La luminosité de la pièce finit par réveiller la personne endormie contre un corps chaud et toujours plongé dans un sommeil réparateur. Nael se redressa en faisant attention à ne pas réveiller son frère. Il s’étira son bras gauche endolori. Après un bâillement à se décrocher la mâchoire, il se leva. 

 

        Fouillant dans les armoires de son frère, il lui piqua un jean, un sweat et un caleçon. L’avantage d’avoir le même gabarit était qu’ils pouvaient se piquer les affaires sans problème. Après un dernier regard sur son frère, Nael entra dans la salle de bain. Il se déshabilla et pénétra dans la douche. 

 

       Il laissa l’eau tiède couler le long de son corps afin d’enlever les derniers vestiges de sommeil. Ses pensées se dirigèrent aussitôt sur Dan. Il ne l’avait pas appelé hier comme il aurait dû. Son frère avait passé en premier. Il soupira fataliste. Son instinct lui disait qu’il allait encore devoir batailler avec Dan. 

 

        Il aimait Dan comme un fou, mais il ne voulait plus se battre pour une broutille pareille. Dan devait comprendre qu’il ne tournerait jamais le dos à son frère ou à sa famille. Il allait devoir trouver les mots pour convaincre. Nael ferma le robinet et sortit. Un flash le fit sursauter. Il leva les yeux vers l’endroit.

 

        Son grand-père Carlin se trouvait appuyé contre le lavabo. Il tenait le dernier appareil photo en date. Nael leva les yeux au ciel, amusé. Il ne chercha pas à se cacher. Il n’était pas intimidé. C’était sa famille. 

 

        — Waouh ! Voilà une belle photo. Devrai-je l’offrir à Dan ? 

 

       Nael, tout en s’essuyant, jeta un coup d’œil à la photo que son grand-père lui montrait. Elle montrait un corps long, mince au muscle fin sans aucune graisse. La peau légèrement tannée faisait ressortir ses yeux gris nuageux. 

 

       — Offre-lui quand il est en face de toi, papy. Ce sera un vrai régal. 

 

       Carlin esquissa un sourire, malicieux.

 

       — Aurai-je le droit à des joues toutes rouges ? Chouette. Bonnes idées. C’est trop drôle de voir un petit jeune tout émoustillé. 

 

       Nael finit de s’habiller. Son grand-père ne changeait pas. C’était pour cela que tant de monde l’aimait. 

 

       — Mouais, mais avant que tu puisses le voir ainsi, il va falloir que je remette les pendules à l’heure. 

 

       Carlin jeta un coup d’œil à son petit-fils. Il le suivit en sortant de la chambre. Nael jeta un coup à son frère. Il fut rassuré de le voir calme et non plus agité. Le garçon descendit pour rejoindre la cuisine où une bonne odeur s’échappait. Il y trouva son autre grand-père ainsi que son père Erwan. 

 

       Il leur adressa un sourire. Il s’installa auprès de son père. Carlin rejoignit comme à son habitude sa place sur les genoux de son homme. Erwan buvait déjà son troisième café. Il n’avait pas eu la force d’aller courir. Il jeta un coup d’œil à son fils en pleine forme. Il soupira.

 

       — Papa Luce, dors toujours ? 

 

       — Oui, il a veillé sur vous deux pendant un long moment. Il a fini par lâcher prise. 

 

       — Je suis désolé. À cause de nous, on vous a tous fatigués. 

 

       Renko se pencha pour donner un petit coup sur la tête de son petit-fils.

 

       — Ne sois pas désolé, mon garçon. Nous sommes une famille. Nous devons nous soutenir. 

 

       Nael hocha la tête, soulagée. Il se mit à dévorer son assiette de pancakes. Ensuite, il demanda :

 

       — Papa, tu vas à la société aujourd’hui ?

 

       — Oui, j’ai des rendez-vous que je ne peux pas annuler. Pourquoi ?

 

       — Pourras-tu me poser chez Dan ?

