Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 01
Le Début : 1
Début septembre 2041
Le soleil venait de se lever sur la ville. Les rayons traversèrent les vitres d’une fenêtre d’une chambre d’appartement. Elle vint caresser le visage endormi d’un jeune garçon aux cheveux noirs court et à la peau blanche.
Celui-ci remua un peu avant de finalement se réveiller en sursaut. Il regarda un temps autour de lui pour savoir où il pouvait bien se trouver. Il se gratta la tête tout en bayant aux corneilles. Il s’en souvenait maintenant. Il se trouvait chez sa sœur et son mari.
Il soupira un peu triste. Il adorait sa sœur, mais il préférait mille fois être dans sa super grande maison où il pouvait courir partout à la recherche d’un de ses parents. Mais voilà, ses adorables parents ont décidé sur un coup de tête de partir en vacances alors que la rentrée des classes allait avoir lieu.
Il soupira à nouveau fataliste. Il se leva d’un bond et s’étira de tout son long. Il avait fêté ses seize ans en début d’été en compagnie de tous les amis de ses parents, tous des personnes que le jeune garçon adorait d’ailleurs.
Il sortit de la chambre et se dirigea vers la salle de bain qui se trouvait dans le couloir. Après s’être lavé et habillé, il rejoignit la cuisine où une bonne odeur en sortait.
Il y trouva sa sœur en train de préparer le petit déjeuner de la famille. Elle ne l’avait pas encore vu, alors il prit son temps pour l’observer. Une femme plutôt mince se tenait devant lui avec de très longs cheveux noirs ondulants. Le garçon trouvait sa sœur très belle surtout avec ses petites taches de son sur le nez. Elle ne se maquillait jamais même pour les grandes occasions et pourtant, elle ne perdait jamais son charme, peut-être grâce à ses yeux bleus ciel.
La jeune femme se retourna pour déposer les assiettes sur la table et l’aperçut enfin. Elle lui adressa un grand sourire.
- Enfin, réveiller Marmotte ? Je t’ai appelé au moins une dizaine de fois, tu sais ?
- Tu ne sais pas y faire.
Le garçon sourit. Sa sœur lui servit un grand verre de lait et le lui tendit. Il le prit et le but d’une traite.
- Merci.
- Tu es sûr que tu ne veux pas déjeuner.
Le garçon fit la grimace. Il n’arrivait jamais à prendre de vrai petit déjeuner. Il en avait la nausée rien que d’y penser. Par contre, ensuite, pour le déjeuner et le dîner, c’était un vrai glouton affamé.
Du bruit dans le couloir se fit entendre et trois énergumènes arrivèrent en courant dans la cuisine en grand cri.
- Bonjour M’man, s’écria le plus âgé, en se jetant dans ses bras pour recevoir un câlin, suivit des deux autres à la suite.
La mère se mit à rire. Ils saluèrent leur oncle seulement après ce rituel. Le garçon leur sourit et ils lui répondirent aussitôt. Ils allèrent prendre leur déjeuner. La mère releva la tête et demanda :
- Veux-tu que je t’accompagne jusqu’à ton nouveau lycée ?
- Non, cela ira, merci. Je suis un peu triste d’être obligé de quitter celui où vous avez été tous. Si je tiens l’imbécile qui a mis le feu, je l’étripe.
- Moi aussi, je suis triste. Nos parents ont fait leurs études là-bas, nos deux idiots également et j’ai rencontré mon cher et tendre dans cette école aussi.
- Vous avez vos souvenirs et plein de dessins de papa. Puis, ce n’est pas comme si, le lycée va disparaître. Il aura juste subi quelques transformations. Yan pourra surement y aller.
La jeune femme caressa la tête brune de son fils aîné. Il grandissait trop vite tout comme son jeune frère. Elle se souvenait encore toutes les fois où elle lui avait changé les couches, où elle se promenait avec lui dans la poussette. Ils avaient seize ans d’écart en tout et dans la réalité, ce garçon n’était en rien lié à elle par le sang, mais juste sur papier.
Elle avait été adoptée à l’âge de six ans et son frère lui avait trois mois seulement. Il était arrivé dans la famille quand elle venait d’atteindre l’âge qu’il a actuellement, seize ans. Elle l’observa à la dérobée. Elle l’adorait depuis sa venue. Elle savait bien qu’il ne se sentait pas très bien ici. Il avait l’habitude d’avoir plus d’espace.
Elle songeait souvent qu’il ressemblait beaucoup à son artiste de père. À l’origine, il ne restait pas en place, ne se laissait pas marcher sur les pieds malgré sa petite taille. Il déstabilisait les gens en les regardants droits dans les yeux, mais c’était surtout son sourire qui le différenciait. Ses parents affirmaient qu’il avait le sourire d’un ange, mais une autre personne qui avait pour ainsi dire grandi avec son frère préférait dire qu’il avait le sourire d’un démon.
Il n’avait peut-être pas tort. Son frère savait très bien se servir de son sourire pour calmer les esprits et surtout pour faire céder les personnes à ses moindres caprices. Il finit par s’exclamer qu’il ferait mieux de partir, car il ne voulait pas être en retard pour son nouveau lycée. L’école avait repris depuis trois jours.
La jeune femme espérait que cela irait pour son frère. Elle baissait la tête vers ses trois enfants. Elle soupira et s’exclama :
- Kalhan ? Tu ne peux pas manger plus proprement.
Sa fillette de cinq ans releva sa tête tachée de Nutella et sourit.
- Mais maman, je mange, j’suis bien obligé de me salir.
- T’es bête comme fille.
- Rand, veux-tu rester poli avec ta sœur ? De toute façon, tu ne vaux pas mieux.
Le jeune garçon sortit de l’appartement en claquant la porte. Il préféra descendre les escaliers plutôt que prendre l’ascenseur. Il voulait dépenser son surplus d’énergie. Il adorait sa sœur, mais il mourrait d’envie de retourner vivre dans sa grande maison.
Il n’aurait jamais imaginé qu’il aimait à ce point cette demeure immense. Il y avait tellement de pièces qu’il y était très facile de s’y perdre. Enfant, il jouait souvent à cache-cache avec son grand frère d’adoption qui depuis des années, était devenu un grand musicien reconnu.
Il ne s’inquiétait pas trop. Ses parents ne seraient pas absents très longtemps. Il connaissait trop bien son père. Il n’aimait pas rester éloigné de ses enfants trop longtemps. De toute façon, le garçon songeait que pour son autre père ce n’était en rien de vraies vacances.
Son père Carlin avait été invité pour faire un nouveau tableau pour un de ces acheteurs fidèles, mais d’après ce que le garçon savait de cet homme pour l’avoir déjà rencontré, était qu’il se trouvait être un gros pervers avec des idées plus que douteuses. Cet homme de Milan allait encore demander à son père de peindre un tableau qui le mettrait dans tous ses états.
Il arriva assez vite devant l’arrêt de bus et attendit encore quelques minutes avant que celui-ci n’arrive finalement. Il était déjà bondé de lycéens. Le garçon préféra rester près du chauffeur, un vieil homme près de la retraite.
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 02
Le directeur : 2
Pendant
le trajet, le jeune garçon posa sur ses oreilles des écouteurs et alluma son
MP3. Il adorait écouter l’album de son frère d’adoption. Depuis douze ans
maintenant, Reï Miori jouait du piano pour son plus grand plaisir.
Actuellement, il se trouvait à la capitale pour enregistrer son nouvel album,
avant de prendre quelques jours de repos bien mérité et de partir ensuite, en
tournée dans le pays d’origine de sa mère décédée alors qu’il n’avait que deux
ans.
Luce
savait que Reï lui offrirait en priorité son album avant sa sortie avec
dédicace en plus. Le garçon attendait son retour avec impatience. Il l’aimait
beaucoup tout comme son cousin qui se trouvait être le compagnon de Reï.
Ses
parents lui racontaient souvent que quand il était petit, il traitait souvent
son cousin d’idiot, enfin « Diot » plus précisément. Il ne s’en
souvenait plus trop, mais une chose était pourtant vraie. Ludwig Lagardère
était bel et bien idiot, mais fou amoureux de son musicien. Il le suivait
partout où il allait, mais sans jamais l’étouffer non plus.
Le
garçon ferma un peu les yeux pour mieux s’imprégnait de la musique si
envoutante du piano. Reï lui avait appris les bases et chaque fois qu’il
revenait, il lui enseignait à nouveau. Maintenant, il pouvait tout deux jouer
en duo. Il arrivait parfois que Ludwig prenne son saxophone et les
accompagnait.
Luce
aimait bien jouer, mais il préférait écrire sur un cahier. Il pouvait y passer
des heures à scribouiller sans que personne n’arrive à le faire arrêter. Enfin,
c’était faux. Deux personnes y parvenaient sans problème. Le premier se
trouvait être son père Carlin. L’autre se trouvait être le fils du frère de son
père Renko. Erwan Miori se trouvait être son meilleur ami avec qui il avait
grandi. Erwan était resté plus de deux ans avec eux avant que finalement, il retournât
vivre avec sa famille.
Il
n’en avait pas vraiment eu envie, mais sa mère le suppliait tous les jours. Il
avait fini par craquer. Mais il revenait tous les week-ends avec ou sans
autorisation d’ailleurs. Erwan n’en faisait toujours qu’à sa tête et ses
parents n’arrivaient jamais à avoir le dernier mot avec lui. Tout le monde le
traitait de dragueur étant donné toutes les conquêtes qu’ils avaient déjà eues
depuis qu’il était en âge d’avoir des relations.
Luce
lui savait que ce n’était en aucun cas un séducteur. Erwan ne faisait rien pour
attirer les filles. D’ailleurs, la plupart du temps, il était désagréable et ne
les traitait pas très correctement. Mais aucune ne s’en plaignait. Elles
cherchaient toutes à se l’approprier, mais il restait de glace. Il disait
souvent que seul son statut d’héritier les attirait, mais son côté sombre aussi
séduisait. Elles devaient être un peu masos ces filles.
Le
bus stoppa et le garçon descendit enfin devant son nouveau lycée, bien plus
grand que celui de ses parents. Il soupira et s’avança pour se rendre au
secrétariat.
Il
croisa plusieurs élèves en court de route qui l’observèrent avec curiosité. Il
s’en fichait un peu. Il avait l’habitude maintenant. La curiosité était un
défaut très commun chez les humains. Il croisa des couples de garçons ou de
filles. C’était devenu très commun maintenant.
Les
mauvaises pensées et les préjugées avaient presque totalement disparu. Il y
avait toujours des irréductibles, mais beaucoup moins que quelques années plus
tôt. C’est en se rendant au secrétariat qu’il rencontra pour la première fois
le quatuor, quatre garçons de dernières années, tous plutôt grand et très sportif.
Edward,
un grand blond, bronzé comme s’il venait d’être exposé au soleil, était la
grande vedette du basket. Alexis, le rouquin qui changeait de petites amies
comme de chemise. Quentin, le brun, était le président du club de photographie
et enfin, Jeff, la coqueluche au physique de mannequin. Lui aussi était brun,
grand et très mince. Il travaillait à mi-temps dans le mannequinat.
