Carlin : Chapitre 04
Chapitre 4 : Visite chez le psy
Une nouvelle semaine commença sous la chaleur, fait étrange pour un mois d’octobre. Les cours furent perturbés par l’absence de leurs professeurs de français et celui de mathématiques. Carlin fut également absent. Akira n’avait pas aperçu la mère de son ami à la crèche, ignorait la raison de l'absence de Carlin. Il n’avait pas non plus son numéro de téléphone et lorsqu'il en parla à Mili, celle-ci regretta d’avoir omis de le demander au garçon, la semaine dernière.
Pour la pause déjeunée, ils avaient pris l’habitude de se rendre sur le toit. La cantine était toujours trop bondée et bruyante. Mais contrairement aux autres jours, ils se sentaient un peu esseulés. C’était étrange, car Carlin parlait très peu, mais sa présence leur manquait. Pour atténuer cet effet, Mili prit la parole.
- As-tu passé un bon week-end ?
- Mmh ! Oui. Mais il aurait pu être beaucoup mieux, répondit Akira après un temps.
- Ne devais-tu pas voir Matt ?
- Je l’ai vu, mais seulement samedi après-midi, ensuite il a dû partir pour une urgence. Il n’a même pas voulu me dire la raison. Depuis c’est silence radio et ça me met en rogne !
La jeune fille s’apprêtait à lui poser d’autres questions quand la porte s’ouvrit sur une haute silhouette. Celle-ci s’approcha d’eux d’une démarche féline. Akira leva la tête vers le nouvel arrivant. Il se retrouva devant un garçon de grande taille, à l’allure sportive dont les cheveux bruns mi-longs étaient noués en queue de cheval. Il tenait un carnet à dessin sous le bras.
- Tiens, un revenant ! Que nous vaut le plaisir de ta visite ?
- Pfft ! Ce n’est pas vous que je voulais voir ! S’exclama le nouvel arrivant.
- Ça, je m’en serais doutée ! Qu’est-ce que tu lui veux ? Tu ne peux pas le laisser tranquille ? s’écria Mili.
Le jeune homme lui jeta un regard noir. Il haussa les épaules et répliqua :
- De quoi je me mêle, mademoiselle sainte nitouche ! Aux dernières nouvelles, il n’a pas besoin de toi pour se défendre.
- Vous allez arrêter tous les deux ?
Akira se fit foudroyer du regard par les deux en question. Il soupira :
- Carlin est absent aujourd’hui. Nous ne connaissons pas la raison.
Renko soupira à son tour avant de se laisser choir en face d’eux. Les deux autres en furent très surpris.
- Arg. ! Il doit le faire exprès !
- Pardon ? Demanda Mili.
- Non, rien.
Renko posa le carnet à dessin sur ses genoux avec respect.
- Je voulais lui rendre son carnet.
- Je peux lui donner à ta place, s’enquit Mili.
- Nada ! Pas question. Je le lui rendrais en main propre.
Les trois jeunes gens gardèrent le silence pendant un long moment. Puis, finalement, Akira demanda :
- Pourquoi as-tu été renvoyé pour une semaine ?
Renko eut un sourire en coin.
- J’ai tordu le bras de mon professeur d’histoire.
- T’es complètement barge ! Lâcha Mili.
Miori éclata de rire.
- Carlin a dit exactement la même chose.
- Qu’est-ce qu’il vient faire dans l’histoire ? demanda Akira.
- Il ne vous a rien dit ? Je ne sais pas comment il fait, mais il s’attire toujours les ennuis.
- Que veux-tu dire ? S’est-il produit un évènement entre ton professeur et Carlin ? Insista la jeune fille.
Renko leva les yeux au ciel et se perdit dans ses pensées un moment avant de répondre.
- Je n’ai peut-être pas le droit de vous le dire, mais il ne m’en voudra peut-être pas puisque vous êtes ses amis. Pfft ! Je ne sais pas pourquoi j’ai voulu l’aider. Il se débrouillait très bien tout seul.
Renko se sentait un peu mal à l’aise. Il se décida tout de même à raconter. Il avait surpris son prof d’histoire avoir un geste trop intime envers Carlin pour que ce soit un accident. Alors il était intervenu même si le garçon avait déjà repoussé et giflé le professeur.
- C’est bien la première fois où je vois passer un semblant de haine dans son regard. Ensuite, il est revenu normal et m’a traité de barge.
- Je ne comprends pas. Pourquoi as-tu été renvoyé ? Ce professeur a eu ce qu’il méritait, s’exclama Mili.
- Carlin ne voulait pas ébruiter l’affaire, alors j’ai juste dit que la tête du prof ne me revenait pas.
- La haine ! s’exclama Akira. Carlin n’a rien fait pour t’aider ? Après tout, c’est un peu à cause de lui si tu t’es fait renvoyer.
- Il ne voulait pas que je prenne tout sur le dos. J’ai eu un mal fou à lui faire comprendre que ce n’était pas grave.
- Je voudrais savoir Miori, tu le détestes ou tu l’apprécies ?
Renko se redressa et s’étira de tout son long. Les cours allaient bientôt reprendre. Il réfléchit un instant et finit par lâcher :
- L’un peut très bien aller avec l’autre. Je ne sais pas, je dirais donc les deux. Il m’intrigue, alors je vais continuer à venir vous ennuyer de temps à temps. Ciao !
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Il détestait venir ici. Les hôpitaux lui faisaient horreur et lui rappelaient trop de mauvais souvenirs. Combien de fois, avait-il séjourné dans une de ses chambres à la senteur médicamenteuses ? Il pénétra enfin dans la section de son lieu de rendez-vous et il s’installa dans la salle d’attente après être passé au secrétariat. Il regarda autour de lui. Un couple attendait sagement que leur fils ou leur fille sorte de chez le docteur. Deux rangs plus loin, un garçon de son âge patientait en mâchant bruyamment son chewing-gum.
Le garçon appuya sa tête contre le mur et attendit son tour. Il en voulait à sa mère d’avoir repris des rendez-vous. Elle savait bien qu’il les détestait, mais elle voulait tenir tête en affirmant que ces thérapies pouvaient l’aider.
Ce matin même, elle avait compris à quel point, il était furieux. Contrairement à son habitude, il ne lui adressa pas une seule parole, un seul sourire et fit comme si elle n’existait pas. Il l’avait peiné, elle était partie travailler les larmes aux yeux. Mais il ne lui pardonnerait pas. Pour ne pas changer, l'heure de son rendez-vous ne fut pas respectée. Tous les médecins étaient pareils. Ils ne connaissaient pas la ponctualité.
Une voix grave l’invita enfin à pénétrer dans un bureau très sobre. Le médecin assis derrière son bureau ne se leva même pas pour saluer son nouveau patient. En observant le visage vieillissant du docteur, le garçon y perçut de la fatigue et un profond ennui. « C’est ce machin qui ne ressemble à rien qui doit faire des miracles avec moi. Pfft ! Laissez-moi rire ! »
- Bonjour, mon garçon. Je suis le Docteur Marcus. Mets-toi à l’aise !
Carlin s’installa sur un des fauteuils. Et sans aucune gêne, il posa et croisa ses deux jambes sur le bureau. Il sourit quand il vit le médecin tiquer. Celui-ci ne s’en formalisa pas pour autant. Dommage !
- Si tu te présentais et que tu me racontes un peu ta vie.
- Nada ! Je n’ai pas envie, vous n’avez qu’à lire mon dossier. Il parait qu’il est rempli d’annotations de mon ancien psychiatre. C’était marrant même quand je ne parlais pas, il écrivait quand même.
- Tu n’as pas l’air de l’avoir beaucoup aimé ce docteur.
- Ouais, ça, c’est sûr ! Il vous regardait de haut et il faisait croire qu’il avait la science infuse. C’est des conneries ! D’ailleurs, sans vouloir vous offenser, je ne suis pas sûr que je vais vous apprécier. Vous n’avez pas de chance, vous lui ressemblez beaucoup trop.
- Je suis désolé, je n’ai pas choisi mon physique.
- Ah ! Vous avez de l’humour. Un point pour vous.
Le médecin se tut et observa son patient. Il aimait son métier, mais depuis quelque temps, il commençait à s’en lasser. C’était très mauvais signe pour un médecin. Mais aujourd’hui, son nouveau patient semblait un peu différent des autres. Il avait lu bien évidemment le dossier du garçon et d’après lui, il avait pensé voir un garçon craintif ou très agressif, mais non, loin de là. Le garçon respirait la joie de vivre, il avait de l’énergie, mais au fond de ses yeux noirs, une certaine tristesse faisait son apparition de temps à autre.
- Est-ce que je peux t’appeler par ton prénom ?
- Vous êtes un rapide. Vous en êtes déjà là ? S’exclama le garçon en riant.
Le médecin fut choqué. Il eut bien du mal à reprendre une certaine contenance. Il ne put empêcher ses joues de rosir.
- Tu devrais faire attention à ton langage, mon garçon.
Le garçon le regarda fixement et le médecin se sentit mal à l’aise. Un sourire lui étira les lèvres, il aimait bien provoquer ce genre de réaction chez les autres. Il pencha la tête et demanda innocemment :
- Êtes-vous homophobe, Docteur Marcus ?
La surprise apparut sur le visage de celui-ci. Ensuite, il se rappela que son collègue avait noté que le patient était surement gay.
- Non, je ne le suis pas. J’ai un fils homosexuel.
- Votre fils a de la chance d’avoir un père compréhensif.
- Connais-tu quelqu’un dont le père ne l’était pas ?
Le garçon sembla réfléchir. Il finit par avouer :
- Oui, mon père.
- Ton père ? Mais si je me souviens bien, tu ne l’as pas revu depuis que tu as six ans, je me trompe ?
Son patient éclata de rire.
- Finalement, je vous aime bien. Vous me faites rire. Pour vous répondre, c’est vrai, je ne l’ai plus revu et je ne veux plus le revoir. Jamais ! Mais, je vous assure, mon père est homophobe et raciste aussi. C’était une des raisons pour laquelle il m’a planté trois coups de couteau le jour de mes six ans. Il ne supportait pas d’avoir un enfant qui affirmait aimer les garçons. Et il a tué la fleuriste en bas de chez nous parce qu’elle était noire.
- Je comprends. Tu dois beaucoup le haïr n’est-ce pas ?
- Je le hais du plus profond de mon âme. Mais cela ne m’empêche pas de vivre pour autant. Je ne cache pas mes préférences. Ma mère m’accepte. Je vis selon mes désirs. Que demander de plus ?
- Est-il vrai que tu as eu une relation avec un de tes professeurs au collège ?
- C’est vrai. Cela a duré un an avant qu’une mégère ne nous surprenne.
- L’aimais-tu ?
- Je ne sais pas. Mais, il était très doué.
- Il parait qu’à la même époque, tu te faisais ennuyer par des lycéens.
- Mmh ! Vous êtes bien renseigné. Mais, ce serait plutôt l’inverse.
- Pourquoi le penses-tu ?
- Parce que je n’avais pas peur d’eux. Je les laissais faire parce que cela m’amusait. Cela me changeait de la routine. Ils ont fini par arrêter sans que je fasse quoi que ce soit.
- En es-tu si sûr ? Et si tu me racontais la suite.
Le garçon se redressa d’un bond. Il regarda sa montre et se tourna vers la porte.
- La séance est finie, Docteur Marcus.
- Carlin, il faudra bien qu’un jour tu nous racontes ton histoire avec Ludwig Korvac.
Son patient lui jeta un regard furieux avant de claquer la porte. Le médecin tourna son fauteuil vers la fenêtre. Il avait trouvé le point sensible du garçon. Au début, il s’était demandé pourquoi il devait s’occuper de Carlin. Celui-ci semblait être en très bonne forme et n'avoir aucun problème d'ordre psychologique. Le médecin reprit le dossier de son patient et ouvrit le deuxième dossier sur lequel le nom de Ludwig Korvac était inscrit en rouge.
Carlin : Chapitre 05
Chapitre 5 : Le début d’un changement
Dans un quartier très fréquenté que tous les habitants de la ville le surnommaient « le quartier africain » se trouvait un bar du nom « Cool baby », certes un nom très étrange pour un bar où toutes les communautés en tout genre pouvaient se rencontrer sans problème. Actuellement, il était fermé en raison de quelques travaux de restauration, mais le propriétaire, habitant à l’étage, aimait travailler dans son bureau à l’arrière de la salle principal.
Il aimait s’asseoir dans son fauteuil spécialement conçu pour sa taille et sa carrure impressionnante, tout en fumant un bon cigare. Ce jour ne fit pas exception à l'exception de la présence d’un petit insecte nu comme un ver que seul recouvrait une couverture sur les fesses. Il était allongé sur le canapé en cuir brun, installé sur sa gauche, juste en dessous de la fenêtre, montrant l’arrière-cour. L’homme se pencha vers un tiroir et sortit un nouveau cigare. Tout en l’allumant, il jeta un coup d’œil vers la forme allongée.
— Enfin réveillée Marmotte !
La marmotte ainsi nommée se redressa légèrement. Elle s’appuya sur un coude, afin de fixer le propriétaire. Elle lui tira la langue, avant de s’exclamer en grimaçant.
— Daï, tu es une brute. Je vais avoir mal aux fesses pendant plusieurs jours.
L’homme haussa les épaules et répondit, amusé :
— Si tu n’es pas content, tant pis pour toi. Mais, étant donné les gémissements que tu lançais, ça n’avait pas l’air de te gêner.
Le garçon sentit ses joues s’enflammer, mais il se rembrunit en entendant la suite.
— Que s’est-il passé cette fois-ci ?
Daisuke le connaissait depuis sa naissance. Il savait bien que sa présence ici était due à un évènement passé. Il tenta :
— Tu as été voir un psychiatre, je me trompe.
Il soupira. Daisuke était le cousin d’Eryna Oda, la mère de Carlin. Elle le tuerai si elle savait ce que son fils et lui venaient de faire. Carlin ne supportait pas les rendez-vous chez un psychiatre et entrer dans un hôpital lui faisait horreur. Le plus souvent après un rendez-vous, il devenait furieux, instable, émotif et avec une certaine violence, qui pouvait s'avérer suicidaire. Daisuke aimait trop ce gosse pour le voir se détruire en silence ou sans réagir. Il avait fini par trouver le seul moyen de le calmer. C’était le sexe, à la fois doux et dure et surtout sans sentiment.
— Je n’aime pas quand elle agit comme si je n’avais pas mon mot à dire. Elle aurait pu m’en parler.
Daisuke se leva et se dirigea vers le canapé. Il s’installa juste à côté du garçon. Il posa une main sur sa chevelure noire.
— Elle pense à ton bien-être, Carlin. Elle veut juste te voir heureux.
Le garçon se recroquevilla en remontant ses jambes sur lui. Il cacha son visage entre ses mains.
— Je ne veux pas parler avec eux. Ils sont horribles ! Je n’arrive pas à rester calme. Ils me rendent nerveux. Ils… Ils me font peur.
Voulant lui changer les esprits, Daisuke laissa glisser sa main des cheveux vers le dos. Carlin frissonna. Il lui frôla les fesses et leur donna une petite tape avant de retirer sa main et reprendre son cigare, posé sur une table près du canapé. Carlin émit un petit cri de douleur. Il fusilla du regard l’auteur de ce geste avant de se redresser correctement pour mieux s’asseoir.
— Monstre ! Ça fait mal ! S’écria le garçon.
Daisuke tira une bouffée de son cigare avant de recracher la fumée sur le garçon qui se mit à tousser.
— Habille-toi Carlin !
— Nada ! Je suis très bien comme cela.
Il pencha un peu la tête. Son humeur morose était déjà oubliée. Daisuke retourna s’asseoir à son bureau. Il s'exclama alors amusé :
— As-tu peur que Juntsou me voie tout nu ?
— Carlin, Juntsou sait très bien ce que je fais avec un morveux dans ton genre.
— Pfft ! Ce n’est même pas drôle.
À cet instant précis, la porte s’ouvrit sur un homme de grande taille, très mince, le visage imberbe, dont les yeux bridés indiquait clairement une ascendance asiatique, et des cheveux courts d’un roux cuivré. Contrairement à Daisuke, il avait une grâce féline plutôt que celle d’un taureau.
— Il me semblait bien avoir entendu la voix la plus sexy de la ville.
Le nouvel arrivant s’approcha du canapé et sans un regard à son compagnon, il embrassa à pleine bouche le garçon. Ensuite, il s’assit sur le canapé près de Carlin. Il ne fit aucun commentaire sur le fait de la tenue du garçon.
— Comment vas-tu, Carlin ?
— Beaucoup mieux, maintenant que tu es là Juntsou.
— Tant mieux. J’ai eu raison de rentrer plutôt. J’ai au moins eu le loisir de te voir en tenu d’Adam.
Carlin gloussa. Il aimait bien le compagnon de son cousin. Daisuke et Juntsou étaient ensemble depuis huit ans environ. Juntsou reprit plus sérieusement :
— Alors Carlin, comment ça se passe dans ce nouveau lycée ?
— Je me suis fait des amis.
Les deux hommes se regardèrent surpris et contents. Les amis de Carlin se comptaient sur une main et encore.
— Génial, reprit Juntsou. Et comment sont-ils ?
Tout en réfléchissant sur ses amis, le garçon se rhabilla sous le regard des deux hommes. Ils n’allaient pas se priver du spectacle.
— Je dirais qu’ils sont normaux. Mili est très mignonne, gentille et un peu fofolle. Il est facile de lui parler. Elle ne juge jamais. Elle accepte les gens différents comme ils sont, c'est-à-dire avec leur qualité et leur défaut. Ensuite, il y a Akira. Il est le genre de personne qui n’aime pas les ennuis, mais il est toujours présent quand on en a besoin. Il semble plus calme, mais en fait, il cache une part de folie également. Je revois aussi une vieille connaissance. Mais je ne sais pas si je peux le considérer comme un ami.
Daisuke aurait bien aimé en savoir plus sur cette vieille connaissance, mais il semblait bien qu’il n’en sache pas plus. Juntsou se redressa et s’étira de tout son long. Il attrapa le bras de Carlin et lui entoura le cou d’un de ses bras. Il se tourna vers son compagnon avec un sourire.
— Je t’emprunte Carlin, Daï ! Nous allons au marché sur la place pour nous amuser.
— Et moi alors ? S’offusqua Daisuke pour la forme.
— Toi, tu bosses, répondirent en chœur les deux hommes avant de disparaître derrière la porte.
Le lendemain, Carlin revint en cour. Ses deux amis l’entourèrent aussitôt. Ils voulaient connaitre la raison de son absence, mais ils n’osèrent rien demander face au visage morose du garçon. Carlin semblait être redevenu aussi renfrogné qu’à son arrivée au lycée. Même les professeurs durent s’en rendre compte. Ils préférèrent le laisser dans son coin.
Seuls, Marlon et sa bande ne remarquèrent pas le changement chez Carlin. Ils reprirent leur manège habituel. Ils lui firent disparaitre son sac de cours. Ils lui volèrent son repas pour le déjeuner. Ils le bousculèrent à plusieurs reprises également. Carlin s’assombrissait de plus en plus. Akira s’en inquiéta. Mais rien ne se produisit de toute la matinée.
Les trois amis se rejoignirent sur le toit du lycée. Mili partagea son repas avec Carlin. Le garçon lui adressa un sourire de remerciement. Il se sentait très las. Il grignota sans avoir faim. Ses bras posés sur la rambarde, il observait les élèves dans la cour. Akira s’installa à son côté. Il attendit un instant, mais finit par demander.
— Que se passe-t-il, Carlin ? Pourquoi es-tu si sombre aujourd’hui ?
Le garçon posa sa tête sur ses bras et observa son ami en silence, au début.
— Je suis juste de mauvaise humeur, j’ai le droit, grinça Carlin, sur un ton plus cinglant que prévu.
— Je veux bien que tu sois de mauvaise humeur, mais tu pourrais parler autrement à tes amis ! s’écria Akira vexé.
— Je fais ce que je veux !
— Ça suffit tous les deux ! s’exclama Mili en se mettant entre eux.
Penaud, Akira fit ses excuses. Quant à Carlin, il haussa des épaules désintéressées. Finalement, il inspira et expira un bon coup en fermant les yeux. Il se tourna vers ses amis.
— Je suis désolé. Je ne devrais pas m’en prendre à vous, vous n’y êtes pour rien dans l’histoire.
La jeune fille lui adressa un joli sourire.
— Nous sommes tes amis, Carlin. Nous avons de bonnes oreilles. Tu peux nous dire sans peur ce qui te tracasse.
— Merci, c’est très gentil à vous. Mais, juste votre présence me fait du bien.
Carlin se tut et se remit à observer la cour. Il fut aussitôt attiré par un garçon de grande taille aux cheveux bruns mi-longs discutant avec une fille très mignonne. Il tenait un carnet à dessin sous le bras.
