01 avril 2011

Coucou

Et bonsoir tout le monde. ^^

 

Je sais cela fait un petit moment que je n'étais pas passé. Je suis désolée. Bon, les petites nouvelles :

 

J'ai eu mon code. ^^ Trop contente. Maintenant, c'est la conduite. C'est pas gagner gagner. lol. En plus, il a fallu que j'attrape un de ces rhumes. La poisse. Je vous dis pas pour réfléchir tout en respirant, ça use ça use.


Mon drame, c'est mon ordinateur. Il a fallu qu'il fasse des siennes mon pauvre Fujitsû. Je l'aimais bien. Le pire dans l'histoire, c'est que ma correction de Carlin s'y trouvait. Je sais, je suis un petit pois chiche. Bon ce n'est pas grave. Je vais le reprendre où j'en étais. Je vais y arriver, je vais y arriver. Encore merci à Matthieu pour les chapitres corrigés. L'histoire de Carlin sera encore meilleur ensuite.

 

Bon, d'accord je me tais. Je vais vous laisser lire le nouveau chapitre des Spirales. Bon, je le trouve moyen et court. Mais, j'espère qu'il vous plaira tout de même. Bisous à tous et à toutes.

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Les spirales version 2 : 07

 

Chapitre 7

 

      Le docteur Elone Pastoly jeta un rapide coup d’œil dans la salle d’attente. Il soupira à fendre l’âme. Ce n’était pas encore aujourd’hui qu’il pourrait rentrer tôt chez lui. Il adorait beaucoup son travail, mais il aimait également être chez lui afin d’attendre le retour de son compagnon de vie.

 

      Le fait d’être gay lui avait beaucoup causé d’ennui pendant longtemps. Au lycée, il avait souvent eu des coups en douce, ensuite il avait eu droit au rejet de ses propres parents et pour finir dans son travail. Il avait bien failli tout envoyer en l’air jusqu’au jour où il avait finalement intégré cet hôpital. Ici, il avait pu enfin faire son travail tranquillement sans avoir une épée de Damoclès au dessus de la tête.

 

      Et puis, c’était également dans cette ville qu’il avait pu rencontrer l’homme de sa vie, Edwyn Flagan. Il avait eu quelques partenaires, mais chaque fois cela finissait mal. L’avant-dernier en date avait été une grosse brute sous une apparence trompeuse. C’était d’ailleurs lors d’une éternelle dispute avec cette brute qu’Elone avait fait la connaissance avec Edwyn pour la première fois. Celui-ci était intervenu alors qu’il se faisait rosser.

 

      Elone avait été surpris avec quelle efficacité, il avait fait fuir la brute. Pourtant, rien dans l’attitude et le physique d’Edwyn ne montrait sa force. C’était un grand dégingandé, plutôt sec, au visage marqué de quelques rides donnant un aspect assez dur aux traits. Il approchait de la quarantaine. Ces cheveux noirs, coupés très courts, étaient parsemés de mèches grisonnantes.

 

      Mais ce qui avait séduit Elone était surtout la voix de son sauveur. Edwyn avait une voix grave, puissante. Pour atténuer l’effet, il devait constamment parler doucement pour ne pas effrayer les plus sensibles. Elone devait bien avouer avoir eu le coup de foudre. Pourtant, il avait pensé ne plus jamais le revoir jusqu’au jour où l’homme était venu pour une radio à l’hôpital où il travaillait.

 

      Il fut le médecin à se charger de son dossier. La surprise fut de taille pour tous deux, d’ailleurs. Le premier à reprendre contenance fut Edwyn. Il ne fit aucun commentaire sur ce qu’il avait vu quelques jours auparavant. Il constata juste qu’Elone semblait s’être bien remis de ses malheurs. Cette rencontre l’avait beaucoup chamboulé. Il décida alors d’en discuter avec une collègue, le docteur Miori.

 

      Cette femme avait la réputation d’être un médecin compétente, mais un peu folle. Elle avait aussi la sale habitude de se mêler des affaires qui ne l’a concerné absolument pas, surtout les affaires de cœur. En vérité, elle ne faisait rien de particulier. Elle était surtout devenue la personne vers qui tout le monde se tournait pour éponger ses états d’âme.

 

      Elone avait fait comme tout un chacun dans cet hôpital avait fait avant lui, il s’était confié au docteur. Cette femme la cinquantaine passée, au corps de rêve qui rendait les plus jeunes vertes de jalousie, ne l’avait pas quitté de son regard pétillant, intelligent et doux à la fois. Elle l’avait écouté jusqu’au bout sans broncher. Elle ne lui avait pas ensuite bassiné de conseil, juste d’écouter son cœur et de faire ce que celui-ci lui disait de faire.

 

      Elone avait suivi son cœur. Quand il revit cet homme qui l’avait sauvé de son ex-petit ami. Il tenta le dialogue en douceur. Finalement, Elone se rendit compte qu’il n’avait pas eu trop de difficulté à devenir ami avec cet homme. Il apprit ainsi plein de choses concernant Edwyn. Celui-ci avait été marié avec un ancien mannequin. Il avait aussi un fils qui ne voulait plus le voir, mais il prenait chaque lundi de ses nouvelles. Il vivait dans la région depuis deux ans à peine.

 

      Pendant un an, ils se virent régulièrement, mais juste en camaraderie. Puis, un jour, leur relation évolua différemment pour la plus grande joie d’Elone. Maintenant, il vivait chez Edwyn depuis quatre ans jours pour jours. Il soupira à nouveau avant de se remettre au travail. Il voulait rentrer au plus vite afin de savoir si finalement, Edwyn avait réussi à joindre son ex-femme.

 

      Chaque lundi matin, Edwyn téléphonait chez son ex-femme afin d’avoir des nouvelles fraiches de son fils. Catarina avait imposé à son ex-mari d’appeler le lundi matin, à neuf heures précises. Les autres jours, elle ne répondrait pas à ses coups de téléphone. Alors depuis dix ans, Edwyn appelait sans faute les lundis matin, à neuf heures tapantes. Mais voilà, ce matin, personne ne décrocha le téléphone.

 

      Elone n’en savait pas plus. Il avait dû quitter l’appartement pour le travail. Est-ce qu’Edwyn avait réussi finalement à joindre son ex-femme ? Au début, il avait été agacé de l’entendre parler avec cette femme. Après tout, il appelait pour son fils, alors ne devrait-il pas parler avec lui plutôt ? Il avait fini par comprendre en écoutant les dialogues entre les ex-époux que le fils en question ne voulait pas parler à son père. Il ne voulait pas le voir non plus. Pourquoi ? Edwyn était quelqu’un de bien. Qu’avait-il fait pour mériter un tel rejet ?

 

      Edwyn affirmait que ce n’était pas grave. La seule chose qu’il désirait était de savoir que son fils allait bien. Si celui-ci ne voulait pas lui parler, ce n’était pas dramatique. Elone n’était pas assez stupide pour ne pas voir à quel point cette situation chagriner son compagnon !

 

      Quand enfin, il termina avec sa dernière patiente. Elone souffla un bon coup. Il ne s’attarda pas plus longtemps dans son bureau. Il quitta l’hôpital après avoir remis de l’ordre sur son bureau. La route jusqu’à chez lui n’était pas très longue. Il en était assez soulagé, d’ailleurs. Souvent quand il rentrait, une bonne odeur de nourriture le saluait. Cette fois-ci ce ne fut pas le cas. Il en fut intrigué.

 

      Il retira ses chaussures, déposa sa veste aux portes-manteaux, puis il rejoignit le salon où il pouvait entendre la voix de son compagnon. La voix grave avait des intonations dures, froides. Il ne l’avait jamais entendu parler ainsi à son ex-femme. Quelque chose devait s’être passé pour qu’il soit si en colère.

 

      Edwyn fourragea ses cheveux courts grisonnants. Comment avait-il fait son compte pour tomber amoureux de cette femme quelques années plus tôt ? Il serra les dents. Il devait essayer de reprendre son calme afin de pouvoir calmer l’hystérique au bout du téléphone.

 

— Catarina, calme-toi, s’il te plaît ! Comment veux-tu que je comprenne un traitre mot de ce que tu dis si tu hurles dans l’appareil !

 

      Il écouta encore un moment les jérémiades de son ex-femme avant de bondir de son siège comme une furie. Il hurla :

 

— Quoi ! Qu’est-ce que tu viens de dire ? Que lui est-il arrivé ?

 

— …………………….

 

— Comment ça, tu ne sais pas ? Bordel, Catarina ! Arrête de gueuler cinq minutes et donne-moi l’adresse de l’hôpital.

 

      Après quelques phrases en complément, Edwyn finit par raccrocher. Il se laissa tomber sur le fauteuil. Blanc comme un linge, il porta sa tête entre ses mains. Elone fonça vers lui et s’agenouilla.

 

— Que se passe-t-il, Edwyn ?

 

      L’homme dégingandé releva la tête vers son compagnon. Il semblait pris de panique.

 

— Sasha a été retrouvé battu et drogué dans une ruelle.

 

— Merde ! Je vais téléphoner à l’hôpital pour prendre un jour ou deux et réserver deux billets pour Reims.

 

— Il n’est pas à Reims, Elone. C’est la raison pour laquelle Catarina était complètement affolée. Il se trouve à Poitiers. Arg ! Je n’y comprends rien. Elle m’a dit avoir eu un message de Sasha lui disant qu’il se rendait à Disney Paris avec des amis. Alors comment se fait-il qu’il soit à Poitiers ?

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03 avril 2011

Les spirales version 2 : 08

 

Chapitre 8

 

      Pendant tout le long du trajet, Edwyn ne décrocha aucune parole. Il s’inquiétait. Dans quel état retrouverait-il son fils ? Et surtout, est-ce qu’il s’était finalement réveillé ? Elone avait finalement téléphoné directement à l’hôpital où se trouvait Sasha pour en apprendre beaucoup plus auprès de personne compétente.

 

      Le médecin chargé de l’adolescent lui expliqua que Sasha avait été retrouvé vers sept heures du matin dans une ruelle près d’un bar-restaurant. Le propriétaire s’était rendu à l’arrière pour sortir les poubelles quand il avait aperçu la forme recroquevillée du garçon. Sasha était resté inconscient toute la journée. Il avait subi un lavage d’estomac. Une prise de sang leur indiquerait quelle substance, il avait ingurgité.

 

      Étant donné l’état du garçon, d’autres examens avaient eu lieu. Mais rien n’indiquait qu’il avait subi des violences sexuelles, mais il avait été roué de coups. Les marques sur les poignets montraient clairement que le garçon était attaché et conscient quand la drogue avait été injectée. Il s’était violemment débattu. Peut-être la raison des coups reçus.

 

      Qui avait voulu faire du mal à son fils ? Cette litanie revenait sans arrêt dans la tête d’Edwyn. Où se trouvait Catarina à ce moment-là ? Pourquoi n’était-elle pas avec lui ? Sasha avait beau avoir dix-sept ans, Edwyn avait du mal à l’imaginer. Il ne se souvenait que d’un garçon de huit ans au regard plein de rancoeur et de colère. Il avait souvent demandé à Catarina de lui envoyer des photos récentes de Sasha. Mais, elle ne le faisait jamais.

 

      Elle prétendait oublier. Il ne savait pas s’il devait vraiment la croire. Peut-être que son fils refusait qu’elle lui en envoie ? Il n’en savait rien. Maintenant, il se trouvait vraiment stupide. Il se traitait de tous les noms. Il aurait dû rendre visite à son fils plus tôt. Il aurait du faire plus attention. Catarina n’était pas une bonne mère. Elle ne l’avait jamais été, ni une bonne épouse d’ailleurs.

 

      Évidemment, ils arrivèrent trop tard le soir. L’accès à la chambre de Sasha leur fut refusé. Elone emmena Edwyn à l’hôtel le plus proche. Celui-ci essaya de contacter son ex-femme en pure perte. Celle-ci ne voulait pas décrocher. Il pesta.

 

      Le sommeil ne vint pas. Edwyn repensait à sa vie antérieure. Il avait à l’époque espéré que la venue de Sasha sauverait son mariage. Ce fut le cas pendant les premiers temps. Ensuite, Catarina s’ennuya à nouveau. Elle recommença à sortir et à fréquenter ses anciens amis. Edwyn avait fermé les yeux. Elle prenait souvent Sasha avec elle. Elle ne le laissait jamais seul.

 

      Souvent, il s’était réellement demandé si Sasha était bel et bien son fils. Mais, en y réfléchissant, il s’en fichait. Ce garçon était le sien et le serait toujours, même s’ils étaient éloignés. Même s’ils ne se comprenaient pas, qu’ils n’arrivaient pas à communiquer.

