Carlin : Chapitre 31
La nuit venait de tomber quand Carlin
reprit connaissance. Il se sentait très nauséeux. Il se redressa avec
difficulté à cause de ses poignets liés et regarda autour de lui. Il se
trouvait dans un hangar à l’abandon. L’endroit n’était pas très grand et
sentait le moisie. Les fenêtres positionnées partout en hauteur étaient
pratiquement tous cassés. La grande porte était grande ouverte et il apercevait
l’ombre d’un homme de taille moyen. Un frisson glacial traversa le corps
courbaturé du garçon. Il n’avait pas besoin de voir qui se trouvait à l’entrée,
il le savait, Oscar Aduscar, son géniteur.
Le
froid de janvier traversa le hangar pour caresser de sa morsure le corps du
garçon. Il se mit à trembler. Son père lui avait confisqué son manteau et ses
chaussures afin qu’il n’essaye plus de s’échapper comme il avait déjà tenté de
le faire.
Carlin
revenait du lycée seul pour une fois car Renko devait se rendre au garage où un
problème était survenu. C’était la seul chose que se souvenait Carlin. Quand il
s’était réveillé, il se trouvait à l’arrière d’une voiture. En apercevant dans
le rétro, un regard noir comme le sien, le garçon avait senti une peur
effroyable l’envahir. Sans réfléchir, il avait sauté de la voiture en marche.
Il
avait roulé dans l’herbe qui avait un peu amorti sa chute. Il s’était relevé
rapidement en grimaçant. En chavirant, il s’était tordu la cheville. Mais c’est
en serrant les dents qu’il s’était mis à courir droit devant lui. Il ne savait
pas du tout où il se trouvait mais pour le moment la seule chose qu’il avait
voulu, c’était d’avoir le plus d’espace avec son poursuivant. Il courait depuis
un moment dans l’herbe quand soudain, le terrain avait changé. Il s’était pris
le pied et s’était écroulé en plein milieu d’une voie ferrée. Il avait eu du
mal à reprendre ses esprits, mais un son aigu, l’avait fait réagir à la
quatrième vitesse. Un train arrivé, un TGV, qui plus est !
Il s’était éjecté de l’autre
côté au risque de se retrouver devant un autre, mais il eut de la chance. Un
autre son l’avait fait réagir plus vite. Un son qui ne ressemblait pas du tout
au klaxon du train, mais plus à un coup de feu. D’ailleurs, la balle lui avait
frôlé le bras droit. Il avait replongé dans les hautes herbes et s’était remis
à courir le plus vite qu’il le pouvait. Mais bien que la blessure à son bras ne
fût pas si grave, il avait perdu tout de même du sang. Son esprit s’était
embrumé et son père avait réussi à le rattraper.
Maintenant la seule chose que
se souvenait encore Carlin, c’était les coups violents que son père lui avait
flaqué avant qu’il ne perde connaissance. Les jambes un peu flageolante, Carlin
parvint à se mettre debout. Il était hors de question qu’il reste à ne rien
faire. Il savait que son père voulait le tuer mais ce qu’il ne comprenait pas,
c’était pourquoi il ne l’avait pas encore fait.
Son bras droit lui faisait
mal et sa cheville également. Il s’appuya contre le mur pour calmer son
malaise. Il jeta à nouveau un regard autour de lui et aperçut sur sa droite une
sortie. Il ne savait pas du tout où celle-ci menait mais il s’en fichait. Il
voulait s’enfuir. Il commença à marcher le plus doucement possible afin de ne
faire aucun bruit. Il jetait quelques fois un regard vers l’entrée. Cet homme,
son géniteur semblait être au téléphone et furieux. Aduscar tourna son regard
vers lui et il eut un sourire mauvais.
Carlin sentit une sueur
froide l’envahir. Son père se rapprochait à nouveau. Il tenait toujours le
téléphone à son oreille et parlait à l’intermédiaire avec un sourire de joie
morbide. Le garçon regarda la sortie un peu plus loin. Ces yeux le faisaient
souffrir. Il voulait pleurer, mais ses yeux étaient secs. Son cerveau était
trop embrumé pour comprendre vraiment à qui Aduscar parlait, mais il comprenait
très bien qu’il allait se trouver à la merci du diable.
Aduscar ricana en voyant la
peur traverser le regard de son fils. Il eut un sourire mauvais. Carlin se mit
à crier quand il reçut un poing en pleine figure. Le garçon perdit l’équilibre
et tomba lourdement sur le sol, sur son bras blessé. Il ne put s’empêcher de
hurler sous la douleur.
- Tu l’entends chanter, Eryna ? Si
tu veux que j’arrête alors fait ce que j’ai demandé.
Aduscar
ne dut pas aimer la réponse car il donna deux coups de pied au corps couché à
ces pieds. Carlin hurla à nouveau. Il commençait à avoir un peu de mal à
respirer. Qu’est ce qu’il devait faire ? Une chose, tout de même, était un
peu bénéfique, c’était que les coups lui avaient permis de reprendre ses
esprits. Il comprenait maintenant à qui son père discutait. Vu ce qu’il entendait,
il savait maintenant pourquoi son père ne l’avait pas encore tué.
Oscar
Aduscar voulait récolter l’argent de son fils, l’argent de la vente des
tableaux. Il faisait tout cela juste pour de l’argent. C’était si
pathétique ! Carlin se mit à rire, d’un rire sans joie. Aduscar le souleva
en lui tirant les cheveux et l’éjecta contre le mur. Le garçon grimaça, mais ne
crie pas.
Carlin
perdait pied. Il le sentait. Il redressa la tête et observa son père avec les
mêmes yeux noirs, d’un noir profond. Aduscar recula sur le coup. Il était
surprit. Il sentait un changement dans son fils, mais il ne savait pas quoi. Il
se reprit et sortit le revolver. Il le pointait sur le garçon afin qu’il ne
bouge pas. Mais Carlin ne faisait aucun geste. Il observait son père avec un
sourire vague.
- Fais ce que je dis, Eryna. Tu pourras
le revoir ensuite.
Il
écouta son ex-femme en grognant. Puis, tout à coup, Carlin se mit à parler
d’une voix assez forte comme s’il voulait que les personnes au bout du fil
l’entendent.
- Elle ne pourra rien faire. Tu es
tellement stupide. Tu aurais dû te renseigner mieux que cela, mais vu que ton
cerveau ne vaut pas grand-chose !
- La ferme petite merde !
Aduscar
frappa violemment le garçon avec la
crosse de l’arme. Celui-ci manqua de chavirer, mais parvint à rester debout. Il
n’avait sorti aucune plainte. Du sang coulait le long de sa tempe. Carlin
reprit la parole à nouveau.
- Tu veux que je te dise un truc ?
Tu te trompes de personne. Il ne fallait pas appeler maman, mais Daisuke. Tu te
souviens de Daisuke ?
- Cette pédale est toujours en vie ?
J’aurais mieux fait de le tuer à l’époque.
- Ouais, mais t’es qu’un
trouillard ! Tu ne sais que te battre avec les personnes qui te sont
inférieurs. Daisuke lui, il te faisait peur, pas vrai ? Il est si grand et
si musclé ! Alors que toi, tu n’es rien qu’une merde !
Aduscar
hurla de rage et frappa de nouveau le garçon qui au lieu de crier de douleur,
riait de folie. Quand il s’arrêta, Carlin se trouvait à genoux et cherchait à
nouveau sa respiration. Les larmes avaient fini par couler. Il jeta un coup
d’œil vers son père. Celui-ci s’était à nouveau éloigné vers la grande entrée.
Il hurlait au téléphone.
Carlin
se redressa comme il put. Il avait mal partout. Debout, il chancela un peu,
mais parvint à garder son équilibre. Il devait réussir, c’était sa dernière
chance. Si son père apprenait que Daisuke n’était pas dans les parages, il
entrerait dans une colère qui pourrait sceller son destin à jamais. Il ne
voulait pas mourir. Il voulait revoir sa mère, Axel, Renko et tous les autres.
Il voulait pouvoir de nouveau faire la fête avec eux. Il voulait serrer le
petit Ludwig dans ces bras. Il voulait faire tant de chose encore.
Carlin
serra les dents et se dirigea vers cette petite sortie le plus vite qu’il le
put. Son père parlait toujours au téléphone et c’était tant mieux. Finalement,
il y parvint, mais sa joie fut de courte durée. C’était juste une petite pièce
avec un escalier qui amenait sur le toit. Une plainte s’échappa de sa gorge et
des larmes inondèrent ces joues.