Après un salut pour ses amis surpris, Carlin s’échappa en quatrième vitesse et traversa presque en coup de vent les classes pour se rendre dans la cour. Arrivé là, il jeta un coup d’œil autour de lui pour retrouver la personne recherchée. Il la repéra près de la salle de sport. Il fonça dans cette direction.
Renko laissa échapper un soupir de soulagement. Cette fille ne voulait pas le lâcher une minute. Pour avoir enfin la paix, il avait dû prendre son ton hargneux comme dans le passé. Il grimaça. Il n’avait pas été tendre. Il ne l’avait jamais été d’ailleurs. Ses anciennes petites amies le haïssaient après leurs ruptures. Mais, Renko s’en fichait. Maintenant, il voulait s’occuper de lui et de son avenir.
Un bruit de pas se fit entendre. Avec appréhension, il se retourna. Il fut soulagé de voir apparaître Carlin. Renko se demandait bien pourquoi il était content de le voir, mais il ne chercha pas plus loin. Il lui adressa un sourire de bienvenue. Carlin fut surpris par l’attitude de Renko. Habituellement, le jeune homme fronçait les sourcils et semblait agacé de le voir.
— J’ai appris que tu n’étais pas en cour hier, on dirait que tu vas mieux.
— Oui, merci. Est-ce que c’est bien mon carnet ?
Renko baissa son regard vers l’objet en question. Il le rendit à Carlin. Le garçon était troublé par l’attitude amicale de Renko. Il n’y était pas habitué, mais il se sentait soulagé en même temps. Pour cacher sa gêne, il serra son carnet contre lui. Il sourit.
— Merci. Il me manquait. Je n’en avais plus de libre à la maison, alors je ne pouvais plus dessiner comme je le voulais.
— Je suis désolé de te l’avoir emprunté. Je me suis senti mal tout le long de la punition. Tu es très doué.
Carlin se mit à rougir sous le compliment. Tout en discutant, les deux garçons s’étaient dirigés vers la salle de sport où des matchs de basket amicaux se déroulaient. Renko expliqua à Carlin que les curieux pariaient sur les équipes qui jouaient. La direction du lycée tolérait les paris du moment qu’ils étaient raisonnables et sans danger pour autrui. Les joueurs et les parieurs saluèrent Renko avec plaisir et accueillirent Carlin de la même manière.
— Super mon grand ! Tu vas pouvoir prendre ma place sur le terrain, s’exclama Billy, un des joueurs.
— Si tu veux, je vais faire des étincelles aujourd’hui.
Renko attrapa la balle qu’un joueur lui lançait.
— Sais-tu jouer Carlin ?
Le garçon eut un sourire en coin.
— Possible.
Renko gloussa. Avec Carlin, tout était possible. C’était le genre de garçon à se méfier. Il le savait depuis longtemps maintenant. Il lui lança la balle. Carlin l’attrapa sans problème et se dirigea vers le terrain.
— T’es sûr, Renko. Ils sont tous plus grands que lui sur le terrain !
— Je suis sûr et certain que tu vas être très étonné, Billy. Et puis, je suis dans son équipe.
Mili trop surprise de l’attitude de son camarade l’avait suivi, accompagnée d’Akira qui râlait pour la forme. Elle voulait juste savoir pourquoi Carlin s’était précipité dans la cour. Elle le vit discuter avec Renko Miori et le vit s’éloigner avec lui vers la salle de sport.
Alors, tout en tirant le bras du garçon, elle s’y dirigea. En y pénétrant, elle aperçut du monde devant le terrain. Que se passait-il ? Elle s’approcha. Elle tomba des nues en remarquant Carlin au milieu des plus grands garçons du lycée.
— Il va se faire ratatiner, s’exclama Akira venant à son côté.
— Salut, Aki ! Tu viens voir le match ?
Le garçon jeta un coup d’œil à son voisin. Celui-ci reprit :
— Ce match est génial ! Putain, ce gringalet les met en difficulté.
— Tu charries ?
— Regarde par toi-même.
Akira se concentra à nouveau sur le match. Il aperçut Renko Miori dans l’équipe de Carlin. Il n’en fut pas étonné, car il savait par les ragots que Miori avait pratiqués le basket au Collège, mais que cette année, il avait tout arrêté pour des raisons inconnues. Un joueur passa la balle à Renko qui fut aussitôt encerclée. Il ne chercha pas le moins du monde à doubler, mais réussit avec son talent à dribbler la balle sous les jambes d’un de ses adversaires.
Comme par hasard, Carlin récupéra la balle et la jeta aussitôt vers le panier sans essayer de s’en approcher. Mili entendit les commentaires du public. « Il est fou, il est beaucoup trop loin ». Elle retient son souffle. La balle arriva bien au panier, mais se mit à tournoyer autour comme si elle hésitait. Finalement après, trois tours du cerceau, elle tomba à l’intérieur. Les applaudissements retentirent de tous côtés. Les titulaires venaient de se faire écraser par une équipe d’amateurs dans laquelle seul Renko Miori démontrait des capacités.
Carlin était complètement essoufflé, il n’avait pas trop l’habitude du basket. Il fut vite entouré par les deux équipes qui venaient le féliciter pour son jeu. Le garçon se sentit rougir sous ce déluge de compliments. Renko réussit tant bien que mal à se rapprocher et s’exclama :
— Alors Carlin, comment te sens-tu ?
— Bien, fatigué, mais bien.
— Et ta mauvaise humeur ?
Le garçon lui jeta un coup d’œil. Renko souriait. Comment pouvait-il l’avoir deviné ?
— Envolé ! C’est étonnant, mais je me sens beaucoup mieux. Merci.
Il aperçut Mili et Akira et leur fit signe. Ceux-ci le rejoignirent.
— Super Carlin ! Tu étais génial, s’exclama Mili.
— C’est vrai, Mili a raison. Tu nous avais bien caché tes talents.
Carlin se sentit un peu mal à l’aise. Billy poussa gentiment Renko pour prendre sa place près du garçon.
— Carlin, tu n’as pas le choix, il faut que tu t’inscrives au club de basket !
— Non, non, pas question, s’écria le garçon, affolé.
— Pourquoi ? Tu es très doué. Tu ne peux pas gâcher un tel talent !
— Écoute, c’est gentil, mais pour jouer au basket, il faut un minimum de discipline et d’esprit d’équipe. Ce n’est pas mon genre.
— Ce n’est pas sorcier la discipline, ça s’apprend.
— Ça suffit, Billy ! s’écria d’un seul coup Renko en s’interposant entre les deux garçons. Il t’a dit qu’il ne voulait pas, n’insiste pas !
— Mais enfin Renko ! Et puis, toi aussi tu devrais revenir.
Le jeune homme leva les yeux au ciel. Il finit par attraper le bras de Carlin et sortit de la salle rapidement, accompagné d’Akira et de Mili. Ils repartaient vers la cour en silence, quand soudain, Carlin s’exclama :
— Merde ! J’ai laissé mon carnet à dessin. Il faut que j’y retourne.
Alors qu'il s'apprêtait à retourner dans la salle, Renko l'arrêta. Il lui fit signe et le garçon regarda derrière lui. Un garçon blond arrivait tenant un carnet dans les bras. Celui-ci interpella, grognon :
— Espèce d’idiot ! Si tu ne veux pas qu’il soit abîmé, évite de l’oublier dans un endroit où il y a du monde !
Le garçon se mit à rire. Youji Miori était exactement comme son frère. Il faisait croire qu’il était un mauvais garçon, mais en fait, il avait bon cœur.
— Merci, Youji.
— Ouais, ne crois pas que je le ferais tous les jours.
Carlin : Chapitre 06
Chapitre 6 : Les vacances de Toussaint
Carlin profita du début des vacances de la Toussaint pour effectuer la demande de madame Rose au sujet du mur de la crèche. Au début, il avait eu l’intention de demander de l’aide auprès d’Akira, de Mili, voire de Renko. Mais, il dut changer ses plans. Akira devait s’occuper de son petit frère, Shin. Mili fut obligé de se rendre chez ses grands-parents. Son père ne lui avait pas laissé le choix. Quant à Renko, il travaillait.
Alors, finalement, il eut l’idée de le demander à son grand cousin Daisuke et au compagnon de celui-ci. Daisuke put utiliser sa force pour déplacer les meubles et ensuite de les recouvrir d’une bâche de protection. Tandis que Carlin et Juntsou commencèrent à mettre le blanc au mur. Bien évidemment, Daisuke eut la formidable idée de peinturlurer son compagnon. Le plus jeune finit par se demander quel âge pouvait bien avoir ses deux adultes. Dur d’imaginer qu’ils avaient trente-six ans surtout quand ils mêlèrent Carlin à leur jeu.
Quand madame Rose se présenta en fin de matinée pour voir les travaux qu’elle ne fut pas sa surprise en les retrouvant barbouiller de peinture blanche. Elle les houspilla gentiment comme des enfants avant de partir en fou rire incontrôlable. Carlin ne pouvait nier adorer être en présence de son cousin et de Juntsou. Les deux hommes arrivaient toujours à le faire rire, à lui faire oublier ses peurs et ses soucis. Il pouvait faire des caprices, se mettre en colère ou juste réclamer de l’attention, ils étaient toujours présents à l’appel.
Pour les remercier de leur travail, même si ce n’était pas encore tout à fait fini, madame Rose les invita au restaurant. Elle décida également d’y inclure la mère du garçon. Au début, Eryna refusa, mais en apercevant le regard triste de son fils, elle céda. Elle ne le regretta pas. Le repas se passa dans une très bonne ambiance surtout grâce à Juntsou. Il les fit rire en racontant des anecdotes sur son travail d’éditeur. Il leur parla de la prise de tête avec ces écrivains qui ne finissaient jamais à l’heure leur livre ou la course poursuite après un écrivain qui avait décidé de prendre des vacances avant d’avoir fini son roman alors que la date limite arrivait à son terme.
En vérité, Eryna ne détestait pas son cousin, ni le compagnon de celui-ci, bien au contraire. Elle était plutôt jalouse du lien unissant les deux hommes à son fils. À les voir ensemble, elle pouvait le sentir. Carlin se confiait plus facilement à eux. Pourquoi ? C’était très injuste ! Elle était sa mère. Elle craignait de perdre ainsi son unique enfant.
Elle se sentait stupide, car elle savait bien être responsable de cette situation. La semaine de la première séance de thérapie, elle avait passé une semaine horrible. Carlin ne lui avait plus adressé la parole, il avait agi avec elle comme si elle n’existait pas. À la fin de la semaine n’y tenant plus, elle s’était mise en colère. Carlin l’avait observé en silence, la fixant de ses yeux noirs emplis de rage contenue.
Elle avait eu peur. Carlin avait eu la malchance d’hériter des yeux noirs de son père et de sa façon d’observer sans ciller. Eryna avait cédé. Elle s’était laissé choir sur le sol en larme. Ce regard lui avait rappelé tous les coups reçus par son ex-mari. Carlin avait finalement entouré les épaules de sa mère pour la calmer. Eryna avait sangloté de honte d’avoir imaginé un instant que son fils aurait pu la frapper à son tour.
Dans l’après-midi, il put rejoindre Mili, la jeune fille ayant réussi à s’échapper avec la complicité de sa grand-mère. Elle voulait visiter le marché africain qui ne portait que le nom. Carlin insista auprès de sa mère pour l’accompagner. Celle-ci râla pour la forme. Elle était en réalité très heureuse de l’invitation. En fait, Carlin voulait vérifier quelque chose. Mili venant souvent chez lui pour faire ses devoirs avait remarqué qu’Eryna rentrait plus tard qu’habituellement et revenait avec des gâteaux venant toujours de la même boutique. Intrigué, Carlin se renseigna auprès de Daisuke pour savoir où se trouvait précisément cette pâtisserie. Il apprit ainsi qu’elle se situait au marché africain donc à l’opposé de l’appartement.
Alors, accompagné de Mili, il emmena sa mère dans la direction de la pâtisserie en question. Il dépassa le bar le « Cool baby » ainsi que le garage « Le Bradly » afin de rejoindre l’autre côté du passage. Le garçon remarqua le malaise de sa mère. Le doute n’y était plus permis. Pour avoir le cœur net, il s’exclama :
— Daï affirme que les pâtisseries de la boulangerie « Aux plaisirs gourmands » sont excellentes. Maman, tu veux bien en acheter, s’il te plait ?
Eryna jeta un coup d’œil à son fils. Il était vraiment sans gêne et un vrai glouton. Mais, elle céda. Tout en rougissant, elle pénétra dans la pâtisserie. Carlin et Mili se mirent à observer par la vitrine. Eryna, les joues cramoisies, discutait avec le vendeur, un homme d’une quarantaine d’années. Mili affichait un sourire amusé. Carlin fronçait les sourcils. Il était à la fois ravi et anxieux. Comment serait-il celui-là ? Un appel leur fit tourner la tête vers le marché un peu plus loin. Un grand blond aux yeux bleus ciel s’approcha d’eux.
— Qu’est-ce que vous faites là vous deux ? s’exclama Youji Miori, d’un ton toujours aussi peu aimable.
Youji Miori pouvait être assez séduisant selon l’avis de Carlin, mais il lui manquait le charisme et la présence de son frère aîné et bien évidemment, de l’amabilité.
— Tu ne le vois pas crétin. Nous regardions par la vitre, répliqua aussitôt Mili.
Ce garçon la mettait toujours en rogne. Et c’était reparti ! Ils se chamaillèrent sans faire plus attention à Carlin. Celui-ci les observa en silence. Il secoua la tête. Ces deux-là étaient irrécupérables. Ils étaient faits l’un pour l’autre, sans aucun doute. Carlin tourna son regard vers le marché. Il le fouilla rapidement. Non, non, il ne le cherchait pas du tout ! Pourquoi le chercherait-il d’ailleurs ? Il n’y avait aucune raison. Pourtant dès qu’il l’aperçut, il s’éclipsa furtivement afin de le rejoindre. Renko Miori l’aperçut et le salua, ravi de le voir.
— Je cherche mon idiot de frère. L’aurais-tu vu, par hasard ?
Carlin émit un rire et avoua :
— Il se chamaille avec Mili un peu plus loin, près d’une pâtisserie. Étant donné que je m’ennuie, puis-je te tenir compagnie ?
Renko jeta un coup d’œil vers l’endroit indiqué. Mili et Youji se faisaient toujours face et ils ne s’étaient pas rendu compte de l’absence de Carlin.
— Après, il dira que cette fille ne l’intéresse pas. Il me fait bien rire.
— Ah ! Toi aussi, tu le penses ?
Renko jeta un nouveau coup d’œil à son frère, puis se tournant vers son camarade, il songea que son frère avait eu une bonne idée de s’occuper de Mili. Il ne savait pas pourquoi cela le réjouissait. Il n’avait jamais été attiré par les hommes auparavant. Alors, pourquoi maintenant ?
Renko entraina Carlin à travers le marché. Ils discutèrent de tout et de rien. Le jeune homme lui expliqua qu’il travaillait dans le garage « Le Bradly » de temps en temps. C’était celui de son grand-père. Carlin en était surpris et ravi. Il en savait un peu plus sur le redoutable Renko Miori.
— Si tu travailles pour le garage, tu dois connaitre mon cousin.
— Qui est-ce ?
— C’est le propriétaire du « Cool Baby », Daisuke Oda.
Renko eut un temps d’arrêt.
— Hein ? Cette espèce de montagne de muscle est ton cousin ? Je croyais juste à une coïncidence pour le même nom.
— C’est le cousin de ma mère. Je le connais depuis l’enfance. Il fait peur, mais c’est un gros nounours.
Renko lui jeta un coup d’œil sceptique. Daisuke Oda est un gros nounours. Mais bien sûr ! Il s’exclama :
— Étant donné vos gabarits à tous deux, je ne l’aurais jamais deviné.
— Eh ! Qu’est-ce que tu insinues ?
Renko émit un petit rire.
— Tu as l’air d’un microbe face à cet homme, Carlin.
— Mais euh ! S’exclama Carlin en donnant un coup de poing dans le bras de son ami. As-tu besoin de te moquer de ma taille ?
Renko se mit à rire de plus belle, se moquant allègrement des bouderies de Carlin. Le jeune homme n’en revenait pas. Ce garçon, face à lui, était bien différent de celui de l’année dernière, même s’il pouvait repérer une certaine fragilité dans le regard noir.
Après avoir fini de faire le tour du marché, ils rejoignirent la pâtisserie où Mili, Youji et Eryna Oda les attendaient sagement en dégustant les gâteaux, installés à une des tables de dehors à l’ombre. Mili houspilla Carlin pour être parti sans le lui avoir dit alors que la mère du garçon ne disait rien. Elle semblait d’ailleurs être dans les nuages. Alors que Mili rabrouait gentiment son ami, Youji en rajouta et la chamaillerie reprit de plus belle. Carlin et Renko se regardèrent et éclatèrent de rire.
Samedi matin, dernière semaine de vacances, Akira se leva rapidement. Aujourd’hui, il devait, une nouvelle fois, se rendre chez son petit ami. Celui-ci avait été absent depuis plus de quinze jours. Il n’avait reçu aucune nouvelle. La colère grondait en lui comme un petit feu, mais en réalité, il paniquait. La peur le tenaillait et lui tordait l’estomac. Matt était plus âgé que lui. Peut-être en avait-il assez d’être avec un adolescent ?
Akira soupira. Il prit une douche pour se rafraichir les idées. Il descendit espérant trouver son père ou sa mère pour leur demander l’autorisation d’aller rendre visite à des amis. Mais à la place, il trouva la cuisine vide de ses occupants. Une note était posée sur la table. Akira s’en approcha craignant le pire. Il eut raison. Ses parents lui laissaient la charge de veiller sur son petit frère pendant leur escapade amoureuse.
Le garçon eut une horrible envie de hurler sa frustration. Il adorait ses parents, mais ils étaient irresponsables. Quand est-ce que lui aurait le droit de s’amuser également ? La plupart du temps, s’il voulait de la liberté, il devait se battre pour l’avoir. Merde ! Il ne leur avait pas demandé de lui faire un petit frère ! Akira se mordit la lèvre. Shin n’y était pour rien le pauvre.
D’ailleurs, celui-ci ne tarda pas à rejoindre son grand frère dans la cuisine. Ravi de voir son frère, Shin lui sauta dessus. Akira sentit sa colère fondre. Il l’adorait. Il le fit déjeuner, lui fit prendre son bain. Il se retrouva par la même occasion tout mouillé. Il oublia pendant un certain temps de se tracasser sur l’absence prolongée de Matt.
Shin voulut dessiner. Akira et lui se rendirent dans le salon. Le plus jeune s’occupa ainsi pendant un long moment, laissant son frère lire tranquillement. Ensuite, Akira observa les dessins, félicitant son frère.
— Qu’est-ce que tu as dessiné ?
— Là, c’est Aki. Et là, c’est Carlin.
— Aki ? Shin, je t’ai dit de m’appeler Akira.
Le plus jeune jeta un coup d’œil à son frère et répliqua catégorique :
— Aki est Aki.
Akira soupira, las. Ce n’était pas la peine de s’acharner. Shin n’en ferait qu’à sa tête. Mieux valait ne pas insister au risque de le faire pleurer. En regardant mieux le dessin, Akira vit d’autres formes plus petites. Il demanda :
— Et là ? Qui sont-ils ?
Shin observa son dessin. Il pencha la tête comme pour réfléchir.
— Mes amis. Là, c’est Luka. Là, c’est Hans et là, Natha… Natha… euh Natha truc.
Akira ne put s’empêcher de rire. Parfois, Shin n’arrivait pas à formuler un mot. Au lieu de demander de l’aide ou s’énerver pour le trouver, il laissait toujours tomber. Pourquoi se tracassait ? Parler d’amis donnait envie à Akira d’avoir les siens avec lui. Carlin n’ayant pas de portable, il essaya bien chez lui. Évidemment fait exprès, celui-ci n’était pas là. Il essaya avec Mili, mais celle-ci aussi se trouvait absente. C’était vraiment injuste.
— Aki s’ennuie avec Shin ? S’exclama le petit frère, le regard tout triste.
Akira s’agenouilla près de lui. Il lui posa une main sur les cheveux bruns aux reflets caramel.
— Non, je ne m’ennuie pas avec toi. Mais, tu aurais peut-être préféré être avec papa et maman. Tu ne les vois pas souvent.
— Non, j’aime mieux être avec toi. Papa et maman ne jouent jamais avec moi.
Akira en resta coi. Il ne l’avait jamais remarqué. Mais, en réfléchissant, il ne les avait jamais vus s’occuper de son frère. Quand Akira rentrait du lycée. Shin le rejoignait et ne le quittait plus. Serait-ce possible que ses parents ordonnassent à Shin de le rejoindre ? Il n’osait pas demander confirmation à son frère. Il soupira.