 

       Erwan esquissa un sourire. Il hocha la tête affirmativement. Ses fils grandissaient trop vite. Maintenant, ils avaient chacun un partenaire. Avant le départ, Luce fit son apparition en mode zombi. Carlin lui servit cinq verres de lait avant que son fils immerge enfin. 

 

       Il se fit aussitôt enlacer par son compagnon pour un baiser de feu. Quand il retrouva ses esprits, ses joues étaient tout rouge. Il se fit charrier par son fils Nael. Son père riait sous cape. 

 

       — À ton âge papa, tu ne devrais plus rougir. 

 

       — Quoi à mon âge ? Me traiterais-tu de vieux, sacripant ? 

 

       Nael s’approcha de son père. Il lui encercla le cou de ses bras. 

 

       — Oui, un vrai dinosaure, tout mignon avec les joues rouges.

 

       Luce se débattit en râlant sous le rire de la famille. Nael s’échappa dans le couloir en appelant son autre père. 

 

       — Et le tyrannosaure, tu te bouges.

 

       Erwan sortit de la cuisine sous le rire des autres membres de la famille. En passant devant son fils, il lui donna un coup sur la tête. Nael grimaça en riant.

 

       — Tu vas voir comment il s’appelle le tyrannosaure.

 

       — Même pas peur. 

 

       Pendant le trajet jusqu’au domicile des Marcello, Nael jeta un coup d’œil à son portable. Il grimaça. Dan lui avait envoyé plusieurs textos jusqu’à tard la nuit. Nael soupira. Il aurait dû faire attention, mais l’état de Michio primait.

 

       Erwan le déposa devant l’immeuble. Nael resta un long moment sur le trottoir à observer le bâtiment sans se décider à bouger. Il craignait le pire. Il ne savait pas quoi s’attendre. Il ne voulait plus subir encore des mois sans Dan. Il ne voulait plus souffrir comme il avait souffert en le voyant avec Lydia. 

 

       Inspirant un bon coup, il se décida à grimper les escaliers jusqu’à la porte des Marcello. Il frappa. Cheryl lui ouvrit avec un sourire chaleureux. Nael l’embrassa sur la joue avant de saluer Mako installé dans la cuisine. Celui-ci lisait le journal. Il leva la tête vers le jeune homme. 

 

       — Bonjour Nael. Dan est dans sa chambre. Il est de mauvais poil. 

 

       Le garçon grimaça. Il s’en doutait. Il se dirigea vers la chambre en question. Il inspira à nouveau avant de frapper et d’entrer. La pièce éclairée par la fenêtre montra la pièce dans son ensemble. Dan se trouvait sur la gauche installé à son bureau. 

 

       Celui-ci se tourna vers l’arrivant. Il fronça les sourcils. Il en voulait à Nael. Celui-ci disait qu’il l’aimait, mais dès que Michio était dans les parages, il l’oubliait. Nael observait Dan en silence. Il lisait en lui comme un livre ouvert. Il avait espéré que le problème entre eux était résolu, mais apparemment il avait tout faux.

 

       — Ah ! Tu te rappelles que j’existe ! maugréa Dan. 

 

       Nael pinça les lèvres. C’était parti. 

 

       — Bordel Dan ! Nous avons dû calmer un violent cauchemar à Rafael. Michio a tout pris. Il a eu besoin de ma présence. 

 

       Dan haussa les épaules. 

 

       — Vous auriez pu laisser les médecins faire leur travail. Vous n’aviez pas à vous en mêler.

 

       — Rafael est notre ami. Nous aurions agi ainsi si tu avais été dans le même cas. Comment peux-tu être si égoïste ? 

 

       Dan se leva. Il serrait les poings.

 

       — Pourquoi ne pourrais-je pas l’être ? Est-ce un crime de vouloir être exclusif ? Est-ce un crime de vouloir être la priorité de celui qu’on aime ? 

 

       Nael se passa une main dans les cheveux avec lassitude.

 

       — Non, ce n’est pas un crime Dan. Mais, j’aime ma famille, j’aime mon frère. Il est comme mon double. Je ne peux pas faire comme s’il n’existe pas. Est-ce un crime ?

 

       — Pourquoi ne m’avoir pas appelé ou envoyer un message hier ? Tu m’as mis de côté. Je ne suis rien pour toi, finalement. 