Mais sans perdre courage, il
commença à monter les marches. Il devait gagner du temps car au loin, pas si
loin de là d’ailleurs, il les entendait arriver. Son père était vraiment un
idiot de première. Il restait tellement longtemps au téléphone avec Eryna,
qu’il s’était tout simplement fait repéré par la police.
Il arrivait sur le toit quand
il entendit l’exclamation d’Aduscar qui ne le retrouvait pas. La panique
commençait à gagner Carlin. Il regarda autour de lui, mais il n’y avait pas vraiment
de cachette. En boitillant, il se dirigea vers la gauche où il entendait du
bruit vers le bas. Il y vit des voitures de police et des gens qui
couraient vers le hangar. Sentant le
vide l’attirait, Carlin se recula de peur.
Il entendit des coups de feu
sous lui. Il se tourna vers la porte d’où il venait. Est-ce que c’était
fini ? Mais cela aurait été trop beau. Aduscar fit son apparition et fonça
droit sur son fils pour s’en servir comme gilet par balle. Le garçon n’en
pouvait plus. Il se sentait de plus en plus faible et sa vue se brouillait.
Des policiers arrivèrent
également sur le toit en compagnie d’une femme. Ils tenaient en joue Aduscar,
mais ne pouvaient rien faire à cause de l’otage. La femme parlait à Aduscar et essayait de le convaincre de se
rendre sans problème.
Carlin se secoua un peu.
Cette voix ? Il semblait l’avoir déjà entendu quelques mois plus tôt. Il
ouvrit péniblement les yeux et jeta un œil vers la femme. Cette femme, un peu
ronde, brune tout comme sa peau. Il se souvenait d’elle. Elle avait remis ces
collègues en place quand ceux-ci accusaient à tort le garçon en rapport avec la
drogue que Gustav et Liam lui avaient injecté.
- Aduscar, écoutez-moi, relâchez le
garçon et rendez-vous sans faire d’histoire !
- Ferme-là femelle ! De quel droit
me parles-tu de cette façon ?
Aduscar
pointa son arme vers la femme qui se tendit. Celui-ci eut un ricanement.
- Viens ma poulette ! Viens prendre
sa place si tu l’oses.
La
femme se redressa bien droite, déposa son arme à feu sur le sol et se rapprocha
vers Aduscar contre l’avis de ces collègues. Mais bien avant qu’elle ne
l’atteigne, le garçon réagit sans que personne n’ait pu le deviner. Il parvint
à se détacher de son père et se mit devant la femme. Son père, en rage, pointa
son arme vers son fils. Les policiers, à l’arrière, enrageait car Carlin se
trouvait dans leur champs de vision.
- Bouge-toi mon garçon, s’écria
l’inspectrice.
Mais
Carlin ne l’écoutait pas. Il observait son père dont la main tremblait. Le
regard de son fils avait repris la même couleur que quelques heures plus tôt.
Ils avaient pris la teinte du plus profond des puits, ce que l’on disait sans
fond. Pourquoi tremblait-il devant ce garçon ? Il l’avait toujours su que
son fils était un monstre et son devoir était de l’achever ! Il arma son
revolver et tira.
Il
eut un hurlement, mais ce n’était pas le cri du gamin. Aduscar hurlait de rage.
Il tirait, tirait sur son maudit fils, mais rien ne se produisait.
Pourquoi ? Avait-il raison en disant qu’il était le diable en personne ?
Ce devait être ça !
Aduscar
recula effrayer. Il sentait la peur l’envahir. Il avait froid dans tout le
corps. Son fils se trouvait toujours devant lui et souriait les yeux froids. Il
continuait de reculer sans faire attention où il allait.
- C’est un monstre ! Un
monstre ! J’ai engendré un monstre !
Les
policiers se rendirent afin compte qu’Aduscar ne représentait plus aucun danger
et ils foncèrent sur lui pendant que l’inspectrice rattrapait le garçon qui
s’écroulait dans ces bras. Aduscar les vit et en hurlant, se retourna pour
fuir, mais il n’y avait plus d’endroit pour s’échapper car il ne rencontra que
le vide sous ses pieds. Dans un hurlement presque inhumain, Oscar Aduscar chuta
du toit et se planta le corps contre une tige rouillée.
Carlin : Chapitre 31
Chapitre 31
La nuit venait de tomber quand Carlin reprit
connaissance. Il se sentait très nauséeux. Il se redressa avec difficulté à
cause de ses poignets liés et regarda autour de lui. Il se trouvait dans un
hangar à l’abandon. L’endroit n’était pas très grand et sentait le moisie. Les
fenêtres positionnées partout en hauteur étaient pratiquement tous cassés. La
grande porte était grande ouverte et il apercevait l’ombre d’un homme de taille
moyen. Un frisson glacial traversa le corps courbaturé du garçon. Il n’avait
pas besoin de voir qui se trouvait à l’entrée, il le savait, Oscar Aduscar, son
géniteur.
Le froid de janvier traversa le hangar pour caresser de
sa morsure le corps du garçon. Il se mit à trembler. Son père lui avait
confisqué son manteau et ses chaussures afin qu’il n’essaye plus de s’échapper
comme il avait déjà tenté de le faire.
Carlin revenait du lycée seul pour une fois car Renko
devait se rendre au garage où un problème était survenu. C’était la seul chose
que se souvenait Carlin. Quand il s’était réveillé, il se trouvait à l’arrière
d’une voiture. En apercevant dans le rétro, un regard noir comme le sien, le
garçon avait senti une peur effroyable l’envahir. Sans réfléchir, il avait
sauté de la voiture en marche.
Il avait roulé dans l’herbe qui avait un peu amorti sa
chute. Il s’était relevé rapidement en grimaçant. En chavirant, il s’était
tordu la cheville. Mais c’est en serrant les dents qu’il s’était mis à courir
droit devant lui. Il ne savait pas du tout où il se trouvait mais pour le
moment la seule chose qu’il avait voulu, c’était d’avoir le plus d’espace avec
son poursuivant. Il courait depuis un moment dans l’herbe quand soudain, le
terrain avait changé. Il s’était pris le pied et s’était écroulé en plein
milieu d’une voie ferrée. Il avait eu du mal à reprendre ses esprits, mais un
son aigu, l’avait fait réagir à la quatrième vitesse. Un train arrivé, un TGV,
qui plus est !
Il s’était
éjecté de l’autre côté au risque de se retrouver devant un autre, mais il eut
de la chance. Un autre son l’avait fait réagir plus vite. Un son qui ne
ressemblait pas du tout au klaxon du train, mais plus à un coup de feu.
D’ailleurs, la balle lui avait frôlé le bras droit. Il avait replongé dans les
hautes herbes et s’était remis à courir le plus vite qu’il le pouvait. Mais
bien que la blessure à son bras ne fût pas si grave, il avait perdu tout de
même du sang. Son esprit s’était embrumé et son père avait réussi à le
rattraper.
Maintenant la
seule chose que se souvenait encore Carlin, c’était les coups violents que son
père lui avait flaqué avant qu’il ne perde connaissance. Les jambes un peu
flageolante, Carlin parvint à se mettre debout. Il était hors de question qu’il
reste à ne rien faire. Il savait que son père voulait le tuer mais ce qu’il ne
comprenait pas, c’était pourquoi il ne l’avait pas encore fait.
Son bras droit
lui faisait mal et sa cheville également. Il s’appuya contre le mur pour calmer
son malaise. Il jeta à nouveau un regard autour de lui et aperçut sur sa droite
une sortie. Il ne savait pas du tout où celle-ci menait mais il s’en fichait.
Il voulait s’enfuir. Il commença à marcher le plus doucement possible afin de
ne faire aucun bruit. Il jetait quelques fois un regard vers l’entrée. Cet
homme, son géniteur semblait être au téléphone et furieux. Aduscar tourna son
regard vers lui et il eut un sourire mauvais.
Carlin sentit
une sueur froide l’envahir. Son père se rapprochait à nouveau. Il tenait
toujours le téléphone à son oreille et parlait à l’intermédiaire avec un
sourire de joie morbide. Le garçon regarda la sortie un peu plus loin. Ces yeux
le faisaient souffrir. Il voulait pleurer, mais ses yeux étaient secs. Son
cerveau était trop embrumé pour comprendre vraiment à qui Aduscar parlait, mais
il comprenait très bien qu’il allait se trouver à la merci du diable.
Aduscar ricana
en voyant la peur traverser le regard de son fils. Il eut un sourire mauvais.
Carlin se mit à crier quand il reçut un poing en pleine figure. Le garçon
perdit l’équilibre et tomba lourdement sur le sol, sur son bras blessé. Il ne
put s’empêcher de hurler sous la douleur.