Tout le reste de la journée, Akira s’occupa à divertir son frère. Ainsi occupé, il ne pensa pas trop à son angoisse concernant sa relation avec Matt. Finalement, ses parents eurent la gentillesse de rentrer en début de soirée. Qu’ils le veuillent ou non, Akira s’échappa aussitôt. Il avait quand même un arrière-goût amer. Shin ne profiterait pas de ses parents. Il dormait déjà à poings fermés.
Il était plus de vingt heures trente quand Akira arriva devant l’immeuble de son amant. Celui-ci logeait au dernier étage. Il sonna avec espoir. La porte s’ouvrit sur un homme d’une vingtaine d’années, de taille moyenne, un peu trapue. Il portait un jean noir moulant et un tee-shirt blanc. Ses cheveux blond coupé court et ses yeux bleus illuminaient son visage rond.
L’homme n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Akira le bouscula pour pénétrer dans l’appartement et le coinça contre le mur pour l’embrasser en pleine bouche. Matt Cauthon, tel était le nom du propriétaire de l’appartement, parvint à repousser son jeune amant. Il lui adressa un sourire de bienvenue.
— Tu as l’air en forme, Akira. Comme d’habitude.
Le garçon se détacha et se dirigea vers le salon. Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui, mais rien ne semblait changer dans la pièce. Akira perdit un poids lourd dans la poitrine.
— Où étais-tu ? Pourquoi n’avoir pas appelé ? Deux semaines de silence radio ! Imagine mon inquiétude !
L’homme se passa une main un peu tremblante dans ses cheveux courts.
— Je suis désolé, Akira.
Matt se laissa tomber sur le canapé toujours sous le regard colérique de son amant. Leur liaison durait depuis un an déjà. Comment avait-il fait pour s’enticher d’un gamin de seize ans ? Il l’avait rencontré un soir de pluie alors qu’il venait de se faire plaquer, un peu plus tôt, violemment par son ex. Il se morfondait sur un banc d’un parc voisin de son immeuble quand Akira s’était installé près de lui sans se soucier le moins du monde de la pluie tombante. Il se souvient de sa remarque.
« — Vous allez attraper mal, si vous restez sous la pluie.
— Aux dernières nouvelles, vous êtes également sous une pluie battante sans parapluie.
Logique ! Mais pour x raisons, cela fit sourire Matt. Alors le garçon avait rajouté :
— Un sourire, c’est mieux que la tête que vous faisiez tout à l’heure. Que vous est-il arrivé ? demanda le garçon en montrant son visage amoché.
Matt avait posé une main sur sa joue un peu enflée.
— C’est mon ex après que je l’ai surpris avec quelqu’un d’autre.
— Elle est sacrément violente !
— Ce n’était pas une femme, rectifia-t-il sans honte.
— Et bien, il n’a pas été de main morte ! »
Le garçon ne s’était pas éclipsé avec une excuse bidon, en apprenant qu’il était gay. Akira le rejoignait chaque week-end dans le parc. Ils discutaient de tout et de rien. Ils avaient appris à se connaitre et un jour, il coucha avec Akira. C’était la première fois pour Akira, enfin avec un homme. Matt se sentait responsable d’avoir amené le garçon dans son monde.
— Pourquoi être désolé ? Et d’abord où étais-tu ?
— À Montpellier, chez mes parents. J’ai eu un appel de ma mère m’ordonnant de revenir rapidement, car mon père avait eu une crise cardiaque.
Akira sentit sa colère fondre comme neige. Il s’agenouilla devant Matt et lui prit une main entre les siennes.
— Mince. Mais pourquoi ne m’as-tu pas prévenu ? Pourquoi ce silence pendant quinze jours ?
Le jeune homme posa son front sur le torse solide de l’adolescent. Akira n’en avait pourtant pas l’allure. Il avait à peine dix-sept ans, pourtant il en paraissait bien plus. Était-ce à cause de ses parents pour lui avoir donné la responsabilité de Shin très tôt ?
- J’ai quitté le domicile de mes parents à cause d’une dispute avec mon père, il y a déjà cinq ans. Il n’acceptait pas le fait que son seul fils soit gay. Étant donné son état, pour le ménager, j’ai éteint mon portable et j’ai joué le fils parfait.
Akira sentit les larmes de son compagnon couler. Il lui passa les bras autour de la taille.
— Comment va-t-il maintenant ?
— Il est mort, il y a une semaine dans son sommeil.
— Merde ! Je suis désolé, lança Akira troublé.
Matt se redressa et essuya ses larmes.
— C’est stupide ! Je ne devrais pas pleurer. Je le déteste, je l’ai toujours détesté. Il ne m’a jamais compris. La seule chose qu’il a réussie avec moi, c’est me mettre toute la famille sur le dos. Mes sœurs ont même osé dire que si mon père est mort trop tôt, c’était de ma faute. Pourquoi ? Pourquoi serait-ce de ma faute ? Dis-le-moi Akira ?
Akira se sentait étrangement tout petit d’un coup. Il ne savait pas trop comment agir. Il n’était après tout qu’un gosse. Comment devait-il agir ? Le garçon soupira un bon coup et parla simplement avec ses mots :
— Tu n’es pas responsable de la mort de ton père, Matt. Comment le serais-tu ? Ton père était fragile du cœur, c’est tout ! On n’y peut rien, si la médecine n’a pas pu le sauver, cela n’est pas de ton fait. Tes sœurs t’ont pris pour cible juste pour sortir leur douleur de leur corps. Certaines personnes ont besoin de cela pour avancer. Tu verras à un moment donné, elles se rendront compte du mal qu’elles t’ont fait, et elles t’appelleront pour se faire pardonner.
Le jeune homme renifla bruyamment.
— Je suis pathétique. C’est la deuxième fois que tu me réconfortes. Alors que c’est moi l’adulte.
— Eh oui, je suis doué. N’empêche, tu pleures comme à notre première rencontre.
Un sourire léger apparut finalement sur le visage de Matt. Il répliqua :.
— Sauf que cette fois, je n’ai pas le visage tuméfié.
— Ce n’est pas faux.
Akira fixa son regard sur celui bleuté de son amant. Matt se pencha alors pour poser ses lèvres sur celle de l’adolescent. Il n’attendait que ça pour attaquer. Akira poussa Matt afin de le chavirer sur le canapé. Les lèvres toujours soudées, Akira laissa ses mains vagabonder sur le corps lascif. Il en profita pour lui retirer les vêtements. Bientôt, ses mains furent rejointes par la bouche. Elle dévora tout sur son passage.
Akira ne cherchait pas à être tendre. Même s’il comprenait très bien la raison du silence, il voulait, quand même, punir Matt de l’avoir laissé dans l’ignorance et dans le doute. Matt ne broncha pas. Pourquoi le ferait-il ? Pourquoi empêcherait-il Akira de faire ce qu’il désire ? Il aimait ce garçon comme un fou. Akira lui fit oublier sa tristesse pour la mort de son père, sa peine d’être rejeté par sa famille. Il oublia tout même son nom dans l’extase.
Carlin : Chapitre 07
Akira téléphona très tard à ses parents
pour leur dire qu’il ne rentrait pas à la maison. Son père ne s’en offusqua pas
le moins du monde et lui souhaita une bonne soirée. Le garçon songea qu’il
avait pas mal de chance d’avoir des parents comme les siens. Sa seule frayeur s’était de savoir comment
ils réagiraient face à Matt ! Il savait que son compagnon ne
voulait pas les connaître maintenant. Vu l’attitude de ses propres parents, il
comprenait très bien la peur de Matt. En tout cas, il put se rendre compte
toute la nuit à quel point il avait manqué à son Akira.
Mais malgré une nuit des plus agitées, le
jeune homme se réveilla de bonne heure comme chaque jour. Il put ainsi ranger
l’appartement et cuire le petit déjeuner avant qu’un Akira décoiffé, encore
ensommeillé, finisse par apparaître dans la cuisine. Le garçon se laissa tomber
sur une chaise en murmurant un bonjour doublé d’un bâillement. Matt lui déposa
une tasse à café noir sans sucre. Rien qu’à l’arôme, le garçon se réveilla
juste assez pour voler un baiser à son amant avant que celui-ci ne se mette
hors de portée de toute tentation. Akira se réveilla entièrement après deux
tasses.
- Que veux-tu faire aujourd’hui, Aki ?
- Une ballade ! Je veux prendre
l’air sinon, si je reste ici, tu ne pourras pas aller travailler demain !
Matt se sentit rougir. Il
devrait être habitué depuis le temps. Ce garçon avait tendance à être beaucoup
trop franc.
- D’accord bonne idée !
Après une douche très rapide,
les deux hommes quittèrent l’appartement. Akira avoua à Matt qu’il aimait bien
cet immeuble, mais qu’ils auraient pu intégrer un ascenseur. Descendre quatre
étages, ça allait, mais les monter, quel corvée ! Arrivé enfin à la sortie,
Akira se retourna pour lancer une plaisanterie. Il ne vit pas arriver la
personne face à lui et lui rentra dedans. Un cri de douleur retentit.
- Merde ! s’exclama Akira qui se
retourna vers la personne qui venait de lancer ce cri.
Quelle ne fut pas sa surprise
en trouvant Carlin les quatre fers en
l’air.
- Akira ! Tu ne peux pas regarder
devant toi quand tu marches, IDIOT ! s’écria le garçon toujours sur le
sol.
Matt arriva sur ces
entre-faits. Il s’aperçut de suite que son amant se sentait mal à l’aise. Il se
demandait ce qu’il pouvait avoir. Finalement, le jeune homme tendit une main à
l’adolescent pour l’aider à se relever. Matt se souvint alors de l’avoir déjà
croisé dans les couloirs. Il l’avait trouvé mignon, mais très renfermé.
Maintenant face à lui, il se dit avoir fait une erreur de jugement. Il lui
adressa un sourire.
- Tu es un ami d’Akira ?
Carlin se tourna vers l’homme
qui l’avait aidé. Comme à son habitude, il le fixa de son regard noir sans
ciller. L’homme ne sembla pas s’en formaliser. Un bon point pour lui.
- Oui, nous sommes dans la même classe.
Vu que cet idiot ne semble pas vouloir me présenter, je m’appelle Carlin Oda,
et vous, vous êtes le photographe du quatrième étage, Matt Cauthon, pas
vrai ?
Akira sortit enfin de sa
léthargie pour demander de façon un peu brusque, ce qui fit sourire son ami.
- Comment tu peux savoir ça, toi ?
Carlin sourit de plus belle.
Il semblait prendre plaisir à voir son ami dans l’embarras et un peu jaloux.
Matt songea que ce garçon devait avoir énormément de facettes.
- Parce que je suis plus intelligent que
toi, triple andouille ! J’habite au deuxième et je connais les noms de
toutes les personnes qui habitent dans cet immeuble. Tu l’aurais su si la
dernière fois, tu ne t’étais pas défilé pour aller jouer au basket au lieu de
faire tes devoirs.
Akira grimaça et jeta un coup
d’œil vers Matt qui venait de froncer les sourcils. Carlin dut s’en apercevoir
car il émit un petit ricanement.
- Où allez-vous de si bon matin, tous les
deux ?
- Ca ne te regarde pas ! Depuis
quand es-tu aussi curieux ?
- Depuis que je vous connais, Mili et
toi.
Cette fois-ci, ce fut Matt
qui se mit à rire. Il appréciait bien l’ami d’Akira. Il semblait avoir un
caractère assez spécial. Une voix retentit dans les escaliers, une voix masculine
très grave.
- Carlin, dépêche-toi ! Je ne vais
pas attendre cent six ans que Monsieur se décide à me ramener mes cigarettes.
- Si t’es pas content, t’avais qu’à aller
les chercher toi-même sangsue !
- Sangsue ? Ce microbe me traite de
sangsue, tu veux que je te botte les fesses, petit insecte nuisible !
Akira et Matt virent
apparaître un géant à la musculature des plus développées. Akira qui pourtant
n’était pas du genre petit, face à cet intrus, il se sentit vraiment minuscule.
L’homme, en question, se mit à détailler de la tête aux pieds les deux amis de
son jeune cousin, sans la moindre gène. Carlin se planta devant lui et lui
tendit ces fameuses cigarettes. Le garçon arrivait à peine au torse de l’homme.
- Tiens, prend ta drogue et va finir le
travail que maman t’a demandé.
- Ouais, ouais, j’y vais, microbe. Mais
tu ne perds rien pour attendre !
L’homme salua les deux autres
hommes et remonta deux par deux les escaliers sous la réplique de Carlin.
- Tu ne me fais pas peur, Dai !
Ensuite, le garçon se retourna
vers ses deux compagnons bouche bée depuis l’apparition éclair de son cousin.
Akira se secoua et demanda curieux :
- Qui est-ce ?
- Le cousin de Maman, Daisuke Oda. Il est
impressionnant, pas vrai ?
- Ca, tu peux le dire !
- Mais tu serais encore plus surpris en
le voyant pleurer comme une madeleine en regardant un film émouvant. C’est un
vrai cœur sensible !
- Tu me charries ?
- Non, non, je ne me moque pas, c’est la
stricte vérité.
Un bruit de casse retentit
les faisant sursauter.
- C’est pas vrai, il faut vraiment le
surveiller celui-là ! Bonne journée, Akira. Ravi de vous avoir rencontré
Matt, à une prochaine.
Carlin les quitta en montant
les escaliers en quatrième vitesse. Daisuke se confondait en excuse auprès
d’une dame assez forte qui regardait un vase brisé en milles morceaux que sa
voisine venait de lui prêter. Celle-ci, d’ailleurs, venait de sortir pour voir
ce qui s’était passé. Elle eut du mal à ravaler sa salive devant le grand
gaillard qui se morfondait d’avoir fait une boulette. Carlin leva les yeux au
ciel, désespéré. Son cousin était vraiment un cas !
- Je suis désolée, Madame Davis, Madame
Bolibar, de la maladresse de mon cousin, s’excusa le jeune homme avec un
sourire scotché aux lèvres.
Par l’intervention du garçon,
les deux femmes reprirent leurs esprits et reconnaissant l’adolescent,
s’exclamèrent presque en même temps.
- Ce n’est pas très grave, Carlin.
- C’était un accident.
Daisuke voulut rembourser
pour la casse et les deux femmes eurent du mal à l’en empêcher. Finalement,
Carlin put enfin ramener son cousin dans l’appartement sans autre incident. Une
vraie calamité ! Le garçon se laissa tomber dans le fauteuil en soupirant.
Daisuke alluma une cigarette tout en observant son jeune cousin. Il semblait
très calme, presque serein. Cela lui faisait plaisir de le voir ainsi, mais
Daisuke songea tout de même que pour son âge, le garçon était bien plus adulte
que lui. D’ailleurs, la réplique qui arriva, lui confirma sa pensée :
- Le boulot ne va se faire tout seul,
Dai !
- Tu es un sale gosse, Carlin !
- Moi aussi, je t’adore !
Daisuke écrasa sa cigarette
dans un cendrier et retourna dans la cuisine où un lave-vaisselle en panne
l’attendait. Carlin le rejoignit et le garçon s’installa sur la table tout en
grignotant des chips.
- Au fait ! Où est Eryna ?
- En rendez-vous !
Le cousin se redressa
vivement tout surpris et se cogna violemment la tête. Il pesta comme jamais en
se frottant la tête, pendant qu’un moustique se fendait en deux.
- Toi, tu ne vas pas finir la journée.
Carlin réussit à calmer son
fou rire et s’écria :
- Tu devrais me bénir, Daisuke. J’aurais
dû aller à la crèche faire mon travail au lieu de jouer à la baby-sitter avec
toi.
Daisuke attrapa son jeune
cousin et le souleva au dessus de lui. Carlin, riant en avoir mal à l’estomac,
se débattait sans succès. Il emmena sa jeune victime jusque dans la salle de
bain où il la déposa dans la baignoire tout en ouvrant le robinet d’eau froide.
Carlin s’écria avant de se jeter sur son cousin pour le tremper également. C’est dans cette position que les trouva
Juntsou Fumiya.
- Vous êtes intenables tous les
deux !
- Coucou, Juntsou, ça boum !
L’homme en question, se
recula d’un bond quand le jeune cousin de son compagnon fit le geste de
s’approcher. Le garnement avait le sourire aux lèvres.
- Carlin reste où tu es. Hors de question
que tu mouilles mon costume.
Voyant
qu’il continuait de s’approcher, Juntsou s’échappa de la salle de bain et redescendit poursuivi
par Carlin. Ils tournèrent autour du canapé, mais malchance de Juntsou, il se
prit les pieds et tomba lourdement dessus. Le garçon en profita pour se jeter
sur l’homme qui fut vite trempé.
- Sale môme !
Carlin se remit debout. Il
s’exclama :
- Tu es beaucoup mieux comme cela,
débraillé et les cheveux en bataille.
Juntsou se redressa également
et shampooina les cheveux noirs du garçon. Avec un rire, Carlin s’élança vers
sa chambre pour se changer. Juntsou se dirigea vers la cuisine pour rejoindre
Daisuke qui s’était remis au travail.
- Ca fait plaisir de le voir aussi joyeux
!
- Ouais, c’est sûr ! Mais samedi
prochain, il a une nouvelle visite chez ce psychiatre.
Juntsou se passa une main
lasse dans ses cheveux bruns en bataille.
- Tu en as parlé avec Eryna ?
- Je voulais en discuter aujourd’hui avec elle, mais Carlin m’a
dit qu’elle était en rendez-vous. Merde, Junt ! Qu’est-ce que je dois
faire ? Samedi, je ne suis pas là et toi non plus. J’ai pu annuler mes
rendez-vous la dernière fois, mais là, je ne peux pas.
Juntsou s’agenouilla près de
son compagnon accablé et posa son front sur celui-ci.
- Faisons-lui confiance, Dai ! Et
faisons confiance à ses amis également. D’accord ?
La
semaine commença sous un soleil de plomb. Akira, comme à l’accoutumé, emmena
son frère Shin à la crèche où il fut accueilli par le sourire de Eryna Oda.
Depuis que la mère de son ami travaillait à cet endroit, Akira n’avait plus à
subir les pleurs de son petit frère. C’était un vrai soulagement. Le petit
garçon sauta avec plaisir dans les bras de la jeune femme qui se mit à rire
devant la joie évidente de l’enfant. Carlin rejoignit son camarade. Akira se
sentit à nouveau mal à l’aise. Carlin secoua la tête et songea qu’il
connaissait un autre cas désespéré. Les garçons se dirigèrent vers le lycée en
silence au début, puis pour une fois qui n’était pas coutume, Carlin parla le
premier.
- Akira, ne me dis pas que tu es gêné que
je t’ai surpris avec ton petit-ami ?
Lui jetant un coup d’œil,
Carlin aperçut les joues rouges de son ami et s’esclaffa de rire. Akira lui
lança un regard furieux.
- Merde, Aki ! Je sais depuis le
début que tu fréquentes un homme et cela ne me choque pas le moins du monde.
Après tout, je suis du même bord !
Carlin se cogna contre son
camarade qui venait de s’arrêter net. Comprenant tout de suite, le garçon se
remit à rire.
- Ah non ! Tu vas m’achever.
Akira renifla, furieux contre
Carlin qui se foutait de sa gueule.
- T’as pas un peu fini, oui ? Après
tout comment voulais-tu que je le sache !
Reprenant avec difficulté son
sérieux, Carlin répliqua :
- Tu es bien le seul, Aki ! Mili l’a
deviné toute seule comme une grande.
- C’est normal, Mili est une curieuse de
nature. Mais tu dis que je suis le seul, en es-tu si sûr ? Et Renko, à ton
avis ?
Le visage de Carlin
s’assombrit.
- Tu es cruel, Akira.
- Non, je suis réaliste. En ce moment, tu
lui parles très souvent et vous semblez bien vous entendre. J’en suis content.
Tu te fais d’autres amis, il n’y a pas de souci Carlin. Mais ressens-tu pour
lui de l’amitié ou autre chose ?
Carlin baissa la tête.
C’était lui maintenant qui semblait mal à l’aise.
- J’en sais rien, finit-il par chuchoter.
Mais, j’aime bien lui parler. Il arrive à me faire oublier mes soucis. Je ne
dis pas que Mili ou toi, vous n’y arrivez pas, mais ce n’est pas pareil.
- Alors, ne te prends pas la tête,
Carlin ! Avoue-toi sincèrement que tu es en train de tomber amoureux.
Carlin stoppa net et s’installa carrément sur le trottoir, les
genoux relevés contre le torse retenus par les bras. Akira, surpris, observa un
instant son ami. Celui-ci devenait de plus en plus triste. Il ne lui avait pas
dit cela pour le chagriner, mais juste pour lui ouvrir les yeux.
- Akira ? Moi amoureux ? En ai-je seulement le
droit ?
- Quel question, abruti ! Tout le
monde a le droit d’aimer et quiconque dit le contraire n’est qu’un imbécile.
Akira s’agenouilla face à son
ami.