 

      Le lendemain, Catarina se trouvait dans la salle d’attente quand les deux hommes arrivèrent. Pour une fois dans sa vie, Edwyn la vit mal habiller et surtout sans maquillage. C’était assez étrange, mais montrer que cette femme superficielle aimait quand même son fils. Elle avait les yeux rouges et se rongeait les ongles. Sans la moindre gêne, elle se jeta dans les bras d’Edwyn.

 

      Si les circonstances n’étaient pas si inquiétantes, Elone se serait moqué de la tête de son compagnon. Edwyn tapota gentiment le dos de son ex-femme pour la calmer. Il leva les yeux en entendant des bruits de pas. Il aperçut deux hommes. Un homme d’une cinquantaine d’années presque chauve portant une veste blanche et un autre plus près de son âge, habillé en civil, mais dont l’attitude démontrait une certaine autorité.

 

— Edwyn Flagan ? Demanda le plus jeune. Je suis l’inspecteur Dimitri Barrony et voici le docteur Hiribaras.

 

      Edwyn et Elone se jetèrent un regard inquiet. C’était bien plus grave que prévu semblait-il.

 

— Mon fils ? Comment va-t-il ? Demanda en premier lieu Edwyn, tenant toujours Catarina contre lui.

 

— Il est bizarre, s’exclama alors Catarina. Il ne se souvient de rien.

 

— Madame, votre fils n’est pas bizarre. Il a juste une amnésie partielle.

 

— Pardon ? Que voulez-vous dire ? S’inquiéta aussitôt Edwyn.

 

— Et bien… Commença le médecin, mais il fut interrompu par l’inspecteur.

 

— Laissez Docteur. Je vais me charger d’expliquer en détail les faits. J’ai l’impression que votre fils a dû assister ou a dû entendre quelque chose qu’il n’aurait pas dû. Je suppose que vous avez dû entendre à la télévision le terrible accident sur l’autoroute près de Reims.

 

— Oui, nous sommes au courant. C’est bien terrible, mais quel lien y a-t-il avec mon fils ?

 

— Pour tout le monde, un camion de carburant a prit feu. Mais en réalité, il y a eu un attentat. L’embouteillage était dû par un faux accident. Les explosions causant ainsi une multitude de dégâts et malheureusement de décès étaient une diversion afin de récupérer dans deux camionnettes une certaine drogue. Cette fameuse drogue que nous avons retrouvée dans le sang de votre fils, monsieur Flagan.

 

      Edwyn se passa une main dans les cheveux. Que racontait cet inspecteur ?

 

— Vous accusez Sasha. Mais mon garçon ne ferait jamais une chose pareille, murmura d’une petite voix Catarina.

 

      L’inspecteur observa un instant en silence la femme devant lui. Il n’avait pas confiance à elle. Elle semblait indifférente par moment, puis redevenait consciente du monde autour d’elle.

 

— Non, madame. Je n’accuse pas votre fils. Il est simplement une victime. Mais, il doit savoir quelque chose de crucial.

 

— Qu’est-ce qui vous le fait croire ? Interrogea Elone.

 

— Écoutez, je veux bien discuter avec vous inspecteur. Mais, pour l’instant, j’aimerais voir mon fils, interrompit Edwyn, d’un ton ferme.

 

      Après concertation avec le docteur Hiribaras, l’inspecteur consentit à la demande en grinçant un peu des dents. Certes, il comprenait bien l’inquiétude, mais il devait faire son travail. Il devait trouver les coupables, surtout depuis qu’il avait appris l’évasion d’Allan Hatnett, le créateur de la poudre du dragon.

 

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      Sasha se redressa tant bien que mal de son lit. Il avait mal partout. Il avait bien l’impression d’être passé dans un rouleau compresseur. Il grimaça de douleur au niveau des côtes. Il avait deux côtes fêlées d’après les dires du médecin. Il avait eu beaucoup de chance, étant donné l’état où il avait été retrouvé.

 

      La première chose qu’il avait demandé, c’était où il se trouvait. Son dernier souvenir était chez lui, dans l’appartement de sa mère. Il se souvenait vaguement d’être allongé sur son lit après avoir encore une fois fui le lycée. Il se souvenait également des coups frappés à la porte. Il avait eu peur, car c’était l’amant de sa mère. L’homme qu’il détestait par-dessus tout, car il ne supportait pas la manière que cet homme le regardait. Mais ensuite, c’était le noir complet.

 

      Chaque fois où il essayait de se rappeler, un mal de crâne venait lui frapper les tympans à le faire hurler sous la douleur. Il avait même l’impression d’entendre une voix lui ordonnait d’oublier. Il en avait parlé à l’inspecteur venu l’interroger.

 

      Sur le coup, Sasha avait pensé que l’homme ne le croirait pas. Mais, ce ne fut pas le cas. L’inspecteur lui conseilla de ne pas forcer sa mémoire. Cet homme lui avait également demandé qui étaient les amis avec qui il devait se rendre à Disney Paris. Sasha n’en savait rien. Comment avait-il fait pour oublier ses amis ?

 

      L’inspecteur n’avait pas cherché à en savoir plus. Le garçon était déjà sous le choc. Il ne voulait pas le perturber encore plus avec ses questions. Pleuré. Sasha mourait d’envie de pleurer, mais il n’y arrivait pas. Il se sentait vide. Sa mère n’arrangeait rien non plus. Elle était arrivée comme une furie avant de s’écrouler dans ses bras, en larmes, en s’excusant de l’avoir laissé seul.

 

      Pfft ! Il n’était plus un bébé. Il pouvait très bien se débrouiller tout seul. Il le faisait déjà depuis longtemps. Sa mère semblait l’avoir un peu oublié. Il en était là dans ses souvenirs quand des bruits de pas lui firent lever les yeux vers la porte de la chambre. L’homme dégingandé aux cheveux grisonnants, Sasha le reconnaissait. Comment devait-il agir ? Il avait espéré un jour le revoir, mais il n’avait jamais tenté de se rapprocher de son père.

 

      L’homme s’approcha du lit. Sasha aperçut les traits fatigués de son père. Alors, celui-ci se serait fait tout de même du mauvais sang pour lui ? Était-ce bon signe ? Sasha n’osait pas espérer.

 

      Edwyn s’installa sur le bord du lit. Il observait le visage tuméfié de son fils. Sasha ressemblait beaucoup à sa mère. Toutes ses pensées passaient aisément sur son visage. Il pouvait lire l’inquiétude, le doute et une certaine peur aussi. Edwyn ne pouvait pas lui en vouloir.

 

— Est-ce maman qui t’a appelé ? Ou le médecin ? Demanda le garçon, d’une voix tremblante.

 

— Catarina. Est-ce que cela te dérange ? Je sais que tu ne voulais plus me voir, mais….

 

— Non coupa Sasha. Je suis content que tu sois là. Je… Je… .

 

      Un hoquet lui coupa la parole et des larmes coulèrent sur ses joues. Il pleurait enfin. Edwyn attrapa son fils en douceur et le serra contre lui. Il le laissa verser toutes les larmes de son corps. À la porte, Elone esquissa un sourire. Il se retourna pour rejoindre Catarina Cartier qui arrivait dans sa direction avec l’inspecteur. Hors de question que cette femme aille mettre la zizanie dans la chambre. Aussitôt, il demanda à la femme.

 

— Dites-moi, madame Cartier. Vous nous avez dit que Sasha vous avez envoyé un message annonçant son intention d’aller à Disney avec des amis.

 

      Contrariée, Catarina lui jeta un regard noir, mais elle répondit tout de même.

 

— Oui, c’est bien ce que j’ai dit.

 

— Donc vous devez les connaitre, non ?

 

      Catarina resta bouche bée et interdite. L’inspecteur Barrony observa l’ancien mannequin avant de secouer la tête exaspérée. Bon, il en avait vu d’autres, mais jamais il n’arriverait à se faire à l’idée de l’inconscience de certains parents. Elle lâcha finalement.

 

— Non, je ne sais rien sur eux. Sasha ne voulait jamais m’en parler. Il disait que c’était son jardin secret. J’adore Sasha. Il ne me cause jamais d’ennui. Il me parle comme personne n’ose le faire. Je ne lui en veux pas. Il m’accepte comme je suis. C’est un amour.

 

— Oui, mais vous auriez dû tout de même vous renseigner plus sérieusement sur ses fréquentations, madame, commença Barrony.

 

      Catarina lui jeta un regard plein de venin.

 

— Ne me faites pas la morale, inspecteur. Mon fils n’a pas pour habitude d’avoir de mauvaise fréquentation. Il ne boit pas, il ne fume pas et il ne se drogue pas. Je lui fais entièrement confiance à ce sujet. C’est pour cette raison que je n’ai pas insisté sur ces amis, surtout quand il m’a sorti qu’ils n’y avaient rien à voir avec les miens.

 

      Interloqué, l’inspecteur s’exclama :

 

— Avez-vous de mauvaises fréquentations, madame Cartier ?

 

      La femme se redressa bien droite pour paraitre un peu plus grande. Elle haussa les épaules.

 

— Pas dans le genre que vous imaginez, tous deux. Sasha les juge superficiels, égoïstes, imbus d’eux-mêmes et j’en passe. Bon, peut-être que certains d’entre eux doivent de temps en temps jouer avec la drogue, mais c’est presque un peu le cas de tous les jets-setters, non ?

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04 avril 2011

Les spirales version 2 : 09

 

Chapitre 9

      Sasha pleura tout son soul. Quand enfin, les larmes se tarirent, il n’osa pas bouger. Non seulement il avait envie de garder la chaleur de son père encore un peu, mais en même temps, il avait honte de s’être laissé aller. Il était un homme après tout.

 

      Edwyn se sentait un peu gauche. Il ne savait pas quoi dire pour calmer son fils. Il ne savait que caresser ses cheveux tressés de nattes africaines. Il finit par demander, intrigué.

 

— C’est ta mère qui a eu l’idée ?

 

      Surpris, Sasha se redressa, en grimaçant. Il se recoucha. De quoi son père, pouvait-il parler ?

 

— Tes cheveux, reprit Edwyn.

 

— Ah ! S’exclama le garçon. Il leva une main vers une tresse. Il haussa les épaules. Non, elle a hurlé quand je suis rentré avec cette coupe. Maintenant, elle me trouve canon. C’est maman.

 

      Edwyn ne put s’empêcher de sourire. Sasha avait réussi, là où lui n’avait jamais réussi. Il avait accepté Catarina avec ses lubies, ses caprices sans fin. Il vit son fils froncer les sourcils et porter une main à sa tête.

 

— Qui y a-t-il, Sasha ?

 

— Je… Je voulais me rappeler qui m’avait fait les tresses. Je suis certain de connaitre cette personne. Mais, dès que j’essaie de m’en souvenir, j’ai mal à la tête. Pourquoi ? Cette personne est importante pour moi, enfin je crois. Comment ai-je fait pour l’oublier ainsi !

 

      Sasha avait le regard perdu, et le corps recroquevillé sur lui-même. Il se mordait les doigts également. Edwyn retira la main et la serra. Il devait rester confiant, être calme.

 

— Ne cherche pas à comprendre, Sasha. Le médecin a parlé d’une amnésie partielle. Le fautif, ce n’est pas toi, c’est la drogue. Ta mémoire reviendra avec le temps. D’accord ? Pour l’instant, tu dois songer seulement à guérir.

 

      Sasha baissa son regard vers la main tenue par son père.

 

— Papa, qu’est-ce qui m’est arrivé ? Pourquoi ai-je oublié mes amis ? Est-ce qu’ils sont coupables de ce qui m’est arrivé ?

 

 — Arrête, Sasha ! Gronda son père, d’un ton ferme. N’y pense plus. Je ne sais pas si tes amis sont coupables ou non. Pour le moment, ça n’a pas vraiment d’importance.

 

      À cet instant-là, Catarina fit son entrée dans la chambre. Elle fonça sur son fils. Edwyn se raidit. Il allait retirer sa main, mais Sasha le serra plus fort. Catarina s’installa sur l’autre bord du lit. Elle ne jeta pas un seul regard à son ex-mari.

 

— Mon bébé, comment vas-tu ?

 

— Je vais aussi bien que possible, maman. Je ne suis plus un bébé. Es-tu sûr que tu peux rester ici, maman ?

 

— Bien sûr. Tu es mon bébé, voyons.

 

— Maman, moi aussi je t’aime beaucoup. Mais, tu ferais mieux de retourner à ton travail. Tu as des répétitions à faire.

 

— Mais, je ne peux pas te laisser seul ici. Et puis, je vais vendre l’appartement à Reims. Ce serait mieux de vivre sur Paris directement. Je suis sûr que tu t’y plairais.

