Origine1975

Petit message

Les histoires racontées avec leurs événements ainsi que tous les personnages sont tous imaginés par origine1975. Toute ressemblance avec des personnes existantes est fortuite.

 

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Origine1975

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13 septembre 2018

Tome 8 : Chapitre 28

       Comme fait exprès, la circulation ne se trouvait plus aussi fluide. Un accident avait eu lieu. Arthur tapotait nerveusement sur le volant. Il n’y avait rien de pire que les bouchons quand vous étiez pressé. Il jeta un coup d’œil à son passager. Son ami avait le regard perdu sur ses mains. Il devait se passer sans arrêt la photo de son neveu dans la tête. Arthur soupira. Il avait eu un choc en voyant les photos. Il avait bien du mal à reconnaitre le gosse avec le garçon aperçu la dernière fois. 

 

       Ils finirent par arriver. À peine venait-il d’arrêter son véhicule que Manu s’échappa vers les urgences. Arthur le rejoignit plus calmement. Son collègue se trouvait dans les bras de son compagnon Ashula. Celui-ci les avait attendus devant l’entrée.

 

       Ashula adressa un pauvre sourire à l’inspecteur Hardy. Il tentait de calmer les tremblements de Manu en frottant son dos. Celui-ci finit par reprendre un peu de contenance. 

 

       — Que s’est-il passé, Ashula ? 

 

       Le chirurgien lui fit signe de le suivre. Les trois hommes traversèrent presque entièrement les urgences pour rejoindre l’ascenseur. Étant que tous les trois, Ashula expliqua. 

 

       — C’est votre sœur qui nous a expliqué ce qui s’était produit approximativement. Rafael serait arrivé légèrement en retard en cours de littérature. Le professeur lui aurait alors ordonné d’aller faire les photocopies. Il y en a une à l’étage où il se trouvait, mais elle était en panne. Nous pensons qu’il est descendu pour se rendre au secrétariat. 

 

       — Et il serait tombé à ce moment-là ? reprit Arthur. 

 

       Manu se troubla en croisant le regard d’Ashula. 

 

       — Ne me dit pas qu’il a été agressé ? 

 

       Ashula hocha la tête affirmativement. Ils arrivaient à l’étage voulu. Le chirurgien reprit la route tout en continuant. 

 

       — Merde Manu ! Rafael a eu énormément de chance d’avoir un corps aussi solide. Il aurait pu se briser la nuque dans sa chute. Mais, il semble qu’il a eu le réflexe de protéger sa tête, même si le coup reçu à l’arrière aurait pu également le tuer. 

 

       Manu s’arrêta net pour se retenir au mur. Il ferma les yeux. Il avait un peu de mal à respirer. Ashula posa ses mains de chaque côté du visage. Il le força à le regarder. 

 

       — Il est vivant, Manu. N’importe qui tombant de ces escaliers se casserait un bras ou une jambe et monsieur récoltera juste des bleus. Il n’est pas croyable, ce gosse. Tu ne me crois pas ? 

 

       — Si, c’est un vrai dur, reconnu Manu, souriant faiblement. 

 

       Tenant la main de son compagnon, Ashula reprit la route. Hardy les suivait en silence. Il se demandait si les petits incidents des dernières semaines n’auraient pas un rapport avec l’agression du neveu de son ami. Cela voudrait dire que celui visé à chaque fois était Rafael Blackwood et non Michio Oda.

 

       Ashula ouvrit la porte menant dans une chambre individuelle. Manu, tremblant, pénétra dans la pièce. Il blanchit en apercevant son neveu allongé dans le lit. Un bandage entourait sa tête. Il inspira et expira un bon coup avant d’entrer. 

 

       Rafael semblait endormi. Il s’installa près du lit. Il prit entre sa main celle inerte du blessé. Il s’en voulait. Il aurait dû prendre des congés pour rester avec eux pour apprendre à mieux les connaitre.

 

       Ashula s’apprêtait à le rejoindre quand une infirmière l’appela. Une urgence venait d’arriver. Le chirurgien soupira. Il jeta un coup d’œil. Il hésitait à abandonner son compagnon. Hardy posa une main sur son bras. 

 

       — Je vais rester avec lui. Vous avez un travail à faire.

 

       Ashula lui adressa un sourire. Il hocha la tête. Il pouvait faire confiance à Arthur. C’était un bon ami même si Ashula n’avouera jamais être un peu jaloux. Il savait bien qu’ils n’y avaient que de l’amitié entre les deux inspecteurs. Manu lui avait avoué un soir qu’Arthur avait un faible pour leur chef Laurel.

 

       Arthur se planta devant la fenêtre. Il se rendit compte qu’il avait oublié de demander où se trouvait sa sœur. Quel frère indigne il faisait ! C’est à cet instant que la porte s’ouvrit sur celle-ci. Arthur l’observa. Elle avait attaché ses cheveux en queue de cheval et son visage exprimait de la lassitude et de l’inquiétude. Elle fonça sur son frère tout en jetant un coup d’œil au lit. 

 

       — Comment vas-tu Luna ? 

 

       — Comme quelqu’un qui a vu son meilleur ami dans un bain de sang ! À ton avis ?

Arrête de poser des questions aussi stupides, Arthur !

 

       L’homme grimaça. Sa sœur pouvait avoir vraiment une langue de vipère. Manu émit un petit rire. Ça lui fit du bien. 

 

       — Merci d’être l’ami de Rafael, Luna. 

 

       La jeune fille adressa un sourire à l’oncle de son camarade. 

 

       — Oui, je me sens privilégié. Je sais bien qu’il n’est pas à l’aise avec nous autre fille. Il évite tout contact physique, mais il ne s’empêche pas de me mettre en boite avec Michio. Alors, je me dis que je peux être considérée comme une amie.

 

       — Je pense que tu peux te considérer… Qu’est-ce qui se passe ? 

 

       Manu se leva rapidement de sa chaise la faisant tomber. Rafael commençait à s’agiter de façon anormale. Il avait les yeux grands ouverts. Il se mit à pousser un hurlement glaçant toutes les personnes de la pièce. Il se redressa en se débattant comme si une personne tentait de l’attaquer. Il portait les mains vers son cou comme si on tentait de l’étrangler. Il poussait des cris et des gémissements à rendre sourd.

 

       Manu observait la scène dans toute son horreur. Il n’arrivait pas à bouger. Son corps se trouvait incapable de faire un geste. Il vit une ombre passée près de lui. Arthur avait appuyé sur le bouton d’urgence. Il se trouvait également incapable de réfléchir correctement face à la crise de Rafael. Luna tremblait de tout son être, terrifiée. 

 

       Quand finalement, Manu arriva enfin à bouger pour se jeter contre son neveu pour tenter de le calmer, la porte s’ouvrit violemment. Il se fit bousculer et éjecter à l’arrière avec force. Une main solide l’empêcha de tomber. Reprenant ses esprits, il regarda alors halluciner ce qu’il se produisait dans la chambre. 

 

       Michio s’était jeté sur son petit ami pour l’attraper par l’arrière. Il coinçait tout le corps et les bras entre ses bras. Rafael poussa un nouveau hurlement et il se débattit avec plus de force pour éjecter l’intrus. Mais, Michio ne lâcha rien. Il serra son étreinte, encore un peu plus. Il enfouit son visage contre le cou de Rafael. 

 

       Le blessé ne se débattit plus. Il tremblait tout en poussant des cris désespérés. Manu laissait les larmes coulées le long de ses joues. Il ne savait pas quoi faire. Il ne pouvait qu’observer la scène devant lui. Nael monta alors sur le lit à son tour. Il s’installa en califourchon sur les jambes de Rafael.

 

       La scène semblait durer depuis longtemps, mais juste quelques minutes venaient de passer seulement. Nael posa ses mains sur chaque joue de son ami. Il posa ensuite son front contre celui de Rafael. Il fixa son regard gris nuageux dans ceux bleu nuit. 

 

       Du bruit au niveau de la porte se fit. Le docteur Odany fit son apparition. Elle ouvrit la bouche pour éloigner les deux adolescents de son patient, mais une main se posa sur son bras. Elle se tourna vers le Docteur Pastoly. Celui-ci répliqua :

 

       — Je vais m’occuper de ce patient, Docteur Odany. Veuillez rejoindre les urgences. Ils ont besoin de main. 

 

       — Mais, c’est mon patient, docteur Pastoly.

 

       Celui-ci fronça les sourcils, contrariés. 

 

       — Plus maintenant ! Ce garçon ne supporte pas le contact féminin. N’avez-vous pas lu son dossier ?