- Qui a osé te dire que tu n’en avais pas
le droit, Carlin ?
Son ami leva un visage en larmes. Akira
en fut estomaqué. C’était la première fois qu’il le voyait dans cet état. Décidément, le destin voulait vraiment le
mettre sous pression. Ce week-end avec Matt et maintenant son meilleur
ami ! Carlin devait lui avoir refilé sa poisse.
- Alors ? J’attends une réponse,
Carlin !
Le garçon essuya ses larmes
et renifla.
- Plusieurs personnes que j’ai
rencontrées tout au long de mes 16 ans. Il y a eu mon père, une voisine, un
flic, un professeur et le plus récent, le père d’un ami décédé.
Akira fut horrifié. C’était
tous des adultes responsables !
- Bon écoute-moi bien, Carlin ! Ces
personnes sont les plus crétines, les plus débiles et que sais-je encore que le
monde ait connu, d’accord ? Tu oublies au fin fond de ton cerveau très
intelligent ce que ces imbéciles ont pu dire et tu écoutes, et surtout tu
retiens ce que ton meilleur ami pour la vie te dit. Tu as le droit, et je te
l’ordonne d’ailleurs, de tomber amoureux. T’as compris, tête d’ampoule ?
Un sourire étira les lèvres
de Carlin. Akira se releva et soupira, il le préférait ainsi.
- Ami pour la vie, Akira ? Ca me
branche !
Carlin tendit la main
qu’Akira tira pour le relever. Un peu intimidé, Carlin frotta sa main sur son
pantalon.
- Merci Akira ! J’avais vraiment
besoin d’un ami. J’ai encore plein de problèmes dans ma tête et qui
m’effraient, mais maintenant je sais que si j’ai besoin de parler ou de
pleurer, je n’aurais qu’à appeler mes amis à la rescousse.
Mili
aperçut tout de suite les yeux rouges de Carlin et elle interrogea du regard
Akira qui lui fit signe d’attendre. Malgré sa curiosité maladive, elle réussit
à l’enfouir profondément pour ne pas blesser sans le vouloir l’amour propre de
son ami. A peine furent-ils arrivés dans leur classe qu’ils apprirent que leur
professeur serait absent. Les jeunes gens râlèrent. S’ils avaient été prévenus,
ils auraient pu dormir une heure de plus. Un stagiaire vint faire permanence pour
les surveiller tout en faisant ses propres devoirs. Carlin attrapa son carnet à
dessin et se mit à l’ouvrage. Cela lui permit de remettre de l’ordre dans sa
tête et de pouvoir suivre le reste des cours jusqu’à l’heure du déjeuner.
Comme d’habitude, les amis se
donnèrent rendez-vous sur le toit. Carlin fut intercepté par le professeur d’arts plastiques et il annonça à ses
amis qu’il les rejoindrait plus tard. Dès qu’ils furent seuls, Mili bombarda
Akira de questions sur les larmes de Carlin. Le garçon tant bien que mal,
expliqua la discussion qu’ils avaient
eue sur le chemin de l’école.
- Mais, ils sont fous ces adultes ? Dire ça à un enfant,
c’est lui bousiller sa vie !
- Ouais, je ne sais pas comment Carlin
arrive à garder toute cette souffrance sans partir en vrille.
La jeune fille se mit à
réfléchir et s’exclama :
- Il doit avoir une sorte d’antidote dans
sa vie. Peut-être sa mère ?
Akira secoua la tête
négativement.
- Je ne pense pas, je pencherais plus
pour son cousin.
- Son cousin ?
- Ah ! C’est vrai, tu ne le connais
pas. Je l’ai croisé dimanche. C’est… comment dire… un sacré phénomène
ressemblant à un taureau au cœur d’artichaut.
- Mmmh ! J’aimerais bien le voir, vu
comme tu le décris. Donc tu penses que cet homme est son antidote ?
- Je ne sais pas, il y a une certaine
connivence entre eux. C’était plutôt amusant de voir cet homme immense se
chamailler avec Carlin qui ressemblait à un gringalet devant lui. Mais je crois
qu’il y a, depuis peu, une autre personne qui pourrait l’aider.
- Tu parles de Renko, n’est-ce pas ?
Je m’étais posée la question aussi sur ses sentiments envers lui, mais ça
m’effraie un peu.
- Pourquoi ?
- Sa réputation de coureur de jupon n’est
pas vraiment surfaite, avoua Mili. Je sais bien que Carlin est intelligent et
le sait déjà, mais tu ne crois pas que cela pourrait lui nuire encore
plus ?
Un bruit de pas les fit
sursauter. Ils se retournèrent d’un bloc vers l’arrivant. Ils furent un peu
soulagés de voir que ce n’était pas leur ami. Ils étaient sûrs, tous deux, que
Carlin ne serait pas très heureux de les voir parler de lui alors qu’il n’était pas là.
- Qu’est-ce
que tu fiches ici, Youji ? demanda abruptement la jeune fille.
Akira fut surpris par le ton
de son amie. Etrange !
- Vous n’étiez pas en train de parler de
mon frère à l’instant ?
- Bien sûr que non, pourquoi ferions nous cela, pardi ?
Le jeune homme se laissa
glisser sur le sol et s’appuya sur la barrière de sécurité.
- Je ne sais pas, mais dernièrement,
quand on parle de mon frère, le nom de Carlin n’est pas très loin. Et vice et versa !
- Qui parle de notre ami, Youji ?
demanda calmement Akira.
Le jeune homme passa une main dans ses cheveux blonds et les
attacha avec un élastique.
- Les filles pour la majorité. Certaines
le détestent cordialement. D’autres le trouvent à leur goût bien qu’elles n’ont
aucune chance.
- Euh ! … Tu connais ces
préférences ?
Le jeune homme émit un rire
et regarda les deux amis de Carlin.
- Bien sûr que je le sais. Je ne suis pas
idiot à ce point ! Renko et moi l’avons déjà rencontré dans le passé
quand nous habitions encore chez notre mère. Nous n’étions pas très aimés dans
notre ancien lycée, enfin ici non plus d’ailleurs. Mais là-bas, nous avons fait
pas mal d’âneries. Ils nous arrivaient avec des amis d’enfance d’ennuyer des
collégiens et Carlin était l’un eux.
Le garçon sourit et
s’exclama :
- C’était déjà un sacré spécimen dans son
genre. Nous l’avons ennuyé pas mal de fois, mais jamais il ne s’est plaint. Il
a reçu des coups et jamais il n’a montré qu’il avait mal. Je ne sais plus
quand, mais un jour nous avons appris qu’il couchait avec un de ses
professeurs. Ca a fait scandale ! Toutes les mères l’ont montré du doigt.
Elles ont cherché à le faire renvoyer de son école, mais elles n’y sont pas
parvenues. Quelqu’un s’était porté garant pour Carlin. Il semblerait que le directeur du collège
n’avait pas pu accepter la
requête de ces femmes.
- Comment a réagit Carlin ?
- Comme si rien ne s’était passé,
évidemment. Ca a mis en fureur le meilleur ami de mon frère. Il a fini par
frapper Carlin au visage alors qu’il savait que c’était risqué. Il faut voir
quand Carlin pète vraiment un câble, c’est une vraie furie !
Les deux amis se regardèrent.
D’innombrables questions tournaient dans
leur tête, mais à cet instant la porte menant sur le toit s’ouvrit pour laisser
apparaître leur ami en question.
- Yo ! Carlin ! T’as l’air très
ami avec le prof de dessin, dis-moi ?
Le jeune homme s’assombrit
aussitôt et se rapprocha de Youji qui souriait gaiement. Akira se demanda s’il
ne jouait pas un jeu dangereux.
- Pourquoi, aurais-tu voulu que je
m’occupe de toi en premier ?
Mili eut du mal à retenir un
fou rire en voyant Youji rougir. Akira, lui, ne s’empêcha pas de sourire. Le
deuxième année se releva furieux. Il s’éloigna avant de se retourner pour lancer :
- Je t’interdis de tourner autour de mon
frère, sale pédale !
Les deux amis n’eurent pas le
temps de voir ce qui se passa avant de voir Youji sur le sol, la main posée sur
sa joue. Un Renko, furieux, se tenait devant son frère qui le regardait surpris.
- Il y a des limites à ne pas dépasser,
Youji ! Tu es peut-être mon frère, mais je t’interdis d’insulter mes amis.
TU ES UN IMBÉCILE DOUBLÉ D’UN CRÉTIN POUR L’AVOIR OUBLIÉ ! cria-t-il.
Carlin : Chapitre 08
Les jours suivants se passèrent plutôt
sans incident à part toujours les petits tracas habituels provenant de Marlon
et de sa bande de dégénérés. Carlin ne s’en souciait pas le moins du monde et
ses amis en firent donc autant. Le garçon avait retrouvé le sourire et avait
même eu le droit aux excuses bafouillantes d’un Youji dont un bleu s’était
formé sur sa joue. En fait, Youji fut très surpris de l’attitude de Carlin.
Celui-ci avait grondé Renko pour sa violence envers son frère. Cette insulte
n’était rien comparée à d’autres qui faisaient beaucoup plus mal. Evidemment,
Renko répliqua qu’il faisait ce qu’il voulait à son frère et qu’une petite baffe permettait de lui remettre les
pendules à l’heure. Bien sûr, Carlin ne leur avoua pas ce dont il pouvait parler ou ce qu’il pouvait bien faire avec le
professeur à dessin. Personne n’osa lui poser la question.
Le soir venu,
Mili se préparait à rentrer avec Carlin et Akira qui allait squatter chez son
homme, quand elle s’aperçut avoir oublié son livre d’anglais en classe. Elle
ordonna aux garçons de partir sans elle. Elle courut dans l’école pour ne pas
trop traîner. C’était étrange de longer les couloirs vides du lycée. Soudain, une exclamation retentit
d’une pièce voisine. Mili sursauta effrayée. Elle se maudit de sa frayeur. Le
cri provenait de l’infirmerie. Elle s’en approcha et aperçut l’infirmière,
Madame Loutanit, en train de soigner
les plaies au visage d’un lycéen. La jeune fille allait partir sans rien dire
quand le reflet du lycéen apparut dans son champ de vision. Elle s’approcha donc.
- Arrête de gémir comme un bébé,
Miori ! s’exclama Madame Loutanit.
- Mais vous faites mal ! Où est-ce
que vous avez appris à soigner les gens, ma parole !
La femme, par pur sadisme,
posa de nouveau le coton humide
de désinfectant un peu plus fort qu’elle ne le devait. Le garçon grimaça ce qui
fit rire l’infirmière. Un gloussement derrière eux les fit se retourner.
- Bonsoir, Madame Loutanit.
- Mais qui voilà ! Cela fait
longtemps que je ne t’ai pas vue ici, ma p’tite Mili.
L’infirmière se leva et
s’exclama :
- Prends ma place, Mili. Il pleurnichera
peut-être moins si c’est une jolie fille qui le soigne. Je dois aller voir le
Directeur avant qu’il s’en aille.
Mili s’installa à la place de
Madame Loutanit et reprit sans attendre ce qu’elle faisait. Le garçon, trop
surprit ou choqué, elle ne savait pas, ne dit plus rien et ne cria pas pendant
un bon moment. La jeune fille observa le visage du deuxième année. Il ne
s’était pas raté.
- Ne me dit pas que Renko, t’a encore
cogné ?
Elle savait très bien que le
grand frère n’aurait jamais fait ça, mais elle voulait faire réagir le muet en
face d’elle.
- Fait attention à ce que tu dis !
La jeune fille sourit. Il
avait pris la mouche. Il était pathétique !
- Je plaisante ! Je sais très bien
que Renko n’a rien fait. Vu les blessures, tu t’es râpé le visage en tombant.
Le jeune homme rougit un peu.
Il souffla et avoua :
- Je suis tombé pendant la fin de cours
d’athlétisme. Tout le monde s’est foutu à rire, même le prof quand il a vu que ce n’était pas si
grave.
Mili eut du mal à retenir un petit rire, mais elle se trahit à
cause d’un sourire.
- Vas-y marre toi ! Ca se voit, que
ce n’est pas toi qui es complètement défiguré.
- Désolé ! Mais, rien que d’imaginer
la chute, c’est fendant !
Ils gardèrent le silence un
long moment avant que Mili finisse par demander.
- Pourquoi es-tu si agressif envers
Carlin ?
Le garçon grimaça. Il savait
bien que cette question viendrait sur la table.
- C’est juste qu’à cause de lui, j’ai
l’impression que mon frère s’éloigne encore plus.
- Qu’est-ce que tu veux dire par
là ?
- J’ai toujours eu mon frère à mes côtés.
Il a toujours été présent pour me protéger contre des plus grands, contre les
adultes. Il a été là également quand nos parents ont divorcé. D’ailleurs, cela
a été les mois les plus pénibles de notre jeune existence.
- Je comprends. Et tu penses que Carlin
te le prends ?
- Pas exactement ! Mais ça peut revenir au même ! Je
sais bien que Renko s’éloignait de nous, sa famille, déjà bien avant. En fait,
depuis le jour où ma mère l’a jeté dehors en criant qu’il n’était plus son
fils.
- Merde ! C’est quoi cette
mère !
- Ma mère nous a gardés juste pour
toucher une pension alimentaire, mais dès que nous serions majeurs, elle ne toucherait plus rien. Mon frère s’est
fait viré de notre ancien lycée et ma mère est entrée dans une rage folle. Elle
lui a même fracassé une batte de base-ball sur le dos, puis elle lui a dit
qu’il pouvait dégager parce qu’il ne
lui restait que trois mois avant d’avoir dix-huit ans.
- Il n’a pas réagi contre cette
attaque ?
- Non, il l’a juste regardée avec un
pauvre sourire avant de quitter le domicile. J’ai assisté à toute la scène et
je me suis rendu compte que je n’aurais pas la force de la supporter deux ans
de plus. Je suis parti à la recherche de Renko. Il a décidé de m’emmener chez
notre père qui s’était remarié avec une fille âgé seulement de cinq ans de plus que mon frère.
- Elle pourrait être votre sœur !
Youji sourit.
- C’est vrai, mais c’est une chic fille
qui n’a pas épousé mon père pour son fric. Quand nous sommes arrivés chez eux,
c’était un peu étrange, mais en même temps, c’était un vrai foyer avec une
petite invitée supplémentaire. Notre père avait omis de nous dire qu’une petite
sœur était apparue entre temps.
- C’est génial !
- Oui, mais Renko ne trouvait pas sa
place. Il voulait reprendre les études, mais il se sentait un peu perdu chez
papa, alors finalement, il est parti vivre seul dans un appartement près du
marché africain. On ne le voit pas souvent à la maison car il travaille après
les cours et les week-ends dans un garage pas très loin de chez lui. Je ne peux
le voir qu’ici, mais il est le plus souvent en compagnie de Carlin.
La jeune fille rangea le
désinfectant et le reste dans l’armoire.
- Tu es jaloux de Carlin, alors !
- Non, ce n’est pas ça. C’est juste que
c’est étrange de le voir avec lui. Ce gars nous l’avons racketté pendant des
mois avec d’anciens amis. Cela fait drôle de le considérer comme ami,
maintenant.
- Tu sais ce qu’on dit ? Nos ennemis
peuvent devenir nos amis, et nos amis peuvent devenir nos ennemis. La vie est
une vraie spirale. Tout change si on se donne la peine de faire les premiers
pas.
Le jeune homme se redressa et
attrapa son sac de cour. Il se tourna vers Mili.
- Merci de m’avoir soigné et surtout de
m’avoir écouté.
La jeune fille sourit et
pencha la tête.
- Il n’y a pas de mal. Ca m’a fait
plaisir aussi. C’est toujours agréable de se faire de nouveaux amis.
- Il commence à se faire tard, je vais te
raccompagner. Ca ne te dérange pas ?
Le sourire de la fille
s’allongea. Elle n’avait pas besoin de répondre. Elle attrapa son sac également
et ils se dirigèrent vers la sortie. Plus loin, dans le couloir, Madame
Loutanit eut un drôle de sourire. « Ah ces jeunes ! Il faut toujours
leur donner un coup de pouce pour les faire avancer ! »
Carlin et Akira
hésitèrent un long moment avant de se décider à rentrer sans Mili. Ils
discutèrent de tout et de rien pour finalement parler de Matt Cauthon, l’homme
qui faisait battre le cœur d’Akira. Carlin apprit ainsi comment les deux hommes
s’étaient rencontrés, et aussi que les parents de son ami ne semblaient pas au
courant de cette relation. Carlin disserta pendant une bonne partie du trajet
sur le fait de mettre ses parents au courant avant qu’un tiers ne le fasse à sa
place. C’est de cette manière qu’il les blesserait le plus. Akira le comprenait
très bien mais la peur le tenaillait.
Son ami continua en affirmant
que si ses sentiments pour Matt étaient sincères, alors il devrait grandir un
peu plus vite que prévu et s’accepter tel
qu’il serait devenu s’il voulait garder Matt le plus longtemps possible.
Akira se sentait un peu honteux d’être remis en question, non pas par son
meilleur ami, mais surtout par le fait que Carlin était plus jeune que lui. De
pas beaucoup peut-être, mais assez pour que cela soit embarrassant.
Pour changer de sujet, Akira
lui posa des questions sur son
cousin. Carlin ne fut pas dupe, mais répondit avec plaisir. Il connaissait
Daisuke depuis son plus jeune âge car il était le seul membre de la famille Oda
avec sa mère à être encore en vie. A cause de son père violent et homophobe,
elle devait voir son cousin, sa seule famille en cachette. A six ans, quand
Carlin s’était réveillé à l’hôpital après plusieurs jours dans le coma, la
première personne qu’il vit, fut Daisuke. Il pleurait comme une madeleine et
priait au pied de son lit. Le jeune homme avoua qu’il avait toujours considéré
son cousin comme un père, même si des fois, quand une crise le titillait, il
couchait avec. Akira eut un sursaut et fut assez choqué, mais évita de le
montrer. A l’âge de huit ans, Daisuke l’avait emmené en vacances à Hawaii après
une longue discussion difficile avec Eryna. C’est là-bas qu’ils avaient fait la
connaissance de Juntsou Fumiya, le compagnon actuel de Daisuke. Le garçon
souriait en racontant et son ami songea que ces deux hommes étaient très
importants dans sa vie.
- C’est la première fois que j’ai vu
Daisuke aussi maladroit, aussi timide. Il n’arrivait pas à aligner deux mots à
la suite. C’était à mourir de rire. Mais heureusement que j’étais là pour
l’empêcher de faire trop de gaffe.
- Tu les considères comme tes pères.
Non ? C’est pourquoi ta mère est si réticente avec eux.
- Je suppose. Je peux m’amuser, faire un
caprice et les ennuyer, jamais ils n’ont levé la voix et la main sur moi.
Pourtant je suis sûr que des fois j’aurais mérité d’en avoir quelques unes.
- Et ta mère, Carlin ? A-t-elle déjà
levé la main sur toi ?
Le regard de son ami
s’assombrit et son sourire disparut. Akira s’en voulut.
- Non, elle ne l’a jamais fait, elle n’osera
jamais, elle a trop peur.
- Peur ? Mais pourquoi ?
Ils arrivaient à destination.
Carlin ralentit un peu l’allure et lança :
- Va rejoindre Matt, Akira.
- Carlin ? Pourquoi tu ne veux pas
nous parler ? Nous sommes tes amis !
- Je sais, c’est gentil, mais ce sont mes
problèmes !
Le jeune homme voulait
insister mais un seul regard sur son ami lui fit changer d’avis. Il soupira. Il
essayera un autre jour.
Carlin s’arrêta un moment et
souffla un bon coup tout en observant son ami. Il savait bien que parler le
soulagerait, mais il n’y arrivait pas. Il leva les yeux vers le deuxième étage.
Après un gros effort, il finit par monter les escaliers sans courir cette
fois-ci. Il n’était pas d’humeur. Sa morosité refaisait surface. Sa colère
aussi ! Il devait avoir une discussion avec sa mère sur un certain sujet.
Bien sûr, dès qu’il fut entré, il sut qu’il ne pourrait pas le faire de suite.
Un invité imprévu se trouvait présent dans le salon. C’était un homme d’une
quarantaine d’année. Carlin reconnut
tout de suite le vendeur de la pâtisserie « Plaisir
gourmands ». Sa mère semblait tellement radieuse que le garçon se sentit
de trop. Il joua tout de même son rôle de fils parfait. Il vint donc saluer cet
invité.
