20 mai 2009

Une nouvelle vie : Prologue

Mes_personnages


Dans le courant du mois de Janvier 2026

 

 C’était un jour comme un autre, un jour pluvieux, un temps en concordance avec son cœur. Il n’en pouvait plus. Il sentait la folie le gagner. Il marchait d’un pas lourd. Des personnes lui parlaient, des personnes qu’il connaissait, mais il n’avait pas envie de les écouter. D’ailleurs pourquoi le ferait-il ? Elles racontaient que des conneries plus grosses que leur cerveau vide. La pluie l’avait complètement trempé, mais il s’en fichait également. Son uniforme scolaire lui collait à la peau et soulignait son corps très grand et très mince. Certain par méchanceté le surnommait sac d’os ou le squelettique. Mais d’autres mots étaient plus violents comme l’attardé, le dégénéré.

 Il se faisait souvent racketter. Un groupe de jeunes lui volait régulièrement son déjeuner ou lui jetait son sac dans les ordures. Il ne savait pas comment réagir. Il ne voulait pas utiliser la violence. Il savait que si jamais il laissait sa colère éclater cela ferait du mal, beaucoup de mal. C’était déjà arrivé. Il avait promis à sa mère de ne plus jamais recommencer.

 Mais à la place, son jeune frère de deux ans de moins faisait justice à sa place. Cela lui faisait mal. Il ne voulait pas qu’il devienne comme lui. Il l’aimait trop pour cela. Un amour incestueux qui le rongeait à l’intérieur, qui le tuait petit à petit.

 Son frère ne le savait pas évidemment. Personne ne le savait. Il avait peur qu’il l’apprenne d’ailleurs. Son petit frère se trouvait être son opposer, toutes les filles le trouvaient à leur goût et les garçons le trouvaient agréable et bon pote.

 Pourtant quand ils étaient petits, tout le monde pensait qu’ils étaient jumeaux tellement ils se ressemblaient. Ils avaient hérité de la crinière blonde comme les blés de leur mère et des yeux verts couleur vert d’eau. Leurs visages également étaient très proches. Des yeux en forme d’amande, des pommettes hautes aux joues un peu creuses, une bouche fine et ferme, une peau couleur de miel, des sourcils en accent circonflexe faisaient d’eux la fierté de leur mère qui les avait eus très jeunes.

 Mais, parce qu’il y avait un mais, leur père avait pris la fuite après douze ans de vie commune et leur mère partit en dépression. Elle se mit à boire et accusa à tort ses propres enfants d’être responsables de cette défaillance. Elle commença à les battre à la moindre excuse.

 L’aîné fit tout son possible pour protéger le plus jeune. De cette protection trop rapprochée, des sentiments non voulus étaient apparus et le rongeaient maintenant. Maintenant, il voulait agir de la même manière que sa mère, cette folle. Il voulait enfermer son frère afin que plus personne ne puisse l’approcher. Mais en même temps, il le haïssait. Il voulait lui faire du mal.

 Parce que c’était juste une excuse de ne pas vouloir réagir quand les autres l’ennuyaient en affirmant qu’il ne voulait faire de mal à personne. C’était pur mensonge. Il se délectait à chaque fois où son frère lui venait en aide. Il avait l’impression d’être la seule personne importante dans sa vie. Mais cela aussi était faux. Il le savait bien.

 Il traversa le hall, puis le couloir en passant devant les portes des classes sans entrer dans aucune d’entre elles. Certains élèves l’interpellaient toujours ou se moquaient de lui. Il n’écoutait pas. Cela le rendait indifférent aujourd’hui. Plus rien ne le touchait. Il arriva finalement devant les marches qu’il cherchait. Il les monta quatre par quatre. Il ouvrit enfin la porte. Il se retrouva sur le toit.

 Personne ne venait ici. Cela avait toujours été son refuge où il avait pu pleurer toutes les larmes de son cœur pendant très longtemps, mais maintenant c’était terminé. Il s’était fait la promesse de ne plus jamais pleurer, mais il ferait en sorte que d’autres pleurent. Il s’approcha de la rembarre, celle où il manquait un gros morceau. Il regarda vers le bas.

  D’autres élèves arrivaient. La sonnerie du début des cours allait bientôt sonner. Certains d’entre eux le virent et hurlèrent des phrases, des mots qu’il ne comprenait pas. Il vit un professeur courir dans sa direction. Le garçon ricana. Avant qu’il n’arrive, cela serait fini.

 Il le vit enfin. Son jeune frère venait d’arriver. Il le vit lever la tête et hurlait à son tour. Le garçon sourit. Il se laissa tomber dans le vide en criant :

- Souffre autant que j’ai souffert !

 Il s’écrasa sur le sol, la tête en sang juste devant les pieds de son jeune frère. Celui-ci fixait son visage qui malgré sa maigreur, ressemblait trop au sien. Son esprit s’évada, des larmes coulaient le long de ses joues avant qu’il ne perde connaissance.

 Ce jour comme un autre, ce jour pluvieux vit la fin d’Hisoka Harada, jeune homme d’à peine dix-huit ans.

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Une nouvelle vie : chapitre 01

L’enterrement, c’était déroulé quelques jours plus tard. Aline Harada avait dû emprunter de l’argent à la banque afin de pouvoir payer les obsèques. Pour cela, elle ne se gêna pas d’insulter le défunt en privé devant son autre fils qui l’écoutait déblatérer en silence. Depuis ce fameux jour, rien ne l’atteignait et chaque soir, il faisait le même cauchemar. Il revoyait la chute de son frère, encore et encore et surtout ce visage ensanglanté.

 Le jour J, il suivit le mouvement toujours muet. Il préférait observer sa mère, cette chienne, ce rapace, qui jouait aisément la comédie devant toutes ces personnes venues soi-disant par amitié pour le défunt. Mais le garçon savait lui que ces personnes étaient surtout venues pour se repaître de la souffrance des autres. Il reconnaissait la bonne partie pour être des élèves de son lycée. Ces êtres, c’était souvent amusé à se moquer, à critiquer, à bousculer, à voler Hisoka. Ce n’était en aucun cas des amis.

 Il les haïssait, car il les tenait en grande partie responsables de ce malheur, mais celle qu’il tenait comme coupable principale, c’était sa mère, leur mère. Pour la première fois de sa vie, le garçon mourrait d’envie de frapper quelqu’un, de la détruire comme elle avait voulu détruire la leur. Elle avait réussi tout au moins pour l’un d’eux. Qu’allait-elle inventer pour le deuxième ?

 La cérémonie dura moins d’une heure. Il dut les écouter parler d’Hisoka Harada comme s’ils le connaissaient depuis longtemps, comme s’ils étaient très proches de lui, mais ce n’était que des mensonges, tout était faux. Personne ne le connaissait, ni sa mère, ni eux, ni lui.

 Après le cimetière, le garçon dut subir encore les condoléances de ces personnes insensibles, polies et surtout hypocrites. Il avait envie de hurler et de leur dire de dégager, mais il ne s’en sentait pas capable, pas encore. Il n’arrivait pas à faire son deuil.

 Finalement, ces étrangers finirent par partir et le garçon se sentit beaucoup mieux, mais cela fut de courte durée. À peine rentrée chez eux, sa mère attrapa sa bouteille de vodka. Il soupira. Dans quelques heures, il serait obligé de la mettre au lit et elle lui balancera toutes les âneries qu’elle ne savait que dire.

 Heureusement pour lui, elle n’avait pas encore vu le mot du directeur du lycée. Il espérait qu’elle le verrait le plus tard possible. Dès fois, il se demandait pourquoi il restait encore avec elle. Pourquoi son frère et lui n’étaient-ils pas partis ? Pourquoi n’avoir jamais fugué comme la plupart des gosses mal aimés ? En y réfléchissant, s’ils l’avaient fait, Hisoka serait peut-être encore en vie ? Ou peut-être que non ?

 Il avait vu un homme d’âge moyen parler avec sa mère la veille. La seule chose qu’il avait sue c’était que cet homme était médecin, mais c’est tout ce qu’il put savoir. Ensuite, sa mère s’était mise à hurler et lui avait balancé sa bouteille en pleine tête. Il se retrouvait avec trois points de suture à l’arcade sourcilière.

 Il regarda autour de lui, dans cet appartement en location. C’était juste un T3. La première chambre appartenait à sa mère et l’autre la sienne. Hisoka dormait dans le salon sur le clic-clac. Il soupira à nouveau. Il se mit en devoir de ranger le désordre dans l’appart. Sa mère n’était vraiment pas douée pour le ménage, ni pour la cuisine d’ailleurs surtout depuis quatre ans. Pour ainsi dire, sa seule nourriture était son alcool. Les mioches s’ils voulaient manger, avaient dû se débrouiller pour se nourrir et surtout pour trouver de la nourriture. Pas facile sans argent !

 Si par malheur, ils volaient de l’argent à leur mère, ils recevaient une raclée, alors petit à petit, les deux frères avaient appris à voler dans les supérettes ou les portefeuilles de personne négligents. Hisoka ne s’était jamais fait prendre, mais le plus jeune s’était fait arrêter et sa mère fut obligée de venir le récupérer au commissariat du coin. Même encore maintenant, il se souvenait encore de la violente raclée qu’elle lui avait donnée ce jour-là.

 Une heure plus tard peut être deux, il ne savait plus, il entendit un gros fracas. Un nouveau soupir s’échappa de ses lèvres fermes. Ça allait barder comme d’habitude.

- Putain de merde ! Reï amène toi ici !

 Le garçon se dirigea rapidement dans le salon. La bouteille de vodka se trouvait sur le tapis en mille morceaux.

- Nettoie ça et va m’acheter une nouvelle bouteille.

- Je n’ai pas dix-huit ans. Le vendeur refusera de me la vendre, répliqua-t-il avec lassitude.

 Sa mère se leva et toisa le grand garçon face à elle. Une chose qu’elle adorait par-dessus tout s’était de rabaisser les hommes plus grands qu’elle et l’avantage ici présent, c’était que son jeune fils mesurait près des uns mètre quatre-vingt-cinq, plus grand que ne l’avait été Hisoka.

- Tu n’es qu’une lopette qui ne sait rien faire. Tu es inutile, même un chien à plus d’utilité que toi. Dégage de ma vue !

 Reï serra les dents. Il mourrait d’envie de la frapper. Sa main le démangeait. Il respira à fond et tourna les talons. Il repartit dans la cuisine où il se savait en sécurité. Il l’entendait râler, injurier le monde entier tout cela pour une simple bouteille de vodka.

 Il finissait de laver la vaisselle quand il l’entendit passer devant la porte de la cuisine. Il y jeta un coup d’œil. Elle avait passé son manteau et serrait son sac. Elle allait se rendre dans les bars du coin surement pour boire de tout son soul et demain, il la trouverait coucher surement dans les ordures où elle était à sa place d’ailleurs. Écœuré, il se retourna pour ne plus la voir.

 Il ferma les yeux et soupira enfin à l’aise dès qu’il entendit la porte fermée. Mais ce fut à nouveau de courte durée. Des hurlements se firent entendre avec un énorme bruit. Très surpris, il courut hors de l’appart. Il y vit ces voisins devant les escaliers. Il s’y dirigea et observa la scène face à ses yeux. Sa mère se trouvait étalée sur le sol en bas des escaliers. En toute logique, elle avait dû se rater une marche et avait fait une chute dans les escaliers. Il haussa les épaules. Ce n’était pas la première fois que cela lui arrivait.

 Il allait faire demi-tour pour rentrer chez lui quand son regard fut attiré par une énorme tache qui se formait autour de la tête d’Aline. Reï ouvrit la bouche et se mit hurler comme un dément avant de s’écrouler.

 

 Il se réveilla en sursaut. Pour la première fois en un mois, il avait réussi à dormir toute une nuit sans faire de cauchemars. C’était un vrai miracle. Enfin, c’est ce que le médecin lui affirma quelques heures plus tard. Il ne voyait pas en quoi cela était un miracle, mais bon, si le médecin était content, tant mieux pour lui. Celui-ci lui avait également annoncé qu’il aurait prochainement de la visite.

 Reï ne voyait pas qui pourrait venir le voir, étant donné que sa seule famille, sa mère, était morte lors de sa chute dans l’escalier. Il n’avait pu assister à l’enterrement vu dans l’état de folie où la vue du sang l’avait mis. Depuis, il se trouvait dans cet hôpital aux bons soins des infirmières indifférentes et d’un médecin trop imbu de lui-même pour faire attention à ses patients.

 Le garçon se demandait chaque jour ce qu’il allait devenir. Sa mère avait eu la bonne idée de lui refiler toutes ses dettes. Évidemment, il n’avait aucun moyen de rembourser et il n’était pas majeur pour se trouver un emploi stable.

 Pour se changer l’esprit, il décida de prendre l’air. Le temps était plutôt frais, mais cela lui fit un bien fou. En observant autour de lui, il se rendit compte que d’autres patients avaient eu la même idée. Certains, c’était surtout pour fumé.