- Tu l’entends chanter,
Eryna ? Si tu veux que j’arrête alors fait ce que j’ai demandé.
Aduscar ne dut pas aimer la réponse car il donna deux
coups de pied au corps couché à ces pieds. Carlin hurla à nouveau. Il
commençait à avoir un peu de mal à respirer. Qu’est ce qu’il devait
faire ? Une chose, tout de même, était un peu bénéfique, c’était que les
coups lui avaient permis de reprendre ses esprits. Il comprenait maintenant à
qui son père discutait. Vu ce qu’il entendait, il savait maintenant pourquoi
son père ne l’avait pas encore tué.
Oscar Aduscar voulait récolter l’argent de son fils,
l’argent de la vente des tableaux. Il faisait tout cela juste pour de l’argent.
C’était si pathétique ! Carlin se mit à rire, d’un rire sans joie. Aduscar
le souleva en lui tirant les cheveux et l’éjecta contre le mur. Le garçon
grimaça, mais ne crie pas.
Carlin perdait pied. Il le sentait. Il redressa la tête
et observa son père avec les mêmes yeux noirs, d’un noir profond. Aduscar recula
sur le coup. Il était surprit. Il sentait un changement dans son fils, mais il
ne savait pas quoi. Il se reprit et sortit le revolver. Il le pointait sur le
garçon afin qu’il ne bouge pas. Mais Carlin ne faisait aucun geste. Il
observait son père avec un sourire vague.
- Fais ce que je dis,
Eryna. Tu pourras le revoir ensuite.
Il écouta son ex-femme en grognant. Puis, tout à coup,
Carlin se mit à parler d’une voix assez forte comme s’il voulait que les
personnes au bout du fil l’entendent.
- Elle ne pourra rien
faire. Tu es tellement stupide. Tu aurais dû te renseigner mieux que cela, mais
vu que ton cerveau ne vaut pas grand-chose !
- La ferme petite
merde !
Aduscar frappa violemment le garçon avec la crosse de l’arme. Celui-ci manqua de chavirer, mais
parvint à rester debout. Il n’avait sorti aucune plainte. Du sang coulait le
long de sa tempe. Carlin reprit la parole à nouveau.
- Tu veux que je te dise
un truc ? Tu te trompes de personne. Il ne fallait pas appeler maman, mais
Daisuke. Tu te souviens de Daisuke ?
- Cette pédale est
toujours en vie ? J’aurais mieux fait de le tuer à l’époque.
- Ouais, mais t’es qu’un
trouillard ! Tu ne sais que te battre avec les personnes qui te sont
inférieurs. Daisuke lui, il te faisait peur, pas vrai ? Il est si grand et
si musclé ! Alors que toi, tu n’es rien qu’une merde !
Aduscar hurla de rage et frappa de nouveau le garçon qui
au lieu de crier de douleur, riait de folie. Quand il s’arrêta, Carlin se
trouvait à genoux et cherchait à nouveau sa respiration. Les larmes avaient
fini par couler. Il jeta un coup d’œil vers son père. Celui-ci s’était à
nouveau éloigné vers la grande entrée. Il hurlait au téléphone.
Carlin se redressa comme il put. Il avait mal partout.
Debout, il chancela un peu, mais parvint à garder son équilibre. Il devait
réussir, c’était sa dernière chance. Si son père apprenait que Daisuke n’était
pas dans les parages, il entrerait dans une colère qui pourrait sceller son
destin à jamais. Il ne voulait pas mourir. Il voulait revoir sa mère, Axel,
Renko et tous les autres. Il voulait pouvoir de nouveau faire la fête avec eux.
Il voulait serrer le petit Ludwig dans ces bras. Il voulait faire tant de chose
encore.
Carlin serra les dents et se dirigea vers cette petite
sortie le plus vite qu’il le put. Son père parlait toujours au téléphone et
c’était tant mieux. Finalement, il y parvint, mais sa joie fut de courte durée.
C’était juste une petite pièce avec un escalier qui amenait sur le toit. Une
plainte s’échappa de sa gorge et des larmes inondèrent ces joues.
Mais sans
perdre courage, il commença à monter les marches. Il devait gagner du temps car
au loin, pas si loin de là d’ailleurs, il les entendait arriver. Son père était
vraiment un idiot de première. Il restait tellement longtemps au téléphone avec
Eryna, qu’il s’était tout simplement fait repéré par la police.
Il arrivait
sur le toit quand il entendit l’exclamation d’Aduscar qui ne le retrouvait pas.
La panique commençait à gagner Carlin. Il regarda autour de lui, mais il n’y
avait pas vraiment de cachette. En boitillant, il se dirigea vers la gauche où
il entendait du bruit vers le bas. Il y vit des voitures de police et des gens
qui couraient vers le hangar. Sentant le
vide l’attirait, Carlin se recula de peur.
Il entendit
des coups de feu sous lui. Il se tourna vers la porte d’où il venait. Est-ce
que c’était fini ? Mais cela aurait été trop beau. Aduscar fit son
apparition et fonça droit sur son fils pour s’en servir comme gilet par balle.
Le garçon n’en pouvait plus. Il se sentait de plus en plus faible et sa vue se
brouillait.
Des policiers
arrivèrent également sur le toit en compagnie d’une femme. Ils tenaient en joue
Aduscar, mais ne pouvaient rien faire à cause de l’otage. La femme parlait à Aduscar et essayait de le convaincre de se
rendre sans problème.
Carlin se
secoua un peu. Cette voix ? Il semblait l’avoir déjà entendu quelques mois
plus tôt. Il ouvrit péniblement les yeux et jeta un œil vers la femme. Cette
femme, un peu ronde, brune tout comme sa peau. Il se souvenait d’elle. Elle
avait remis ces collègues en place quand ceux-ci accusaient à tort le garçon en
rapport avec la drogue que Gustav et Liam lui avaient injecté.
- Aduscar, écoutez-moi,
relâchez le garçon et rendez-vous sans faire d’histoire !
- Ferme-là femelle !
De quel droit me parles-tu de cette façon ?
Aduscar pointa son arme vers la femme qui se tendit.
Celui-ci eut un ricanement.
- Viens ma poulette !
Viens prendre sa place si tu l’oses.
La femme se redressa bien droite, déposa son arme à feu
sur le sol et se rapprocha vers Aduscar contre l’avis de ces collègues. Mais
bien avant qu’elle ne l’atteigne, le garçon réagit sans que personne n’ait pu
le deviner. Il parvint à se détacher de son père et se mit devant la femme. Son
père, en rage, pointa son arme vers son fils. Les policiers, à l’arrière,
enrageait car Carlin se trouvait dans leur champs de vision.
- Bouge-toi mon garçon,
s’écria l’inspectrice.
Mais Carlin ne l’écoutait pas. Il observait son père dont
la main tremblait. Le regard de son fils avait repris la même couleur que
quelques heures plus tôt. Ils avaient pris la teinte du plus profond des puits,
ce que l’on disait sans fond. Pourquoi tremblait-il devant ce garçon ? Il
l’avait toujours su que son fils était un monstre et son devoir était de l’achever !
Il arma son revolver et tira.
Il eut un hurlement, mais ce n’était pas le cri du gamin.
Aduscar hurlait de rage. Il tirait, tirait sur son maudit fils, mais rien ne se
produisait. Pourquoi ? Avait-il raison en disant qu’il était le diable en
personne ? Ce devait être ça !
Aduscar recula effrayer. Il sentait la peur l’envahir. Il
avait froid dans tout le corps. Son fils se trouvait toujours devant lui et
souriait les yeux froids. Il continuait de reculer sans faire attention où il
allait.
- C’est un monstre !
Un monstre ! J’ai engendré un monstre !
Les policiers se rendirent afin compte qu’Aduscar ne
représentait plus aucun danger et ils foncèrent sur lui pendant que
l’inspectrice rattrapait le garçon qui s’écroulait dans ces bras. Aduscar les
vit et en hurlant, se retourna pour fuir, mais il n’y avait plus d’endroit pour
s’échapper car il ne rencontra que le vide sous ses pieds. Dans un hurlement
presque inhumain, Oscar Aduscar chuta du toit et se planta le corps contre une
tige rouillée.
Carlin : Epilogue
C’était un samedi après midi de printemps
ensoleillé, le jardin avait été nettoyé, des tables, des bancs et un énorme
barbecue avaient été dressé sous la véranda de la grande maison des Dubois. Un
an après la mort d’Oscar Aduscar, Axel et Eryna s’étaient mariés sous un
magnifique soleil de plomb. Maintenant quatre ans venaient de passés et tous
les invités s’apprêtaient à fêter l’anniversaire de leur mascotte.
