Chapitre 5

 

 L’eau de la douche coula le long de son jeune corps féminin. Asia Amory n’avait pas à se plaindre. Elle avait un corps dont beaucoup de filles rêvaient. Elle le savait, mais elle n’en abusait pas. Elle n’en voyait pas l’intérêt. De toute façon, elle pouvait être belle, cela n’empêchait pas qu’elle ne pouvait pas avoir les garçons qu’elle aimait.

 

 Parfois, elle se traitait d’idiote. Comment avait-elle fait son compte pour tomber amoureuse des jumeaux ? Elle avait vite compris qu’elle ne pourrait pas choisir l’un ou l’autre. Et les séparer serait vraiment trop monstrueux. Elle avait finalement mis fin à ses désirs. Elle serait désormais leur amie. Pauvre Juan et Vincenzo ! Ils s’en étaient voulu d’être responsables de sa tristesse.

 

 Mais, elle ne leur en voulait pas. On ne choisissait pas de tomber amoureux. C’était un acte qui venait toujours par surprise et c’était un sentiment très agréable. Elle ne regrettait pas. Et puis, elle était quand même spéciale pour eux. Ils sonnaient toujours présents quand elle avait besoin d’eux. Même si maintenant, ils vivaient dans la ville voisine.

 

 La jeune fille essuya ses longs cheveux blonds comme les blés avant de les brosser énergiquement. Elle sourit. Le week-end dernier, Vincenzo s’était amusé à les lui brosser alors qu’elle ne portait sur elle que ses sous-vêtements. Son frère aîné Cody était passé la voir et avait viré rouge. C’était mortel ! Qu’est-ce qu’elle adorait le mettre dans tous ses états, son frère !

 

 Même si parfois, il l’agaçait sérieusement. Il était surprotecteur avec elle et ses neveux et nièce. Il en venait vraiment casse-pied. Bien évidemment, il avait eu à redire. Il avait vite compris les sentiments nourris pour les deux garçons. Il en avait été choqué. Quel idiot ! Il vivait pourtant dans une famille hors-norme.

 

 Asia se souviendrait toujours de la peur ressentie quand elle avait vu la maison où elle vivait avec sa famille prendre feu. Elle avait craint pour la vie de ses neveux et nièces, de son frère Ben parti chercher les deux plus jeunes à l’étage. Et puis, elle se souvenait de l’épée de Damoclès au dessus de leur tête. L’assistance sociale avait pris en grippe son frère Cody. Enfin, il fallait dire aussi que monsieur ne faisait rien pour se rendre aimable ! Elle l’avait menacé de lui retirer la garde de tout son petit monde.

 

 Mais par une circonstance heureuse, un homme était intervenu. Un homme étonnant ! Asia n’en avait jamais rencontré un comme lui. C’était un étrange spécimen. Il pouvait être tout à la fois : mignon ; adorable ; gentil ; agréable ; moqueur… Mais il pouvait aussi être désagréable ; cruel ; manipulateur ; menaçant. C’était fascinant à observer.

 

 Et de surcroit, il était le père d’un camarade de lycée. Elle était tombée des nues quand il avait suggéré de venir vivre chez lui. Finalement, n’ayant pas d’autre choix, Cody avait accepté pour un temps.

 

 Asia repoussa une mèche de cheveux devant ses yeux. Elle se regarda une dernière fois dans la glace avant de quitter sa chambre. Elle descendit pour rejoindre la cuisine où une bonne odeur de café en sortait. Cody pensait ne pas rester très longtemps chez les Oda, mais cela faisait déjà un an tout juste qu’ils vivaient tous chez eux. Son frère ne semblait plus trop pressé de quitter cette maison.

 

  La raison ? Elle était fort simple. Carlin Oda avait eu la bonne idée de lui mettre dans les jambes une jolie femme. Elle se trouvait être sa fille adoptive. Asia l’adorait. Elle représentait la femme moderne, belle, intelligente et indépendante. Son frère ne croyait plus à l’amour pur et simple, surtout avec toutes les déceptions qu’il avait eues. Pourtant, il avait été rattrapé par cupidon.