 

      Sasha soupira. Sa mère n’en faisait qu’à sa tête. Edwyn fronça les sourcils. Il s’exclama d’un ton sans réplique :

 

— Sasha va venir vivre avec moi dès qu’il sortira de l’hôpital.

 

      Le garçon se tourna vers son père, tout surpris. Catarina sursauta et se tourna enfin vers son ex-mari. Elle pinça les lèvres. Elle allait répondre vertement quand son regard se porta sur son fils. Elle aperçut l’étincelle de joie. Elle hésita d’un seul coup. Finalement, elle murmura :

 

— Peut-être sera-t-il mieux chez toi, finalement. Je serais trop occupé pour le surveiller.

 

      Edwyn jeta un regard dubitatif vers Catarina. Il n’arrivait pas à croire ce qu’il venait d’entendre. Elle se mordait la lèvre comme quand elle détestait ce qu’elle faisait. Elle redressa la tête et reprit son regard habituel.

 

— Ne crois pas que tu as gagné, Edwyn. Je viendrais te pourrir la vie. Tu peux compter là-dessus.

 

      Edwyn soupira de guerre lasse.

 

— Oui, Catarina. Tu pourras venir le voir autant que tu le voudras.

 

— Même si cela déplait à ton amant ? Susurra-t-elle, légèrement mesquine.

 

      Edwyn grinça des dents. Sasha intervint alors.

 

— Maman ! Promets-moi de virer Torrès de ta vie ?

 

— Pourquoi ? Ne t’ai-je pas déjà dit qu’il m’était utile ?

 

— Maman, s’énerva le garçon. Écoute-moi pour une fois !

 

— Je t’écoute toujours mon bébé.

 

      Catarina ne faisait plus attention à son ex-mari. Elle était captivée par Sasha grognon. Edwyn s’écarta et sortit après un dernier regard vers son fils. Elone l’attendait près de la porte. Il était seul. Il adressa un sourire à Edwyn.

 

— Ton ex-femme est un sacré phénomène paranormal. Le sais-tu ?

 

      Edwyn porta une main à son crâne.

 

— Ne m’en parle pas. Elle n’écoute que sa personne.

 

— Peut-être bien, mais elle est loin d’être idiote.

 

      Edwyn se laissa tomber sur une chaise dans le couloir.

 

— Je suis désolé, Elone.

 

— Pourquoi donc ?

 

— J’aurais dû te concerter pour Sasha.

 

      Elone haussa les épaules. Il s’exclama :

 

— Tu n’en avais pas besoin. Sasha est le bienvenu. Je vais enfin faire sa connaissance.

 

      Edwyn soupira de soulagement. Elone rajouta, moqueur :

 

— Et surtout, j’ai hâte de voir comment va se dérouler votre cohabitation. Je sens que je vais me régaler.

 

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      Xavier s’ennuyait. Le professeur était du genre soporifique. Il soupira. Il sortit son téléphone de sa poche et observa pour la énième fois l’heure. Pfft ! Seulement, un quart d’heure était passé. La poisse ! Pourquoi avait-il fallu que Mako soit absent aujourd’hui ? Il aurait pu éviter de tomber malade cet idiot !

 

      Sans son garde-chiourme, les filles allaient encore l’ennuyer. Il en avait assez de sortir avec ses greluches sans cervelle. Bon, il était légèrement méchant, mais il n’était pas loin de la vérité. Les meilleurs morceaux étaient souvent déjà pris comme la jolie demoiselle assise près de lui.

 

      Pour un joli morceau, c’était même le top. Elle avait non seulement un joli minois, elle avait également un cerveau qu’elle savait utiliser. Elle portait également un nom de famille très connu en ville. Son grand-père dirigeait la plus grande entreprise de la région, voire du pays. Son propre frère jumeau était même l’héritier en date.

 

      Xavier ne savait pas trop ce que cela faisait de porter un nom célèbre, même si son ami Mako venait du grand monde, il n’y avait jamais mis les pieds. Il ne le voulait pas non plus. La jeune fille semblait un peu agacée. Son voisin l’ennuyait. Il la collait un peu trop.

 

      Allison eut un geste d’agacement. Rupert l’énervait au plus haut point. Elle serra les dents. Elle leva les yeux et jeta un coup d’œil vers son autre côté. Près de qui d'autres s’était-elle assise ? Elle tiqua un instant. Elle le connaissait de vue. Elle l’avait déjà entre aperçus au bar le « Cool Baby ». Il l’effrayait un peu à cause de sa grande taille et de sa balafre.

 

      Pourtant sans qu’elle ait eu besoin de dire quoi que ce soit, il se pencha un peu vers elle et lança à voix basse une certaine menace à Rupert. Celui-ci, plus pâle que la mort, se redressa et s’éloigna d’Allison.

 

      Interloquée, la jeune fille murmura un vague merci timide. Xavier haussa les épaules, indifférent. Faire peur à ses femmelettes était son péché mignon.

 

      Quand enfin, la sonnerie de la fin du cours retentit, Xavier poussa un gros soupir de soulagement. Allison émit un petit rire. Le jeune homme lui jeta un regard surpris. Elle avait un rire cristallin.

 

— Merci encore pour tout à l’heure. Rupert est du genre très collant.

 

— J’ai remarqué. Avez-vous souvent des plaies pareilles à vos Basques ?

 

— Malheureusement oui. Ils en profitent, car mon frère n’est plus dans les parages, tout comme Maddy. Si cela ne te dérange pas, est-ce que tu pourrais m’accompagner jusqu’à que je retrouve mon petit ange gardien ?

 

— Je n’ai rien à faire.

 

      La jeune fille lui adressa un grand sourire. Elle prenait de l’assurance. Xavier se redressa. Il la dépassait d’une tête. Il ramassa ses affaires et suivit le petit bout de femme. Le simple fait d’être accompagné de Xavier empêcha les autres hommes de s’approcher d’elle. Allison fut reconnaissante à sa bonne étoile.

 

      Ils traversèrent les couloirs de l’université et sortirent à l’air libre. Allison savait où elle allait. Elle se dirigea vers un parterre de fleurs, près d’une fontaine. Assis en tailleur, un jeune homme aux cheveux noirs écrivait avec concentration dans un cahier.

 

      L’écrivain releva la tête seulement quand l’ombre des arrivants l’empêcha d’y voir clairement ce qu’il écrivait. Xavier croisa des yeux mordorés qui ne se gênèrent pas pour le détailler de la tête aux pieds. Xavier fronça les sourcils. Il lui semblait l’avoir déjà vu quelque part. Il sut dès que le jeune écrivain lança :

 

— Tiens, le chouchou de Daisuke. Tu sais choisir tes gardes du corps, Alli.

 

      La jeune fille se tourna vers Xavier, surprise.

 

— Tu es le nouveau barman du Cool Baby. Ça alors !

 

      Xavier secoua la tête. Il s’exclama :

 

— Je peux savoir pourquoi vous me surnommez tous le chouchou de Daisuke. Je suis juste son employé à mi-temps.

 

— Papa affirme que Daisuke ne laisse pas sa boutique entre les mains de n’importe qui. Mais, d’après ce que j’ai appris, Dai et Juntsou sont partis en voyage pendant une semaine en te laissant la charge du bar. Je me trompe ?

 

— Je n’étais pas seul. Ben était là aussi.

 

— Possible, mais Ben est un vrai boulet pour la paperasse surtout la comptabilité, reprit l’écrivain. Et puis, Erwan affirme que tu es un vrai tueur.

 

— Pardon ?

 

— Haha ! Venant de mon frère, c’est un compliment.

 

      Xavier regarda ses deux interlocuteurs, sidérés.

 

— Il a même affirmé qu’il éviterait de faire trop de grabuge au bar désormais.

 

— Non, ce n’est pas possible. Tu fais fort, Xavier.

 

— Vous pourriez arrêter de vous foutre de ma poire, ce serait gentil.

 

      Allison se sentit rougir. Elle n’avait pas voulu vexer son nouvel ami. Elle leva les yeux timidement vers le jeune homme. Celui-ci regardait le sol où reposait le cahier. Il se pencha et le ramassa. Le jeune écrivain pinça les lèvres. Comment osait-il lire ? Mais, il ne broncha pas. Il ne faisait pas le poids avec ce géant. Zut !

 

      Mais, Xavier referma juste le cahier et le tendit à l’écrivain. Celui-ci le regarda stupéfait. Un sourire détendit les traits du visage du géant, atténuant l’effet de la balafre.

 

— Tu ferais mieux de faire attention à ton cahier, monsieur Luce Oda ou devrai-je dire Saphir Yellow.

 

      Interloqué, Luce serra son cahier contre lui.

 

— Comment le sais-tu ?

 

      Xavier émit un rire moqueur.

 

— Je travaille au « Cool Baby ». Je m’occupe de la paperasse, de la comptabilité également. Et j’aide par la même occasion Juntsou dans les corrections des écrits. Et puis, tes livres font partie de la collection préférée de ma mère. Elle nous a presque forcés à les lire.

 

      Luce sentit ses joues rougir comme un coquelicot. Il devrait y être habitué maintenant, mais c’était plus fort que lui. Il fut sauvé par la sonnerie de son téléphone portable. Il l’attrapa rapidement pour y répondre. Il ne fut pas surpris en entendant la voix d’Erwan. Aussitôt, il en oublia la présence des deux autres.

 

— Ne lui en veut pas. Dès que mon frère est présent, plus personne ne l’intéresse.

 

— Ah oui ? Même son père ?

 

       La jeune fille se mit à rire. Carlin détestait passer en deuxième position. Quand il était présent, même Erwan avait bien du mal à garder son Luce pour lui seul.

 

— Tu marques un point.

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11 avril 2011

Les spirales version 2 : 10

 

Chapitre 10

 

      Sasha put quitter l’hôpital quelques jours plus tard. Sa mère lui avait obéi. Elle retourna à ses répétitions. Il recevait des textos tous les soirs de sa part. Elle ne voulait pas que son bébé l’oublie. Pfft ! Comme s’il pouvait l’oublier ? Elle n’était pas le genre de femme qu’on oublie facilement. Mais en même temps, il se sentait rassuré. Il comptait quand même dans la vie de sa mère.

 

      Son père resta auprès de lui. Il put faire connaissance avec cet homme qu’il n’avait pas vu depuis presque dix ans. Il avait été surpris en apprenant que son père vivait avec un homme. Il en fut soulagé dans un sens. Son père ne le rejetterait pas en apprenant son homosexualité. C’était une des raisons qu’il avait toujours eu peur de reprendre contact. Il n’aurait pas supporté d’être rejeté par son père, tout comme il avait eu peur envers sa mère.

 

      Pourtant, il s’était senti obligé de l’annoncer à sa mère. Mais tout le temps de son aveu, il avait craint de lire du rejet, du dégout. Catarina l’avait pour une fois écouté sans broncher. Ensuite, elle l’avait embrassé sur la joue en lui disant juste qu’il était son bébé. Elle n’en avait pas reparlé ensuite. Elle avait agi avec lui comme à son habitude.

 

      Sasha rencontra également Elone avant que celui-ci soit dans l’obligation de rentrer. Le courant passa rapidement entre eux. Ils discutèrent comme deux amis de longue date. Edwyn en fut soulagé. Il profita également de la présence d’Elone pour s’éclipser pour se rendre à Reims, en louant une voiture. Catarina lui avait remis des doubles afin qu’il s’occupe à récupérer les affaires de Sasha.

 

      Il ne mit pas très longtemps à réunir ses affaires. Il en fut assez étonné. Catarina lui avait déjà dit que son fils ne lui réclamait jamais rien. Chaque fois où elle avait voulu lui offrir quelque chose, il refusait gentiment, précisant qu’il n’en avait pas besoin. En fait, à part quelques photos sur les meubles le représentant, Edwyn se demandait sérieusement si son fils avait réellement vécu dans cet appartement.

 

      Là où il fut, le plus scandalisé fut surement à l’ancien lycée de Sasha. Déjà, la secrétaire eut du mal à retrouver le dossier. Catarina avait oublié de lui préciser qu’il avait été enregistré avec son nom de jeune fille. Ensuite, en regardant les notes catastrophiques et les absences répétées, il se demanda sérieusement comme, les enseignants n’avaient-ils rien fait pour y remédier ? Le fait que Sasha ne se soit pas rendu au lycée depuis plusieurs jours ne semblait pas les avoir traumatisés ou inquiétés.

 

      Il pouvait très bien comprendre les réticences de son fils pour aller en cours. En traversant les couloirs vers la sortie, il put constater la médiocrité de cet établissement. Personne dans ce lieu ne connaissait le respect du matériel et surtout des individus.