Luce
pouvait sentir leur regard le suivre jusqu’à destination. Il n’aimait pas être
regardé ainsi, car il connaissait bien ce genre de regard. Il allait avoir des
ennuis. Il allait être obligé d’être sur ces gardes comme toujours.
La
secrétaire lui adressa la bienvenue et l’invita à entrer voir le directeur.
Luce ne fut pas surpris de voir qui se trouvait être le directeur de ce lycée.
Il le savait depuis longtemps. Celui-ci le salua tout d’abord indifférent
jusqu’à que la secrétaire ait quitté les lieux. Là, le directeur adressa un
sourire plus chaleureux au garçon.
À
l’époque où ses pères allaient encore au lycée, le directeur était encore
professeur et se trouvait être un personnage froid et plutôt détestable.
Ensuite, en vieillissant, il avait dû accepter que son fils Kippeï sorte avec
un garçon. Il avait eu beaucoup de mal, mais il adorait trop son fils pour le
perdre.
Maintenant,
il avait acquis tellement d’expérience dans l’enseignement qu’il avait eu la
charge de diriger ce lycée.
- J’espère que cela ne te dérange pas
trop de m’avoir comme directeur, Luce Oda.
Le
garçon sourit et le regard du directeur se troubla. Le sourire de Luce s’agrandit.
Cela marchait aussi avec des têtes aussi coriaces que celle de Tankeï.
- Nenni ! Je me sentirais moins dépaysé
de cette façon.
- Bien, je vais faire prévenir ton
professeur principal que tu viens d’arriver afin qu’il t’accompagne jusqu’à ta
classe. J’espère que tu passeras une bonne année. Je n’ai pas très envie de
voir ton père débarquer ici tous les jours, s’exclama-t-il en grimaçant.
Luce
se mit à rire. Son père Carlin en serait fort capable.
- Je lui ai fait promettre de ne jamais
le faire. Je n’ai pas très envie d’avoir votre mort sur la conscience.
Tankeï
observa le jeune garçon un moment en silence avant de répliquer.
- Mouais ! Je crois bien qu’il a
trop déteint sur toi. Je crois bien que
je vais en voir des vertes et des pas mûrs avec toi dans ce lycée.
Luce
allait répondre quand un coup à la porte retentit. Un homme d’une trentaine d’années
apparut. Il semblait un peu gauche.
- Vous m’avez fait mander, monsieur.
- Oui, voici votre nouvel élève.
L’homme
se tourna vers le garçon avant de s’exclamer.
- Vous êtes sûr de ne pas vous être trompé
de classe ?
- Non, Luce est bel et bien en dernière
année. Son niveau scolaire est supérieur à la normale. Nous lui avons fait
sauter deux classes.
Le
professeur se tourna de nouveau vers son nouvel élève et le salua.
- Je suis le professeur Amory, ton
professeur de mathématique. Enchanté.
Luce
le salua à son tour avec son sourire. Le professeur fut attrapé et sourit
bêtement à son tour. Tankeï observait la scène, amusée. Il songea que cette
année, il se passerait certainement des évènements inattendus. Il tourna son
regard vers la fenêtre. Enfin, du moment que le démon n’est pas dans les
parages, cela ira. Il n’avait pas vraiment envie de voir arriver cet étudiant
de malheur.
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 03
Ashanti Da Costa : 3
Le
professeur s’était absenté après avoir été appelé par le directeur. La classe
en fut ravie et chacun se retournait pour discuter avec ses voisins. Ashanti Da
Costa soupira et regarda par la fenêtre. Elle aperçut alors le quatuor. Elle
les connaissait bien pour avoir eu l’occasion d’être sortie avec Alexis, avant
de s’apercevoir que ce garçon était une vraie pourriture de première.
Tout
en sortant avec elle, il sortait également avec deux autres. Elle lui avait
donné la plus belle des raclées et cela devant tous les lycéens admis à la
cantine. Depuis, chaque fois qu’il la voyait, il changeait de trottoir. Il ne
fallait pas la prendre pour une idiote, non plus.
Mais
en même temps, elle aimait bien les observer. Après tout, ils étaient beaux
gosses. Pourquoi s’en privait ? Où allaient-ils de si bon pas ? Et
d’abord, pourquoi Jeff, n’était-il pas ici en classe ? En réalité, elle
connaissait personnellement Jeff Ashton. Il n’habitait pas très loin de chez
elle et ils avaient étudié depuis le primaire dans les mêmes écoles. Leurs
parents étaient de très bons amis, mais les jeunes ne se parlaient pas souvent.
Ashanti
repoussa une mèche de cheveux rouge derrière l’oreille. Sa dernière folie fut
de teindre ses cheveux en rouge sang. Le rouge faisait ressortir ses yeux verts
olive et sa peau de couleur brune grâce à ses origines marocaines de sa défunte
grand-mère.
Des
murmures retentirent subitement à l’entrée de leur professeur. Ashanti regarda
à son tour dans cette direction et resta un instant bouche bée. Le professeur
Amory revenait avec un nouvel élève qui semblerait bien plus jeune que tous les
élèves de cette classe.
Mais
par-dessus le marché, il se trouvait très mignon. Il n’était pas très grand un
peu comme elle, dans les uns mètre soixante-dix. Ses cheveux coupés très court
et en même temps un peu n’importe comment d’un noir profond embellissaient un
visage sans défaut. Il avait de grands yeux mordorés avec un nez aquilin et une
bouche fine où profilait un sourire qui ne semblait jamais le quitter.
D’ailleurs, étant donné le silence complet dans la pièce, il semblait bien que
ce nouvel élève charmait déjà toute la classe.
Le
professeur prit enfin la parole.
- Je vous présente Luce Oda. Il vient
juste d’être transféré dans notre établissement parce que son lycée a brûlé.
Prenez bien soin de lui, s’il vous plaît.
Le
professeur se tourna vers le garçon qui ne disait toujours rien. Il lui demanda
de choisir une place pour pouvoir commencer enfin le cours. Luce sourit à
nouveau, avant de jeter un regard autour de lui. Tous les élèves le regardaient
comme s’il était un extra-terrestre. Voilà qui était plutôt amusant.
Il
repéra une place libre tout au fond près de la fenêtre. Tant mieux !
Ainsi, il pourrait regarder par celle-ci si par malheur, le cours se trouvait
ennuyeux. Il s’y rendit et repéra la fille aux yeux verts qui le suivait du
regard. Elle se trouva être sa voisine de devant.
Il
la salua avant de s’asseoir. Le professeur Amory toussota pour ramener les
regards de ses élèves vers lui, puis commença son cours. Dès qu’il comprit de
quoi, le professeur parlait, Luce émit un petit soupir. Il savait déjà cela. Il
ne pouvait pas leur apprendre des choses plus compliquées.
Erwan
avait tendance à amener toujours ses devoirs chez Carlin et les faisait sur le
bureau de Luce. Le garçon prenait toujours plaisir à observer son camarade à
faire ses devoirs et cela depuis tout petit. D’ailleurs, il avait appris à lire
grâce à lui aussi. Il devait avoir à peine trois ans. Erwan lui lisait chaque
weekend où il venait, un nouveau livre.
Luce
aimait bien l’écouter. Il avait une voix plutôt grave et un peu cassée des
fois. Les autres jours de la semaine, c’était une fois Carlin et une fois Renko
ou les deux à la fois. Il ne comptait plus le nombre de fois où il avait dormi
avec ses deux pères ou alors il squattait le lit de Reï avec Erwan en plus.
Ludwig râlait comme pas possible dans ces moments-là.
Qu’est-ce
qu’ils s’étaient bien amusés avec eux tous ! Voilà, il allait se sentir de
nouveau nostalgique. Il entrait dans cet état à chaque fois qu’il s’éloignait
de sa maison. Il espérait que ses pères auraient la bonne idée de l’appeler ce
soir.
Il
sortit un cahier de son sac tout en faisant attention que le professeur ne s’en
rende pas compte. Il l’ouvrit et relut les premiers paragraphes avant de se
remettre à scribouiller. Il donnait ainsi l’impression de suivre gentiment le
cours sans que cela soit le cas. Le professeur, bien sûr, surement pour tester,
l’appela tout de même au tableau. Luce soupira à nouveau avant de se lever et
de s’approcher du tableau noir où plusieurs formules y étaient inscrites. Il
lut le problème et sans trop réfléchir, nota la bonne formule, tout en
expliquant la raison du pourquoi du problème.
Les
autres élèves se mirent à rire sous le regard ahuri du professeur. Ashanti,
elle aussi, en était très surprise. Le professeur venait de poser un problème
où tous les élèves de sa classe avaient eu faux au dernier examen blanc.
Incroyable ! Ce nouveau venait tout simplement de moucher son professeur.
Voilà un garçon des plus intéressants ! Elle avait hâte de pouvoir
discuter avec lui.
Malheureusement,
elle n’en eut pas l’occasion, car dès la fin du cours, les autres élèves filles
et garçons accoururent auprès de lui pour lui adresser la parole. Il les
écoutait déblatérer avec le sourire, mais ne répondait pas à toutes les
questions.
Ensuite,
à l’heure du déjeuner, elle n’arriva pas à le trouver dans la cantine. Elle le
rechercha en dehors. Il se trouvait sur le toit, mais pas tout seul. Elle fit
la grimace. Le quatuor se trouvait déjà face à lui et il semblait bien que ces
garçons voulaient faire du nouveau leur bouc émissaire.
Chaque
année, il y en avait un. Pourquoi avait-il fallu qu’ils choisissent
celui-ci ? Elle voulait intervenir, mais en même temps, elle ne voulait
pas être en face de cet abruti d’Alexis.
Luce
regardait tranquillement les quatre grands garçons. Il finit par soupirer à
nouveau. Décidément, depuis ce matin, il avait l’impression de ne faire que
cela. Le blond tenait entre ses mains son sac, pendant que le rouquin tenait
entre ses mains son repas.
Il
mourrait de faim, mais tant pis pour son déjeuner. Il mangerait mieux ce soir,
par contre, il n’appréciait pas du tout de voir le blond farfouiller dans son
sac de cours. Il serra des dents quand celui-ci sortit son cahier bleu.
- Tient, tient ! Qu’est-ce que c’est
que ce truc ?
Il
l’ouvrit et lut quelques lignes. Il se mordit la langue. Il avait décidé d’en
faire baver à ce nouveau. Ce n’était pas pour lui faire des compliments. Mais,
le bougre savait bien écrire.
- Tu ne devrais pas faire semblant de
lire, tu sais. Étant donné, le pois chiche que tu dois avoir à la place du
cerveau, cela risque de te faire disjoncter, lança, tout à coup, le garçon.
Edward
sentit la moutarde monter à son nez. Le morveux se foutait de sa gueule devant
ses amis qui rigolaient à ses dépens enfin jusqu’à que le garçon réplique à
nouveau.
- Je ne parle pas que du blond. Vous
autres ne valiez pas mieux.
- Espèce de sale petit con !
Quentin
se jeta pour l’attraper, mais celui-ci parvint sans grande difficulté par
éviter sa main. Il agrippa le bras du brun et le lui tordit derrière le dos.
Quentin grimaça sous la douleur. Il dut même se mettre à genoux pour ne pas
trop souffrir.
