Une nouvelle vie : Prologue
Dans le courant du mois
de Janvier 2026
C’était un jour comme un autre, un jour
pluvieux, un temps en concordance avec son cœur. Il n’en pouvait plus. Il
sentait la folie le gagner. Il marchait d’un pas lourd. Des personnes lui
parlaient, des personnes qu’il connaissait, mais il n’avait pas envie de les
écouter. D’ailleurs pourquoi le ferait-il ? Elles racontaient que des
conneries plus grosses que leur cerveau vide. La pluie l’avait complètement
trempé, mais il s’en fichait également. Son uniforme scolaire lui collait à la
peau et soulignait son corps très grand et très mince. Certain par méchanceté
le surnommait sac d’os ou le squelettique. Mais d’autres mots étaient plus violents
comme l’attardé, le dégénéré.
Il se faisait souvent racketter. Un
groupe de jeunes lui volait régulièrement son déjeuner ou lui jetait son sac
dans les ordures. Il ne savait pas comment réagir. Il ne voulait pas utiliser
la violence. Il savait que si jamais il laissait sa colère éclater cela ferait
du mal, beaucoup de mal. C’était déjà arrivé. Il avait promis à sa mère de ne
plus jamais recommencer.
Mais à la place, son jeune frère de
deux ans de moins faisait justice à sa place. Cela lui faisait mal. Il ne
voulait pas qu’il devienne comme lui. Il l’aimait trop pour cela. Un amour
incestueux qui le rongeait à l’intérieur, qui le tuait petit à petit.
Son frère ne le savait pas évidemment.
Personne ne le savait. Il avait peur qu’il l’apprenne d’ailleurs. Son petit
frère se trouvait être son opposer, toutes les filles le trouvaient à leur goût
et les garçons le trouvaient agréable et bon pote.
Pourtant quand ils étaient petits, tout
le monde pensait qu’ils étaient jumeaux tellement ils se ressemblaient. Ils
avaient hérité de la crinière blonde comme les blés de leur mère et des yeux
verts couleur vert d’eau. Leurs visages également étaient très proches. Des
yeux en forme d’amande, des pommettes hautes aux joues un peu creuses, une bouche
fine et ferme, une peau couleur de miel, des sourcils en accent circonflexe faisaient
d’eux la fierté de leur mère qui les avait eus très jeunes.
Mais, parce qu’il y avait un mais, leur
père avait pris la fuite après douze ans de vie commune et leur mère partit en
dépression. Elle se mit à boire et accusa à tort ses propres enfants d’être
responsables de cette défaillance. Elle commença à les battre à la moindre
excuse.
L’aîné fit tout son possible pour
protéger le plus jeune. De cette protection trop rapprochée, des sentiments non
voulus étaient apparus et le rongeaient maintenant. Maintenant, il voulait agir
de la même manière que sa mère, cette folle. Il voulait enfermer son frère afin
que plus personne ne puisse l’approcher. Mais en même temps, il le haïssait. Il
voulait lui faire du mal.
Parce que c’était juste une excuse de
ne pas vouloir réagir quand les autres l’ennuyaient en affirmant qu’il ne
voulait faire de mal à personne. C’était pur mensonge. Il se délectait à chaque
fois où son frère lui venait en aide. Il avait l’impression d’être la seule
personne importante dans sa vie. Mais cela aussi était faux. Il le savait bien.
Il traversa le hall, puis le couloir en
passant devant les portes des classes sans entrer dans aucune d’entre elles.
Certains élèves l’interpellaient toujours ou se moquaient de lui. Il n’écoutait
pas. Cela le rendait indifférent aujourd’hui. Plus rien ne le touchait. Il
arriva finalement devant les marches qu’il cherchait. Il les monta quatre par
quatre. Il ouvrit enfin la porte. Il se retrouva sur le toit.
Personne ne venait ici. Cela avait
toujours été son refuge où il avait pu pleurer toutes les larmes de son cœur
pendant très longtemps, mais maintenant c’était terminé. Il s’était fait la
promesse de ne plus jamais pleurer, mais il ferait en sorte que d’autres
pleurent. Il s’approcha de la rembarre, celle où il manquait un gros morceau.
Il regarda vers le bas.
D’autres élèves arrivaient. La sonnerie du
début des cours allait bientôt sonner. Certains d’entre eux le virent et
hurlèrent des phrases, des mots qu’il ne comprenait pas. Il vit un professeur
courir dans sa direction. Le garçon ricana. Avant qu’il n’arrive, cela serait
fini.
Il le vit enfin. Son jeune frère venait
d’arriver. Il le vit lever la tête et hurlait à son tour. Le garçon sourit. Il
se laissa tomber dans le vide en criant :
-
Souffre autant que j’ai souffert !
Il s’écrasa sur le sol, la tête en sang
juste devant les pieds de son jeune frère. Celui-ci fixait son visage qui
malgré sa maigreur, ressemblait trop au sien. Son esprit s’évada, des larmes
coulaient le long de ses joues avant qu’il ne perde connaissance.
Ce jour comme un autre, ce jour
pluvieux vit la fin d’Hisoka Harada, jeune homme d’à peine dix-huit ans.
Une nouvelle vie : chapitre 01
L’enterrement,
c’était déroulé quelques jours plus tard. Aline Harada avait dû emprunter de
l’argent à la banque afin de pouvoir payer les obsèques. Pour cela, elle ne se
gêna pas d’insulter le défunt en privé devant son autre fils qui l’écoutait
déblatérer en silence. Depuis ce fameux jour, rien ne l’atteignait et chaque
soir, il faisait le même cauchemar. Il revoyait la chute de son frère, encore
et encore et surtout ce visage ensanglanté.
Le jour J, il suivit le mouvement
toujours muet. Il préférait observer sa mère, cette chienne, ce rapace, qui
jouait aisément la comédie devant toutes ces personnes venues soi-disant par
amitié pour le défunt. Mais le garçon savait lui que ces personnes étaient
surtout venues pour se repaître de la souffrance des autres. Il reconnaissait
la bonne partie pour être des élèves de son lycée. Ces êtres, c’était souvent
amusé à se moquer, à critiquer, à bousculer, à voler Hisoka. Ce n’était en
aucun cas des amis.
Il les haïssait, car il les tenait en
grande partie responsables de ce malheur, mais celle qu’il tenait comme
coupable principale, c’était sa mère, leur mère. Pour la première fois de sa
vie, le garçon mourrait d’envie de frapper quelqu’un, de la détruire comme elle
avait voulu détruire la leur. Elle avait réussi tout au moins pour l’un d’eux.
Qu’allait-elle inventer pour le deuxième ?
La cérémonie dura moins d’une heure. Il
dut les écouter parler d’Hisoka Harada comme s’ils le connaissaient depuis
longtemps, comme s’ils étaient très proches de lui, mais ce n’était que des
mensonges, tout était faux. Personne ne le connaissait, ni sa mère, ni eux, ni
lui.
Après le cimetière, le garçon dut subir
encore les condoléances de ces personnes insensibles, polies et surtout hypocrites.
Il avait envie de hurler et de leur dire de dégager, mais il ne s’en sentait
pas capable, pas encore. Il n’arrivait pas à faire son deuil.
Finalement, ces étrangers finirent par
partir et le garçon se sentit beaucoup mieux, mais cela fut de courte durée. À
peine rentrée chez eux, sa mère attrapa sa bouteille de vodka. Il soupira. Dans
quelques heures, il serait obligé de la mettre au lit et elle lui balancera
toutes les âneries qu’elle ne savait que dire.
Heureusement pour lui, elle n’avait pas
encore vu le mot du directeur du lycée. Il espérait qu’elle le verrait le plus
tard possible. Dès fois, il se demandait pourquoi il restait encore avec elle.
Pourquoi son frère et lui n’étaient-ils pas partis ? Pourquoi n’avoir
jamais fugué comme la plupart des gosses mal aimés ? En y réfléchissant,
s’ils l’avaient fait, Hisoka serait peut-être encore en vie ? Ou peut-être
que non ?
Il avait vu un homme d’âge moyen parler
avec sa mère la veille. La seule chose qu’il avait sue c’était que cet homme
était médecin, mais c’est tout ce qu’il put savoir. Ensuite, sa mère s’était
mise à hurler et lui avait balancé sa bouteille en pleine tête. Il se retrouvait
avec trois points de suture à l’arcade sourcilière.
Il regarda autour de lui, dans cet
appartement en location. C’était juste un T3. La première chambre appartenait à
sa mère et l’autre la sienne. Hisoka dormait dans le salon sur le clic-clac. Il
soupira à nouveau. Il se mit en devoir de ranger le désordre dans l’appart. Sa
mère n’était vraiment pas douée pour le ménage, ni pour la cuisine d’ailleurs
surtout depuis quatre ans. Pour ainsi dire, sa seule nourriture était son
alcool. Les mioches s’ils voulaient manger, avaient dû se débrouiller pour se
nourrir et surtout pour trouver de la nourriture. Pas facile sans argent !
Si par malheur, ils volaient de
l’argent à leur mère, ils recevaient une raclée, alors petit à petit, les deux
frères avaient appris à voler dans les supérettes ou les portefeuilles de personne
négligents. Hisoka ne s’était jamais fait prendre, mais le plus jeune s’était
fait arrêter et sa mère fut obligée de venir le récupérer au commissariat du
coin. Même encore maintenant, il se souvenait encore de la violente raclée
qu’elle lui avait donnée ce jour-là.
Une heure plus tard peut être deux, il
ne savait plus, il entendit un gros fracas. Un nouveau soupir s’échappa de ses
lèvres fermes. Ça allait barder comme d’habitude.
-
Putain de merde ! Reï amène toi ici !
Le garçon se dirigea rapidement dans le
salon. La bouteille de vodka se trouvait sur le tapis en mille morceaux.
-
Nettoie ça et va m’acheter une nouvelle bouteille.
-
Je n’ai pas dix-huit ans. Le vendeur refusera de me la vendre, répliqua-t-il
avec lassitude.
Sa mère se leva et toisa le grand
garçon face à elle. Une chose qu’elle adorait par-dessus tout s’était de
rabaisser les hommes plus grands qu’elle et l’avantage ici présent, c’était que
son jeune fils mesurait près des uns mètre quatre-vingt-cinq, plus grand que ne
l’avait été Hisoka.
-
Tu n’es qu’une lopette qui ne sait rien faire. Tu es inutile, même un
chien à plus d’utilité que toi. Dégage de ma vue !
Reï serra les dents. Il mourrait
d’envie de la frapper. Sa main le démangeait. Il respira à fond et tourna les
talons. Il repartit dans la cuisine où il se savait en sécurité. Il l’entendait
râler, injurier le monde entier tout cela pour une simple bouteille de vodka.
Il finissait de laver la vaisselle
quand il l’entendit passer devant la porte de la cuisine. Il y jeta un coup
d’œil. Elle avait passé son manteau et serrait son sac. Elle allait se rendre
dans les bars du coin surement pour boire de tout son soul et demain, il la
trouverait coucher surement dans les ordures où elle était à sa place
d’ailleurs. Écœuré, il se retourna pour ne plus la voir.
Il ferma les yeux et soupira enfin à
l’aise dès qu’il entendit la porte fermée. Mais ce fut à nouveau de courte
durée. Des hurlements se firent entendre avec un énorme bruit. Très surpris, il
courut hors de l’appart. Il y vit ces voisins devant les escaliers. Il s’y
dirigea et observa la scène face à ses yeux. Sa mère se trouvait étalée sur le
sol en bas des escaliers. En toute logique, elle avait dû se rater une marche
et avait fait une chute dans les escaliers. Il haussa les épaules. Ce n’était
pas la première fois que cela lui arrivait.
Il allait faire demi-tour pour rentrer
chez lui quand son regard fut attiré par une énorme tache qui se formait autour
de la tête d’Aline. Reï ouvrit la bouche et se mit hurler comme un dément avant
de s’écrouler.
Il se réveilla en sursaut. Pour la
première fois en un mois, il avait réussi à dormir toute une nuit sans faire de
cauchemars. C’était un vrai miracle. Enfin, c’est ce que le médecin lui affirma
quelques heures plus tard. Il ne voyait pas en quoi cela était un miracle, mais
bon, si le médecin était content, tant mieux pour lui. Celui-ci lui avait
également annoncé qu’il aurait prochainement de la visite.
Reï ne voyait pas qui pourrait venir le
voir, étant donné que sa seule famille, sa mère, était morte lors de sa chute
dans l’escalier. Il n’avait pu assister à l’enterrement vu dans l’état de folie
où la vue du sang l’avait mis. Depuis, il se trouvait dans cet hôpital aux bons
soins des infirmières indifférentes et d’un médecin trop imbu de lui-même pour
faire attention à ses patients.
Le garçon se demandait chaque jour ce
qu’il allait devenir. Sa mère avait eu la bonne idée de lui refiler toutes ses
dettes. Évidemment, il n’avait aucun moyen de rembourser et il n’était pas
majeur pour se trouver un emploi stable.
Pour se changer l’esprit, il décida de
prendre l’air. Le temps était plutôt frais, mais cela lui fit un bien fou. En
observant autour de lui, il se rendit compte que d’autres patients avaient eu
la même idée. Certains, c’était surtout pour fumé.
