont encore bons.
Miori releva les yeux vers un Marlon tremblant légèrement. Il eut un drôle de sourire.
- Veux-tu connaître la réaction de Carlin quand il a vu ce Gustav brûler son carnet à dessin ?
Marlon éloigna son briquet et jeta le carnet sur le bureau.
- Je n’ai pas besoin de le savoir. Je ne suis pas intéressé.
- Ah ah ! Je rêve ! Marlon a la trouille. T’en rends-tu compte Carlin ? Tu fous les jetons au caïd des secondes années. C’est vraiment trop drôle !
- La ferme Renko ! Fous-moi la paix !
Renko se redressa et s’approcha du bureau de Carlin. Il attrapa le carnet et l’emporta.
- Je te l’emprunte. Si tu veux le récupérer, il faudra venir me le demander gentiment.
Carlin soupira un bon coup et répliqua :
- Vous me fatiguez à la fin ! Vous ne pouvez pas me laisser tranquille. Qu’est-ce que j’ai fait au monde pour vous avoir tous sur le dos ?
Renko émit un rire et avant de s’échapper vers son étage, il s’écria :
- Parce que c’est amusant, évidemment ! Je me demande combien de temps tu vas tenir avant d’en avoir vraiment marre et te mettre en colère. J’ai hâte de voir ça ! Ciao !
- Merde ! S’exclama d’un coup Carlin.
Il se dirigea vers sa place et se laissa tomber sur la chaise. Il poussa un soupir à nouveau. Puis, il se tourna vers Mili et Akira.
- Merci d’avoir essayé de récupérer mon carnet.
Mili en fut toute étonnée, elle eut du mal à trouver ces mots. Akira, lui, ne fit que sourire. Il semblait bien que le nouvel élève commençait enfin à s’intégrer.
- De rien. Mais maintenant, il se trouve entre les mains de Miori.
Carlin haussa les épaules et esquissa un léger sourire.
- On n’y peut rien. J’irai le voir. Je le connais assez pour savoir qu’il ne s’amusera pas à le détruire. Il a toujours joué les rôles de mauvais garçons, mais en réalité, c'est un gentil.
Mili eut du mal à le croire. Penser que les frères Miori étaient gentils lui faisait un drôle d’effet. Même, les professeurs n’osaient jamais les contredire.
Carlin : Chapitre 03
Chapitre 3 : L’amitié
Depuis l’intervention de Miori, Marlon et sa bande évitèrent d’ennuyer à nouveau Carlin. Cette accalmie permit d’intégrer définitivement le garçon au reste de la classe. Il devint même très rapidement très ami avec Mili. Akira se sentait d'ailleurs un peu jaloux d’être ainsi oublié par la jeune fille. Les professeurs changèrent également d'attitude envers le nouveau et lui conseillèrent d’aider de son mieux les élèves en difficulté scolaire. Mili n’étant pas sourde se chargea d’être la première aidée, les autres suivirent bien assez rapidement au gout de Carlin. Il était plutôt ravi de n’être plus mis de côté, mais il n’avait pas l’habitude d’être si entouré.
Akira s’interrogeait sur les sentiments de sa jeune amie envers Carlin. Et il se demandait également pourquoi cela le dérangeait un peu. Étant donné la présence de Carlin presque tout le temps auprès de la jeune fille, Akira ne pouvait plus lui parler aussi ouvertement qu’auparavant. Comme tous les matins, il emmena son frère à la crèche où il rencontra à nouveau la mère de son camarade qui le salua d’un simple sourire.
- Bonjour Madame Oda.
- Bonjour Akira, tu peux m’appeler Eryna, tu sais. Ça ne me dérange pas.
Le garçon, un peu gêné, hocha la tête. Elle se tourna vers l’intérieur et appela son fils. Aussitôt, la silhouette de Carlin apparut. Apercevant Akira, il le salua, attrapa son propre sac de cours et s’avança vers eux.
- Ça ne te dérange pas de faire la route avec moi ?