Les
autres le regardèrent fort surpris. Luce les regardait droit dans les yeux avec
un léger sourire sur les lèvres, mais sa voix se trouvait très froide quand il
parla.
- Que vous vouliez m’ennuyer, allez-y si
cela vous chante ! Mais, je vous prévins de suite que je ne suis pas un
garçon qui se laisse marcher sur les pieds sans réagir. Que vous soyez plus
grand que moi ne fait aucune différence à ce sujet. Par contre, je vous surprends
à détruire ou à abimer mon cahier et je vous prévins que je lâcherais mon fauve
pour vous botter les fesses. Me suis-je bien fait comprendre ?
Luce
tira un peu plus sur le bras du brun pour le faire gémir de douleur. Ashanti
eut un sourire. Ce garçon était vraiment très intéressant. Sa minceur et sa petite
taille faisaient de lui une proie facile pour les petites frappes, mais ce
n’était qu’une apparence. Sa grand-mère lui racontait souvent que les apparences
étaient souvent trompeuses.
Une
personne respectable, bien habillée, avec une situation à faire rêver tout le
monde, pouvait être en réalité le pire monstre qui soit. Mais, un petit diable
pouvait aussi revêtir l’habit d’un ange. Elle voulait l’avoir comme ami. Elle
avait très peu d’amis, parce qu’elle voulait de véritables amis avec qui elle
pourrait parler de tout et avec qui elle resterait amie jusqu’à la fin de sa
vie. C’était décidé. Luce Oda serait son ami qu’il le veuille ou non !
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 04
Mira Martin : 4
Le
reste de la journée se passa sans plus d’incident. Luce en fut assez soulagée
et dès que retentit la sonnerie du dernier cours, il fut l’un des premiers à
sortir de la classe. Il avait bien remarqué que sa voisine de face voulait lui
parler, mais qu’à chaque fois, soit il fût accaparé par les autres élèves, soit
c’était elle.
Il
haussa les épaules. Il n’y pouvait rien et puis l’année scolaire durait bien
assez longtemps pour qu’elle finisse par parvenir à lui adresser la parole. En
tout cas, il avait décidé qu’il ne ferait pas les premiers pas, hors de
question.
En
se dirigeant vers la sortie, il aperçut le quatuor. Il manquait plus qu’eux
maintenant. La poisse ! Il s’arrêta net et se gratta la tête pour trouver
une solution. Que ferait son père Carlin pour sortir tranquille ? Il eut
la réponse en entendant la voix. Il se retourna net un peu surpris de la voir
ici, mais en même temps très content aussi. Elle allait l’aider.
La
femme discutait d’ailleurs avec son professeur de mathématique. Comment
s’appelait-il déjà ? Honteux, Luce se rendit compte qu’il ne s’en
souvenait plus. Bah ! Ce n’était pas la mer à boire. Il finirait bien par
s’en souvenir à l’occasion.
En
entendant du bruit d’arrière elle, celle-ci se retourna aussitôt et en
apercevant le garçon, elle s’exclama :
- Mais n’est-ce pas mon petit Luce
d’amour ?
Le
garçon sourit en apercevant la tête d’ahurie du professeur. La femme, se
fichant royalement du professeur, ébouriffa les cheveux noirs de l’élève et
reprit :
- Que fais-tu dans ce lycée, mon
ange ?
- Mais enfin Mira, où as-tu la
tête ? Je suis élève ici depuis ce matin. Tu as oublié l’incendie d’il y a
deux jours ?
- Non, je ne l’ai pas oublié. C’est juste
que je suis surprise de te voir ici.
Le
professeur de mathématique toussota pour se faire remarquer, avant de demander.
- Vous connaissez ce nouvel élève,
professeur Martin ?
- Évidemment que je le connais. Depuis
qu’il est tout petit d’ailleurs. Aaaaa h ! Cria-t-elle, faisant sursauter
ses deux interlocuteurs.
Elle
posa un bras autour des épaules de Luce, tout en faisant attention de ne pas l’effaroucher.
Ce petit ange avait peut-être grandi, mais sa phobie était toujours présente.
- Maintenant que je te tiens, mon joli,
tu vas devenir mon modèle attitré.
Luce
esquissa une grimace avec un nouveau soupire, fataliste. Il aurait dû s’en
douter. Quelques années plus tôt, elle avait réussi à avoir Reï comme modèle,
mais pas Ludwig. Celui-ci avait pris la poudre d’escampette.
- Ne t’inquiète pas, je ferais quelque
chose de correct. Je n’ai pas très envie d’avoir Carlin et ton chien garde sur
le dos.
Le
garçon sourit à nouveau. Mira retira son bras du cou de Luce qui se sentit un
peu mieux, bien qu’il fit en sorte de ne rien montrer. Elle parla quelques
instants encore avec le professeur de mathématique. Décidément, son nom ne
voulait vraiment pas lui revenir en tête. Puis, prenant le bras du fils de son
meilleur ami, elle se mit en marche vers la sortie.
Il
ne fallait pas la prendre pour une idiote. Elle se doutait bien que le garçon
voulait sortir du lycée en sécurité. Elle savait aussi que sous son apparence
fragile se cachait en réalité un vrai démon, mais elle savait aussi qu’il ne se
sentait jamais très bien quand il ne vivait pas chez lui.
Elle
jeta un regard amusé vers le quatuor qui ne semblait pas très content de la
tournure des évènements. Ces garçons se trouvaient trop imbus d’eux-mêmes, trop
sûrs d’eux et se croyaient tout permis. Ils allaient en voir des vertes et des
pas mûrs avec Luce, surtout si le chien de garde finit par revenir dans les
parages.
Son
sourire s’agrandit. Elle se demandait comment ils réagiraient face à Erwan
Miori. Elle était unanime. Personne n’arrivait à la cheville de ce garçon, à la
mauvaise langue la plupart du temps. Elle se demandait souvent comment ses
parents arrivaient encore à le supporter celui-là. Elle baissa son regard vers
le jeune garçon près d’elle. Il la regardait avec un léger sourire.
- Alors, Mira ? Je risque de t’avoir
comme professeur ?
- On dirait bien. Où est-ce que tu crèches
tant que tes deux idiots de pères ne sont pas là ?
- Chez Maeva ! Mais, c’est vraiment
trop petit chez elle. Je ne comprends pas pourquoi ils s’acharnent à vouloir
vivre dans cet appartement riquiqui.
Mira
se mit à rire. Puis, elle s’exclama :
- Pourquoi ne t’ont-ils pas laissé au
Manoir ?
- Parce qu’ils pensaient que je
m’ennuierais tout seul. J’aurais été plus tranquille. Je n’aurais pas mes
neveux et ma nièce dans les jambes.
Elle
se mit à rire encore plus. Il disait cela, mais il aimait bien les enfants de
sa sœur, tout comme les jumeaux de Lina et de Shin. Elle se demandait qui les
gardait en ce moment les deux sosies, en sachant que les parents se trouvaient
à l’autre bout du monde pour des reportages. Elle osa le demander à Luce pour
voir s’il était au courant. Il répondit simplement comme si c’était une
évidence. En l’apprenant, elle se remit à rire.
Hans
et Kaigan se trouvaient chez leur oncle Akira qui prétendait vouloir arracher
la tête de Shin pour le forcer à s’occuper de ses mioches à sa place, mais qui
en réalité, en était tout bonnement très content. Évidemment, le connaissant
depuis des années, elle était sûre qu’il ne l’avouera jamais.
Mira le ramena chez Maeva et monta le
temps de boire un café et de discuter avec la jeune femme. Luce, aussitôt
rentré, s’enferma dans sa chambre, alluma l’ordinateur et mit son CD préféré,
celui de Reï, bien évidemment. Ensuite, il se plongea dans ses devoirs avant de
reprendre son cahier pour scribouiller jusqu’au retour de Yan. Il devait
l’aider pour les devoirs. Maeva n’avait jamais été une brillante élève, alors
souvent, elle laissait Luce ou son père s’en chargeait quand ils venaient.
Vers
vingt-deux heures, le portable de Luce sonna enfin et le garçon resta presque
une heure au téléphone avec son père Carlin, puis encore une demi-heure avec
Renko. Luce fut rassurée en apprenant
qu’ils comptaient rentrer finalement avant la fin de la semaine si tout se
déroulait comme prévu.
Il
allait pouvoir s’endormir plus sereinement, soulagé de savoir qu’il allait
pouvoir revoir sa maison. Elle lui manquait trop. Elle avait vraiment beaucoup
plus d’espace. Il aurait moins l’impression d’étouffer.
Il
s’emmitoufla sous la couette avec son portable en main et envoya un texto. Il
n’attendit pas longtemps pour avoir une réponse. Il lut et sourit avec un petit
rire. Il se mit à bailler et s’endormir aussitôt en tenant son portable serré
contre lui.
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 05
Edward Grimbert : 5
Le
jeudi arriva tranquillement. Tous les jours, Luce eut droit à la disparition de
son sac de cours, sauf de son cahier bleu. À chaque fois, il le retrouvait
intact sur son bureau. Sa menace avait porté ses fruits. Le quatuor n’osait pas
abîmer ce cahier, même s’il mourait de savoir ce qui était inscrit à l’intérieur.
Edward
Grimbert, loin d’être aussi abruti que l’avait prétendu Luce, songeait qu’il
avait déjà lu ce style d’écriture, mais il ne savait plus où. Cela l’énervait
un peu de ne pas savoir. Il devrait surement se renseigner auprès de sa sœur
aînée qui faisait un stage dans la bibliothèque de la ville.
Il
avait été très étonné d’apprendre que sa sœur Rulika voulait travailler dans ce
genre de domaine. Il l’avait toujours considéré comme une petite péronnelle
sans cervelle et qui adorait faire caprice sur caprice. Mais apparemment, son
nouveau copain l’avait largement changé.
Leurs
parents n’avaient pas vu d’un très bon œil la relation de leur fille chérie
avec ce loubard comme ils le surnommaient. Ricky, de son nom, travaillait comme
mécanicien dans un des garages le plus côtés, mais qui ressemblait toujours un
vieux garage sans prétention donc de très mauvais goût. D’ailleurs, aux
dernières nouvelles, ils cherchaient un moyen de récupérer leur fille.
En
se rendant vers cette fameuse bibliothèque, il pouvait se le permettre n’ayant
pas cours les jeudis après-midi et que l’entraînement de basket venait d’être
annulé. Il croisa Alexis au coin d’une rue. Il leva les yeux au ciel en
trouvant une jolie petite blonde au bras de son ami. Encore une qui allait
bientôt pleurer.
Il
connaissait Alexis, Quentin et Jeff dont le vrai prénom était Jeffrey, depuis
le banc de la maternelle. Quatre garçons, au tempérament différent et dont le
seul lien pourrait on dire, était leur parent. Ceux-ci vivaient dans un très
grand luxe dû pour la plupart à l’héritage de leurs propres parents.
Edward
ne s’était jamais posé de question sur son avenir, tout comme Alexis d’ailleurs.