Il réussit à faire céder l’un d’entre
eux pour lui en refiler une, ensuite, il se trouva un coin tranquille derrière
les parterres de rosiers où il s’installa sur un banc. C’est à cet endroit que
quelques minutes plus tard, une femme de taille moyenne, rousse, plutôt enrobée,
de couleur chocolat fit son apparition devant lui. La première chose qu’elle fit
fut de lui jeter la cigarette et de l’écraser.
-
Hé ! Pourquoi vous avez fait ça ? s’écria-t-il aussitôt.
Il observa la cigarette écrabouillée
avec une moue.
-
Pour t’ennuyer pardi !
Le garçon, surpris par la réponse,
redressa la tête vers la femme qui lui souriait. Son esprit fit un tilt. Il se
souvenait de cette femme. Quand il s’était fait choper par les flics pour vol,
elle se trouvait présente. Elle ne s’occupait pas de son cas à l’époque, mais
pour une raison quelconque, il se souvenait d’elle.
-
Je vous ai déjà vu, non ?
-
Je suis ravie que tu te souviennes de moi. Je suis inspectrice. Mon nom est
Gabriella Facter.
-
Un inspecteur ? Pourquoi êtes-vous là ? Aurais-je fait quelque chose
dont je ne me souviens pas ?
La jeune femme secoua la tête en riant.
-
Non, ne t’inquiète pas. C’est juste que les médecins ne sachent pas quoi faire
de toi. Il semble que tu ailles mieux. Ils nous ont appelés pour savoir si nous
connaissions quelque chose sur ta famille.
Reï renifla de mépris.
-
De famille, je n’en ai plus. Ils sont stupides, ils auraient dû me le demander
plutôt que vous ennuyer. Si je comprends bien, il va falloir que je
dégage ?
L’inspectrice s’installa près du garçon
sur un banc.
-
Je suppose que tu n’as nulle part où aller ?
-
Qu’est ce que cela peut vous faire ?
-
Ca me fait quelque chose, figure-toi ! Tu vas être placé dans une famille
d’accueil jusqu’à ta majorité, ensuite tu pourras faire ce que tu veux. Mais
avant ça, tu devras accepter ton destin.
-
Vous ne me laissez pas le choix, pas vrai ?
-
Si, tu peux être mis dans un orphelinat, mais je trouve que tu mérites de
connaître une famille qui t’appréciera à ta juste valeur.
Le garçon secoua la tête, exaspérée.
-
Vous dites n’importe quoi. Vous croyez réellement qu’une famille d’accueil
m’acceptera, moi, un ado de seize ans ? Elle aimerait mieux un enfant à un
ado.
La jeune femme se mit à rire et se
redressa. Elle lui ébouriffa les cheveux. Ce simple geste prit au dépourvu Reï
qui trouvait cela très agréable.
-
Écoute-moi bien, mon garçon. Dans une semaine, jour pour jour, je t’emmène dans
une ville plus au sud où il fait bon vivre. Là-bas, tu rencontreras ta famille
d’accueil. Tu verras, tu vas vite apprécier d’y habiter. Ils ont l’habitude
d’être face à des adolescents et tu ne seras pas le seul. En tout cas, une chose est certaine, ta
nouvelle vie va être totalement différente de celle que tu as connue. Ça te
tente ?
-
Vous les connaissez bien, non ? Ça se voit quand vous en parlez. D’accord,
je veux bien essayer de vous croire. De toute façon, c’est mieux que rien.
-
Bien, alors mon cher Reï, nous nous voyons dans une semaine. Ton destin est
scellé.
Le garçon la regarda partir et sentit
un frisson d’appréhension et en même temps, une envie irrésistible d’être déjà
le jour J et il ne savait pas pourquoi.
Une nouvelle vie : chapitre 02
La
semaine fut très longue pour le garçon. Il dut subir la visite du psychologue
en présence de l’assistance sociale. D’après ce qu’il comprit, ces deux
personnes voulaient surtout savoir s’il ne serait pas un être dangereux pour
les autres et pour lui. Il savait en connaissance de cause ce que représentait
le suicide. Il l’avait vu en face. Pendant toute sa durée dans cet hôpital, Reï
avait eu le temps de réfléchir, de penser à son frère. Il comprit largement que
le suicide n’était en aucun cas une solution. Une vie était sacrée, il l’avait
compris à la mort de sa mère et en observant les allers venus dans l’hôpital.
La vie pouvait ne tenir que d’un fil, à cause d’un accident, d’une maladie,
d’un mauvais calcul et elle vous filait entre les doigts.
Une bibliothèque gratuite était à la
disposition des patients. Le garçon y passait la bonne majorité du temps.
Jamais, il n’avait lu autant de livres. Il discutait souvent avec un vieux
monsieur fragile du cœur. Malgré son problème cardiaque, le vieil homme Anselme
gardait une joie de vivre à toute épreuve. Il avait plus de quatre-vingt-dix
ans et avait été marié à la même femme pendant plus de soixante-sept ans. Sa
femme l’avait quitté d’un cancer des poumons l’année dernière. Avec elle, il
avait eu quatre enfants, deux filles et deux garçons. Ils étaient tous mariés
et grâce à eux, il se trouvait être grand-père une bonne dizaine de fois et
deux fois arrière grand-père. Il affirmait avoir réussi sa vie. Il était prêt à
partir à tout moment. Il ne regrettait rien.
Il avoua pourtant au garçon comme pour
lui enseigner quelque chose que sa jeunesse n’avait pas été tendre pour autant.
Il avait été orphelin à l’âge de onze ans et avait été envoyé dans les pires
orphelinats qui existaient à l’époque. Les femmes et les hommes qui s’en occupaient
étaient les pires horreurs à imaginer. Jamais, un geste tendre, jamais un
remerciement, jamais un sourire, mais toujours des ordres, un vrai camp
militaire ! Et encore, un camp militaire était encore trop doux pour
montrer vraiment la méchanceté gratuite de ces gens indifférents.
Cela ne l’avait pas rendue amère ou
sans pitié, au contraire, cela lui avait enseigné à se battre pour son idéale.
Il avait décidé de prendre sa vie en main et de faire tout le contraire de ce
que ces personnes lui avaient donné.
Reï aimait bien parler avec cet homme,
enfin parler, plutôt écouté serait le mot juste. Mais avant la fin de la
semaine, Anselme s’en alla dans son sommeil. C’était une jeune infirmière qui
était venue lui annoncer sa mort. Elle les avait vus souvent discuter ensemble
et elle trouvait juste de lui avouer. Il n’avait pas pleuré pour son frère, ni
pour sa mère, mais pleura comme un bébé en apprenant la mort du vieil homme.
Une des filles vint pour les papiers et pour les obsèques de son père. Celle-ci
vint lui rendre visite et le remercia chaleureusement d’avoir pris le temps de
discuter avec son père. Elle lui avoua également qu’Anselme leur avait parlé de
lui et que si un jour, il avait besoin de quoi que se soit, il pourrait
l’appeler. Elle lui refila une carte où son nom figurait, ainsi que son adresse
et un numéro de téléphone.
Elle dut comprendre que le garçon ne la
croyait pas une seule seconde.
-
Je t’assure mon garçon. Mon père nous a appris l’entre aide. Si un jour, tu as
le moindre souci avec ta famille d’accueil, appelle-moi et je viendrais. Je te
le promets et ce n’est surtout pas des paroles en l’air. Tu n’auras qu’à
m’écrire, je te répondrais. Je pourrais ainsi parler sur la tombe de mon père
et lui assurait que tu ailles bien. On ne sait jamais peut-être qu’il
m’entendra et en sera très content. Tu m’écriras, OK ?
Reï hocha la tête toujours un peu
sceptique et en même temps ravie. Il ne la connaissait pas, mais elle semblait
très sincère, alors il songea que tentait le coup, il ne risquait pas
grand-chose. Si elle ne lui répondait pas, cela voudrait juste dire qu’elle
s’était foutue de sa poire.
Enfin, le jour J arriva. Il était prêt
depuis le matin aux aurores. Il attendait avec une certaine impatience la venue
de cette femme inspectrice. Il en avait assez de cet hôpital. Il voulait sortir
et reprendre une vie plus normale, enfin, espérant qu’elle soit normale.
Elle finit par arriver dans les
alentours de dix heures du matin sans se presser. Elle affichait un sourire joyeux,
car elle s’apercevait bien que le garçon s’impatientait. Elle n’avait pourtant
rien dit de cette famille d’accueil, mais à chaque fois, les enfants ou les
adolescents réagissaient de la même manière. Ils étaient plus sensibles, ils
devaient se douter inconsciemment que leur vie serait totalement différente.
Elle se demandait comment réagirait le
garçon quand il les verrait. Elle attendait avec impatience de voir sa tête.
Elle les avait appelés la semaine dernière et celle-ci lui avait assuré qu’il y
avait encore de la place pour un nouveau. Cela l’inquiétait tout de même. Pas
le fait qu’elle négligerait le petit nouveau, mais sur le nombre de personnes
chez eux. La dernière fois où elle s’était rendue chez eux, il y avait en tout
et pour tout, une bonne dizaine d’enfants, adolescents réunis. Tous ne
restaient pas indéfiniment chez eux. Ils y venaient que pour quelques jours ou
quelques mois, ensuite ils repartaient chez leurs parents respectifs. Cette
fois-ci, ils seraient combien ? Quand elle leur avait posé la question la
seule chose qu’elle eut droit, fut le téléphone raccrochait au nez. C’était
bien d’eux d’agir de la sorte.
Des fois, elle trouvait que cette
famille agissait exactement de la même manière que les gosses qu’elle
s’occupait. C'est-à-dire de vrai gamin ambulant à qui il était très, mais très
difficile de résister.
Reï la salua avec chaleur même s’il ne
souriait pas. Gabriella s’en était rendu compte. Le garçon n’avait plus sourire
depuis la mort de son frère Hisoka. Elle espérait sincèrement pouvoir un jour
avoir la chance de le voir afficher un sourire sur ces lèvres et qui plus est,
un sourire chaleureux.
Elle lui annonça que sa venue était
très attendue. Le départ fut bien évidemment retardé à cause de cette fichue
assistante sociale qui signa les papiers de façon très lente tout en râlant sur
le fait de faire partir l’enfant de la ville où il avait grandi. L’inspectrice
restant très calme et professionnelle, lui déposa une feuille de papier à
l’emblème d’un juge. La lettre indiquait que Reï Harada avait la permission de
quitter la ville et de se rendre dans une famille d’accueil choisie aux bons
soins de l’inspectrice Facter. Et Bla Bla Bla…
Enfin au bout deux heures de retard,
ils purent se mettre en route. Elle ordonna à l’adolescent de sommeiller
pendant le trajet, car ils avaient à peu près 6 heures de route sans
embouteillage évidemment. Elle ne voulait pas que son jeune ami, parce qu’elle
pouvait le considérer ainsi, lui pose trop de questions sur sa famille
d’accueil. Elle voulait lui faire la surprise.
Gabriella songea tout de même que le
garçon avait eu de la chance qu’elle soit en vacances. Sinon, elle n’aurait
jamais eu la possibilité de l’aider. Quand elle l’avait aperçu dans le
commissariat de sa ville quelques mois plus tôt. Elle avait tout de suite
deviné que c’était un gosse paumé. Mais à l’époque, elle se trouvait en charge
d’un dossier très lourd et sans repos. Elle ne pouvait pas faire grand-chose.
Elle avait bien essayé de faire remuer les services sociaux, mais ils avaient
tellement de dossiers et pas assez d’assistants que le drame avait eu lieu
avant qu’ils ne puissent faire quoi que ce soit. La jeune femme, tout en
conduisant prudemment, jeta un coup d’œil à son passager. Il dormait à poing
fermé, le visage serein. Elle soupira. S’ils avaient bougé plus vite, Hisoka
Harada se serait retrouvé également dans cette voiture en direction d’un lieu,
qui espérait-elle, était pour le plus jeune une bénédiction.
Une nouvelle vie : chapitre 03
Ils
eurent de la chance. Ils évitèrent les embouteillages sur l’autoroute
principale. Gabriella en était très satisfaite. Elle n’aimait pas du tout
conduire pendant très longtemps. La plupart du temps, elle préférait prendre le
TGV, mais le trajet aurait été encore plus long, car il fallait faire un
changement dans la capitale.
La circulation fluide lui permit
d’arriver à bon port dans les temps et même un peu à l’avance. Reï avait dormi
presque tout le trajet et il s’excusa d’avoir été un très mauvais compagnon de
route. La jeune femme lui assura que ce n’était pas si grave. La politesse du
garçon lui changeait des insultes et de gros mots habituels. Cela faisait un
bien fou.
Au bout d’une heure, la voiture roulait
à travers une grande ville. Elle se rendait carrément à son opposé. La famille
d’accueil ne vivait pas dans le centre, mais presque à la sortie sud. Reï
n’aurait aucun problème pour se rendre à son nouveau lycée, car il se trouvait
à une demi-heure de marche. Elle sursauta légèrement quand le garçon prit la
parole.
-
Vous n’aviez pas dit que c’était un endroit bon à vivre ?
-
Si, c’est bien ce que j’ai dit, pourquoi ?
-
Parce qu’il pleut !
La jeune femme se mit à rire.
-
Désolée, mais je ne commande pas le temps. Il fait bon vivre, c’est vrai, mais
bon, nous sommes encore en hivers.