 Il réussit à faire céder l’un d’entre eux pour lui en refiler une, ensuite, il se trouva un coin tranquille derrière les parterres de rosiers où il s’installa sur un banc. C’est à cet endroit que quelques minutes plus tard, une femme de taille moyenne, rousse, plutôt enrobée, de couleur chocolat fit son apparition devant lui. La première chose qu’elle fit fut de lui jeter la cigarette et de l’écraser.

- Hé ! Pourquoi vous avez fait ça ? s’écria-t-il aussitôt.

 Il observa la cigarette écrabouillée avec une moue.

- Pour t’ennuyer pardi !

 Le garçon, surpris par la réponse, redressa la tête vers la femme qui lui souriait. Son esprit fit un tilt. Il se souvenait de cette femme. Quand il s’était fait choper par les flics pour vol, elle se trouvait présente. Elle ne s’occupait pas de son cas à l’époque, mais pour une raison quelconque, il se souvenait d’elle.

- Je vous ai déjà vu, non ?

- Je suis ravie que tu te souviennes de moi. Je suis inspectrice. Mon nom est Gabriella Facter.

- Un inspecteur ? Pourquoi êtes-vous là ? Aurais-je fait quelque chose dont je ne me souviens pas ?

 La jeune femme secoua la tête en riant.

- Non, ne t’inquiète pas. C’est juste que les médecins ne sachent pas quoi faire de toi. Il semble que tu ailles mieux. Ils nous ont appelés pour savoir si nous connaissions quelque chose sur ta famille.

 Reï renifla de mépris.

- De famille, je n’en ai plus. Ils sont stupides, ils auraient dû me le demander plutôt que vous ennuyer. Si je comprends bien, il va falloir que je dégage ?

 L’inspectrice s’installa près du garçon sur un banc.

- Je suppose que tu n’as nulle part où aller ?

- Qu’est ce que cela peut vous faire ?

- Ca me fait quelque chose, figure-toi ! Tu vas être placé dans une famille d’accueil jusqu’à ta majorité, ensuite tu pourras faire ce que tu veux. Mais avant ça, tu devras accepter ton destin.

- Vous ne me laissez pas le choix, pas vrai ?

- Si, tu peux être mis dans un orphelinat, mais je trouve que tu mérites de connaître une famille qui t’appréciera à ta juste valeur.

 Le garçon secoua la tête, exaspérée.

- Vous dites n’importe quoi. Vous croyez réellement qu’une famille d’accueil m’acceptera, moi, un ado de seize ans ? Elle aimerait mieux un enfant à un ado.

 La jeune femme se mit à rire et se redressa. Elle lui ébouriffa les cheveux. Ce simple geste prit au dépourvu Reï qui trouvait cela très agréable.

- Écoute-moi bien, mon garçon. Dans une semaine, jour pour jour, je t’emmène dans une ville plus au sud où il fait bon vivre. Là-bas, tu rencontreras ta famille d’accueil. Tu verras, tu vas vite apprécier d’y habiter. Ils ont l’habitude d’être face à des adolescents et tu ne seras pas le seul. En tout cas, une chose est certaine, ta nouvelle vie va être totalement différente de celle que tu as connue. Ça te tente ?

- Vous les connaissez bien, non ? Ça se voit quand vous en parlez. D’accord, je veux bien essayer de vous croire. De toute façon, c’est mieux que rien.

- Bien, alors mon cher Reï, nous nous voyons dans une semaine. Ton destin est scellé.

 Le garçon la regarda partir et sentit un frisson d’appréhension et en même temps, une envie irrésistible d’être déjà le jour J et il ne savait pas pourquoi.

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Une nouvelle vie : chapitre 02

La semaine fut très longue pour le garçon. Il dut subir la visite du psychologue en présence de l’assistance sociale. D’après ce qu’il comprit, ces deux personnes voulaient surtout savoir s’il ne serait pas un être dangereux pour les autres et pour lui. Il savait en connaissance de cause ce que représentait le suicide. Il l’avait vu en face. Pendant toute sa durée dans cet hôpital, Reï avait eu le temps de réfléchir, de penser à son frère. Il comprit largement que le suicide n’était en aucun cas une solution. Une vie était sacrée, il l’avait compris à la mort de sa mère et en observant les allers venus dans l’hôpital. La vie pouvait ne tenir que d’un fil, à cause d’un accident, d’une maladie, d’un mauvais calcul et elle vous filait entre les doigts.

 Une bibliothèque gratuite était à la disposition des patients. Le garçon y passait la bonne majorité du temps. Jamais, il n’avait lu autant de livres. Il discutait souvent avec un vieux monsieur fragile du cœur. Malgré son problème cardiaque, le vieil homme Anselme gardait une joie de vivre à toute épreuve. Il avait plus de quatre-vingt-dix ans et avait été marié à la même femme pendant plus de soixante-sept ans. Sa femme l’avait quitté d’un cancer des poumons l’année dernière. Avec elle, il avait eu quatre enfants, deux filles et deux garçons. Ils étaient tous mariés et grâce à eux, il se trouvait être grand-père une bonne dizaine de fois et deux fois arrière grand-père. Il affirmait avoir réussi sa vie. Il était prêt à partir à tout moment. Il ne regrettait rien.

 Il avoua pourtant au garçon comme pour lui enseigner quelque chose que sa jeunesse n’avait pas été tendre pour autant. Il avait été orphelin à l’âge de onze ans et avait été envoyé dans les pires orphelinats qui existaient à l’époque. Les femmes et les hommes qui s’en occupaient étaient les pires horreurs à imaginer. Jamais, un geste tendre, jamais un remerciement, jamais un sourire, mais toujours des ordres, un vrai camp militaire ! Et encore, un camp militaire était encore trop doux pour montrer vraiment la méchanceté gratuite de ces gens indifférents.

 Cela ne l’avait pas rendue amère ou sans pitié, au contraire, cela lui avait enseigné à se battre pour son idéale. Il avait décidé de prendre sa vie en main et de faire tout le contraire de ce que ces personnes lui avaient donné.

 Reï aimait bien parler avec cet homme, enfin parler, plutôt écouté serait le mot juste. Mais avant la fin de la semaine, Anselme s’en alla dans son sommeil. C’était une jeune infirmière qui était venue lui annoncer sa mort. Elle les avait vus souvent discuter ensemble et elle trouvait juste de lui avouer. Il n’avait pas pleuré pour son frère, ni pour sa mère, mais pleura comme un bébé en apprenant la mort du vieil homme. Une des filles vint pour les papiers et pour les obsèques de son père. Celle-ci vint lui rendre visite et le remercia chaleureusement d’avoir pris le temps de discuter avec son père. Elle lui avoua également qu’Anselme leur avait parlé de lui et que si un jour, il avait besoin de quoi que se soit, il pourrait l’appeler. Elle lui refila une carte où son nom figurait, ainsi que son adresse et un numéro de téléphone.

 Elle dut comprendre que le garçon ne la croyait pas une seule seconde.

- Je t’assure mon garçon. Mon père nous a appris l’entre aide. Si un jour, tu as le moindre souci avec ta famille d’accueil, appelle-moi et je viendrais. Je te le promets et ce n’est surtout pas des paroles en l’air. Tu n’auras qu’à m’écrire, je te répondrais. Je pourrais ainsi parler sur la tombe de mon père et lui assurait que tu ailles bien. On ne sait jamais peut-être qu’il m’entendra et en sera très content. Tu m’écriras, OK ?

 Reï hocha la tête toujours un peu sceptique et en même temps ravie. Il ne la connaissait pas, mais elle semblait très sincère, alors il songea que tentait le coup, il ne risquait pas grand-chose. Si elle ne lui répondait pas, cela voudrait juste dire qu’elle s’était foutue de sa poire.

 

 Enfin, le jour J arriva. Il était prêt depuis le matin aux aurores. Il attendait avec une certaine impatience la venue de cette femme inspectrice. Il en avait assez de cet hôpital. Il voulait sortir et reprendre une vie plus normale, enfin, espérant qu’elle soit normale.

Elle finit par arriver dans les alentours de dix heures du matin sans se presser. Elle affichait un sourire joyeux, car elle s’apercevait bien que le garçon s’impatientait. Elle n’avait pourtant rien dit de cette famille d’accueil, mais à chaque fois, les enfants ou les adolescents réagissaient de la même manière. Ils étaient plus sensibles, ils devaient se douter inconsciemment que leur vie serait totalement différente.

 Elle se demandait comment réagirait le garçon quand il les verrait. Elle attendait avec impatience de voir sa tête. Elle les avait appelés la semaine dernière et celle-ci lui avait assuré qu’il y avait encore de la place pour un nouveau. Cela l’inquiétait tout de même. Pas le fait qu’elle négligerait le petit nouveau, mais sur le nombre de personnes chez eux. La dernière fois où elle s’était rendue chez eux, il y avait en tout et pour tout, une bonne dizaine d’enfants, adolescents réunis. Tous ne restaient pas indéfiniment chez eux. Ils y venaient que pour quelques jours ou quelques mois, ensuite ils repartaient chez leurs parents respectifs. Cette fois-ci, ils seraient combien ? Quand elle leur avait posé la question la seule chose qu’elle eut droit, fut le téléphone raccrochait au nez. C’était bien d’eux d’agir de la sorte.

 Des fois, elle trouvait que cette famille agissait exactement de la même manière que les gosses qu’elle s’occupait. C'est-à-dire de vrai gamin ambulant à qui il était très, mais très difficile de résister.

 

 Reï la salua avec chaleur même s’il ne souriait pas. Gabriella s’en était rendu compte. Le garçon n’avait plus sourire depuis la mort de son frère Hisoka. Elle espérait sincèrement pouvoir un jour avoir la chance de le voir afficher un sourire sur ces lèvres et qui plus est, un sourire chaleureux.

 Elle lui annonça que sa venue était très attendue. Le départ fut bien évidemment retardé à cause de cette fichue assistante sociale qui signa les papiers de façon très lente tout en râlant sur le fait de faire partir l’enfant de la ville où il avait grandi. L’inspectrice restant très calme et professionnelle, lui déposa une feuille de papier à l’emblème d’un juge. La lettre indiquait que Reï Harada avait la permission de quitter la ville et de se rendre dans une famille d’accueil choisie aux bons soins de l’inspectrice Facter. Et Bla Bla Bla…

 Enfin au bout deux heures de retard, ils purent se mettre en route. Elle ordonna à l’adolescent de sommeiller pendant le trajet, car ils avaient à peu près 6 heures de route sans embouteillage évidemment. Elle ne voulait pas que son jeune ami, parce qu’elle pouvait le considérer ainsi, lui pose trop de questions sur sa famille d’accueil. Elle voulait lui faire la surprise.

 Gabriella songea tout de même que le garçon avait eu de la chance qu’elle soit en vacances. Sinon, elle n’aurait jamais eu la possibilité de l’aider. Quand elle l’avait aperçu dans le commissariat de sa ville quelques mois plus tôt. Elle avait tout de suite deviné que c’était un gosse paumé. Mais à l’époque, elle se trouvait en charge d’un dossier très lourd et sans repos. Elle ne pouvait pas faire grand-chose. Elle avait bien essayé de faire remuer les services sociaux, mais ils avaient tellement de dossiers et pas assez d’assistants que le drame avait eu lieu avant qu’ils ne puissent faire quoi que ce soit. La jeune femme, tout en conduisant prudemment, jeta un coup d’œil à son passager. Il dormait à poing fermé, le visage serein. Elle soupira. S’ils avaient bougé plus vite, Hisoka Harada se serait retrouvé également dans cette voiture en direction d’un lieu, qui espérait-elle, était pour le plus jeune une bénédiction.

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Une nouvelle vie : chapitre 03

Ils eurent de la chance. Ils évitèrent les embouteillages sur l’autoroute principale. Gabriella en était très satisfaite. Elle n’aimait pas du tout conduire pendant très longtemps. La plupart du temps, elle préférait prendre le TGV, mais le trajet aurait été encore plus long, car il fallait faire un changement dans la capitale.

 La circulation fluide lui permit d’arriver à bon port dans les temps et même un peu à l’avance. Reï avait dormi presque tout le trajet et il s’excusa d’avoir été un très mauvais compagnon de route. La jeune femme lui assura que ce n’était pas si grave. La politesse du garçon lui changeait des insultes et de gros mots habituels. Cela faisait un bien fou.

 Au bout d’une heure, la voiture roulait à travers une grande ville. Elle se rendait carrément à son opposé. La famille d’accueil ne vivait pas dans le centre, mais presque à la sortie sud. Reï n’aurait aucun problème pour se rendre à son nouveau lycée, car il se trouvait à une demi-heure de marche. Elle sursauta légèrement quand le garçon prit la parole.

- Vous n’aviez pas dit que c’était un endroit bon à vivre ?

- Si, c’est bien ce que j’ai dit, pourquoi ?

- Parce qu’il pleut !

 La jeune femme se mit à rire.

- Désolée, mais je ne commande pas le temps. Il fait bon vivre, c’est vrai, mais bon, nous sommes encore en hivers.