Jeff, le timide, pour une raison quelconque, avait cédé pour poser dans des
magazines, à la seule condition que le photographe soit un homme et non une
femme. Quentin, lui avait tout simplement décidé de devenir photographe pour
prendre les animaux en photo. Quentin adorait tous les animaux sans exception
et son plaisir pervers était de faire peur à Edward avec un serpent inoffensif
et une araignée pour le pauvre Jeff qui en avait une phobie.
Aucun
des deux n’acceptait de dormir chez lui depuis le jour où il leur avait fait
cette farce. Alexis lui s’en fichait comme d’une guigne, bien qu’il menace de
les écrabouiller si par malheur, Quentin s’amusait à les lui mettre sous le
nez.
Depuis
toutes ses années, ils ne se quittaient presque jamais et faisaient les quatre
cents coups ensemble. Dès qu’ils furent au collège, ils s’amusèrent à repérer
les plus faibles et les ennuyèrent pendant tout le long de l’année. En arrivant
au lycée, ils répétèrent la même chose sans se lasser, sauf peut-être Jeff bien
qu’il se laissait trainer avec eux.
Mais
voilà, non seulement le lycée avait un nouveau directeur pas très commode, mais
en plus, celui qui devait leur servit de bouc émissaire, se révélait avoir du
caractère et du sex-appeal, car étant donné, toutes les rumeurs qui couraient
déjà à son sujet, faisait de lui le chouchou des filles de sa classe.
Edward
sourit. Au moins, leur dernière année de lycée serait l’apothéose et ils
pourront ainsi garder de bons souvenirs. Enfin, le garçon l’espérait. En tout
cas, maintenant, il ferait plus attention à ce qui est petit et mignon. Quentin
avait souffert pendant deux jours à son bras gauche et maintenant quand, il
croisait Luce, il changeait de direction. C’était à mourir de rire !
Il
pénétra dans l’immense bâtisse qui regroupait toute une quantité de livres en
tout genre. Il salua les gardiens des lieux qui le suivirent du regard sans
changer d’expression. Il se retrouva à l’entrée près du bureau du libraire. Il
stoppa net en voyant bien installé dans les canapés rouges, Luce Oda.
Que
fichait ce gamin ici au lieu d’être en cours ? Aux dernières nouvelles, la
classe du professeur Amory avait cours. Tout du moins, était-ce la raison donnée
de Jeff pour ne pas l’accompagner. Edward, intrigué, observa le garçon et le
vit discuter avec deux filles. Elles se ressemblaient comme deux gouttes d’eau.
Pour les différencier, seule leur coupe de cheveux le permettait ou
l’expression du regard aussi. Sinon, tous deux étaient plutôt grands, minces,
au visage sans imperfection, deux grands yeux noisette. Elles étaient sublimes
et étant donné le regard des autres lecteurs, Edward n’était surement pas le
seul à le penser. L’une d’entre elles portait les cheveux châtain au carré et
se trouvait habiller d’un pantalon noir moulant et d’un haut blanc aux manches bouffantes,
alors que l’autre, les cheveux long dont deux mèches sur le devant était teint
en blond presque blanc et portait une longue robe marron comme une seconde
peau.
Il
sursauta comme un malade quand une main se posa sur son bras. Un rire retentit
aussitôt à sa droite.
- Désolée de t’avoir fait peur, Ed. Je
n’ai pas pu m’en empêcher, tellement c’était tentant.
- Espèce d’idiote ! Tu veux ma mort
sur la conscience !
- Parle moins fort, abruti. Nous sommes
dans une bibliothèque, as-tu déjà oublié ?
Ed
baissa son regard vers sa sœur tout aussi blonde que lui. Elle portait un
simple jean et un pull vert. Comme elle avait changé ! Avant, elle
s’habillait toujours avec les derniers habits à la mode.
- Alors ? Qui dévorais-tu du regard comme
cela ? demanda-t-elle en souriant avant de jeter un coup d’œil dans la
direction où son frère regardait.
Le
sourire de sa sœur s’agrandit aussitôt et pour une raison inconnue, lui tira le
bras dans cette direction. Qu'est-ce qu’elle était en train de fabriquer ?
Il ne voulait pas y aller. Mais il se laissa guider comme toujours par sa sœur.
Edward croisa le regard mordoré de Luce. Celui-ci fronça les sourcils comme
légèrement énervés, mais il gardait toujours son sourire aux lèvres.
- Eh ! Rulika ! Cela fait
plaisir de te voir ! s’exclama l’un des sosies, celle aux cheveux carrés.
- Oui, c’est vrai que cela fait un bail
que je ne t’avais pas vu, Maddie. Tu as l’air en pleine forme, toi aussi
Allison.
- En forme ? Bien sûr que nous le
sommes, comme toujours. En plus, aujourd’hui, nous avons notre ange avec nous.
Pour une fois, le tyran n’est pas là pour nous le piquer.
- Tu vas pleurer s’il apprend que tu le traites
de cette façon, Maddie, répliqua Luce avec un sourire espiègle.
- Ne va pas lui dire, toi ! De toute
façon, je sais très bien que tu t’amuses toujours à nos dépens, petite
fripouille. D’ailleurs, à qui envoyais-tu un texto, il n’y a pas cinq
minutes ?
Le
sourire de Luce s’agrandit encore plus et s’exclama :
- Mais à personne, voyons ! Tu as dû
rêver, Maddie.
Edward
croisa le regard noisette de l’autre fille. Il se sentit toute chose. Étrange !
- Eh ! Rulika ? Et si tu nous
présentais le garçon qui t’accompagne ?
- Ah oui ! Je l’avais oublié.
- Merci pour moi !
- Haha ! Pardon, Ed ! Je vous
présente mon frère, Edward.
Maddie
le détailla de la tête aux pieds sans aucune gêne. Edward se sentit mal à
l’aise sous ce regard. Il jeta un coup d’œil vers son camarade de lycée. Les
yeux pétillaient. Il se moquait de lui.
- Alors, cet abruti est ton frère,
Rulika ? Tu n’as pas vraiment de bol, ma pauvre.
Edward
ouvrit la bouche pour répliquer quand le portable du plus jeune se mit à
sonner. Luce l’attrapa aussitôt. Il se releva avec un grand sourire.
- C’est vrai ? Vous serez à la
maison avant ce soir ?
- ….
- J’y serais sans faute.
Il
raccrocha aussitôt. Il embrassa les deux filles avant de faire signe aux deux
autres et partit sans un mot, mais en courant. Edward n’en revenait pas. Luce
avait carrément embrassé les sosies sur la bouche comme si c’était
naturel !
- Eh ! Bien ! Quel
départ ! s’exclama Rulika en regardant dans la direction de la sortie.
- Haha ! C’est toujours comme cela.
Il ne faut pas s’inquiéter.
Rulika
s’installa sur un des fauteuils en tirant sur le bras de son frère pour qu’il
fasse pareil. Il se retrouva ainsi assis juste à côté de celle aux cheveux
longs. Il se sentait un peu gauche.
- Alors, Ed ? Pourquoi me rends-tu
visite ? Si nos parents l’apprennent, tu vas avoir des ennuis.
Le
garçon haussa les épaules. Sa sœur était sa sœur, sa famille. Il n’allait tout
de même pas la renier.
- Je voulais juste te demander le titre
du livre que tu m’as prêté quand j’étais malade cet été ?
- Je crois que c’était « Un baiser
sous la pluie ». Pourquoi ?
- J’aimerais bien le relire.
- Tu as aimé ce genre d’histoire,
Edward ? demanda Allison, près de lui.
- Oui, bien que je ne suis pas un grand
lecteur. Mais l’histoire écrite simplement et sans prétention m’a beaucoup plu.
- Savais-tu que celui qui a écrit ce
livre n’avait que douze ans, à l’époque ?
- Hein ? Tu plaisantes ?
- Non, c’est la vérité. D’ailleurs, tu le
connais. Peut-être pas depuis très longtemps, mais…
- Vous n’êtes pas en train de me dire que
c’est Luce Oda qui a écrit cette histoire ?
Edward
ouvrit en grand les yeux de surprise devant la confirmation des trois filles.
Mince, alors ! Sa sœur l’invita à venir boire un thé avec ses deux amies.
Pour une raison inconnue de lui, il accepta au grand plaisir de sa sœur. Edward
se trouvait très intrigué par les jumelles. Elles se ressemblaient, mais leur
caractère différenciait, c’était très intrigant.
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 06
Ils vont rentrés : 6
Pour
un début de mois de septembre, le soleil brillait comme un jour d’été. Renko
Miori en était plutôt soulagé. Déjà que son énergumène n’aimait pas trop la
voiture alors si en plus, il se mettait à pleuvoir, c’était une vraie
catastrophe.
Il
jeta un coup d’œil sur le siège passager. Carlin dormait depuis leur départ de
l’aéroport. Il ne l’écouterait plus quand celui-ci lui dirait calmement qu’il
voulait prendre des vacances. Il ne se ferait plus avoir de cette façon.
Plus
les années passées, plus Borghèse devenait encore plus pervers. Sa maison,
d’ailleurs, n’avait pas changé d’un iota depuis quinze ans. Elle donnait
toujours autant de cauchemars. Afin de pouvoir rentrer le plus vite possible,
Carlin n’avait pas dormi pendant les quatre jours d’absence.
D’accord
pour partir, mais le voyage ne devait pas durée plus de deux à trois jours
sinon Carlin s’ennuyait de plus voir Maeva et ses enfants, de voir Thalia, mais
surtout son double en plus jeune.
Renko
n’arrivait pas encore à croire que le charmant bambin était devenu un
adolescent avec presque le même caractère que son père. Personne ne pouvait se
tromper sur qui l’avait élevé. Le pire dans l’histoire, c’était quand ils s’y
mettaient à deux pour l’ennuyer au possible et encore deux fois plus, si par
malheur, l’autre vermisseau se trouvait dans les parages.
Renko
pianota sur le volant. Il en avait assez des embouteillages.
Luce
préféra rentrer chez Maeva à pied trop impatient de faire son sac. Il prit tous
les raccourcis qu’il connaissait. Cette ville, il la connaissait par cœur et il
l’aimait bien. Il arriva devant l’immeuble de sa sœur, une heure plus tard. Prendre
des chemins détournés pouvait être pratique, sauf quand on s’appelait Luce et
qu’il aida une vieille personne à traverser, montrer le bon chemin à un homme
d’affaires et descendre un petit chat d’un arbre pour rendre le sourire à une
petite fille de trois ans à peine.
Il
monta les marches quatre à quatre. Il aurait pourtant été plus vite en prenant
l’ascenseur, mais non, il avait des jambes autant s’en servir. En entendant la
porte d’entrée, la jeune femme se rendit vers celle-ci. Elle fut assez surprise
de le voir déjà là.
- Tu n’avais pas cours, cet après-midi ?
Sans
se laisser démonter, Luce la regarda droit dans les yeux et répliqua :
- Si, mais j’ai fait l’école
buissonnière.
- Et en plus, tu avoues !
Trop
choquée par le toupet de son frère, elle en oublia de le gronder. Elle n’arrivait
jamais à le suivre. Des fois, il pouvait être un ange, on lui donnerait la main
sans hésitation et des fois, il était tout le contraire.
Il
se dirigea vers la chambre d’ami tout en lui annonçant.