Reï observait dehors où la pluie
tombait en rafale. La ville semblait immense, mais en réalité, ce n’était
qu’une illusion. Malgré la pluie, il pouvait voir du monde sur les trottoirs
qui discutait, marchait rapidement ou buvait dehors sur la terrasse afin de
pouvoir fumer à loisir. Ils traversèrent une longue route sans maison juste des
champs de chaque côté. Il se demandait où elle l’emmenait comme cela.
Sa surprise fut en traversant une route
où se trouvaient les plus belles demeures que Reï n’avait encore jamais vues,
seulement à la télé ou dans des revues. Il jeta un coup d’œil vers
l’inspectrice. Ne se trompait-elle pas de route ? Ils se trouvaient dans
le quartier le plus chic de la ville. Mais la voyant très sereine, il comprit
qu’elle savait très bien le chemin. Il en restait tout de même très surpris.
La voiture arriva vers la fin de la
route. Elle tourna sur sa droite et emprunta un chemin goudronné. Elle se
retrouva bientôt devant une grille en fer. La jeune femme ouvrit sa fenêtre et
composa un code. L’immense grille s’ouvrit et elle redémarra. Reï ne savait pas
où regarder. La route goudronnée entourée par une pelouse et des massifs de
fleurs très bien entretenus continuait ainsi pendant un petit moment pour mener
jusqu’à une immense maison qui ressemblait à un château en pierre brute. Le
garçon ouvrait en grand la bouche tellement, il en restait coi.
La voiture stoppa devant les marches.
Gabriella sortit et invita le garçon d’en faire autant. Celui-ci n’arrivait pas
encore à croire qu’il se trouvait vraiment devant une si belle demeure et
surtout qu’il y resterait pendant un long moment. Enfin, il l’espérait. La
jeune femme attrapa le garçon et le força à courir pour se mettre à l’abri sous
le porche.
-
Vous êtes sure que nous sommes au bon endroit ?
Gabriella qui repoussait ses cheveux
devant ses yeux releva la tête vers Reï en riant.
-
Cela fait des années que je fais ce chemin, mon garçon. Enfin, depuis que le
propriétaire a eu une subite envie d’acheter cette demeure ce qui doit faire
dans les cinq, six ans maintenant.
Reï allait de nouveau répliquer quand
la porte s’ouvrit. Il se retourna pensant voir enfin les fameux propriétaires,
mais à la place, apparut une jeune fille de son âge. Elle se trouvait être de
taille moyenne, très mince, un physique de sportif, habillé d’un jean et d’un
pull marin. Elle avait un joli visage couvert de tache de son sur le nez et un
peu sur les joues. Cela lui donnait un air mutin. Elle portait une longue
chevelure noire qui lui descendait presque au ras des fesses et avait des yeux bleus
ciel. Elle affichait un sourire sur des lèvres pleines.
La jeune fille dut reconnaître l’inspectrice,
car elle s’exclama joyeusement avant de lui sauter carrément dessus. Les deux
femmes s’embrassèrent gaiement, heureuses de se revoir.
-
Tu as bien grandi, Maeva.
-
C’est de ta faute, Gabriella. Tu n’es pas venu cette année pour fêter le Nouvel
An avec nous. Tu nous as beaucoup manqué, tu sais ?
-
Où sont tes parents ?
-
Ils sont désolés, mais ils ont dû partir après un coup de téléphone. Ils m’ont
dit, « tu gardes la maison, Mav et tu t’occupes bien des invités. »
Voilà !
Gabriella sourit. C’était bien ses
amis. Jamais là quand il le fallait. Ils ne changeraient jamais. Elle leva les
yeux au ciel. Elle se tourna vers le garçon qui se taisait depuis l’arrivée de
la jeune fille.
-
Maeva, je te présente votre nouvel invité. Il se nomme Reï Harada.
La jeune fille se tourna vers le garçon
et lui adressa un grand sourire avant de lui donner une tape sur l’épaule.
-
Bienvenue à toi, mon grand.
Elle se mit à rire et s’exclama à
nouveau.
-
Vous avez une sacrée manie d’être trop grand, les garçons. Ça ne va pas le
faire. Comment vais-je faire pour avoir le dernier mot avec toi et l’autre
abruti ?
Reï la regarda halluciner. Elle
semblait ne pas avoir la langue dans sa poche, cette fille. Finalement, elle
les invita à pénétrer dans la demeure. De suite, en y entrant, le garçon s’aperçut
la modernité à l’intérieur. Elle les mena directement dans le salon.
-
Désolée Reï, mais je ne peux faire le tour de maison avec toi. Je dois jouer la
baby-sitter pour un petit monstre d’à peine huit mois.
Tous trois entrèrent dans la pièce où
un feu de cheminée était allumé avec toute la protection requise contre les
petites menottes. Les murs étaient recouverts de lattes d’un marron clair alors
que le sol, avec une moquette d’un très beau gris vert et moelleux. Sur tout un
pan de mur se trouvait une immense bibliothèque remplie d’ouvrages, de carnets
à dessins et d’albums photo. Des fauteuils se trouvaient éparpillés dans la
pièce. Cela donnait un charme, un côté chaleureux et vivant à la pièce.
Derrière, un canapé de cuir noir, il vit un petit bambin jouer avec des cubes.
Il semblait prendre plaisir à les jeter un peu partout dans la pièce.
-
Zut ! Luce, je t’ai déjà dit d’arrêter de jeter les jouets. Tu vas finir
par casser quelque chose.
Le petit garçon stoppa net et observa
un moment la personne qui venait de parler avant que sur sa bouche édentée
apparaisse un sourire coquin. Il attrapa un cube et le jeta vers elle. La jeune
fille fit semblant de crier de douleur ce qui fit rire le bambin et elle lui
fonça de dessus. Les deux invités purent entendre rire aux éclats le petit. La
jeune fille s’assit en croisant les jambes gardant le petit sur ces genoux.
-
Fais comme chez toi, Reï. Nous n’allons pas te manger, nous n’avons plus faim.
Le garçon hésita un instant, puis vint
s’installer dans un fauteuil libre suivi du regard par les yeux noisette du
bambin.
-
Ils prennent les bambins, maintenant ?
La jeune fille serra ses bras autour de
Luce et le cajola. L’enfant avait mis son doigt dans la bouche et suçait son
pouce.
-
D’habitude, non. Mais, Anaïs nous l’a amené, il y a cinq mois. Le bébé avait
des contusions et une cicatrice à son bras gauche. Le problème, c’est que le
bébé ne voulait pas qu’une femme le prenne dans ses bras. Quand elle nous l’a
amené, il se trouvait dans une poussette. Elle espérait que mes parents
pourraient faire un miracle.
-
On dirait bien qu’ils ont réussi.
-
Tu crois cela ? Luce m’accepte parce que je vis dans cette demeure. Il y a
trois mois, une assistance sociale nous a amené une mère qui pourrait
l’adopter. Il n’a rien voulu entendre. Il s’est mis à hurler à mort. C’était
effrayant. Papa a craqué, il a viré les deux femmes pas gentiment d’ailleurs.
Il a dit à l’assistante que si jamais, elle revenait avec une bonne femme pour
lui prendre le mioche, il lui montrera comment il s’appelle.
-
Mmmmh ! C’est bien de lui d’agir de cette façon. Et maintenant ?
-
À ton avis ? Il a fait tous les papiers, il a utilisé ses relations et
maintenant, ce petit bout de chou se trouve être mon petit frère.
Gabriella éclata de rire. Reï, quant à
lui, se trouvait complètement dans le chou. Il finit par demander.
-
C’est peut-être idiot ce que je vais demander, mais si le bambin n’aime pas
être touché par une femme, alors ta mère, elle doit être sacrément triste,
non ?
La jeune fille souleva un peu le bébé
dans ses bras qui glissait avant de jeter un coup d’œil vers le grand jeune
homme blond. Vu le léger sourire de Gabriella, Maeva comprit que son nouveau
compagnon n’était pas au courant.
-
C’est simple, je n’ai pas de mère. Ma vraie mère m’a laissée seule dans notre
appartement quand j’avais à peine six ans, pour s’enfuir avec un vieux mâle
milliardaire. J’ai été envoyé dans cette famille d’accueil avec crainte, mais
ils m’ont choyé et adopté. Ils sont devenus ma famille, mais c’est une famille hors-norme.
-
Hors norme ? C'est-à-dire ?
-
Pour faire simple, je n’ai pas de mère, mais je me retrouve avec deux pères.
Les deux femmes éclatèrent de rire en
voyant la tête d’ahurie que faisait Reï.
Une nouvelle vie : chapitre 04
Il
pleuvait des cordes. Le grand jeune homme se dépêchait de rentrer en se
protégeant de son sac de cours. Il se fichait royalement que ses affaires
soient mouillées, vu que pour la quatrième fois de l’année, il venait de se
faire virer. Mais à la différence des autres fois, c’était définitivement.
Déjà qu’il avait redoublé sa sixième,
sept ans auparavant, il se retrouvait avec une classe en retard. Ce n’était pas
qu’il ne comprenait rien, c’était juste qu’il trouvait ses professeurs chiants
et lassants et ses camarades, il les trouvait ennuyeux. Ils disaient que des
âneries plus grosses que leurs têtes, ils se trouvaient très intelligents de
racketter, de frapper, d’insulter ou de rabaisser les plus faibles.
Le pire dans l’histoire, c’était qu’à
chaque fois, on lui en remettait la faute, tout cela à cause de son physique.
Pour la plupart des parents, le fait que l’enfant aimait les tatouages et les
piercings représentait la pire des espèces pour leurs petits choux aux mains blanches.
Maintenant âgée de dix-huit ans, la
chose continuait. Déjà avec sa taille un mètre quatre-vingt-quinze et ses
épaules carrées, il était déjà impressionnant. Mais voilà, monsieur aimait les tatouages
et ne s’était pas gêné dans faire. Sur tout son bras gauche, on pouvait
apercevoir un tribal, alors que son bras droit, on y voyait un cobra près à
l’attaque et sur son avant-bras une tête de mort comme celle des pirates. Sa
mère lui disait souvent qu’il était aussi sauvage que ces anciens maîtres des
mers. Son visage pourrait être qualifié de beau s’il ne l’avait pas amoché avec
ces piercings. Il avait hérité de son père qu’il n’avait jamais connu sa
chevelure brune, bien que toujours d’après sa mère, son père aimait se teindre
les cheveux de couleurs voyantes dont la dernière fut bleue. Il les avait
laissé pousser jusqu’à mi-dos et les retenait par une lanière de cuir. Son
visage était fin et lisse avec des yeux légèrement bridés d’un gris bleu que
certains qualifiaient souvent de froid, limite glaciale. Son premier piercing
se trouvait à l’arcade sourcilière droite, le deuxième à sa narine gauche, un
anneau à la lèvre inférieure droite et le dernier sur la langue. Il fallait
aussi compter sur les six boucles d’oreilles à l’une et trois à l’autre.
L’avantage avec son physique, c’est que
la plupart du temps, on lui fichait la paix. Les professeurs le laissaient
dormir pendant leurs cours sans le moindre problème et les pimbêches
s’enfuyaient dès qu’il s’approchait. Cela ne l’empêchait tout de même pas
d’avoir beaucoup de succès avec la gent féminine ou masculine d’ailleurs. Il ne
faisait aucune différence au niveau du sexe de ses partenaires.
La plupart de ces amis, enfin si on
pouvait les qualifier d’amis, disons plutôt ces connaissances ou ses potes pour
la bringue, seraient réellement surpris s’ils savaient que derrière sa façade
de dure à cuire, de son « je-m'en-foutisme », se cachait encore une
âme d’enfant qui aimait quand son parrain, son oncle, le prenait dans ses bras
pour le cajoler après un cauchemar. Ou mieux encore, s’ils le voyaient jouer du
saxophone. Ils se moqueraient bien de lui.
Mais tout le monde avait au moins
souffert une fois dans sa vie. Lui, il s’était senti complètement déchirer un
an auparavant. Sa mère, l’adorable boute-en-train, fatiguante et exubérante,
avec son époux et un de ses fils étaient morts dans un accident de voiture. Le
garçon avec petite sœur se trouvait également dans la voiture. Tous deux
avaient survécu, mais à quel prix ! La fillette avait failli perdre
l’usage de ces jambes et lui, la tête.
La seule chose dont il se souvenait de
l’accident, fut le pilier qui s’était écroulé sur le toit et avait écrasé son
jeune frère et coincé la jambe de sa sœur. Il avait dû être enfermé quelque
temps dans un hôpital psychiatrique, car il avait pété un câble. Pour lui, la
vie avait été injuste, car il en était ressorti de l’accident sans la moindre égratignure.
Ensuite, sa sœur avait été recueillie
par sa grand-mère avec lui, mais il demanda à s’éloigner. Il se trouva un
travail à mi-temps et louait une chambre dans un vieil immeuble. Thalia ne se
sentant pas vraiment à l’aise chez sa grand-mère, demanda d’aller vivre chez
des personnes que sa mère adorait. Ces personnes dont l’une avait un lien de
parenté avec son frère aîné. Bien que cela ne plût pas vraiment à la
grand-mère, celle-ci céda, car elle aussi connaissait cette famille. Depuis
très longtemps, elle fréquentait l’oncle du garçon. Elle l’avait vu grandi et
devenir une personne bien qui s’attirait soit la gentillesse, soit la jalousie.