 

       La doctoresse se mit à blanchir. Elle s’excusa en s’éloignant rapidement tout à sa honte. Élone soupira. Il se tourna à son tour vers la scène. Il en avait déjà entendu parler par Sasha, mais il ne l’avait jamais vu en personne. 

 

       Tout le corps de Michio se tendait. Plus les minutes passées et plus, il avait l’impression de ressentir un immense poids lui tomber sur les épaules. Il murmurait des mots tendres à son amoureux afin de le calmer. 

 

       Nael parlait doucement sans jamais quitter les yeux de son ami. Il murmurait toujours la même phrase comme une litanie. Les personnes autour ne savaient pas comme agir. Ils observaient la scène comme s’ils subissaient une hallucination commune.

 

       — Tout va bien, Rafael. Calme-toi. Tu es en sécurité.

 

       Petit à petit, le corps du jeune homme se calma. Les yeux se fermèrent et la respiration se fit de nouveau régulière. Nael relâcha le visage. Il descendit du lit. Il aida son frère à rallonger le corps endormi. Ensuite, il entoura les épaules de son frère dont le regard fixait le sol avec insistance. Nael sentit un frisson d’horreur le traverser. Il leva les yeux vers son père. 

 

       — Il faut qu’on y aille, papa. Il ne va pas tenir. Appelle papy pour qu’il prépare la salle et le bucher également. 

 

       Luce ferma les yeux. C’était mauvais signe. Il s’éloigna pour passer le coup de fil. Manu parvint enfin à bouger. Il se rapprocha du lit. Le docteur Pastoly l’examinait déjà. Il se tourna vers l’oncle. 

 

       — Tout va bien. Il dort.

 

       Il jeta un coup vers les deux adolescents. Michio avait les poings serrés. Un frisson le traversa également. Il ne savait pas ce que les garçons avaient bien pu faire, mais il semblait que le mal de Rafael avait juste changé de corps. C’était bien sûr impossible. Ce n’était pas rationnel. Mais, Élone avait cette sensation. 

 

       — Est-ce que ça va Nael ? demanda Luna en s’approchant. 

 

       Elle s’arrêta nette, effrayée quand elle croisa les deux abyssales de Michio. Le regard noir reflétait une noirceur effrayante. Elle eut un mouvement de recul. Nael prit la parole. 

 

       — Tout va bien, Luna. Dans quelques jours, Michio sera de nouveau normal. 

 

       Il lui adressa un petit sourire, fatigué. Luce revint les chercher. Les deux adolescents sortirent accompagner de leur père. Erwan les attendait dans la voiture. Arthur se passa une main dans les cheveux. Il ne comprenait pas du tout ce qu’il venait de se passer. 

 

       — Qu’ont-ils fait ?

 

       — Nael et Michio ont utilisé leur empathie pour annuler la charge émotionnelle de leur ami, répondit alors une voix de femme. 

 

       Les hommes se tournèrent vers la nouvelle arrivée. C’était une femme d’un certain âge. Elle leur adressa un sourire. 

 

       — Je suis Aline Descamps. Je suis psychologue dans cet établissement même si je suis bientôt à la retraite. 

 

       Elle pénétra dans la pièce. Elle se mit juste devant le lit pour observer le jeune homme dans le lit. 

 

       — Que venez-vous faire ici, Aline ? demanda le docteur Pastoly. Mon patient ne peut être le vôtre. 

 

        — À cause de sa phobie ? Allons, Élone. Vous savez très bien que j’adore les défis. Et puis, Michio m’a demandé d’aider son petit ami. Je ne peux rien lui refuser à ce gosse. 

 

       — Docteur Descamps, que voulez-vous dire par ils ont annuler la charge émotionnelle ?

 

       Aline se tourna vers l’oncle de patient. Elle soupira. 

 

       — Logiquement, je ne dois pas croire à ce genre d’évènement. Mais, je les ai déjà vus donc je commence à y croire. Nael peut être empathique. Il ressent toujours les émotions positives et négatives de son frère. Par son biais, il peut atteindre une autre personne afin de la calmer, mais c’est au détriment de son frère. Alors, ils évitent de le faire.

 

       — Que voulez-vous dire ? 

 

       Aline se passa une main dans ses cheveux blanchis. Elle se tourna vers l’inspecteur Hardy.

 

       — Michio reçoit toute la charge émotionnelle. En réalité, elle ne s’annule pas, elle change juste de corps. Qu’as-tu ressenti en croisant le regard de Michio, jeune fille ? 

 

       — Le mal. Je trouve les yeux de Michio captivant. Ils sont si sombres et pourtant, ils sont souvent bien plus expressifs que ceux de couleur. Mais pour la première fois, ils m’ont fait peur. C’était terrifiant. Comment va-t-il s’en sortir ?

 

       — En peignant. Il va peindre tableau sur tableau jusqu’à épuisement total. Et à la fin, il va craquer, car pour son bien et ceux des autres, ces tableaux vont brûler.

 

       — Hein ? Furent le cri lancé par la majorité des personnes présentes. 

 

       — Il va peindre tout le mal qu’il a reçu en lui. Ces tableaux seront des horreurs. Ils ne doivent pas exister donc ils les détruisent. Mais, Michio, même s’il s’en défend, est un artiste. Chaque création qu’il crée est une partie de lui.

 

       Luna leva les yeux vers la doctoresse. Elle avait compris. Elle se jeta dans les bras de son frère en pleur. Arthur lui caressa les cheveux avec tendresse. Elle posa son regard sur le lit. 

 

       — Il va s’en sortir, pas vrai ? 

 

       Aline s’approcha. Elle effleura la joue de la jeune fille. 

 

       — Tu ne devrais pas t’inquiéter pour eux, jeunes demoiselles. Ils ont une bonne étoile qui veille sur eux. 

Posté par Origine1975 à 14:24:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]

09 septembre 2018

Tome 8 : Chapitre 27

       Assis sur le sol, le dos posé contre le mur, Rafael tenait entre ses bras Michio. Celui-ci se tenait entre ses jambes. Il avait noué ses doigts aux siens. Il avait le visage baissé. Il finit par prendre la parole. 

 

       — Alors qu’elle était la raison de cette comédie ?

 

       Rafael soupira. Il enfouit son visage dans le cou de Michio. Il posa ses lèvres contre la peau fine de cou. Il finit tout de même par avouer. 

 

       — Ça fait des semaines que j’essaie de parler avec mon oncle, mais chaque fois il y a un empêchement. Et quand finalement, j’arrive à être face à lui, son travail l’appelle et il nous oublie. J’en ai marre.

 

       Il serra la taille de Michio un peu plus fort. Celui-ci grimaça un peu, mais il ne dit rien. Il sentait Rafael trembler. Que pouvait-il faire pour l’aider ?

 

       — Je me sens égoïste. Je ne suis pas seul. Ashula, Ludwig et Rei sont là pour nous, mais Manu est notre seule famille. Il est le lien restant avec maman. Si tu savais comme elle me manque. Chaque jour qui passe, j’ai peur d’oublier le peu de souvenirs que j’ai encore d’elle. 

 

       Michio entendit un reniflement. Il parvint à s’écarter pour se tourner vers Rafael. Il le prit dans les bras. Son petit ami se moula contre lui, la tête enfouie dans le cou. Il pleurait. Michio frottait sa main contre le dos afin de l’apaiser. Il n’osait rien dire. D’ailleurs, il ne savait pas ce qu’il pouvait dire ou pas. Il ne voulait pas commettre d’impair.

 

       Rafael inspira et expira un bon coup pour arrêter ses larmes. Pourquoi avait-il craqué ? Il n’avait plus pleuré depuis un moment. Mais, il se sentait mieux. C’était tellement agréable d’avoir une personne qui s’inquiète pour soi, de sentir la chaleur aimante contre lui. Il s’écarta un peu tout en gardant le garçon qu’il aimait dans les bras. Il déposa d’ailleurs un petit baiser sur le nez. 

 

       — Je suis désolé, Michio. 

 

       — Pourquoi être désolé ? Il n’y a pas de honte à avoir. Montre tes émotions, Rafael. Si tu es triste, alors pleure. Si tu es en colère, bah soit en colère. Tu es en vie, Raffy. C’est le plus important. Si tu veux que Manu te voie, alors impose-toi ! Si après ça, il ne réagit pas alors c’est qu’il ne mérite pas que tu continues à t’intéresser à lui. Il ne mérite pas d’être de ta famille. Et une famille, tu en as une maintenant avec Moira et Sarah, mais également Ashula, Ludwig et Rei.