- Je retourne à la maison. Ils rentrent
tout à l’heure. Je veux être là-bas quand ils arriveront.
- Tu me quittes déjà.
Luce
se retourna vers sa sœur avec un sourire doux.
- Je t’adore Mave. Tu le sais, hein ? Mais…
- Je sais, je sais. Tu préfères être bichonné
par nos papounets.
Tout
en riant, il rangea rapidement ses affaires dans le sac à dos, rangea
correctement son cahier bleu, puis sans prévenir, il sauta dans les bras de sa
sœur. Il l’embrassa sur les joues.
- Merci de t’être occupé de moi, Mave. Je
t’aime, tu sais.
La
jeune femme le serra contre elle.
- Moi aussi, fripouille.
Il
se mit à rire à nouveau, puis il embrassa à nouveau sa sœur, avant de foncer
vers la porte qui se referma en claquant. Maeva regarda la porte complètement assommée.
Elle entendit encore un moment dans l’entrée, puis celle-ci s’ouvrit à nouveau
pour lancer.
- Dis au revoir à Killian et un gros
câlinou à tes trois monstres. Bisous.
Et
la porte se referma cette fois-ci pour de bon en claquant, bien évidemment.
Maeva secoua la tête tout en souriant. Elle partit changer les draps dans la
chambre d’ami. Une feuille sur le bureau l’intrigua. Elle la prit et se mit à
lire. Elle se laissa, tomber sur le lit en pleure. Bougre d’idiot,
celui-là ! Il savait y faire pour les faire pleurer. Elle regarda à
nouveau la feuille où un simple cœur se trouvait dessiner avec un « je
t’aime grande sœur ».
Pour
rentrer chez lui plus rapidement, il prit le bus qui ne s’arrêtait pas très
loin de son ancien lycée. En soupirant, il songeait qu’il aurait pu appeler
Erwan pour qu’il vienne le chercher en moto. Il adorait monter derrière son
ami. Mais, il savait qu’à cette heure-ci, il devait être avec son grand-père.
Mauvaise chose si par malheur, il l’appelait quand August Miori se trouvait
présent.
Non
pas qu’il avait peur du grand-père d’Erwan, mais à chaque fois, il avait droit
au pire sermon de tous les diables. Il savait bien qu’August Miori le faisait
exprès, mais bon, il pouvait être très casse-pied quand il s’y mettait.
Son
père Renko affirmait qu’Erwan n’était pas loin d’être son double. Luce ne
trouvait aucune ressemblance. De toute façon, il ferait en sorte qu’Erwan ne
devienne absolument pas comme lui.
Luce
jeta un coup d’œil rapide vers le lycée. Il soupira devant le désastre. Il
aurait bien aimé connaître le lycée de ses parents, mais un abruti en avait
décidé autrement. Toute une partie du bâtiment avait brûlé. Le feu avait
commencé par la bibliothèque et c’était propagé avec rapidité. L’enquête
affirmait que l’incendie se trouvait criminel.
Le
garçon se détourna du lycée et reprit la route tranquillement. Il lui fallut
bien une demi-heure pour enfin parvenir devant sa demeure. Il jeta son sac
par-dessus la barrière. Puis ni une ni deux, il la passa en sautant pour
rejoindre son sac. Ensuite, il se mit à courir pour rejoindre enfin
l’intérieur.
La
porte se trouvait ouverte. Il entra, jeta ses sacs dans le couloir. Il savait
bien que ses parents n’étaient toujours pas arrivés, mais il voulait saluer la
personne qui se trouvait présente dans la demeure.
Il
se dirigea vers la buanderie sans faire trop de bruit. Une femme d’un âge moyen
lui tournait le dos. Luce s’approcha doucement et s’exclama joyeusement.
- Bonjour, Martha !
La
femme sursauta et se retourna d’un bloc en portant une main à son cœur.
- Bon dieu, monsieur Luce ! Vous
vouliez me faire une crise cardiaque ?
- Désolé ! Je n’ai pas pu m’en
empêcher, répliqua-t-il en riant. Où sont Pouba et Timon ?
- Vos deux petites terreurs ?
Surement dans un des arbres, bien sûr, après qu’ils m’ont embêté quand je
passais l’aspirateur, quand je faisais les lits ou quand j’ai lavé le sol. Vous
jure ! Ce n’est pas des chats, ce sont des singes !
Luce
se mit à rire, puis il partit à la recherche de ses boules de poil. Le premier
dormait sagement sur son lit, quant à Timon, il dut aller le rechercher tout en
haut d’un arbre. Cet idiot savait y monter, mais ne savait jamais y
redescendre. Luce, d’ailleurs, s’amusa à lui faire la morale à la façon
« Renko Miori ».
Il
se rendit ensuite dans le salon tout en caressant le poil tigré de Timon. Il se
laissa tomber sur le canapé en soupirant. Qu’allait-il bien pouvoir faire en
entendant ? Il s’allongea et déposa le petit chat sur son ventre. Il
pourrait écrire. Non, il n’en avait pas envie. Il se mit à bâiller. Un petit
somme ? Pourquoi pas, surtout avec le petit ronronnement de Timon comme
berceuse ! Luce s’endormit aussitôt.
Martha,
la femme de ménage de la famille depuis plus de quatorze ans maintenant, passa
la tête pour dire au revoir au garçon, mais le voyant endormi, elle sourit attendrit.
Elle pouvait puisqu’elle l’avait vu grandir. Sans faire de bruit, elle referma
la porte après avoir laissé Pouba entrait dans le salon. Le chat sauta sur le
canapé et rejoignit son frère, mais préféra s’installer juste au dessus de la tête
du garçon en boule. Il se mit à bâiller lui aussi et rejoignit dans le sommeil
le garçon.
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 07
Carlin et Renko, le retour : 7
La
voiture arriva enfin à destination. Carlin n’attendit même pas que la voiture
soit entièrement arrêtée pour descendre au risque de tomber. Il fonça ensuite
vers la maison. Renko sortit à son tour en soupirant, fataliste.
Même
après toutes ses années, son adorable compagnon n’avait pas changé d’un iota.
Toujours aussi fatigant et extravagant ! Il lui avait pourtant demandé
d’arrêter de courir, car sa jambe gauche le faisait souffrir doublement après.
Mais non, il n’en faisait toujours qu’à sa tête.
Renko
rentra dans la maison tranquillement. Il aperçut les deux sacs jetés à même le
sol. Luce devait être rentrée, mais il fut surpris de ne pas les entendre
piailler. Il jeta un nouveau coup d’œil vers les sacs, puis sa montre.
Il
soupira. Ce petit chenapan avait dû encore jouer à l’école buissonnière. Il
jeta un coup d’œil dans la cuisine, personne ! Alors, il se dirigea
aussitôt vers le salon. Il aperçut Luce endormi sur le canapé avec Timon sur le
ventre et Pouba le roux au dessus de sa tête. Il sourit en remarquant Carlin
agenouillé juste devant en train de regarder leur fils dormir.
Il
s’approcha doucement. Carlin leva les yeux vers son compagnon et
s’exclama :
- Ils sont pires que le bouledogue, de
vrais chats de garde !
Renko
remarqua alors que le tigré avait les yeux ouverts et les observait près à
l’attaque si l’un d’entre eux se permettait de toucher à leur maître.
- Il est vraiment trop mignon quand il
dort.
- Voilà, papa poule est tout attendri
devant son petit trésor !
Carlin
se releva avec une grimace et donna ensuite un coup dans l’estomac de son
homme.
- Ne te moque pas, vilain. Pour ta peine,
c’est toi qui le montes dans sa chambre, dit-il avant de donner un léger baiser
sur les lèvres de son cher et tendre.
Carlin
s’échappa vers la cuisine avant de s’écrier :
- Et dépêche-toi, s’il te plaît !
J’ai faim !
Qu’est-ce
qu’il ne fallait pas entendre ! Renko se pencha doucement vers le corps de
son fils et le souleva dans ses bras. Pouba poussa un petit feulement, pas
content du tout d’être bougé. Quant à Timon, il s’accrocha au pull de son
Maître qui gémit un peu sous la douleur des griffes, mais ne se réveilla pas.
Dès
qu’il fut dans les bras de son père, il entoura le cou de celui-ci
instinctivement en posant sa tête dans le creux du cou. Renko se dirigea vers
l’étage en portant son chargement très léger, soit dit en passant ! Luce
pouvait être un glouton comme une certaine personne de sa connaissance,
d’ailleurs, il ne pesait vraiment pas beaucoup. Il faut dire aussi qu’étant
donné la dépense d’énergie qu’il dépense tous deux à courir partout, ils
pouvaient donc se permettre certains débordements nutritifs.
Renko
poussa la porte de la chambre jaune, ainsi appelée, car elle se trouvait
presque entièrement peinte de cette couleur. Une couleur que Luce adorait,
évidemment tout comme le bleu.
Le
plafond avait été peint en bleu et quelques nuages se baladaient
tranquillement. Un énorme champ de blé où une famille pique-niquait joyeusement
et dont les enfants jouaient avec un cerf volant avait été dessiné sur le plus
long mur de la pièce. Le mur lui faisant face était peint lui aussi en jaune
pâle et les deux autres murs dans un blanc cassé. Tout l’ameublement se
trouvait être en bois de couleur crème. Une armoire se trouvait près de la
porte de la salle de bain qui faisait face au grand lit où Renko déposa son
chargement avec douceur.
Luce
se positionna aussitôt en fœtus en serrant Timon qui vint se coller contre le
garçon. Pouba qui les avait suivit, monta directement sur le bureau afin de le
squatter impunément. Renko caressa les cheveux noirs de son fils avec un
sourire.
Il
sortit ensuite en laissant la porte entre ouverte pour les chats. Il
redescendit et se dirigea vers la cuisine afin de faire un encas pour son
estomac sur patte.
À
peine, il entra dans la pièce qu’il aperçut Carlin assis sagement au comptoir,
lui tournant le dos. Beaucoup trop sage, d’ailleurs ! Il se dirigea vers
lui et comprit aussitôt en voyant le portable entre ses mains.
- Je n’y crois pas ! Tu n’as pas un
peu fini de lire les messages de ton fils !
Carlin
lui jeta juste un coup d’œil avant de reprendre sa lecture.
- Mais euh ! Je vérifie juste s’il
n’a pas de mauvaise fréquentation.
Renko
prépara une rapide salade pour son homme, puis fit du café. Il s’installa
ensuite face à son compagnon qui lisait toujours les messages de Luce. Il lui
déposa l’assiette devant le nez. Aussitôt, Carlin déposa le téléphone sur le
côté et dévora sa salade, avec un grand plaisir évident.
- Alors ? Es-tu rassuré, Papa
Poule ?
- Mmmh ! Oh, oui ! Tu sais
qu’il envoie tous les soirs un texto à Erwan ?
- Non, mais maintenant que tu le dis,
c’est vrai qu’il l’a toujours à porter de main. Et a-t-il toujours une
réponse ?
- Évidemment ! Je n’ai encore jamais
vu Erwan lui faire défaut. Ah ! Lala ! J’ai bien mangé.
Le
jeune homme s’étira un bon coup, puis pencha la tête, il sourit à son homme.