 Reï observait dehors où la pluie tombait en rafale. La ville semblait immense, mais en réalité, ce n’était qu’une illusion. Malgré la pluie, il pouvait voir du monde sur les trottoirs qui discutait, marchait rapidement ou buvait dehors sur la terrasse afin de pouvoir fumer à loisir. Ils traversèrent une longue route sans maison juste des champs de chaque côté. Il se demandait où elle l’emmenait comme cela.

 Sa surprise fut en traversant une route où se trouvaient les plus belles demeures que Reï n’avait encore jamais vues, seulement à la télé ou dans des revues. Il jeta un coup d’œil vers l’inspectrice. Ne se trompait-elle pas de route ? Ils se trouvaient dans le quartier le plus chic de la ville. Mais la voyant très sereine, il comprit qu’elle savait très bien le chemin. Il en restait tout de même très surpris.

 La voiture arriva vers la fin de la route. Elle tourna sur sa droite et emprunta un chemin goudronné. Elle se retrouva bientôt devant une grille en fer. La jeune femme ouvrit sa fenêtre et composa un code. L’immense grille s’ouvrit et elle redémarra. Reï ne savait pas où regarder. La route goudronnée entourée par une pelouse et des massifs de fleurs très bien entretenus continuait ainsi pendant un petit moment pour mener jusqu’à une immense maison qui ressemblait à un château en pierre brute. Le garçon ouvrait en grand la bouche tellement, il en restait coi.

 La voiture stoppa devant les marches. Gabriella sortit et invita le garçon d’en faire autant. Celui-ci n’arrivait pas encore à croire qu’il se trouvait vraiment devant une si belle demeure et surtout qu’il y resterait pendant un long moment. Enfin, il l’espérait. La jeune femme attrapa le garçon et le força à courir pour se mettre à l’abri sous le porche.

- Vous êtes sure que nous sommes au bon endroit ?

 Gabriella qui repoussait ses cheveux devant ses yeux releva la tête vers Reï en riant.

- Cela fait des années que je fais ce chemin, mon garçon. Enfin, depuis que le propriétaire a eu une subite envie d’acheter cette demeure ce qui doit faire dans les cinq, six ans maintenant.

 Reï allait de nouveau répliquer quand la porte s’ouvrit. Il se retourna pensant voir enfin les fameux propriétaires, mais à la place, apparut une jeune fille de son âge. Elle se trouvait être de taille moyenne, très mince, un physique de sportif, habillé d’un jean et d’un pull marin. Elle avait un joli visage couvert de tache de son sur le nez et un peu sur les joues. Cela lui donnait un air mutin. Elle portait une longue chevelure noire qui lui descendait presque au ras des fesses et avait des yeux bleus ciel. Elle affichait un sourire sur des lèvres pleines.

 La jeune fille dut reconnaître l’inspectrice, car elle s’exclama joyeusement avant de lui sauter carrément dessus. Les deux femmes s’embrassèrent gaiement, heureuses de se revoir.

- Tu as bien grandi, Maeva.

- C’est de ta faute, Gabriella. Tu n’es pas venu cette année pour fêter le Nouvel An avec nous. Tu nous as beaucoup manqué, tu sais ?

- Où sont tes parents ?

- Ils sont désolés, mais ils ont dû partir après un coup de téléphone. Ils m’ont dit, « tu gardes la maison, Mav et tu t’occupes bien des invités. » Voilà !

 Gabriella sourit. C’était bien ses amis. Jamais là quand il le fallait. Ils ne changeraient jamais. Elle leva les yeux au ciel. Elle se tourna vers le garçon qui se taisait depuis l’arrivée de la jeune fille.

- Maeva, je te présente votre nouvel invité. Il se nomme Reï Harada.

 La jeune fille se tourna vers le garçon et lui adressa un grand sourire avant de lui donner une tape sur l’épaule.

- Bienvenue à toi, mon grand.

 Elle se mit à rire et s’exclama à nouveau.

- Vous avez une sacrée manie d’être trop grand, les garçons. Ça ne va pas le faire. Comment vais-je faire pour avoir le dernier mot avec toi et l’autre abruti ?

 Reï la regarda halluciner. Elle semblait ne pas avoir la langue dans sa poche, cette fille. Finalement, elle les invita à pénétrer dans la demeure. De suite, en y entrant, le garçon s’aperçut la modernité à l’intérieur. Elle les mena directement dans le salon.

- Désolée Reï, mais je ne peux faire le tour de maison avec toi. Je dois jouer la baby-sitter pour un petit monstre d’à peine huit mois.

 Tous trois entrèrent dans la pièce où un feu de cheminée était allumé avec toute la protection requise contre les petites menottes. Les murs étaient recouverts de lattes d’un marron clair alors que le sol, avec une moquette d’un très beau gris vert et moelleux. Sur tout un pan de mur se trouvait une immense bibliothèque remplie d’ouvrages, de carnets à dessins et d’albums photo. Des fauteuils se trouvaient éparpillés dans la pièce. Cela donnait un charme, un côté chaleureux et vivant à la pièce. Derrière, un canapé de cuir noir, il vit un petit bambin jouer avec des cubes. Il semblait prendre plaisir à les jeter un peu partout dans la pièce.

- Zut ! Luce, je t’ai déjà dit d’arrêter de jeter les jouets. Tu vas finir par casser quelque chose.

 Le petit garçon stoppa net et observa un moment la personne qui venait de parler avant que sur sa bouche édentée apparaisse un sourire coquin. Il attrapa un cube et le jeta vers elle. La jeune fille fit semblant de crier de douleur ce qui fit rire le bambin et elle lui fonça de dessus. Les deux invités purent entendre rire aux éclats le petit. La jeune fille s’assit en croisant les jambes gardant le petit sur ces genoux.

- Fais comme chez toi, Reï. Nous n’allons pas te manger, nous n’avons plus faim.

 Le garçon hésita un instant, puis vint s’installer dans un fauteuil libre suivi du regard par les yeux noisette du bambin.

- Ils prennent les bambins, maintenant ?

 La jeune fille serra ses bras autour de Luce et le cajola. L’enfant avait mis son doigt dans la bouche et suçait son pouce.

- D’habitude, non. Mais, Anaïs nous l’a amené, il y a cinq mois. Le bébé avait des contusions et une cicatrice à son bras gauche. Le problème, c’est que le bébé ne voulait pas qu’une femme le prenne dans ses bras. Quand elle nous l’a amené, il se trouvait dans une poussette. Elle espérait que mes parents pourraient faire un miracle.

- On dirait bien qu’ils ont réussi.

- Tu crois cela ? Luce m’accepte parce que je vis dans cette demeure. Il y a trois mois, une assistance sociale nous a amené une mère qui pourrait l’adopter. Il n’a rien voulu entendre. Il s’est mis à hurler à mort. C’était effrayant. Papa a craqué, il a viré les deux femmes pas gentiment d’ailleurs. Il a dit à l’assistante que si jamais, elle revenait avec une bonne femme pour lui prendre le mioche, il lui montrera comment il s’appelle.

- Mmmmh ! C’est bien de lui d’agir de cette façon. Et maintenant ?

- À ton avis ? Il a fait tous les papiers, il a utilisé ses relations et maintenant, ce petit bout de chou se trouve être mon petit frère.

 Gabriella éclata de rire. Reï, quant à lui, se trouvait complètement dans le chou. Il finit par demander.

- C’est peut-être idiot ce que je vais demander, mais si le bambin n’aime pas être touché par une femme, alors ta mère, elle doit être sacrément triste, non ?

 La jeune fille souleva un peu le bébé dans ses bras qui glissait avant de jeter un coup d’œil vers le grand jeune homme blond. Vu le léger sourire de Gabriella, Maeva comprit que son nouveau compagnon n’était pas au courant.

- C’est simple, je n’ai pas de mère. Ma vraie mère m’a laissée seule dans notre appartement quand j’avais à peine six ans, pour s’enfuir avec un vieux mâle milliardaire. J’ai été envoyé dans cette famille d’accueil avec crainte, mais ils m’ont choyé et adopté. Ils sont devenus ma famille, mais c’est une famille hors-norme.

- Hors norme ? C'est-à-dire ?

- Pour faire simple, je n’ai pas de mère, mais je me retrouve avec deux pères.

 Les deux femmes éclatèrent de rire en voyant la tête d’ahurie que faisait Reï.

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Une nouvelle vie : chapitre 04

Il pleuvait des cordes. Le grand jeune homme se dépêchait de rentrer en se protégeant de son sac de cours. Il se fichait royalement que ses affaires soient mouillées, vu que pour la quatrième fois de l’année, il venait de se faire virer. Mais à la différence des autres fois, c’était définitivement.

 Déjà qu’il avait redoublé sa sixième, sept ans auparavant, il se retrouvait avec une classe en retard. Ce n’était pas qu’il ne comprenait rien, c’était juste qu’il trouvait ses professeurs chiants et lassants et ses camarades, il les trouvait ennuyeux. Ils disaient que des âneries plus grosses que leurs têtes, ils se trouvaient très intelligents de racketter, de frapper, d’insulter ou de rabaisser les plus faibles.

 Le pire dans l’histoire, c’était qu’à chaque fois, on lui en remettait la faute, tout cela à cause de son physique. Pour la plupart des parents, le fait que l’enfant aimait les tatouages et les piercings représentait la pire des espèces pour leurs petits choux aux mains blanches.

 Maintenant âgée de dix-huit ans, la chose continuait. Déjà avec sa taille un mètre quatre-vingt-quinze et ses épaules carrées, il était déjà impressionnant. Mais voilà, monsieur aimait les tatouages et ne s’était pas gêné dans faire. Sur tout son bras gauche, on pouvait apercevoir un tribal, alors que son bras droit, on y voyait un cobra près à l’attaque et sur son avant-bras une tête de mort comme celle des pirates. Sa mère lui disait souvent qu’il était aussi sauvage que ces anciens maîtres des mers. Son visage pourrait être qualifié de beau s’il ne l’avait pas amoché avec ces piercings. Il avait hérité de son père qu’il n’avait jamais connu sa chevelure brune, bien que toujours d’après sa mère, son père aimait se teindre les cheveux de couleurs voyantes dont la dernière fut bleue. Il les avait laissé pousser jusqu’à mi-dos et les retenait par une lanière de cuir. Son visage était fin et lisse avec des yeux légèrement bridés d’un gris bleu que certains qualifiaient souvent de froid, limite glaciale. Son premier piercing se trouvait à l’arcade sourcilière droite, le deuxième à sa narine gauche, un anneau à la lèvre inférieure droite et le dernier sur la langue. Il fallait aussi compter sur les six boucles d’oreilles à l’une et trois à l’autre.

 L’avantage avec son physique, c’est que la plupart du temps, on lui fichait la paix. Les professeurs le laissaient dormir pendant leurs cours sans le moindre problème et les pimbêches s’enfuyaient dès qu’il s’approchait. Cela ne l’empêchait tout de même pas d’avoir beaucoup de succès avec la gent féminine ou masculine d’ailleurs. Il ne faisait aucune différence au niveau du sexe de ses partenaires.

 La plupart de ces amis, enfin si on pouvait les qualifier d’amis, disons plutôt ces connaissances ou ses potes pour la bringue, seraient réellement surpris s’ils savaient que derrière sa façade de dure à cuire, de son « je-m'en-foutisme », se cachait encore une âme d’enfant qui aimait quand son parrain, son oncle, le prenait dans ses bras pour le cajoler après un cauchemar. Ou mieux encore, s’ils le voyaient jouer du saxophone. Ils se moqueraient bien de lui.

 Mais tout le monde avait au moins souffert une fois dans sa vie. Lui, il s’était senti complètement déchirer un an auparavant. Sa mère, l’adorable boute-en-train, fatiguante et exubérante, avec son époux et un de ses fils étaient morts dans un accident de voiture. Le garçon avec petite sœur se trouvait également dans la voiture. Tous deux avaient survécu, mais à quel prix ! La fillette avait failli perdre l’usage de ces jambes et lui, la tête.

 La seule chose dont il se souvenait de l’accident, fut le pilier qui s’était écroulé sur le toit et avait écrasé son jeune frère et coincé la jambe de sa sœur. Il avait dû être enfermé quelque temps dans un hôpital psychiatrique, car il avait pété un câble. Pour lui, la vie avait été injuste, car il en était ressorti de l’accident sans la moindre égratignure.

 Ensuite, sa sœur avait été recueillie par sa grand-mère avec lui, mais il demanda à s’éloigner. Il se trouva un travail à mi-temps et louait une chambre dans un vieil immeuble. Thalia ne se sentant pas vraiment à l’aise chez sa grand-mère, demanda d’aller vivre chez des personnes que sa mère adorait. Ces personnes dont l’une avait un lien de parenté avec son frère aîné. Bien que cela ne plût pas vraiment à la grand-mère, celle-ci céda, car elle aussi connaissait cette famille. Depuis très longtemps, elle fréquentait l’oncle du garçon. Elle l’avait vu grandi et devenir une personne bien qui s’attirait soit la gentillesse, soit la jalousie.