Toutes
les familles étaient présentes, Miori, Soba, Cauthon, Davenport, Martin,
Moreau, Loutanit, Lagardère, Forestier, Fumiya, Oda, Dubois et bien d’autres
encore. Ils étaient là pour une seule et unique personne. Une personne pour qui
ils avaient eu peur de perdre à jamais, peur de n’avoir plus la chance d’avoir
son sourire et sa joie vivre.
Mais Carlin avait réussi à
tout surmonter. Il avait réussi à échapper une fois encore à la mort pourtant
si proche. Il avait dû se faire de nouveau opérer pour cause d’hémorragie
interne. Les médecins l’avaient sauvé. Il avait replongé dans le coma pendant
trois jours où sa mère ne l’avait pas quitté, lui tenant la main, ainsi que
Renko qui le veillait. D’ailleurs, il fut la première personne que Carlin vit à
son réveil.
Maintenant,
il se trouvait entourer de ses amis et de sa famille. De la violence d’Aduscar,
Carlin boiterait à vie de la jambe gauche et devrait porter des lunettes à
cause du coup reçu à la tempe. Le coefficient de son œil gauche avait chuté et
pour corriger il devait donc porter de lunettes correctrices afin de ne pas
fatiguer l’œil valide. Le garçon avait grimacé la première fois où il les avait
mis, mais maintenant, il les aimait bien, vu que son Renko affirmait qu’il
était beaucoup plus sexy avec.
Renko était tout même entré à
l’université pendant trois ans afin d’avoir au moins un diplôme, ensuite il
avait repris à son nom le garage de Bradly qui avait pris sa retraite bien
qu’il venait chaque jour au garage qui s’était depuis bien agrandi. Il avait
également demandé à son nouvel ami Nicolaï de venir l’aider au garage.
Youji Miori faisait toujours
ses études à l’université en compagnie d’Akira qui l’avait rejoint. Il
travaillait aussi auprès de son père qui lui montrait la marche à suivre dans
une immense entreprise. Son père lui conseilla d’ailleurs de se prendre un
compère pour travailler et le jeune homme ne chercha pas très loin. Il demanda
à Akira de devenir son bras droit.
Celui-ci se trouvait toujours
en compagnie de Matt qui avait un tel succès comme photographe qu’il devait des
fois se rendre à l’étranger.
Mili, la fiancée attitrée de Youji, vue la
jolie bague de diamant à son doigt, faisait des études de médecine. Elle
voulait devenir médecin mais ne savait pas encore trop dans quelle branche.
Mira était entré dans une
école des beaux arts à la capitale. Elle était revenue pour Carlin.
Ludmilla, toujours folle et
pimpante, avait fini par se rendre compte finalement que Simon valait le coup
de retomber amoureuse. Mais elle ne voulait rien entendre question mariage. Son
fils Ludwig Carlin Junior se portait à merveille et était sa joie de vivre. Il
adorait Simon et ne s’était pas gêné à l’appeler « papa » dès qu’il
sut parler.
Deux ans plus tôt, Axel eut
la garde définitive d’Amélie et d’Alexandre. La mère ne pouvant plus les
supporter, les avaient envoyé chez leur père et n’avaient plus donné vie
depuis. Puis quelques mois plus tard,
Eryna adopta une petite fille de trois ans, d’origine vietnamienne dont la mère
était décédée dans un accident de la route.
Carlin, quant à lui, passa
l’examen de la petite enfance et travaillait à mi-temps à la crèche de Madame
Rose. Avec son compagnon, il avait acheté une maison afin de créer un lieu pour
accueillir des enfants maltraités. Il eut l’aide de Basil Moreau et de sa femme
pour tout mettre en marche. Il décida par la même occasion de continuer ses
études par correspondance. Bien sur, il donnait toujours ces tableaux à Juntsou
afin de les vendre au plus offrant. Cet argent, une bonne partie, partait à une
œuvre caritative.
Un silence se fit sous la
véranda. Eryna et Axel transportait un énorme gâteau et le posa sur une des
tables qui avait été nettoyé. Tout le monde se réunit du mieux qu’il pouvait
autour et attendit que la vedette du moment veuille bien s’approcher. Axel en
profita pour allumer toutes les bougies au totale 21 en tout.
Bien sur fait exprès, Carlin
se fit attendre bien évidemment. Finalement, ces amis l’appelèrent à grand cri.
Celui-ci finit par arriver en riant tenant la main de son Renko, toujours
inséparable. Il se positionna devant l’énorme gâteau en souriant. Il était
heureux comme jamais il ne l’avait été. Tous ces amis étaient présent et cela
n’avait pas été une mince affaire de tous les faire venir.
- Je voudrais tous vous remercier d’être
venu. Cela me fait chaud au cœur de voir que malgré les années qui passent vous
êtes toujours présents.
Il
eut un véritable brouhaha de voix autour de lui. Tous voulaient lui dire à quel
point eut aussi, ils étaient heureux d’être présents. Carlin observa à nouveau
son gâteau et se mordit les lèvres.
- Renkooooooo ! Fais quelque chose,
il nous refait le coup du timide, s’exclama Akira et Mili d’une même voix.
Tout
le monde se mit à rire. Renko secoua la tête. Pour cela son ami n’avait pas le
moins du monde changeait. Il changeait de personnalité à tout bout de champs,
mais il ne s’en lasserait jamais pour autant. Il entoura la taille de son homme
et le serra contre lui. Il lui chuchota.
- Dépêche-toi de souffler les bougies
sinon tu risques dans subir les conséquences.
Carlin
lui jeta un coup d’œil de coin. Il comprit au regard vert amusé.
- Tu n’oseras pas ? Ce serait du
gâchis !
- Alors décide-toi !
Le
jeune homme se mit à rire et finit par obéir. Il les souffla tous en une seule
fois. D’une seule voix, tout le monde se mit à chanter joyeux anniversaire.
Ensuite, il se mit en devoir de servir tout le monde. Quand finalement, il put
prendre sa part, il rejoignit ses amis un peu plus loin. Ils discutaient
joyeusement, entouré des plus jeunes qui leur tournaient autour. Il
lança :
- Bon, c’est pour quand le mariage
Mili !
La
jeune fille lui sauta au cou et l’embrassa sur la joue.
- Pas tout de suite ! C’est encore
trop tôt.
- Trop tôt ! C’est vous qui dites
ça ! Moi, je veux faire la fête.
- Qu’est ce que tu fais aujourd’hui à ton
avis, Carlin ?
Le
garçon se tourna vers son compagnon et lui sourit. Il fit semblant de réfléchir
et s’exclama d’un coup :
- Ah mais oui ! Je suis bête, je
fais la fête aujourd’hui !
Renko
se pencha et lui posa un baiser le nez.
- Tu peux être bête des fois.
- Bête ? Moi ?
Carlin
leva son doigt devant lui et le menaça.
- Tu n’aurais pas dû me chercher. Tu vas
le regretter.
Renko
le regarda surpris et sans prévenir, il reçut un morceau de tarte en pleine
figure. Un éclat de rire retentit. Sereinement, Renko retira une partie de la
crème en souriant. Carlin sentant le danger, s’éclipsa suivit bientôt de son
ami. Mili secoua la tête et les regarda se pourchasser. Elle se tourna vers les
autres qui riaient.
- Je crois qu’on ne le changera pas
celui-là !
- Pourquoi veux-tu qu’il change ? Si
tu fais cela, il risque d’être pire que celui qu’on a. s’exclama Akira.
- Moi, je veux garder mon Carlin tel
qu’il l’est. Il est très bien comme cela, répliqua Renko qui revenait tenant
son compagnon dans les bras couvert de crème tous deux, mais sans fichant
royalement. Il continua :
- Il est chiant au possible, exubérant,
casse pied, manipulateur sur les bords, tentateur, timide, fatiguant, je dirais
même usant, légèrement narcissique, etc.…
- Waouh ! J’ai toutes les qualités
de l’être parfait !
Carlin
se baissa et attrapa un jeune garçon de quatre ans dans ses bras et lui
demanda :
- Ce n’est pas vrai, mon Lud ?
- Si, c’est une évidence, parrain !
Un
éclat de rire général retentit. Après tout, la vérité sort toujours de la
bouche des enfants, non ?