L’homme s’appelait Axel
Dubois, était divorcé depuis
cinq ans et avait deux enfants, Amélie, 10 ans et Alexandre, 8 ans. Il n’en
avait pas la garde, mais pouvait les avoir un week-end sur deux et un mois
complet lors des grandes vacances. Carlin écoutait d’une oreille discrète, mais
retenait tout ce que cet homme disait. Il semblait sympathique, mais le garçon
ne voulait pas le juger trop vite. Comment réagirait cet homme en apprenant que
le fils de sa maîtresse préférait les hommes ? Réagirait-il comme tous les
autres ? Comme ce professeur ou ce flic avec qui sa mère était sortie un
temps ? Sa mère ne lui avait jamais
reproché directement ses ruptures, mais Carlin n’était pas stupide, il savait
qu’elle lui en voulait et qu’en même temps, elle en avait honte. Le pire,
c’était que sa mère ne s’était jamais rendue compte que ses anciens amants
avaient traité son propre fils comme un moins que rien. Une petite merde dont
il fallait se débarrasser ! Carlin se souviendrait toujours des phrases
cruelles, assassines de ces deux hommes. C’était comme si à chaque mot, il
recevait à nouveau les coups de couteau reçu à six ans. Il finit par quitter le
salon dans un état presque second.
Les souvenirs l’assaillaient
et il préféra s’enfermer dans sa chambre. Il se coucha aussitôt et se cacha
sous la couette. Son corps tremblait et fut couvert de sueur. Une bonne partie
de la nuit, tout en dormant, son corps continua
d’être secoué de sanglots. Il se réveilla trois à quatre fois dans la
nuit en criant, mais personne ne vint le cajoler comme un enfant. Sa mère ne se
trouvait pas là et Carlin lui en voulut. Elle n’arrêtait pas de le bassiner
pour qu’il lui parle, mais à chaque fois où elle aurait dû être présente parce
qu’il avait vraiment besoin d’elle, elle se trouvait absente. Il savait bien
qu’elle devait faire sa vie, mais cela ne l’empêchait de la maudire.
Le
lendemain finit par arriver et le jeune homme se leva complètement naze. Comme
un zombie, il prit une douche qui ne parvint pas trop à le réveiller. Il
descendit à la cuisine où une odeur de nourriture vint titiller ses narines. A
vrai dire, il n’avait pas faim et il avait plutôt des nausées, mais il devait
lui parler. Sinon, il cèderait comme d’habitude et il ne voulait plus. Sa mère
lui sourit trop rêveuse pour voir l’était sombre de son fils. Elle lui déposa
son bol de chocolat devant lui, mais il ne fit aucun geste pour le prendre. Il
affichait juste une grimace de dégoût. Elle s’en rendit enfin compte et elle
porta aussitôt une main sur son front pour voir s’il n’avait pas de fièvre.
Mais son fils repoussa sa main. Elle en fut blessée. Qu’avait-elle fait pour
mériter tel accueil ? Elle s’assit face à lui et murmura :
- Qui a-t-il, mon ange ?
Raconte-moi ? Serait-ce à cause d’Axel ?
Sa voix était suppliante.
Carlin leva les yeux sur elle. Ce regard que Eryna ne supportait pas de croiser
la fixait avec impatience et colère retenues. Une rage difficilement
contrôlable le possédait. Il en avait assez de voir la peur traverser ces yeux
noisette. Que devrait-il faire ? Il n’avait pas demandé à hériter de ces
yeux noirs maudits.
- Maman, je ne veux pas y aller.
Sa mère sursauta un instant.
De quoi parlait-il ? Elle comprit aussitôt en jetant un coup d’œil sur le
calendrier.
- Tu dois y aller, Carlin. C’est pour ton
bien !
- Mon bien ? Cria-t-il d’un coup. Ce
ne serait pas plutôt pour ton bien ? Je n’irais pas ni aujourd’hui, ni les
autres jours !
- Carlin ! Ne fait pas
d’enfantillages ! Tu as besoin de cette thérapie. Tu verras, tu vas t’y
habituer.
Le jeune homme se redressa en
fureur. Sa mère recula effrayée. Le regard de Carlin s’assombrit encore plus.
- Je ne suis pas fou !
- Je le sais bien Carlin, mais ….
Un grand fracas la fit
sursauter. Son fils venait de renverser tout ce qui se trouvait sur la table.
Il l’observait avec une colère effrayante. Eryna porta sa main vers son cœur.
Il battait la chamade. Carlin s’élança vers la sortir et hurla avant de claquer
la porte.
- Je ne suis pas mon père !
La jeune femme s’écroula sur
le sol en larmes. Elle avait recommencé et elle l’avait blessé plus
profondément que les autres fois. Que devait-elle faire ?
Carlin : Chapitre 09
Carlin s’était mis à courir dès qu’il
était sorti de l’immeuble. Il avait mal, il avait l’impression de recevoir des
coups de couteau dans la poitrine. Il avait du mal à respirer. Il lui en
voulait, elle n’avait pas voulu l’écouter. Elle se fichait pas mal de son avis.
Les larmes lui coulaient le long du visage, mais il ne fit rien pour les
essuyer. Il traversa le parc, passa même devant le lycée toujours sans arrêter.
Il ne jeta pas un coup d’œil à la crèche et fonça droit sur le seul lieu où il
se sentait bien. Le seul endroit où on ne le regardait jamais avec de la peur
dans les yeux. Il se retrouva devant le « Cool Baby » en un temps
record. La rage le reprenait avec force. Pourquoi l’endroit était-il
fermé ? Ce n’était pas juste ! Il avait besoin d’eux.
Le garçon passa par la petite
ruelle pour rejoindre l’arrière du bar. Il frappa à la porte. Il la frappa
tellement que la vitre finit par casser. Carlin ne s’aperçut même pas de la
plaie qu’il venait de se faire avec un bout de verre. En passant sa main à
l’intérieur, il put ouvrir pour y pénétrer. Il fonça dans le bureau de Daisuke,
mais celui-ci était bien sûr vide. Il fonça dans la salle de bar, mais il n’y
avait pas âme qui vive. C’est à cet instant qu’il se souvint que Daisuke et
Juntsou l’avaient prévenu de leur absence. Ils avaient affirmé que tout irait bien. Pourquoi les avait-il cru ?
Son regard croisa son reflet dans la glace derrière le comptoir. Cela augmenta sa fureur. Il chavira et
détruisit tout ce qu’il pouvait attraper dans la pièce. Les tables furent
renversées. Les bouteilles jetées sur le sol, tout comme les verres d’ailleurs.
Il finit par jeter une bouteille contre la glace qui le narguait. Il se
retrouva ensuite au milieu de la salle en larmes. Son regard regardait le
désordre autour de lui. Que venait-il de faire ? Il se laissa tomber et
ramena ces genoux vers lui. Il les entoura de ses bras et sanglota un long
moment. Il avait peur. Il voulait que quelqu’un l’aide. Mais qui pourrait le supporter ?
Son regard tomba sur un morceau de verre de bouteille. Il le prit sans faire
attention. Il se coupa mais ne broncha pas le moins du monde. Cette blessure
n’était rien comparée à celle de
son cœur.
Il regardait ce bout de verre avec fascination. Il se demandait
s’il ne ferait pas mieux de crever ces yeux maudits. De cette façon, plus
personne n’en aurait peur ! Il levait sa main vers son visage quand un cri
retentit et qu’une main masculine l’arrêta dans son geste. Carlin la repoussa.
Elle ne l’arrêterait pas. Personne ne l’arrêterait ! Le garçon se débattit
comme un forcené. Il ne voulait pas lâcher prise. Hors de question ! Il
réussit à se remettre debout. Il s’éloigna de l’importun. Il ne le
reconnaissait pas, il ne voulait pas le reconnaître. L’homme l’appelait, Carlin
s’en rendait compte. Mais les mots glissaient sur lui. Ses yeux retombèrent à
nouveau sur le bout de verre. Il leva à nouveau son bras vers son visage. C’est
alors que deux bras puissants lui entourèrent le corps pour le stopper. De
rage, Carlin se mit à hurler. Il se débattit avec fureur. Mais rien n’y fit. Le
garçon n’abandonna pas pour autant. L’autre homme le tenait fermement. Carlin
passa en mode furie et balança ses jambes dans tous les sens. L’homme finit par
recevoir un coup qui le fit crier sous la douleur, mais la seule chose qui se
passa, fut leur chute sur le dallage. L’homme cria à nouveau de douleur et
s’exclama :
- Merde Carlin ! Calme-toi ! Tu
vas finir par nous tuer tous les deux.
La voix de l’homme finit
enfin par atteindre l’esprit confus du garçon. Il s’arrêta net de bouger. La
tête baissée, les yeux fixés sur le bout de verre qu’il tenait toujours dans sa
main droite. La main de l’homme se posa sur celle-ci et décoinça chaque doigt
avec douceur. Le verre glissa enfin sur le sol. L’homme se sentit beaucoup
mieux. Carlin tremblait de tout son corps. Les bras se resserrèrent comme pour
le réchauffer. Le garçon finit par lever la tête et se retourna vers celui qui
venait de l’aider. Son regard croisa un regard vert. Ses larmes se remirent à
couler et il porta ses mains pleines de sang à son visage pour s’effondrer.
L’homme se redressa légèrement pour se mettre à genoux et attrapa le garçon
pour le serrer.
- Je suis désolé, je suis désolé.
- C’est bon, Carlin. C’est fini,
d’accord ? Viens, il faut soigner tes blessures.
Carlin accepta la main
tendue, mais refusa de la lâcher. Son ami ne s’en offusqua pas. Il força le
garçon à le suivre vers la sortie. Mieux valait ne pas rester dans les parages.
Ils arrivaient près de la sortie quand Carlin stoppa net.
- Pourquoi es-tu ici, Renko ?
Le jeune homme soupira, mais
répondit :
- Je travaille dans un garage pas très
loin d’ici. J’ai vue sur le bar et je t’ai vu. J’ai mis un peu de temps car j’ai dû prévenir mon patron de mon absence.
Le garçon hocha simplement la
tête et reprit la marche. Ils eurent la surprise de trouver un homme plutôt
louche qui traînait devant les
poubelles du « Cool Baby ». L’homme souleva le couvercle d’une des bennes à ordures et y jeta une petite
chose remuante. Il allait se retourner quand il reçut un grand choc dans le
dos. Il se cogna violemment contre le mur et s’écroula. Renko jura un bon coup
avant de ceinturer à nouveau Carlin.
- C’est pas vrai, calme-toi !
Le garçon s’arrêta de
gesticuler. Renko le lâcha doucement. Il se pencha vers l’homme inconscient. Il
respirait et en examinant la blessure, Renko
constata qu’elle ne semblait pas sérieuse. Bah ! Il appellerait les
pompiers quand il serait rentré chez lui. Il vit Carlin soulever le couvercle de
la poubelle. A cet instant, Renko entendit des petits miaulements. Il
s’approcha de son camarade et jeta un coup d’œil dans la poubelle. Un petit
chaton s’y trouvait. Il essayait désespérément de sortir. Le jeune homme secoua
la tête. Décidément, c’était son jour de sauvetage de chatons. Il se pencha
dangereusement à l’intérieur pour récupérer le minuscule chaton et le tendit à
Carlin. Celui-ci redevenu presque lui –même lui adressa un sourire un peu
triste. Renko lui reprit la main et le guida à travers les rues. Ils passèrent
presque incognito à travers le marché africain. La seule personne qui le
reconnut, fut un vieil homme fumant cigarette sur cigarette, dans un vieux
garage.
L’immeuble
où vivait Renko n’était plus tout jeune, plutôt délabré, mais les loyers
étaient très raisonnables. Le jeune homme habitait heureusement au
rez-de-chaussée. Cela lui permit d’éviter les autres locataires. Il les
connaissait tous et beaucoup étaient des étudiants.
Renko pénétra dans son
appartement suivi de Carlin qui ne lui avait pas lâché la main. Le garçon
n’avait pas dit un seul mot de tout le trajet. Renko le força à s’asseoir sur
le fauteuil et récupéra la boule de poil dans ses mains tremblantes.
L’appartement était composé
de deux pièces principales. La première, où ils se trouvaient, était le salon
avec une petite kitchenette, et l’autre pièce était la chambre évidemment.
Le jeune homme déposa le
petit chaton aux poils longs et roux et lui versa un bol de lait. Il rejoignit
ensuite le salon et s’installa sur la petite table pour faire face à Carlin qui
s’était recroquevillé sur lui-même. Renko avait déjà vu le garçon en colère,
une colère rapide qui avait éclaté à cause d’un de ses anciens amis. Gustav
avait eu la brillante idée de brûler sous les yeux du garçon son carnet à
dessin. Carlin s’était jeté sur lui et l’avait violemment frappé au visage. Renko, tout comme les autres d’ailleurs,
avait été surpris par ce geste et surtout par la force que le garçon avait déployée. Gustav, dont le corps était plutôt enrobé, était pourtant le
maître dans la baston. Il n’avait rien pu faire contre la furie soudaine de
Carlin. Deux coups et Gustav se retrouvait à terre. Ensuite, Carlin s’était
enfui en larmes. Cela ne les avait pas empêchés de continuer à l’ennuyer.
Renko se passa une main dans
les cheveux. Il se rappela les blessures à soigner. Tout en allant chercher une
trousse de soin, il sortit son portable pour appeler les pompiers pour l’homme
inconscient dans la ruelle. Il revint quelques minutes plus tard et se réinstalla
sur la table. Carlin s’était redressé et observait la pièce, toujours aussi
silencieux. Il sursauta juste quand Renko lui prit doucement sa main droite
blessée. Le jeune homme grimaça. Le garçon n’y avait pas été de main morte.
Avec délicatesse, il retira tous les bouts de verre restés sur la plaie et
nettoya le tout avec du désinfectant. La blessure n’était pas si sérieuse
heureusement. Il lui banda la main, ainsi que le poignet. Le garçon ne semblait
pas avoir ressenti de douleur. Renko ne trouvait pas cela normal. Même lui, il
aurait souffert en enlevant les bouts de verre. Carlin observait sa main sans
ciller comme souvent.
- Que s’est-il passé Carlin ?
Une larme coula le long de la
joue du garçon.
- Je suis désolé, si désolé, pleura-t-il.
- Tu n’as pas à t’excuser, Carlin.
Raconte-moi juste pourquoi tu étais si en colère.
Les larmes coulèrent de plus
en plus, mais il ne chercha pas à les
arrêter.
- Je me suis disputé avec ma mère. Je
voulais juste qu’elle m’écoute, mais comme d’habitude, elle n’écoute pas. Elle
est gentille, elle peut être très agréable et je l’aime beaucoup, mais elle
n’écoute pas. Pourquoi ?
Renko
se pencha un peu et essuya les larmes sur le visage de Carlin. Mais son geste,
loin de calmer le garçon, le fit éclater en sanglots. Renko se redressa et
s’installa sur le canapé près du garçon qu’il prit dans ses bras. Carlin lui
entoura le cou de ses bras et nicha sa tête contre son cou. Il pleura tout son
saoul. Il pleura comme il ne l’avait plus fait depuis des années. Renko lui
caressait les cheveux en murmurant des mots apaisants. Il ne savait pas trop
comment agir face à cette crise. Les pleurs se calmèrent tous seuls. Sentant
les bras de Carlin se desserrer, il lui jeta juste un coup d’œil. Le garçon
avait fini par tomber dans le sommeil. Même dans son sommeil, il ne semblait
pas vraiment serein. Renko réussit à se relever et souleva Carlin. Il l’emmena
dans sa chambre et le coucha sur le lit. Il ne lui retira que ses baskets.
Carlin se recroquevilla en fœtus sans se réveiller. Renko lui jeta par-dessus
une couette avant de sortir en silence.
Il savait qu’il devait trouver un moyen
d’appeler chez son ami pour prévenir la mère que son fils allait presque bien.
Mais l’inconvénient est qu’il ne
connaissait pas le numéro de téléphone. Il se passa une main dans les cheveux.
Il ne connaissait pas non plus celui d’Akira ou de Mili. Renko sourit. Il
savait à qui demander. Prenant son portable, il appela son frère. Celui-ci
avait la sale habitude de voler le numéro de téléphone des personnes qu’il
voulait ennuyer. Mais aussi et
surtout, quand une fille l’intéressait. Youji répondit assez rapidement. Renko
expliqua qu’il avait besoin de transmettre un message à la mère de Carlin et
voulait savoir si par hasard, il ne connaîtrait pas quelqu’un qui aurait son
numéro. Youji n’eut même pas le temps de répondre qu’une voix féminine retentit
dans l’appareil.
- Renko ! C’est Mili ! Pourquoi
veux-tu le numéro de Madame Eryna ?
- Mili,
je ne te dirais rien sans l’accord de Carlin. Par contre, tu serais une
gentille fille si tu pouvais au moins laisser un message à Madame Oda.
- Mais enfin, Renko ! Que s’est-il
passé ? Pourquoi ce n’est pas Carlin qui laisse ce message ? Et
pourquoi tu ne lui demandes pas ?
Renko
avait éloigné le téléphone loin de son oreille. Cette fille voulait lui
déchirer le tympan à hurler de cette façon.
- Ecoute, Carlin est tellement épuisé à
cause d’une crise de fureur qu’il dort. Il est hors de question que je le
réveille. De plus, promets-moi que tu ne forceras pas Youji à t’indiquer où
j’habite car je te préviens de suite que je serais véritablement furieux et que
tu sois une fille n’arrangera pas ton cas. Est-ce assez clair ?
Mili
ne répondit pas tout de suite. Apparemment, elle avait dû songer à faire
exactement ça.
- Promis, promis, je ne viendrais pas
t’ennuyer. Mais dis-moi juste si Carlin va bien.
- Ca ira. La crise est finie et tant
mieux.
- Ok ! Que dois-je dire à sa
mère ?
- Juste que son fils va bien et qu’il est
chez un ami. Qu’elle n’essaie pas de chercher à le trouver, je crois qu’il n’a
vraiment pas envie de la voir pour l’instant.
- C’est grave alors ! s’exclama
Mili. Chaque fois que je les ai vus ensemble, ils semblaient s’entendre à
merveille.
Des sanglots se firent entendre. Anxieux, Renko jeta un coup d’œil vers
la porte de la chambre. Il s’excusa auprès de Mili et raccrocha. Il jeta son
portable sur le fauteuil. Il se rendit aussitôt dans la chambre. Le sommeil de
Carlin semblait agité. Il sanglotait sans se réveiller. Renko se sentait mal de
voir son ami dans cet état. Il ne l’avait jamais vu si vulnérable, si fragile.
Le jeune homme s’allongea sur le lit près de Carlin et le prit dans ses bras.
Le garçon se calma instantanément. Renko en fut surpris, mais ne s’en plaignait
pas pour autant. Il pouvait sentir la chaleur du garçon le traverser. Il serra
plus fort ses bras autour de la taille de Carlin. Celui-ci dormait maintenant
d’un sommeil du juste et Renko le rejoignit peu de temps après.
Mili
avait eu beau appeler chez les Oda, Eryna n’avait pas décroché. Etait-elle
sortie à la recherche de son fils ? Elle avait fini par téléphoner à
Akira se doutant que celui-ci se trouvait chez son amant. Le garçon avait
promis qu’il irait voir tout de suite. Il l’avait rappelée quelques minutes
plus tard pour lui signaler qu’Eryna Oda se trouvait bien chez elle. Elle était
prostrée. Youji eut la gentillesse d’emmener la jeune fille devant l’immeuble
et décida même de rester avec elle étant
le seul à avoir le téléphone de son frère. Ce serait peut-être utile. Quand ils
arrivèrent près de la porte de la famille Oda, ils aperçurent deux hommes qui
s’y trouvaient déjà. Ils eurent la
chance que ce soit Akira qui ouvrit. Il reconnut d’emblée l’un des deux
hommes. Mais il n’eut pas le temps de dire quoi que se soit que Daisuke le
poussa pour pénétrer dans l’appartement. Le deuxième excusa l’attitude de son
compagnon. Akira haussa les épaules et fit signe à ses amis d’entrer.
- C’est la galère. Elle refuse de parler.
Elle ne fait que pleurer.
En entendant des éclats de
voix dans le salon, les jeunes gens s’y rendirent. Daisuke était dans une
sacrée fureur. Celui-ci se positionna devant sa cousine et lui jeta sur les
genoux une carte d’identité. La jeune femme la prit et la serra contre son cœur
toujours en larmes. Elle finit tout de même par demander.
- Où l’as-tu trouvée ?
- Où je l’ai trouvée, s’écria Daisuke. Tu
devrais le savoir ! Qu’est-ce que tu lui as fait, bon dieu, Eryna ?
- Rien, on s’est juste disputés.
Les jeunes gens eurent un
instant l’impression que le cousin allait la frapper. En tout cas, il en
mourait d’envie. Son compagnon essayait de le calmer, mais rien n’y fit.
- Une dispute, hein ? Une simple
dispute n’aurait pas rendu dingue ce microbe et il n’aurait pas eu le toupet de
tout casser dans le bar. Avoue Eryna ! Tu as recommencé, il t’a demandé
quelque chose et tu ne l’as pas écouté.
Eryna
se recroquevilla sur elle-même. Elle n’avait pas peur de son cousin. Il pouvait
hurler de tous ses poumons, cet homme était incapable de faire du mal à une
mouche. Elle savait juste qu’il avait raison. Elle sanglota. Elle finit par
dire.