 Le grand brun pénétra dans sa chambre bordélique, mouillé de la tête au pied. Tout en se déshabillant, il passa dans la salle de bain. Dès qu’il enleva son tee-shirt, un nouveau tatouage fit son apparition. Il se trouvait dans son dos. Il n’en prenait pas toute la place, mais se trouvait centrer. Le dessin représentait un grand bouddha rieur argenté avec un ventre proéminent. Autour de son cou se trouvait une gourde. Dans sa main gauche, il tenait un lingot d’or et de l’autre, un sac voyageur. À l’origine, ce bouddha reflétait la richesse, le bonheur, la santé et la sagesse.

 Le garçon prit une douche très chaude pour se réchauffer, ensuite se passant juste un bas de pyjama, il s’allongea directement sur son lit, sous la couette. Cette nuit, il n’avait pas encore réussi à dormir de tout son saoul. Il en avait assez. À chaque fois, il se sentait crever et dormait en classe. Cette fois-ci, c’était un nouveau professeur qui lui avait pris le chou, l’avait réprimandé devant les autres abrutis qui ricanèrent. Ce fut la goutte d’eau qui fit débordait le vase. À la pause déjeunée, le premier qui est venu l’emmerder reçut une raclée. Habituellement, il ne frappait jamais. Il suffisait qu’il les observe de son regard glacial et on le laissait tranquille. Pas cette fois-ci, tant pis pour le garçon, il aurait dû réfléchir à deux fois.

 Il se cacha sous la couette. Il était sur et certain que sa grand-mère serait mise au courant. Il se mit à gémir. Il allait venir. Il en était sûr à cent pour cent. Il allait venir lui mettre les idées en place. Lui faire rappeler la promesse qu’il lui avait faite, si on le lâchait seul dans la nature. Il se mit à bâiller. Peu à peu, le sommeil le gagna et sombra bientôt dans les ténèbres sans rêve.

 Deux ou peut-être trois heures plus tard, il ne savait pas. Il sentit que quelque chose n’allait pas. Il commença à se réveiller. Il comprit. Quelqu’un se trouvait en califourchon sur lui. Il ouvrit les yeux surpris et croisa deux yeux bridés noir aussi sombre que les puits sans fond. Il soupira. Il était là comme prévu et il était coincé. Son oncle avait beau avoir une vingtaine de centimètres en moins que lui, cela ne l’empêchait pas de toujours gagner dans les batailles. Il avait une sacrée poigne.

 L’homme, dont les cheveux étaient aussi noirs que ses yeux, l’observait sans cligner des paupières avec un sourire affiché sur des lèvres parfaites. Le garçon se sentit mal à l’aise. Il n’aimait pas être regardé de cette façon. Il avait l’impression d’être de nouveau un gosse de cinq ans. Son oncle finit par prendre la parole.

- Il a fallu que tu joues à l’idiot ! Qu'est-ce que je vais bien faire de toi, mon pauvre Lud ?

- Tu pourrais le découper et le donnait à manger en pâture aux molosses de notre charmant voisin, répliqua une voix masculine un peu plus loin dans la pièce.

- Les pauvres bêtes ! Avec un abruti dans son genre, elles risquent d’être malades.

- Vous avez fini de vous foutre de ma gueule ! s’écria-t-il un peu vexé.

 L’homme, toujours sur lui, émit un petit rire. Il approcha son visage très près de celui de l’adolescent. Leur nez se touchait presque.

- Bon, puisque tu es incapable de rester seul sans faire d’ânerie, tu viens à la maison sans discuter. J’ai déjà appelé le lycée où va Maeva. Tu as une place là-bas. Je te préviens, tu n’as pas intérêt à te faire renvoyer une seule fois, ni à m’amener de mauvaises notes. Sinon, j’agirais de la même manière qu’avec Maeva. Ton saxo, tu pourras lui dire adieu pendant un long moment.

- Pas mon saxophone ! Tu sais que j’en ai besoin tout comme toi, ta peinture !

 Le garçon cria de douleur quand son oncle lui tira une de ses oreilles. Il était en plus sadique !

- C’est à prendre ou à laisser ! Si tu ne fais pas ce que je dis, tu peux aller te faire voir ailleurs, Ludwig ! Ta mère était ma meilleure amie, mon âme sœur. Je souffre autant que toi de l’avoir perdu. Mais la vie continue et ce n’est surement pas parce que tu es son fils que je ferais la différence entre les autres et toi. Compris ?

 Ludwig se sentit rougir. Il affirma en hochant la tête. Pourquoi n’arrivait-il jamais à avoir raison avec son oncle ? C’était énervant. Personne n’arrivait à lui dire non, encore que ! Il tourna son regard vers sa gauche. Un grand brun, les mains sur les hanches, observait la chambre avec une certaine grimace. Le compagnon de son oncle depuis plus de dix-huit ans, arrivait parfois à avoir le dessus, mais pas souvent. Majoritairement, il cédait fataliste.

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Une nouvelle vie : chapitre 05

L’inspectrice Gabriella Facter aurait voulu revoir ses amis avant de s’en aller, mais elle dut finalement se décider à s’en aller. Elle souhaita à Reï une meilleure vie dans cette famille hors-norme. Le garçon avait fini par se remettre de la nouvelle.

 Maeva lui avait demandé si cela le dérangeait, mais il ne sut quoi répondre. Personnellement, il ne connaissait personne dans son entourage qui se trouvait être gay. Ce serait une première pour lui. Reï se sentait un peu triste de voir partir l’inspectrice. Il l’aimait bien et faisait un métier pas facile.

 Quand finalement, il se retrouva seul avec Maeva, il se sentait un peu gauche. Il ne savait pas trop quoi faire. La jeune fille dut s’en rendre compte, car elle l’invita à la suivre avec son sac. Elle tenait dans ses bras, le petit Luce endormi. Il avait la tête posée sur son épaule et son bras gauche pendouillait sur un côté. Le garçon y aperçut la cicatrice. Elle était vilaine, un peu boursouflée. Qui avait bien pu faire une chose horrible à un bébé ? Vu la réaction du bambin fasse aux femmes, Reï se demandait si c’était la propre mère qui lui avait laissé la marque. Il posa la question à la jeune fille qui n’en savait rien.

 Elle le conduisait à l’étage. Elle lui annonça que la maison n’était pas entièrement finie donc les chambres étaient encore très restreintes. Les escaliers menaient à un couloir rempli de porte. Maeva informa donc que la première porte était la chambre de ces pères avec interdiction de pénétrer sans invitation.

- C’est propriété privée, bien que deux personnes n’obéissent jamais à la règle. Enfin, le premier, c’est normal, il est encore trop petit. Il a besoin de plus d’attention.

- Tu parles de Luce ?

 La jeune fille lui jeta un coup d’œil en coin avec un sourire.

- Qui veux-tu que ce soit d’autres ? C’est le seul bambin que tu verras ici. L’autre, tu risques fort de le rencontrer et d’être de surcroit obligé de partager ta chambre. Je te plains sincèrement. Avoir l’autre abruti comme compagnon de chambrer, c’est une vraie poisse !

 Reï grimaça. Sa première journée commençait bien. Il apprenait que la fameuse famille d’accueil était deux hommes et que son locataire semblait être un drôle de phénomène.

- Je ne dis pas cela pour te faire peur. Lud peut s’avérer être un chou, mais il est légèrement enquiquineur. S’il t’emmerde trop, plains-toi auprès de P’pa Ren, mais surtout pas à papa Carlin. Là, t’es fichue, si tu vas te plaindre à lui, car entre guillemets, lui-même peut être bien pire que Lud.

 Reï porta une main à sa tête et se gratouilla le crâne. Tout en parlant, la jeune fille l’emmena vers la troisième porte qu’elle ouvrit. C’était une chambre de bébé de couleur douce et joyeuse. Sur tout un mur, un énorme dessin y avait dessiné. Il reflétait une immense forêt remplie d’animaux sauvages et d’oiseaux de toutes sortes. Reï pénétra dans la pièce pour mieux l’observer. Il avait presque l’impression d’entendre les rugissements des félins et le cri des oiseaux.

- C’est mon père Carlin qui la fait. C’est magique, pas vrai ?

- Il est sacrément doué.

- C’est sur et ces tableaux se vendent à prix d’or.

 Maeva déposa son fardeau dans son lit et força le grand blond à sortir. Elle l’emmena vers la cinquième porte et l’ouvrit. La chambre était sur un ton vert. Elle contenait deux lits superposés collés au mur et deux lits d’une personne face à la porte. Les deux petits lits n’étaient séparés que par une table de chevet. Sur sa droite se trouvait une porte entrouverte. Elle lui montra la salle de bain.

 Reï déposa son sac sur un des lits. Il finit par demander.

- Si tu me disais qui habite cette maison. Ça m’aiderait beaucoup.

 La jeune fille sourit à nouveau. Elle vint s’installer sur l’autre lit libre.

- Tu arrives bien en y réfléchissant. Il y a quelques mois, la maison était remplie à craquer. Je ne te dis pas les hauts et les bas qui ont eu lieu. Personnellement, je n’aime pas quand il y a trop de monde. Cela devient presque impersonnel.

- Je m’en doute.

 Reï se laissa à son tour tomber sur le lit très confortable. Des moineaux avaient été dessinés sur le plafond. Cela donnerait presque envie de sourire.

- Bon, alors, il y a donc mes parents, Renko et Carlin. Ren est plus calme et plus sérieux, mais méfis toi, car c’est juste une impression. Son grand-père lui a légué son garage. Mon père est fan de mécanique, mais c’est aussi un redoutable homme d’affaires. Le garage s’est depuis le temps agrandi et a même fait des petits frères à travers le pays. Carlin, et bien, comment le décrire celui-là ? Bah ! En gros ! Carlin est Carlin, il est unique en son genre. C’est mon avis et c’est mon papounet préféré même s’il peut s’avérer très exigent. Ensuite, il y a moi et Luce. Je dis nous deux, car nous sommes leurs enfants adoptés. Ils ont la garde de Thalia. C’est la fille de la meilleure amie défunte de Carlin. Bientôt, tu vas connaître l’autre abruti du nom de Ludwig. C’est le grand frère de Thalia. Maintenant, il y a toi également dans cette famille.

- Merci pour ces renseignements.

- Il n’y a pas quoi, c’est normal. Ah oui, tu risques aussi de rencontrer Lina Miori. C’est la petite sœur de Renko, mais elle n’a que quatre ans de plus que nous deux. Elle aussi, c’est un sacré phénomène.

 

 Ils discutèrent ainsi pendant au moins deux heures. Reï voulait surtout connaître les règles, car il y avait toujours des règles à respecter. Mais la jeune fille le réconforta en affirmant que les contraintes n’étaient pas cruelles. La première, c’était la chambre, l’autre ne pas se faire renvoyer du lycée et d’amener des notes raisonnables, ne pas se battre entre eux. S’il y avait divergence ou mésentente voir un des deux adultes, le plus souvent Carlin, car c’était le plus disponible, bien que très risqué aussi. Reï se demandait en quoi cela pouvait être risqué. Il n’osa pas poser la question. Il fallait rester correct avec les autres et surtout pas d’insultes ou autres mots racistes et tous, et tous, et tous …

 Le garçon était plutôt surpris. Il avait pensé qu’il y aurait plus de contraintes, mais apparemment ce n’était pas le cas. Il songea qu’il le verrait par lui-même. Entre-temps, il put faire la connaissance de Thalia qui revenait de l’école. La fillette était plutôt grande pour ces douze printemps. Elle avait la peau tannée et des cheveux blonds coupés au carré et de jolis yeux gris. Elle adorait porter du blanc et ce jour, elle ne départit pas à cette règle. Elle portait un pantalon et une chemise blanche tous deux. Le blanc faisait ressortir sa blondeur et la couleur de sa peau. Elle semblait sportive elle aussi.

 La fillette vient les rejoindre dans la chambre des garçons et elle s’installa près de Maeva qui la prit dans ces bras. Elle souriait.

- Alors, c’est toi le nouveau ? J’espère que tu es plus sympa que le précédent. C’était une vraie plaie ! Pour une fois même Carlin fut ravi de le voir partir.

- J’espère pour toi que je n’en serais pas un.

- À mon avis, tu es différent. Je sais que l’habit ne fait pas le moine, mais je me fis à mon instinct.

- Ton instinct est pourri p’tit sœur, s’exclama une voix venant de la porte de la chambre grande ouverte.

  Les trois jeunes sursautèrent en l’entendant. Ils ne les avaient pas entendus arriver. La fillette hurla de joie et fonça sur son frère. Elle lui sauta littéralement dans les bras. Celui-ci n’eut aucun mal à la soulever et de là garder dans ses bras comme un bambin. Reï lui, observa le nouvel arrivant un peu estomaqué. Vu le physique, il ne ressemblait pas du tout à un grand frère aimant. Pourtant, c’était bien l’impression qu’il donnait avec sa sœur.

- Alors mon idiot de frère, tu t’es fait remonter les bretelles ?