Fin
Une nouvelle vie : chapitre 06
Le
repas se passa dans la meilleure ambiance. Ludwig qui avait hérité du caractère
boute-en-train de sa mère fit son possible pour ennuyer sa sœur et Maeva. Les
filles en eurent tellement marre qu’elles lui jetèrent toutes ce qu’elles
avaient à porter de main. Reï les observait halluciner. Les adultes les
laissaient faire. Ils discutaient dans leur coin enfin jusqu’à qu’un morceau de
pain vint frapper la tête de Carlin. Celui-ci, ni une ni deux ramassa le pain
et le renvoya au balanceur sans rater sa cible évidemment.
Ce fut finalement une vraie bataille
qui se passa à table. Reï ne savait pas vraiment où se mettre. Il se souvenait,
la seule fois où son frère et lui s’étaient amusés avec la nourriture, leur
mère leur avait refilé une raclée mémorable. Après cela, ils n’avaient plus
osé. Mais là, ils s’amusaient comme des fous et même le petit Luce s’y mettait.
Le seul à ne pas être dans la bataille avec lui était le grand brun. Il
regardait la troupe avec un regard fataliste. Il aperçut le regard troublé du
blond et lui adressa un sourire.
Renko se leva et invita le nouveau à en
faire pareil. Après un dernier regard à la troupe en délire, Reï s’échappa à
son tour. Il rejoignit l’adulte dans la cuisine. Apparemment c’était l’endroit
préféré du brun. L’homme l’invita à s’asseoir au comptoir et peu de temps
après, il se trouva avec une tasse de café devant le nez. Le jeune blond devait
s’avouer qu’il avait un faible pour le café, car celui de l’hôpital étant infect,
il avait imaginé ne plus pouvoir en boire. Il prit donc plaisir de le
déguster. Il releva la tête quand un
petit rire retentit.
-
C’est agréable de voir que quelqu’un apprécie mon café.
Reï se sentit rougir sans savoir pourquoi.
-
Cela fait très longtemps que je n’en ai pas bu. Il est très bon.
-
Ça fait plaisir à entendre. N’hésite pas à en boire autant que tu veux. Tout le
monde ici se serre, donc fait pareil.
Le grand brun s’installa face au garçon
et le regardait toujours souriant.
-
Je crois que nous n’avons pas été correctes avec toi.
-
Pourquoi dites-vous cela ?
-
Eh bien ! Je devrais plutôt dire que nous avons été malpolis. Nous, nous
ne sommes pas présentés tout à l’heure.
-
Je ne vous en veux pas. Je crois même que j’aurais deviné qui était qui sans
que j’entende vos noms.
-
Hahaha ! C’est vrai ? Tu as peut-être raison. Carlin est plutôt
facile à repérer même au milieu d’une foule. C’est juste que ta venue fût un
peu appréhendée.
Reï était surpris. Ce n’était pas du
tout ce qu’avait laissé entendre Gabriella.
-
Pourquoi ?
-
Cela fait pas mal d’années maintenant que nous aidons des jeunes de ton âge à
reprendre goût à la vie ou d’offrir un peu de chaleur à des gosses en manque
d’affection. Mais le garçon que nous avons eu le mois dernier a été un
véritable choc. Avant que nous vous accueillions ici, vous devez passer un
examen psychiatrique. Carlin n’aime pas vous le faire subir, mais c’est moi qui
l’ai exigé. Mais ce garçon a passé les tests sans problème alors qu’en réalité,
ce garçon était un vrai danger public.
-
Dans quel sens ? Il vous a fait du mal ?
-
Des coups bas, des insultes ou de l’homophobie, nous en avons eu et cela ne
nous fait toujours ni chauds, ni froids. Ce ne sont souvent que des mots qui souvent
se retournent contre ceux qui les prononcent. Mais une chose dont je ne
supporte pas, c’est qu’on lève la main sur l’un des miens. Surtout la personne
qui m’est la plus chère.
-
Carlin ? Il s’est attaqué à votre ami ?
-
Il l’a poussé dans les escaliers alors qu’il tenait Luce dans les bras.
Heureusement pour lui que Carlin est du genre à sortir souvent sans
égratignure. Mais c’est sans connaître son caractère. Il ne faut jamais
réveiller la bête noire. Touche un seul cheveu d’un de ces gosses et il se
change en une véritable furie. Il a fallu être trois pour le retenir de se jeter
sur l’ado.
-
Luce a l’air d’aller bien.
-
Heureusement !
-
L’adolescent où est –il maintenant ?
-
Dans un hôpital psychiatrique. Il a des tendances de schizophrénie. Nous avons
appris récemment que son jeune frère se trouvait dans le coma et qu’il en était
le responsable.
-
Finalement, vous avez vu plusieurs mal êtres.
-
Oui, on peut dire ça. Mais comme tu peux voir, ce mal-être disparait facilement
quand on se laisse aller à la folie ambiante.
Le garçon blond baissa son regard vers
sa tasse. Il avait encore plein de questions dans sa tête, mais il les oublia instantanément
des qu’il sentit deux bras chauds lui entouraient le cou. Il en sursauta, il ne
l’avait pas entendu arriver.
-
Alors, on fait bande à part ? Ce n’est pas gentil ! Tu vas être
puni !
Reï voulut répliquer, mais il n’eut pas
le temps de dire quoique ce soit, qu’il se retrouva avec de la crème, plein le
visage. Des éclats de rire retentirent dans la cuisine, même Renko riait de la
tête trop surprise de Reï pour rester sérieux. Le garçon retira un peu de crème devant ces yeux et jeta un coup d’œil
au coupable. Carlin se trouvait juste derrière lui affichant un sourire hilare.
Reï
étira un sourire sur ces lèvres. Finalement, il était content d’avoir osé dire
oui pour venir dans cette famille. Il se retourna et souriant encore plus, il
finit par dire :
-
Se laissait aller à la folie ambiante ? Ça me va !
Tout en disant ces mots, il écrasa la
crème qu’il avait sur la main sur le visage de Renko, avant de s’échapper de sa
chaise pour se mettre à l’abri. La cuisine fut le nouveau territoire d’une
nouvelle bataille sous les cris de joie d’un bambin de huit mois.
Le
lendemain matin, il se fit réveiller par un emmerdeur de première du nom de
Ludwig Lagardère. Celui-ci prit un certain plaisir sadique à lui sauter dessus
pour le réveiller en sursaut. Quand Maeva le plaignait sincèrement, il
comprenait très bien pourquoi maintenant.
Quand il descendit une demi-heure plus
tard, tout le monde était déjà attablé pour prendre le petit déjeuner. Lui qui
n’en prenait jamais d’habitude fut obligé d’en prendre un au risque d’être nourri
comme un bébé par Carlin.
Ensuite en compagnie des deux autres,
il se rendit à pied à son nouveau lycée. C’était le cas pour Ludwig également.
Il apprit aussi que son camarade de chambré s’était fait renvoyé de son ancien
lycée pour s’être battu. Reï lui jetait quelques fois un coup d’œil. Il avait
bien l’impression que Lud avait des cernes sous les yeux. Même, Maeva s’en
était rendu compte. Elle aussi s’en inquiétait. Elle espérait pour Ludwig
d’avoir des professeurs compatissants et non pas comme cet abruti de Tankeï.
Heureusement pour les deux garçons, ce
fut le professeur d’art plastique qui vint les accueillir pendant que Maeva
gagnait sa classe. Ludwig se sentait un peu mal de voir un autre prof d’art à
la place qu’avait occupée Simon Lagardère, son père adoptif. Mais en même
temps, il fut ravi de revoir ce professeur en particulier. Il la connaissait
depuis des années. Elle était une des meilleures amies de Carlin. À l’origine,
elle n’était pas professeure, mais Basil Moreau, le proviseur et le grand-père
de Ludwig, l’avait supplié de prendre la place avant que l’académie ne lui envoie
encore un prof débile du genre de Tankeï.
Mira Martin salua le grand brun avec un
certain plaisir à la surprise évidemment de Reï. La jeune femme dut se
présenter et lui assura qu’elle était ravie de faire sa connaissance. Tout en
les menant devant le proviseur, elle s’exclama vivement qu’elle allait faire
d’eux ces nouveaux modèles et qu’ils n’avaient pas intérêt à refuser. En
chemin, ils rencontrèrent l’infirmière de lycée et Reï fut encore plus
traumatisé en apprenant que non seulement le proviseur se trouvait être le grand-père
de Ludwig, mais que l’infirmière Madame Loutanit était sa grand-mère.
Après avoir fait connaissance avec le
proviseur, les jeunes gens se firent amener respectivement dans leur classe.