- Non, bien sûr que non ! s’exclama Akira consterné.
Carlin embrassa sa mère et caressa la tête brune de Shin au passage. Ils marchèrent en silence un moment, puis Akira demanda :
- Pourquoi pensais-tu que cela me gênerait de faire la route avec toi ?
Carlin gratta le bout de son nez avant de répondre, comme s’il cherchait ses mots.
- Et bien, tu es une personne à fuir les ennuis. Et comme tu as pu le remarquer, je les attire, même si je ne fais rien pour les faire venir.
- C’est un peu vrai, gloussa Akira, mais cela ne me dérange pas vraiment. Et puis, tu arrives très bien à te débrouiller tout seul. N’empêche, tu as une patience d’ange, j’aurai cogné Marlon depuis longtemps déjà.
- Ce n’est pas que je suis très patient, c’est juste que la violence ne résout pas grand-chose.
Le silence retomba et contrairement à son habitude, Akira ne se sentit pas mal à l’aise ou incommodé. Ils arrivaient en vue du lycée quand Akira se rappela :
- As-tu pu récupérer ton carnet à dessin ?
Carlin sursauta et se sentit gêné.
- Je croyais que tu n’avais pas peur de Miori ?
- Je ne mentais pas, mais Renko a été renvoyé pour une semaine.
- Et tu oses dire que c’est quelqu’un de gentil.
Carlin faillit rougir sans raison apparente. Il avait vraiment dit cette phrase.
- Renko n’est pas aussi mauvais qu’il le prétend. C’est tout !
Les garçons se turent en apercevant Mili arrivé vers eux bruyamment. Elle attrapa le bras de Carlin et le força à marcher plus vite avouant qu’elle avait des choses à lui dire. Le doute d’Akira sur les sentiments de Mili s’intensifia.
Pour la pause déjeunée, Akira décida d’acheter un sandwich afin de se rendre sur le toit de l’école pour être au calme. La cantine était bien trop remplie. Il y trouva Mili déjà installé contre la balustrade. Elle buvait son milk-shake avec délectation. Quand elle le vit, il eut droit à un sourire joyeux.
- Coucou, toi aussi tu as fui la cantine.
Il s’installa près d’elle. Étrange, Carlin ne se trouvait pas dans les parages.
- C’est bizarre de ne pas voir Carlin avec toi.
La jeune fille lui jeta un coup d’œil surpris et sourit à nouveau.
- Oh, il va sûrement arriver aussi. Le professeur d’arts plastiques voulait lui parler. En y réfléchissant, cela fait un moment qu’on n’a pas parlé tous les deux seul à seul.
- Oui, c’est vrai. Mais vu que tu me demandes souvent comment va ma relation avec Matt…
La jeune fille porta une main à sa bouche manquant s’étouffer à cause de son gloussement.
- Désolée, mais tu peux très bien en parler devant Carlin. Il l’a deviné tout seul. Ne me demande pas comment il a fait, je n’en sais rien. Je le lui ai bien demandé, sa réponse fut : « Parce que je suis un génie ».
Akira faillit recracher son sandwich en apprenant la nouvelle. Il inspira un bon coup et demanda :
- Et toi, Mili ? N’aurais-tu pas un faible pour Carlin par hasard ?
La jeune fille s’assombrit un peu et resta songeuse un instant avant de répondre.
- Oui et non ! Je l’aime bien, je suis très à l’aise avec lui. Je peux lui parler de tout et même des choses dont je ne parle pas avec mes propres amies ou toi d’ailleurs. Mais je ne suis pas amoureuse de Carlin et c’est réciproque.
- Comment peux-tu le savoir ?
- Parce que je lui ai dit, évidemment ! s’exclama une voix derrière eux.
Carlin s’approcha et s’appuya contre la balustrade.
- Je ne voulais pas que Mili se fasse des idées et que cela la fasse souffrir. Alors, j’ai préféré clarifier ce sujet.