 

       — Je ne veux pas qu’il me déteste.

 

       — T’es bête ? Qui pourrait te détester franchement ? 

 

       Rafael esquissa un sourire. 

 

       — Un pirate a toujours des ennemis, Michio. Tu devrais le savoir. 

 

       — Oui, c’est vrai, mais tes ennemis n’ont aucune chance, car tu es protégé par un magnifique diablotin. 

 

       Rafael se mit à rire. 

 

       — Bah voyons ! Il ne se jette pas des fleurs le diablotin.

 

       — Mais euh ! 

 

       Rafael esquissa un nouveau sourire. Il adorait la petite moue de Michio. Il déposa un rapide baiser sur les lèvres percées. Aussitôt les deux pupilles noires abyssales se fixèrent dans celles d’un bleu nuit.

 

       — Mon diablotin, il n’est pas magnifique, il est exquis. 

 

       Michio sentit aussitôt ses joues virer au rouge. Mince qu’est-ce qu’il aimait son pirate !

 

 

       La circulation était fluide. Manu jeta un coup d’œil à sa montre. Il soupira. 13 h 30 venait à peine de sonner. Il soupira. Il repensait au message d’Ashula. Il se mordit la lèvre. Il avait vraiment agi comme un abruti ce matin. Pourquoi n’avait-il pas pris le temps d’écouter Rafael avant de partir ? 

 

       Si son travail lui laissait un peu de liberté, il irait le chercher au lycée. Ils pourront ainsi parler tranquillement. De quoi voulait-il lui parler au juste ? Et si c’était du secret qu’il gardait en lui depuis longtemps ? 

 

       Sur le siège à côté, Arthur Hardy observait son coéquipier et ami avec attention. Il le connaissait depuis plus d’un an maintenant. Il l’avait vu travailler comme un forcené pour oublier les tracas de sa vie. Il savait aussi que Manu se sentait un peu honteux d’avoir vécu longtemps sous l’aile d’Ashula.

 

       Manu avait dû régler les dettes accumulées de ses parents. Ces dettes venaient de personne peu recommandable. Avec son métier, c’était très risqué. Il avait dû se protéger afin que ces personnes ne puissent l’obliger à commettre des méfaits. Tout son salaire permettait de payer les dettes. 

 

       Heureusement, Manu avait pu compter sur son ami d’enfance Ashula. Celui-ci l’avait hébergé. Au début, c’était un appartement. Ashula n’était pas souvent là puisqu’il partait comme médecin sans frontière pendant des mois. Manu avait dû vivre avec la sensation d’être un moins que rien qui profitait de la fortune d’un ami et le regard des autres le rabaissant chaque fois.

 

       Un jour, Ashula était revenu avec le regard éteint. Il n’en pouvait plus. Il ne supportait plus de toute cette misère. Manu avait été là pour soutenir son ami. Leur relation avait changé à partir de ce moment-là. De squatteur, il était devenu l’amant. Ashula avait dû user de beaucoup de patience pour faire comprendre à Manu qu’il n’avait rien d’un minable. 

 

       L’immeuble où le couple vivait prit feu et le peu que Manu possédait disparu à jamais. La seule photo de sa sœur partie en fumer ce jour-là. Il en avait pleuré toutes les larmes de son cœur. Ludwig et Rei les avaient accueillis avec grand plaisir. Les deux hommes avaient accepté Manu comme un membre de la famille. 

 

       Grâce à eux, il avait fait la connaissance de personnes pouvant l’aider à retrouver sa sœur. Il n’aurait jamais assez d’une vie pour les remercier. Ils avaient même voulu l’aider à payer les dettes, mais le jeune homme avait refusé. Il le ferait jusqu’au bout pour sa dignité.

 

       — Où est-ce qu’on va au juste ? demanda Arthur, au bout d’un moment. 

 

       Manu sursauta. Il était tellement perdu dans ses pensées. Il se mordit la lèvre. Il aurait pu avoir un accident. Il soupira. 

 

       — Dans une résidence. Une habitante trouvait étrange que la lumière chez sa voisine soit toujours allumée. Elle a fait appel au gardien. Il aurait frappé à la porte, mais personne n’aurait répondu alors il a utilisé le double des clés pour entrer. 

 

       — Ah ! Et je suppose puisque nous devons nous y rendre que l’habitant de cette maison est mort. 

 

       — Et tu as trouvé ça tout seul, bravo ! 

 

       Manu arrêta sa voiture près de celle d’un collègue. Suivi de son coéquipier, il se rendit directement dans la maison tout en enfilant des gants. Arrivé dans le salon, il jeta un rapide coup d’œil autour de lui. Il aperçut la chaise renversée et cassée. Il aperçut les photos sur la table basse. Son sang se liquéfia en les apercevant. Sa mâchoire se crispa. Il inspira un bon coup. Puis, il tourna son regard vers le canapé où se trouvait la victime. Le médecin légiste s’en occupait déjà. 

 

       — Et bien, vous en avez mis du temps pour arriver !

 

       Manu se tourna vers la voix féminine. Il grimaça. Solange Laurel était sa supérieure même s’ils avaient le même âge. C’était plutôt une belle femme dynamique aux cheveux courts. Elle se tenait devant eux les mains sur les hanches. 

 

       — Mais enfin, Chef Laurel. On se trouvait à l’opposé d’ici. Désolé de ne pas pouvoir se téléporter, répondit Hardy, effronté.

 

       Laurel lui jeta un coup d’œil sévère. Elle leva les yeux au ciel avant de soupirer. 

 

       — Notre victime, Adélaïde Baron, 43 ans. Elle habite dans la région depuis un an environ. Elle semble n’avoir aucun casier judiciaire. 

 

       Manu eut un hoquet. Il s’était approché de la table basse. Il attrapa une photo représentant un jeune garçon de dix ans à peine, retenu par des mains d’homme. À l’arrière, il pouvait voir la victime en tenue légère tenant un fouet. Le regard de l’enfant ne pouvait être oublié. Manu ferma un instant les yeux. Mais, les yeux vides de l’enfant le hantaient.

 

       — Comment a-t-elle pu commettre tant d’atrocité sans que personne ne le sache ?

 

       Laurel s’approcha. Elle posa une main sur le bras de son officier. Elle connaissait tous les hommes qui travaillaient pour elle.

 

       — Je n’en sais rien. Mais, elle ne nuira plus. 

 

       — Dommage qu’elle soit morte. Elle aurait mérité d’être jugée pour ses actes, soupira Arthur. 

 

       Le médecin légiste se redressa. Il se tourna vers les trois officiers. 

 

       — La mort remonte à six, sept heures. Elle a reçu plusieurs coups très violents, mais elle n’a pas souffert au moment de mourir. Étant donné le visage apaisé de la victime, elle semble qu’au moment de sa mort, elle était apaisée.

 

       — Comment est-elle morte ? demanda Hardy

 

       — La nuque brisée d’un coup sec. 

 

       Manu était perdu dans les photos. Combien de gosses y avaient-ils sur ces photos ? Il en comptait une bonne dizaine. Comment pouvait-on faire du mal à ce point à ces êtres sans défense ? 

 

       — On dirait que certaines photos ont été détruites. 

 

       Manu se tourna vers son coéquipier. Il s’était penché vers la cheminée refroidie depuis un moment. 

 

       — Est-ce que la victime voulait détruire les photos ? Où est-ce le tueur ? 

 

       La question resta en suspens. Arthur allait se redresser quand son regard se porta sur une tache un peu à l’arrière de la cheminée. Il se pencha. C’était une des photos. Elle était légèrement brûlée sur les côtés, mais il pouvait distinguer l’enfant complètement. Un frisson d’horreur lui traversa l’échine. Il ferma les yeux. 

 

       — Hardy ? Que se passe-t-il ? demanda Solange Laurel, en s’approchant de lui. 

 

       L’homme tendit la photo. La femme ouvrit un petit sachet afin de la mettre à l’abri, puis elle l’observa. Un trouble certain la traversa d’un coup. Tentant de reprendre contenance, elle se tourna vers Manu. D’une voix un peu autoritaire, elle ordonna. 

 

       — Manu, assis-toi !

 

       Celui-ci sursauta. Les hommes autour d’eux stoppèrent pour regarder en direction du Chef. Celle-ci leur jeta juste un regard. Aussitôt, ils reprirent avec frénésie leur travail. Mieux valait pour eux d’éviter de la mettre en colère. Manu, étonné, finis par obéir. Il se demandait la raison. Son coéquipier évitait de le regarder. Que se passait-il ? 