Ludwig se trouvait en deuxième année et se trouvait en classe avec Mira. Il en
fut quelque peu soulagé. Quand Reï fut envoyé dans la même classe que Maeva. La
jeune fille fut ravie de le revoir. Celui-ci, après s’être présenté devant
toute la classe, s’installa près de la jeune fille au grand dam de la plupart
des autres demoiselles.
À la pause déjeunée, il n’eut pas le
temps de demander à Maeva où elle mangeait qu’il fut complètement accaparé par
les autres élèves et surtout par un groupe de fille que tout le monde
surnommait les déesses.
Maeva lui fit un petit signe de pitié.
Puis elle rejoignit son coin habituel. Elle aimait beaucoup s’installer sur un
banc, le plus éloigné. Il ne se trouvait pas très loin du chemin qui menait
vers la salle de sport. Elle croqua à pleine dent son sandwich et dégusta. Il
n’y avait pas à dire, mais son père était un vrai cordon-bleu. Elle s’y
trouvait depuis dix minutes qu’elle fut vite rejointe par un garçon de sa
taille, habillé d’un jean et d’une chemise débraillée, les cheveux brun coupé
très court et portait avec style une paire de lunettes de myope.
Les déesses le surnommaient l’intello
ou l’illuminé. Mais le garçon s’en fichait royalement. Il était comme il
l’était et il ne changerait pas pour tout l’or du monde.
-
Tu es encore toute seule Maeva ?
La jeune fille sourit.
-
Mieux vaut être seule que mal accompagné, Killian.
-
Alors, je te dérange peut-être ?
-
Non, toi ça va. Tu n’es pas ennuyeux comme la plupart le sont.
-
Parce que tu nous trouves ennuyeux, Mav ?
La jeune fille sursauta et se retourna
vers les deux nouveaux arrivants. Elle se mordit les lèvres.
-
Désolée, Lud ! Je ne parlais pas de vous deux, évidemment.
-
Tu n’es pas gentille Maeva ! Tu aurais pu évité de me laisser avec ces
poufs sans cervelles ! s’exclama Reï.
-
Pardon ! Mais c’était trop mortel de te voir accaparé de la sorte. Mais
finalement, tu t’en es sorti, non ?
-
Parce Ludwig est venu à ma rescousse. C’est incroyable ! À peine, il est arrivé
que tout le monde se soit éclipsé sur la pointe des pieds. C’est fendant !
Killian, toujours assis près de son
amie, regardait les deux grands avec des yeux ronds. L’un faisait un peu peur avec
ses tatouages et ses piercings alors que l’autre ressemblait à un top model. Il
jeta un coup d’œil à Maeva. Elle semblait très bien les connaître. Pourtant
depuis le début de l’année, il l’avait toujours rencontré seul. Elle ne
semblait pas avoir de véritable ami. Il sursauta quand il croisa le regard
gris-bleu du percé. Il se sentait un peu intimidé face au géant.
-
Je vous présente mon ami, Killian Osborne. Il est déjà en troisième année.
-
Ce minus se trouve en dernière année ? s’exclama Ludwig en détaillant de
la tête au pied le garçon qui se sentit mal à l’aise.
-
Ne fais pas trop attention à ce qu’il dit, Killian. Ce garçon est un vrai abruti
et dit souvent des âneries plus grosses que sa tête.
-
Ravie de te connaître Killian. Moi, je suis Reï Harada. Je suis nouveau ici.
Le terminal fut ravi de l’intervention
du blond. Ils se serrèrent la main. Puis finalement, le percé se présenta
également. Killian fut réellement surpris. D’habitude, ce genre de personne ne
lui adressait pas la parole, soit il l’ignorait, soit il devenait leur bouc
émissaire. Maeva lui avait déjà dit de ne pas se fier aux apparences, car
souvent elles étaient trompeuses. Le bon exemple était les
« déesses ». Elles ressemblaient toutes les cinq à des mannequins,
elles vous adressaient la parole et des sourires à tout va, mais par-derrière,
elles vous faisaient des crasses, vous rabaissaient et surtout, elles
s’amusaient avec vos sentiments. Maeva en avait déjà subi les frais, maintenant
elle préférait rester éloignée de ces pimbêches.
Une nouvelle vie : chapitre 07
La
semaine passa à une rapidité effrayante de l’avis de Reï. Il appréciait plutôt
bien son nouveau lycée où il apprit que les parents de Maeva avaient également
étudié. À chaque pause de déjeuner, il devait compter sur la présence de Ludwig
pour empêcher d’être accaparé par quelques filles un peu trop collantes et par
des garçons qu’il trouvait très ennuyeux. La présence du Lud facilitait l’écart
des mecs, mais pour les filles, c’était une autre paire de manches. Elles
commençaient à aimer le look un peu rebelle du grand brun.
Heureusement, les deux garçons
pouvaient compter sur la vigilance de Maeva. Elle ne se laissait pas marcher
sur les pieds et c’était souvent elle qui les sortait de ces furies en chaleur.
Surnom que Ludwig les avait prénommés. Ils prenaient toujours leur repas sur le
banc près de la salle de sport. Killian venait souvent les rejoindre.
Maeva leur avoua que Killian était ce
qu’on appelait un bouc émissaire idéal. Il se faisait toujours avoir et ne se
débattait jamais. Lud le traita d’idiot et Reï fut du même avis. Kill, puisque
Lud avait décidé de lui raccourcir son prénom trop long pour lui, ça le
fatiguait de le dire en entier, leur rétorqua qu’avec leur gabarit, ils
pouvaient se permettre de dire cela, mais lui avec sa taille et son poids trop
léger, une simple gifle l’envoyait au tapis.
Killian n’était pas fanatique des
combats, du sport, il préférait nettement plus son ordinateur. Malgré que
Ludwig le traite souvent de femmelette, Kill aimait beaucoup les deux amis de
Maeva, bien qu’il sente un peu poindre une certaine jalousie envers le lien qui
unissait les trois jeunes gens.
En tout cas, Reï se lia facilement
d’amitié avec Maeva, au look tout simple et sans artifice. Il apprit qu’elle
adorait les chevaux et que depuis plus de cinq ans, elle se rendait dans un
centre d’équitation, deux à trois fois par semaine. Bien sûr, si par malheur,
elle rapportait de mauvaises notes, elle en était privée.
Plus tard, il apprit également que
Thalia, sa passion, était la natation. D’après son frère, c’était un vrai
poisson. Il se posa la question sur ce que lui-même pourrait aimer. Apparemment,
leurs passions leur permettaient pendant quelques heures de ne plus se poser de
questions, sur leur jeune vie, sur leur passé et pour certains sur leur avenir.
Une chose dont il s’était surpris,
c’est qu’il avait plus de facilité à parler avec Renko plutôt qu’avec Carlin.
Non pas qu’il ne l’appréciait pas, mais c’était juste qu’il l’intimidait
beaucoup plus. Beaucoup disaient qu’il avait une joie de vivre, mais pour Reï,
il trouvait plutôt que cet homme était légèrement un peu fou.
En réalité, il trouvait dans l’attitude
de Ludwig, certaines ressemblances avec son oncle. Le pire dans l’histoire,
c’était qu’ils pouvaient être véritablement infernaux quand ils s’y mettaient
tous les deux. Personnes ne pouvaient les arrêter, par contre ça s’arrêtait
d’un seul coup et tout le monde restait K.O.
Reï, à la fin de la semaine, se décida
finalement à écrire à Melinda Garcia, la fille de vieux Anselme, comme il lui
avait promis. Il en avait parlé avec Renko. Le grand brun lui avait conseillé
de tenter le coup. Il verrait de cette façon si cette femme n’avait pas menti.
Bien sûr, Ludwig avait tout entendu et
voulut à tout prix savoir de quoi parler les deux hommes. Il emmerda tellement
Renko qu’il se fît pourchasser à travers toute la maison.
De la cuisine, on pouvait entendre la
cavalcade et les fous rires de Ludwig. Une chose qui fallait surtout se méfier,
c’est que temps qu’il ne s’était pas vengé, Renko ne lâchait jamais prise. Ce
serait au plus endurant et ce n’était pas toujours les jeunes les plus solides.
Ce fut ce vendredi-là qu’il rencontra
pour la première fois Lina Miori. Il en fut même un peu bouche bée vu la beauté
de la jeune fille. Elle était plutôt grande et très mince, bien proportionnée,
un visage ovale sans défaut et surtout de très magnifiques yeux bleus couleur saphir
hérités de son père. Ses cheveux bruns de la même couleur que ceux de son
frère, même si plus tard, il apprit qu’il n’avait pas du tout le même sang, ondulaient
en cascade jusqu’aux épaules légèrement ondulées.