- Qu’est-ce que tu manigances, encore ?
- Je vais aller réveiller ma marmotte.
- Donne-moi la raison pour laquelle je
l’ai monté dans sa chambre ?
- Pour te faire des muscles, bien
sûr ! Je te trouve un peu ramolli, ces temps-ci ! S’exclama-t-il en
disparaissant rapidement de la cuisine.
- Carlin, reviens ici !
- Nada ! Viens me chercher si tu
oses ! entendit-il un peu plus loin.
Renko
sortit de la cuisine à son tour et retourna à l’étage où il put entendre un
cri, puis des rires. Quand il arriva enfin vers la chambre, il trouva le père
et le fils faisant le pitre sur le lit. Timon avait rejoint son frère sur le
bureau et regardait bizarrement les deux énergumènes sur le lit.
Luce
aperçut son autre père et parvint à se dégager pour foncer dans les bras de
Renko qui l’accueillit en riant. Le garçon était tout essoufflé. Difficile de
se battre contre Carlin !
- Bonsoir, papa.
- Salut garnement ! Je pourrais
savoir pourquoi tu n’as pas été en cours cet après-midi.
- Pourquoi ? Parce que je n’avais
pas envie d’y aller, bien sûr. Pour quelle autre raison, je n’y serais pas allé
sinon ?
Carlin
se redressa et croisa les jambes. Il riait en entendant la phrase de son fils.
Il n’avait vraiment pas froid aux yeux celui-là.
- Et tu ne cherches même pas à
nier !
Le
garçon se mit à rire et frotta son nez contre le torse de son père.
- Pourquoi mentir ? Tu l’aurais su
de toute façon.
- Qu’est-ce que je vais faire de toi, ma
parole ?
- C’est facile ! Tu me fais plein de
câlins !
Carlin
se mit à rire de plus belle et Renko n’était pas loin de faire pareil. Il
n’avait jamais réussi à le punir, ce n’était pas maintenant qu’il y arriverait.
Le son d’une sonnerie en forme d’aboiement de chien retentit tout à coup. Luce
se détacha de son père et partit en direction du bruit, tout en descendant les
escaliers en quatrième vitesse.
- Un jour, il va se rétamer dans ces
escaliers, s’exclama Renko en rejoignant son compagnon assis sur le bord du
lit.
- Papa ! Qui t’a permis de toucher à
mon portable ! entendirent-ils hurler de la cuisine.
Carlin
fit la grimace sous le rire à peine voilé de Renko. Le jeune homme se jeta sur
son homme pour l’empêcher de se moquer de sa poire. Ils bataillèrent ainsi
pendant un moment avant d’entendre une voix derrière eux.
- Je me demande qui c’est le gosse dans
cette famille.
Les
deux adultes se tournèrent vers la porte. Luce les regardait avec un sourire en
coin, les poings sur les hanches.
- Luce ? Marmonna son père Carlin.
- Oui, P’pa ?
- Prépare-toi ?
Le
sourire de Luce s’agrandit et répliqua avant de s’échapper dans le couloir.
- Tu crois que j’ai peur d’une vieille
chaussette dans ton genre ?
- Luce Oda ! Tu vas savoir comment
s’appelle ton père !
- Cause toujours, chaussette toute
ridée !
Renko
se laissa tomber sur le lit. Et voilà, c’était reparti !
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 08
Erwan Miori : 8
Pour
une fois, l’amphithéâtre se trouvait rempli de monde. Pourtant, le cours
n’était pas aussi sensationnel que prévu. Un jeune homme brun court, mais en
bataille étant donné qu’il les fourrageait la plupart du temps, plutôt grand et
bien bâti, ta tête posée sur sa main gauche suivait le blablatage du professeur
tout en dessinant sur sa feuille de cours et à deux doigts de bayer aux
corneilles.
Il
attendait avec impatience que le cours soit terminé afin de pouvoir enfin
s’échapper pour quelques heures avant que son grand-père ne le rappelle à
l’ordre pour qu’il vienne l’aider à la société. Il soupira. Il aimait bien son
grand-père, mais il pouvait être aussi très usant. Pour une raison quelconque,
August Miori l’avait proclamé comme l’héritier de la Compagnie Miori.
Depuis,
le garçon le maudissait un peu plus chaque jour, car sa vie était devenue un
champ de filles toutes prêtes à faire n’importe quoi pour être en sa compagnie.
Bon, il en avait peut-être un peu abusé pendant quelque temps, mais il s’en
était vite lassé.
Après
tout, ce n’était en aucune façon ces filles qu’il voulait avec lui, mais un
petit démon au sourire d’ange. Au moins avec lui, il ne risquait pas de
s’ennuyer, même si des fois, il voudrait bien l’étriper surtout quand il
recommençait à dire que son corps était un déchet.
Cet
idiot lui avait vraiment fait peur tout comme à ses deux pères, quand il avait
appris la vérité sur ses origines. Cela remontait déjà à quatre ans et il
détestait toujours autant d’être pris dans les bras par une femme, sauf par certaines.
Il
sentit son portable vibrer. Il devait avoir un nouveau message. Heureusement,
cette fois-ci, il n’avait pas oublié de le mettre en vibration. Deux jours
auparavant, il s’était fait virer du cours à cause de la sonnerie du portable.
Enfin,
la sonnerie retentit. Il attrapa son sac et se dépêcha de sortir avant qu’une
autre péronnelle vienne encore l’ennuyer pour X raisons. Il salua quelques amis
et discuta avec certains, avant de réussir à se rendre sur le parking. Il
détachait son casque quand il entendit des bruits de pas derrière lui.
Il jeta un coup d’œil et soupira :
« La poisse ! »
- Salut, Erwan.
- Tu me veux quoi ?
- Toujours aussi aimable, à ce que je
vois.
Erwan
se tourna vers elle. Amelyn Bedin avait le critère de belle femme, mais Erwan
la trouvait quelconque. Ses sœurs se trouvaient bien plus jolies que cette
fille de la haute bourgeoisie. La fille repoussa une de ses mèches blondes avec
une grâce acquise depuis toute petite. Ses parents lui avaient, pour ainsi dit,
de faire son possible pour attraper dans ses filets, cet héritier aux mains
d’or.
- Tu pourrais me déposer, s’il te
plaît ?
- Trouve-toi quelqu’un d’autre ! Ma
moto est jalouse.
- S’il te plaît, Erwan ?
Le
garçon fronça les sourcils et allait répliquer vertement quand une voix
retentit :
- Erwan, mon chou ! Tu tombes à pic.
Amelyn
Bedin se tourna vers l’arrivante et rencontra une jolie fille aux cheveux au
carré châtain, les yeux noisette brillants. En jetant un œil vers le garçon,
elle le vit esquisser un sourire. Elle sentit la morsure de jalousie.
- Que puis-je faire pour toi,
Maddie ?
Aussitôt
la blonde se sentit soulagée. Maddie ? C’était le nom d’une des sœurs
d’Erwan.
- J’ai rendez-vous avec Kenny, mais ma
prof de philo m’a retenu trop longtemps. S’il te plaît ? Je ne veux pas
qu’il croie que je lui pose un lapin.
- Vous êtes chiante !
Il
lui tendit le casque et reprit :
- Allez monte ! Je le fais juste
pour Kenny. Ne crois pas que je le ferais tous les jours, Mad.
Sa
sœur lui sauta dans les bras et l’embrassa sur la bouche avant d’enfiler son
casque. Amelyn Bedin se trouvait en état de choc. Mais c’était quoi ça ?
Erwan monta sur sa moto sans faire cas de la blonde et attendit que sa sœur s’y
installe à son tour avant de démarrer sur les chapeaux de roue sous le cri d’un
professeur qui lui disait de ralentir.
La
blonde se rendit compte alors que le garçon lui avait bel et bien menti. Le
bougre ne perdait rien pour attendre.
La
moto fila comme le vent à travers la ville jusqu’au centre et de stopper juste
devant un bar « Le coquelicot » ouvert récemment. Maddie en fut
ravie. Elle se trouvait maintenant avec plus dix minutes d’avance. Pour le
remercier, elle invita son frère à venir boire un verre.
Erwan
ne se fit pas prier. Il aimait bien discuter de temps en temps avec ses sœurs.
Il prenait soin d’elles et veillait toujours à ce que leur petit ami ne leur
fasse aucun mal. L’ex d’Allison s’en souvenait parfaitement. D’ailleurs, il
changeait de trottoir quand il croisait le jeune homme sur sa route.
Le
bar se trouvait encore à moitié vide. Les deux jeunes gens purent se trouver
une place assez éloignée et en même temps assez proche de la sortie pour voir
apparaître Kenny Da Costa. Ils commandèrent tous deux un café. Ils restèrent
silencieux pendant un moment avant que Maddie s’exclame :
- On dirait bien que maintenant la
famille Bedin s’y met à leur tour.
- Ah ! Merde ! Je déteste
grand-père. Pourquoi a-t-il fallu qu’il le crie sur tous les toits qu’il
voulait m’avoir comme héritier ?
- Mon pauvre Erwan !
- Vas-y ! Moque-toi de ton
frère ! Cela se voit que ce n’est pas toi qui as toutes ces filles à papa
sur le dos.
- Arrête de te plaindre ! Elles sont
quand même toutes très jolies les unes aux autres.
- Tu trouves ? Moi pas ! Il n’y
en a aucune qui arrive à la cheville de mes petites sœurs.
Maddie
se sentit rougir sous le compliment. Venant d’Erwan, c’était le plus beau compliment,
car il ne leur en faisait pas beaucoup et prenait souvent plaisir à les ennuyer
et les faire pleurer.
- Ah ! Lala ! Que c’est
agréable à entendre !
- Que cela ne te monte pas à la tête,
Mad.
Son
portable se remit à vibrer. Il se souvient alors d’avoir reçu un message en
cours. Il le prit et lut les deux messages. Un sourire apparut sur ses lèvres
fermes.
- Ah ! Rien qu’à ton sourire, je
suis sûr qu’il s’agit de Luce. Je me trompe ?
- Non, tu as raison. Il demande si je
passe ce week-end.
- Erwan ? Quand est-ce que tu vas
agir avec lui ? Si tu le laisses trop longtemps tout seul, quelqu’un va te
le piquer.
Elle
eut droit à un regard noir de la part de son frère adoré. Elle sourit. Après
tout, il aimait les titiller alors elle aussi, se permettait des fois de le
faire. Toute la famille savait bien que le point faible d’Erwan Miori était
Luce Oda. D’ailleurs pour se faire obéir quand il était plus jeune, leur mère
le menaçait de le priver de week-end chez Luce. Il faisait tout ce qu’elle lui
demandait alors et elle ne s’était pas privée d’abuser de cette menace. Enfin,
jusqu’à qu’Erwan fut assez grand pour n’en faire qu’à sa tête et plus personne
ne pouvait l’empêcher de voir Luce, pas même l’intéresser, d’ailleurs.
- Mêle-toi de tes fesses, Mad ! Luce
est à moi et à personne d’autre. Gare à eux, s’ils y touchent !