 

----------------------------------

 

      Sasha stoppa devant la porte d’entrée de son nouveau chez soi. Il avait la trouille. Pouvait-il réellement entrer dans cette nouvelle maison ? Avait-il réellement une place pour lui dans la vie de son père et d’Elone ? Ne serait-il pas une gêne ? Derrière lui, son père le bouscula pour le forcer à entrer. Après une dernière hésitation, Sasha se décida à pénétrer dans le couloir.

 

      Elone, appuyé contre le montant de la porte de la cuisine, observait en silence le manège. Il pouvait lire comme dans un livre ouvert les angoisses du garçon. Il sourit ensuite en entendant Edwyn râler. Sasha avait retiré ses chaussures, mais il les avait laissés en plein passage.

 

— Sasha ! Range tes chaussures, bordel !

 

      Le garçon sursauta. Il se tourna vers son père. Celui-ci fronçait les sourcils. Son père était un maniaque du rangement, apparemment. Sasha soupira à fendre l’âme. Edwyn, l’ayant entendu, lui jeta un regard noir. Pourtant, les chaussures ne changèrent pas de place. Sasha préféra se diriger vers Elone pour le saluer. Il pouvait entendre son père grailler de plus belle.

 

— Bonjour, Elone.

 

— Salut bonhomme. Comment vas-tu ?

 

— Bof ! Ça va. J’ai encore un peu mal aux côtes, mais je vais bien.

 

— Tant mieux. Viens, je vais te montrer ta chambre.

 

      Le garçon adressa un sourire à l’amant de son père. Il le suivit dans le couloir. Il ne jeta pas un regard derrière lui. Il ne vit donc pas son père faire le rangement à sa place. Le couloir amenait à toutes les pièces de la maison. Sur la gauche, il y avait la cuisine, la salle de bain avec les toilettes, ainsi qu’une pièce servant de bureau à Edwyn. Sur la droite par contre se trouvaient la salle à manger et le salon, ainsi que les deux chambres, chacun avec des placards intégrés.

 

      Elone s’arrêta devant la première. La pièce n’était pas très grande. Elle était illuminée avec des tons chocolat et vert anis. Sasha l’adopta de suite. Il jeta son sac de voyage sur le sol. Il se laissa tomber sur le lit moelleux. C’était agréable. Il tourna son visage vers la fenêtre. Il se releva et il s’y dirigea.

 

      Il l’ouvrit en grand. Il sentit la fraicheur de la nuit sur lui. Il respira un bon coup. Il était content d’être ici. Il jeta son regard autour de lui. Il avait vu sur la route. Même à cette heure, des passants se promenaient encore. Pour un début de mois de novembre, il faisait encore doux.

 

— Sasha ?

 

      Le garçon sursauta. Il se retourna et y aperçut son père.

 

— Est-ce que ça va ?

 

— Je vais bien, papa. J’admirais la vue. C’est joli cet endroit.

 

      Son père se rapprocha. Il s’installa à côté de son fils. Sasha se sentait tout petit. Pourquoi était-il de petite taille ? Ce n’était pas juste.

 

— Oui, j’aime aussi. C’est calme et reposant. Allez, viens manger.

 

      Edwyn s’éloigna. Sasha le suivit en silence. Il entendit son ventre gargouiller. Il faillit en rougir. Il avait faim. Pendant le repas, son père se chargea de lui enseigner les règles de la maison sous le regard moqueur d’Elone. Le garçon grimaça. Il apprit ainsi que les corvées ménagères étaient dues chacun son tour. La semaine prochaine serait donc à lui de s’en occuper.

 

— Hein ? Je vais être votre esclave pendant toute la semaine. La poisse !

 

— N’exagère pas !

 

— Mouais ! En tout cas, ce qui est sûr c’est que vous allez avoir une indigestion si c’est moi qui fais à manger.

 

      Elone émit un rire. Il répondit :

 

— Bah ! Ce ne sera pas pire que ton père au début.

 

      Edwyn lança un regard noir à son amant. Il n’avait pas besoin de l’avouer.

 

— Ah ! Bon ? Papa, tu étais nul en cuisine ?

 

— Évidemment. C’est la pire corvée qui soit !

 

— Mmmh ! Je vais faire régime quand ça sera ton tour, lança alors le garçon, légèrement moqueur.

 

— Sale garnement !

 

      Les trois hommes se mirent à rire. Edwyn reprit :

 

— La semaine prochaine, tu iras également dans un nouveau lycée.

 

— Ah non ! Je ne veux plus mettre les pieds dans ces bahuts.

 

— Sasha ! Que tu le veuilles ou non, tu iras. Je t’assure qu’il n’est en rien comparable à ton ancien lycée. Tu vas t’y plaire.

 

      Perdant l’appétit, le garçon repoussa son assiette. Il baissa les yeux. Elone et Edwyn se regardèrent un instant en silence.

 

— Ce n’est pas une punition, Sasha. Tu ne peux pas quitter le lycée. Tu dois penser à ton avenir, tenta son père.

 

— Écoute, le plus simple, c’est de tenter ta chance. Tu verras ensuite si celui-ci te convient mieux, expliqua Elone, à son tour.

 

— S’il ne me plait pas, vous accepterez que je n’y aille plus ?

 

— Nous verrons à ce moment-là. Nous trouverons une autre solution. D’accord ? Mais avant de juger, tu dois voir par toi-même, répliqua Edwyn.

 

      Le garçon releva la tête. Il observa son père un instant. Il n’était pas fâché. Il soupira. Il hocha la tête.

 

— D’accord. Je vais essayer.

 

      Edwyn se gratta la joue. Comment annonçait la nouvelle à son fils ? Il hésita encore un peu avant de se lancer.

 

— Il y a aussi deux choses que nous devons te dire. Premièrement, tu vas avoir un professeur particulier pour remonter ta moyenne.

 

      Sasha se mordit la lèvre. Il ne broncha pas pour autant. Il n’en avait pas envie, mais il avait vite compris qu’il n’avait pas son mot à dire. Il devrait accepter.

 

— Et la deuxième ?

 

— Le médecin nous a conseillé de te prendre des rendez-vous avec un psychanalyste. Il pourra peut-être t’aider avec ton amnésie.

 

— Je suppose que c’est pour mon bien. Est-ce que je finirais par retrouver la mémoire, papa ?

 

— Je ne sais pas. Mais, il y a une chance. Mais, je t’interdis d’essayer de la forcer. Compris ?

 

      Sasha hocha la tête. Il ne le ferait pas. Il avait déjà essayé. Il avait eu un mal de tête épouvantable ensuite. C’était horrible ! Dans l’après-midi, son père l’invita à venir avec lui faire des courses. Sasha râla pour la forme. Il n’avait pas encore rangé ses affaires.

 

      En fait, Sasha était ravi d’être seul avec son père. Il aimait bien Elone. Mais quand ils étaient tous les trois, il avait souvent l’impression d’être une gêne. En plus, il se sentait un peu honteux. Il avait interrompu un tête-à-tête entre les deux hommes un peu avant le départ pour le centre commercial. Intérieurement, Sasha se doutait de ne pas être un puceau, mais il avait rougi comme un coquelicot en apercevant son père et Elone s’embrasser.

 

      Il les avait mis mal à l’aise. Il s’en était rendu compte. Pfft ! Que devrait-il faire ? Peut-être devrait-il s’excuser ? Il ne savait pas quoi faire. Pendant le trajet, son père resta silencieux. Il jetait de temps en temps un coup d’œil vers son fils. Elone lui avait suggéré de l’observer attentivement. Son ami avait raison. Il pouvait lire comme dans un livre ouvert les inquiétudes de Sasha.

 

      Il prit finalement la parole quand le centre commercial commença à être en vue. Sasha se tourna vers son père dès la première parole.

 

— Tu devrais arrêter de te poser trop de questions, Sasha.

 

— Je ne m’en pose pas, papa.

 

— Mais bien sûr ! Tu veux bien arrêter de me prendre pour un idiot ! Si tu as un problème, parle-nous, Sasha. Comment veux-tu que nous puissions t’aider si tu ne le fais pas ?

 

      Le garçon baissa la tête. Il se mordit la lèvre inférieure.

 

— Je vais bien.

 

      Son père serra les dents. Il manœuvra pour garer son véhicule sur une place de parking. Il soupira à fendre l’âme.

 

— As-tu été dégouté de me voir embrasser Elone ? Je pensais que tu avais accepté cette relation.

 

      Sasha se sentit rougir. Son père avait mal interprété son geste de tout à l’heure. Il secoua la tête.

 

— Papa, tu te trompes. Je n’ai rien contre ta relation avec Elone. Je suis gay, papa.

 

— Hein ?

 

— Est-ce que cela te dérange ?

 

      Edwyn se mit à rire. Il ébouriffa la tignasse de son fils, perturbé.

 

— Idiot ! Je suis juste surpris. Je n’étais pas au courant. Pourquoi veux-tu que cela me dérange ? Est-ce que ta mère est au courant ?

 

— Oui, je lui en ai parlé, il y a deux ans. Je ne me souviens plus pour quelle occasion, d’ailleurs  ! Elle m’a surprise. J’ai toujours cru qu’elle me repousserait en l’apprenant. Mais, elle m’a juste dit que je serais toujours son bébé.

 

      Edwyn observa un instant ses longs doigts sur le volant.

 

— Ta mère a toujours été ainsi. Au début de notre relation, c’est son côté fantasque qui me plaisait chez elle. Elle vit dans son monde. Parfois, elle revient sur terre et elle nous surprend grandement. Mais, la dure réalité nous a éloignés finalement.

 

— Pourquoi m’as-tu laissé avec elle ? Pourquoi ne m’as-tu pas amené avec toi ? Je t’ai longtemps maudit pour m’avoir laissé en arrière.

 

— Pour plusieurs raisons. Catarina t’adore. Elle est étrange. Elle agit bizarrement parfois. Elle ne montre pas toujours à quel point elle est attachée à quelqu’un ou à quelque chose. Mais, tu es son fils, Sasha. Elle serait devenue folle sans toi. Tu étais son bouclier. Les autres raisons sont de mon côté. Je n’étais pas certain de pouvoir t’élever correctement. Ma société faisait faillite. Je savais que tu serais en sécurité avec Catarina. Je me devais de sauver les emplois de mes salariés. J’ai dû faire un choix. Je suis désolé.

 

      Sasha baissa la tête. Il le savait. Sa mère le lui avait dit pour la faillite de l’entreprise de son père. Il en avait voulu à Edwyn d’avoir préféré ses employés plutôt que son propre fils. Mais maintenant, Sasha pouvait comprendre. Ce n’était pas comme si son père l’avait abandonné seul. Edwyn avait même accepté le caprice de Catarina pour prendre des nouvelles de son fils. Et d’après ce que Sasha savait, son père n’avait jamais fait défaut pour la pension alimentaire.

 

— Papa, je n’ai pas été choqué en te voyant avec Elone. Je me suis juste senti mal de vous avoir dérangé.

 

— Tu n’as pas à l’être. Allez, viens ! Nous allons faire les boutiques pour te rhabiller.

 

— Pourquoi ? Je n’ai besoin de rien. Je t’assure. Vous n’avez pas besoin….

 

      Edwyn donna une légère tape sur la tête de Sasha. Le garçon grimaça.

 

— Arrête ! Je vais te rhabiller de la tête aux pieds parce que cela me fait plaisir. Tu te tais et tu suis. Compris ?

 

— Pfft ! Finalement, tu n’es pas si éloigné de maman.

 

      Edwyn, tout en sortant de sa voiture, jeta un regard noir à son fils. Le garçon émit un petit rire. Il expliqua :

 

— Vous n’en faites qu’à votre tête.

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14 avril 2011

Les spirale version 2 : 11

 

Chapitre 11

 

      Dans le courant de la semaine, Sasha se rendit à l’hôpital avec Elone pour son état de santé, avant la reprise des cours. Elone lui expliqua qu’il ne pouvait pas être son médecin, étant donné qu’il faisait pour ainsi dire partie de la famille. Il rencontra Mili Miori. Il fut agréablement surpris par cette femme. Habituellement, Sasha détestait les médecins. Il n’aimait pas les voir.

 

      Mais entre Elone et Mili Miori, il devait bien admettre qu’il commençait à bien les apprécier. Il espérait que le psychanalyste serait sympathique également. Il avait peur de cette séance. Il ne pouvait pas s’empêcher de s’angoisser. Il discuta encore quelques minutes avec le docteur Miori avant d’être obligé de se rendre dans une autre section.

 

      Il s’y rendit en trainant un peu les pieds. Plus, il s’approchait de la salle d’attente et plus il ralentissait. Il ne voulait pas y aller. Pourquoi devrait-il parler à ce médecin ? Qu’est-ce qu’il avait à dire de toute façon ? Finalement, il parvint jusqu’à la pièce où il n’eut pas besoin d’attendre. La secrétaire l’appela aussitôt et l’introduit dans le bureau du médecin.