Le grand brun pénétra dans sa chambre
bordélique, mouillé de la tête au pied. Tout en se déshabillant, il passa dans
la salle de bain. Dès qu’il enleva son tee-shirt, un nouveau tatouage fit son
apparition. Il se trouvait dans son dos. Il n’en prenait pas toute la place,
mais se trouvait centrer. Le dessin représentait un grand bouddha rieur argenté
avec un ventre proéminent. Autour de son cou se trouvait une gourde. Dans sa
main gauche, il tenait un lingot d’or et de l’autre, un sac voyageur. À
l’origine, ce bouddha reflétait la richesse, le bonheur, la santé et la
sagesse.
Le garçon prit une douche très chaude
pour se réchauffer, ensuite se passant juste un bas de pyjama, il s’allongea
directement sur son lit, sous la couette. Cette nuit, il n’avait pas encore
réussi à dormir de tout son saoul. Il en avait assez. À chaque fois, il se
sentait crever et dormait en classe. Cette fois-ci, c’était un nouveau
professeur qui lui avait pris le chou, l’avait réprimandé devant les autres
abrutis qui ricanèrent. Ce fut la goutte d’eau qui fit débordait le vase. À la
pause déjeunée, le premier qui est venu l’emmerder reçut une raclée.
Habituellement, il ne frappait jamais. Il suffisait qu’il les observe de son
regard glacial et on le laissait tranquille. Pas cette fois-ci, tant pis pour
le garçon, il aurait dû réfléchir à deux fois.
Il se cacha sous la couette. Il était sur
et certain que sa grand-mère serait mise au courant. Il se mit à gémir. Il
allait venir. Il en était sûr à cent pour cent. Il allait venir lui mettre les
idées en place. Lui faire rappeler la promesse qu’il lui avait faite, si on le
lâchait seul dans la nature. Il se mit à bâiller. Peu à peu, le sommeil le
gagna et sombra bientôt dans les ténèbres sans rêve.
Deux ou peut-être trois heures plus
tard, il ne savait pas. Il sentit que quelque chose n’allait pas. Il commença à
se réveiller. Il comprit. Quelqu’un se trouvait en califourchon sur lui. Il
ouvrit les yeux surpris et croisa deux yeux bridés noir aussi sombre que les
puits sans fond. Il soupira. Il était là comme prévu et il était coincé. Son
oncle avait beau avoir une vingtaine de centimètres en moins que lui, cela ne
l’empêchait pas de toujours gagner dans les batailles. Il avait une sacrée
poigne.
L’homme, dont les cheveux étaient aussi
noirs que ses yeux, l’observait sans cligner des paupières avec un sourire
affiché sur des lèvres parfaites. Le garçon se sentit mal à l’aise. Il n’aimait
pas être regardé de cette façon. Il avait l’impression d’être de nouveau un
gosse de cinq ans. Son oncle finit par prendre la parole.
-
Il a fallu que tu joues à l’idiot ! Qu'est-ce que je vais bien faire de
toi, mon pauvre Lud ?
-
Tu pourrais le découper et le donnait à manger en pâture aux molosses de notre
charmant voisin, répliqua une voix masculine un peu plus loin dans la pièce.
-
Les pauvres bêtes ! Avec un abruti dans son genre, elles risquent d’être
malades.
-
Vous avez fini de vous foutre de ma gueule ! s’écria-t-il un peu vexé.
L’homme, toujours sur lui, émit un
petit rire. Il approcha son visage très près de celui de l’adolescent. Leur nez
se touchait presque.
-
Bon, puisque tu es incapable de rester seul sans faire d’ânerie, tu viens à la
maison sans discuter. J’ai déjà appelé le lycée où va Maeva. Tu as une place là-bas.
Je te préviens, tu n’as pas intérêt à te faire renvoyer une seule fois, ni à
m’amener de mauvaises notes. Sinon, j’agirais de la même manière qu’avec Maeva.
Ton saxo, tu pourras lui dire adieu pendant un long moment.
-
Pas mon saxophone ! Tu sais que j’en ai besoin tout comme toi, ta
peinture !
Le garçon cria de douleur quand son
oncle lui tira une de ses oreilles. Il était en plus sadique !
-
C’est à prendre ou à laisser ! Si tu ne fais pas ce que je dis, tu peux
aller te faire voir ailleurs, Ludwig ! Ta mère était ma meilleure amie,
mon âme sœur. Je souffre autant que toi de l’avoir perdu. Mais la vie continue
et ce n’est surement pas parce que tu es son fils que je ferais la différence
entre les autres et toi. Compris ?
Ludwig se sentit rougir. Il affirma en
hochant la tête. Pourquoi n’arrivait-il jamais à avoir raison avec son
oncle ? C’était énervant. Personne n’arrivait à lui dire non, encore
que ! Il tourna son regard vers sa gauche. Un grand brun, les mains sur
les hanches, observait la chambre avec une certaine grimace. Le compagnon de
son oncle depuis plus de dix-huit ans, arrivait parfois à avoir le dessus, mais
pas souvent. Majoritairement, il cédait fataliste.
Une nouvelle vie : chapitre 05
L’inspectrice
Gabriella Facter aurait voulu revoir ses amis avant de s’en aller, mais elle
dut finalement se décider à s’en aller. Elle souhaita à Reï une meilleure vie
dans cette famille hors-norme. Le garçon avait fini par se remettre de la
nouvelle.
Maeva lui avait demandé si cela le
dérangeait, mais il ne sut quoi répondre. Personnellement, il ne connaissait
personne dans son entourage qui se trouvait être gay. Ce serait une première
pour lui. Reï se sentait un peu triste de voir partir l’inspectrice. Il
l’aimait bien et faisait un métier pas facile.
Quand finalement, il se retrouva seul
avec Maeva, il se sentait un peu gauche. Il ne savait pas trop quoi faire. La
jeune fille dut s’en rendre compte, car elle l’invita à la suivre avec son sac.
Elle tenait dans ses bras, le petit Luce endormi. Il avait la tête posée sur son épaule et son
bras gauche pendouillait sur un côté. Le garçon y aperçut la cicatrice. Elle
était vilaine, un peu boursouflée. Qui avait bien pu faire une chose horrible à
un bébé ? Vu la réaction du bambin fasse aux femmes, Reï se demandait si
c’était la propre mère qui lui avait laissé la marque. Il posa la question à la
jeune fille qui n’en savait rien.
Elle le conduisait à l’étage. Elle lui
annonça que la maison n’était pas entièrement finie donc les chambres étaient
encore très restreintes. Les escaliers menaient à un couloir rempli de porte.
Maeva informa donc que la première porte était la chambre de ces pères avec
interdiction de pénétrer sans invitation.
-
C’est propriété privée, bien que deux personnes n’obéissent jamais à la règle.
Enfin, le premier, c’est normal, il est encore trop petit. Il a besoin de plus
d’attention.
-
Tu parles de Luce ?
La jeune fille lui jeta un coup d’œil
en coin avec un sourire.
-
Qui veux-tu que ce soit d’autres ? C’est le seul bambin que tu verras ici.
L’autre, tu risques fort de le rencontrer et d’être de surcroit obligé de
partager ta chambre. Je te plains sincèrement. Avoir l’autre abruti comme
compagnon de chambrer, c’est une vraie poisse !
Reï grimaça. Sa première journée
commençait bien. Il apprenait que la fameuse famille d’accueil était deux
hommes et que son locataire semblait être un drôle de phénomène.
-
Je ne dis pas cela pour te faire peur. Lud peut s’avérer être un chou, mais il
est légèrement enquiquineur. S’il t’emmerde trop, plains-toi auprès de P’pa
Ren, mais surtout pas à papa Carlin. Là, t’es fichue, si tu vas te plaindre à lui,
car entre guillemets, lui-même peut être bien pire que Lud.
Reï porta une main à sa tête et se
gratouilla le crâne. Tout en parlant, la jeune fille l’emmena vers la troisième
porte qu’elle ouvrit. C’était une chambre de bébé de couleur douce et joyeuse.
Sur tout un mur, un énorme dessin y avait dessiné. Il reflétait une immense
forêt remplie d’animaux sauvages et d’oiseaux de toutes sortes. Reï pénétra
dans la pièce pour mieux l’observer. Il avait presque l’impression d’entendre
les rugissements des félins et le cri des oiseaux.
-
C’est mon père Carlin qui la fait. C’est magique, pas vrai ?
-
Il est sacrément doué.
-
C’est sur et ces tableaux se vendent à prix d’or.
Maeva déposa son fardeau dans son lit
et força le grand blond à sortir. Elle l’emmena vers la cinquième porte et
l’ouvrit. La chambre était sur un ton vert. Elle contenait deux lits superposés collés au mur et deux lits d’une
personne face à la porte. Les deux petits lits n’étaient séparés que par une
table de chevet. Sur sa droite se trouvait une porte entrouverte. Elle lui
montra la salle de bain.
Reï déposa son sac sur un des lits. Il
finit par demander.
-
Si tu me disais qui habite cette maison. Ça m’aiderait beaucoup.
La jeune fille sourit à nouveau. Elle
vint s’installer sur l’autre lit libre.
-
Tu arrives bien en y réfléchissant. Il y a quelques mois, la maison était
remplie à craquer. Je ne te dis pas les hauts et les bas qui ont eu lieu.
Personnellement, je n’aime pas quand il y a trop de monde. Cela devient presque
impersonnel.
-
Je m’en doute.
Reï se laissa à son tour tomber sur le
lit très confortable. Des moineaux avaient été dessinés sur le plafond. Cela
donnerait presque envie de sourire.
-
Bon, alors, il y a donc mes parents, Renko et Carlin. Ren est plus calme et
plus sérieux, mais méfis toi, car c’est juste une impression. Son grand-père
lui a légué son garage. Mon père est fan de mécanique, mais c’est aussi un
redoutable homme d’affaires. Le garage s’est depuis le temps agrandi et a même
fait des petits frères à travers le pays. Carlin, et bien, comment le décrire
celui-là ? Bah ! En gros ! Carlin est Carlin, il est unique en
son genre. C’est mon avis et c’est mon papounet préféré même s’il peut s’avérer
très exigent. Ensuite, il y a moi et Luce. Je dis nous deux, car nous sommes
leurs enfants adoptés. Ils ont la garde de Thalia. C’est la fille de la
meilleure amie défunte de Carlin. Bientôt, tu vas connaître l’autre abruti du
nom de Ludwig. C’est le grand frère de
Thalia. Maintenant, il y a toi également dans cette famille.
-
Merci pour ces renseignements.
-
Il n’y a pas quoi, c’est normal. Ah oui, tu risques aussi de rencontrer Lina
Miori. C’est la petite sœur de Renko, mais elle n’a que quatre ans de plus que
nous deux. Elle aussi, c’est un sacré phénomène.
Ils discutèrent ainsi pendant au moins
deux heures. Reï voulait surtout connaître les règles, car il y avait toujours
des règles à respecter. Mais la jeune fille le réconforta en affirmant que les
contraintes n’étaient pas cruelles. La première, c’était la chambre, l’autre ne
pas se faire renvoyer du lycée et d’amener des notes raisonnables, ne pas se
battre entre eux. S’il y avait divergence ou mésentente voir un des deux
adultes, le plus souvent Carlin, car c’était le plus disponible, bien que très
risqué aussi. Reï se demandait en quoi cela pouvait être risqué. Il n’osa pas
poser la question. Il fallait rester correct avec les autres et surtout pas
d’insultes ou autres mots racistes et tous, et tous, et tous …
Le garçon était plutôt surpris. Il
avait pensé qu’il y aurait plus de contraintes, mais apparemment ce n’était pas
le cas. Il songea qu’il le verrait par lui-même. Entre-temps, il put faire la
connaissance de Thalia qui revenait de l’école. La fillette était plutôt grande
pour ces douze printemps. Elle avait la peau tannée et des cheveux blonds coupés
au carré et de jolis yeux gris. Elle adorait porter du blanc et ce jour, elle
ne départit pas à cette règle. Elle portait un pantalon et une chemise blanche
tous deux. Le blanc faisait ressortir sa blondeur et la couleur de sa peau.
Elle semblait sportive elle aussi.
La fillette vient les rejoindre dans la
chambre des garçons et elle s’installa près de Maeva qui la prit dans ces bras.
Elle souriait.
-
Alors, c’est toi le nouveau ? J’espère que tu es plus sympa que le
précédent. C’était une vraie plaie ! Pour une fois même Carlin fut ravi de
le voir partir.
-
J’espère pour toi que je n’en serais pas un.
-
À mon avis, tu es différent. Je sais que l’habit ne fait pas le moine, mais je
me fis à mon instinct.
-
Ton instinct est pourri p’tit sœur, s’exclama une voix venant de la porte de la
chambre grande ouverte.
Les trois jeunes sursautèrent en l’entendant.
Ils ne les avaient pas entendus arriver. La fillette hurla de joie et fonça sur
son frère. Elle lui sauta littéralement dans les bras. Celui-ci n’eut aucun mal
à la soulever et de là garder dans ses bras comme un bambin. Reï lui, observa
le nouvel arrivant un peu estomaqué. Vu le physique, il ne ressemblait pas du
tout à un grand frère aimant. Pourtant, c’était bien l’impression qu’il donnait
avec sa sœur.
-
Alors mon idiot de frère, tu t’es fait remonter les bretelles ?