Maddie
éclata de rire. Elle le croyait sur parole. Mais elle se demandait surtout
comment réagirait le petit ange en entendant cette phrase. Sa mère affirmait
que Luce ressemblait de plus en plus à Carlin. Si c’était le cas, elle
plaignait son frère. Étant donné que le compagnon de son oncle Renko n’était
pas de tout repos, alors le fils allait surement en faire voir des vertes et
des pas mûrs à Erwan. Mais bon, son frère ne restait pas en reste non plus. Lui
aussi se trouvait pénible des fois.
Elle
arrêta ses pensées aussitôt quand apparut dans son champ de vision le beau, le
magnifique Kenny Da Costa. Elle ne devrait pas rougir ainsi, mais ce garçon lui
faisait un effet d’enfer. Elle entendit un petit rire près d’elle. Ce fut son
tour de jeter un regard noir à son frère. Elle croisa les yeux bleu saphir
pétillant de moquerie.
- Je vois, je vois. Alors, c’est lui le
fameux Kenny ? J’ai hâte de faire sa connaissance.
Maddie
ouvrit les yeux en grand. Oh ! Non, pitié ! Quand Erwan disait cela,
c’était bon pour faire fuir le garçon de ses rêves. Remarquant l’expression de
sa sœur, il se mit à rire de plus belle. Que c’était amusant de les
ennuyer !
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 09
La blessure : 9
Pour
ne pas être venue en cours la veille, Luce dut aller présenter ses excuses au
directeur et eut droit comme punition de faire une dissertation de cinq pages à
rendre dans moins d’une semaine sur n’importe quel livre de son choix.
Même
en devenant directeur, Tankeï était toujours aussi sadique, mais il était loin
de connaître Luce Oda. Cinq pages, ce n’était que pacotille. Dès lundi, il
pourra remettre sa copie sans problème. Il adorait la littérature et son père
Renko lui avait spécialement aménagé une des nombreuses chambres de la maison
en bibliothèque où se côtoyaient plusieurs tomes de livres en tout genre.
Il
aimait lire aussi bien des romans policiers, que des romans fantastiques et
jusqu’à des livres à l’eau de rose. Il pouvait même lire plusieurs livres à la
fois sans jamais se perdre dans tout ce méandre. Il aurait l’embarras du choix
pour cette dissertation. Et puis contrairement à son père Carlin qui détestait
les ordinateurs, Luce y trouvait toujours son petit bonheur. Il avait tout
appris grâce à Killian, le mari de sa sœur Maeva.
Il
appréciait écrire ses histoires sur cahier, puis son lecteur bêta, Erwan
évidemment, les lisait afin de lui signaler les erreurs ce qui était très rare.
Ensuite, le garçon s’amusait à les recopier au propre afin que Juntsou Fumiya,
le compagnon du grand cousin de son père Carlin puisse présenter les histoires
à son patron.
Sa
première histoire publiée remontait à quatre ans déjà. Carlin le lui avait
emprunté afin de la montrer à Juntsou. Celui-ci avait adoré et aussitôt
présenté à son patron qui fut lui aussi emballé. Luce avait beaucoup hésité,
mais avait cédé quand son père Carlin lui annonça qu’il lui ferait les
illustrations.
Luce
en fut ravie et émue à la fois. Étant donné le talent de son père, imaginer
qu’il allait perdre son temps pour lui faire ce cadeau ! Il avait donné
son accord pour se faire édité, mais à la seule condition de prendre un pseudonyme.
La critique fut présente et les magazines littéraires se demandèrent qui
pouvait être Saphir Yellow. Et surtout, était-ce un homme ou une femme ?
Luce
n’avait pas pu s’empêcher de mettre comme surnom ces deux couleurs préférées. Évidemment,
Erwan n’en resta pas en reste et se moqua gentiment de lui à cause du surnom.
Tout le monde dans la famille savait que Luce succombait toujours aux yeux
bleus d’Erwan et cela depuis tout petit. Les saphirs comme il les appelait.
Après
être passé chez le directeur, il put regagner sa classe très bruyante depuis ce
matin. Leur professeur d’histoire se trouvant absent pour cause d’un petit
accident, les élèves devaient subir la dure loi de la permanence pendant plus
de deux heures.
Le
pauvre étudiant qui les gardait, avait bien du mal à les faire taire et à les
empêcher de mettre le foutoir dans la classe. Luce, sans un mot, regagna sa
place en soupirant. Ashanti le suivit du regard. Elle hésita un instant, puis
jeta un regard vers le pion et le voyant occupé avec une bande de filles qui devait
surement lui poser des questions très embarrassantes vu les rougeurs, elle se
tourna vers le garçon.
- On dirait bien que tu es sorti indemne
de l’entrevue avec la terreur.
- La terreur ? Tankeï ?
Luce
se mit à rire. Il imaginait la tête de Tankeï en apprenant comment les élèves
l’appelaient déjà !
- Il n’est pas méchant, par contre il est
sadique !
Luce
se baissa pour prendre son sac, mais il ne se trouvait déjà plus à sa place. Il
fronça les sourcils et s’assombrit. La jeune fille avoua :
- C’est Alexis qui est venu le chercher.
J’ai bien essayé de lui faire entendre raison, mais il n’écoute rien. Il faut
le baffer pour qu’il comprenne, celui-là.
Luce
hocha la tête pour montrer qu’il avait bien saisi. Il se mit à chercher sur son
bureau parmi ses cahiers et dans le tiroir, mais son cahier bleu ne se trouvait
nulle part. Pourtant, il était sûr de l’avoir sorti. Le voyant faire, Ashanti
reprit.
- Si tu cherches ton cahier, il l’a
également pris. Il a dit qu’Edward voulait à tout pris le lire. Désolée !
De n’avoir rien pu faire.
- Tu n’es pour rien dans l’histoire,
Ashanti. Mais… pfft… Je n’aime pas qu’un étranger lise mon cahier.
Ashanti
regarda sur sa droite, puis le pion. Elle réfléchit un instant, puis elle se
leva d’un coup et se rendit à l’opposé. Jeff dessinait sur son cahier de cours
quand il aperçut une ombre. Il leva les yeux vers la jeune fille. Il en fut
surpris. Habituellement, elle ne lui adressait jamais la parole et quand ses
parents et lui venaient rendre visite à ceux de la jeune fille, elle se
camouflait dans sa chambre.
- Puis-je t’aider ?
- Fort possible ! Est-ce que tes
trois idiots d’amis ont cours à l’heure actuelle ?
Il
fronça les sourcils. Trois idiots ? Il haussa les épaules. Après tout,
elle n’avait pas si tort.
- Non, ils n’ont pas court avant onze
heures. Pourquoi ? Ils ont recommencé à l’ennuyer ? demanda-t-il en
montrant Luce du menton.
- Alexis lui a pris son cahier bleu. Tu
sais où on peut les trouver.
- Sur le toit comme d’habitude.
La
jeune fille le remercia et allait rejoindre son ami, mais quelque chose la
chiffonnait.
- Pourquoi m’as-tu dit où ils se
trouvaient ? Ne sont-ils pas tes amis ?
- Ce sont bien mes amis, mais je ne suis
pas obligé d’apprécier ce qu’ils font pour autant. J’aimerais bien que
quelqu’un leur remette les pendules à l’heure. J’en ai assez de jouer à
baby-sitter avec eux.
Sur
ces bonnes paroles, il replongea dans ses dessins. La jeune fille rejoignit
alors Luce et lui raconta les faits. Aussitôt, Luce leva la main pour capter
l’attention du pion et lui annonça qu’il ne se sentait pas bien et demanda
l’autorisation de se rendre à l’infirmerie. Le pion eut un doute sur la
véracité des paroles, mais ne put bien évidemment refuser à cet élève au
sourire charmeur de s’éclipser de la classe en compagnie d’Ashanti.
Ashanti
suivait son nouvel ami qui ne semblait pas vraiment de bonne humeur. En tout
cas, il avait une sacrée énergie pour monter les vingt-quatre marches, deux par
deux à chaque fois. Luce ouvrit la porte qui menait sur le toit et aperçut
alors Edward assis à même le sol, le dos posé contre la balustrade avec son
cahier en main. Quentin et Alexis discutaient juste à côté.
Le
garçon fonça vers eux et tira son cahier hors des mains d’Edward qui sursauta
comme un malade pour ne pas l’avoir entendu arriver. Les deux autres se turent
également. Luce serrait son cahier contre lui et lançait un regard noir au
blond, les lèvres pincées. Ashanti arriva à cet instant.
- Eh ! Tu ne vas pas nous faire un
caca nerveux pour ton stupide cahier ! lança Alexis.
- Je n’allais pas te l’abîmer. Je voulais
juste le lire. J’aime beaucoup ce que tu écris.
Les
yeux mordorés s’assombrirent encore plus.
- La moindre des politesses serait de
demander l’autorisation !
- Tu n’aurais pas accepté, donc on se
sert !
- Je n’accepte pas ce genre d’attitude.
Si tu veux le lire, attends de le voir sortir en livre. Tu n’as pas
l’autorisation de lire avant. Il n’y a qu’une seule personne qui en a le
droit !
- C’est puéril et gamin, répliqua Quentin.
Il
se fit à son tour foudroyé.
- Que ce soit puéril ou enfantin, c’est
mon problème ! Mais, vous avez bon dos de me dire cela quand on voit
l’attitude que vous avez avec moi ou les autres ! Vous êtes des gamins
trop pourris par la vie et qui ne savent pas ce qui peut être précieux aux yeux
des autres. Vous devriez arrêter de vous regarder le nombril et faire plus
attention à ce qui vous entoure, espèce de bons à rien !
Sur
ces bonnes paroles, le garçon se retournait pour retourner en cours quand une
main l’arrêta et le retourna. En repoussant la main, celle-ci le cogna
involontairement au visage et Luce poussa un petit cri de douleur quand le
bracelet d’Alexis lui griffa la lèvre et la joue.
Le
rouquin en fut paniqué. Il s’en voulait. Il ne voulait pas lui faire du mal, il
voulait juste lui dire sa façon de penser. Ashanti accourut et poussa
violemment le rouquin afin de poser un mouchoir en papier sur la lèvre qui
saignait.
- Ah ! Mais je te jure, mais quel
crétin !
Luce
voulut sourire à cette réplique, mais grimaça sur la douleur. Quentin et Edward
s’étaient eux aussi approchés.
- Est-ce que cela va aller ?
- Mais oui ! C’est la lèvre, alors
c’est normal que ça saigne beaucoup, mais cela commence à s’atténuer. Viens,
Luce. Il vaut mieux aller à l’infirmerie pour poser un glaçon dessus.
Luce
se laissa guider un peu automatiquement. Il s’était raidi dès qu’Ashanti avait
passé son bras autour de son épaule. La jeune fille l’avait bien remarqué, mais
ne dit rien surtout à cause de la présence des trois loustics.
Les
garçons allaient les suivre, mais ils furent rembarrés par Ashanti qui leur
répliqua qu’ils avaient déjà assez fait de bêtises pour la journée et qu’ils
feraient mieux de se faire oublier pendant un petit moment.