 

       Laurel s’approcha. Elle hésitait. Puis, elle tendit la photo récupérée. Avec hésitation, Manu la prit. Il jeta un dernier coup d’œil à sa supérieure avant de regarder la photo. Manu blanchi aussitôt. La photo glissa de ses doigts. C’était un cauchemar, n’est-ce pas ? Ce n’était pas possible. Manu porta ses mains à son visage. Il gémit. 

 

       — Désolé si c’est brutal, Manu. Mais, je dois savoir. C’est bien ton neveu sur cette photo, n’est-ce pas ? 

 

       Le visage toujours caché de ses mains, il hocha la tête. Il ne savait pas s’il arriverait à parler normalement. Manu se souvient du message d’Ashula. Il gémit à nouveau.

 

       — Merde ! Je suis vraiment un minable. Rafael cherchait à me parler depuis des jours et je ne l’ai pas écouté. Je n’aurais jamais pensé qu’il avait subi autant. Comment j’ai fait pour ne pas m’en rendre compte ?

 

       — Parce qu’il a appris à cacher sa souffrance, répondit simplement Arthur. Le gosse sur cette photo et le gosse que j’ai croisé à l’école sont totalement différents. 

 

       Manu releva son visage ravagé. 

 

       — Que veux-tu dire, Hardy ? interrogea Laurel, intriguée. 

 

       — L’enfant sur cette photo est mort. Il suffit de regarder les yeux. Ils sont sans vie comme sur les autres photos. Mais, le gamin que j’ai vu au lycée était plein de vie. Pour protéger ses sœurs, je pense qu’il a appris à jouer la comédie.

 

       Manu ferma les yeux. À ce moment, un autre officier pénétra dans la maison. Il se dirigea rapidement vers eux. Il s’exclama :

 

       — Désolé d’arriver à l’improviste. Grandier, vous êtes attendu à l’hôpital. Votre neveu vient d’y être amené. 

 

       Manu blanchi encore plus. Il se redressa tellement violemment qu’il faillit perdre l’équilibre. Il se retient à la table. 

 

       — Que s’est-il passé ? 

 

       — Il a été retrouvé inconscient au pied des escaliers au lycée. 

 

       — Hardy accompagne Grandier. Hors de question de le laisser conduire dans cet état ! Bosko appelle ton collègue. Vous allez remplacer ces deux énergumènes. 

 

       — Bien Chef. 

Posté par Origine1975 à 20:22:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

27 août 2018

Tome 8 : Chapitre 26

       Six heures du matin venaient à peine de sonner quand un taxi s’arrêta devant une petite maison. Elle se trouvait dans une résidence très calme et verdoyante. Elle avait été construite il y a à peine deux ans. Les habitants ne se mêlaient pas de la vie des autres, mais ils restaient, tout de même, à l’écoute en cas de problème majeur.

 

       Une femme d’une quarantaine d’années sortit du véhicule. Elle resserra son manteau autour d’elle quand le froid de l’hiver vient la chatouiller. Elle repoussa une mèche brune derrière son oreille avant de rejoindre la porte de sa maison louée.

 

       La femme referma la porte à clé derrière elle. Elle le faisait chaque fois depuis son adolescence. Elle ne prit pas la peine de ranger son manteau. Elle le laissa glisser sur le sol. Elle retira ses chaussures et pieds nus, elle se rendit dans le salon juste à sa droite.

 

       Là, ces sourcils se froissèrent. Un hoquet s’échappa de ses lèvres pulpeuses. Comment se faisait-il que la cheminée fonctionnait ? Elle jeta, inquiète, un regard autour d’elle. Son regard se posa sur la table basse. Des photos s’y trouvaient étalées de tout le long. La peur commençait à poindre. 

 

       Prise de panique, elle attrapa le tisonnier entre les mains. Elle fit le tour de la maison, mais elle ne trouva aucun intrus. Elle rejoignit le salon. Toujours inquiète, elle se laissa tomber sur le canapé. Elle se pencha pour prendre quelques photos. Son visage blanchissait. 

 

       Ces photos, elle les avait enfouis dans un carton pour les oublier à jamais. Pourquoi ne les avait-elle pas détruits ? Car elle n’y arrivait pas justement. Pourtant, elle avait tout fait pour changer de vie, pour s’éloigner de ses penchants sexuels. 

 

       D’un doigt, elle caressa l’enfant qu’elle voyait sur cette photo. Il avait le regard éteint et flou. Il était nu, maintenu debout par des hommes. À l’arrière, une silhouette féminine, en petite tenue, se voyait tenant un fouet entre ses mains. La femme se souvenait très bien de ce gosse. Deux jours après l’avoir brisé, il s’était jeté du haut d’un immeuble.

 

       Elle n’en avait pas été touchée. Elle s’en fichait d’ailleurs à l’époque. C’était son plaisir de détruire ces jeunes garçons. Certains avaient été vendus ensuite à un réseau de prostitution. Elle en était là de ses réflexions quand le coup se fit sans prévenir.

 

       Quand elle reprit connaissance, elle se trouvait solidement attachée, assise à une chaise. Devant elle, une femme aux cheveux rouge et habillée de cuir de même couleur se tenait devant elle. Elle tenait entre ses mains une cravache. La prisonnière n’arrivait pas à lui donner d’âge, par contre elle pouvait sentir la haine qui se dégageait de cette femme. 

 

       Une terrible peur la tenailla. Elle se débattit comme une forcenée pour se libérer, mais les liens semblaient se resserrer de plus en plus. Des larmes de frustration coulèrent le long de ses joues. Elle ne voulait pas mourir. 

 

       La femme en rouge restait appuyée contre la table jouant avec la cravache. Elle observait sa victime avec un petit sourire. Elle se délectait de la voir sans défense. Pauvre créature ! Saphira songea que son nouveau déguisement lui allait à la perfection. Elle avait juste eu une soudaine envie de devenir une autre femme. Saphira n’existait plus.

 

       Saphira avait été cruelle et elle le serait toujours. Mais, celle de maintenant regrettait tellement d’avoir été si docile avec son père. Pour l’amour de celui-ci, pour se faire accepter telle qu’elle était, elle lui avait obéi les yeux fermés. Elle avait tué des adolescents. Elle les avait vidés de leur sang. Et puis, il y avait eu ce garçon aux yeux mordorés avec ses amis. 

 

       Ces garçons lui avaient montré leur envie de vivre. Ils lui avaient montré qu’elle faisait fausse route. Finalement, elle avait été contente d’être arrêtée. Sa folie, ainsi, s’arrêtait. Mais, son père avait tenté de la faire taire. Une rage l’avait envahi. Elle se promit de le tuer de ses propres mains. Elle l’avait fait et pour la première fois de sa vie, elle avait sauvé deux vies.

 

       Elle avait fui. Hors de question de retourner en prison, elle se ferait tuer trop facilement. Elle avait quitté le pays. Elle avait longuement voyagé. Elle avait détruit certains réseaux de drogues rouges du dragon. Et puis, elle avait rencontré Hannah et Samira.

 

       Deux jeunes filles grandissant dans le pire orphelinat pouvant exister ! Les pensionnaires étaient vendus comme marchandises de prostitution ou pour tester des médicaments. Si l’un mourait, personne ne le pleurerait. Ces gosses n’existaient pour personne. Hannah et Samira n’avaient pas eu peur d’elle. Elles l’avaient soigné alors qu’elle était gravement blessée.

 

       Saphira se prit pour la première fois de l’affection pour ces deux êtres dont le destin ne les avait pas épargnés. Et puis, elles avaient vendu à une entreprise pharmaceutique voulant des cobayes. Saphira avait mis un peu de temps avant de pouvoir les récupérer. Elle avait dû trouver de l’aide.

 

       Elle avait fini par réussir. Tout avait été détruit. Tout avait explosé dès que ces deux compagnes avaient pu évacuer. Mais, malheureusement, elles avaient été poursuivies, traquées. Finalement, Saphira fut la seule survivante avec deux bébés dans les bras avec leur dossier. Elle en avait pris connaissance. Quelle ne fut pas sa surprise quand les noms Oda et Miori avaient fait apparition ?

 

       Était-ce un signe du destin ? Elle n’avait pas hésité. Elle décida de retourner dans son pays pour remettre les deux enfants à ces personnes. Elle resterait un maximum de temps dans les parages pour les surveiller. Elle l’avait fait. Petit à petit, elle décida de changer physiquement.