 

      Sacha resta près de la porte. Il n’osait pas avancer. Il observait en silence le médecin debout près de son bureau. C’était une femme menue dont les cheveux châtain étaient remontés en un chignon souple. Elle portait également des lunettes lui donnant un air sérieux, mais en même temps dynamique.

 

      Le docteur Aline Descamps regarda également son nouveau patient. Il ne semblait pas décider à bouger de sa place. Elle pencha un peu la tête. Pour un garçon, il n’était pas très grand et un peu trop mince. Elle pouvait lire son angoisse. Aline lui adressa un sourire franc. Elle ne chercha pas à le faire bouger. Elle s’appuya juste à son bureau de façon décontractée pour le mettre en confiance.

 

— Bonjour, jeune homme.

 

      Sasha sursauta. Le docteur avait une jolie voix douce. Il baissa son regard vers la moquette. Il répondit tout de même.

 

— Bonjour.

 

      Le silence refit surface. Sasha commença à se sentir mal à l’aise. Pourquoi ne parlait-elle pas ? Le garçon releva les yeux et croisa ceux du médecin. Il faillit rougir. Il frotta sa main sur son jean. Puis, il soupira avant de se diriger vers une chaise posée devant le bureau. Le médecin le suivait du regard toujours sans rien dire. Un peu agacé, il finit par lancer.

 

— Bon ! Voilà, je suis assis. Maintenant, posez-moi vos questions stupides !

 

— Je suis là pour t’écouter, Sasha, pas pour te poser des questions.

 

— Mais, je n’ai rien à dire. Je vais très bien. Le docteur Miori a dit que j’étais plutôt en forme.

 

— Ton physique est en forme, Sasha. Moi, je travaille l’esprit. Je peux comprendre que tu sois sur la défensive. Mais, je ne te veux aucun mal.

 

      Sasha baissa à nouveau la tête. D’une petite voix, il murmura :

 

— Que voulez-vous que je dise ? Je n’en sais rien moi.

 

— Et bien, si tu me parlais un peu de ta vie d’avant quand tu vivais avec ta mère. Est-ce que tu t’entendais bien avec elle ? Y avait-il des choses que tu aimais ou détestais ?

 

— C’est tout ? Demanda Sasha.

 

— Pour aujourd’hui, je pense que cela suffira. D’accord ?

 

— Mouais, si vous le dites.

 

      Sasha commença à raconter un peu son histoire avec sa mère. Petit à petit, il se détendit. Il parla plus facilement. Aline l’écoutait sans jamais l’interrompre. Elle voulait ainsi mieux le comprendre et le connaitre. Elle constata assez vite qu’il adorait sa mère. Même si parfois, elle semblait l’avoir un peu blessé et que son angoisse venait surement d’elle, dû à ses absences et à ses amants. Il ne la jugeait pas. Jamais, il ne prononça un mot accusant sa mère de négligence.

 

      Elle comprit vite également qu’il oubliait certains passages, surtout quand il concernait les amis ou les amants de sa mère. D’autres moments, il s’arrêtait net comme si un trou de mémoire venait de le toucher. À ces moments-là, il fronçait les sourcils et il portait une main à son front. Ses yeux bleus ciel viraient alors à l’orage. Aline devait bien avouer que son jeune patient était plutôt beau garçon.

 

      Quand la séance fut enfin finie, Sasha poussa un soupir de soulagement. Il était fatigué, mais il sentait bien. Finalement, ce n’était pas si difficile de parler avec une inconnue et puis elle était gentille. En plus, c’était une maman. Sasha avait remarqué la photo de famille sur le bureau. Il n’aurait pas pensé que le docteur avait deux grands enfants, le plus âgé devait avoir la majorité et la fille avait son âge à lui.

 

      Ils en avaient de la chance. Peut-être que sa vie aurait été différente s’il avait eu des frères et sœurs. Il ne se serait pas senti si seul par moment. Que devait-il faire maintenant ? Il avait assuré à Elone qu’il n’aurait pas besoin d’être ramené à la maison. Il voulait connaitre cette ville où il vivait maintenant. Alors sans réfléchir, il se mit en marche. La température avait commencé à tomber d’un seul coup.

 

      Heureusement, son père l’avait bel et bien rhabillé de la tête aux pieds. Sasha ne pouvait pas nier avoir adoré sa sortie avec son père. Edwyn l’avait escorté dans toutes les boutiques de centre commercial. Il avait acheté vêtements, chaussures, dessous, manteaux et bien d’autres choses. Sasha se sentait un peu honteux de tous ses achats. Il ne les méritait pas. Il n’avait rien fait pour les mériter.

 

      Sasha, bien couvert avec son nouveau manteau, regarda un peu autour de lui. Cette ville était plutôt remuante. Tout autour de lui, il croisait des passants discutant joyeusement en bande le plus souvent. Un peu plus loin de l’hôpital, il aperçut un parc. Il s’y rendit.

 

      Les parents avec leurs enfants s’y trouvaient. Partout, il pouvait entendre les enfants crier de joie et de rire. Il se dirigea vers le centre pour s’installer sur un banc près d’un petit lac. Mais bien avant d’y arriver, il reçut un choc violent qui le fit chavirer sur les fesses. Par la même occasion, un jeune garçon lui tomba lourdement dessus. Il grimaça.

 

      Un homme assez grand apparut alors devant lui. Il s’agenouilla et s’exclama :

 

— Hans ? Est-ce que tu vas bien ?

 

      Le petit garçon fut vite relevé par l’adulte. Sasha put ainsi reprendre son souffle. L’adulte lui tendit une main pour l’aider à se relever sans le moindre effort. Sasha dut lever la tête pour pouvoir le remercier. L’homme en question lui disait vaguement quelqu'un, mais il n’arrivait pas à s’en souvenir. À part sa grande taille, l’homme mat de peau portait les cheveux mi-longs d’un très beau blond de blé.

 

      Le jeune garçon s’excusa :

 

— Je suis désolé. Je ne regardais pas où j’allais.

 

      Sasha baissa son regard vers le garçon brun. Il était tout mignon. Sasha cligna des yeux au bout d’un moment. Il avait l’impression de voir double. Un autre jeune garçon arriva. Il ressemblait beaucoup au premier sauf les yeux. Il avait deux magnifiques perles d’un bleu saphir.

 

— Hans, tu es vraiment un empoté, s’exclama l’arrivant.

 

— Je ne suis pas un empoté. Tu es pénible, à la fin.

 

— Calmez-vous, tous les deux ! Répliqua aussitôt l’adulte.

 

      Celui-ci se tourna vers Sasha qui ne disait toujours rien.

 

— Est-ce que vous allez bien ? Vous avez reçu Hans de plein fouet.

 

      Sasha secoua la tête.

 

— Non, ça va. Je n’ai rien de cassé.

 

      Une petite main attrapa la sienne. Sasha baissa son regard sur le jeune Hans.

 

— Tu es sur, hein ? Je m’en voudrais si je t’ai fait mal.

 

— Bon ! Qu’est-ce qu’ils foutent, bordel ?

 

— Kaigan ! Ton langage ! Gronda l’adulte.

 

      Sasha sourit. Ils aimaient bien les jumeaux. Ils se ressemblaient beaucoup, mais ils n’avaient pas du tout le même caractère. 

 

— Dit ? Tu t’appelles comment ? demanda Hans.

 

— Euh ! Sasha.

 

— J’aime bien. Moi, c’est Hans, ensuite il y a mon frère Kaigan. Et le grand, c’est Rei.

 

— Ce n’est pas ton papa.

 

      Le garçon secoua la tête. Il jeta un coup d’œil vers son frère. Il se faisait sermonner par Rei.

 

— Non, c’est un ami de nos pères.

 

— Pardon ? Échappa Sasha, déconcerté.

 

      Rei se mit à rire en apercevant la tête de l’adolescent. Il répliqua :

 

— Leur vie de famille est assez complexe. Leur vrai père est mon meilleur ami, Shin. Mais, ces deux idiots vivent chez leur oncle depuis bébés, alors pour eux, il est également leur père. Voilà en gros. Ah ! Je m’appelle Rei Kashino. Enchanté de te connaitre Sasha.

 

      Sasha serra la main tendue. Puis, il se souvint.

 

— Vous ne serez pas musicien ?

 

— Je l’ai été. Mais, maintenant je suis professeur de musique.

 

      Sasha ouvrit en grand les yeux.

 

— Je me disais bien que votre tête me disait quelque chose. Ma mère m’a emmené une fois voir un de vos concerts.

 

      Rei allait répondre quand la voix de Kaigan se fit entendre.

 

— Ah ! Enfin les voilà !

 

      Comme les autres, Sasha regarda dans la direction montrée par le garçon. Il y aperçut deux adultes dont l’un était percé à plusieurs endroits du visage, l’autre ressemblait beaucoup aux jumeaux. Ils tenaient la main à un autre jeune garçon, un peu plus jeune que Hans et Kaigan. Sasha aurait aimé s’éclipser, mais Hans lui tenait fermement la main.

 

      Quand les nouveaux arrivèrent, il fit connaissance avec eux également. Ensuite, il dut suivre le mouvement. Hans ne voulait pas lâcher la main de son nouvel ami. Sasha ne savait pas quoi faire. Il ne voulait pas être désagréable. Le père des jumeaux, puisqu’il semblait l’être, même s’il ne s’était pas présenté ainsi, lui posa une main sur la tête. Il le rassura.

 

      Shin avait appris à distinguer les angoisses chez autrui, surtout depuis qu’il vivait avec un chaton sauvage. Il était amusé. Hans prenait le pas d’Akira ou de Sawako. Il trouvait facilement les chatons égarés. Ce jeune adolescent était bel et bien un chaton égaré qui se posait trop de questions.

 

      Sans trop savoir comment, Sasha se retrouva à un café, dégustant une tasse de chocolat pour se réchauffer. Il apprit ainsi que le percé était le compagnon de vie du pianiste, son nom était Ludwig Lagardère. Il se faisait souvent frapper par sa moitié, d’ailleurs. Le petit garçon qui les accompagnait s’appelait Ashula. Il vivait avec eux. Apparemment, il avait subi une opération un an auparavant.

 

      Sasha songea qu’il aurait pu les croiser à l’hôpital. Ashula avait été voir le docteur Miori pour être examiné. Le garçon restait sur les genoux de Rei. Il ne disait rien. Il observait avec attention autour de lui. Les jumeaux restèrent au côté de Sasha. Comme à leur habitude, ils se chamaillaient. Sasha se trouvait entre eux. Il ne savait pas quoi faire. Il n’avait pas l’habitude des gosses.

 

— Bordel ! Vous allez arrêter tous les deux. Aïiiie ! Ça ne va pas Rei. Si tu veux frapper quelqu'un, frappe ton idiot.

 

      Ludwig grogna pour la forme. Quant à Rei, il répliqua aussitôt :

 

— Tu n’as qu’à parler correctement. Tu donnes le mauvais exemple aux garçons.

 

      Shin haussa les épaules et eut un sourire en coin.

 

— Qu’est-ce que tu crois, Rei chou ? Tu sais bien que je suis un vilain garçon.

 

      Rei secoua la tête.

 

— Shin, je t’interdis de l’appeler Rei chou.

 

— Ouais, ouais. Qu’est-ce qui t’arrive, Sasha ? Aurais-tu eu une bouffée de chaleur ? S’exclama Shin, moqueur.

 

      Sasha rougit de plus belle face à tous les regards sur lui. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait eu l’impression d’un sous-entendu de la part de Shin. Ludwig s’écria :

 

— Mazette ! Un nouveau chaton tout mignon. Ah lala ! Va falloir le cacher à Sawako.

 

      Shin jeta un coup d’œil à son ami. Il renifla.

 

— Pourquoi veux-tu que je le cache ? Je vais prendre plaisir à lui dire que j’ai rencontré un mignon petit chaton.

 

— T’es complètement maso, laissa échapper Rei, amusé.

 

      Sasha les écoutait sans rien comprendre. Mais, les trois adultes semblaient bien s’amuser.

 

— Non, je ne le suis pas. C’est juste que quand il feule, il est trop craquant. C’est trop plaisant.

 

      Hans tira sur la manche du pull de Sasha. Celui-ci baissa son regard sur le garçon.

 

— Ne fais pas attention à ce qu’ils racontent.

 

— Mouais. Les adultes sont parfois étranges, pas vrais ? Reprit Kaigan, levant les yeux au ciel.