-
Ne traite pas ton frère d’idiot, chamelle !
La fillette descendit de son perchoir
et s’éclipsa de la chambre en courant. Thalia dégringola les escaliers en
quatrième vitesse pour rejoindre la cuisine. Quand ils arrivaient, elle voulait
à tout prix les voir de suite. Elle avait trop peur qu’ils disparaissent à
jamais comme ces parents.
Ludwig pénétra plus en avant dans la
chambre. Il ne se gêna pas le moins du monde à détailler de la tête au pied le
nouveau qui se sentit mal à l’aise sans trop savoir pourquoi. Reï songea
d’ailleurs qu’il devrait se méfier du garçon. Il ne savait pas en quoi, mais ce
n’était surement pas à cause de son physique de voyous. Lud jeta son sac sur
lit où se trouvait Maeva. Il s’installa sur le lit et attrapa la jeune fille
dans ses bras. À la surprise de Reï, il l’embrassa en pleine bouche. La fille
se mit à rire de son air étonné.
-
C’est une coutume familiale. Il va falloir t’y faire.
-
Pas sure que je vais l’aimer votre coutume.
-
C’est avec cet hurluberlu que je partage la chambre ? s’exclama Ludwig.
Celui-ci se redressa et toisa le plus
grand.
-
L’hurluberlu s’appelle Reï !
-
Chouette ! Il a de la répartie. Je vais adorer l’ennuyer.
-
Pitié Lud ! s’écria Maeva.
Reï secoua la tête, exaspérée. Ce
garçon commençait déjà à le fatiguer. Il se demandait vraiment s’il n’avait pas
fait une ânerie d’accepter de venir dans cette famille. Il se leva et sortit.
Il préféra s’éloigner des deux jeunes. Il reprit le chemin inverse et
redescendit. Il entendait des rires. Il se dirigea vers ceux-ci. Il arriva
bientôt devant la cuisine très moderne. Un homme grand et brun lui tournait le
dos. Il semblait préparer le dîner. Alors que Thalia et un autre homme plus
petit, très mince et les cheveux noirs se trouvaient attabler au comptoir. Ils
discutaient gaiement. Reï s’aperçut que le petit Luce se trouvait installé sur
le comptoir retenu par les mains de l’homme. Les rires venaient en grande
partie à cause des pitreries que le bambin faisait.
Le grand blond hésita à entrer, mais le
bambin le vit et lui fit signe. Aussitôt, l’adulte tourna son regard noir sur
lui. Il affichait un sourire.
-
Salut ! Entre, voyons, fait comme chez toi ici.
Reï s’avança et s’installa avec eux au
comptoir. Il venait à peine de s’installer qu’une assiette se trouva posé sur
la table. C’était des morceaux de viande à l’odeur alléchante. Son estomac se
fit entendre. Il se sentit rougir. Thalia se mit à rire.
-
Sers-toi, mon garçon, n’hésite surtout pas. Sinon l’estomac sur patte va tout
dévorer.
Reï leva les yeux vers le brun qui
venait de parler. Il lui montrait son compagnon.
-
Ren ! T’es méchant, je ne suis pas un estomac sur patte, juste un pauvre
malheureux qui a faim ! Ce n’est pas pareil !
-
C’est ça oui, à d'autres !
Le brun repartit à son coin. Reï obéit
aux ordres et prit un morceau et dégusta. Il en reprit un autre, mais une main
inconnue lui attrapa le poignet et le morceau disparut dans une bouche percée. Reï
leva les yeux et croisa des yeux gris bleu moqueur.
-
Renko ! Tu es toujours aussi bon cuistot.
-
Ouais, mais je commence à fatiguer à nourrir des affamés dans votre genre.
Ludwig se dirigea près du grand brun et
observa ce qu’il faisait. Le voyant très occupé à éplucher des pommes de terre,
le garçon tenta une main vers le plateau pour piquer un autre morceau de
viande. Un couteau se planta à quelques centimètres de sa main faisant
sursauter Ludwig.
-
Essaie pour voir ! lança le brun.
-
T’es même pas drôle ! Bouda Lud.
-
Bienvenue dans ma famille, Reï, salua enfin Carlin au garçon.
Pour la première fois en quelques mois,
le jeune homme émit un léger sourire.
Une nouvelle vie : chapitre 06
Le
repas se passa dans la meilleure ambiance. Ludwig qui avait hérité du caractère
boute-en-train de sa mère fit son possible pour ennuyer sa sœur et Maeva. Les
filles en eurent tellement marre qu’elles lui jetèrent toutes ce qu’elles
avaient à porter de main. Reï les observait halluciner. Les adultes les
laissaient faire. Ils discutaient dans leur coin enfin jusqu’à qu’un morceau de
pain vint frapper la tête de Carlin. Celui-ci, ni une ni deux ramassa le pain
et le renvoya au balanceur sans rater sa cible évidemment.
Ce fut finalement une vraie bataille
qui se passa à table. Reï ne savait pas vraiment où se mettre. Il se souvenait,
la seule fois où son frère et lui s’étaient amusés avec la nourriture, leur
mère leur avait refilé une raclée mémorable. Après cela, ils n’avaient plus
osé. Mais là, ils s’amusaient comme des fous et même le petit Luce s’y mettait.
Le seul à ne pas être dans la bataille avec lui était le grand brun. Il
regardait la troupe avec un regard fataliste. Il aperçut le regard troublé du
blond et lui adressa un sourire.
Renko se leva et invita le nouveau à en
faire pareil. Après un dernier regard à la troupe en délire, Reï s’échappa à
son tour. Il rejoignit l’adulte dans la cuisine. Apparemment c’était l’endroit
préféré du brun. L’homme l’invita à s’asseoir au comptoir et peu de temps
après, il se trouva avec une tasse de café devant le nez. Le jeune blond devait
s’avouer qu’il avait un faible pour le café, car celui de l’hôpital étant infect,
il avait imaginé ne plus pouvoir en boire. Il prit donc plaisir de le
déguster. Il releva la tête quand un
petit rire retentit.
-
C’est agréable de voir que quelqu’un apprécie mon café.
Reï se sentit rougir sans savoir pourquoi.
-
Cela fait très longtemps que je n’en ai pas bu. Il est très bon.
-
Ça fait plaisir à entendre. N’hésite pas à en boire autant que tu veux. Tout le
monde ici se serre, donc fait pareil.
Le grand brun s’installa face au garçon
et le regardait toujours souriant.
-
Je crois que nous n’avons pas été correctes avec toi.
-
Pourquoi dites-vous cela ?
-
Eh bien ! Je devrais plutôt dire que nous avons été malpolis. Nous, nous
ne sommes pas présentés tout à l’heure.
-
Je ne vous en veux pas. Je crois même que j’aurais deviné qui était qui sans
que j’entende vos noms.
-
Hahaha ! C’est vrai ? Tu as peut-être raison. Carlin est plutôt
facile à repérer même au milieu d’une foule. C’est juste que ta venue fût un
peu appréhendée.
Reï était surpris. Ce n’était pas du
tout ce qu’avait laissé entendre Gabriella.
-
Pourquoi ?
-
Cela fait pas mal d’années maintenant que nous aidons des jeunes de ton âge à
reprendre goût à la vie ou d’offrir un peu de chaleur à des gosses en manque
d’affection. Mais le garçon que nous avons eu le mois dernier a été un
véritable choc. Avant que nous vous accueillions ici, vous devez passer un
examen psychiatrique. Carlin n’aime pas vous le faire subir, mais c’est moi qui
l’ai exigé. Mais ce garçon a passé les tests sans problème alors qu’en réalité,
ce garçon était un vrai danger public.
-
Dans quel sens ? Il vous a fait du mal ?
-
Des coups bas, des insultes ou de l’homophobie, nous en avons eu et cela ne
nous fait toujours ni chauds, ni froids. Ce ne sont souvent que des mots qui souvent
se retournent contre ceux qui les prononcent. Mais une chose dont je ne
supporte pas, c’est qu’on lève la main sur l’un des miens. Surtout la personne
qui m’est la plus chère.
-
Carlin ? Il s’est attaqué à votre ami ?
-
Il l’a poussé dans les escaliers alors qu’il tenait Luce dans les bras.
Heureusement pour lui que Carlin est du genre à sortir souvent sans
égratignure. Mais c’est sans connaître son caractère. Il ne faut jamais
réveiller la bête noire. Touche un seul cheveu d’un de ces gosses et il se
change en une véritable furie. Il a fallu être trois pour le retenir de se jeter
sur l’ado.
-
Luce a l’air d’aller bien.
-
Heureusement !
-
L’adolescent où est –il maintenant ?
-
Dans un hôpital psychiatrique. Il a des tendances de schizophrénie. Nous avons
appris récemment que son jeune frère se trouvait dans le coma et qu’il en était
le responsable.
-
Finalement, vous avez vu plusieurs mal êtres.
-
Oui, on peut dire ça. Mais comme tu peux voir, ce mal-être disparait facilement
quand on se laisse aller à la folie ambiante.
Le garçon blond baissa son regard vers
sa tasse. Il avait encore plein de questions dans sa tête, mais il les oublia instantanément
des qu’il sentit deux bras chauds lui entouraient le cou. Il en sursauta, il ne
l’avait pas entendu arriver.
-
Alors, on fait bande à part ? Ce n’est pas gentil ! Tu vas être
puni !
Reï voulut répliquer, mais il n’eut pas
le temps de dire quoique ce soit, qu’il se retrouva avec de la crème, plein le
visage. Des éclats de rire retentirent dans la cuisine, même Renko riait de la
tête trop surprise de Reï pour rester sérieux. Le garçon retira un peu de crème devant ces yeux et jeta un coup d’œil
au coupable. Carlin se trouvait juste derrière lui affichant un sourire hilare.
Reï
étira un sourire sur ces lèvres. Finalement, il était content d’avoir osé dire
oui pour venir dans cette famille. Il se retourna et souriant encore plus, il
finit par dire :
-
Se laissait aller à la folie ambiante ? Ça me va !
Tout en disant ces mots, il écrasa la
crème qu’il avait sur la main sur le visage de Renko, avant de s’échapper de sa
chaise pour se mettre à l’abri. La cuisine fut le nouveau territoire d’une
nouvelle bataille sous les cris de joie d’un bambin de huit mois.
Le
lendemain matin, il se fit réveiller par un emmerdeur de première du nom de
Ludwig Lagardère. Celui-ci prit un certain plaisir sadique à lui sauter dessus
pour le réveiller en sursaut. Quand Maeva le plaignait sincèrement, il
comprenait très bien pourquoi maintenant.
Quand il descendit une demi-heure plus
tard, tout le monde était déjà attablé pour prendre le petit déjeuner. Lui qui
n’en prenait jamais d’habitude fut obligé d’en prendre un au risque d’être nourri
comme un bébé par Carlin.
Ensuite en compagnie des deux autres,
il se rendit à pied à son nouveau lycée. C’était le cas pour Ludwig également.
Il apprit aussi que son camarade de chambré s’était fait renvoyé de son ancien
lycée pour s’être battu. Reï lui jetait quelques fois un coup d’œil. Il avait
bien l’impression que Lud avait des cernes sous les yeux. Même, Maeva s’en
était rendu compte. Elle aussi s’en inquiétait. Elle espérait pour Ludwig
d’avoir des professeurs compatissants et non pas comme cet abruti de Tankeï.
Heureusement pour les deux garçons, ce
fut le professeur d’art plastique qui vint les accueillir pendant que Maeva
gagnait sa classe. Ludwig se sentait un peu mal de voir un autre prof d’art à
la place qu’avait occupée Simon Lagardère, son père adoptif. Mais en même
temps, il fut ravi de revoir ce professeur en particulier. Il la connaissait
depuis des années. Elle était une des meilleures amies de Carlin. À l’origine,
elle n’était pas professeure, mais Basil Moreau, le proviseur et le grand-père
de Ludwig, l’avait supplié de prendre la place avant que l’académie ne lui envoie
encore un prof débile du genre de Tankeï.
Mira Martin salua le grand brun avec un
certain plaisir à la surprise évidemment de Reï. La jeune femme dut se
présenter et lui assura qu’elle était ravie de faire sa connaissance. Tout en
les menant devant le proviseur, elle s’exclama vivement qu’elle allait faire
d’eux ces nouveaux modèles et qu’ils n’avaient pas intérêt à refuser. En
chemin, ils rencontrèrent l’infirmière de lycée et Reï fut encore plus
traumatisé en apprenant que non seulement le proviseur se trouvait être le grand-père
de Ludwig, mais que l’infirmière Madame Loutanit était sa grand-mère.
Après avoir fait connaissance avec le
proviseur, les jeunes gens se firent amener respectivement dans leur classe.
Ludwig se trouvait en deuxième année et se trouvait en classe avec Mira. Il en
fut quelque peu soulagé. Quand Reï fut envoyé dans la même classe que Maeva. La
jeune fille fut ravie de le revoir. Celui-ci, après s’être présenté devant
toute la classe, s’installa près de la jeune fille au grand dam de la plupart
des autres demoiselles.
À la pause déjeunée, il n’eut pas le
temps de demander à Maeva où elle mangeait qu’il fut complètement accaparé par
les autres élèves et surtout par un groupe de fille que tout le monde
surnommait les déesses.
Maeva lui fit un petit signe de pitié.