 

       Elle apprit petit à petit qu’une certaine drogue ressemblant à la drogue rouge du dragon semait la mort en Italie. Elle s’y était rendue en devenant Red’Line, le Diable. En cherchant et détruisant, tout ce qu’elle trouvait, elle avait rencontré ce jeune rouquin regardant l’eau stagnante depuis un pont. 

 

       Pourquoi lui avait-elle parlé ce jour-là ? Elle ne savait toujours pas, mais sa manière d’être, son regard, tout lui rappelait Samira et Hannah. Malgré tout le malheur subit, les deux filles n’avaient pas baissé les bras. Elles cherchaient toujours un moyen d’échapper à leur destin funeste.

 

       Red’Line porta son regard vers la femme attaché. Elle eut un sourire mauvais. D’un geste, elle fit aller sa main. La cravache claqua violemment sur la joue de la prisonnière. Celle-ci laissa échapper un cri.

 

       — Elles sont bien pratiques ces nouvelles petites maisons. Elles ont été fabriquées de façon insonorisée. N’est-ce pas génial ? Tu vas pouvoir crier tout ton soul sans que personne ne puisse t’entendre.

 

       — Vous êtes folle.

 

       Un autre coup lui fit à nouveau crier. Du sang coula le long de sa joue. Les larmes continuaient à couler à flots.

 

       — Pourquoi faites-vous ça ? Qu’est-ce que je vous ai fait ? 

 

       Red’Line sentait son sang bouillir. Elle jeta sa jambe. Elle atteignit la femme en plein ventre. Elle fut éjectée plus loin. La chaise se brisa. La prisonnière cracha du sang. Red’Line s’agenouilla près d’elle. 

 

       — Tu oses me demander pourquoi je te fais souffrir. As-tu expliqué à ces garçons pourquoi tu les souillais ? Pourquoi tu prenais plaisir à les mutiler, à les violer, à les briser ? Je ne crois pas. As-tu eu un seul remords ? as-tu pleuré pour eux ? Je ne le crois pas, non plus. 

 

       Red’Line donna un violent coup de poing à la femme. Puis, la tirant par les cheveux, elle la remit debout pour la jeter sur le canapé. Elle lui montra les photos où une dizaine de petits garçons d’une dizaine d’années s’y trouvaient.

 

       — Combien d’entre eux ont pu réussir à s’en sortir ? Je n’en connais qu’un seul, mais j’espère pour ton âme qu’il y en a d’autres. Je ne suis pas un ange. J’ai commis des crimes inimaginables que je regretterais jusqu’à la fin de ma vie. Mais, toi ! Tu n’en as rien à faire. Tu as juste décidé de changer de vie en oubliant les crimes que tu as perpétrés. Veux-tu que je te montre le cadavre du gamin que tu as tué et que tu as ordonné de jeter dans une poubelle ? 

 

       La femme ouvrit les yeux en grand. Personne ne devait être au courant. Elle avait fait en sorte que l’homme utilisait pour faire disparaitre le corps, meurt dans un accident. Red’Line eut un sourire satisfait. 

 

       — Il est mort ma chère, mais il a eu le temps de se confesser à la police avant de succomber. Maintenant, nous allons passer aux choses sérieuses. Tu vas me dire tout ce que tu sais sur le réseau de drogue et sur la vente des gosses.

 

       La femme secoua la tête, trop effrayer. Red’Line se pencha vers elle. Avec la cravache, elle lui souleva le menton. Elle murmura d’une voix froide aussi coupante qu’un couteau.

 

       — Je sais que tu ne veux pas mourir, mais c’est bien trop tard. Tu mourras, mais à toi de choisir. Une mort rapide et sans douleur ? Ou après une torture interminable ? La prisonnière lâcha prise. Elle baissa la tête. Elle finit par prendre la parole d’une voix atone. Elle avoua tout ce qu’elle savait sans rien omettre.

 

       Quand elle eut fini. Red’Line lui adressa un sourire chaleureux. Elle lui caressa la tête comme à une enfant avant de lui briser la nuque. Elle se redressa. Elle se tourna vers la table basse. Son regard tomba sur un paquet de photo représentant un jeune garçon roux aux bleus nuit. Elle attrapa le paquet et le jeta dans la cheminée. C’était mieux ainsi, n’est-ce pas ? 

 

       Elle se dirigeait vers la porte. Mais, son instinct l’arrêta. Elle recula. Elle se retourna pour se rendre dans la chambre du fond. Elle coulissa la fenêtre pour l’ouvrir. Après un rapide coup d’œil à l’extérieur, elle s’échappa sans être vue.

 

 

       Rafael se réveilla en sursaut. Il se redressa sur son lit. Il se frotta les yeux de fatigue. Il jeta un coup d’œil à son réveil. Il poussa un petit cri. Il se leva rapidement pour prendre une rapide douche. Il s’habilla en vitesse. 

 

       Depuis sa rencontre avec Borghèse, Rafael avait fini par comprendre qu’il devait parler avec son oncle. Il le devait pour lui montrer sa confiance envers lui. Mais depuis ce jour, Manu se trouvait indisponible. C’était comme si quelque chose empêchait que l’oncle et le neveu se parlent. 

 

       Rafael n’en pouvait plus. Il commençait à douter sur la sincérité de son oncle. Il disait les aimer. Il disait vouloir leur donner une meilleure vie. Il n’avait pas menti à ce sujet. Rafael, Moira et Sara étaient très heureux à présent dans cette famille. Mais, il y avait un hic. 

 

       Les enfants Blackwood connaissaient très bien Ludwig, Rei et même Ashula. Les enfants donnaient confiance à ces trois adultes. Ils les aimaient également. Mais ce n’était pas pareil avec Manu. Comment connaitre une personne qui se trouvait souvent absente à cause de son travail ? 

 

       Rafael en voulait à son oncle de faire passer son travail avant eux. Chaque fois où il avait tenté de lui parler, Manu se trouvait trop fatiguer. Rafael faisait exprès d’attendre, jusqu’à des heures indues pour pouvoir lui parler, mais l’homme ne l’écoutait pas. Il tardait le matin, au risque de louper son bus, pour pouvoir parler à son oncle, mais peine perdu également. 

 

       Il en avait assez. Il avait l’impression de faire face à un mur en béton. Il n’en voulait pas au métier en lui-même, mais bel et bien à la personne. Manu ne savait pas faire la part des choses. Il ne voyait pas où se trouvait sa priorité.

 

       Rafael descendit rapidement les deux étages pour rejoindre la cuisine. Il soupira de soulagement en apercevant son oncle à table. Celui-ci jeta un coup d’œil vers son neveu. Il fut surpris de le voir déjà levé. 

 

       Le jeune rouquin s’installa à table après avoir salué Rei et Ludwig. Il se tourna ensuite vers son oncle. Celui-ci allait porter une bouchée de bacon à sa bouche quand il s’arrêta en voyant son neveu le fixer. 

 

       — Tu ne manges pas, Rafael ? 

 

       — Je mangerais plus tard. Il faut qu’on parle, oncle Manu. 

 

       L’homme fronça les sourcils par le ton employé. 

 

       — Je dois partir travailler, Rafael. Ça ne peut pas attendre mon retour, ce soir. 

 

       Le regard bleu nuit se durcit.

 

       — Non ! C’est à chaque fois pareil ! Ce soir, tu vas rentrer tard et tu seras trop fatigué pour écouter. Bordel ! Je ne te demande pas la lune, je veux te parler.

 

       — OK, ne te fâche pas. Allons parler dans le salon.

 

       Soulagé, Rafael se leva d’un bond. Il se rendit aussitôt vers la pièce indiquée. Il se retourna vers son oncle. Celui-ci approchait de la porte quand son portable se mit à sonner. Il répondit aussitôt. Rafael s’aperçut de suite que son oncle l’avait oublié. Sans un mot, l’homme sortit par l’autre porte. Un instant plus tard, la porte de sortie claqua. 

 

       Rafael sentit les larmes monter. Avec effort, il parvint à les retenir, mais d’un geste de colère, il éjecta le premier objet à sa portée. Il tremblait. Ashula arriva juste à l’arrière. Il attrapa le garçon pour le serrer dans les bras.

 

       — Rafael ? Je ne suis peut-être rien pour toi, mais si tu veux m’en parler. Tu peux.

 

       Le garçon émit un petit rire sans joie. 

 

       — Ashula ? Tu fais plus partie de ma vie que mon oncle. Il a menti. Il a dit qu’il serait toujours là si on avait besoin de lui, mais c’est faux. Est-ce que vous voulez bien m’écouter tous les trois ? 