 

       Nael se rapprocha de son petit ami. Il tendit une main vers lui, mais Dan le repoussa. Nael baissa la tête. Il ferma les yeux. Il en avait assez d’être toujours obligé de s’excuser pour quoi que ce soit. 

 

       — J’en ai ma claque, Dan. J’en ai assez de me justifier. Oui, j’aurais peut-être dû t’envoyer un message hier, mais mon esprit était ailleurs. Sais-tu ce que cela fait de ressentir autant d’émotions en pleine figure ? Mon corps n’en pouvait plus. Mon cerveau ne fonctionnait plus vraiment non plus. Il ne pouvait plus réfléchir. Pourtant, il fallait tenir pour soutenir Michio. C’est lui qui a eu la plus grosse charge. Mais ça, tu t’en fous. Tu ne sais pas ce que cela fait, pas vrai ? 

 

       Nael tourna les talons. Il sortit en claquant la porte. Il traversa le reste de l’appartement sans jeter un regard autour de lui. Il voulait sortir le plus vite d’ici. Il étouffait. Mako entendit la porte de l’appartement se fermer. Il soupira. Il se rendit dans la chambre de son fils. Il y entra sans frapper. 

 

       Dan s’était laissé tomber sur son lit. La tête baissée, il reniflait. Mako secoua la tête, exaspérée. Il s’approcha. Il stoppa devant son fils, les mains sur les hanches.

 

       — Qu’est-ce que tu fiches ici au lieu de courir après Nael ? 

 

       Dan haussa les épaules. 

 

       — Pourquoi faire ? 

 

       Dan poussa un cri de douleur quand il reçut un coup sur la tête. Il leva les yeux vers son père. Celui-ci le regardait en colère. 

 

       — Arrête de faire l’abruti. Veux-tu vraiment perdre Nael ?

 

       Dan secoua la tête. Il frotta ses yeux. Mako posa une main sur le crâne de son fils. 

 

       — Nael t’aime beaucoup. Si ce n’était pas le cas, il ne serait jamais revenu auprès de toi. Il n’aurait pas souffert en silence pour ton bonheur. Allez, va. Trouve-le !

 

       Mako attrapa le bras de son fils et il l’éjecta vers la porte. Dan hésita un instant avant de se mettre à courir pour rejoindre l’extérieur. Arrivant sur le trottoir, il jeta un regard autour de lui. Où pouvait être allé Nael ? Ses yeux stoppèrent devant le parc. Il se dépêcha en faisant attention en traversant. 

 

       Le froid de l’hiver approchait. Dan serra un peu plus le col de son manteau en frissonnant. Le parc était vide. Son regard fit un rapide tour avant d’apercevoir une forme humaine assise sur un banc. Dan s’approcha. Nael ne l’avait pas vu. Il était plongé dans les pensées.

 

       Il releva les yeux en apercevant une paire de baskets. Un regard éteint se posa sur le jeune homme mince aux cheveux noirs et aux yeux bridés d’un vert bouteille. Dan se tenait les mains et il soufflait dessus pour les réchauffer. Il fixa son regard dans celui gris nuageux. 

 

       — Je suis un idiot, Nael. Je devrais plutôt être fier d’avoir un petit ami aussi dévoué pour sa famille. Mais, j’ai peur. Je sais bien que c’est idiot, mais j’ai peur d’être exclu. 

 

       Nael tendit la main pour attraper l’une de Dan. Il le tira vers lui, entre ses jambes. Il posa son front sur le ventre de son petit ami. Il enfouit ses mains sous le manteau. Dan frissonna en sentant une chaleur l’envahir. 

 

       — Je suis désolé, Dan. J’aurais dû t’envoyer un message pour te rassurer. Je suis horrible. Je fais vraiment un mauvais petit ami.

 

       Dan laissa ses mains s’enfouir dans la chevelure brune de Nael. Celui-ci adorait cette caresse. 

 

       — Michio doit me détester. Je n’arrête pas de le maudire chaque fois qu’il t’accapare. Je devrais arrêter d’être jaloux de votre lien. 