Le soir après les cours, Akira se rendit à son club de basket, quant à Mili et Carlin, ils rentrèrent chez eux. Au début, la mère de la jeune fille venait la chercher, mais quand Mili apprit où habitait son camarade, elle décida à partir de ce jour de rentrer avec lui. Le garçon habitait avec sa mère dans un immeuble qui faisait angle avec les résidences de beaux quartiers.
C’était un très vieil immeuble qui avait gardé son charme d’antan. Il était composé de dix-huit appartements dispatchés sur quatre étages. Ils avaient décidé de faire leurs devoirs ensemble. Mili grimaça quand elle comprit qu’elle devait monter par l’escalier, l’ascenseur étant en panne. Une vraie galère pour la jeune fille, mais une facilité déconcertante pour Carlin. À mi-chemin, il ralentit pour aider une de ses voisines enceintes jusqu’au cou, à porter ses courses. Elle le remercia en l’embrassant sur la joue. Mili était étonnée, Carlin lui semblait différent par rapport à l’extérieur. C’était une nouvelle facette du garçon qu’elle trouvait intéressante. Chaque jour passant, elle apprenait à mieux le discerner et elle l’appréciait encore plus.
L’appartement était composé d’une cuisine, d’un séjour avec salon et deux chambres et une salle de bain. Carlin invita Mili à se mettre à son aise dans le salon et apporta du jus de fruit et des gâteaux avant de s’installer à genoux près de la table de salon.
- J’aime beaucoup ton appartement. C’est spacieux et calme.
- Merci, mais c’est juste une impression ! D’habitude, tu entends les pleurs des enfants de la femme enceinte que nous avons croisé tout à l’heure ou tu entends une dispute conjugale dans l'appartement d'à côté. Ceux-là m’énervent souvent, car ils ne se rendent pas compte qu’ils font souffrir leur fille.
- Ils ne le font peut-être pas exprès.
- Bien sûr que si ! Ils vont jusqu’à dire que c’est de sa faute. Je trouve très égoïste de leur part de tout mettre sur le dos d’une enfant de dix ans à peine.
- C’est horrible ! Je ne comprendrais jamais cette façon d’agir des adultes.
- Moi aussi. Prenons-en de la graine afin de ne pas devenir comme eux.
- Oui, tu as raison.
Carlin sortit ses cours et commença ses devoirs. Un instant après, apercevant Mili dans les nuages, il s’exclama :
- Ne crois pas que je vais faire tes devoirs à ta place, Mili.
La jeune fille se mit à rire et s’installa de façon à être à l’aise.
- Qui ne tente rien n’a rien !
Une heure plus tard, les devoirs terminés, ils continuaient à discuter quand Eryna Oda arriva. Essoufflée après avoir monté les marches, elle se dépêcha de se mettre à l’aise pour saluer l’amie de son fils. Elle était doublement ravie, car Carlin n’en avait pratiquement pas. Comme Akira, Mili tomba sous le charme indéniable d’Eryna. Elle promit à la mère de son ami de venir dîner un dimanche. La jeune fille se rendait compte à quel point Carlin souriait beaucoup plus souvent dès qu’il se trouvait chez lui.
Elle rentra chez elle où elle fut accueillie par ses trois petits frères et sa sœur aînée qui était venue rendre visite à ses parents. Ceux-ci se trouvaient dans la cuisine en train de roucouler comme à leur habitude. Elle songea alors pour la première fois qu’elle avait énormément de chance d’avoir de tels parents. Elle ne se plaindrait plus d’eux, après tout beaucoup d’autres enfants n’avaient pas sa chance.
Le soir, en s’allongeant dans son lit, elle songea à la famille d’Akira. Elle les avait déjà rencontrés. C’étaient des gens très sympathiques, mais elle n’arrivait pas trop à comprendre pourquoi ils avaient décidé d’avoir un deuxième enfant sur le tard. Surtout, depuis qu'elle savait que qui s’en occupait le plus souvent. Akira lui avait également confié son secret. Depuis un an, il sortait avec un homme de cinq ans son âgé du nom de Matt