- Ce qu’il demandait, était
impossible ! Il a besoin de ses thérapies. C’est pour son bien.
- Son bien ? Es-tu donc si stupide,
Eryna ? Ton fils n’a pas besoin de voir un psy. C’est facile de comprendre
ce qu’il recherche. Il suffit de te regarder Eryna.
- Qu’est-ce que tu veux dire ?
- Tu as peur de lui. Tu trembles à chaque
fois qu’il lève la voix. C’est à cause de toi si son visage exprime rarement
ses émotions. Tu l’en empêches, tu l’empêches de vivre normalement. Tout ça par
qu’il a eu le malheur d’hériter de la couleur et du tic des yeux de son père.
Ce n’est pas vrai, Eryna ?
La
jeune femme porta ses mains vers son visage et s’effondra à nouveau en larmes.
Daisuke s’accroupit auprès d’elle et la prit dans ses bras. Gauchement, il la
berça tendrement.
- Agir à chaque fois de cette manière,
Eryna, tu éloignes Carlin de toi. Tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même.
Mets-toi une bonne fois dans la tête que Carlin n’est pas cette enflure.
Jamais, il ne sera comme lui. Regarde
autour de toi, Eryna, tous les gens présents
dans cet appart’ sont des amis de Carlin. Ils sont venus pour lui.
Eryna
regarda chaque personne autour d’elle. Elle essuya ses larmes et adressa un
faible sourire à Mili et à Akira, les deux seuls qu’elle connaissait déjà.
- Je suis désolée. J’ai été si stupide.
Carlin disait souvent que je ne l’écoutais jamais. J’affirmais toujours le
contraire, mais il avait raison. Je lui ai fait mal. Quelque chose de bien pire
que des coups !
Carlin : Chapitre 10
Renko s’étira et se réveilla. Il se
redressa un peu surpris de s’être endormi. Il jeta un coup d’œil près de lui et
s’aperçut que Carlin était réveillé. Il s’était assis sur le lit les jambes
repliées vers lui en les entourant de ses bras. Il cachait son visage contre
ses genoux. En regardant sa montre, il s’aperçut avoir au moins dormi pendant
quatre heures d’affilées. C’était bien la première fois qu’il dormait en pleine
journée. Carlin releva la tête et observa son ami en silence. Il eut un pauvre
sourire.
- Je suis désolé Renko.
Le
jeune homme s’agenouilla sur le lit et s’exclama :
- Tu n’en as pas un peu marre d’être
désolé ?
Carlin
reposa sa tête sur ses genoux et répliqua :
- Mais je ne fais que t’ennuyer. J’ai
même failli te faire du mal. Je t’empêche de travailler…
Renko
passa une main lasse dans ses cheveux en bataille, puis attrapa le bras de
Carlin et le tira vers lui. Le
garçon poussa un petit cri de surprise et le fut encore plus quand il sentit
les lèvres de Renko prendre les siennes. C’était un simple effleurement, mais qui chamboula le cœur de Carlin.
- Pour…Pourquoi as-tu fait ça ?
Carlin
portait ses doigts sur sa bouche. Encore trop surpris, il hésitait. Renko lui
ne disait rien. Pour une fois, c’était lui qui ne parlait pas, il observait
juste le garçon. Ce silence mettait
Carlin mal à l’aise. Il reprit d’une voix pas très rassurée.
- Tu ne devrais pas faire ça. Ne tombe
pas dans ce vice, Renko. Cela ne t’apportera rien de bon.
Carlin disait cela pour le
bien de son ami, mais son cœur semblait se déchirer. Une larme se mit à couler
sur sa joue. Renko réagit aussitôt.
- Ah non ! Ne recommence pas à
pleurer. Je ne vais vraiment plus savoir quoi faire.
Il
se pencha et arrêta la larme avec sa langue. Carlin sursauta au contact. Mais
Renko ne s’arrêta pas pour autant. Il continua jusqu’au cou, remontant sur le
menton, reprit possession des lèvres de Carlin. Il l’embrassa. Il força le
passage des lèvres closes pour s’emparer de la langue si chaude du garçon.
Carlin tressaillit. Il ne pouvait plus rien contrôler. Il répondit au baiser
avec la même fougue. Renko le poussa et il tomba à la renverse sur le lit. C’est à cet instant qu’il se rendit
compte que Renko et lui-même ne portaient plus leur chemise. Quand l’avait-il
enlevé ? Il ne s’en souvenait vraiment plus. Il sentit les lèvres et cette
langue glisser le long de son torse et lui titiller ses tétons durcis. Carlin
ne put s’empêcher de gémir. Il sentit les doigts de Renko lui déboutonner son
pantalon. Il se cambra avec force et réussit à donner le change.
Carlin se retrouva à
califourchon sur Renko qui ne semblait pas content. Carlin ne lui laissa pas le
temps de râler. Il l’embrassa, lui mordilla les lèvres. Les mains de Renko, ne
voulant pas être en reste,
glissèrent tout le long du dos de Carlin qui se tortillait de plaisir. Elles s’aventurèrent sous
les pans du jean et elles lui frôlèrent les fesses. Renko se rendit compte
alors que Carlin ne portait rien dessous. Il en fut drôlement surpris. Carlin,
lui, eut juste un petit rire que son camarade trouva très sexy. Carlin
descendit ses lèvres de plus en plus bas. Il titilla le nombril un moment et
descendit encore plus bas, mais Renko en avait décidé autrement. Il attrapa
Carlin et reprit le dessus. Il parvint, par la même occasion, à lui retirer son
jean. Il n’attendit pas que Carlin réagisse pour poser ses lèvres sur son
érection. Le garçon laissa échapper son plaisir. Il ne tenta plus une seule
fois de reprendre le dessus. Il préféra laisser Renko faire tout ce qu’il
voulait. Renko se redressa et souleva les reins de Carlin pour le mettre en
bonne position, puis il se pencha de nouveau vers les lèvres tentantes du
garçon. Il s’en empara et tout en le pénétrant, il l’embrassa. Carlin entoura
de ses bras le cou de Renko. Ils chavirèrent tous deux dans un plaisir
incommensurable.
Ils
étaient de nouveaux retombés dans les bras de Morphée. Mais cette fois-ci, ce
fut Renko qui se réveilla en premier. Carlin dormait toujours d’un sommeil de
plomb. Sans faire de bruit, le jeune homme parvint à se lever et se dirigea
vers la salle de bain. Il prit une douche rapide. Il se rendit ensuite dans la
cuisine. En jetant un rapide coup d’œil autour de lui, il aperçut la boule de
poil allongée comme un pacha sur le canapé, bien emmitouflée sur sa veste.
- Bah vas-y ! Ne te gène surtout pas
à mettre tes poils sur mes vêtements, sale moustique !
Pour
seul réponse, il eut droit à un bâillement. Renko renifla de mauvaise foi. Il
avait toujours adoré les animaux, mais il n’avait jamais eu le droit d’en avoir
un. Sa mère était allergique aux poils d’animaux de toutes sortes. Enfin,
c’était ce qu’elle avait prétendu, mais son père lui avait assuré dernièrement
que c’était un pur mensonge. Renko prépara une omelette pour deux personnes. En
entendant du bruit, il se retourna et fut estomaqué. Carlin sortait de la
chambre avec pour seul vêtement un long tee-shirt. Il semblait un peu intimidé
en même temps. C’était un contraste des plus étonnants. Un mélange de tentation
et de pureté ! Renko reprit contenance et salua son ami qui était devenu
son amant.
- Tu dois mourir de faim non ?
Carlin
adressa un sourire à son ami. Il n’avait rien mangé depuis ce matin, alors oui,
il avait très faim. Il s’installa sur une chaise près du comptoir. Il dévora en
moins de deux, son assiette et en redemanda d’une toute petite voix. Renko se
mit à rire.
- Tu fais le timide maintenant ?
Carlin
se tortilla sur sa chaise. C’était bien la première fois où il se sentait trop
intimidé. Renko lui prépara une nouvelle omelette et la posa devant le garçon
affamé. Il le regarda dévorer sa nourriture en silence. Puis ensuite, n’y
tenant plus, il lui demanda :
- Est-ce que ça va ?
Carlin
leva les yeux vers son ami sans comprendre, puis d’un coup, se sentit rougir.
Renko se remit à rire.
- Je vais finir par voir toutes tes
facettes, Carlin.
- Mais, ne te moque pas s’il te
plaît !
Renko
rit encore plus de son embarras. Carlin le menaça avec sa fourchette. Le jeune
homme attrapa sa main et lui retira son arme. Il tira légèrement dessus pour
que Carlin se redresse et l’embrassa. Le garçon se réinstalla sur son siège et
se lécha les lèvres.
- En tout cas, tu embrasses plutôt bien.
- Merde ! Carlin, tu vas finir par
m’achever ! s’exclama Renko en riant.
Carlin
sourit de plus belle, puis changea complètement de sujet.
- Que vas-tu faire du chaton ?
- Le garder. Il ne dérange pas trop et
puis, j’ai toujours voulu avoir un animal.
Carlin
se leva et s’installa sur le canapé. Il caressa le pelage du chaton.
- Tu lui as trouvé un nom déjà ?
- Oui, Moustique, ça lui va bien.
- Moustique ? Tu veux appeler un
chat moustique ? Mon pauvre te voilà affublé d’un nom des plus… comment
dire… étranges.
Renko
venait de le rejoindre sur le canapé et sans laisser le temps à Carlin de
s’échapper, il se retrouva de nouveau allongé sous le grand corps de Renko.
- Et toi, on ne t’a jamais dit de ne pas
te promener à moitié nu ?
Carlin
sourit et tira le visage de Renko vers le sien.
- C’est juste que je ne retrouve plus mon
jean.
Il
l’embrassa et bien sûr, le reste suivit. Ils firent à nouveau l’amour sur le
canapé. Moustique, rageur, décida de squatter le lit, cette fois.
Plus
tard, bien plus tard, les deux jeunes, assis tranquillement dans le fauteuil,
discutaient de tout et de rien, tout de moins au début. Carlin s’était rhabillé
entièrement et un petit Moustique lui squattait les cuisses tout en ronronnant.
Finalement, Renko entra dans le vif du sujet.
- Maintenant dis-moi de quoi retourne ta dispute avec ta
mère, Carlin ?
Le garçon se
crispa un peu. Il sentit aussitôt les doigts de Renko enserrer les siens.
- Je voulais juste qu’elle annule mes
rendez-vous avec le psychiatre. Mais elle n’a pas voulu m’écouter comme
d’habitude et ça a dégénéré. J’en ai assez d’être docile.
- Pourquoi un psy ?
- Elle dit que j’en ai besoin, mais ces
hommes sont toujours à côté de la plaque. Ils veulent tous me faire parler de
mon père, du professeur avec qui j’ai eu une liaison et de…
Carlin
hésitait à dire le nom. Il ne savait pas si Renko savait quelque chose sur la
mort de Korvac.
- Et de ?
- Ils veulent que je parle de mon
histoire avec Ludwig.
Renko
sursauta à ce nom. Il sentit aussitôt Carlin s’éloigner de lui. Il l’attrapa et
le força à se rasseoir près de lui. Il prit le visage de Carlin entre ses mains
et murmura :
- Je ne te forcerais jamais Carlin. Si tu
ne veux pas me parler de Ludwig, alors ne le fais pas. Je ne t’en voudrais pas
le moins du monde. Jamais, d’accord ?
Carlin
hocha la tête soulagé et mortifié. Il savait que Ludwig avait été le meilleur
ami de Renko, et ce, depuis leur plus tendre enfance.
- Je suis désolé, Renko. Je ne me sens
pas encore prêt à parler de lui. Je sais aussi toutes les rumeurs qui circulent à mon sujet comme celle où
j’aurais un lien avec sa mort.
- Je suis sûr que ce sont des mensonges, Carlin. La seule chose
que je regrette, c’est de n’avoir pas eu la possibilité de faire la paix avec
lui.
Carlin
se jeta au cou de Renko, surpris. Le jeune homme le serra contre lui.
- Il ne t’en voulait pas Renko. Jamais,
il ne t’en a voulu. Il a dit que tu avais eu raison de le frapper. Il avait
décidé de changer, d’accepter ce qu’il était, même si à cause de cela sa
famille lui tournerait le dos. Il avait même eu l’idée de venir te voir pour
s’excuser. C’est juste que le destin a décidé qu’il n’en aurait pas le temps.
Carlin
serra Renko avec plus de force. Il sentait les larmes de son ami couler.
C’était à lui de le cajoler maintenant.
Dans la soirée du samedi,
Carlin appela tout de même son cousin Daisuke pour s’excuser des dégâts au bar
en lui assurant que le lendemain, il viendrait les aider à nettoyer. Il accepta
également de parler un peu avec sa mère. Celle-ci s’excusa de son comportement
et lui assura avoir annulé tous les rendez-vous chez le psy. Le garçon avoua
qu’il ne lui en voulait plus parce qu’il l’aimait trop pour rester fâché trop
longtemps avec elle. Sa mère voulut également parler avec Renko et celui-ci
refusa de dire quoi que se soit de leur conversation. Carlin accepta sans
broncher. Il appela Mili et Akira pour
les rassurer. Les jeunes gens se donnèrent rendez-vous au « Cool
Baby » pour le lendemain.
Après tous ces coups de fil,
Carlin plongea dans le silence tout en jouant avec Moustique. Renko ne chercha
pas à connaître sa morosité, il préféra plutôt s’occuper de ses devoirs.
Contrairement à Carlin qui se trouvait en première année, Renko se trouvait en
troisième et dernière année de lycée avant d’intégrer une université. Il
n’avait pas le droit à l’erreur car avoir été viré de son ancien lycée lui
portait déjà préjudice. Il y avait une personne qu’il ne voulait pas décevoir.
Renko savait depuis des années qu’August Miori n’était pas son vrai père, mais
celui-ci s’en fichait royalement.
Pour August, Renko était son
fils et celui qui disait le contraire recevait de plein fouet une colère noire
des plus terribles. Quand six mois auparavant, il était arrivé avec Youji chez
les Miori, August n’avait fait aucune différence entre les deux frères ou avec
la petite Lina. Il les avait accueillit à bras ouverts. Il accepta à une
condition quand Renko voulut vivre seul. August fit promettre à Renko de faire
de bonnes études afin qu’ensuite il puisse intégrer la Miori Corporation sans
honte. Le jeune homme fut très surpris, son père n’avait jamais fait allusion à
une possible place dans sa société.
August lui avoua que Renko
avait plus de caractère, plus d’autorité et même de charisme que son frère
Youji. Le jeune homme se sentait fier d’être ainsi reconnu, alors il ne pouvait
se permettre de le décevoir. Il s’attabla à son bureau, se trouvant dans sa
chambre et se concentra. Il y resta bien deux heures avant de finalement
redresser la tête.
Il se massa le crâne où une migraine s’installait. C’est à cet
instant qu’il trouva l’appartement beaucoup trop silencieux. Deux heures auparavant,
même si Carlin ne parlait pas, il y avait du remue ménage à cause de Moustique,
mais là, c’était le calme plat. Il se retourna pour se lever quand son regard
fut attiré sur le lit. Carlin y dormait en fœtus avec un Moustique lové dans
ses bras. Il ne les avait pas entendus pénétrer dans la pièce. Faisant le moins
de bruit possible, Renko rejoignit le garçon sur le lit. Il l’observa dans son
sommeil, un sommeil d’ailleurs des plus sereins. Lui qui s’était promis de n’avoir personne dans sa vie tant qu’il
n’aurait pas atteint l’université venait de rompre sa promesse. Il était
bel et bien en train de tomber sous le charme de Carlin qui, en passant, se
trouvait être un homme.
Renko soupira et se demanda comment réagirait son père ? Le
connaissant, cela se passerait très bien. August Miori ne s’arrêtait pas à ce
genre de critères ou de morales. Pour lui, les hommes comme les femmes
pouvaient aimer qui ils voulaient. La seule chose qu’il demandait à son
personnel, c’était leur loyauté, leur sérieux, leurs compétences.
Carlin se réveilla doucement
et sourit en apercevant Renko en train
de l’observer. Il se mut
et se lova contre Renko qui lui entoura la taille de ses bras. Le garçon
murmura :
- Tu as vu, je suis un ange. Je t’ai
laissé travailler.
Renko émit un
petit rire. Passant ses mains sous la chemise de Carlin, il lui caressa le dos
avant de les glisser sous le pan du pantalon déjà déboutonné. Carlin frissonna
sous la caresse et laissa échapper un petit cri en sentant les doigts jouer
avec son sexe. Carlin se serra un peu plus fort contre Renko. Il allait encore
perdre pied.
Quelques
heures plus tard, Renko, toujours allongé sur le lit avec un Carlin lové sur
lui, reprenait tant bien que mal son souffle. Il avait eu beaucoup de conquêtes
féminines depuis ses quinze ans, mais jamais il n’avait couché avec une nana
aussi longtemps qu’avec ce démon allongé comme un pacha sur lui. D’ailleurs, celui-ci riait doucement.
- Tu devrais faire plus de sport
Renko ! Tu ne tiens vraiment pas la route.
Le
jeune homme renversa son camarade et passa au dessus de lui. Les deux mains de
chaque côté du visage du garçon qui riait toujours.
- T’as pas un peu fini de te
moquer ?
Carlin,
toujours hilare, fixait son amant droit dans les yeux puis sa bouche. Renko comprit le message et fit taire le rire en
s’emparant des lèvres gourmandes de Carlin qui lui entoura le cou de ses bras.
A bout de souffle, Renko enfouit son visage dans le cou de son amant. Carlin
émit à nouveau un petit rire.
- Tu es insatiable, Carlin.
- Mais non, mais non, c’est toi qui n’es
pas en forme.
Le garçon poussa
un petit cri de douleur en sentant un pincement sur ses fesses avant de
glousser à nouveau. Puis, il reprit son sérieux. Tout en jouant avec une boucle
de cheveux bruns, Carlin finit par demander.
- Tu ne changeras pas d’attitude avec
moi, hein Renko ?
Le jeune homme redressa la
tête, surpris. La voix de Carlin semblait inquiète et peu rassurée.
- De quoi tu parles ?
Carlin
détourna la tête vers le côté et reprit :
- Dès lundi, tu me verras comment ?
Comme un ami ou comme ton amant ?
- Comment veux-tu que je te vois ?
Carlin
regarda de nouveau son camarade, rougissant un peu.
- Je…Je voudrais que tu me regardes des
deux manières. Je ne veux pas perdre ton amitié, mais je n’aimerais pas perdre
ce que tu m’as donné aujourd’hui.
Renko
se sentit un peu rougir à son tour. Carlin était plutôt un garçon franc et
parlait plus avec ses émotions que son attitude du début ne le laissait croire.
- Disons qu’au lycée, mieux vaut jouer
les amis, mais en dehors rien ne nous empêche de nous voir ici. Tu connais le
chemin maintenant. Et puis, tu pourras toujours m’inviter chez toi également.
- Tu viendrais ?
Renko
enfouit à nouveau son visage dans le cou du garçon en baillant. Il avoua :
- J’ai l’accord de ta mère, Carlin. Elle
m’a dit que je serais toujours le bienvenu chez les Oda, tout comme Akira, Mili
et Youji.
Carlin : Chapitre 11
Youji se réveilla en sursaut et faillit
tomber du fauteuil où il s’était endormi. Il se redressa et se leva encore à
moitié endormi. Tout en baillant, il dirigea ses pas vers la cuisine où une
bonne odeur de nourriture s’échappait. Le propriétaire de l’appartement se
trouvait déjà attabler devant son petit déjeuner. Matt Cauthon salua le jeune
homme et l’invita à s’installer. Il se permit également de le servir.
- Merci Monsieur Cauthon.
- Matt, s’il te plaît. J’ai l’air d’un
vieux quand vous m’appelez par mon nom.
- Ok ! Où sont les deux
autres ?
- Akira et Mili dorment toujours. Ils se
ressemblent ces deux-là, deux vrais marmottes.
Youji
sourit. La veille, ils étaient restés avec Eryna Oda presque toute la journée,
ensuite Matt les avait invités à venir se restaurer chez lui. Ils avaient
discuté jusqu’à tard la nuit surtout après le coup de téléphone de Carlin. Il
avait pu voir à quel point le garçon comptait pour ces deux amis. Akira et Mili
semblait d’un coup avoir retrouvé leur bonne humeur. La jeune fille s’était
mise en tête d’ennuyer et d’embarrasser son ami et surtout le pauvre Matt. Bien
sur, elle s’amusa également à le mettre en boîte. C’était la première fois
qu’il se sentait bien avec des amis. En les fréquentant et en les observant la
plupart du temps, Youji apprit à les connaître.