Puis elle rejoignit son coin habituel. Elle aimait beaucoup s’installer sur un
banc, le plus éloigné. Il ne se trouvait pas très loin du chemin qui menait
vers la salle de sport. Elle croqua à pleine dent son sandwich et dégusta. Il
n’y avait pas à dire, mais son père était un vrai cordon-bleu. Elle s’y
trouvait depuis dix minutes qu’elle fut vite rejointe par un garçon de sa
taille, habillé d’un jean et d’une chemise débraillée, les cheveux brun coupé
très court et portait avec style une paire de lunettes de myope.
Les déesses le surnommaient l’intello
ou l’illuminé. Mais le garçon s’en fichait royalement. Il était comme il
l’était et il ne changerait pas pour tout l’or du monde.
-
Tu es encore toute seule Maeva ?
La jeune fille sourit.
-
Mieux vaut être seule que mal accompagné, Killian.
-
Alors, je te dérange peut-être ?
-
Non, toi ça va. Tu n’es pas ennuyeux comme la plupart le sont.
-
Parce que tu nous trouves ennuyeux, Mav ?
La jeune fille sursauta et se retourna
vers les deux nouveaux arrivants. Elle se mordit les lèvres.
-
Désolée, Lud ! Je ne parlais pas de vous deux, évidemment.
-
Tu n’es pas gentille Maeva ! Tu aurais pu évité de me laisser avec ces
poufs sans cervelles ! s’exclama Reï.
-
Pardon ! Mais c’était trop mortel de te voir accaparé de la sorte. Mais
finalement, tu t’en es sorti, non ?
-
Parce Ludwig est venu à ma rescousse. C’est incroyable ! À peine, il est arrivé
que tout le monde se soit éclipsé sur la pointe des pieds. C’est fendant !
Killian, toujours assis près de son
amie, regardait les deux grands avec des yeux ronds. L’un faisait un peu peur avec
ses tatouages et ses piercings alors que l’autre ressemblait à un top model. Il
jeta un coup d’œil à Maeva. Elle semblait très bien les connaître. Pourtant
depuis le début de l’année, il l’avait toujours rencontré seul. Elle ne
semblait pas avoir de véritable ami. Il sursauta quand il croisa le regard
gris-bleu du percé. Il se sentait un peu intimidé face au géant.
-
Je vous présente mon ami, Killian Osborne. Il est déjà en troisième année.
-
Ce minus se trouve en dernière année ? s’exclama Ludwig en détaillant de
la tête au pied le garçon qui se sentit mal à l’aise.
-
Ne fais pas trop attention à ce qu’il dit, Killian. Ce garçon est un vrai abruti
et dit souvent des âneries plus grosses que sa tête.
-
Ravie de te connaître Killian. Moi, je suis Reï Harada. Je suis nouveau ici.
Le terminal fut ravi de l’intervention
du blond. Ils se serrèrent la main. Puis finalement, le percé se présenta
également. Killian fut réellement surpris. D’habitude, ce genre de personne ne
lui adressait pas la parole, soit il l’ignorait, soit il devenait leur bouc
émissaire. Maeva lui avait déjà dit de ne pas se fier aux apparences, car
souvent elles étaient trompeuses. Le bon exemple était les
« déesses ». Elles ressemblaient toutes les cinq à des mannequins,
elles vous adressaient la parole et des sourires à tout va, mais par-derrière,
elles vous faisaient des crasses, vous rabaissaient et surtout, elles
s’amusaient avec vos sentiments. Maeva en avait déjà subi les frais, maintenant
elle préférait rester éloignée de ces pimbêches.
Une nouvelle vie : chapitre 07
La
semaine passa à une rapidité effrayante de l’avis de Reï. Il appréciait plutôt
bien son nouveau lycée où il apprit que les parents de Maeva avaient également
étudié. À chaque pause de déjeuner, il devait compter sur la présence de Ludwig
pour empêcher d’être accaparé par quelques filles un peu trop collantes et par
des garçons qu’il trouvait très ennuyeux. La présence du Lud facilitait l’écart
des mecs, mais pour les filles, c’était une autre paire de manches. Elles
commençaient à aimer le look un peu rebelle du grand brun.
Heureusement, les deux garçons
pouvaient compter sur la vigilance de Maeva. Elle ne se laissait pas marcher
sur les pieds et c’était souvent elle qui les sortait de ces furies en chaleur.
Surnom que Ludwig les avait prénommés. Ils prenaient toujours leur repas sur le
banc près de la salle de sport. Killian venait souvent les rejoindre.
Maeva leur avoua que Killian était ce
qu’on appelait un bouc émissaire idéal. Il se faisait toujours avoir et ne se
débattait jamais. Lud le traita d’idiot et Reï fut du même avis. Kill, puisque
Lud avait décidé de lui raccourcir son prénom trop long pour lui, ça le
fatiguait de le dire en entier, leur rétorqua qu’avec leur gabarit, ils
pouvaient se permettre de dire cela, mais lui avec sa taille et son poids trop
léger, une simple gifle l’envoyait au tapis.
Killian n’était pas fanatique des
combats, du sport, il préférait nettement plus son ordinateur. Malgré que
Ludwig le traite souvent de femmelette, Kill aimait beaucoup les deux amis de
Maeva, bien qu’il sente un peu poindre une certaine jalousie envers le lien qui
unissait les trois jeunes gens.
En tout cas, Reï se lia facilement
d’amitié avec Maeva, au look tout simple et sans artifice. Il apprit qu’elle
adorait les chevaux et que depuis plus de cinq ans, elle se rendait dans un
centre d’équitation, deux à trois fois par semaine. Bien sûr, si par malheur,
elle rapportait de mauvaises notes, elle en était privée.
Plus tard, il apprit également que
Thalia, sa passion, était la natation. D’après son frère, c’était un vrai
poisson. Il se posa la question sur ce que lui-même pourrait aimer. Apparemment,
leurs passions leur permettaient pendant quelques heures de ne plus se poser de
questions, sur leur jeune vie, sur leur passé et pour certains sur leur avenir.
Une chose dont il s’était surpris,
c’est qu’il avait plus de facilité à parler avec Renko plutôt qu’avec Carlin.
Non pas qu’il ne l’appréciait pas, mais c’était juste qu’il l’intimidait
beaucoup plus. Beaucoup disaient qu’il avait une joie de vivre, mais pour Reï,
il trouvait plutôt que cet homme était légèrement un peu fou.
En réalité, il trouvait dans l’attitude
de Ludwig, certaines ressemblances avec son oncle. Le pire dans l’histoire,
c’était qu’ils pouvaient être véritablement infernaux quand ils s’y mettaient
tous les deux. Personnes ne pouvaient les arrêter, par contre ça s’arrêtait
d’un seul coup et tout le monde restait K.O.
Reï, à la fin de la semaine, se décida
finalement à écrire à Melinda Garcia, la fille de vieux Anselme, comme il lui
avait promis. Il en avait parlé avec Renko. Le grand brun lui avait conseillé
de tenter le coup. Il verrait de cette façon si cette femme n’avait pas menti.
Bien sûr, Ludwig avait tout entendu et
voulut à tout prix savoir de quoi parler les deux hommes. Il emmerda tellement
Renko qu’il se fît pourchasser à travers toute la maison.
De la cuisine, on pouvait entendre la
cavalcade et les fous rires de Ludwig. Une chose qui fallait surtout se méfier,
c’est que temps qu’il ne s’était pas vengé, Renko ne lâchait jamais prise. Ce
serait au plus endurant et ce n’était pas toujours les jeunes les plus solides.
Ce fut ce vendredi-là qu’il rencontra
pour la première fois Lina Miori. Il en fut même un peu bouche bée vu la beauté
de la jeune fille. Elle était plutôt grande et très mince, bien proportionnée,
un visage ovale sans défaut et surtout de très magnifiques yeux bleus couleur saphir
hérités de son père. Ses cheveux bruns de la même couleur que ceux de son
frère, même si plus tard, il apprit qu’il n’avait pas du tout le même sang, ondulaient
en cascade jusqu’aux épaules légèrement ondulées.
Elle arriva pendant la pourchasse et
elle fit sursauter tout le monde dans la cuisine. Elle se mit à crier le nom du
compagnon de son frère avant de lui sauter carrément dans les bras. Après sa
surprise, Carlin éclata de rire. Il était toujours content de voir sa
belle-sœur. Ensuite, elle entoura de ces bras le cou de Maeva avec qui elle
chuchota un moment avant qu’elles n’éclatent de rire toutes deux. Ensuite elle
s’attaqua au nouveau venu avec un sourire de vraie déesse. Elle resta correcte.
Elle vint juste s’installer près de lui pour faire connaissance.
-
Je suis Lina Miori, la petite sœur chouchou de Renko. Enchanter de te connaître
Reï !
-
Tu es sa seule sœur, Lina ! Alors évidemment, tu es la chouchoute de tout
le monde.
-
Ce n’est pas à toi que je cause, Carlin !
-
Parle-moi sur un autre ton, gamine !
Lina lui tira la langue et elle reçut
en pleine figure le torchon que Carlin tenait en main.
-
Oh ! Faites ! Il se passe quoi ? Pourquoi j’attends Lud hurlé
à la mort ?
-
Ton frère est juste en train de le massacrer.
Elle se mit à rire.
-
Quel idiot ce Lud ! Il ne changera pas.
Elle se retourna vers le grand blond.
-
Alors, tu te plais parmi nous ?
-
Pour l’instant ça va. Je n’ai pas à me plaindre.
-
C’est vrai ? Tant mieux ! De toute façon, d’ici un mois tu seras
contaminé par la folie de cette maison.
Reï sursauta comme un fou en sentant
deux bras froids lui tombait dessus. Un rire retentit derrière lui. En jetant
un coup d’œil, il croisa le regard gris bleu de Ludwig. Il était trempé de la
tête au pied. Il n’avait pas pu tenir tête à Renko. Celui-ci connaissait chaque
recoin de sa maison et l’avait attrapé par surprise. Il avait bien essayé de se
débattre, mais tout comme avec son oncle, impossible de le battre.
-
Retire tes bras gelés, Lud !
-
Que dalle ! Je te tiens pour responsable de cette course-poursuite.
Maintenant tu es fichu, je vais t’emmerder encore plus.
-
Je te plains, mon pauvre Reï, s’exclama Lina en riant.
C’est à ce moment-là que Ludwig la vit
et il eut un petit sourire. Il lui sauta dessus. La fille cria et fila hors de
la cuisine poursuivie par un fou trempé. Le blond et Carlin se regardèrent avec
un sourire avant de se mettre à rire. Mon Dieu ! Cette famille était
complètement folle. Au bout d’un moment, Renko refit surface dans la cuisine.
Il tenait dans ces bras le petit Luce qui riait.
Reï trouvait réconfortant le rire du
bambin. Il semblait toujours de joyeuse humeur et pleurait rarement. Les seules
fois où il pleurait, c’était quand il y avait une poussée de dents. Dès qu’il
vit Carlin, Luce se tortilla et tendit ces petits bras pour le jeune homme.
Celui-ci se mit à rire et l’attrapa au vol. Aussitôt, le petit mit sa tête dans
le cou de Carlin, le pouce dans la bouche, prêt à s’endormir.
Maeva tendit la main vers la petite
tête et lui ébouriffa les cheveux.
-
J’ai cru entendre la voix de Lina ? Je me trompe ? demanda enfin
Renko après s’être installé au comptoir avec eux, tout près de son compagnon.
-
Tu as raison, elle est là.
-
Et ?
-
Elle se fait pourchasser par Ludwig. Vu qu’il ne peut t’avoir, il tente sa
chance avec ta sœur. Il est idiot !
-
Papa ! C’est ton filleul ! Comment tu le traites !
-
C’est la vérité ! S’il croit avoir le dernier mot avec Lina, il se met le
doigt dans l’œil. Elle n’est pas la fille Miori pour rien.
-
Il s’est toujours fait tapé par Lina et lui obéissait comme un bon chien-chien
quand ils étaient plus jeunes.
-
C’était à mourir de rire, mais elle n’a jamais réussi à avoir le dernier mot
avec Shin. Même maintenant, elle n’arrive pas à l’attacher.
-
Qui est Shin ? demanda aussitôt Reï en entendant un nouveau prénom.
-
C’est le petit frère de mon ami Akira. Ne t’inquiète pas, tu finiras par tous
les rencontrer. Ça risque peut-être de mettre un certain temps avant que tu ne voies
tout le monde.
-
Ouais, à mon avis tu vas t’y perdre dans ce méandre de la famille, murmura
Maeva très sérieuse.
-
À ce point ?
Tous trois hochèrent la tête.
-
Reeeeeennnnnnnnnnkkkkkkkoooooooo ! hurla Lina en pénétrant dans la cuisine
à nouveau. Elle se jeta sur son frère et se scotcha contre lui.
-
Tu ne pouvais pas le noyer l’autre abruti ?
-
Je ne voulais pas qu’on m’accuse de meurtre, voyons !
-
Où est-il maintenant ? Demanda Maeva.
-
Dans sa chambre, il prend une douche chaude.
-
Lina ? Qu'est-ce que tu as fabriqué ? demanda calmement son frère.
Lina grimaça. Elle n’arrivait jamais à
cacher quoique se soit à son frère. C’était beaucoup plus facile avec Youji.
Elle soupira.
-
Tu ne vas pas te fâcher, dis ?