 

       Ashula leva les yeux vers les deux autres hommes faisant son apparition. Ludwig et Rei pénétrèrent dans le salon. En passant, Ludwig ébouriffa la tignasse du garçon qu’il avait appris à bien apprécier.

 

       — Nous serons toujours là si tu as besoin de parler, Rafael. Nous t’écoutons. 

 

 

       Une heure plus tard, Rafael se sentit beaucoup mieux. Il avait tout dit aux trois hommes. Il leur avait tout raconté dans les moindres détails, enfin ce dont il se souvenait surtout. Aucun des hommes n’avait sorti un mot. Le garçon n’en attendait pas de toute façon. Quand Rafael sortit pour rejoindre le bus pour le lycée. Ashula attrapa son portable et il se mit à écrire un message. 

 

       « Bravo, bien joué, crétin. Tu as tout gagné. Tu n’as plus qu’à tout recommencer depuis le début. Il va falloir que tu remettes tes priorités à jour, Manu. »

 

       Michio, Nael, Dan, Dorian et Luna attendaient devant le portail que le dernier du groupe arrive. Quand celui-ci arriva, il leur adressa un sourire chaleureux. Il taquina comme à son habitude Dan. Il embêta Dorian avec des sous-entendus. Il embrassa son petit diablotin de petit ami.

 

       Rafael agissait comme il le faisait chaque jour. Mais, Nael et Michio n’étaient pas dupes. Il s’était passé un évènement. Les deux frères cherchèrent ce qui avait bien pu perturber à ce point leur ami. Michio décida de prendre les devants. Dès que la sonnerie de la pause de midi sonna, il fonça vers la salle de classe où se trouvait son petit ami. 

 

       Rafael se chamaillait avec Dorian et Dan. Michio lui attrapa la main. Il le tira. Rafael, surpris, demanda, plusieurs fois, à Michio où il l’emmenait. Celui-ci ne répondait pas. Le jeune rouquin finit par se laisser guider. Il remarqua juste que ces amis ne les suivaient pas. Il finit par reconnaitre l’endroit où ils se rendaient. 

 

       C’est limite s’il ne se fit pas éjecter dans la pièce se trouvant près de la porte du toit. Rafael se retourna vers son petit ami pour avoir une explication sur son attitude. Mais, il n’en eut pas le temps. Il reçut un coup de poing en pleine figure.

 

       Trop surpris, Rafael porta une main à sa lèvre. Il s’était mordu. Il leva les yeux vers Michio dont le regard brillait de colère. Il ne put s’empêcher de le trouver magnifique. Il ressemblait presque à une panthère prête à bondir.

 

       — Je peux savoir pourquoi tu m’as frappé. 

 

       — Pour enlever ce visage sans émotion. Pour que tu stoppes cette comédie que tu nous fais depuis ton arrivée. 

 

       Rafael baissa son regard sur le sol. Il porta ses mains à son visage. Michio s’approcha. Il posa ses mains sur celle de son petit ami. Il les retira tout en les gardant dans les siennes.

 

       — Je t’interdis de jouer à la comédie avec nous. Si tu as mal, si tu souffres, dis-le-nous ou dis-le-moi.

 

       Rafael posa son front sur l’épaule de son ami. Michio lâcha les mains pour pouvoir caresser la nuque. Rafael entoura la taille de son amoureux. Il murmura :

 

       — Je suis désolé. Je ne voulais pas vous ennuyer avec mes états d’âme.

 

       — Jamais, tu nous ennuieras. Les amis, c’est fait pour tout entendre sans juger, pour aider aussi. 

 

       Rafael déposa ses lèvres sur la peau blanche. Il y déposa de petits baisers faisant frissonner Michio. Finalement, leurs lèvres finirent par se rejoindre pour un ballet enflammer. À bout de souffle, Michio posa son front contre celui de Rafael. Ils ne se quittaient pas des yeux. Rafael finit par demander. 

 

       — Qu’est-ce qu’on fait ? On rejoint les autres ? 

 

       Michio fixait toujours le rouquin dans les yeux. Il se moula un peu plus contre son petit ami. Les lèvres à quelques centimètres de ceux de Rafael, il chuchota :

 

       — Non, on a mieux à faire. 

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13 août 2018

Tome 8 : Chapitre 25

       Michio se réveilla en sursaut. Il n’avait pas l’habitude de faire une grasse matinée. Il se leva rapidement. Il fila vers la salle de bain nu comme un ver. Il aimait bien dormir sans rien. En sortant de la douche, il se fit flasher. Michio secoua la tête. Papy Carlin n’avait pas perdu son habitude de les prendre en photo dans le plus simple appareil. Le vieil homme émit un petit rire. 

 

       — Ça va être une bonne photo.

 

       Michio enfila ses affaires sans aucune gêne d’être observé. Il songea :

 

       — N’oublie pas de le faire à Nael, papy. Il pousse toujours de petits cris de pudeur. C’est trop drôle. 

 

       — Je n’oublie pas. Mais, monsieur s’est échappé trop vite ce matin. 

 

       — Où est-il parti ? 

 

       Carlin observa son petit-fils, amusé. Michio n’avait aucune pudeur. Attitude qui exaspérait ses pères et son frère. Mais, le garçon ne changeait pas ses habitudes pour autant. Michio se rendit à nouveau dans sa chambre suivi par son grand-père. Il enfilait ses baskets quand Carlin sortit :

 

       — Dommage, je n’ai pas pensé à prendre Rafael la dernière fois.

 

       — Ce sera pour une prochaine fois. Mais, tu seras surpris papy. Il est comme moi. Il n’est pas pudique. Par contre, j’ai hâte que tu fasses le coup à Dan et Dorian. Là, je sens que je vais bien rigoler. 

 

       — Pense à les inviter. Je te ferais des copies comme cela tu pourras les narguer.

 

       Michio esquissa un sourire. Il déposa un baiser sur la joue de Carlin. Il s’exclama avant de quitter la pièce.

 

       — Cool, papy. T’es un Ange. Je les montrerais à Raffy. Il va adorer les mettre en boite.

 

       Carlin regarda le garçon s’échapper vers la cuisine. Il le suivit plus calmement. Il se trouvait dans les escaliers quand il entendit Michio s’écrier qu’il avait horriblement faim. Michio dévora l’énorme assiette de pancakes offerts par son papy Renko. Une autre attendait l’autre glouton de la famille. Carlin déposa un tendre baiser sur les lèvres de son homme pour lui remercier d’avoir pensé à lui. 

 

       Renko n’était pas stupide. Il en faisait toujours des réserves. Il n’avait pas envie d’une bagarre entre les deux plus gros gloutons de l’univers. Michio déposa son assiette dans l’évier. Il n’avait laissé aucune miette. Il s’étira un bon coup.

 

       — C’est bien calme, finit-il par dire. 

 

       — Akira et Matt ont été invités par Kaigan. Hans et Léon y seront également. Maeva et compagnie est chez Kalhan.

 

       Michio se laissa à nouveau tomber sur une chaise. Il soupira. 

 

       — Qu’est-ce que vous avez prévu ? 

 

       — Je dois aller à la salle d’exposition. Veux-tu m’accompagner ? Ren en profitera pour rendre une petite visite au garage.

 

       — Oui, je viens. Papy, tu diras à Ludwig de lâcher Rafael. Il est en vacances et je ne le vois pas, ce n’est pas juste !

 

       Renko ébouriffa les cheveux de son petit-fils boudeur.

 

       — Promis, je le lui ferais savoir.

 

       Retrouvant son entrain, Michio s’échappa pour prendre sa veste. Les deux adultes se dirigèrent vers l’extérieur, amusé. Ils étaient bien contents que Michio soit enfin trouvé un compagnon. Ils se feraient moins de souci.

 

       Carlin voulait faire un changement d’ordre des tableaux. Les tableaux de Michio devaient rejoindre la pièce de devant, et les siennes à l’arrière. Le petit fils ne voyait pas vraiment pourquoi un tel changement. Mais, il obéit sans broncher.

 

       Carlin n’avait plus l’autorisation de monter sur un escabeau. Alors, il restait derrière son petit-fils pour lui donner les ordres. Pendant presque deux heures, les deux hommes travaillèrent en se chamaillant joyeusement.

 

       Évidemment, à chaque ordre donné, Michio avait à redire. Enfin, il le faisait exprès. C’était devenu un jeu entre eux. À un moment donné, Carlin laissa Michio le temps de répondre au téléphone du bureau. 