 

      Sasha sourit. Finalement, il avait passé une très bonne matinée. Il avait rencontré plein de nouvelles personnes. C’était étrange. Il vivait dans une autre ville. Il avait pensé qu’elle serait exactement comme l’ancienne. Mais en moins de temps qu’il faut pour le dire, il se sentait revivre. Jamais, il n’avait discuté autant. Jamais, il n’avait été accueilli avec autant de plaisir. Ces personnes ne le jugeaient pas parce qu’il parlait peu. Elles l’avaient juste intégré dans leur groupe comme s’il y faisait parti depuis longtemps.

 

      Il resta avec eux pendant un long moment. Ensuite, il dut leur annoncer qu’il devait rentrer, car son père s’inquiétait. Il avait reçu un texto. Bien sûr, ils refusèrent de le laisser partir seul. Le temps avait changé entre-temps et une pluie fine était venue faire la fête.

 

      Les adultes se concertèrent. Ludwig décida de le ramener. Sasha essaya bien de les faire entendre raison, mais ce fut en pure perte. Hans voulut l’accompagner. Kaigan fut de la partie également. Tout le long de la route, les jumeaux l’assaillirent de questions. Ils faisaient tout pour retarder le départ de leur nouvel ami. Sasha ne savait plus quoi faire. Ludwig ne chercha pas à l’aider. De guerre lasse, le garçon promit aux jumeaux qu’il viendrait les voir. Il nota son numéro de téléphone et le remit à l’adulte.

 

      Sasha fonça ensuite jusqu’à l’appartement. Il s’y engouffra et fonça vers sa chambre. Il se rendit aussitôt vers la fenêtre. Il fit signe aux deux garçons pour leur dire au revoir. Il était content de les avoir rencontrés. Peu après, il entendit la voix de son père gronder. Il grimaça. Oups !

 

— Sasha ! Tes chaussures !

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28 avril 2011

Les spirales version 2 : 12

 

Chapitre 12

 

      Dix heures allaient sonner quand enfin, Mako se décida à se lever. Le week-end venait à peine d’arriver qu’il avait déjà envie d’être lundi. Ce n’était pas qu’il aimait particulièrement se rendre à l’université, mais au moins, il ne croisait pas son oncle Mario. Depuis, le décès de son père, un an auparavant, son oncle était venu s’incruster dans la maison familiale.

 

      Mario n’avait pas digéré que son frère ne lui a rien laissé. Manu Marcelo avait fait fortune dans l’informatique et particulièrement dans les jeux vidéo. Mario avait bien essayé de gratter une part du bonus en devenant associé, mais Manu avait préféré faire appel avec une autre société, un peu en difficulté.

 

      Grâce à cette alliance quelques années plus tôt, l’entreprise en difficulté avait pu ainsi se remettre en marche normale. Mako savait également que le décès de son père, qui malheureusement pour lui, ne semblait pas vraiment accidentel, avait causé du tort aux deux sociétés. Le garçon s’en fichait un peu. Il n’en avait jamais voulu de cette entreprise. Son frère aurait dû en hériter, mais celui-ci était mort avec leur père.

 

      Étant le seul héritier, il lui incombait d’en prendre les rênes. Tout en continuant l’université, il s’occupait de l’entreprise de son défunt père. Certes, il pourrait très bien laisser tomber et remettre cet héritage non voulu à son oncle, mais Mako refusait. Il ne pouvait pas faire cela. Mario était un homme sans scrupule et avide d’argent. Contre mauvaise fortune, il accepta ce cadeau empoisonné.

 

      Maintenant, au bout d’un an passé, il ne regrettait pas. Il avait fini par aimer ce travail. Il appréciait également travailler avec l’associé de son père. Edwyn Flagan était un homme intègre et loyal envers ses employés. Il avait même réussi l’exploit à les associer avec la Miori Corporation.

 

      En songeant à Edwyn, il se rappela le coup de téléphone la veille. Le jeune homme se leva rapidement. Il avait promis à l’homme qu’il lui trouverait quelqu’un de compétent pour remonter le niveau scolaire de son fils. Pfft ! Mako n’en connaissait qu’un seul capable de faire cet exploit. L’inconvénient serait, si monsieur acceptait, et si le fils d’Edwyn le supportait. Mako grimaça.

 

      Son meilleur ami était doué dans plusieurs matières sauf les langues. Il avait une incompatibilité avec elles, surtout l’anglais. Il en avait une sainte horreur. Par contre les maths et le français ne lui avaient jamais posé le moindre souci. Mako lui devait une fière chandelle. Grâce à lui, il n’avait jamais fait honte à son père. Une chose qu’il avait toujours mieux réussie que son frère Luis.

 

      Mako prit une rapide douche avant de regagner sa chambre juste à côté pour s’habiller d’un jean noir et d’un polo cuivré. Il sortit ensuite pour gagner la salle à manger où le petit déjeuner était toujours servi. Il avait bien essayé de faire changer cette règle, le vieux majordome de son père s’en était scandalisé. De guerre lasse, Mako avait cédé.

 

      À peine entra-t-il dans la pièce où sentait bon le café et du pain frais qu’il se retrouva devant le vieux majordome, habillé comme de coutume d’un costume noir, très sobre.

 

— Bonjour, monsieur Mako.

 

— Bonjour Alfred. Comment allez-vous aujourd’hui ?

 

— Très bien, merci de vous en inquiéter. Vous allez rendre visite à Madame Aline ?

 

      Mako tiqua. Comment faisait-il pour tout savoir, celui-là ? Ce n’était pas la première fois où Alfred le surprenait ainsi.

 

— Oui. D’ailleurs, je devrais me dépêcher si je veux virer ce gros lourdaud de Xavier du lit.

 

— Prenez tout de même un petit déjeuner, monsieur.

 

      Mako soupira. Alfred ne le laisserait pas partir l’estomac vide. Ce vieil homme avait toujours le dernier mot. Mako mangea rapidement son repas avant de filer à l’anglaise. Il n’allait pas très loin. Il se rendait juste dans la maison face à la sienne.

 

      La demeure de son ami n’avait rien à voir avec la sienne. Elle semblait d’ailleurs minuscule face au Manoir. Mais, pour Mako, cette maison était la chaleur, la joie et le bonheur. Chaque fois où il y pénétrait, il était empli par l’amour des habitants de cette maison.

 

      Aline Descamps, psychanalyste de l’hôpital du coin était venu y habiter quelques années auparavant, avec ses deux enfants, Xavier l’aîné et la petite Cheryl. Mako, à l’époque, était très renfermé sur lui-même, mais dès qu’il fit connaissance avec eux, il changea. Maintenant, il pouvait entrer dans cette maison comme si c’était la sienne. Aline avait même tendance à le traiter comme un second fils.

 

      Cette fois-ci ne fit pas exception. Il entra dans la maison accueillante. La mère et la fille discutaient joyeusement dans la cuisine. Mako soupira avec une certaine peine. Il avait craqué pour la jolie Cheryl, mais celle-ci le regardait comme un frère. Elle lui avait fait bien comprendre. Aline le vit en premier. Elle lui adressa un sourire chaleureux.

 

— Mako ! J’ai cru un instant que tu n’allais pas venir.

 

— J’ai trop dormi.

 

      Il embrassa la joue de la femme et ébouriffa les boucles brunes de Cheryl. Celle-ci lui lança un regard noir.

 

— Ah ! T’es aussi pénible que Xavier.

 

— Où est-il ? Demanda Mako.

 

— Il roupille. Il est rentré au petit matin. Je me demande s’il a une nouvelle petite copine, murmura pensivement Cheryl.

 

      Mako fronça les sourcils. Il n’était pas au courant. Mais avec Xavier, c’était fort possible. Comme les autres, elle ne durera pas longtemps. Il s’éloigna pour gagner le couloir. La chambre de son meilleur ami était la première.

 

      Il y entra sans frapper. Il se dirigea vers le lit. Son ami dormait sur le ventre, la tête sous l’oreiller. Mako porta son regard vers la chaine Hifi. Un sourire apparut sur ses lèvres minces. Il attrapa les écouteurs, souleva légèrement l’oreiller. Puis, d’un geste alluma la chaine tout en mettant le son à fond. Même avec les écouteurs, la musique hard rock hurla dans la chambre.

 

      Xavier sursauta tellement qu’il en chavira du lit. Il se retrouva sur le sol en pestiférant des insultes pas très catholiques sur l’abruti qui lui avait fait la farce. Mako riait au détriment de son ami.

 

      Xavier bailla à s’en décrocher la mâchoire. Il était assis sur la moquette, entortillé dans la couette. Il jeta un regard noir vers Mako qui riait toujours. Il se vengerait, un jour.

 

— Qu’est-ce que tu fous là, Mako ?

 

— Je t’ai laissé un message, hier. Tu ne l’as pas eu ?

 

      Xavier se gratta la tête. Son portable avait sonné vers les dix heures du soir, mais il y avait tellement de monde au bar qu’il avait ensuite oublié de regarder. Il haussa les épaules.

 

— Je ne l’ai pas lu.

 

— À quoi te sert ton portable si tu ne lis jamais tes textos ?

 

— Euh ! À faire jolie ? Au lieu de me faire la morale, si tu m’aidais, ce ne serait pas de refus.

 

      Mako secoua la tête exaspérée. Il tendit une main et tira pour aider son ami à se relever. La couette chavira et il ne put que remarquer que Xavier était nu. Il se retourna aussitôt sous le rire moqueur de son meilleur ami. Pendant qu’il s’habillait, Xavier demanda :

 

— Alors ? Si tu me disais de quoi parlait ton message.

 

— Edwyn Flagan recherche quelqu’un pour faire remonter les notes de son fils.

 

— Ah ! Flagan ? C’est ton associé, non ?

 

      Mako hocha la tête. Xavier se mit à réfléchir.

 

— Je ne savais pas qu’il avait un fils.

 

— Moi non plus. Après tout, je viens le voir pour le travail, pas pour faire causette.

 

— T’es trop coincé et trop timide, Mako. Ton physique et ta personnalité sont vraiment à l’opposé. Qu’est-ce que je vais faire de toi ? Tu n’es même pas capable de faire tomber ma sœur dans tes bras.

 

— Oui, bah, désolé de ne pas être comme toi, monsieur bourreau des cœurs.

 

      Xavier, enfin habillé d’un jean troué et d’un pull bleu, entoura le cou de Mako, d’un de ses bras.

 

— Te voilà vexer maintenant !

 

— Je ne lui suis pas. Je suis habitué à ta stupidité.

 

      Xavier resserra son bras comme pour l’étrangler.

 

— Comment tu me parles, toi ! De toute façon, je te l’avais bien dit que ma sœur n’est pas pour toi. Elle est encore trop gamine. Pfft ! Un jour, elle le regrettera et ce sera de sa faute.

 

      Surpris, Mako jeta un coup d’œil vers son meilleur ami. Il était sérieux. Il en était étonné. Xavier avait toujours été très protecteur avec sa mère et sa sœur. Il les couvait beaucoup trop. Pourquoi changeait-il d’attitude avec sa sœur ?

 

— Ta mère m’a dit que tu étais entré au petit matin.

 

— T’es jaloux ? S’exclama Xavier aussitôt, sur un ton moqueur.

 

      Il reçut à l’occasion un coup de coude dans l’estomac. Ça faisait mal !

 

— Idiot !

 

      Xavier éclata de rire. Il connaissait les rumeurs à l’université. Une rumeur qui circulait depuis le collège, enfin depuis qu’il était toujours fourré avec Mako. Une rumeur qui affirmait qu’il n’y avait pas qu’un lien d’amitié entre eux. Les deux hommes la connaissaient et s’en moquaient. On pouvait dire ce que l’on voulait sur eux. Rien n’était vrai.

 

— Je suppose que tu veux que nous allions chez Flagan ?

 

— Évidemment. Bien que je me demande si je ne fais pas une erreur.

 

      Mako s’éloigna en disant cette phrase. Xavier observa son ami avant de le rejoindre en s’exclamant :

 

— Eh ! Que voulais-tu dire à l’instant ?

 

      Mako ne répondit pas. Il s’éloigna pour rejoindre la cuisine. En chemin, il croisa Cheryl. Elle discutait joyeusement au téléphone avec une amie. Elle discutait de mode. Elle passa en lui jetant un regard indifférent. Mako soupira un peu tristement. Il devrait se faire une raison. Pour Cheryl, il n’était rien de plus qu’un autre frère. Xavier dirait surement une de perdue dix de retrouvés. Connaissant son ami, cette phrase lui allait comme un gant.

 

      Apercevant Aline au téléphone également, il préféra attendre Xavier dehors. Le temps s’était beaucoup rafraichi. Tout ce qu’il y avait de normal en soi. Dans moins d’un mois et demi, Noël ferait son apparition. Une période de l’année qu’il détestait par-dessus tout. Peut-être que cette année serait différente ? Ses parents n’étaient plus là, son frère non plus.