-
Nous verrons.
-
Je l’ai pris en photo sous la douche.
Un éclat de rire retentit sur la gauche
de la jeune fille. Carlin avait mal aux côtes tellement il riait. Maeva
souriait près à rire à son tour. Quant à Reï, il se trouvait trop estomaqué
pour réagir. Renko lui souriait, il dit :
-
Méfie-toi maintenant ! Tu sais à quel point il est sans gène comme une
personne de notre connaissance. Il va se venger et ce sera bien fait pour toi.
Lina donna un coup sur la tête de son
frère en boudant.
-
Tu n’es pas sympa.
-
Je m’en fiche. Mais qu'est-ce que j’attends ce jour avec impatience !
-
Carlin ? Tu vois comment il est ! Je n’y crois pas !
-
Moi aussi, je me demande ce qu’il va faire, chuchota Reï tout à coup.
Lina se retourna vers lui hallucinée.
Ca y est la folie venait de le gagner.
-
Tu ne vas pas t’y mettre aussi. Maeva au secours !!!
Pour toute réponse, elle eut droit à un :
« débrouille-toi toute seule ».
Une nouvelle vie : chapitre 08
Après
le repas, Lina cria qu’elle voulait aller faire la fête. Elle demanda donc
l’autorisation d’embarquer avec Ludwig, Maeva et Reï. Étant donné que la boite
de nuit appartenait à la famille Miori, le videur les laisserait entrer si
Renko acceptait de signer la décharge. Bien sûr, le jeune homme décida de faire
le grand frère casse-pied. Lina dut le supplier à genoux pour que finalement,
il accepte.
Lina lui assura qu’elle finirait par se
venger et qu’il en sentirait la douleur. Il haussa juste les épaules, pas
intimidé pour un sou. C’est avec frénésie qu’elle les emmena donc dans la
nouvelle boite que son père avait fait ouvrir deux mois auparavant.
Elle se situait dans le centre-ville
pas très loin d’une bibliothèque et d’une université. Sur le parking déjà
presque rempli, la jeune fille se gara. Reï se demandait sérieusement si le
videur le laisserait réellement entrer en jean, basket. Elle ne lui avait pas
laissé le temps de se changer tout comme Maeva habillée pareille. Lina leur
assura que celui dont le videur tiquerait n’était surement pas eux, mais plutôt
leur camarade.
Ludwig lui fit un doigt d’honneur en
réponse. Il portait un jean troué, trop descendu sur les hanches, un tee-shirt
avec une tête de mort et des rangers aux pieds. Avec ses tatouages et ses
piercings, il représentait pour la plupart le type même du voyou.
Mais comme prévu, le videur les laissa
entrer après avoir regardé d’un œil distrait la décharge. Du premier regard, il
avait déjà reconnu la fille de son patron, enfin de son grand patron. La boite
était gérée par un représentant de la compagnie Miori Corporation. Il se dit
également qu’il avait la chance de voir ce soir-là deux membres de cette
famille. Quelques heures plus tôt, le deuxième fils d’Auguste Miori était passé
voir le directeur. Il leur souhaita une bonne soirée.
Dès qu’ils entrèrent, ils furent envahis
par la musique. Elle les mena vers la salle et ils durent bousculer des clients
pour pouvoir passer. La boîte pouvait accueillir beaucoup de monde, mais la
plupart des jeunes se coltinaient près de la piste et de la sortie.
Lina, connaissant chaque recoin de la
boite, elle les mena directement à une place près du DJ. Ravi, Ludwig se laissa
tomber sur un des fauteuils juste à côté de Reï. Lina les quitta pour aller
saluer le DJ et l’homme qui se trouvait juste à côté.
Quand elle revint, elle leur annonça en
criant pour se faire entendre que pendant une heure, ils ne passeront que du Bass
Hunter. D'ailleurs, cela ne se fit pas attendre, car les premiers accords de
« Horn Of Orcs » se firent bientôt entendre.
Lina attrapa la main de Maeva et la
tira pour se rendre sur la piste. Elles se mirent à danser. Elles dansèrent
ainsi pendant presque toute l’heure écoulée. Elles avaient même fini par aller
chercher les garçons qui ne semblaient pas vouloir bouger leur fesse.
Les filles savaient bien pourtant que
Ludwig était un très bon danseur. Il le montra en compagnie de Lina avec qui
les pas s’harmonisèrent sur l’air de Dilly Dally de Hakimakli, version
française.
Maeva et Reï les entouraient en
compagnie d’autres personnes pour les encourager. La chanson se trouvait
presque à la moitié qu’en un autre homme, de la même taille que la jeune fille,
un châtain coupé très court, finit par les rejoindre sur la piste. Ce fut
presque un duel entre les deux garçons et Lina qui les titillaient.
Reï se laissait entraîner par la
musique et par le plaisir d’être avec des personnes qu’il appréciait de plus en
plus. Il se demandait si son frère les aurait aimés aussi. Il n’en était pas
très sûr. Il avait un doute pour Ludwig. Il ne savait pas pourquoi, mais il
était sûr et certain que le percé et Hisoka se seraient détestés.
Après la chanson, une autre reprit le
relai, c’était PillBoxx avec Time To Dance. Maeva tira le bras de Reï afin de
regagner leur place. Apparemment, les danseurs ne voulaient toujours pas
regagner leur table. La jeune fille s’installa le plus près du garçon afin de
pouvoir mieux parler.
-
C’est bête ! On aurait pu inviter Killian à venir avec nous.
Le blond sourit. Il avait déjà deviné
que sa jeune amie avait un faible pour le terminale.
-
Je ne suis pas sûr qu’il aurait aimé.
-
Je sais bien, mais au moins, il aurait fait une sortie avec des amis. Cela lui
changerait de son stupide ordi.
-
Ce n’est pas gentil ! Ça donne l’impression que tu es jalouse.
La jeune fille se sentit rougir. Elle
donna un coup de coude à son camarade qui se mit à rire. C’est à cet instant
que choisit de revenir Ludwig et compagnie. Bien sûr, le percé prit possession
de la place libre près du blond. Ce manège fit sourire Lina et Maeva.
Le deuxième danseur les accompagnait.
Vu qu’il tenait la main de la jeune Miori, Reï sut de suite que la troupe le
connaissait. Il mit un temps, mais il le reconnut comme étant le DJ qui
s’occupait de la sono à leur arriver.
-
Reï, je te présente Shin Soba.
Alors, c’était lui le fameux Shin qui
ne se laissait pas mener par le bout du nez par Lina. Les deux garçons se
serrèrent la main. Shin s’installa à côté de Lud et l’attrapa par le cou.
-
Toujours aussi bon en dance, Lud. Tu as toujours des talents cachés.
-
Qu’est ce que tu crois ? Avec une mère qui aimait faire la fête, c’était
facile d’apprendre.
-
Hahaha ! C’est clair !
Lina qui ne s’était toujours pas assise
fut tirée d’un seul coup et elle tomba carrément sur les jambes de Shin qui se
moqua d’elle. Elle se redressa et le frappa.
-
Espèce d’idiot !
-
Arg ! Comment tu parles toi ? Va falloir que je dise à Renko de te
dresser, femelle !
Pour toute réponse, il se fit à nouveau
taper bien qu’elle ne chercha pas à sortir des bras du jeune homme. Ludwig se
pencha vers Reï et lui chuchota :
-
Ils agissent comme s’ils ne sortaient pas ensemble, mais c’est archi faux !
Cela faisait maintenant plus de deux
heures que les adolescents étaient sortis. Renko, pour passer le temps, lisait
un livre dans le salon, pendant que Carlin après s’être occupé de Luce,
s’enferma dans sa pièce.
Il devait peindre, mais voilà aux bouts
deux heures, rien. Il soupira fataliste. Il s’ennuyait. Il ne savait pas quoi
faire. La maison était beaucoup trop calme sans les mioches. Thalia les avait abandonnait
pour aller dormir chez une amie. Elle leur avait fait des recommandations évidemment,
genre de ne pas sortir, de faire attention en descendant les escaliers et tous
et tous….
Carlin renifla. Cette gamine les
prenait pour qui là ? Ils n’étaient pas encore séniles, encore heureux. Il
abandonna sa toile et sortit. Il alla zieuter un coup d’œil à sa pupusse adoré.
Pour une fois, le bambin dormait. Tant mieux ! Luce pouvait être adorable,
mais le jeune homme en avait assez de faire des nuits blanches. Si ce n’était
pas la faute du bambin, c’était les cauchemars de Thalia, de Maeva ou encore de
Ludwig.
Enfin pour Ludwig, il était tranquille.
Reï pouvait très bien se charger de veiller sur ce grand dadais. Un sourire
étira ces lèvres. Le blond allait en voir des vertes et des pas mures. Ludwig
avait jeté son dévolu sur lui et il ne lâcherait pas prise tant qu’il n’aurait
pas ce qu’il voulait. Pour ça, il avait bien hérité de son père dont il portait
le nom, mais aussi de Ludmilla.
Carlin se passa une main dans ses
cheveux noir corbeau. Il se secoua un bon coup. Hors de question de repenser à
son amie décédée ! Il ne voulait pas déprimer. La poisse ! Voilà ce
qui arrivait quand il s’emmerdait !
Un autre sourire revint sur ces lèvres.
Il savait quoi faire maintenant. Cela faisait un moment où il ne l’avait pas
emmerdé celui-là. Enfin la dernière fois, c’était la veille donc c’était
vieux ! Pas vrai ?
Il fonça vers les escaliers et les
dégringola en quatrième vitesse. En arrivant vers le salon, il se mit à
crier :
-
Rennnnnnnnnnnkooooooooooooo, je m’ennuie !
Le grand brun sursauta comme à son
habitude avant de recevoir un corps lui tombait dessus. Son livre fut envoyé
valdinguer à l’autre bout de la pièce.
-
Carlin ! Tu ne peux pas arriver normalement ?
-
Nada ! C’est bien trop ennuyeux sinon !
Carlin se redressa et s’installa à
califourchon sur les jambes musclées de son compagnon. Les mains croisées
derrière la nuque de son homme, alors que celui-ci le retenait par les hanches.
-
Pour une fois que je pouvais lire tranquille !
Carlin se pencha et lui mordit
l’oreille. Renko grimaça.
-
Aïe ! Brute !
-
Occupe-toi de moi plutôt que de penser à ton bouquin ! Tu m’as trop
délaissé.
Le brun se mit à rire.
-
Tu es gonflé tout de même ! Tu m’as empêché de dormir pratiquement toute
la nuit !
-
Ça, c’est de l’histoire ancienne !
Renko se mit à rire à nouveau tout en
approchant ces lèvres de ceux de son compagnon. Même après toutes ces années,
il ne pouvait s’empêcher d’adorer cette bouche et surtout cette langue
agaçante. Il laissa, ensuite ses lèvres glissaient, le long de son cou. Ses
mains passèrent sous le pull rouge de Carlin. Le jeune homme avait gardé la
douceur de sa peau, de sa taille et de sa minceur.
Trop impatienté, Carlin retira son pull
et commença à déboutonner la chemise de son homme. Il ne restait pas en reste
et laissa errer ses propres lèvres sur la peau de son vie à vie, sur ses
épaules, sur son cou. Pour toutes les fois où c’était lui qui se retrouvait
avec un suçon, cette fois-ci ce fut au tour de Renko.
Celui-ci grogna, ce qui fit rire Carlin
bien évidemment. Renko souleva son compagnon et l’allongea sur le canapé. Il en
profita pour retirer le dernier rempart de Carlin. Ce n’était pas parce qu’il
était devenu un adulte qu’il avait changé pour autant sa manie de ne rien
porter sous le pantalon.
Renko reprit de nouveau possession de
la bouche tentatrice avant de glisser ses lèvres et sa langue sur tout le corps
de son compagnon qui se sentait de plus en plus enflammé. Après tout ce temps,
il le connaissait par cœur. Il connaissait tous les points sensibles. Il ne se gêna
pas à s’y rendre pour exacerber le désir de Carlin à l’extrême.
Carlin se tortillait dans tous les
sens, les mains enfoncées dans la chevelure brune. Les lèvres de Renko finirent
leur route vers le bout tendu près à éclater. Il l’embrassa avant de l’engloutir
et de commencer son mouvement de haut en bas.
Au bout de quelques minutes, Carlin
jouit. Il eut du mal à reprendre conscience, mais après quelques secondes, il
se reprit et en gesticulant, il parvint à changer la donne. Bien que cela se
résulta par une chute sur le tapis.
-
Aïe ! Aïe ! Aïe ! s’exclama le grand brun en tombant sur les
fesses. Carlin gloussa avant de chevaucher à nouveau son compagnon. Ce fut à
son tour de parcourir tout le corps parfait de Renko. À chaque caresse, à
chaque baiser, il pouvait sentir le corps de son ami frissonner sous le plaisir
et surtout avec une respiration qui devenait de plus en plus rapide.
Renko se laissait faire tout en
caressant à nouveau le corps de Carlin, de glisser ces mains vers les fesses
bien rebondies. Un doigt aventureux, se rendit vers un orifice pour le
préparer. Bientôt, n’en pouvant plus, Carlin se positionna et s’emboita au
désir intense de Renko.
Il commença à bouger doucement au
début, puis de plus en plus vite jusqu’à devenir infernale. La pression se fit
et éclata.