- Ne traite pas ton frère d’idiot, chamelle !

 La fillette descendit de son perchoir et s’éclipsa de la chambre en courant. Thalia dégringola les escaliers en quatrième vitesse pour rejoindre la cuisine. Quand ils arrivaient, elle voulait à tout prix les voir de suite. Elle avait trop peur qu’ils disparaissent à jamais comme ces parents.

 Ludwig pénétra plus en avant dans la chambre. Il ne se gêna pas le moins du monde à détailler de la tête au pied le nouveau qui se sentit mal à l’aise sans trop savoir pourquoi. Reï songea d’ailleurs qu’il devrait se méfier du garçon. Il ne savait pas en quoi, mais ce n’était surement pas à cause de son physique de voyous. Lud jeta son sac sur lit où se trouvait Maeva. Il s’installa sur le lit et attrapa la jeune fille dans ses bras. À la surprise de Reï, il l’embrassa en pleine bouche. La fille se mit à rire de son air étonné.

- C’est une coutume familiale. Il va falloir t’y faire.

- Pas sure que je vais l’aimer votre coutume.

- C’est avec cet hurluberlu que je partage la chambre ? s’exclama Ludwig.

 Celui-ci se redressa et toisa le plus grand.

- L’hurluberlu s’appelle Reï !

- Chouette ! Il a de la répartie. Je vais adorer l’ennuyer.

- Pitié Lud ! s’écria Maeva.

 Reï secoua la tête, exaspérée. Ce garçon commençait déjà à le fatiguer. Il se demandait vraiment s’il n’avait pas fait une ânerie d’accepter de venir dans cette famille. Il se leva et sortit. Il préféra s’éloigner des deux jeunes. Il reprit le chemin inverse et redescendit. Il entendait des rires. Il se dirigea vers ceux-ci. Il arriva bientôt devant la cuisine très moderne. Un homme grand et brun lui tournait le dos. Il semblait préparer le dîner. Alors que Thalia et un autre homme plus petit, très mince et les cheveux noirs se trouvaient attabler au comptoir. Ils discutaient gaiement. Reï s’aperçut que le petit Luce se trouvait installé sur le comptoir retenu par les mains de l’homme. Les rires venaient en grande partie à cause des pitreries que le bambin faisait.

 Le grand blond hésita à entrer, mais le bambin le vit et lui fit signe. Aussitôt, l’adulte tourna son regard noir sur lui. Il affichait un sourire.

- Salut ! Entre, voyons, fait comme chez toi ici.

 Reï s’avança et s’installa avec eux au comptoir. Il venait à peine de s’installer qu’une assiette se trouva posé sur la table. C’était des morceaux de viande à l’odeur alléchante. Son estomac se fit entendre. Il se sentit rougir. Thalia se mit à rire.

- Sers-toi, mon garçon, n’hésite surtout pas. Sinon l’estomac sur patte va tout dévorer.

 Reï leva les yeux vers le brun qui venait de parler. Il lui montrait son compagnon.

- Ren ! T’es méchant, je ne suis pas un estomac sur patte, juste un pauvre malheureux qui a faim ! Ce n’est pas pareil !

- C’est ça oui, à d'autres !

 Le brun repartit à son coin. Reï obéit aux ordres et prit un morceau et dégusta. Il en reprit un autre, mais une main inconnue lui attrapa le poignet et le morceau disparut dans une bouche percée. Reï leva les yeux et croisa des yeux gris bleu moqueur.

- Renko ! Tu es toujours aussi bon cuistot.

- Ouais, mais je commence à fatiguer à nourrir des affamés dans votre genre.

 Ludwig se dirigea près du grand brun et observa ce qu’il faisait. Le voyant très occupé à éplucher des pommes de terre, le garçon tenta une main vers le plateau pour piquer un autre morceau de viande. Un couteau se planta à quelques centimètres de sa main faisant sursauter Ludwig.

- Essaie pour voir ! lança le brun.

- T’es même pas drôle ! Bouda Lud.

- Bienvenue dans ma famille, Reï, salua enfin Carlin au garçon.

 Pour la première fois en quelques mois, le jeune homme émit un léger sourire.

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21 mai 2009

Une nouvelle vie : chapitre 06

Le repas se passa dans la meilleure ambiance. Ludwig qui avait hérité du caractère boute-en-train de sa mère fit son possible pour ennuyer sa sœur et Maeva. Les filles en eurent tellement marre qu’elles lui jetèrent toutes ce qu’elles avaient à porter de main. Reï les observait halluciner. Les adultes les laissaient faire. Ils discutaient dans leur coin enfin jusqu’à qu’un morceau de pain vint frapper la tête de Carlin. Celui-ci, ni une ni deux ramassa le pain et le renvoya au balanceur sans rater sa cible évidemment.

 Ce fut finalement une vraie bataille qui se passa à table. Reï ne savait pas vraiment où se mettre. Il se souvenait, la seule fois où son frère et lui s’étaient amusés avec la nourriture, leur mère leur avait refilé une raclée mémorable. Après cela, ils n’avaient plus osé. Mais là, ils s’amusaient comme des fous et même le petit Luce s’y mettait. Le seul à ne pas être dans la bataille avec lui était le grand brun. Il regardait la troupe avec un regard fataliste. Il aperçut le regard troublé du blond et lui adressa un sourire.

 Renko se leva et invita le nouveau à en faire pareil. Après un dernier regard à la troupe en délire, Reï s’échappa à son tour. Il rejoignit l’adulte dans la cuisine. Apparemment c’était l’endroit préféré du brun. L’homme l’invita à s’asseoir au comptoir et peu de temps après, il se trouva avec une tasse de café devant le nez. Le jeune blond devait s’avouer qu’il avait un faible pour le café, car celui de l’hôpital étant infect, il avait imaginé ne plus pouvoir en boire. Il prit donc plaisir de le déguster. Il releva la tête quand un petit rire retentit.

- C’est agréable de voir que quelqu’un apprécie mon café.

 Reï se sentit rougir sans savoir pourquoi.

- Cela fait très longtemps que je n’en ai pas bu. Il est très bon.

- Ça fait plaisir à entendre. N’hésite pas à en boire autant que tu veux. Tout le monde ici se serre, donc fait pareil.

 Le grand brun s’installa face au garçon et le regardait toujours souriant.

- Je crois que nous n’avons pas été correctes avec toi.

- Pourquoi dites-vous cela ?

- Eh bien ! Je devrais plutôt dire que nous avons été malpolis. Nous, nous ne sommes pas présentés tout à l’heure.

- Je ne vous en veux pas. Je crois même que j’aurais deviné qui était qui sans que j’entende vos noms.

- Hahaha ! C’est vrai ? Tu as peut-être raison. Carlin est plutôt facile à repérer même au milieu d’une foule. C’est juste que ta venue fût un peu appréhendée.

 Reï était surpris. Ce n’était pas du tout ce qu’avait laissé entendre Gabriella.

- Pourquoi ?

- Cela fait pas mal d’années maintenant que nous aidons des jeunes de ton âge à reprendre goût à la vie ou d’offrir un peu de chaleur à des gosses en manque d’affection. Mais le garçon que nous avons eu le mois dernier a été un véritable choc. Avant que nous vous accueillions ici, vous devez passer un examen psychiatrique. Carlin n’aime pas vous le faire subir, mais c’est moi qui l’ai exigé. Mais ce garçon a passé les tests sans problème alors qu’en réalité, ce garçon était un vrai danger public.

- Dans quel sens ? Il vous a fait du mal ?

- Des coups bas, des insultes ou de l’homophobie, nous en avons eu et cela ne nous fait toujours ni chauds, ni froids. Ce ne sont souvent que des mots qui souvent se retournent contre ceux qui les prononcent. Mais une chose dont je ne supporte pas, c’est qu’on lève la main sur l’un des miens. Surtout la personne qui m’est la plus chère.

- Carlin ? Il s’est attaqué à votre ami ?

- Il l’a poussé dans les escaliers alors qu’il tenait Luce dans les bras. Heureusement pour lui que Carlin est du genre à sortir souvent sans égratignure. Mais c’est sans connaître son caractère. Il ne faut jamais réveiller la bête noire. Touche un seul cheveu d’un de ces gosses et il se change en une véritable furie. Il a fallu être trois pour le retenir de se jeter sur l’ado.

- Luce a l’air d’aller bien.

- Heureusement !

- L’adolescent où est –il maintenant ?

- Dans un hôpital psychiatrique. Il a des tendances de schizophrénie. Nous avons appris récemment que son jeune frère se trouvait dans le coma et qu’il en était le responsable.

- Finalement, vous avez vu plusieurs mal êtres.

- Oui, on peut dire ça. Mais comme tu peux voir, ce mal-être disparait facilement quand on se laisse aller à la folie ambiante.

 Le garçon blond baissa son regard vers sa tasse. Il avait encore plein de questions dans sa tête, mais il les oublia instantanément des qu’il sentit deux bras chauds lui entouraient le cou. Il en sursauta, il ne l’avait pas entendu arriver.

- Alors, on fait bande à part ? Ce n’est pas gentil ! Tu vas être puni !

 Reï voulut répliquer, mais il n’eut pas le temps de dire quoique ce soit, qu’il se retrouva avec de la crème, plein le visage. Des éclats de rire retentirent dans la cuisine, même Renko riait de la tête trop surprise de Reï pour rester sérieux. Le garçon retira un peu de crème devant ces yeux et jeta un coup d’œil au coupable. Carlin se trouvait juste derrière lui affichant un sourire hilare.

  Reï étira un sourire sur ces lèvres. Finalement, il était content d’avoir osé dire oui pour venir dans cette famille. Il se retourna et souriant encore plus, il finit par dire :

- Se laissait aller à la folie ambiante ? Ça me va !

 Tout en disant ces mots, il écrasa la crème qu’il avait sur la main sur le visage de Renko, avant de s’échapper de sa chaise pour se mettre à l’abri. La cuisine fut le nouveau territoire d’une nouvelle bataille sous les cris de joie d’un bambin de huit mois.

 

  Le lendemain matin, il se fit réveiller par un emmerdeur de première du nom de Ludwig Lagardère. Celui-ci prit un certain plaisir sadique à lui sauter dessus pour le réveiller en sursaut. Quand Maeva le plaignait sincèrement, il comprenait très bien pourquoi maintenant.

 Quand il descendit une demi-heure plus tard, tout le monde était déjà attablé pour prendre le petit déjeuner. Lui qui n’en prenait jamais d’habitude fut obligé d’en prendre un au risque d’être nourri comme un bébé par Carlin.

 Ensuite en compagnie des deux autres, il se rendit à pied à son nouveau lycée. C’était le cas pour Ludwig également. Il apprit aussi que son camarade de chambré s’était fait renvoyé de son ancien lycée pour s’être battu. Reï lui jetait quelques fois un coup d’œil. Il avait bien l’impression que Lud avait des cernes sous les yeux. Même, Maeva s’en était rendu compte. Elle aussi s’en inquiétait. Elle espérait pour Ludwig d’avoir des professeurs compatissants et non pas comme cet abruti de Tankeï.

 Heureusement pour les deux garçons, ce fut le professeur d’art plastique qui vint les accueillir pendant que Maeva gagnait sa classe. Ludwig se sentait un peu mal de voir un autre prof d’art à la place qu’avait occupée Simon Lagardère, son père adoptif. Mais en même temps, il fut ravi de revoir ce professeur en particulier. Il la connaissait depuis des années. Elle était une des meilleures amies de Carlin. À l’origine, elle n’était pas professeure, mais Basil Moreau, le proviseur et le grand-père de Ludwig, l’avait supplié de prendre la place avant que l’académie ne lui envoie encore un prof débile du genre de Tankeï.

 Mira Martin salua le grand brun avec un certain plaisir à la surprise évidemment de Reï. La jeune femme dut se présenter et lui assura qu’elle était ravie de faire sa connaissance. Tout en les menant devant le proviseur, elle s’exclama vivement qu’elle allait faire d’eux ces nouveaux modèles et qu’ils n’avaient pas intérêt à refuser. En chemin, ils rencontrèrent l’infirmière de lycée et Reï fut encore plus traumatisé en apprenant que non seulement le proviseur se trouvait être le grand-père de Ludwig, mais que l’infirmière Madame Loutanit était sa grand-mère.

 Après avoir fait connaissance avec le proviseur, les jeunes gens se firent amener respectivement dans leur classe. Ludwig se trouvait en deuxième année et se trouvait en classe avec Mira. Il en fut quelque peu soulagé. Quand Reï fut envoyé dans la même classe que Maeva. La jeune fille fut ravie de le revoir. Celui-ci, après s’être présenté devant toute la classe, s’installa près de la jeune fille au grand dam de la plupart des autres demoiselles.

 À la pause déjeunée, il n’eut pas le temps de demander à Maeva où elle mangeait qu’il fut complètement accaparé par les autres élèves et surtout par un groupe de fille que tout le monde surnommait les déesses.