Akira était le genre de gars
qui n’aimait pas les ennuis, mais en même temps, mieux valait être son ami que
son ennemi. Son point faible semblait être le photographe. Vu que Matt était un
adulte, leur relation était fragile et solide aussi. En les regardant
d’ailleurs, Youji pensait qu’Akira faisait plus que son âge des fois. Quand à
Mili, c’était la meilleure amie par excellence. Elle n’aimait pas voir de la
tristesse dans le regard de ses amis. Elle ne jugeait les gens que par leur
acte, et non par leur apparence.
Elle lui avait raconté sa
première rencontre avec Akira quatre auparavant et comment elle avait apprit
son histoire avec Matt. Par contre, Youji se sentait un peu jaloux de la façon
dont Mili parlait de Carlin. Elle semblait l’adorer et se fâchait contre lui si
par malheur, il disait un mot de travers sur lui. D’ailleurs, Akira agissait
pareil. Qu’est-ce que ce garçon avait pour les attirer de cette façon ?
Même son frère venait tomber sur le charme de ce garçon. Le jeune homme
finissait son petit déjeuner quand les deux autres firent leur apparition.
Akira embrassa son homme sans la moindre gêne et but deux tasses de café noire.
Quand à Mili, elle ne s’embarrassa pas et salua tout le monde en leur faisant
un baiser sur la bouche. Youji aurait aimé en avoir un deuxième, mais plus
profond. Elle s’installa près de lui et se laissa servir par Matt qu’elle
remercia d’un sourire.
- On dirait que tu as bien dormi, Mili.
Elle
sourit à nouveau.
- Tu rigoles ! Ici, j’ai pu faire la
grasse matinée. A la maison, je ne peux pas. Mes frères viennent toujours me
réveiller en me sautant dessus. Je te dis pas le réveille.
- C’est pareil chez moi. Shin est une
vraie plaie quand il s’y met. Des fois, je me demande qu’est-ce qui leur a pris
à mes parents de faire un gosse si tardivement.
- Tu dis ça mais tu l’adore ton petit
frère, s’exclama Matt en ébouriffant la tignasse d’Akira. Et toi Youji ?
Tu as d’autres frères ou sœurs à part Renko ?
- J’ai une petite sœur de deux ans à
peine. Elle s’appelle Lina. C’est un ange, mais c’est Renko son préféré. Les
peu de fois où il vient, elle lui fait la fête et il ne s’en ressort jamais
indemne.
- Tu n’es pas jaloux de sa
préférence ? demanda Mili intriguée dans savoir plus sur les Miori et en
particulier, sur son camarade à côté d’elle.
- Non, pourquoi le serais-je ? Je te
l’ai dit Mili, tout le temps que nous avons vécu chez ma mère, la vie n’a pas
été rose pour Renko. Ma mère le détestait et le lui faisait sentir alors que
moi, j’étais celui qui était gâté. Je suis content finalement d’avoir eu l’idée
de le suivre, il y a 6 mois. Je suis sure qu’il ne serait pas venu chez notre
père si je n’avais pas été là.
- Je crois que tu as raison, Youji. C’est
comme cela que j’aurais également agi à sa place. Mais du moment où tu t’es
trouvé avec lui, il s’est senti responsable de toi. Dans un sens, tu lui as été
bénéfique. Je suis sure qu’il t’en est très reconnaissant maintenant.
Youji
adressa un grand sourire à l’ami d’Akira. Il appréciait bien cet homme.
- Bon ce n’est pas tout ça mais
maintenant, nous devons nous dépêcher d’aller au « Cool baby »,
s’exclama Mili.
Matt les
accompagna jusqu’au bar. Il se sentait bien auprès de ces jeunes, des jeunes
qui ne paraissaient pas leur âge tout comme Akira. Ils arrivèrent en même temps
que Daisuke Oda et de son compagnon. Juntsou les salua joyeusement alors que le
cousin en grognant. Il aurait aimé pouvoir parler seul avec Carlin. C’était
râper. Doublement râper quand ils pénétrèrent dans le bar. Une dizaine de
vendeur du marché africain s’y trouvait en train d’aider pour le rangement et
au nettoyage. Un vieil homme se trouvait au centre donnant des ordres à chacun.
Sur la gauche, un jeune homme brun mi-long nettoyait des verres, discutant
agréablement avec un Carlin en forme assit sagement sur le comptoir. Daisuke
allait crier pour se faire entendre dans ce chaos, mais il fut pousser par la
bande de jeunes derrière lui qui passèrent en hurlant après le nom de leur ami.
Celui-ci eut juste le temps de se retenir pour ne pas tomber quand Mili lui
sauta au cou. Il se mit à rire en recevant une multitude de baiser sur ces joues.
- Tu m’étrangles Mili !
La
jeune fille finit par le lâcher légèrement, mais garda son bras emprisonné
entre ses mains. Elle grimaça un peu en voyant le bandage.
- Tu vas bien Carlin ? demanda Akira
arrivant beaucoup plus calmement.
- Mais oui, je vais beaucoup mieux. Je
suis désolé de vous avoir fait tant de souci.
Il
allait dire quelque chose d’autre, mais Daisuke s’exclama assez fortement.
- Bon dieu, Bradly ! Qu’est-ce que
tu fiches ici !
Le
vieil homme se retourna et toisa pas intimider pour un sou le géant face à lui.
- Ca se voit non ? Je suis entrain
de faire le ménage avec mes potes. Tu ne crois pas une seconde que j’allais
laisser ton jeune cousin faire tout le boulot alors qu’il est blessé au bras.
- Il n’allait pas être tout seul, puisque
nous sommes là.
- Peut-être bien mon gaillard, mais nous
sommes arrivé au aurore non ! Non pas à la fin de matinée !
- Tu viens d’être mouflet Dai ! Un
point pour Bradly, zéro pour toi ! lança Carlin en éclatant de rire suivi
par ces amis.
Le
cousin jeta un coup d’œil vers le garçon et le trouva en très bonne forme et
serein. C’était la première fois qu’il le voyait comme cela après une crise et
vu les dégâts qu’il avait provoqué, une grosse crise. Il était soulagé et un
peu triste en même temps. Carlin n’avait pas eu besoin de lui pour se calmer.
Il regarda le brun près de son jeune cousin. Il le reconnut. C’était le jeune
qui travaillait bénévolement au garage de Bradly. Il s’approcha du groupe en
s’écriant :
- Tu me cherche dès le matin,
Microbe ?
Le
garçon leva ces yeux noirs vers le géant et lui tira la langue.
- Le microbe n’a pas peur d’un ours mal
léché dans ton genre, Sangsue !
Daisuke
attrapa le garçon et ébouriffa les cheveux noirs en grognant, avant de serrer
le garçon dans ces bras.
- Je suis désolé de n’avoir pas été là
quand tu en avais besoin Carlin, s’excusa le géant.
Carlin
passa ses bras autour de la taille de son cousin et y resta un moment avant de
répliquer en s’écartant.
- Tu n’as pas à t’excuser Dai, mais
plutôt à moi. C’est moi qui ai tout détruit.
- Ca alors ! Je rêve ! Je dois
sûrement rêver, s’exclama Juntsou. C’est la première fois que j’entends Carlin
s’excuser d’avoir commis des bêtises.
Le
garçon se sentit rougir et se mordit la lèvre.
- Comme quoi, il faut un début à tout, répliqua-t-il
finalement.
Bradly
finit par répliquer qu’il ne les voulait plus dans les pattes et vira tous les
jeunes ainsi que les propriétaires du bar dehors. Aucun n’eut droit de se
plaindre. Juntsou lança alors l’idée d’aller pique-niquer sur la plage puisque
le temps le permettait. Celle-ci se trouvait à deux heures de route. Les jeunes
en furent ravis à la condition bien sur que les adultes les invitent. Youji et
Mili montèrent avec Matt et Akira, alors que Renko et Carlin montèrent avec
Juntsou et Daisuke. Le cousin était content car de cette façon, il pourrait
parler tranquillement avec le garçon même si la présence du brun pouvait être
un peu gênante.
Renko
pouvait sentir le regard du cousin de Carlin sur lui dans le rétroviseur.
Heureusement que c’était lui qui conduisait alors ce n’était pas tout le temps.
Carlin, installé au centre, lui enlaçait les doigts. Il ne semblait pas très à
l’aise. Renko ne savait pas trop comment il pouvait le savoir, mais il était
sure que Carlin ne se sentait pas sécuriser dans la voiture. Il en était
surpris car le garçon semblait adorer les deux hommes.
- Alors Carlin, as-tu décidé ce que tu
allais faire au sujet d’Eryna ?
Le
garçon serra un peu plus fort la main de son ami avant de répondre.
- Je vais rentrer ce soir à la maison.
J’ai dis à Maman que je ne lui en voulais plus.
- En es-tu sure ? Tu peux venir chez
nous quelques temps si tu préfère ?
- Non, ca ira. De toute façon, vous
habitez trop loin du lycée. Ne te fait pas de souci Daisuke. Je vais bien.
Carlin
posa sa tête sur l’épaule de Renko et ferma les yeux. Il ne se sentait pas très
bien en fait. Non pas qu’une nouvelle crise allait refaire surface, mais le
trajet en voiture était beaucoup trop long. Renko se pencha un peu et
demanda :
- Carlin ? Ca ne va pas ?
- Je vais essayer de dormir. Je n’aime
pas la voiture.
Renko
lâcha la main du garçon pour lui passer un bras derrière lui et le força à
poser sa tête sur ces genoux et lui caressa les cheveux. Carlin trouva cela
très agréable et finit par s’endormir. En relevant la tête, Renko rencontra le
regard clair de Juntsou qui s’était retourné.
- Tu as un effet bénéfique sur lui.
J’aurai dû me douter qu’il se sentirait bizarre en voiture.
- Pourquoi ? demanda-t-il intrigué.
Les
deux hommes se jetèrent un regard avant que finalement l’un d’eux se décide à
répondre.
- Je ne sais pas si on a le droit de t’en
parler, Renko. Nous savons depuis le début que tu avais un lien avec Ludwig
Korvac, avoua Daisuke.
Renko
sursauta. Il ne s’attendait pas à entendre ces hommes parler de son défunt ami.
- Quel est le rapport avec Carlin ?
- Tu sais sûrement que Ludwig est mort
dans un accident de voiture en pleine nuit alors qu’il faisait orage ?
Le
jeune homme acquiesça silencieusement.
- Il n’était pas seul dans la voiture.
Deux autres passagers s’y trouvaient, la petite amie de Ludwig ainsi que
Carlin.
Renko,
surpris, baissa son regard vers le dormeur.
- Pourquoi ? La dernière fois où ces
deux-là se sont vu, Ludwig était prêt à le tabasser à mort.
- Et bien, tu n’étais plus là Renko. Tes
amis ont beaucoup changé après ton départ et celui de ton frère. Je peux te
poser une question ? demanda finalement Juntsou.
- Oui, allez-y !
- Pourquoi as-tu quitté ton ancienne
ville ?
- Je me suis battu au lycée et j’ai été
viré du bahut. Ma mère m’a mise à la porte et je suis venu ici pour amener
Youji à mon père. Je ne pensais pas resté ici, mais …
- Quelque chose t’a retenu ?
Le
jeune homme hocha la tête.
- Avec qui t’es-tu battu ? demanda
sans préambule Daisuke.
Renko
caressait toujours les cheveux de Carlin, mais il se doutait que celui-ci ne
dormait plus. Il avoua :
- Je me suis battu avec Ludwig. Je venais
d’apprendre qu’il se droguait. J’ai voulu le raisonner mais il ne voulait rien
écouter. Ca a dégénéré et j’ai cogné. Je m’en veux maintenant. La violence ne
résout pas les problèmes.
- Bien parler !
Le
temps était avec eux quand ils arrivèrent sur la plage. Le soleil tapait fort
et beaucoup de monde avait eu la même idée que les amis. Un groupe de fille les
suivit même du regard envieux envers la seule fille du groupe. Mili s’en rendit
compte et elle rayonnait. Elle avait de la chance d’être entouré parce sept
beaux garçons dont un seul évidemment était encore hétéro, mais bon, ces
pimbêches n’avaient pas besoin de le savoir. D’avoir dormi en voiture avait
rendu Carlin en forme ce qui inquiéta fortement Daisuke. Il connaissait son
jeune cousin. Quand celui-ci était trop en forme, il en devenait presque
intenable et en plus, avec la fille déjà un bout entrain, ça risquait de donner
avec ces deux-là.
Par
précaution, il choisit un endroit assez discret et caché des autres promeneurs
ou pique-niqueurs par des rochers. Daisuke, Matt, accompagné de Renko partirent
chercher de quoi restaurer tout le monde. Juntsou accepta de jouer les
baby-sitters. Mal lui en prit, il le regretta très vite. La première fois qu’il
avait rencontré le jeune homme chez Eryna, il avait pensé que c’était un garçon
fort sympathique et qui était plutôt du genre sérieux. Mais en moins de dix
minutes, son avis changea de tout au tout. Akira Soba était aussi démoniaque
que Carlin et Mili réunis. Quand les autres revinrent, ils le trouvèrent
tremper de la tête aux pieds et quand ils cherchèrent du regard les coupables,
ils les surprirent entrain de s’acharner sur le pauvre Youji qui
malheureusement pour lui, n’eut aucune chance. Il revint auprès d’eux aussi
trempé que Juntsou. Les trois démons en furie criaient leur victoire en
s’aspergeant.
- De vrais gosses ! s’exclama
Daisuke en secouant la tête.
Juntsou
se mit à rire et tendit une serviette à Youji pour qu’il puisse un peu
s’essuyer.
- Je préfère les voir comme ca. Mais
j’aurais dû me douter que Carlin et Mili auraient déteint sur Akira.
- Ca fait drôle de voir Carlin de cette
façon, murmura Youji.
Renko
s’installa près de son frère, pensif.
- Peut-être se sent-il mieux maintenant
qu’à l’époque où on la rencontrait la première fois ?
- Possible ! Mais déjà que Mili est
une fofolle alors en avoir deux bonjour le cadeau !
Ces
amis éclatèrent de rire. Renko poussa un petit cri quand il sentit deux bras
froid lui entouraient le cou. Un petit gloussement retentit près de son
oreille. Le jeune homme se rendit compte que le garçon faisait exprès de se
serrer contre son dos. Il fut vite tremper.
- Ca t’amuse ?
Il
n’eut droit qu’à un gloussement, bien que Carlin ne bougea pas pour autant. Il
s’y trouvait trop bien pour bouger d’un pouce et Renko ne cherchait pas à
s’éloigner. Mili s’installa entre les deux frères en souriant.
- Qu’est-ce qu’on mange ? demanda-t-elle
finalement.
Ils passèrent toute la journée sur la plage à rire et à s'envoyer des vannes à tout bout de chant. Mili adora ces joutes verbales avec Youji et Daisuke qui ne fit que l’appelait la Chieuse. Celle-ci ne s’en offusquait pas le moins du monde sachant très bien que le grand cousin de Carlin n’en pensait pas un mot. Matt s’était fait assez discret et s’était surtout contenté de prendre d’inoubliables photos. Il était photographe après tout, son appareil le suivait partout. Carlin lui avait supplié son cousin pour qu’il lui achète un carnet à dessin et dans l’après-midi, plus personne ne l’entendit pendant plus de deux heures. Enfin, si car le groupe de fille vu à leur arriver furent automatiquement attirer par l’artiste en herbe. Elles lui posèrent plein de questions que le garçon répondait quand il en avait vraiment envie. Cela les agaçait un peu, mais elles tenaient tête. Finalement, Carlin finit par en avoir assez. Renko s’en était rendu-compte et s’était immédiatement rendu près de son camarade pour le calmer, suivi de près par Mili et Akira. Le jeune homme les envoya bouler de façon pas très agréable ce qui surprit les deux jeunes gens. Le reste de la fin de journée se passa ensuite sans plus d’incidence. Le retour du trajet se fit dans la joie et la bonne humeur même si le groupe avait été inversé par rapport à aller. Carlin, Mili et Akira rentrèrent avec Matt, alors que le reste repartit avec Juntsou. Comme à l’allée, Carlin finit par s’endormir la tête posée sur les genoux de la jeune fille. Elle lui caressait les cheveux de la même manière que Renko l’avait fait à l’aller. Même s’il ne ressentait pas la même chaleur qu’avec son camarade, il appréciait tout de même ces caresses. Mili et Akira était devenu au fil des jours des amis, ces meilleurs amis et surtout, il les considérait contre des membres de sa propre famille. Ils étaient devenus vitales pour lui comme l’air pour respirer. Carlin songeait qu’il avait eu raison de vivre, de n’avoir pas céder devant les méchancetés reçus par d’innombrable personnes. D’avoir accepter le cadeau que Ludwig lui avait donné en se sacrifiant dans l’accident. Carlin savait que Ludmilla ressentait pareil. Tous deux vivraient comme ils le voudraient sans que rien ne puisse les en empêcher car la personne qui leur avait donné la vie ne pourrait plus jamais exaucer son propre rêve
Carlin : Chapitre 12
Quand Carlin rentra chez lui, sa mère
l’attendait avec Axel. Elle serra son fils comme elle ne l’avait plus fait
depuis pas mal de temps déjà. Elle lui promit de faire des efforts et lui avoua
qu’elle avait pris pour elle-même des rendez-vous chez le psychiatre. Elle
devait faire sortir de son corps toute cette peur que les yeux noirs
provoquaient chez elle. Axel voulut parler seul à seul avec le jeune homme qui
avait senti l’anxiété l’envahir. Axel l’avait senti et lui avait rassuré que
jamais il n’agirait de la même manière que les deux autres hommes que sa mère
avait fréquenté avant. Carlin préféra clarifier avec cet homme sur le sujet de
ses préférences sentimentales. Bien qu’Axel fût un peu estomaqué sur le coup,
il comprit vite d’où venait la gêne que
le garçon avait avec lui. Apparemment, les anciens compagnons d’Eryna avaient
fait un sacré foutoir dans la vie du pauvre Carlin.
- Carlin, jamais je ne critiquerais ta
façon de vivre. Je serais incapable de le faire pour mes propres enfants. J’ai
très bien compris que pour Eryna, tu es la chose la plus importante dans sa
vie. Un enfant s’est sacré aussi bien pour ses yeux que pour les miens.
Carlin
sourit soulagé et serra la main tendue de l’homme.
- Moi, je veux juste que Maman soit enfin
heureuse. Elle le mérite, mais je ne voulais plus qu’elle retombe sur des tarés
comme mon père et les deux autres.
- Je te comprends. Ca n’a pas dû être
facile tous les jours.
Ils
avaient parlé jusqu’à tard la nuit. Le lendemain, le garçon eut beaucoup de mal
à se rendre au lycée. Il avait encore sommeil et le temps était tellement
triste et humide, que son humeur n’était pas rose. Il espérait pouvoir
rencontrer Renko à la pause déjeuné pour remonter son humeur. Des qu’il pénétra
dans la salle de classe, il fut aussitôt entouré par ses deux camarades.
Ceux-ci réussirent au moins à le faire rire. Les élèves apprirent que leur
professeur de littérature serait absent pour une durée indéterminée et qu’il
allait être remplacé. Le nouveau professeur arriva quelques minutes plus tard.
Carlin perdit aussitôt son sourire en le reconnaissant. Pourquoi de tous les
professeurs qui cherchaient du travail, il avait fallu que ce soit cet ignoble individu.
Carlin se souvenait encore très bien des paroles cruelles que cet homme lui
avait balancées en pleine figure. Celui-ci le reconnut aussitôt également et
fit en sorte de le retenir à la fin du cours.
L’homme
se dirigea vers la table du garçon l’observant avec mépris. Il haïssait ce
genre de gamin. Il avait pris un certain plaisir à le rabaisser, il y avait de
cela un an et demie de cela.
- Alors la tapette de service, prends-tu
toujours ton pieds avec un confrère.
Carlin
rangea ses affaires dans son sac très calmement, puis il leva ses yeux noirs
vers le professeur qui recula de quelques pas sous le regard de braise du
garçon. Jamais il n’avait vu des yeux déjà sombres devenir encore plus noir
qu’ils étaient. Une rage à peine contenue faisait trembler le corps de Carlin.
Mais c’est pourtant d’une voix doucereuse qu’il répliqua :
- La tapette de service vous fait dire de
faire très attention à ce que vous dites désormais. Je ne suis plus le garçon
qui se laissait faire sans rechigner. Si vous me cherchez un peu trop, vous
risquez fortement de me trouver.
- Dans ce cas de figure, tu risques de te
faire virer du lycée. Ta mère risque d’être inconsolable.
Le
garçon eut un sourire mauvais et fixa de son regard furieux le professeur qui
n’en menait pas large.
- Essayez pour voir ? Mais je vous
le déconseille. Vous ne savez peut-être pas, mais le rôle d’une tapette est
d’écrasée les insectes nuisibles dans votre genre.
Sur ces paroles, Carlin sortit de la
classe avec soulagement. Ces deux amis l’attendaient quelques pas plus loin.