Carlin se laissa retomber sur son
compagnon qui lui entoura la taille. Renko embrassa les tempes de son ami.
Celui-ci se redressa légèrement et baisa les lèvres de Renko.
-
Tu sais que je t’adore !
Son ami se mit à rire.
-
Heureusement, vu que je fais toujours tes quatre volontés.
Carlin gloussa. Il se penchait à
nouveau pour baiser les lèvres très tentantes, mais un cri, lui fit faire la
grimace. Renko se mit à nouveau à rire.
-
La récré est terminée ! Papa poule doit aller voir son poussin.
Carlin se redressa et se rhabilla
rapidement. Il allait sortir quand il se retourna vers son compagnon.
-
Attends que papa poule est fini ! Il va te picorer toute la nuit pour
t’être moqué de lui !
Une nouvelle vie : chapitre 09
Les
jeunes rentrèrent qu’aux petits matins. Reï pouvait dire que c’était bien la
première fois où il s’était vraiment amusé comme un fou. Le top des tops, ce
fut quand pour faire plaisir à Ludwig, Shin ordonna à son camarade de lui
mettre une certaine musique. Il semblait que cette musique charmait comme un
serpent le percé. Plus tard, il apprit de la bouche même de l’intéressé que
c’était la musique préférée de sa mère Ludmilla.
Dès les premiers morceaux, Ludwig se retrouva
de nouveau sur la piste et devint presque fou au grand plaisir de ces amis
d’ailleurs. À vrai dire, Reï trouvait la musique très chouette et puis faire de
la musique dance avec le son d’un saxophone, il fallait oser. Shin lui donna le
titre dès qu’il put lui demander. C’était Infinity deux mille huit de Guru Josh
Project, une musique reprise sortie dans les années mille neuf cent
quatre-vingt-dix.
Lina pendant la chanson était venue
chercher Reï afin qu’il ne reste pas seul. La folie de Ludwig avait gagné tout
le monde et la boite était surchauffée. Bien sûr, Shin ne resta pas en reste et
accompagna son ami dans sa folie.
Reï put dire ce soir-là qu’il n’avait
jamais ri autant depuis très longtemps. Quand il fut l’heure de rentrer, les
jeunes se retrouvèrent un peu dans le chou. Heureusement pour eux, Lina était
une très bonne conductrice et n’avait bu aucune goutte d’alcool. En chemin,
Ludwig tomba dans le sommeil et sa tête tomba pile-poil sur l’épaule de Reï qui
n’osa pas bouger de peur de le réveiller.
Shin leur avait annoncé qu’il venait
les rejoindre chez les Oda Miori. Il les suivait en moto. Évidemment avec la
chance qu’elle avait, Lina se fit contrôler par les gendarmes. Les coquins
s’étaient très bien cachés. Mais manque de pot pour eux, la fille n’avait rien
à se reprocher et ils ne tardèrent pas à la relâcher. Par la même occasion, ils
s’occupèrent de Shin, mais ne restèrent pas longtemps, car une voiture passa à
très grande vitesse. Les gendarmes furent donc trop occupés d’un coup pour les
ennuyer encore plus.
Quand finalement, ils arrivèrent, ils entrèrent
dans la maison sans faire de bruit. Mais contre toute attente, l’un des deux
hommes se trouvait toujours debout. Apparemment le petit Luce avait décidé que
l’un d’eux ferait une nuit blanche. Carlin les salua plutôt grognon. Trois
nuits blanches consécutives ne rendaient surement personne de très agréable
compagnie.
Alors, ce fut sur la pointe des pieds
que les jeunes se rendirent dans la chambre pour au moins avoir quelques heures
de sommeil. Lina et Maeva squattèrent la chambre des garçons, vu qu’il y avait
assez de lits.
Ludwig se sentait bien pour une fois.
Il se disait qu’il allait pouvoir faire une nuit complète sans cauchemars. Dans
la semaine, Reï l’avait réveillé deux fois à cause de son agitation. Il s’en
voulait un peu. Il ne voulait pas déranger les personnes qui n’étaient pas concernées
par ses problèmes. Mais ce qui plaisait bien à Lud, c’était que le blond ne se
plaignait jamais.
Pas, qu’il n’avait pas de caractère,
bien au contraire, mais que dans un sens, il savait être patient. En y
réfléchissant, par certains côtés, Reï lui faisait penser à Simon, son défunt
beau-père. Simon était toujours d’une patience d’ange, toujours le sourire et
un mot gentil pour tout le monde et en particulier pour Ludmilla.
Ludwig se laissa tomber comme une masse
dès qu’il vit son lit et s’endormit aussitôt sans se déshabiller. Maeva
emprunta un des lits superposés tout comme Shin qui attrapant Lina, la força à
dormir dans le même lit que lui. Il lui énonça qu’il avait besoin d’une
bouillotte. Une excuse bidon ! Bien que la jeune fille ne refusa pas.
C’était évident !
Le jour venait de se lever depuis un
moment quand Carlin se réveilla en sursaut du canapé. Le petit Luce se trouvait
dans ses bras bien réveillés également. Dès qu’il vit son père le regarder, il
lui adressa un joli sourire édenté.
-
Tu es une sacrée fripouille, Luce !
Le petit se mit à rire. Le jeune homme
se releva et s’étira un bon coup. Un bon café et il serait d’attaques pour
jouer les chieux aujourd’hui. Il embarqua le petit sous le bras. Luce riait
d’être porté de cette façon. Il lui donna un biberon de lait. C’était la seule
chose que l’estomac du petit acceptait le matin. C’était bien tout de même ces
machines Senseo et compagnie. C’était rapide et efficace. Dès qu’il but sa
première tasse, Carlin se sentit beaucoup mieux. Il en but au moins trois, puis
s’exclama au petit Luce qui le regarda avec grand sérieux.
-
Alors qu'est-ce qu’on fait maintenant ? Il est neuf heures trente du
matin. Qu'est-ce que l’on pourrait faire à ton avis ?
Luce pencha la tête sur le côté comme
s’il réfléchissait et tout à coup se mit à rire. Son père eut un sourire à son
tour. Un sourire de connivence !
-
Tu penses comme moi, mon poussin ? On va faire les fous.
Carlin attrapa dans ses bras le petit,
se mit en devoir de monter à l’étage. En premier lieu, il devait s’occuper
d’aller picorer celui qui avait réchappé à la nuit blanche. Il pénétra dans sa
chambre et sauta sans douceur sur le lit en criant avec Luce. Renko se réveilla
tellement en sursaut qu’il faillit chavirer du lit. Carlin éclata de rire de la
situation.
-
Carliiiiiinnnnnn ! On est dimanche.
Son compagnon posant Luce entre les
deux oreillers afin qu’il ne tombe pas, se pencha ensuite vers le brun et lui
baisa les lèvres. En même temps, il souleva la couette et observa en dessous.
Renko lui tapa la main.
-
Pervers !
-
Mais euh ! Je regardais juste si tu avais toujours de belles fesses.
-
Elles n’ont pas changé, depuis hier soir, voyons !
Carlin sourit. Luce bougea et se laissa
tomber sur son deuxième père qui le rattrapa à temps.
-
Toi aussi, tu es un démon !
Le petit se mit à rire.
-
J’ai bien l’impression qu’il déteint sur toi.
-
N’importe quoi ! Allez ! Vient mon poussin. Il faut s’occuper des
autres maintenant.
Luce tendit ses petits bras à Carlin,
qui le reprit dans ses bras. Avant de se lever entièrement du lit, il se pencha
à nouveau vers son compagnon pour un nouveau baiser plus long cette fois-ci.
Ensuite, en sautillant jusqu’à la
porte, il s’exclama :
-
Allez debout fainéant ! La meute d’affamé va arriver dans ta cuisine avant
même que tu puisses dire ouf !
Renko se laissa retomber sur les draps
en poussant un long soupir. Impossible d’avoir la grasse matinée avec
lui ! D’ailleurs, il ne savait pas du tout ce que cela voulait dire. Après
un autre soupir, il se décida enfin à se lever. S’il ne le faisait pas assez
vite, il risquait de revenir à nouveau et il lui en ferait voir des vertes et
des pas mûrs.
Carlin ouvrit doucement la porte de la
chambre des garçons. Comme il se doutait le lit de tête était vide. En
entendant le bruit de la douche, il sut de suite où se trouvait Reï. En jetant
un rapide regard dans la chambre, il trouva assez rapidement ce qu’il
cherchait. Il s’y dirigea et l’emprunta. Il se dirigea vers la salle de bain et
d’un doigt fit le signe de silence au petit. Celui-ci refit le geste et eut un
sourire.
Reï se trouvait sous la douche depuis
un moment. Il éteignit le robinet et se retourna. Il fut ébloui par un flash.
Quand il sut ce qui c’était passé, il se sentit rougir de la tête aux pieds et
attrapant une serviette se cacha derrière. Dès que ces yeux purent de nouveau
voir correctement, il vit Carlin avec un large sourire tenant dans une main un
appareil photo et de l’autre Luce.
-
Vous n’avez pas osé ?
-
Haha ! Bien sûr que si ! Mais si tu ne veux pas que j’en prenne
d’autres et méfis-toi, je suis très doué pour en faire, tu as intérêt à me
tutoyer. Fais en sorte que ta jolie petite tête s’en souvienne.
Après cette réplique, le jeune homme sortit
de la salle de bain abandonnant un adolescent rouge comme une tomate et qui ne
savait pas du tout comment réagir. Il se dirigea ensuite vers les deux corps
allongés dans le même lit. Un flash les réveilla en sursaut. Surtout pour Shin
qui se redressa d’un bond et se cogna violemment la tête contre le haut du lit.
Il foudroya du regard le coupable qui
souriait d’un air sadique. Lina se frotta les yeux encore à moitié endormis.
-
Carlin, il est trop tôt !
-
Je sais, c’est bien pour cela que je suis là !
-
Tu es un vrai sadique, papa ! s’exclama Maeva qui s’était réveillé en
entendant le cri de Shin.
-
Hihihi ! Allez au tour du dernier !
Il se dirigea vers Ludwig. Il s’amusa à
prendre plusieurs clichés de son filleul. Il savait bien que les flashs ne le
réveilleraient pas du tout.
-
Il est trognon quand il dort, s’exclama Maeva.
En entendant du bruit derrière lui,
Carlin se retourna et vit Reï. Il se mit à glousser quand le garçon se mit à
nouveau à rougir. Pour le taquiner encore plus, il murmura :
-
Les filles ? Vous voulez voir une belle photo ?
Maeva et Lina s’approchèrent du jeune
homme. Reï bondit et récupéra l’appareil photo.
-
Hors de question !
-
Eh ! Pourquoi ne veux-tu pas nous laisser regarder ? S’offusqua Lina.
-
Ça ne te regarde pas !
Carlin éclata de rire.
-
Papa ? Qu'est-ce qu’il y avait comme photo ?
Carlin lui jeta un coup d’œil
malicieux.
-
C’est un secret ! Bon, allez ! Luce, c’est le moment d’attaquer la
terreur !
Le jeune homme se retourna de nouveau
vers son filleul et comme la dernière, dans l’appartement du percé, il se mit à
califourchon entre les jambes et posa devant lui le petit. Luce se trouvait
carrément assis sur le ventre de Ludwig.
Le jeune homme brun sentit un poids et
deux petites mains qui lui tiraient les joues en riant. Il ouvrit les yeux et
croisa le regard noir moqueur de son oncle.
-
On ne peut même plus dormir en paix ?
-
Que dalle ! De plus si tu étais réveillé, tu aurais pu voir une certaine
photo de Reï sous la douche.
-
Quoi ? Bouge-toi, je veux la voir !
Ces amis éclatèrent de rire, alors que Reï
s’écria qu’il était hors de question qu’il la voit, que de toute façon, il
l’avait effacé. Mal lui en prit, car Carlin lui jeta un regard de concupiscence.
Le blond, horrifié, vit l’oncle de Ludwig sortit de sa poche un autre appareil
photo et de le donner au percé. Rougissant, il s’enfuit de la chambre sous les
rires de ces nouveaux camarades. « Le bougre, il l’avait bien
eu ! »
Il pénétra dans la cuisine où une bonne
odeur de pain grillé se faisait sentir. Renko se tourna vers lui et le vit tout
rouge. Il eut un sourire.
-
Rien qu’à voir ta tête, je dirais que tu viens de te faire avoir en beauté par
Carlin ? Je me trompe ?
Reï se laissa tomber sur un siège.
-
Est-il toujours comme cela ?
-
Hahaha ! Tu n’es pas encore sorti de l’auberge mon pauvre. Ça, ce n’est
qu’une des facettes de mon adorable compagnon.
Reï laissa tomber sa tête sur la table.
-
Dans quelle galère je me suis foutu !
Renko éclata de rire. Il ébouriffa la
tête blonde. Reï trouvait à chaque fois agréable ce simple geste. Il se
souvenait que sa mère le faisait souvent quand il était petit surtout pour
l’aider à dormir. C’était si loin. Il se redressa quand il entendit les autres arrivées.
Ludwig pénétra dans la cuisine en pleine forme. Il s’installa près de Reï et se
pencha vers lui, il lui chuchota :
-
T’étais vraiment trognon sous la douche.
Reï se recroquevilla un peu plus sur sa
chaise pendant que Lud se mettait à rire de son embarras.