Le sourire d'un Ange doublé d'un Démon : 10
Un début d’amitié : 10
La
jeune fille sentant le malaise de son nouvel ami le relâcha dès qu’ils furent
hors de vue des garçons. Elle ne lui posa aucune question et Luce la remercia
en silence. Il ne voyait pas trop comment lui expliquer sa phobie sans entrer
dans les détails et son passé, il ne voulait pas s’en souvenir. Enfin, surtout
ce qu’il avait lu dans son dossier personnel, il ne se sentait pas encore
capable de l’affronter en face.
Sa
lèvre avait fini par arrêter de saigner, mais se trouvait enflée. Le garçon
soupira. Il ne faisait que soupirer depuis qu’il se trouvait dans ce lycée
comme fataliste. L’infirmerie ne se trouvait pas très loin de la sortie. En y
entrant, Luce crut sur le coup revoir Lilas Loutanit, mais ce n’était pas
possible évidemment. Celle-ci avec son mari Basil Moreau avait pris sa retraite
depuis fort longtemps et était partie vivre à la campagne.
Le
médecin se trouvait être une grande femme blonde, aux yeux bleus ciel et
portant des lunettes. Elle affichait un sourire continuel sur les lèvres. Elle portait
sur les élèves un regard doux. En le croisant, Luce se sentit en confiance.
Elle avait le même regard que celui de Mili Miori, la mère d’Erwan et Médecin attitrée
de la famille.
En
apercevant son visage, la jeune femme comprit et l’invita à s’installer sur un
des lits. Elle vint ensuite désinfecter la blessure avant d’apporter un petit
sac de glaçons à poser sur la blessure.
- Tu es bien amoché, mon pauvre. Qui a
bien pu te faire une chose pareille ? Je ne le répéterais pas, Oda.
- C’est cet idiot d’Alexis Lepers.
- Ashanti ! Ce n’est rien. Il ne l’a
pas fait exprès de toute façon.
- Pourquoi tu le défends ? Il ne le
mérite pas.
- Allons ! Allons ! s’exclama le
médecin. Alexis ? Il fait partie du quatuor ? Je me trompe ?
- Non, c’est bien lui.
- Dites, comment se fait-il que vous connaissiez
mon nom et pas moi ? demanda finalement Luce pour couper la mauvaise
humeur de la jeune fille.
Le
médecin se mit à rire. Elle avait très bien saisi l’astuce du garçon. Elle
s’appelait Saphira Folker. Elle était d’origine anglaise par son père. Et si
elle connaissait le nom du garçon, c’était surtout parce qu’elle avait pris
l’habitude de lire tous les dossiers des élèves. De plus, elle avait fait son
internat dans la clinique où travaillait Mili Miori et avait côtoyait assez
longtemps cette femme pour tout connaître sur sa famille et ses amies. Milli
pouvait être une vraie bavarde quand elle s’y mettait.
- Et je sais aussi autre chose, dit-elle
avec un clin d’œil.
Elle
se releva pour se rendre à son bureau et revint quelques instants plus tard
avec un livre. Elle le tendit au garçon qui se mit à rougir en lisant le titre.
Ashanti regarda la couverture et lut « Des larmes contre les
ténèbres ». Elle jeta un coup d’œil vers son ami tout rouge. Elle se
demandait pourquoi il agissait ainsi. Elle eut la réponse quand le médecin
s’exclama :
- Bien ! Maintenant, tu vas être
obligé de m’offrir ton autographe contre les soins que je t’ai prodigué.
- Hein ? Mais l’auteur du livre est
Saphir Yellow, pas Luce Oda.
Saphira
se mit à rire à nouveau pendant que le garçon toujours rougissant écrivait un
petit mot sur la page de garde.
- Tu ne sais pas que la plupart des
artistes ne signent jamais de leur vrai nom. Est-ce ton père, Luce qui te fait
les illustrations ?
- Oui, il prend toujours le temps de m’en
faire.
- Tu en as de la chance. J’ai déjà été à
une exposition de ses toiles et je dois dire qu’il a un potentiel
impressionnant.
Le
garçon voulut la remercier du compliment sur son père avec un sourire, mais
grimaça sous la douleur.
- Ah ! Lala ! Il va falloir
t’empêcher de sourire pendant un moment.
- Mouais ! À mon avis, cela va être
dur, n’est-ce pas Luce ? Se moqua gentiment la jeune fille. Mais
maintenant, je comprends mieux pourquoi Edward voulait te prendre ton cahier
bleu. Tu écris toujours dessus en cours. Alors, s’il aime tes livres, je peux
comprendre qu’il essaie d’en avoir d’autres.
Luce
baissa la tête. Il pouvait très bien comprendre, mais la seule personne à lire
son cahier était Erwan et personne d’autres, pas même ses deux pères. Carlin
lui lisait l’histoire après recopiage sur ordinateur où il faisait ensuite les
illustrations.
- Nous devrions retourner en cours,
Ashanti. Notre professeur de sciences n’est pas une personne très patiente.
Le
reste de la matinée se passa sans plus de problème. Pour une fois, Luce put
dévorer son déjeuner, fait par le talent en cuisine de Renko, en compagnie
d’Ashanti qui ne le quittait pas d’une semelle. Il ne s’en plaignait pas le
moins du monde. Elle ne cherchait pas autre chose que son amitié et étant donné
que le garçon n’avait pas vraiment d’ami, il accepta donc sans aucun scrupule
celle de la jeune fille.
Le
quatuor ne montra pas son bout du nez non plus dans l’après-midi. Il semblait
avoir accepté de laisser le garçon tranquille. Bien sûr, les deux jeunes côtoyaient
Jeff puisqu’il se trouvait dans leur classe.
Dans
l’après-midi, ils eurent droit au cours de sport pendant deux heures. Le
professeur de sport avait décidé de leur montrer tous les clubs sportifs. Chaque
élève dut participer et jouer. Luce aimait bien jouer au tennis, mais le
Capitaine du club, Freddie de son prénom, lui faisait horreur. Il n’appréciait
pas du tout d’être regardé de cette façon. Il avait presque l’impression d’être
déshabillé sous ce regard.
Maintenant,
c’était Luce qui ne quittait plus Ashanti d’une semelle, se sentant plus en
sécurité ainsi. Il fut soulagé quand le cours fut terminé. Tous les élèves
quittèrent le cours presque en courant sous le regard de leur professeur de
sport qui s’amusait de les voir si remuants. Luce regagna son vestiaire et
récupéra son sac tout en vérifiant que son cahier s’y trouvait toujours. Mieux
valait vérifier avec eux !
Ashanti
l’attendait déjà à la sortie et ils gagnèrent le portail du Lycée. Le quatuor
se trouvait présent. Il discutait ensemble en attendant le quatrième du groupe
qui semblait prendre son temps. Luce passa près d’eux sans s’en occuper bien
qu’il pouvait sentir leur regard sur lui.
- Luce, attends ! s’exclama alors la
voix du rouquin.
Le
garçon s’arrêta et soupira. Il allait se retourner quand le bruit
caractéristique d’une moto retentit. Luce se mordit la langue. Mauvais
signe ! Il jeta à peine un coup d’œil au rouquin qui voulait surement
s’excuser du coup donné, avant de se tourner vers le bruit. La Kawasaki 1400 GTR
s’arrêta pile poil devant le garçon sous le regard ébahi des autres élèves.
Le
pilote retira son casque et balaya son regard très bleu autour de lui. Les
filles comme les garçons d’ailleurs se dépêchèrent d’un coup à rentrer chez
eux. Luce voulut de nouveau sourire, mais fit la grimace. Ashanti émit un petit
rire en s’en apercevant. La grimace du garçon s’agrandit encore plus quand il
entendit la voix du pilote.
- Luce ? Comment as-tu fait ce coup
à la figure ?
Le
garçon répliqua avant qu’Ashanti ne puisse prendre la parole.
- C’est juste un accident, Erwan. Je me
suis juste pris le coin d’une porte.
La
jeune fille observa le nouvel arrivant. Il avait d’incroyables yeux bleus, il
était très beau aussi, mais en même temps, il lui donnait la chair de poule.
Elle jeta un coup d’œil vers son ami qui venait de mentir honteusement.
Pourquoi n’avoir pas dit la vérité ? Et qui était ce jeune homme ?
Erwan
posa ses coudes sur son guidon et fronça les sourcils. Il connaissait trop bien
son Luce pour savoir quand celui-ci mentait. Il jeta un coup d’œil à la fille
près de son ami. Cette fille lui disait vaguement quelque chose, mais il ne
voyait pas en quoi. Son regard se porta ensuite vers le quatuor. Ceux-ci
l’observaient en silence. Il regarda ensuite son Luce et s’exclama :
- Ne me prends pas pour un idiot, Luce.
Bien qu’étant donné que tu marches souvent sans regarder où tu vas, tu serais
bien capable de dire bonjour à une porte.
Le
garçon se rapprocha et toisa son ami d’enfance.
- Tu me prends pour qui, toi !
Pour
toute réponse, Erwan lui déposa un autre casque dans les mains et
répliqua :
- Je ne sais pas qui t’a fait ce coup,
mais si je l’attrape, je l’étripe.
Un
peu plus loin, Alexis avala sa salive avec difficulté. Ce gars était tout
bonnement effrayant et fascinant à la fois.
- Mais puisque je te dis que je me suis
pris une porte ! Pourquoi tu ne veux pas me croire ? Tu es pénible à
la fin.
- Parce que tu ne sais pas menti, et que
je te connais trop bien ! Bon ! Et si tu me présentais ton amie
plutôt !
Luce
soupira. Au moins, il avait réussi à faire en sorte qu’Erwan ne sache pas qui
était le fautif. Pas qu’il appréciait Alexis, mais il savait comment pouvait
agir Erwan à son sujet.
- Erwan je te présente Ashanti Da Costa.
Ashanti, voici mon ami d’enfance, Erwan Miori.
- Enchanté, dit simplement Ashanti.
- Ah ! Je me disais bien que tu me
disais vaguement quelqu’un. Tu es la petite sœur de Kenny Da Costa.
- Vous connaissez mon frère ?
- Erwan ? Qu’est-ce que tu as encore
fait ?
- Mais enfin, Luce ! Je n’ai rien
fait.
- Mais bien sûr ! Moi aussi, je te
connais.
- Bon d’accord, j’avoue. Il a des vues
sur ma petite Maddie. Je voulais juste savoir s’il était sérieux. Je l’ai juste
un peu titillé.
- Mais tu es vraiment une calamité, ma
parole. Tu ne peux pas laisser tes sœurs tranquilles, des fois.
- Bin non ! Je ne peux pas. Tu sais que j’adore les
ennuyer et puis tu n’es pas là pour que je t’ennuie, alors, il faut bien que je
m’occupe. Allez, monte !
Erwan
récupéra le casque des mains de Luce et le lui mit de force. Le garçon se
tourna vers la jeune fille qui s’était bien amusée à les écouter. Luce semblait
beaucoup plus ouvert quand l’étudiant se trouvait présent.
- À lundi, Ashanti. Passe un bon
week-end.
Il
jeta juste un coup d’œil rapide au quatuor. Ceux-ci avaient suivi en silence
tout l’échange. Il monta ensuite derrière son ami et lui serra la taille. Il
adorait monter derrière Erwan. Il avait toujours l’impression de voler ainsi.