 

      Les seuls souvenirs qu’ils auraient toujours d’eux seraient leur absence totale dans sa vie, leur indifférence, leur mépris. Son frère le traitait souvent de moins que rien, de déchet. Sa mère avait eu une grande préférence pour son fils aîné. Elle accusait souvent le plus jeune d’être responsable de sa santé fragile. Elle avait bien failli mourir en le mettant au monde. Quant à son père, il n’avait jamais reçu la moindre affection de sa part.

 

      Mako n’en avait pas vraiment souffert, enfin c’est ce qu’il avait toujours fait croire. Il avait été élevé par des nourrices et ensuite par le vieux Alfred. C’était le majordome qui lui avait donné la passion des livres.

 

      Xavier arriva finalement. Il observa son ami en silence. Mako était noyé dans ses pensées négatives. Pour l’en sortir, Xavier donna une grande claque dans le dos. Mako laissa échapper un cri de surprise avant de lâcher des imprécations de toutes sortes à son camarade. Xavier s’éloigna en riant.

 

      Il n’aimait pas le voir broyer du noir. Il ne voulait pas revoir le petit garçon au regard infiniment triste qu’il avait rencontré le jour même où sa famille était venue s’installer dans cette maison. Ce jour-là, il avait décidé de le sortir de son mutisme, de lui donner un peu de gaieté dans sa vie. Il savait ce que c’était l’absence d’un père. Le pire pour Mako était que le sien vivait avec lui, contrairement à celui de Xavier.

 

      Comme à son habitude, le bus arriva en retard. Depuis que l’ancien conducteur avait pris sa retraite, le nouveau ne savait pas ce que c’était la ponctualité. Les garçons devaient souvent se dépêcher ensuite pour ne pas louper les premiers cours. Aujourd’hui, ils pouvaient prendre leur temps.

 

      Xavier ne savait absolument pas où habitait Flagan. Il fut donc assez surpris quand Mako descendit à leur arrêt habituel. Ils longèrent la route principale. Un homme d’une trentaine d’années, un peu enrobées, fumait tranquillement, appuyé contre un arbre. Il les observait depuis un moment. Xavier avait l’impression de l’avoir déjà rencontré quelque part. Il fronça les sourcils pour essayer de s’en souvenir. Il eut le déclic. Il l’avait déjà rencontré à l’hôpital. C’était un confrère de sa mère. L’homme écrasa sa cigarette et se redressa mieux pour les saluer.

 

— Bonjour, Mako. Bonjour, jeune Descamps.

 

— Bonjour. Xavier ! Mon prénom est Xavier.

 

      Le médecin sourit, éclairant ses yeux clairs. Mako s’exclama :

 

— Je ne savais pas que vous fumiez, docteur Elone.

 

— Ah ! Je ne suis pas au travail, Mako. Par pitié, appelle-moi juste Elone. Pour te répondre, je fume de temps en temps. Mais comme, j’ai une interdiction formelle de fumer à l’appartement. Pfft !

 

— Vous feriez mieux d’arrêter.

 

      Elone jeta un drôle de regard à Mako. Celui-ci se sentit rougir. Xavier éclata de rire.

 

— C’est le monde à l’envers. Habituellement, c’est le médecin qui le dit.

 

      Elone eut un sourire. Il jeta un coup d’œil vers l’étage.

 

— Je me demande si la guerre est finie. ?

 

— Pardon ? Laissèrent échapper les deux jeunes hommes.

 

      Elone émit un petit rire.

 

— Avec ces deux-là, je ne risque pas de m’ennuyer. C’est très drôle quand vous avez d’un côté un maniaque du ménage et un « je fais ce qui me plaît même si ça dérange ».

 

      Xavier observa le médecin un instant, puis il répliqua :

 

— J’ai l’impression que vous adorez cette ambiance.

 

      Elone émit un nouveau rire.

 

— Oui, tout à fait. J’adore Edwyn, mais il ne pense qu’au travail. Mais depuis que son fils est arrivé chez nous, il y a une semaine, il commence à changer. Et puis, leur chamaillerie est un pur plaisir. Sasha peut être un véritable petit démon quand il s’y met. Allons-y ! Nous verrons bien sur place.

 

      Les deux jeunes hommes se regardèrent un instant avant de suivre les pas du médecin. Xavier avait caché sa surprise pour ne pas commettre d’impair. Il avait compris le sens du mot « j’adore ». Cela ne le dérangeait pas le moins du monde. Chaque individu avait le droit d’aimer qui il voulait. Il se disait juste qu’étant donné le travail du docteur Elone, cela n’avait pas dû être facile pour lui de gérer. Même si les mœurs avaient beaucoup évolué, dans certains milieux, c’était encore mal vu.

 

      Elone ouvrit la porte d’entrée avec un peu d’appréhension. Il ne voulait pas que la première impression sur Sasha soit fausse. Mais, il y avait silence radio dans l’appartement, enfin jusqu’à qu’une porte s’ouvrit au fond du couloir et qu’une tornade arriva en courant vers lui.

 

      Xavier arriva juste derrière le docteur. Il observa autour de lui en silence. Le peu qu’il voyait pour le moment de l’appartement montrait clairement que les propriétaires du lieu avaient bon goût en matière de décoration. Il tourna son regard ensuite sur le garçon qui arrivait comme une furie. Sa première impression fut qu’il semblait minuscule face à lui.

 

      Ensuite pour une raison inconnue, il se troubla. Ce garçon, mat de peau, avait deux magnifiques perles d’un bleu très clair, virant par moment aux gris orageux. Celles-ci se posèrent un instant sur lui, mais elles se baissèrent assez rapidement, légèrement perturbées. Mako poussa son camarade pour passer.

 

      Sasha fronça un peu les sourcils. Il se demandait pourquoi son cœur s’était emballé comme un idiot en croisant le regard vert d’eau du géant. Il inspira un bon coup avant de prendre la parole.

 

— Elone ? Où étais-tu passé ?

 

— En bas. Vous vous êtes calmé, je vois.

 

      Le garçon haussa les épaules.

 

— Le téléphone s’est mis à sonner. Papa est dans son bureau. Pfft ! S’il croit que je vais me plier à toutes ses exigences, il se trompe. Non, mais !

 

— Haha ! Sasha va falloir y mettre un peu du tien.

 

— Elone, je suis assez grand pour aller au lycée, tout seul. Il pourrait me faire confiance.

 

— Le peut-il vraiment ? Depuis combien de temps, n’as-tu pas mis les pieds dans un lycée ?

 

      Sasha fronça les sourcils, la colère recommençait à poindre son nez. Son regard retomba sur le géant. Il leva un peu les yeux. Il semblait amusé du débat. Sasha en fut contrarié. Pour clore le sujet, il répliqua :

 

— Je promets sur tout ce que j’ai de plus cher que je mettrais les pieds dans ce bahut. Donc le sujet est clos, j’irais tout seul.

 

      Il fit le geste de faire demi-tour. Elone le rattrapa.

 

— Ne t’en vas pas si vite, mon chou. Viens faire connaissance avec tes futurs professeurs particuliers.

 

— Hein ?

 

      Le garçon se retourna d’un coup. Il soupira. La poisse ! Elone s’amusait comme un fou. Sasha était tellement facile à déchiffrer par moment. Il voyait bien que cela le dérangeait. Elone annonça :

 

— À ma droite, je te présente Mako Marcello. C’est l’associé de ton père. Il t’aidera pour les langues étrangères. À ma gauche, c’est Xavier Descamps.

 

      Sasha sursauta. Il jeta un rapide coup d’œil supplémentaire vers le géant. Il se souvient d’une certaine photo sur le bureau de sa psychanalyste.

 

— Vous êtes le fils du docteur Aline ?

 

— Oui, c’est bien ma mère. En quoi vais-je t’être utile ?

 

      Sasha se troubla. Avait-il besoin de demander de cette façon ? Sa phrase pouvait être prise de plusieurs façons.

 

— C’est vrai ça ! En quoi va-t-il mettre utile, Elone ? À part avoir un torticolis, je ne vois pas.

 

— Sasha !

 

      Elone secoua la tête.

 

— Quoi Sasha ? J’ai raison. T’as vu la taille ! Pfft ! Pauvre de nous.

 

      Elone, inquiet, jeta un coup d’œil vers Xavier. Il observait le fils d’Edwyn les yeux rétrécis. Était-ce bon signe ou mauvais signe ? Mako semblait apprécier le débat.

 

— Je sens que je vais me régaler à torturer les méninges de ce pygmée.

 

— Pygmée ? Comment il me parle, le gorille !

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30 avril 2011

Les spirales version 2 : 13

Chapitre 13

 

      Comme promis, Sasha n’en sortit pas vraiment indemne de sa rencontre avec Xavier. Quand celui-ci lui avait annoncé qu’il allait lui torturer les méninges, il ne l’avait pas cru. Quelle belle erreur ! Ce type voulait réellement le tuer à la tâche. Bien évidemment, il avait commencé par ce qu’il détestait par-dessus tout : les maths. Beurk ! Rien que d’entendre ce mot donnait la nausée. Il en avait une sainte horreur.

 

      Mais Xavier ne lâcha pas prise une seule fois. Il était plutôt du genre terrifiant. Déjà avec sa taille, il imposait, mais niveau caractère, il l’était tout aussi. Edwyn refit son apparition juste le temps de saluer les nouveaux arrivants. Ensuite, il retourna dans son bureau. Les jeunes gens n’avaient pas besoin de lui pour gérer son énergumène de fils.

 

      Elone sortit à son tour. Il devait aller travailler. Ce n’était pas son jour de repos. Mais, il n’avait pas voulu laisser ses deux hommes seuls pendant leurs prises de bec. Depuis l’arrivée de Sasha, il se demandait même s’il n’était pas leur nounou. C’était loin de lui déplaire. Ça l’amusait beaucoup trop.

 

      Mako resta avec son ami. Il aida de son mieux le plus jeune du groupe en essayant de calmer le sadisme de Xavier. Il s’amusa aussi à observer. Étant donné l’attitude de Xavier envers son élève, il devait l’apprécier. Le garçon répondait au tac au tac. Il ne se laissait pas marcher sur les pieds, démontrant ainsi qu’il n’était nullement effrayé par la taille de Xavier. Pourtant, parfois Mako apercevait une tristesse infinie.

 

      Edwyn lui avait raconté que son fils avait eu un accident et subissait une amnésie partielle. Il avait complètement oublié certaines personnes et des évènements vécus. Sasha voyait le docteur Aline Descamps pour tenter dans un premier temps de calmer ses angoisses et de trouver la raison de sa peur bleue envers son ancien lycée. Certes, le lycée entrevu à Reims n’était pas un exemple, mais de là à en avoir aussi peur ? Une chose importante avait dû s’y produire.

 

      Dans le deuxième temps, le docteur s’occuperait de l’amnésie. Mako se demandait s’il devrait en parler avec Xavier. Il devrait le faire. Son ami lui en voudrait s’il ne le faisait pas. Cela éviterait surement quelques maladresses de sa part.

 

      Trois heures étaient passées quand finalement, Sasha releva les yeux de son cahier. Il cligna des yeux, un peu fatigués. Il n’avait pas fait travailler son cerveau depuis longtemps. C’était usant de réfléchir. Il jeta un coup d’œil à son professeur. Le géant gribouillait sur une feuille, tout en discutant de tout et de rien avec son ami. À les observé, Sasha les enviait un peu. Il ne se souvenait pas le moins du monde s’il avait déjà eu un véritable ami.

 

      Il lui semblait pourtant en avoir eu, mais le peu dont il se souvenait, c’était qu’ils n’avaient pas la même génération. Mais dès qu’il voulut approfondir cette pensée, il fronça les sourcils sous la douleur languissante venant frapper ses tempes. Il soupira.

 

      Xavier se tut pour tourner son regard vers le garçon près de lui. Il ne savait rien sur lui, mais il sentait une grande tristesse. Comment était sa vie avant d’arriver ici ? Le jeune homme ne savait pas trop pourquoi cela l’intéressait, mais il avait envie d’en apprendre plus sur ce garçon au regard orageux. Il l’intriguait. Et puis, il sentait bien une certaine insécurité chez Sasha.

 

— As-tu fini ?

 

— Oui, mais….

 

      Sasha avait le regard baissé, mal à l’aise, angoissé. Sa main tremblait légèrement sur la table. Xavier frotta sa joue d’un doigt pensif.

 

— Tu as un manque total de confiance en toi.