Elle arriva pendant la pourchasse et
elle fit sursauter tout le monde dans la cuisine. Elle se mit à crier le nom du
compagnon de son frère avant de lui sauter carrément dans les bras. Après sa
surprise, Carlin éclata de rire. Il était toujours content de voir sa
belle-sœur. Ensuite, elle entoura de ces bras le cou de Maeva avec qui elle
chuchota un moment avant qu’elles n’éclatent de rire toutes deux. Ensuite elle
s’attaqua au nouveau venu avec un sourire de vraie déesse. Elle resta correcte.
Elle vint juste s’installer près de lui pour faire connaissance.
-
Je suis Lina Miori, la petite sœur chouchou de Renko. Enchanter de te connaître
Reï !
-
Tu es sa seule sœur, Lina ! Alors évidemment, tu es la chouchoute de tout
le monde.
-
Ce n’est pas à toi que je cause, Carlin !
-
Parle-moi sur un autre ton, gamine !
Lina lui tira la langue et elle reçut
en pleine figure le torchon que Carlin tenait en main.
-
Oh ! Faites ! Il se passe quoi ? Pourquoi j’attends Lud hurlé
à la mort ?
-
Ton frère est juste en train de le massacrer.
Elle se mit à rire.
-
Quel idiot ce Lud ! Il ne changera pas.
Elle se retourna vers le grand blond.
-
Alors, tu te plais parmi nous ?
-
Pour l’instant ça va. Je n’ai pas à me plaindre.
-
C’est vrai ? Tant mieux ! De toute façon, d’ici un mois tu seras
contaminé par la folie de cette maison.
Reï sursauta comme un fou en sentant
deux bras froids lui tombait dessus. Un rire retentit derrière lui. En jetant
un coup d’œil, il croisa le regard gris bleu de Ludwig. Il était trempé de la
tête au pied. Il n’avait pas pu tenir tête à Renko. Celui-ci connaissait chaque
recoin de sa maison et l’avait attrapé par surprise. Il avait bien essayé de se
débattre, mais tout comme avec son oncle, impossible de le battre.
-
Retire tes bras gelés, Lud !
-
Que dalle ! Je te tiens pour responsable de cette course-poursuite.
Maintenant tu es fichu, je vais t’emmerder encore plus.
-
Je te plains, mon pauvre Reï, s’exclama Lina en riant.
C’est à ce moment-là que Ludwig la vit
et il eut un petit sourire. Il lui sauta dessus. La fille cria et fila hors de
la cuisine poursuivie par un fou trempé. Le blond et Carlin se regardèrent avec
un sourire avant de se mettre à rire. Mon Dieu ! Cette famille était
complètement folle. Au bout d’un moment, Renko refit surface dans la cuisine.
Il tenait dans ces bras le petit Luce qui riait.
Reï trouvait réconfortant le rire du
bambin. Il semblait toujours de joyeuse humeur et pleurait rarement. Les seules
fois où il pleurait, c’était quand il y avait une poussée de dents. Dès qu’il
vit Carlin, Luce se tortilla et tendit ces petits bras pour le jeune homme.
Celui-ci se mit à rire et l’attrapa au vol. Aussitôt, le petit mit sa tête dans
le cou de Carlin, le pouce dans la bouche, prêt à s’endormir.
Maeva tendit la main vers la petite
tête et lui ébouriffa les cheveux.
-
J’ai cru entendre la voix de Lina ? Je me trompe ? demanda enfin
Renko après s’être installé au comptoir avec eux, tout près de son compagnon.
-
Tu as raison, elle est là.
-
Et ?
-
Elle se fait pourchasser par Ludwig. Vu qu’il ne peut t’avoir, il tente sa
chance avec ta sœur. Il est idiot !
-
Papa ! C’est ton filleul ! Comment tu le traites !
-
C’est la vérité ! S’il croit avoir le dernier mot avec Lina, il se met le
doigt dans l’œil. Elle n’est pas la fille Miori pour rien.
-
Il s’est toujours fait tapé par Lina et lui obéissait comme un bon chien-chien
quand ils étaient plus jeunes.
-
C’était à mourir de rire, mais elle n’a jamais réussi à avoir le dernier mot
avec Shin. Même maintenant, elle n’arrive pas à l’attacher.
-
Qui est Shin ? demanda aussitôt Reï en entendant un nouveau prénom.
-
C’est le petit frère de mon ami Akira. Ne t’inquiète pas, tu finiras par tous
les rencontrer. Ça risque peut-être de mettre un certain temps avant que tu ne voies
tout le monde.
-
Ouais, à mon avis tu vas t’y perdre dans ce méandre de la famille, murmura
Maeva très sérieuse.
-
À ce point ?
Tous trois hochèrent la tête.
-
Reeeeeennnnnnnnnnkkkkkkkoooooooo ! hurla Lina en pénétrant dans la cuisine
à nouveau. Elle se jeta sur son frère et se scotcha contre lui.
-
Tu ne pouvais pas le noyer l’autre abruti ?
-
Je ne voulais pas qu’on m’accuse de meurtre, voyons !
-
Où est-il maintenant ? Demanda Maeva.
-
Dans sa chambre, il prend une douche chaude.
-
Lina ? Qu'est-ce que tu as fabriqué ? demanda calmement son frère.
Lina grimaça. Elle n’arrivait jamais à
cacher quoique se soit à son frère. C’était beaucoup plus facile avec Youji.
Elle soupira.
-
Tu ne vas pas te fâcher, dis ?
-
Nous verrons.
-
Je l’ai pris en photo sous la douche.
Un éclat de rire retentit sur la gauche
de la jeune fille. Carlin avait mal aux côtes tellement il riait. Maeva
souriait près à rire à son tour. Quant à Reï, il se trouvait trop estomaqué
pour réagir. Renko lui souriait, il dit :
-
Méfie-toi maintenant ! Tu sais à quel point il est sans gène comme une
personne de notre connaissance. Il va se venger et ce sera bien fait pour toi.
Lina donna un coup sur la tête de son
frère en boudant.
-
Tu n’es pas sympa.
-
Je m’en fiche. Mais qu'est-ce que j’attends ce jour avec impatience !
-
Carlin ? Tu vois comment il est ! Je n’y crois pas !
-
Moi aussi, je me demande ce qu’il va faire, chuchota Reï tout à coup.
Lina se retourna vers lui hallucinée.
Ca y est la folie venait de le gagner.
-
Tu ne vas pas t’y mettre aussi. Maeva au secours !!!
Pour toute réponse, elle eut droit à un :
« débrouille-toi toute seule ».
Une nouvelle vie : chapitre 08
Après
le repas, Lina cria qu’elle voulait aller faire la fête. Elle demanda donc
l’autorisation d’embarquer avec Ludwig, Maeva et Reï. Étant donné que la boite
de nuit appartenait à la famille Miori, le videur les laisserait entrer si
Renko acceptait de signer la décharge. Bien sûr, le jeune homme décida de faire
le grand frère casse-pied. Lina dut le supplier à genoux pour que finalement,
il accepte.
Lina lui assura qu’elle finirait par se
venger et qu’il en sentirait la douleur. Il haussa juste les épaules, pas
intimidé pour un sou. C’est avec frénésie qu’elle les emmena donc dans la
nouvelle boite que son père avait fait ouvrir deux mois auparavant.
Elle se situait dans le centre-ville
pas très loin d’une bibliothèque et d’une université. Sur le parking déjà
presque rempli, la jeune fille se gara. Reï se demandait sérieusement si le
videur le laisserait réellement entrer en jean, basket. Elle ne lui avait pas
laissé le temps de se changer tout comme Maeva habillée pareille. Lina leur
assura que celui dont le videur tiquerait n’était surement pas eux, mais plutôt
leur camarade.
Ludwig lui fit un doigt d’honneur en
réponse. Il portait un jean troué, trop descendu sur les hanches, un tee-shirt
avec une tête de mort et des rangers aux pieds. Avec ses tatouages et ses
piercings, il représentait pour la plupart le type même du voyou.
Mais comme prévu, le videur les laissa
entrer après avoir regardé d’un œil distrait la décharge. Du premier regard, il
avait déjà reconnu la fille de son patron, enfin de son grand patron. La boite
était gérée par un représentant de la compagnie Miori Corporation. Il se dit
également qu’il avait la chance de voir ce soir-là deux membres de cette
famille. Quelques heures plus tôt, le deuxième fils d’Auguste Miori était passé
voir le directeur. Il leur souhaita une bonne soirée.