 

       Nael serra le corps de Dan un peu plus fort. 

 

       — Michio ne te déteste pas. Il ne comprend pas ta jalousie. Dan, Michio est juste mon frère. Nous n’avons pas le même sang, mais à mes yeux et aux siens, c’est tout comme. Il faut que tu acceptes ce fait. Je t’aime et Michio aime Rafael. Tu le sais pourtant.

 

       — Oui, je sais. Je suis juste un mec égoïste et amoureux. Faut faire avec. 

 

       Nael émit un petit rire.

 

       — On fait la paix alors ? 

 

       Il leva la tête vers Dan. Celui-ci sourit. Il se pencha et posa ses lèvres sur celle de Nael. Le baiser dura longtemps. Aucun d’eux ne voulait l’arrêter. Ils finirent par se séparer pour reprendre leur souffle. Nael déposa un baiser tendre sur le nez gelé de son petit ami. Il finit par reprendre la parole. 

 

       — Maintenant que ce problème est résolu, il y en a un autre à faire.

 

       — Lequel ? demanda Dan, intrigué. 

 

       — Sawako. La dernière fois, tu n’as pas pu t’excuser, car monsieur n’était pas là. Mais, aujourd’hui, il est chez lui. Donc nous y allons de ce pas. OK ?

 

       Dan hocha la tête. Il devait se faire pardonner. Nael se leva. Attrapant une main, il tira Dan pour se rendre près de l’arrêt de bus. Il ne le lâcha pas de tout le chemin devant la grande demeure du chat sauvage ainsi appelé par les meilleurs amis de Sawako.

 

       La porte s’ouvrit sur un bel italien. Celui-ci leur adressa un sourire de bienvenue. En apercevant les cheveux longs, Nael sut qu’il s’agissait de Vincenzo Cardoni. Les jumeaux Cardoni, Nael ne les connaissait pas vraiment. Il savait juste qu’il était les meilleurs amis et les boucs émissaires de Sawako. 

 

       Par Dan, il avait appris que les jumeaux entretenaient une relation incestueux. Était-ce la raison pour lequel Dan avait imaginé des choses entre Michio et lui ? Peut-être bien. Vincenzo les invita à entrer. De là, les jeunes entendirent la voix éraillée de Sawako provenant de la cuisine. 

 

       — Bordel Shin ! Vas-tu arrêter de m’ennuyer ? 

 

       — Chaton, tu sais bien que c’est impossible. 

 

       Dan et Nael se regardèrent en riant. Ces deux-là ne changeraient pas non plus. Vincenzo les quitta pour se rendre dans la cuisine. Il s’exclama :

 

       — Sawako, tu as de la visite. Aïe ! Bordel, mais tu avais besoin de me frapper. 

 

       — C’est mon plaisir, je ne vois pas pourquoi j’arrêterais. Pff ! 

 

       Nael observa le séjour où il se trouvait. C’était une pièce très éclairée par la baie vitrée. Les meubles blanc et bleu s’harmonisaient bien avec les mures crèmes. Son regard se posa sur l’entrée de la cuisine. Un homme venait de s’arrêter devant l’entrée. Il fixait Dan qui ne l’avait pas encore vu. 

 

       L’homme en question avait l’apparence d’un chat sauvage avec sa longue chevelure d’un noir bleuté, ses yeux marron-vert et son corps gracieux. Dan finit par le voir. Il se sentait intimidé d’un coup devant le regard intransigeant de son grand frère.

 

       Avec un effort surhumain, Dan finit par s’approcher pour être face à son frère. Il hésita encore un instant avant de prendre enfin la parole. 

 

       — Je suis venu m’excuser, Sawako. Je t’ai dit des choses méchantes. Et je m’en veux terriblement. 

 

       Sawako observa en silence le jeune garçon devant lui. Il l’avait vu grandir. Il l’avait aimé. Il avait beaucoup souffert des mots de son petit frère, mais il ne lui en voulait plus depuis longtemps. Il soupira. 

 

       — Il t’en a fallu du temps pour venir, empoté. 