 Maeva lui fit un petit signe de pitié. Puis elle rejoignit son coin habituel. Elle aimait beaucoup s’installer sur un banc, le plus éloigné. Il ne se trouvait pas très loin du chemin qui menait vers la salle de sport. Elle croqua à pleine dent son sandwich et dégusta. Il n’y avait pas à dire, mais son père était un vrai cordon-bleu. Elle s’y trouvait depuis dix minutes qu’elle fut vite rejointe par un garçon de sa taille, habillé d’un jean et d’une chemise débraillée, les cheveux brun coupé très court et portait avec style une paire de lunettes de myope.

 Les déesses le surnommaient l’intello ou l’illuminé. Mais le garçon s’en fichait royalement. Il était comme il l’était et il ne changerait pas pour tout l’or du monde.

- Tu es encore toute seule Maeva ?

 La jeune fille sourit.

- Mieux vaut être seule que mal accompagné, Killian.

- Alors, je te dérange peut-être ?

- Non, toi ça va. Tu n’es pas ennuyeux comme la plupart le sont.

- Parce que tu nous trouves ennuyeux, Mav ?

 La jeune fille sursauta et se retourna vers les deux nouveaux arrivants. Elle se mordit les lèvres.

- Désolée, Lud ! Je ne parlais pas de vous deux, évidemment.

- Tu n’es pas gentille Maeva ! Tu aurais pu évité de me laisser avec ces poufs sans cervelles ! s’exclama Reï.

- Pardon ! Mais c’était trop mortel de te voir accaparé de la sorte. Mais finalement, tu t’en es sorti, non ?

- Parce Ludwig est venu à ma rescousse. C’est incroyable ! À peine, il est arrivé que tout le monde se soit éclipsé sur la pointe des pieds. C’est fendant !

 Killian, toujours assis près de son amie, regardait les deux grands avec des yeux ronds. L’un faisait un peu peur avec ses tatouages et ses piercings alors que l’autre ressemblait à un top model. Il jeta un coup d’œil à Maeva. Elle semblait très bien les connaître. Pourtant depuis le début de l’année, il l’avait toujours rencontré seul. Elle ne semblait pas avoir de véritable ami. Il sursauta quand il croisa le regard gris-bleu du percé. Il se sentait un peu intimidé face au géant.

- Je vous présente mon ami, Killian Osborne. Il est déjà en troisième année.

- Ce minus se trouve en dernière année ? s’exclama Ludwig en détaillant de la tête au pied le garçon qui se sentit mal à l’aise.

- Ne fais pas trop attention à ce qu’il dit, Killian. Ce garçon est un vrai abruti et dit souvent des âneries plus grosses que sa tête.

- Ravie de te connaître Killian. Moi, je suis Reï Harada. Je suis nouveau ici.

 Le terminal fut ravi de l’intervention du blond. Ils se serrèrent la main. Puis finalement, le percé se présenta également. Killian fut réellement surpris. D’habitude, ce genre de personne ne lui adressait pas la parole, soit il l’ignorait, soit il devenait leur bouc émissaire. Maeva lui avait déjà dit de ne pas se fier aux apparences, car souvent elles étaient trompeuses. Le bon exemple était les « déesses ». Elles ressemblaient toutes les cinq à des mannequins, elles vous adressaient la parole et des sourires à tout va, mais par-derrière, elles vous faisaient des crasses, vous rabaissaient et surtout, elles s’amusaient avec vos sentiments. Maeva en avait déjà subi les frais, maintenant elle préférait rester éloignée de ces pimbêches.

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Une nouvelle vie : chapitre 07

La semaine passa à une rapidité effrayante de l’avis de Reï. Il appréciait plutôt bien son nouveau lycée où il apprit que les parents de Maeva avaient également étudié. À chaque pause de déjeuner, il devait compter sur la présence de Ludwig pour empêcher d’être accaparé par quelques filles un peu trop collantes et par des garçons qu’il trouvait très ennuyeux. La présence du Lud facilitait l’écart des mecs, mais pour les filles, c’était une autre paire de manches. Elles commençaient à aimer le look un peu rebelle du grand brun.

 Heureusement, les deux garçons pouvaient compter sur la vigilance de Maeva. Elle ne se laissait pas marcher sur les pieds et c’était souvent elle qui les sortait de ces furies en chaleur. Surnom que Ludwig les avait prénommés. Ils prenaient toujours leur repas sur le banc près de la salle de sport. Killian venait souvent les rejoindre.

 Maeva leur avoua que Killian était ce qu’on appelait un bouc émissaire idéal. Il se faisait toujours avoir et ne se débattait jamais. Lud le traita d’idiot et Reï fut du même avis. Kill, puisque Lud avait décidé de lui raccourcir son prénom trop long pour lui, ça le fatiguait de le dire en entier, leur rétorqua qu’avec leur gabarit, ils pouvaient se permettre de dire cela, mais lui avec sa taille et son poids trop léger, une simple gifle l’envoyait au tapis.

 Killian n’était pas fanatique des combats, du sport, il préférait nettement plus son ordinateur. Malgré que Ludwig le traite souvent de femmelette, Kill aimait beaucoup les deux amis de Maeva, bien qu’il sente un peu poindre une certaine jalousie envers le lien qui unissait les trois jeunes gens.

 En tout cas, Reï se lia facilement d’amitié avec Maeva, au look tout simple et sans artifice. Il apprit qu’elle adorait les chevaux et que depuis plus de cinq ans, elle se rendait dans un centre d’équitation, deux à trois fois par semaine. Bien sûr, si par malheur, elle rapportait de mauvaises notes, elle en était privée.

 Plus tard, il apprit également que Thalia, sa passion, était la natation. D’après son frère, c’était un vrai poisson. Il se posa la question sur ce que lui-même pourrait aimer. Apparemment, leurs passions leur permettaient pendant quelques heures de ne plus se poser de questions, sur leur jeune vie, sur leur passé et pour certains sur leur avenir.

 Une chose dont il s’était surpris, c’est qu’il avait plus de facilité à parler avec Renko plutôt qu’avec Carlin. Non pas qu’il ne l’appréciait pas, mais c’était juste qu’il l’intimidait beaucoup plus. Beaucoup disaient qu’il avait une joie de vivre, mais pour Reï, il trouvait plutôt que cet homme était légèrement un peu fou.

 En réalité, il trouvait dans l’attitude de Ludwig, certaines ressemblances avec son oncle. Le pire dans l’histoire, c’était qu’ils pouvaient être véritablement infernaux quand ils s’y mettaient tous les deux. Personnes ne pouvaient les arrêter, par contre ça s’arrêtait d’un seul coup et tout le monde restait K.O.

 Reï, à la fin de la semaine, se décida finalement à écrire à Melinda Garcia, la fille de vieux Anselme, comme il lui avait promis. Il en avait parlé avec Renko. Le grand brun lui avait conseillé de tenter le coup. Il verrait de cette façon si cette femme n’avait pas menti.

 Bien sûr, Ludwig avait tout entendu et voulut à tout prix savoir de quoi parler les deux hommes. Il emmerda tellement Renko qu’il se fît pourchasser à travers toute la maison.

 De la cuisine, on pouvait entendre la cavalcade et les fous rires de Ludwig. Une chose qui fallait surtout se méfier, c’est que temps qu’il ne s’était pas vengé, Renko ne lâchait jamais prise. Ce serait au plus endurant et ce n’était pas toujours les jeunes les plus solides.

 Ce fut ce vendredi-là qu’il rencontra pour la première fois Lina Miori. Il en fut même un peu bouche bée vu la beauté de la jeune fille. Elle était plutôt grande et très mince, bien proportionnée, un visage ovale sans défaut et surtout de très magnifiques yeux bleus couleur saphir hérités de son père. Ses cheveux bruns de la même couleur que ceux de son frère, même si plus tard, il apprit qu’il n’avait pas du tout le même sang, ondulaient en cascade jusqu’aux épaules légèrement ondulées.

 Elle arriva pendant la pourchasse et elle fit sursauter tout le monde dans la cuisine. Elle se mit à crier le nom du compagnon de son frère avant de lui sauter carrément dans les bras. Après sa surprise, Carlin éclata de rire. Il était toujours content de voir sa belle-sœur. Ensuite, elle entoura de ces bras le cou de Maeva avec qui elle chuchota un moment avant qu’elles n’éclatent de rire toutes deux. Ensuite elle s’attaqua au nouveau venu avec un sourire de vraie déesse. Elle resta correcte. Elle vint juste s’installer près de lui pour faire connaissance.

- Je suis Lina Miori, la petite sœur chouchou de Renko. Enchanter de te connaître Reï !

- Tu es sa seule sœur, Lina ! Alors évidemment, tu es la chouchoute de tout le monde.

- Ce n’est pas à toi que je cause, Carlin !

- Parle-moi sur un autre ton, gamine !

 Lina lui tira la langue et elle reçut en pleine figure le torchon que Carlin tenait en main.

- Oh ! Faites ! Il se passe quoi ? Pourquoi j’attends Lud hurlé à la mort ?

- Ton frère est juste en train de le massacrer.

 Elle se mit à rire.

- Quel idiot ce Lud ! Il ne changera pas.

 Elle se retourna vers le grand blond.

- Alors, tu te plais parmi nous ?

- Pour l’instant ça va. Je n’ai pas à me plaindre.

- C’est vrai ? Tant mieux ! De toute façon, d’ici un mois tu seras contaminé par la folie de cette maison.

 Reï sursauta comme un fou en sentant deux bras froids lui tombait dessus. Un rire retentit derrière lui. En jetant un coup d’œil, il croisa le regard gris bleu de Ludwig. Il était trempé de la tête au pied. Il n’avait pas pu tenir tête à Renko. Celui-ci connaissait chaque recoin de sa maison et l’avait attrapé par surprise. Il avait bien essayé de se débattre, mais tout comme avec son oncle, impossible de le battre.

- Retire tes bras gelés, Lud !

- Que dalle ! Je te tiens pour responsable de cette course-poursuite. Maintenant tu es fichu, je vais t’emmerder encore plus.

- Je te plains, mon pauvre Reï, s’exclama Lina en riant.

 C’est à ce moment-là que Ludwig la vit et il eut un petit sourire. Il lui sauta dessus. La fille cria et fila hors de la cuisine poursuivie par un fou trempé. Le blond et Carlin se regardèrent avec un sourire avant de se mettre à rire. Mon Dieu ! Cette famille était complètement folle. Au bout d’un moment, Renko refit surface dans la cuisine. Il tenait dans ces bras le petit Luce qui riait.

 Reï trouvait réconfortant le rire du bambin. Il semblait toujours de joyeuse humeur et pleurait rarement. Les seules fois où il pleurait, c’était quand il y avait une poussée de dents. Dès qu’il vit Carlin, Luce se tortilla et tendit ces petits bras pour le jeune homme. Celui-ci se mit à rire et l’attrapa au vol. Aussitôt, le petit mit sa tête dans le cou de Carlin, le pouce dans la bouche, prêt à s’endormir.

 Maeva tendit la main vers la petite tête et lui ébouriffa les cheveux.

- J’ai cru entendre la voix de Lina ? Je me trompe ? demanda enfin Renko après s’être installé au comptoir avec eux, tout près de son compagnon.

- Tu as raison, elle est là.

- Et ?

- Elle se fait pourchasser par Ludwig. Vu qu’il ne peut t’avoir, il tente sa chance avec ta sœur. Il est idiot !

- Papa ! C’est ton filleul ! Comment tu le traites !

- C’est la vérité ! S’il croit avoir le dernier mot avec Lina, il se met le doigt dans l’œil. Elle n’est pas la fille Miori pour rien.

- Il s’est toujours fait tapé par Lina et lui obéissait comme un bon chien-chien quand ils étaient plus jeunes.

- C’était à mourir de rire, mais elle n’a jamais réussi à avoir le dernier mot avec Shin. Même maintenant, elle n’arrive pas à l’attacher.

- Qui est Shin ? demanda aussitôt Reï en entendant un nouveau prénom.

- C’est le petit frère de mon ami Akira. Ne t’inquiète pas, tu finiras par tous les rencontrer. Ça risque peut-être de mettre un certain temps avant que tu ne voies tout le monde.

- Ouais, à mon avis tu vas t’y perdre dans ce méandre de la famille, murmura Maeva très sérieuse.

- À ce point ?

 Tous trois hochèrent la tête.

- Reeeeeennnnnnnnnnkkkkkkkoooooooo ! hurla Lina en pénétrant dans la cuisine à nouveau. Elle se jeta sur son frère et se scotcha contre lui.

- Tu ne pouvais pas le noyer l’autre abruti ?

- Je ne voulais pas qu’on m’accuse de meurtre, voyons !

- Où est-il maintenant ? Demanda Maeva.

- Dans sa chambre, il prend une douche chaude.

- Lina ? Qu'est-ce que tu as fabriqué ? demanda calmement son frère.

 Lina grimaça. Elle n’arrivait jamais à cacher quoique se soit à son frère. C’était beaucoup plus facile avec Youji. Elle soupira.

- Tu ne vas pas te fâcher, dis ?

- Nous verrons.

- Je l’ai pris en photo sous la douche.