 

       La porte de la salle d’exposition s’ouvrit. Michio l’entendit, mais il n’en fit pas cas. Il fixait un tableau de son grand-père. C’était un vieux tableau représentant son père Luce alors bambin. Ce tableau n’était pas à vendre. Il trônait comme un Roi dans la pièce principale. Le seul tableau qui ne bougeait jamais de place. 

 

       Une main baladeuse se posa sur ses fesses. Le garçon réagit rapidement à la surprise de l’inconnu. Celui-ci sentit une douleur intense lui traverser tout le long de la jambe après le coup de pied dans le tibia. Le regard noir de l’adolescent s’était assombri de colère. L’homme esquissa un sourire innocent. 

 

       — Désolé, mon petit Michio, mais c’était vraiment trop tentant. 

 

       — Vous n’êtes plus autorisé à recommencer, Armando. Que venez-vous faire ici ? 

 

       Borghèse haussa les épaules, fatalistes.

 

       — Si je disais pour te voir, me croirais-tu ? 

 

       Michio fronça les sourcils tout en grinçant des dents. L’italien émit un petit rire. 

 

       — Je suis juste venu te saluer. J’avais rendez-vous avec un client au bar. En sortant, je t’ai vu. Voilà, tu sais tout. Alors, Michio, as-tu enfin trouvé quelqu’un à ton goût ? 

 

       Michio observait en silence l’italien, toujours habillé sobrement, mais avec classe. Il esquissa un sourire. 

 

       — Pourquoi vous le dirais-je ? 

 

       — Tu n’es vraiment pas mignon. Ne sommes-nous pas amis ?

 

       — Ami ? Même si j’ai eu une aventure avec vous, je ne vous connais pas assez pour vous considérer comme un ami, Armando.

 

       L’homme sourit. Il aimait bien ce garçon. Il avait les pieds sur terre.

 

       — Rien ne t’empêche d’en apprendre plus à mon sujet, tu sais ? 

 

       La porte d’entrée s’ouvrit au même moment. Une voix retentit alors :

 

       — Dites ? Cela vous prend souvent de draguer le mec d’un autre ? 

 

       Michio jeta un regard derrière l’italien. Il fonça droit dans les bras de son petit ami. Armando eut un petit pincement au cœur, mais il le cacha très bien. Il était aussi très amusé de la scène.

 

       — Tu vois Michio. Tu as fini par le dire. 

 

       Michio se redressa. Il se tourna vers Borghèse. Il lui tira la langue. Armando ne se gêna pas le moins du monde à observer de la tête aux pieds le nouvel arrivant. Le garçon devait avoir le même âge que Michio. Le visage rond et les taches de son lui rappelèrent une autre personne. Il s’exclama :

 

       — Voilà une bien étrange ressemblance avec Manu Grandier. 

 

       — Évidemment, c’est mon oncle, répondit le rouquin, aucunement intimider. 

 

       — Oh ! Alors, il a enfin trouvé ce qu’il cherchait depuis si longtemps. Ravi de l’apprendre. Je ne me suis pas présenté, Armando Borghèse. Et tu es ? 

 

       Le garçon, tenant la taille de Michio d’une main, serra la main de l’italien avec l’autre.

 

       — Rafael Blackwood. 

 

       Borghèse tiqua au nom de Blackwood. Il laissa échapper. 

 

       — Ah ! Serais-tu le fils de cette ordure de Boris Blackwood ? 

 

       Rafael se tendit au nom de son beau-père. Il préférait penser à lui avec ce terme. Même s’il se sentait un peu honteux pour Moira et Sara, il était content de n’avoir aucun lien de sang avec cet homme. 

 

       — C’est mon beau-père. Comment le connaissez-vous ? 

 

       Armando le regarda un peu surpris. 

 

       — On ne t’a pas raconté l’arrestation de Blackwood ?

 

       Le garçon haussa les épaules. 

 

       — Je sais qu’il a été arrêté près de l’Italie. La police pensait que je connaissais ces magouilles. 

 

       — Il transférait de la drogue par camion dans mon pays. J’ai mis tous les moyens nécessaires pour pouvoir arrêter ce réseau. 

 

       — Mais, vous êtes quoi au juste, Armando ? demanda Michio, intrigué. 

 

       — C’est un secret, mon chou. 

 

       Carlin arriva à ce moment-là. Il salua l’Italien et Rafael.

 

       — Ce n’est pas un sujet pour les jeunes, Borghèse. 

 

       L’homme adressa un sourire, amusé au peintre. 

 

       — Carlinou, tu ne peux pas les surprotéger. L’un d’eux était proche de la pourriture qui a foutu la merde dans mon pays. 

 

       — Je t’interdis de m’appeler comme ton arrière-grand-père. J’en ai des frissons d’horreurs. 

 

       — Carlin, c’est gentil de penser à me protéger. Mais, il n’y a rien à dire. Je sais très bien que mon beau père vendait de la drogue. Je le voyais faire dans le bar miteux où il m’emmenait souvent pour… 

 

       Rafael se tut, troubler. Michio lui serra la main. Armando aperçut la blancheur de l’adolescent. Ce devait être un mauvais souvenir. Rafael ferma un instant les yeux avant de reprendre d’une voix plus calme. 

 

       — Pour me vendre. 

 

       Il l’avait enfin dit à des adultes. Armando ferma son poing à s’en faire mal. S’il tenait le cou de ce Blackwood, il le tordrait volontiers avec un immense plaisir. Armando réussit à garder une voix calme. 

 

       — En as-tu parlé à ton oncle ? 

 

       — Non. Je ne peux pas. Il s’en veut déjà d’avoir mis tant de temps pour nous retrouver. Je ne veux pas qu’il se torture encore plus. 

 

       — C’est un beau geste, Rafael. Mais, il finira par le savoir et cela lui fera beaucoup plus de mal, car il l’apprendra par un tiers.

 

       — Voilà des paroles pleines de sagesse de ta part, Borghèse. Tu ne serais pas malade, par hasard ? 

 

       L’italien jeta un coup d’œil au peintre. 

 

       — Carlin arrête de me confondre avec mon arrière-grand-père. Je n’ai rien à voir avec lui. 

 

       — Encore heureux ! Tu n’aurais jamais pu parler avec Michio dans ce cas. Je commence à avoir faim. Puisque tu es là, Borghèse. Tu m’invites au restaurant. Et je ne veux pas de refus. 

 

       L’italien secoua la tête, fataliste. Il jeta un coup d’œil aux deux amoureux. 

 

       — Voulez-vous vous joindre à nous ? 

 

       — C’est très gentil à vous, mais une autre fois peut-être, répliqua Rafael, sans concerter Michio.

 

       — N’oublie pas papy Renko, papy Carlin. 

 

       — Comme si je pouvais l’oublier.

 

       Les deux adolescents regardèrent un long moment les deux adultes sortir de la salle d’exposition. Ils aperçurent Renko et Ludwig rejoignant Carlin et Armando. L’italien détonait dans le groupe. Rafael se gratta la tête. Il s’excusa. 

 

       — Je suis désolé. Tu aurais peut-être préféré d’aller avec eux.

 

       Michio tira le bras de son petit ami pour le faire avancer. Ils se dirigèrent vers le bureau. 

 

       — Je veux être avec toi.

 

       En l’entendant, Rafael l’attrapa par-derrière et il se moula contre lui. Michio se tortilla pour se tourner vers lui. Leurs lèvres se réunirent. Leurs langues se cherchèrent. Michio entoura le cou de ses bras. Rafael laissa glisser ses mains dans le dos, vers le bas des riens. Michio laissa échapper un son. 

 

       Rafael bougea jusqu’à atteindre le bureau vide. Il souleva les fesses de Michio pour l’installer sur le meuble. Ses mains s’égaraient sous la chemise bleue de son compagnon. Elles en détachaient les boutons petit à petit. Pourtant, Rafael stoppa net le baiser. Il posa aussitôt son front contre l’épaule de son petit ami.

 

       Michio se rendit compte de la respiration forte de Rafael. Quelque chose n’allait pas. Il posa ses mains sur les joues pour le forcer à le regarder. Rafael refusa d’obtempérer. Finalement, Rafael, n’arrivant pas à se calmer, recula avant de se laisser tomber sur le sol. Il se pliait sur lui-même. Michio, inquiet, s’agenouilla auprès de lui. 

 

       — Raffy ? Tu me fais peur. Qu’est-ce qu’il y a ?

 

       Frissonnant de peur, d’appréhension, le garçon leva les yeux vers son petit ami. Michio lut dans les yeux bleus nuit, la frustration et de la souffrance. Rafael devait vraiment souffrir pour le montrer aussi clairement.