 

       Dan esquissa un pauvre sourire. 

 

       — Je ne suis pas très réactif. Il me faut plus de temps pour voir mes erreurs. 

 

       Sawako secoua la tête, exaspérée. Sans prévenir, il attrapa le bras de son petit frère pour le serrer contre lui. 

 

       — Idiot. Comme si je pouvais t’en vouloir éternellement, stupide gamin. 

 

       — Alors, pourquoi n’être pas venu me voir ? 

 

       — Parce que ce n’est pas à moi de faire le premier pas, banane. Alors, ça y est. Tu es vraiment avec Nael. Tu ne ferais plus d’ânerie.

 

       Dan émit un petit rire. 

 

       — Ça, ce n’est pas gagné, gagné. Mais, tu seras là pour me remettre les pendules à l’heure, pas vrai Sawa ? 

 

       Le japonais se mit à rire. 

 

       — Quoi ? Toi aussi, tu veux des coups comme les deux autres empotés ?

 

       — Eh ! On ne t’a jamais demandé de nous frapper, s’exclama, de la cuisine, Vincenzo.

 

       Sawako renifla et répondit :

 

       — Vous n’avez rien à dire justement. C’est mon plaisir personnel. 

 

       Il se tourna vers Nael. Il lui adressa un sourire. 

 

       — Vous resterez bien manger. N’est-ce pas ? 

 

       — Oh oui ! Cela fait longtemps que je n’ai pas mangé ta cuisine, Sawa. 

 

 

       Michio se réveilla en sursaut. Quelle heure devait-il être ? Il n’en savait rien et il s’en fichait royalement. Il avait encore sommeil. Mais, il ne voulait plus venir. Il avait besoin d’une personne, c’était urgent. 

 

       Il se leva en chancelant. Il parvint à se changer dans un état second. Ensuite, il se dirigea vers les escaliers. Son regard se troublait. Il se tient à la rembarre pour descendre. Il devait faire attention. Arrivé presque à la fin, son pied glissa. Son corps chuta vers l’avant. Il ne pouvait plus se retenir.

 

       Sa chute stoppa net. Des bras puissants l’avaient rattrapé. Michio se redressa comme il put. Il parvint à remercier la personne. Il voulait reprendre la marche vers la sortie. La personne l’arrêta. 

 

       — Où est-ce que tu vas, ainsi ? Tu n’es pas en état, Michio. 

 

       — Je dois y aller.

 

       Luce arriva à ce même moment. Il aperçut son fils en compagnie de Léon Amory. Il les rejoignit. Son fils dormait à moitié debout, mais il voulait s’échapper.

 

       — Que se passe-t-il ?

 

       — Je l’ai rattrapé à temps. Qu’est ce qui lui arrive, Luce ? Je ne l’ai jamais vu ainsi.

 

       — C’est une longue et étrange histoire. Michio, je te raccompagne au lit. 

 

       Michio secoua la tête. 

 

       — Je veux voir Rafael. 

 

       — Tu le verras quand tu seras plus en forme. Ne fais pas l’enfant. 

 

       Michio repoussa son père. Il fit un pas vers la porte. 

 

       — Amène-le à Rafael, Luce. Il ne t’écoutera pas, lança Carlin et avant que son fils ne réplique, il reprit : ne discute pas mes ordres. 

 

       Luce secoua la tête, exaspérée. Comment désobéir aux ordres de son père ? Il ne le ferait jamais. Il observa son fils à moitié dans les vapes. Pourquoi voulait-il soudainement aller voir ce jeune rouquin ? Il soupira. La fatigue le tenaillait, lui aussi. Il se tourna vers Léon. 

 

       — Tu pourrais nous emmener à l’hôpital. Je te raconterais les évènements. 

 

       Le jeune homme en question hocha la tête. 

 

       — Pas de souci. Carlin, tu pourras prévenir Hans. 

 

       — Je m’en occupe.

 

       Luce attrapa son fils par l’épaule. Il le conduisit vers la voiture. Il l’installa à l’arrière. Le trajet ne dura pas longtemps. Luce eut quand même le temps de raconter les évènements de la veille. L’empathie des jumeaux, Léon l’avait déjà vue fonctionner avec Kaigan et Hans, mais c’était la première fois qu’il entendait parler d’une empathie aussi dévastatrice. 