 Un éclat de rire retentit sur la gauche de la jeune fille. Carlin avait mal aux côtes tellement il riait. Maeva souriait près à rire à son tour. Quant à Reï, il se trouvait trop estomaqué pour réagir. Renko lui souriait, il dit :

- Méfie-toi maintenant ! Tu sais à quel point il est sans gène comme une personne de notre connaissance. Il va se venger et ce sera bien fait pour toi.

 Lina donna un coup sur la tête de son frère en boudant.

- Tu n’es pas sympa.

- Je m’en fiche. Mais qu'est-ce que j’attends ce jour avec impatience !

- Carlin ? Tu vois comment il est ! Je n’y crois pas !

- Moi aussi, je me demande ce qu’il va faire, chuchota Reï tout à coup.

 Lina se retourna vers lui hallucinée. Ca y est la folie venait de le gagner.

- Tu ne vas pas t’y mettre aussi. Maeva au secours !!!

 Pour toute réponse, elle eut droit à un : « débrouille-toi toute seule ».

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Une nouvelle vie : chapitre 08

Après le repas, Lina cria qu’elle voulait aller faire la fête. Elle demanda donc l’autorisation d’embarquer avec Ludwig, Maeva et Reï. Étant donné que la boite de nuit appartenait à la famille Miori, le videur les laisserait entrer si Renko acceptait de signer la décharge. Bien sûr, le jeune homme décida de faire le grand frère casse-pied. Lina dut le supplier à genoux pour que finalement, il accepte.

 Lina lui assura qu’elle finirait par se venger et qu’il en sentirait la douleur. Il haussa juste les épaules, pas intimidé pour un sou. C’est avec frénésie qu’elle les emmena donc dans la nouvelle boite que son père avait fait ouvrir deux mois auparavant.

 Elle se situait dans le centre-ville pas très loin d’une bibliothèque et d’une université. Sur le parking déjà presque rempli, la jeune fille se gara. Reï se demandait sérieusement si le videur le laisserait réellement entrer en jean, basket. Elle ne lui avait pas laissé le temps de se changer tout comme Maeva habillée pareille. Lina leur assura que celui dont le videur tiquerait n’était surement pas eux, mais plutôt leur camarade.

 Ludwig lui fit un doigt d’honneur en réponse. Il portait un jean troué, trop descendu sur les hanches, un tee-shirt avec une tête de mort et des rangers aux pieds. Avec ses tatouages et ses piercings, il représentait pour la plupart le type même du voyou.

 Mais comme prévu, le videur les laissa entrer après avoir regardé d’un œil distrait la décharge. Du premier regard, il avait déjà reconnu la fille de son patron, enfin de son grand patron. La boite était gérée par un représentant de la compagnie Miori Corporation. Il se dit également qu’il avait la chance de voir ce soir-là deux membres de cette famille. Quelques heures plus tôt, le deuxième fils d’Auguste Miori était passé voir le directeur. Il leur souhaita une bonne soirée.

 Dès qu’ils entrèrent, ils furent envahis par la musique. Elle les mena vers la salle et ils durent bousculer des clients pour pouvoir passer. La boîte pouvait accueillir beaucoup de monde, mais la plupart des jeunes se coltinaient près de la piste et de la sortie.

 Lina, connaissant chaque recoin de la boite, elle les mena directement à une place près du DJ. Ravi, Ludwig se laissa tomber sur un des fauteuils juste à côté de Reï. Lina les quitta pour aller saluer le DJ et l’homme qui se trouvait juste à côté.

 Quand elle revint, elle leur annonça en criant pour se faire entendre que pendant une heure, ils ne passeront que du Bass Hunter. D'ailleurs, cela ne se fit pas attendre, car les premiers accords de « Horn Of Orcs » se firent bientôt entendre.

 Lina attrapa la main de Maeva et la tira pour se rendre sur la piste. Elles se mirent à danser. Elles dansèrent ainsi pendant presque toute l’heure écoulée. Elles avaient même fini par aller chercher les garçons qui ne semblaient pas vouloir bouger leur fesse.

 Les filles savaient bien pourtant que Ludwig était un très bon danseur. Il le montra en compagnie de Lina avec qui les pas s’harmonisèrent sur l’air de Dilly Dally de Hakimakli, version française.

 Maeva et Reï les entouraient en compagnie d’autres personnes pour les encourager. La chanson se trouvait presque à la moitié qu’en un autre homme, de la même taille que la jeune fille, un châtain coupé très court, finit par les rejoindre sur la piste. Ce fut presque un duel entre les deux garçons et Lina qui les titillaient.

 Reï se laissait entraîner par la musique et par le plaisir d’être avec des personnes qu’il appréciait de plus en plus. Il se demandait si son frère les aurait aimés aussi. Il n’en était pas très sûr. Il avait un doute pour Ludwig. Il ne savait pas pourquoi, mais il était sûr et certain que le percé et Hisoka se seraient détestés.

 Après la chanson, une autre reprit le relai, c’était PillBoxx avec Time To Dance. Maeva tira le bras de Reï afin de regagner leur place. Apparemment, les danseurs ne voulaient toujours pas regagner leur table. La jeune fille s’installa le plus près du garçon afin de pouvoir mieux parler.

- C’est bête ! On aurait pu inviter Killian à venir avec nous.

 Le blond sourit. Il avait déjà deviné que sa jeune amie avait un faible pour le terminale.

- Je ne suis pas sûr qu’il aurait aimé.

- Je sais bien, mais au moins, il aurait fait une sortie avec des amis. Cela lui changerait de son stupide ordi.

- Ce n’est pas gentil ! Ça donne l’impression que tu es jalouse.

 La jeune fille se sentit rougir. Elle donna un coup de coude à son camarade qui se mit à rire. C’est à cet instant que choisit de revenir Ludwig et compagnie. Bien sûr, le percé prit possession de la place libre près du blond. Ce manège fit sourire Lina et Maeva.

 Le deuxième danseur les accompagnait. Vu qu’il tenait la main de la jeune Miori, Reï sut de suite que la troupe le connaissait. Il mit un temps, mais il le reconnut comme étant le DJ qui s’occupait de la sono à leur arriver.

- Reï, je te présente Shin Soba.

 Alors, c’était lui le fameux Shin qui ne se laissait pas mener par le bout du nez par Lina. Les deux garçons se serrèrent la main. Shin s’installa à côté de Lud et l’attrapa par le cou.

- Toujours aussi bon en dance, Lud. Tu as toujours des talents cachés.

- Qu’est ce que tu crois ? Avec une mère qui aimait faire la fête, c’était facile d’apprendre.

- Hahaha ! C’est clair !

 Lina qui ne s’était toujours pas assise fut tirée d’un seul coup et elle tomba carrément sur les jambes de Shin qui se moqua d’elle. Elle se redressa et le frappa.

- Espèce d’idiot !

- Arg ! Comment tu parles toi ? Va falloir que je dise à Renko de te dresser, femelle !

 Pour toute réponse, il se fit à nouveau taper bien qu’elle ne chercha pas à sortir des bras du jeune homme. Ludwig se pencha vers Reï et lui chuchota :

- Ils agissent comme s’ils ne sortaient pas ensemble, mais c’est archi faux !

 

 Cela faisait maintenant plus de deux heures que les adolescents étaient sortis. Renko, pour passer le temps, lisait un livre dans le salon, pendant que Carlin après s’être occupé de Luce, s’enferma dans sa pièce.

 Il devait peindre, mais voilà aux bouts deux heures, rien. Il soupira fataliste. Il s’ennuyait. Il ne savait pas quoi faire. La maison était beaucoup trop calme sans les mioches. Thalia les avait abandonnait pour aller dormir chez une amie. Elle leur avait fait des recommandations évidemment, genre de ne pas sortir, de faire attention en descendant les escaliers et tous et tous….

 Carlin renifla. Cette gamine les prenait pour qui là ? Ils n’étaient pas encore séniles, encore heureux. Il abandonna sa toile et sortit. Il alla zieuter un coup d’œil à sa pupusse adoré. Pour une fois, le bambin dormait. Tant mieux ! Luce pouvait être adorable, mais le jeune homme en avait assez de faire des nuits blanches. Si ce n’était pas la faute du bambin, c’était les cauchemars de Thalia, de Maeva ou encore de Ludwig.

 Enfin pour Ludwig, il était tranquille. Reï pouvait très bien se charger de veiller sur ce grand dadais. Un sourire étira ces lèvres. Le blond allait en voir des vertes et des pas mures. Ludwig avait jeté son dévolu sur lui et il ne lâcherait pas prise tant qu’il n’aurait pas ce qu’il voulait. Pour ça, il avait bien hérité de son père dont il portait le nom, mais aussi de Ludmilla.

 Carlin se passa une main dans ses cheveux noir corbeau. Il se secoua un bon coup. Hors de question de repenser à son amie décédée ! Il ne voulait pas déprimer. La poisse ! Voilà ce qui arrivait quand il s’emmerdait !

 Un autre sourire revint sur ces lèvres. Il savait quoi faire maintenant. Cela faisait un moment où il ne l’avait pas emmerdé celui-là. Enfin la dernière fois, c’était la veille donc c’était vieux ! Pas vrai ?

 Il fonça vers les escaliers et les dégringola en quatrième vitesse. En arrivant vers le salon, il se mit à crier :

- Rennnnnnnnnnnkooooooooooooo, je m’ennuie !

 Le grand brun sursauta comme à son habitude avant de recevoir un corps lui tombait dessus. Son livre fut envoyé valdinguer à l’autre bout de la pièce.

- Carlin ! Tu ne peux pas arriver normalement ?

- Nada ! C’est bien trop ennuyeux sinon !

 Carlin se redressa et s’installa à califourchon sur les jambes musclées de son compagnon. Les mains croisées derrière la nuque de son homme, alors que celui-ci le retenait par les hanches.

- Pour une fois que je pouvais lire tranquille !

 Carlin se pencha et lui mordit l’oreille. Renko grimaça.

- Aïe ! Brute !

- Occupe-toi de moi plutôt que de penser à ton bouquin ! Tu m’as trop délaissé.

 Le brun se mit à rire.

- Tu es gonflé tout de même ! Tu m’as empêché de dormir pratiquement toute la nuit !

- Ça, c’est de l’histoire ancienne !

 Renko se mit à rire à nouveau tout en approchant ces lèvres de ceux de son compagnon. Même après toutes ces années, il ne pouvait s’empêcher d’adorer cette bouche et surtout cette langue agaçante. Il laissa, ensuite ses lèvres glissaient, le long de son cou. Ses mains passèrent sous le pull rouge de Carlin. Le jeune homme avait gardé la douceur de sa peau, de sa taille et de sa minceur.

 Trop impatienté, Carlin retira son pull et commença à déboutonner la chemise de son homme. Il ne restait pas en reste et laissa errer ses propres lèvres sur la peau de son vie à vie, sur ses épaules, sur son cou. Pour toutes les fois où c’était lui qui se retrouvait avec un suçon, cette fois-ci ce fut au tour de Renko.

 Celui-ci grogna, ce qui fit rire Carlin bien évidemment. Renko souleva son compagnon et l’allongea sur le canapé. Il en profita pour retirer le dernier rempart de Carlin. Ce n’était pas parce qu’il était devenu un adulte qu’il avait changé pour autant sa manie de ne rien porter sous le pantalon.

 Renko reprit de nouveau possession de la bouche tentatrice avant de glisser ses lèvres et sa langue sur tout le corps de son compagnon qui se sentait de plus en plus enflammé. Après tout ce temps, il le connaissait par cœur. Il connaissait tous les points sensibles. Il ne se gêna pas à s’y rendre pour exacerber le désir de Carlin à l’extrême.

 Carlin se tortillait dans tous les sens, les mains enfoncées dans la chevelure brune. Les lèvres de Renko finirent leur route vers le bout tendu près à éclater. Il l’embrassa avant de l’engloutir et de commencer son mouvement de haut en bas.

 Au bout de quelques minutes, Carlin jouit. Il eut du mal à reprendre conscience, mais après quelques secondes, il se reprit et en gesticulant, il parvint à changer la donne. Bien que cela se résulta par une chute sur le tapis.

- Aïe ! Aïe ! Aïe ! s’exclama le grand brun en tombant sur les fesses. Carlin gloussa avant de chevaucher à nouveau son compagnon. Ce fut à son tour de parcourir tout le corps parfait de Renko. À chaque caresse, à chaque baiser, il pouvait sentir le corps de son ami frissonner sous le plaisir et surtout avec une respiration qui devenait de plus en plus rapide.

 Renko se laissait faire tout en caressant à nouveau le corps de Carlin, de glisser ces mains vers les fesses bien rebondies. Un doigt aventureux, se rendit vers un orifice pour le préparer. Bientôt, n’en pouvant plus, Carlin se positionna et s’emboita au désir intense de Renko.

 Il commença à bouger doucement au début, puis de plus en plus vite jusqu’à devenir infernale. La pression se fit et éclata.