Ils virent de suite que leur ami était dans un état de fureur. Ils avaient
cours d’E.P.S. et ils espéraient que faire du sport permettrait de le calmer,
mais malheureusement, cela fit empirer l’état de Carlin. Voulant prendre ces
baskets dans son casier, celle-ci ne s’y trouva pas. Le garçon s’était alors
élancer vers l’arrière du bâtiment
scolaire et avait ouvert l’incinérateur. Ces baskets s’y trouvaient. C’était la
cinquième paire depuis la rentrée. Ce fut la goutte d’eau. Carlin fonça à
nouveau à travers tout le lycée pour trouver celui qu’il cherchait. Il le
trouva en compagnie de sa bande et d’un groupe de fille. Ceux-ci étaient
justement entrain de se vanter de leurs âneries.
Marlon le vit arriver mais
n’eut pas le temps d’esquiver le poing d’un Carlin redevenu incontrôlable. Le
jeune homme s’écroula le nez en sang. Les filles poussèrent des cris aigus. Les
amis de Marlon les entourèrent et encouragèrent leur ami à se défendre.
Celui-ci se remit debout et se jeta à son tour sur le garçon qui se défendit
beaucoup mieux qu’ils ne l’avaient imaginé. Jamais ils n’avaient pensé une
seule seconde que Carlin, leur bouc émissaire, savait très bien se battre.
Quand enfin, Akira et Mili arrivèrent sur place et le trouvèrent en califourchon
sur Marlon et le cognait. Celui-ci se protégeait du mieux qu’il pouvait avec
ses mains. Akira ceintura Carlin et l’éloigna de sa victime. Il pouvait sentir
le corps du garçon trembler contre lui. Un professeur arriva sur les lieux et
éloigna les voyeurs. Puis, il ordonna à Akira et à Mili d’emmener les deux
bagarreurs à l’infirmerie pour les soigner. Il se chargerait de prévenir le
proviseur. Les deux ados étaient tout de même soulagés de voir que c’était leur
professeur d’art plastique. C’était le plus sympathique. Carlin s’était
finalement calmé et Akira put le lâcher. Le garçon regardait le sol et ne leva
pas une seule fois la tête. Obéissant aux ordres donnés, les deux jeunes les
emmenèrent donc à l’infirmerie.
Madame
Loutanit soupira en voyant leur visage tuméfié. Elle les gronda et les soigna
sans aucune douceur comme à son habitude. Marlon grogna à tout bout de champs,
alors que Carlin lui ne pipa pas un seul mot ou cri. Elle dut lui changer le
bandage à sa main droite sale du sang de Marlon. Elle tiqua un peu en voyant
les coupures sur son bras et sur la main. Elle ne lui posa aucune question,
mais lui ébouriffa les cheveux. Akira en fut très surpris. Madame Loutanit
n’avait jamais eu un geste doux envers ces patients. Le professeur d’Art plastique
revint et invita Marlon à le joindre. Mili, elle, en avait profité pour trouver
Renko pour lui raconter ce qui venait de se passer. Dès que Marlon fut éloigné,
Madame Loutanit ordonna à Akira de fermer la porte. Ensuite, elle se planta
devant le garçon qui fixait toujours le sol.
- Bon, qu’est-ce qui t’a pris de faire
cette bêtise, Carlin ?
Alors
comme ça, l’infirmière connaissait son ami. De mieux en mieux ! Combien de
personnes son ami connaissait-il dans ce lycée ?
- C’est la faute de ton mari, Lilas.
Avait-il besoin d’engagé ce prof ?
L’infirmière
jeta un coup d’œil vers Akira qui restait bouche bée. Elle grimaça.
- Toi, ne vas pas le crier sur les
toits ! Sinon je te découpe en rondelle, compris ?
Le
jeune homme hocha la tête. Il avait encore du mal à digérer que l’infirmière et
le Proviseur du Lycée étaient marié.
- Tu sais très bien que ce n’est pas lui
qui choisit vos professeurs, sinon tu sais très bien qu’il n’aurait jamais
accepté sa présence dans ce bâtiment. Mais pourquoi avoir cogné ton camarade de
classe !
Carlin
releva la tête et répliqua :
- Parce que j’en ai assez d’acheter des
baskets neufs tous les quatre matins. Ah merde, Lilas. !
L’infirmière
donna un coup sur la tête du garçon qui cria de douleur.
- Reste correct ! Tu as tout de même
de la chance que c’est Simon qui soit venu vous voir et non un autre
professeur. Tu sais que tu risques d’être renvoyer pendant quelques temps du
lycée et que feras-tu pour le concours ?
Carlin
grimaça et tira la langue à l’infirmière qui lui tourna le dos et sortait de la
pièce. Akira tenta tout de même à demander des éclaircissements.
- Carlin ? Comment se fait-il que tu
puisses connaître Madame Loutanit ?
- Lilas est la demie - sœur de Juntsou.
Et c’est également Lilas qui a recueillit chez elle une pauvre jeune fille de
dix sept ans enceinte dont les parents ont jeté dehors après la mort de son
petit – ami. Elle est grognon, mais elle a le cœur sur la main.
- Et comment se fait-il qu’elle appelle
le prof d’art par son prénom ?
- Parce que c’est son fils bien sur.
Akira
porta une main dans ses cheveux châtain. Quelques choses ne tournaient pas rond
dans l’histoire.
- Pourquoi ne portent-ils pas tous le
même nom ?
Carlin
émit un petit rire.
- Lilas ne voulait pas que les élèves
sachent qu’elle était la femme du Proviseur alors elle porte son nom de jeune
fille. Quant à Simon, il porte le nom de son père, le premier mari de Lilas.
Voilà tu sais tout.
Akira
ne put rien dire de plus car la porte s’ouvrit sur Renko et Mili. Le jeune
homme se dirigea vers Carlin.
- Est-ce que ca va ?
Le
garçon hocha la tête en souriant. Sa bonne humeur revint au galop. Il lui
suffisait juste de voir Renko pour que tout redevienne normal.
- Miori ? Que fiches-tu ici au lieu
d’être en cours ?
Le
jeune homme jeta un coup d’œil à l’infirmière qui était revenu accompagné du
professeur d’Art plastique.
- Qu’est-ce que cela peut vous
faire !
- Sale gosse ! Parle autrement
veux-tu !
Renko
haussa les épaules ignorant complètement la bonne femme. Il finit par recevoir
un coup sur la tête. Carlin éclata de rire.
- Tu es aussi insupportable que ton
frère. Carlin, tu dois te rendre au bureau du proviseur.
Carlin : Chapitre 13
Pendant que Carlin se rendait chez le
proviseur, Lilas ordonna aux autres élèves de regagner leur classe respective.
Mili et Akira virent Marlon à sa table faisant une tête de déterrée. Pour une
fois, les deux amis écoutèrent le cours que d’une oreille. Le professeur de
français ne leur en voulut pas connaissant la raison. Carlin revint pour la
deuxième heure de cour. Il s’excusa et regagna sa place. Ces amis durent
attendre la fin des cours pour connaître enfin ce que le proviseur lui avait
dit. Carlin ne voulut rien dire tant qu’il n’était pas sortir et contrairement
à d’habitude, Renko Miori les attendait avec son frère à la sortir du lycée. Le
garçon adressa un sourire ravi en apercevant le grand brun.
- Alors il a fallu que tu t’attires des
ennuis ? Aboya aussitôt Youji.
- Ferme-la Youji, t’es pire qu’un
bouledogue ! répliqua Mili tout en s’approchant pour lier ses doigts aux
siens.
Carlin
et Akira se regardèrent et se firent un clin d’œil complice. Mili et Youji ne
changeraient jamais. Ils aimaient trop se chamailler. Carlin sursauta en
sentant un doigt frôler sa joue gauche. Un bleu se formait. Il leva les yeux
vers son amant.
- On dirait que tu aimes avoir des bleus
au visage. Tu en avais déjà un à ton entrée au lycée.
- C’était un reste de l’accident.
- L’accident ? Quel accident,
demanda aussitôt Akira et Mili en synchro.
Carlin
grimaça. Il avait parlé sans réfléchir. Il soupira. C’était ses amis, il se
devait au moins de leur dire quelques trucs. Il accepta donc de parler mais
dans un autre lieu. Ils décidèrent à l’unanimité de se rendre chez Carlin. Bien
évidemment en arrivant devant l’immeuble, ils rencontrèrent Matt qui rentrait
lui aussi. Il fut amené de force par Akira chez son ami.
En
arrivant chez les Oda, la surprise fut littérale pour tous, sauf peut-être pour
Carlin. Il se doutait bien que cette journée ne serait vraiment pas comme les
autres. A peine, franchisent-ils la porte qu’un cri féminin appela Carlin à
plein poumon avant qu’une jeune fille de leur âge à peu près ne lui saute au
cou et l’embrasse en pleine bouche. Renko en fut trop surpris pour réagir ou
subir une once de jalousie envers cette fille. Il se demandait même pourquoi il
n’en ressentait pas d’ailleurs. Pourtant Carlin ne cherchait pas à éloigner la
fille. Il la serrait contre lui avec plaisir. Finalement, la fille s’écarta et
tous purent apercevoir son ventre rond de quelques mois. Elle ne lâcha pas pour
autant les mains de son camarade. Eryna fit son entrer et invita toute la
compagnie dans le salon. Bien évidemment, la fille s’installa juste à côté de
Carlin et se serrait un peu trop contre lui. Le garçon sentit le regard de Renko
peser sur lui. Il leva les yeux vers ceux d’un vert limpide. Il lui adressa un
simple sourire. Renko comprit à cet instant qu’il ne pourrait et ne devait pas
être jaloux à cause d’une fille et en particulier avec celle-ci.
- Je vous présente Ludmilla Forestier.
C’est une amie.
La
fille aussi blonde que les blés et la peau mat, les salua tous. Elle arrêta
juste un instant de plus son regard sur le visage de Renko avant de reporter
son attention sur Carlin.
- Qu’est-ce que tu fiches ici, Lud ?
- C’est comme ça que tu accueilles la
future mère de ton filleul ?
Carlin
jeta un coup d’œil au ventre de la jeune fille. Elle avait reprit du poids et
semblait en bien meilleur forme que la dernière fois.
- Carlin ? Si tu nous parlais plutôt
de l’accident ? demanda Mili qui mourrait de curiosité. Elle s’aperçut
aussi que l’amie du garçon avait sursauté également.
- Tu ne leur as rien dit de l’accident
Carlin ? Je croyais que c’était tes amis ?
- C’est le cas, mais je ne me sentais pas
le courage d’en parler.
- Pourquoi ? A cause de ces
deux-là ? interrogea Ludmilla en montrant les deux frères.
Carlin
se sentit mal à l’aise.
- Tu nous connais ? bougonna Youji.
- Vous êtes des amis de Ludwig Korvac.
Alors oui, je sais très bien qui vous êtes tous les deux. Je sais aussi que
l’on peut se fier à vous et non pas à ces deux autres abrutis qui...
- Lud ! Silence ! cria Carlin.
La
jeune fille sentit son camarade trembler. Elle se mordit les lèvres. Elle avait
promis qu’elle n’en parlerait pas. Renko s’agenouilla près de son ami et lui
serra les deux mains. Carlin posa sa tête sur son épaule.
- Il faudrait peut-être parler Carlin,
murmura-t-il. Je t’ai promis que je ne te poserais aucune question, mais si tu
veux avancer, il faut parler.
- Mais c’était tes amis, Renko. Si je
parle, tu vas les maudire.
- Mes amis, Carlin ? Le seul ami que
j’avais dans ce groupe, c’était Ludwig avec qui j’ai grandi depuis la
maternelle. C’était mon seul véritable ami. Un ami que j’ai perdu le jour où je
l’ai frappé parce qu’il n’écoutait pas.
Matt
se sentait de trop dans cette maison. Il aimait beaucoup Carlin et sa tristesse
le touchait, mais il se doutait bien qu’il y avait trop de monde autour de lui
pour que le garçon puisse s’exprimer clairement et calmement. Il attrapa le
bras d’Akira et lui chuchota quelques mots dans l’oreille. Le jeune homme hocha
la tête. Il comprenait. Bien qu’il fût le meilleur ami de Carlin, tout comme
Mili, cette histoire ne le concernait pas. Il devait laisser les protagonistes
se débrouiller. Par une certaine pression sur son bras, Akira fit comprendre à
Mili de sortir avec eux. La fille semblait déçue, mais elle était loin d’être
stupide pour comprendre qu’elle gênait. Leur départ ne se fit même pas
remarquer.
Le
photographe les invita chez lui et ordonna à Akira et à Mili d’appeler leurs
parents pour qu’ils ne se fassent pas de souci. Akira mit près d’un quart
d’heure pour convaincre sa mère de rester chez un ami. En début d’année, il lui
avait promis de ne jamais sortir la semaine, mais que le week-end end. Non pas
que ces parents étaient très stricte loin de là, mais plus par nécessité. Il
était chargé de s’occuper de son petit-frère tous les matins car ses parents
étaient déjà partis au travail. Ils avaient plus d’une heure de route chaque
jour pour se rendre à leur boulot. Leur rêve serait la possibilité de déménager
plus près, mais les loyers étaient trop exorbitants et acheter une maison
n’était pas dans leur moyen. Quand finalement, il put rejoindre ces amis dans
la cuisine, il eut la surprise de voir Eryna Oda. Que faisait la mère de son
ami ici ? Celle-ci lui adressa un sourire.
- Merci d’être partie de votre propre
volonté ! Je reconnais que vous êtes de bons amis. Carlin a beaucoup de
chance.
Les
plus jeunes se sentirent rougir. Matt servit à tous un café.
- Youji est resté la bas, s’exclama tout
à coup Mili un peu triste.
Eryna
posa une main sur celle de la jeune fille.
- C’est normal. Il est concerné par cette
histoire avec Ludwig. Je ne connais pas trop l’histoire alors je préfère ne
rien dire à ce sujet. La seule chose que je peux dire, c’est que les frère
Miori et Ludwig ont grandi ensemble depuis la maternelle et qu’ils ont dû faire
pas mal de bêtises ensemble. Ludwig n’avait pas une très bonne réputation et la
plupart des jeunes de leur ancien lycée le détestait cordialement.
- Qu’a-t-il pu bien faire pour être haï
de cette façon ? demanda Akira stupéfait.
Eryna
haussa les épaules. Elle n’en savait rien et son fils ne lui en avait jamais
parlé. Elle savait certaine chose grâce à Ludmilla.
- Cette fille ! Qui est-elle ?
Elle semble être très proche de Carlin.
- Proche ? Oui, on peut dire qu’ils
sont très proches, comme ils l’ont été avec Ludwig sinon je ne vois pas
pourquoi ils auraient été tous les deux dans cette voiture.
- L’accident, c’était quand ?
demanda Matt intrigué.
Eryna
lui jeta un regard. Matt, plus adulte, suivait régulièrement les infos par
rapport au plus jeune.
- Vous devez en avoir entendu parler. Les
infos en ont parlé pendant des jours.
Akira
et Mili se regardèrent en silence. Ils s’en souvenaient maintenant. Trois mois plus tôt, les informations avaient
coupé un film que les deux jeunes regardaient chez le garçon. Mili et Akira
devaient préparer un devoir en histoire et s’étaient réuni chez les Soba. La
mère d’Akira avait insisté pour garder la jeune fille pour la nuit. Dans la
joie d’une bonne soirée, ils s’étaient tous installé devant un bon film.
Malheureusement, il fut interrompu et la joie, c’était transformé en douleur et
en larme. Un orage avait éclaté dans la soirée, un orage comme habituel ni trop
fort, ni trop violent, mais cela lui permit de faire un véritable carnage. Un
éclair avait frappé sur l’autoroute juste devant un camion qui prit par
surprise fit un écart et subit un aquaplaning. Ne pouvant s’arrêter, il dérapa
et embarqua plusieurs voitures à sa suite. L’une d’entre elle avait même
explosé. L’explosion, bien sur entraîna une série en chaîne de carambolage.
Plus de cinquante victime lors de cet accident et dont une dizaine furent tué.
Plus tard dans la semaine, le nombre de victimes en tout fut de quinze morts et
6 blessés grave dont trois se trouvaient dans le coma.
La
gorge nouée, Mili eut du mal à retenir ces larmes. Elle avait beaucoup pleuré
ce soir là. Bien sur, elle ne connaissait personne parmi les victimes, mais
cela aurait très bien put. Rien que d’imaginer cela l’avait profondément
touché.
- Ludwig, Carlin et Ludmilla se
trouvaient dans cet accident là ?
Eryna
hocha la tête. Une larme coula le long de sa joue.
- C’était horrible ! J’ai eu l’impression
de revivre un cauchemar que je croyais très loin. Revoir mon fils dans un lit
d’hôpital et dans le coma, ca m’a rappeler pas mal de mauvais souvenir.
Elle se tut un instant et reprit un peu plus
calmement.
- Le pire dans l’histoire, c’est que les
médecins m’ont dit que Carlin était dans le coma non pas à cause de l’accident,
mais à cause de la drogue injectait par intraveineuse.
- Merde ! s’exclama Akira. Ce n’est
pas possible qui a osé lui faire ca ?
Eryna
lui adressa un chaud sourire. Il se demanda pourquoi.
- Merci de croire en lui, Akira. Les
flics, eux, n’y ont pas cru. Quand finalement, il fut réveillé, il fut
interrogé avec Ludmilla sur cette drogue. Je sais bien qu’il ne les aime pas,
mais tout de même. Il n’a pas dit un seul mot, il leur a dit de se servir de
leur cerveau disproportionné pour trouver les preuves eux-mêmes. Ludmilla n’a
pas été tendre non plus. Depuis cet accident, ils sont liés comme les doigts de
la main.
Renko
s’était redressé et avait pris la place de Carlin avec le garçon sur les
genoux. Celui-ci gardait sa tête au creux de son cou et ne semblait pas vouloir
le quitter. Youji, un peu chamboulé, se rendit compte du départ de leur ami. Il
sentit le regard bleu de la fille sur lui. Il s’installa finalement sur un fauteuil.
Il observa son frère. Il serrait le garçon dans ses bras tout en lui caressant
les cheveux. Il était surpris. Renko n’avait jamais été tendre que ce soit avec
ses amis, son frère ou encore moins avec les filles avec qui il était sorti.
Bien qu’il trouve encore étrange une relation entre même sexe, il devait
reconnaître que Carlin changeait son frère en mieux. Une raison de plus pour
que Renko ne fuit pas sa famille comme il comptait le faire au début. Plus de
raisons pour rester, mieux se serait. Heureusement que leur père avait trouvé
la première, ensuite la petite Lina en deuxième et maintenant Carlin. Youji vit
que la jeune fille au lieu de s’écarter, elle posa sa tête sur l’épaule de son
frère. Celle-ci ne manquait pas de toupet tout de même. Mais contrairement à ce
que Youji pensait, Renko ne l’éloigna pas. Il préféra demander.
- Alors, comment vous vous êtes
rencontrés ?
La
jeune fille caressa son ventre un moment en silence. Finalement ce fut Carlin
qui prit la parole. Ludmilla en fut contente. Son ami se sentait beaucoup
mieux.
- Chez le psy. Un jour, j’y suis allé et
deux autres personnes attendaient pour passer. Il y avait Ludmilla et Ludwig.
- Ah oui, je m’en souviens comme si
c’était hier, gloussa la jeune fille. Pendant toute l’attente de mon passage,
il a fallu que j’endure vos insultes et les coups bas. Bon dieu, qu’est-ce que
tu changes de personnalité dès que tu entres dans un hôpital.
Carlin
se moula un peu plus contre son compagnon. Il détestait les hôpitaux, ce
n’était pas de sa faute.
- Ensuite, on a eu souvent d’autres
rendez-vous les mêmes jours et presque les mêmes heures. On aurait dit que le
psychiatre le faisait exprès.
- Bah ! Vu le sadique que c’était,
il devait l’avoir fait exprès. Mais mal lui en prit. Petit à petit, on s’est
attendu et on partait se promener à travers la ville. On disait des âneries,
mais cela a été les plus beaux moments de ma vie d’ado, s’exclama Ludmilla.
- Pourquoi allez-vous chez le psy ?
interrogea Youji.
- Moi à cause de ma liaison avec mon prof
de français, répondit Carlin, la tête toujours caché dans le cou de Renko.
- Ah oui, ce fameux prof. Il était à
tomber par terre ce mec. C’est sure que tu n’avais pas choisi le plus laid.
D’ailleurs, c’est honteux, les profs aussi séduisants ne devraient même pas
exister. Tu t’étonnes après si les élèves deviennent des chauds lapins.
- Ludmilla ! s’écria Carlin rouge
comme une pivoine.
Renko
et Youji éclatèrent de rire de l’embarras du garçon. Celui-ci jeta un regard
noir à Ludmilla qui gloussa.