 

      Il eut droit à un regard noir. La franchise n’était jamais très appréciée. Mais, Xavier n’aimait pas tourner autour du pot. Et puis, le garçon s’énervait facilement. Dans ces moments-là, il oubliait ses angoisses, ses peurs. Il attaquait.

 

— Et en quoi, ça te concerne ? Persifla aussitôt Sasha, la moutarde lui montant au nez.

 

      Xavier eut un sourire en coin. Il se pencha un peu vers le garçon qui se sentit troubler.

 

— Tant que tu n’auras pas confiance en tes capacités, tu risques de galérer sérieusement. Tu rateras beaucoup de choses en angoissant pour un oui ou pour un non.

 

      Xavier attrapa le cahier de Sasha. Il se plongea d’office dans la correction. Sasha fixait ses doigts crispés sur la table. Mako murmura :

 

— Ne prends pas mal ses critiques. Il ne te les balance pas en pleine face pour être cruel. Tu ne peux pas savoir comme j’en ai reçu quand je les rencontrais la première fois.

 

      Intéressé, Sasha redressa la tête.

 

— Vous connaissez-vous depuis longtemps ?

 

— Oui, un peu plus de dix ans maintenant, répondit Mako.

 

— Onze ans, deux mois et quatre jours, lança Xavier, toujours plongés dans sa correction.

 

      Mako lui jeta un regard surpris.

 

— Je ne pensais pas que tu t’en souviendrais avec autant de précision.

 

      Xavier tendit le bras et Mako reçut un coup de stylo sur le crâne.

 

— Je suis beaucoup moins idiot que toi. Ma première rencontre avec cet énergumène fut un après-midi ensoleillé. Je jouais au ballon avec ma sœur. J’ai frappé trop fort. La balle a foncé droit sur la route, mais elle a fini par se retrouver droit sur la figure de notre voisin de face. Mortel !

 

— Mouais ! La honte, tu jures.

 

      Sasha éclata de rire en imaginant la scène. Il s’exclama en fixant Mako.

 

— Je suis certain que tu as pleuré comme un bébé.

 

      Le jeune homme sentit ses joues rougir. Il n’aimait pas se rappeler cette scène. Ce n’était pas très glorieux.

 

— Dans le mille se moqua Xavier. Je me suis pris un de ces sermons par ma mère. Ensuite, elle l’a bichonné. Maintenant, il est le plus souvent fourré chez nous.

 

— Mmmh ? Ça n’a pas l’air de vous déranger.

 

— Non. Ma mère a toujours voulu avoir une grande famille. Mais, elle n’a pas pu. Intégré Mako dans la famille est une façon comme une autre de l’agrandir. Elle fait pareil avec les amies de ma petite sœur. Peut-être que tu la rencontreras au lycée. Vous allez dans le même.

 

— Les filles, c’est chiant, laissa échapper Sasha.

 

— Mmmh ! Tu n’as pas tout à fait tort.

 

— Hein ? Tu plaisantes Xavier ? Étant donné le tableau de chasse que tu as, me lançait d’un coup que les filles sont chiantes ? J’ai du mal à te croire.

 

— Ça n’a rien à voir, Mako. Va falloir que je m’occupe de ton cas.

 

— Non merci, je passe. Corrige au lieu de m’ennuyer.

 

      Sasha les écouta d’une oreille distraite. Il plongea dans ses pensées. Il devait bien reconnaitre que Xavier était plutôt doué pour enseigner. Bon, il adorait être un peu sadique, mais il était très pédagogique. Lundi, il pourra se rendre dans ce nouveau lycée sans souci. Il ne se taperait pas la honte. L’appréhension était toujours présente. La peur le tenaillait également.

 

      Son père et Elone lui assuraient que ce lycée était très différent de l’ancien. Mais était-ce seulement vrai ? Son père ne lui mentirait pas à ce sujet. Et puis, il avait promis que s’il n’y arrivait pas, il pourrait ne plus y aller. Un coup de cahier sur la tête le fit sursauter.

 

— Aïeeeeee !

 

      Il foudroya du regard le coupable.

 

— C’est bien. Tu as déjà fait beaucoup de progrès en peu temps. Nous allons te laisser maintenant. Tu dois être fatigué.

 

      Surpris, Sasha regarda l’heure. Midi allait bientôt sonner. Ah zut ! Déjà ? Il allait se retrouver de nouveau tout seul. Surprenant Mako, Xavier lança :

 

— Demain nous avions décidé d’aller aux zoos. Ça te dirait de venir avec nous ? Tu connaitras un peu mieux les environs.

 

— Je ne veux pas être une gêne.

 

      Sasha reçut un nouveau coup sur la tête. Il grimaça. Mako répondit à la place de son ami.

 

— Tu peux venir, Sasha. Tu ne déranges personne. Et puis de cette façon, c’est toi qui subiras les moqueries de Xavier. Ça me fera des vacances.

 

— Sympa, merci.

 

      Sasha retrouva le sourire. Il n’allait pas s’ennuyer. Il venait de se faire ses premiers amis. Peut-être en aurait-il d’autres, finalement ? Peut-être que ce sera vraiment très différent de son ancienne vie ? Il devait y croire.

 

      Contre toute attente, les deux jeunes hommes ne quittèrent pas l’appartement des Flagan. Edwyn arriva entre-temps. Il les invita à déjeuner avec eux à midi. Sur le coup, Xavier allait refuser, tout du moins pour lui. Il avait eu l’intention de visiter de petits appartements. Mais, il remarqua la lueur de plaisir dans les yeux bleus ciel de Sasha. Pour une raison encore inconnue, il ne voulait pas la voir s’éteindre.

 

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      Le lendemain comme prévu, Xavier vint chercher Sasha pour une journée aux zoos. Il n’était pas venu seul. Mako l’accompagnait tout comme une jeune fille de l’âge de Sasha. Le garçon eut l’impression de voir le docteur Descamps en plus jeune. Personne ne pouvait se tromper. Elle était bien la fille de sa psychanalyste donc la sœur de Xavier. Sasha en fut soulagé. Il ne savait pas pourquoi, mais il n’avait pas besoin de s’appesantir là-dessus.

 

      Quelques minutes plus tard, Sasha regretta que Xavier ait emmené sa sœur. Elle le fatiguait. Elle parlait beaucoup trop. Pourtant, il fit l’effort de rester polie. Ce n’était pas une mauvaise fille, bien au contraire, elle était plutôt sympathique. Et puis, Sasha avait fini par comprendre. Mako semblait intéressé par cette jeune fille. Le pauvre, il n’aurait aucune chance.

 

      Sasha l’avait vite senti. Cheryl ne voyait pas le bout de son nez. En fait, parfois dans son attitude, Sasha avait l’impression de voir sa mère. Le genre de personne qui préférait rester dans son monde, sans s’apercevoir qu’elle pouvait faire du mal à autrui. Elles étaient plutôt égoïstes, capricieuses et difficiles à vivre.

 

      Le Paradisio se trouvait à la sortie de la ville. Même en hivers, le zoo ne désemplissait pas. Sasha se sentit tout exciter comme un gosse. Il se souvenait y avoir été une fois avec son père et sa mère. Il devait avoir juste cinq ans à l’époque. Il s’était beaucoup amusé. Son père l’avait même porté sur les épaules. Il se mit à sourire bêtement.

 

      Aucun de ses nouveaux amis n’en fit la remarque. Apercevoir le plaisir dans les yeux de Sasha, ils songèrent juste qu’ils avaient eu la bonne idée de le faire sortir. En tout cas, il contamina tout le groupe. Ce fut quatre individus tout joyeux qui pénétrèrent dans l’antre du zoo.

 

      Alors que Xavier partit chercher les billets, le reste du groupe l’attendit près d’une fontaine qui représentait par des fresques toutes sortes d’animaux. Sasha était en train de les examiner un par un, quand il reçut un double choc contre lui, manquant le faire chavirer dans la fontaine. Mako eut le réflexe de le retenir. Deux petites voix se firent entendre joyeusement.

 

— Sasha ! Nous t’avons attrapé.

 

      Tout surpris, le garçon se retourna et se retrouva devant les deux petits démons du parc. Les jumeaux le regardaient avec un grand sourire. Hans l’avait repéré de loin. Il s’était éclipsé avec son frère pour rattraper l’adolescent.

 

— Tiens, les petits démons. Que faites-vous ici ?

 

— Bah ! Quelle question ! Comme toi évidemment.

 

      Sasha fonça les sourcils. Il frotta son poing contre le crâne de Kaigan. Celui-là n’avait pas la langue dans sa poche.

 

— Je le sais, banane. Mais que faites-vous tout seul ?

 

      Kaigan sourit et répliqua :

 

— On n’est pas tout seul puisque nous sommes avec toi.

 

      Mako l’entendant se mit à rire. Les jumeaux se tournèrent vers lui. Sasha les présenta à Mako et à Cheryl. Xavier arriva entre-temps. Les deux petits garçons durent lever la tête. Ils en restèrent un peu bouche bée.

 

— Mazette ! Il est aussi grand que cet idiot de Viking.

 

— Kaigan Soba ! Je te prierai de contenir ton langage, persifla une voix grave provenant de la gauche.

 

      Sasha se tourna vers le nouvel arrivant. Un homme d’une cinquantaine d’années, plutôt bien de sa personne, s’approchait de leur groupe. Kaigan se mordait les lèvres. Il n’aimait pas du tout se faire gronder. L’homme en question s’approcha des jumeaux et leur tira les oreilles.

 

— Qu’est-ce que je vous ai déjà dit ? Vous prévenez quand vous vous éloignez.

 

      Les deux jeunes garçons baissèrent la tête penaude. Hans murmura :

 

— Mais papa, le temps qu’on te le dise, Sasha aurait disparu.

 

— Sasha ? Interrogea l’homme.

 

      Il se tourna alors vers le groupe derrière lui. Son regard tomba directement sur Sasha. Ludwig lui avait raconté leur rencontre avec un mignon petit chaton perdu. Akira soupira. Les amis de son frère avaient toujours une manière bien à eux de parler de leur rencontre, surtout depuis que son idiot de frère fréquentait un chat sauvage.

 

— Bonjour, je suis Akira Soba. Je suis le père adoptif de ses deux énergumènes. J’espère qu’ils ne t’ont pas trop ennuyé.

 

— Non, ne vous inquiétez pas. Ah ! Euh ! Je m’appelle Sasha Flagan.

 

— Ah ! Alors tu es le fils d’Edwyn.

 

— Vous connaissez mon père ?

 

      Akira se redressa. Il salua les trois autres personnes accompagnant le garçon, avant de répondre.

 

— Oui, je l’ai rencontré quelquefois pour le travail.

 

— Papa ! Est-ce que l’on peut rester avec Sasha ?

 

— Non, vous allez le déranger à force. Laissez-le avec ses amis. Je suis sure que vous le reverrez.

 

      Les deux petits se mirent à bouder. Sasha se mordit la lèvre. Il ne savait pas quoi faire. Maintenant, il se sentait titiller. Xavier qui l’observait depuis le début remarqua son manège. Il secoua la tête. Quelle calamité celui-là !

 

— Nous pouvons vous accompagner si vous préférez. Comme cela, Sasha restera, non seulement, avec nous, mais il sera également avec vos fils. Tout le monde sera content.

 

      Akira se gratta le crâne. Il aurait pu y penser, lui-même, mais à vrai dire, il n’avait pas osé. Les jeunes préféraient souvent rester ensemble plutôt que de se joindre à une vieille personne et deux enfants d’une dizaine d’années.

 

— Eh bien ! Si tout le monde est d’accord, pourquoi pas ?

 

      Kaigan et Hans sautèrent de joie sur place, avant de prendre chacun une main de leur nouvel ami. Sasha avait les joues rouges de contentement. Le groupe se mit en marche. Il devait rejoindre le compagnon d’Akira. C’était un célèbre photographe du nom de Mat Cotton.

 

      Mako resta un peu en retrait avec son ami Xavier. Cheryl discutait avec le père des jumeaux. Les deux petits démons piaillaient joyeusement tenant fermement la main de leur ami.

 

— Tu agis bizarrement depuis hier, Xavier.

 

      Le jeune homme sursauta. Il se troubla.

 

— Bonne question, Mako. Je n’en sais rien, moi non plus. Juste que ce garçon me fascine.

 

— Fascine ? C’est bien la première fois que quelque chose retient autant ton regard. Je n’aurais jamais pensé que ce serait un homme qui parviendrait à ce résultat.

 

      Xavier se passa une main dans les cheveux. Il frôla sa balafre. Il le faisait souvent quand il réfléchissait.

 

— Comme quoi tout peut arriver dans la vie. Je me demande ce qu’elle va encore nous réserver.

Posté par Origine1975 à 12:51:00 - - Commentaires [2] - Rétroliens [0]


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