 Carlin se laissa retomber sur son compagnon qui lui entoura la taille. Renko embrassa les tempes de son ami. Celui-ci se redressa légèrement et baisa les lèvres de Renko.

- Tu sais que je t’adore !

 Son ami se mit à rire.

- Heureusement, vu que je fais toujours tes quatre volontés.

 Carlin gloussa. Il se penchait à nouveau pour baiser les lèvres très tentantes, mais un cri, lui fit faire la grimace. Renko se mit à nouveau à rire.

- La récré est terminée ! Papa poule doit aller voir son poussin.

 Carlin se redressa et se rhabilla rapidement. Il allait sortir quand il se retourna vers son compagnon.

- Attends que papa poule est fini ! Il va te picorer toute la nuit pour t’être moqué de lui !

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Une nouvelle vie : chapitre 09

Les jeunes rentrèrent qu’aux petits matins. Reï pouvait dire que c’était bien la première fois où il s’était vraiment amusé comme un fou. Le top des tops, ce fut quand pour faire plaisir à Ludwig, Shin ordonna à son camarade de lui mettre une certaine musique. Il semblait que cette musique charmait comme un serpent le percé. Plus tard, il apprit de la bouche même de l’intéressé que c’était la musique préférée de sa mère Ludmilla.

 Dès les premiers morceaux, Ludwig se retrouva de nouveau sur la piste et devint presque fou au grand plaisir de ces amis d’ailleurs. À vrai dire, Reï trouvait la musique très chouette et puis faire de la musique dance avec le son d’un saxophone, il fallait oser. Shin lui donna le titre dès qu’il put lui demander. C’était Infinity deux mille huit de Guru Josh Project, une musique reprise sortie dans les années mille neuf cent quatre-vingt-dix.

 Lina pendant la chanson était venue chercher Reï afin qu’il ne reste pas seul. La folie de Ludwig avait gagné tout le monde et la boite était surchauffée. Bien sûr, Shin ne resta pas en reste et accompagna son ami dans sa folie.

 Reï put dire ce soir-là qu’il n’avait jamais ri autant depuis très longtemps. Quand il fut l’heure de rentrer, les jeunes se retrouvèrent un peu dans le chou. Heureusement pour eux, Lina était une très bonne conductrice et n’avait bu aucune goutte d’alcool. En chemin, Ludwig tomba dans le sommeil et sa tête tomba pile-poil sur l’épaule de Reï qui n’osa pas bouger de peur de le réveiller.

 Shin leur avait annoncé qu’il venait les rejoindre chez les Oda Miori. Il les suivait en moto. Évidemment avec la chance qu’elle avait, Lina se fit contrôler par les gendarmes. Les coquins s’étaient très bien cachés. Mais manque de pot pour eux, la fille n’avait rien à se reprocher et ils ne tardèrent pas à la relâcher. Par la même occasion, ils s’occupèrent de Shin, mais ne restèrent pas longtemps, car une voiture passa à très grande vitesse. Les gendarmes furent donc trop occupés d’un coup pour les ennuyer encore plus.

 Quand finalement, ils arrivèrent, ils entrèrent dans la maison sans faire de bruit. Mais contre toute attente, l’un des deux hommes se trouvait toujours debout. Apparemment le petit Luce avait décidé que l’un d’eux ferait une nuit blanche. Carlin les salua plutôt grognon. Trois nuits blanches consécutives ne rendaient surement personne de très agréable compagnie.

 Alors, ce fut sur la pointe des pieds que les jeunes se rendirent dans la chambre pour au moins avoir quelques heures de sommeil. Lina et Maeva squattèrent la chambre des garçons, vu qu’il y avait assez de lits.

 Ludwig se sentait bien pour une fois. Il se disait qu’il allait pouvoir faire une nuit complète sans cauchemars. Dans la semaine, Reï l’avait réveillé deux fois à cause de son agitation. Il s’en voulait un peu. Il ne voulait pas déranger les personnes qui n’étaient pas concernées par ses problèmes. Mais ce qui plaisait bien à Lud, c’était que le blond ne se plaignait jamais.

 Pas, qu’il n’avait pas de caractère, bien au contraire, mais que dans un sens, il savait être patient. En y réfléchissant, par certains côtés, Reï lui faisait penser à Simon, son défunt beau-père. Simon était toujours d’une patience d’ange, toujours le sourire et un mot gentil pour tout le monde et en particulier pour Ludmilla.

 Ludwig se laissa tomber comme une masse dès qu’il vit son lit et s’endormit aussitôt sans se déshabiller. Maeva emprunta un des lits superposés tout comme Shin qui attrapant Lina, la força à dormir dans le même lit que lui. Il lui énonça qu’il avait besoin d’une bouillotte. Une excuse bidon ! Bien que la jeune fille ne refusa pas. C’était évident !

 

 Le jour venait de se lever depuis un moment quand Carlin se réveilla en sursaut du canapé. Le petit Luce se trouvait dans ses bras bien réveillés également. Dès qu’il vit son père le regarder, il lui adressa un joli sourire édenté.

- Tu es une sacrée fripouille, Luce !

 Le petit se mit à rire. Le jeune homme se releva et s’étira un bon coup. Un bon café et il serait d’attaques pour jouer les chieux aujourd’hui. Il embarqua le petit sous le bras. Luce riait d’être porté de cette façon. Il lui donna un biberon de lait. C’était la seule chose que l’estomac du petit acceptait le matin. C’était bien tout de même ces machines Senseo et compagnie. C’était rapide et efficace. Dès qu’il but sa première tasse, Carlin se sentit beaucoup mieux. Il en but au moins trois, puis s’exclama au petit Luce qui le regarda avec grand sérieux.

- Alors qu'est-ce qu’on fait maintenant ? Il est neuf heures trente du matin. Qu'est-ce que l’on pourrait faire à ton avis ?

 Luce pencha la tête sur le côté comme s’il réfléchissait et tout à coup se mit à rire. Son père eut un sourire à son tour. Un sourire de connivence !

- Tu penses comme moi, mon poussin ? On va faire les fous.

 Carlin attrapa dans ses bras le petit, se mit en devoir de monter à l’étage. En premier lieu, il devait s’occuper d’aller picorer celui qui avait réchappé à la nuit blanche. Il pénétra dans sa chambre et sauta sans douceur sur le lit en criant avec Luce. Renko se réveilla tellement en sursaut qu’il faillit chavirer du lit. Carlin éclata de rire de la situation.

- Carliiiiiinnnnnn ! On est dimanche.

 Son compagnon posant Luce entre les deux oreillers afin qu’il ne tombe pas, se pencha ensuite vers le brun et lui baisa les lèvres. En même temps, il souleva la couette et observa en dessous. Renko lui tapa la main.

- Pervers !

- Mais euh ! Je regardais juste si tu avais toujours de belles fesses.

- Elles n’ont pas changé, depuis hier soir, voyons !

 Carlin sourit. Luce bougea et se laissa tomber sur son deuxième père qui le rattrapa à temps.

- Toi aussi, tu es un démon !

 Le petit se mit à rire.

- J’ai bien l’impression qu’il déteint sur toi.

- N’importe quoi ! Allez ! Vient mon poussin. Il faut s’occuper des autres maintenant.

 Luce tendit ses petits bras à Carlin, qui le reprit dans ses bras. Avant de se lever entièrement du lit, il se pencha à nouveau vers son compagnon pour un nouveau baiser plus long cette fois-ci.

 Ensuite, en sautillant jusqu’à la porte, il s’exclama :

- Allez debout fainéant ! La meute d’affamé va arriver dans ta cuisine avant même que tu puisses dire ouf !

 Renko se laissa retomber sur les draps en poussant un long soupir. Impossible d’avoir la grasse matinée avec lui ! D’ailleurs, il ne savait pas du tout ce que cela voulait dire. Après un autre soupir, il se décida enfin à se lever. S’il ne le faisait pas assez vite, il risquait de revenir à nouveau et il lui en ferait voir des vertes et des pas mûrs.

 

 Carlin ouvrit doucement la porte de la chambre des garçons. Comme il se doutait le lit de tête était vide. En entendant le bruit de la douche, il sut de suite où se trouvait Reï. En jetant un rapide regard dans la chambre, il trouva assez rapidement ce qu’il cherchait. Il s’y dirigea et l’emprunta. Il se dirigea vers la salle de bain et d’un doigt fit le signe de silence au petit. Celui-ci refit le geste et eut un sourire.

 Reï se trouvait sous la douche depuis un moment. Il éteignit le robinet et se retourna. Il fut ébloui par un flash. Quand il sut ce qui c’était passé, il se sentit rougir de la tête aux pieds et attrapant une serviette se cacha derrière. Dès que ces yeux purent de nouveau voir correctement, il vit Carlin avec un large sourire tenant dans une main un appareil photo et de l’autre Luce.

- Vous n’avez pas osé ?

- Haha ! Bien sûr que si ! Mais si tu ne veux pas que j’en prenne d’autres et méfis-toi, je suis très doué pour en faire, tu as intérêt à me tutoyer. Fais en sorte que ta jolie petite tête s’en souvienne.

 Après cette réplique, le jeune homme sortit de la salle de bain abandonnant un adolescent rouge comme une tomate et qui ne savait pas du tout comment réagir. Il se dirigea ensuite vers les deux corps allongés dans le même lit. Un flash les réveilla en sursaut. Surtout pour Shin qui se redressa d’un bond et se cogna violemment la tête contre le haut du lit.

 Il foudroya du regard le coupable qui souriait d’un air sadique. Lina se frotta les yeux encore à moitié endormis.

- Carlin, il est trop tôt !

- Je sais, c’est bien pour cela que je suis là !

- Tu es un vrai sadique, papa ! s’exclama Maeva qui s’était réveillé en entendant le cri de Shin.

- Hihihi ! Allez au tour du dernier !

 Il se dirigea vers Ludwig. Il s’amusa à prendre plusieurs clichés de son filleul. Il savait bien que les flashs ne le réveilleraient pas du tout.

- Il est trognon quand il dort, s’exclama Maeva.

 En entendant du bruit derrière lui, Carlin se retourna et vit Reï. Il se mit à glousser quand le garçon se mit à nouveau à rougir. Pour le taquiner encore plus, il murmura :

- Les filles ? Vous voulez voir une belle photo ?

 Maeva et Lina s’approchèrent du jeune homme. Reï bondit et récupéra l’appareil photo.

- Hors de question !

- Eh ! Pourquoi ne veux-tu pas nous laisser regarder ? S’offusqua Lina.

- Ça ne te regarde pas !

 Carlin éclata de rire.

- Papa ? Qu'est-ce qu’il y avait comme photo ?

 Carlin lui jeta un coup d’œil malicieux.

- C’est un secret ! Bon, allez ! Luce, c’est le moment d’attaquer la terreur !

 Le jeune homme se retourna de nouveau vers son filleul et comme la dernière, dans l’appartement du percé, il se mit à califourchon entre les jambes et posa devant lui le petit. Luce se trouvait carrément assis sur le ventre de Ludwig.

 Le jeune homme brun sentit un poids et deux petites mains qui lui tiraient les joues en riant. Il ouvrit les yeux et croisa le regard noir moqueur de son oncle.

- On ne peut même plus dormir en paix ?

- Que dalle ! De plus si tu étais réveillé, tu aurais pu voir une certaine photo de Reï sous la douche.

- Quoi ? Bouge-toi, je veux la voir !

 Ces amis éclatèrent de rire, alors que Reï s’écria qu’il était hors de question qu’il la voit, que de toute façon, il l’avait effacé. Mal lui en prit, car Carlin lui jeta un regard de concupiscence. Le blond, horrifié, vit l’oncle de Ludwig sortit de sa poche un autre appareil photo et de le donner au percé. Rougissant, il s’enfuit de la chambre sous les rires de ces nouveaux camarades. « Le bougre, il l’avait bien eu ! »

 Il pénétra dans la cuisine où une bonne odeur de pain grillé se faisait sentir. Renko se tourna vers lui et le vit tout rouge. Il eut un sourire.

- Rien qu’à voir ta tête, je dirais que tu viens de te faire avoir en beauté par Carlin ? Je me trompe ?

 Reï se laissa tomber sur un siège.

- Est-il toujours comme cela ?

- Hahaha ! Tu n’es pas encore sorti de l’auberge mon pauvre. Ça, ce n’est qu’une des facettes de mon adorable compagnon.

 Reï laissa tomber sa tête sur la table.

- Dans quelle galère je me suis foutu !

 Renko éclata de rire. Il ébouriffa la tête blonde. Reï trouvait à chaque fois agréable ce simple geste. Il se souvenait que sa mère le faisait souvent quand il était petit surtout pour l’aider à dormir. C’était si loin. Il se redressa quand il entendit les autres arrivées. Ludwig pénétra dans la cuisine en pleine forme. Il s’installa près de Reï et se pencha vers lui, il lui chuchota :

- T’étais vraiment trognon sous la douche.

 Reï se recroquevilla un peu plus sur sa chaise pendant que Lud se mettait à rire de son embarras.

Posté par Origine1975 à 17:50:23 - - Commentaires [1] - Rétroliens [0]


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