 

 Elle descendait les escaliers tout en regardant les toiles du maître accroché au mur quand elle attendit une cavalcade. Elle se tourna légèrement et aperçut le fils de la famille Oda en grande forme comme toujours. Luce ralentit son allure pour rester auprès de la jeune fille. Il lui adressa un sourire, illuminant ses grands yeux mordorés. La jeune fille songea un instant qu’elle avait quand même beaucoup de chance. Elle vivait dans une maison remplie de très beaux garçons. Même si elle reconnaissait aussi que la plupart et même la majorité étaient gay.

 

- Bonjour Asia.

 

- Coucou, Luce. Tu es bien en forme. On dirait bien qu’Erwan ne t’a pas achevé cette nuit.

 

 Luce fronça les sourcils et renifla.

 

- Ne me parle pas de cet énergumène ! Il va me rendre chèvre.

 

 Les deux jeunes gens pénétrèrent dans la cuisine. Un homme grand et mince s’y trouvait déjà installé au comptoir. Luce s’élança et sauta dans les bras de son père. Il se plaignit.

 

- P’pa, tu ne pourrais pas mettre de la mort au rat dans l’assiette d’Erwan ?

 

 Renko leva les yeux au ciel. Qu’est-ce que son neveu avait encore fait ? Il ébouriffa les cheveux noirs de son fils. Luce embrassa la joue de son père avant de foncer vers le frigidaire pour se servir un grand verre de lait.

 

- Pourquoi veux-tu que je commette un meurtre ? Tu risques fort de t’ennuyer s’il n’est plus là.

 

 Luce but une longue gorgée avant de répondre la tête penchée sur le côté. Il réfléchissait.

 

- Mouais, c’est vrai. Bah ! Je me vengerais d’une autre manière. Je vais trouver.

 

 Renko soupira fataliste. Son fils pouvait être aussi fatigant que son père Carlin. D’ailleurs, il devrait songer à aller réveiller sa marmotte comme tous les matins. Il se tourna vers la jeune fille arrivée avec son fils. Il lui adressa un chaud sourire. Il aimait bien cette petite. Luce l’a considéré comme une sœur.

 

- Bien dormit, Asia ?

 

- Oui, merci.

 

- Comment ça se passe au lycée maintenant que je n’y suis plus ?

 

 La jeune fille se tourna vers son ami. Il venait de s’installer auprès d’elle. Il grimaçait à la voir manger comme quatre. Luce détestait déjeuner le matin. La seule chose qu’il arrivait à ingurgiter, c’était du lait.

 

- C’est ennuyeux. C’était vraiment plus remuant avec Sawako et toi. Vous mettiez l’ambiance en classe et surtout à la cantine. Maintenant, c’est mortel. En plus, je suis dans la classe de la pire des pouffes. J’ai la poisse.

 

- La pouffe ? Je ne dois pas la connaitre.

 

 Asia posa ses coudes sur la table.

 

- C’est certain. Vous ne l’intéressez pas. Elle n’aurait pas eu de chance de pouvoir vous mettre dans son lit.

 

 Luce arrêta son verre à quelques centimètres de sa bouche. Il vira au rouge quand il comprit la phrase. Asia sourit, amusée. Luce était tout mignon rouge écarlate. Elle continua :

 

- Mais, depuis quelques jours, nous avons une nouvelle en classe. Elle n’a pas sa langue dans sa poche. Cody en fait déjà les frais. Et puis, aujourd’hui, un nouveau doit arriver aussi. Alors peut-être que je ne m’ennuierais pas trop de plus vous avoir.

 

 

 Luce se pencha et embrassa la joue de la jeune fille qu’il considérait comme une petite sœur maintenant. Renko laissa les jeunes entre eux. Il se rendit à l’étage pour se rendre dans sa chambre. À peine pénétra-t-il qu’il se fit assaillir par une boule d’énergie très bien réveillée !

 

- Asia, il doit bien avoir dans ta classe des personnes très bien. Tu devrais peut-être discuter avec eux. Si tu as d’autres amis, nous n’allons pas t’en vouloir.

 

- Je le sais bien, Luce. Mais, je n’ai pas ta capacité à se faire des amis en claquant des doigts.

 

- Peut-être, mais tu dois faire des efforts aussi. Tu dis que j’ai une facilité pour avoir des amis, mais c’est faux. Cela fait tout juste un an que j’en ai. Sinon, le seul que j’avais, c’est cet hurluberlu dégénéré.

 

 À ce moment-là, deux bras entourèrent le cou de Luce le faisant sursauter comme un malade. Asia se mit à rire devant la tête horrifiée de son ami.