 

       À peine arrivé, Luce se dépêcha d’aider son fils qui ne les avait pas attendus. Luce se demandait comment il tenait. Il chancelait sans arrêt. En passant devant une infirmière, Luce lui demanda de joindre le Docteur Pastoly. Elle jeta un regard inquiet au jeune garçon avant d’obéir. 

 

       Luce, accompagné de Léon qui l’aidait, se dirigea vers l’ascenseur. Michio marchait comme un zombi. Il n’avait plus de force pourtant, il voulait se rendre à tout prix dans la chambre de son petit ami. 

 

       Quand le groupe arriva, Luce aperçut Manu Grandier avec l’inspecteur Hardy et l’inspecteur-chef Laurel. Celle-ci fronça les sourcils de cette interruption. Elle était venue pour poser des questions au neveu de son collègue.

 

       Rafael était contrarié de la visite des deux inspecteurs. Il n’en voulait pas à son oncle. Celui-ci n’y pouvait rien. Rafael savait bien la raison de leur présence. Ils enquêtaient sur le meurtre d’une femme faisant partie de son passé. Ils voulaient aussi des renseignements sur son accident. 

 

       Quand la porte s’ouvrit sur les trois hommes, Rafael fut stupéfait. Il n’avait pas pensé voir Michio si tôt. Il l’observa. Un sentiment de culpabilité le tenailla. C’était de sa faute si son ami se trouvait dans cet état.

 

       Michio quitta la sécurité des bras de son père et ceux de Léon. Il se dirigea directement vers le lit. Il n’en pouvait plus. Il grimpa sur le lit et s’allongea auprès de son amoureux. Rafael l’observait en silence. Il voyait les cernes sous les yeux. Il se poussa un peu pour laisser plus de place. Michio posa alors sa tête contre sa poitrine. Il soupira d’aise en sentant le cœur battre. Il s’endormit à nouveau.

 

       Rafael le regarda un instant. Il sourit, amusé. C’était Michio. Il leva les yeux vers le père de son petit ami. Celui-ci esquissa un pauvre sourire. 

 

       — Je suis désolé, Rafael. Il voulait à tout prix venir ici. 

 

       — Ce n’est pas grave. On dirait qu’il n’a pas dormi depuis des jours. Est-ce ma faute ?

 

       Luce s’approcha du lit. Il releva la protection contre les chutes. Il caressa les cheveux de son fils.

 

       — Ne te sens pas coupable, Rafael. Il t’en voudrait. Il l’a fait en connaissance de cause. D’accord ?

 

       Rafael se mordit la lèvre. Il finit par hocher la tête. Il se pencha pour déposer un baiser sur le front de son petit ami. Celui-ci grailla dans son sommeil. Il sourit. Puis, Rafael se tourna vers les inspecteurs.

 

       — Inspecteur en chef, je vous dirais tout ce que je sais et ce que je me souviens, mais !

 

       La femme soupira, fataliste. Elle devait mener son enquête, mais elle ne pouvait pas non plus forcer le gamin à répondre. Elle l’observa un instant en silence. Il regardait à nouveau le garçon dans ses bras. Elle pouvait y lire l’amour qu’il ressentait. C’était beau à voir après tout ce qu’il avait subi. 

 

       — Je repasserais ce soir ou demain matin. Cela t’ira ? 

 

       En récompense, elle eut droit un magnifique sourire. Laurel se gratta la tête. Ce garçon était un charmeur. Elle lança à son collègue :

 

       — Manu t’as intérêt à bien veiller sur ton neveu et tes nièces sinon tu auras affaire à moi. 

 

       Manu jeta un regard surpris à sa chef. Hardy lui souriait tout content. Laurel le rappela à l’ordre. Les deux inspecteurs sortirent. Manu s’installa auprès de son neveu. Celui-ci s’était rallongé et il tenait Michio dans ses bras. Il avait fermé les yeux, le sourire aux lèvres.