 

       — J’en ai marre, Michio. Je te désire comme un fou, mais je n’y arrive pas. 

 

       Michio se pencha pour déposer ses lèvres sur les paupières dont des larmes de douleur coulaient. Il les glissa ensuite le long de la joue, de la mâchoire, du menton pour finir sur les lèvres. En même temps, il posa une main sur l’entre jambes de Rafael. Il déboutonna le jean et l’écarta.

 

       — Je suis là, Rafael. Tu n’es plus tout seul.

 

       Rafael renifla de façon peu galante avant de poser à nouveau son front contre l’épaule de son compagnon. 

 

       — Je sais. J’ai vraiment de la chance de te connaitre.

 

       Michio posa la main sur la verge. Il ressentit une sensation étrange et magique. Il avait peur aussi. Il ressentait dans tout son être la souffrance de Rafael dans son corps. Il se mit à caresser en douceur. Il sentit le corps de son compagnon se crisper. Il entendait les grincements de dents de Rafael. Celui-ci ne voulait pas laisser échapper un cri. Il était mortifié déjà. Il ne voulait pas en rajouter.

 

       — J’ai tenté plusieurs fois de le faire moi-même, mais la douleur était d’une telle puissance. Je suis lâche.

 

       Michio posa sa tête contre celle de Rafael. 

 

       — Ne dit pas d’ânerie. Petit Raffy voulait juste que ce soit moi qui m’en occupe.

 

       Michio sourit en entendant un léger rire.

 

       — Michio, je t’aime.

 

       Le garçon vira au rouge vif. Il ne s’était pas entendu à ces mots. En voyant, Rafael relevait sa tête, Michio le fixa de ces yeux noirs brillant de mille feux. 

 

       — Moi aussi, Rafael. Je t’aime.

 

       Rafael cligna des yeux plusieurs fois, avant de se jeter sur la bouche percée pour en prendre possession. Michio continuait à titiller le sexe de son compagnon quand il sursauta. Quittant les lèvres de Rafael, Michio baissa son regard vers le bas. Il sourit. 

 

       — On dirait que petit Raffy est ravi. Si j’avais su que te dire des mots d’amour te ferait réagir, je te l’aurais dit plutôt.

 

       Rafael fut tout étonné lui aussi. Il entoura de ses bras la taille de Michio. Il se laissa ensuite tomber vers l’arrière. Michio tomba de tout son long sur son petit ami, en riant. Ses lèvres se firent à nouveau kidnapper pour un autre baiser plus enflammer que les précédents. Il perdait pied. 

 

       Tout son corps chauffait à bloc. Rafael ne perdit pas de temps. Il laissait ses mains et ses lèvres prendre possession du corps de Michio. Celui-ci s’offrait sans aucune retenue. Après tout, si Rafael avait eu une forte frustration due à son petit handicap, Michio avait été dans le même cas. Un peu moindre, car il pouvait quand même se calmer par lui-même. 

 

       Michio avouait avoir eu une petite appréhension ayant déjà couché avec des hommes expérimentés. Mais, maintenant, il se demandait pourquoi il s’était inquiété. Il se demandait plutôt où son Raffy avait pu apprendre pour être aussi doué à son âge.

 

       Si au début, Michio laissa l’avantage à Rafael, il parvint après une petite bataille à retourner les faveurs. Il se mit à son tour à embrasser chaque parcelle de peau du rouquin. Celui-ci se pinçait les lèvres pour s’empêcher de gémir à tout va. Mais, il laissa un échapper un son quand les lèvres percées touchèrent le bout de la verge.

 

       Michio joua de la langue pour le titiller tout en se servant de son piercing également. Ensuite, il le prit en bouche pour faire un va-et-vient lascive. Quand Rafael sentit qu’il allait lâcher prise. Il ramena Michio à son niveau. 

 

       Il l’embrassa à nouveau tout en reprenant ses caresses. Une main s’évada vers les fesses pour atteindre un endroit sensible. Michio n’en pouvait plus. Il se laissait à nouveau mener. Il ne broncha pas quand il sentit un doigt pénétrer dans son lieu sacré. Il se laissa dompter sans la moindre honte. Rafael approcha ses lèvres d’une oreille. 

 

       — Il y a des préservatifs dans le coin ?

 

       Michio entoura le cou de Rafael avec ses bras pour l’empêcher de bouger et il s’exclama :

 

       — Pour en avoir, il y en a, mais je m’en fous. Tu as interdiction de bouger de là.

 

       Rafael émit un petit rire avant d’embrasser à nouveau les lèvres percées qu’il adorait. Il y passerait des heures et des heures à les baiser ses lèvres, cette bouche. Michio releva ses jambes tout en écartant un peu plus les jambes. C’était une véritable invite. Rafael ne se fit pas attendre. 

 

       Il enfouit son visage dans le cou de Michio quand il s’invita profondément dans la chaleur incandescente. Même si le plaisir était bel et bien présent, Rafael se mordit la langue pour éviter de laisser échapper un petit cri de douleur. Même s’il était guéri, il ressentirait pendant un petit moment cette douleur. Mais, il s’en fichait un peu. C’était comme si c’était une première fois. Et en réfléchissant, c’était bien une première fois avec une personne aimée. 

 

       Michio avait ressenti la crispation et il ressentit une petite douleur, mais elle n’était rien comparé à toutes les sensations, tout le plaisir qu’il ressentit ensuite. Quand Rafael se mit à bouger enfin, Michio se crut au paradis. Jamais, il n’avait ressenti toute cette vague de sensation et d’émotion diverses.

 

       Quand la jouissance arriva, Rafael eut le réflexe de se retirer pour éjaculer sur le ventre rejoignant celui de Michio. Il se laissa glisser à ses côtés tout en lui baisant les joues et le menton. Michio avait bien du mal à redescendre sur terre. 

 

       Un peu de temps après, Rafael se redressa. Il empêcha son compagnon de bouger en lui baisant les lèvres. Il se rendit dans les toilettes juste à côté. Il revint avec du papier pour essuyer le ventre. Il jeta les papiers dans une corbeille, trop la flemme de retourner aux toilettes. Il aida ensuite, Michio à se redresser, mais il le tira vers le canapé. Il l’installa sur ses jambes. 

 

       Michio ne s’en plaignit pas. Il posa sa tête contre l’épaule solide. Il jouait avec un bouton. Il finit par demander.

 

       — As-tu eu déjà des relations avec des hommes, Rafael ?

 

       — Peut-être que oui, peut-être que non. 

 

       Michio grogna, boudeur :

 

       — Ce n’est pas une réponse.

 

       Rafael déposa ses lèvres sur les cheveux noirs. Il émit un petit rire. 

 

       — Tu es bien curieux. Oui, j’en ai eu. Tout comme toi, tu en as eu avec Borghèse. 

 

       Michio se tendit. Il redressa la tête, inquiet. 

 

       — Juste une fois. 

 

       Rafael déposa un baiser sur les lèvres. Michio gémit. C’était trop bon. 

       — Tu n’as pas à te justifier, Michio. Le passé est le passé, pas vrai ? 

 

       Le garçon hocha la tête, rassurée. Puis, il s’exclama :

 

       — Il va falloir se remuer. Papy Carlin va être impossible, si on n’a rien fait pendant leur absence. 

 

       — Ce n’est pas toi qui as demandé à ton papy Renko de faire la morale à Ludwig, car je travaillais ? 

 

       Michio sourit. Il se pencha pour mordre l’oreille du rouquin. Celui-ci grogna. Michio émit un petit rire avant de lever tout en forçant son petit ami d’en faire autant. 

 

       — Oui, mais ce n’est absolument pas la même chose. Je te le garantis. 

 

       — C’est bien parce que c’est toi que je veux bien jouer à l’esclave. 

 

       Les deux garçons se remirent au travail tout en chahutant également. Quand Carlin et Renko revinrent à la salle d’exposition, la première chose qu’ils entendirent fut les rires et la musique rythmée. Nael et Dan poussèrent les deux hommes pour passer. 

 

Ils rejoignirent leurs amis. Aussitôt, ils purent entendre Dan s’époumoner contre la bêtise du rouquin. Les deux hommes se dirigèrent vers l’endroit. Ils éclatèrent de rire. Michio avait sauté sur le dos de son frère. Ils regardaient Rafael tournoyer avec un Dan rouge comme un coquelicot. 

Posté par Origine1975 à 20:44:00 - - Commentaires [0] - Permalien [#]