 

- Je peux savoir qui c’est cet hurluberlu dont tu parles, mon Ange.

 

 Reprenant contenance, le garçon renifla et s’exclama :

 

- Je n’en connais pas des masses dont je pense que je parlais de toi, Wan.

 

 Le jeune homme brun aux magnifiques perles d’un bleu saphir resserra tendrement ses bras. Puis, il chuchota à l’oreille de son amant.

 

- Tu mériterais une bonne fessée, mon ange.

 

 Luce s’agita pour se libérer et repoussa son tyran. Il se redressa et attrapa le bras d’Asia. Il se dirigea ensuite vers la porte de sortie tout en attrapant son sac et celui de la jeune fille. Erwan, tout sourire, le regardait faire, les bras croisés. Luce se retourna vers son amoureux avant de partir, toujours en tenant son amie.

 

- N’y pense pas une seule seconde, Wan. Si tu viens m’ennuyer à l’université, je ne t’adresse plus la parole de toute la semaine.

 

- Mon ange, je n’en ai cure de tes menaces. Si j’ai envie de t’ennuyer, je viendrais t’ennuyer.

 

- Il m’énerve à ne pas m’écouter.

 

 Sans plus faire cas de l’héritier Miori, Luce se dirigea d’un bon pas vers l’arrêt de bus. Il se tourna vers la jeune fille quand il se fit harper par Erwan en mode casse-pied. L’héritier se tourna vers la jeune fille et lui adressa un sourire moqueur. Il tenait fermement Luce et il avait posé une main sur la bouche pour l’empêcher de crier.

 

- Tu peux y aller, Asia. Il mérite une petite correction. Je le déposerais ensuite à ses cours.

 

 La jeune fille jeta un coup d’œil vers son ami. Elle pencha la tête. Le pauvre Luce la suppliait de ne pas le laisser seul avec le tyran. Elle émit un rire et s’exclama :

 

- Bon, ben je dois y aller sinon je vais rater le bus. Je te laisse entre de bonnes mains, Luce. À ce soir !

 

 Elle s’éloigna. Elle entendit les imprécations de Luce. Il se chamaillait avec Erwan. Elle l’entendit lui crier.

 

- Traitresse Asia ! Je me vengerais, ma fille. Je te le garantis. Aaaaah ! Mais, tu vas me foutre la paix, Miori !

 

- Ne m’appelle pas ainsi, mon ange.

 

- Je t’appelle comme j’en ai envie. Merde ! Je vais t’en… .

 

 Asia n’entendit pas la suite. Elle riait encore quand elle monta dans le bus. Erwan adorait mettre Luce en rogne. Il n’y avait pas que lui d’ailleurs. Les autres amis du jeune homme le faisaient aussi. Ils adoraient le mettre dans tous ses états. Asia se laissa tomber sur un siège au devant. Elle ne voulait jamais aller vers le fond sinon elle devrait supporter les dialogues pitoyables de Julie et de son fan-club.

 

 Un autre arrêt eut lieu. Une jeune fille brune coupée au carré fit son apparition. Elle chercha une place. La seule libre étant celle près d’Asia, la jeune fille hésita un instant. Asia soupira. Elle savait pourquoi la plupart des élèves ne lui adressaient pas trop la parole. Elle était la sœur d’un des professeurs. Certaines rumeurs affirmaient qu’elle devait avoir des bonus du fait de son lien de parenté avec l’un d’eux. Stupide ! Cody faisait très bien la différence. Au lycée, Asia était son élève, pas sa sœur.

 

 Finalement, la brune s’approcha et demanda si la place était libre. Asia hocha simplement la tête. La brune s’y installa. Elle semblait hésiter, puis elle se lança :

 

- Nous n’avons jamais eu le loisir de parler toutes les deux, pas vrai ?

 

 Asia lui jeta un regard surpris.

 

- Non, c’est vrai. Mais, c’est souvent le cas. J’ai l’habitude.

 

- Hein, pourquoi ?

 

- À cause de mon frère, il y a très peu de personnes qu’ils veulent m’adresser la parole.

 

- C’est stupide ! Si je ne l’ai pas fait dès le début, c’est juste que je ne connaissais personne dans la classe. Je n’étais pas dans ce lycée, l’année dernière. Je suis Cheryl Descamps si tu ne te souviens pas de mon nom. Tu es Asia Amory, n’est-ce pas ?

 

 Asia lui jeta un coup d’œil surpris. Mais, elle finit par lui adresser un sourire. Elle devrait peut-être suivre les conseils de Luce. Elle aussi avait le droit d’avoir ses propres amis. Les deux jeunes filles discutèrent tout le long du trajet. Le bus s’arrêta à d’autres arrêts, mais elles n’y firent pas attention. Quand elles arrivèrent à destination. Elles croisèrent au portail le frère d’Asia.

 

 Celui-ci ne fit aucun cas d’elles. Il ennuyait un groupe de garçons. Asia secoua la tête. Son frère adorait faire les sermons, même s’il savait que les garçons ne l’écoutaient que d’une oreille en grimaçant. En arrivant dans leur classe, elles trouvèrent la nouvelle déjà installée près de la fenêtre. Dans un commun accord, elles s’approchèrent de la jeune fille aux cheveux noirs comme l’ébène.

 

 Raven observait l’arrivée des élèves depuis un moment. Finalement, elle se plaisait bien dans cette école. Elle sentait une bonne ambiance. En entendant des pas, elle se tourna vers les deux arrivantes. Elle les détailla. L’une ressemblait à une jolie poupée en porcelaine avec ses longs cheveux blonds et sa peau nacrée. L’autre n’était pas mal dans son genre, mais elle avait un physique plus banal.

 

- Bonjour, Raven, s’exclama Cheryl.

 

 La nouvelle hésita un long moment. Son père lui avait demandé de faire des efforts. Il voulait qu’elle s’intègre plus facilement dans la vie scolaire. La jeune fille hocha la tête en réponse.

 

- Bonjour. Cheryl et Asia, c’est ça ? 

 

- Ah ! Je suis contente. Tu te souviens de nos prénoms.

 

- J’ai bonne mémoire.

 

 À ce moment, la sonnerie se fit entendre. Les trois filles discutèrent encore un peu avant de regagner chacune sa place. Asia soupira. Cheryl se trouvait juste derrière Raven. Quant à elle, elle devait supporter d’avoir Julie comme voisine. D’ailleurs, celle-ci lui cassa les oreilles dès son arrivée. Enfin, leur professeur de français arriva. C’était un homme de petite taille, à moitié chauve, mais Asia devait bien reconnaitre qu’il était agréable. Il exerçait ce travail depuis plus de dix ans déjà. Il n’avait pas perdu de son enthousiasme. Il aimait enseigner et cela se voyait.

 

- Bonjour, bonjour. Aujourd’hui, nous allons accueillir un nouvel élève.

 

 Il fit signe vers la porte. Un jeune homme fit son apparition. Asia le détailla. Il n’était pas de grande taille, tout du moins, il ne dépassait pas de beaucoup leur professeur. Il portait des vêtements amples de couleur vive. La jeune fille songea que Jeff Ashton, un de ses amis, pouvait aller se rhabiller. Le garçon avait la peau mate avec de grands yeux d’un beau bleu ciel. Ses cheveux blonds vénitiens nattés d’une multitude de tresses encadraient un visage ovale sans l’ombre d’un défaut.

 

 Le garçon était beau. Il n’y avait pas d’autre qualificatif, à part peut-être sublime. Elle n’était surement pas la seule à le penser, étant donné le silence occasionné par son apparition. Elle jeta un coup d’œil vers Julie. Elle grimaça. La fille portait sur le visage son envie de dévorer le garçon. Asia plaignit le nouveau. Il allait se faire assaillir par les harpies.

 

 Le professeur leur annonça le nom du garçon et lui indiqua la chaise près de Cheryl pour s’installer. La jeune brunette en fut toute contente. Sans broncher, Sacha se rendit à la place indiquée. Il salua sa voisine avec un sourire. Il n’était pas stupide. Il avait bien remarqué le regard convoité de la plupart de ces filles. Elles pouvaient toujours essayer. Elles allaient manger du bois. Il n’avait jamais été attiré par les filles, ce n’était pas maintenant que cela allait changer.

 

 En déballant ses affaires, il se souvient de la promesse faite à son père d’éviter de faire du grabuge au lycée. Il soupira. Il essaierait de la tenir, mais ce n’était pas gagné d’avance. Il était gentil son père, mais il pourrait parfois se mettre à sa place. Il ne cherchait jamais les ennuis, ils venaient d’eux-mêmes. Enfin, il ferait son possible pour ne pas décevoir son père.