Dès qu’ils entrèrent, ils furent envahis
par la musique. Elle les mena vers la salle et ils durent bousculer des clients
pour pouvoir passer. La boîte pouvait accueillir beaucoup de monde, mais la
plupart des jeunes se coltinaient près de la piste et de la sortie.
Lina, connaissant chaque recoin de la
boite, elle les mena directement à une place près du DJ. Ravi, Ludwig se laissa
tomber sur un des fauteuils juste à côté de Reï. Lina les quitta pour aller
saluer le DJ et l’homme qui se trouvait juste à côté.
Quand elle revint, elle leur annonça en
criant pour se faire entendre que pendant une heure, ils ne passeront que du Bass
Hunter. D'ailleurs, cela ne se fit pas attendre, car les premiers accords de
« Horn Of Orcs » se firent bientôt entendre.
Lina attrapa la main de Maeva et la
tira pour se rendre sur la piste. Elles se mirent à danser. Elles dansèrent
ainsi pendant presque toute l’heure écoulée. Elles avaient même fini par aller
chercher les garçons qui ne semblaient pas vouloir bouger leur fesse.
Les filles savaient bien pourtant que
Ludwig était un très bon danseur. Il le montra en compagnie de Lina avec qui
les pas s’harmonisèrent sur l’air de Dilly Dally de Hakimakli, version
française.
Maeva et Reï les entouraient en
compagnie d’autres personnes pour les encourager. La chanson se trouvait
presque à la moitié qu’en un autre homme, de la même taille que la jeune fille,
un châtain coupé très court, finit par les rejoindre sur la piste. Ce fut
presque un duel entre les deux garçons et Lina qui les titillaient.
Reï se laissait entraîner par la
musique et par le plaisir d’être avec des personnes qu’il appréciait de plus en
plus. Il se demandait si son frère les aurait aimés aussi. Il n’en était pas
très sûr. Il avait un doute pour Ludwig. Il ne savait pas pourquoi, mais il
était sûr et certain que le percé et Hisoka se seraient détestés.
Après la chanson, une autre reprit le
relai, c’était PillBoxx avec Time To Dance. Maeva tira le bras de Reï afin de
regagner leur place. Apparemment, les danseurs ne voulaient toujours pas
regagner leur table. La jeune fille s’installa le plus près du garçon afin de
pouvoir mieux parler.
-
C’est bête ! On aurait pu inviter Killian à venir avec nous.
Le blond sourit. Il avait déjà deviné
que sa jeune amie avait un faible pour le terminale.
-
Je ne suis pas sûr qu’il aurait aimé.
-
Je sais bien, mais au moins, il aurait fait une sortie avec des amis. Cela lui
changerait de son stupide ordi.
-
Ce n’est pas gentil ! Ça donne l’impression que tu es jalouse.
La jeune fille se sentit rougir. Elle
donna un coup de coude à son camarade qui se mit à rire. C’est à cet instant
que choisit de revenir Ludwig et compagnie. Bien sûr, le percé prit possession
de la place libre près du blond. Ce manège fit sourire Lina et Maeva.
Le deuxième danseur les accompagnait.
Vu qu’il tenait la main de la jeune Miori, Reï sut de suite que la troupe le
connaissait. Il mit un temps, mais il le reconnut comme étant le DJ qui
s’occupait de la sono à leur arriver.
-
Reï, je te présente Shin Soba.
Alors, c’était lui le fameux Shin qui
ne se laissait pas mener par le bout du nez par Lina. Les deux garçons se
serrèrent la main. Shin s’installa à côté de Lud et l’attrapa par le cou.
-
Toujours aussi bon en dance, Lud. Tu as toujours des talents cachés.
-
Qu’est ce que tu crois ? Avec une mère qui aimait faire la fête, c’était
facile d’apprendre.
-
Hahaha ! C’est clair !
Lina qui ne s’était toujours pas assise
fut tirée d’un seul coup et elle tomba carrément sur les jambes de Shin qui se
moqua d’elle. Elle se redressa et le frappa.
-
Espèce d’idiot !
-
Arg ! Comment tu parles toi ? Va falloir que je dise à Renko de te
dresser, femelle !
Pour toute réponse, il se fit à nouveau
taper bien qu’elle ne chercha pas à sortir des bras du jeune homme. Ludwig se
pencha vers Reï et lui chuchota :
-
Ils agissent comme s’ils ne sortaient pas ensemble, mais c’est archi faux !
Cela faisait maintenant plus de deux
heures que les adolescents étaient sortis. Renko, pour passer le temps, lisait
un livre dans le salon, pendant que Carlin après s’être occupé de Luce,
s’enferma dans sa pièce.
Il devait peindre, mais voilà aux bouts
deux heures, rien. Il soupira fataliste. Il s’ennuyait. Il ne savait pas quoi
faire. La maison était beaucoup trop calme sans les mioches. Thalia les avait abandonnait
pour aller dormir chez une amie. Elle leur avait fait des recommandations évidemment,
genre de ne pas sortir, de faire attention en descendant les escaliers et tous
et tous….
Carlin renifla. Cette gamine les
prenait pour qui là ? Ils n’étaient pas encore séniles, encore heureux. Il
abandonna sa toile et sortit. Il alla zieuter un coup d’œil à sa pupusse adoré.
Pour une fois, le bambin dormait. Tant mieux ! Luce pouvait être adorable,
mais le jeune homme en avait assez de faire des nuits blanches. Si ce n’était
pas la faute du bambin, c’était les cauchemars de Thalia, de Maeva ou encore de
Ludwig.
Enfin pour Ludwig, il était tranquille.
Reï pouvait très bien se charger de veiller sur ce grand dadais. Un sourire
étira ces lèvres. Le blond allait en voir des vertes et des pas mures. Ludwig
avait jeté son dévolu sur lui et il ne lâcherait pas prise tant qu’il n’aurait
pas ce qu’il voulait. Pour ça, il avait bien hérité de son père dont il portait
le nom, mais aussi de Ludmilla.
Carlin se passa une main dans ses
cheveux noir corbeau. Il se secoua un bon coup. Hors de question de repenser à
son amie décédée ! Il ne voulait pas déprimer. La poisse ! Voilà ce
qui arrivait quand il s’emmerdait !
Un autre sourire revint sur ces lèvres.
Il savait quoi faire maintenant. Cela faisait un moment où il ne l’avait pas
emmerdé celui-là. Enfin la dernière fois, c’était la veille donc c’était
vieux ! Pas vrai ?
Il fonça vers les escaliers et les
dégringola en quatrième vitesse. En arrivant vers le salon, il se mit à
crier :
-
Rennnnnnnnnnnkooooooooooooo, je m’ennuie !
Le grand brun sursauta comme à son
habitude avant de recevoir un corps lui tombait dessus. Son livre fut envoyé
valdinguer à l’autre bout de la pièce.
-
Carlin ! Tu ne peux pas arriver normalement ?
-
Nada ! C’est bien trop ennuyeux sinon !
Carlin se redressa et s’installa à
califourchon sur les jambes musclées de son compagnon. Les mains croisées
derrière la nuque de son homme, alors que celui-ci le retenait par les hanches.
-
Pour une fois que je pouvais lire tranquille !
Carlin se pencha et lui mordit
l’oreille. Renko grimaça.
-
Aïe ! Brute !
-
Occupe-toi de moi plutôt que de penser à ton bouquin ! Tu m’as trop
délaissé.
Le brun se mit à rire.
-
Tu es gonflé tout de même ! Tu m’as empêché de dormir pratiquement toute
la nuit !
-
Ça, c’est de l’histoire ancienne !
Renko se mit à rire à nouveau tout en
approchant ces lèvres de ceux de son compagnon. Même après toutes ces années,
il ne pouvait s’empêcher d’adorer cette bouche et surtout cette langue
agaçante. Il laissa, ensuite ses lèvres glissaient, le long de son cou. Ses
mains passèrent sous le pull rouge de Carlin. Le jeune homme avait gardé la
douceur de sa peau, de sa taille et de sa minceur.
Trop impatienté, Carlin retira son pull
et commença à déboutonner la chemise de son homme. Il ne restait pas en reste
et laissa errer ses propres lèvres sur la peau de son vie à vie, sur ses
épaules, sur son cou. Pour toutes les fois où c’était lui qui se retrouvait
avec un suçon, cette fois-ci ce fut au tour de Renko.
Celui-ci grogna, ce qui fit rire Carlin
bien évidemment. Renko souleva son compagnon et l’allongea sur le canapé. Il en
profita pour retirer le dernier rempart de Carlin. Ce n’était pas parce qu’il
était devenu un adulte qu’il avait changé pour autant sa manie de ne rien
porter sous le pantalon.
Renko reprit de nouveau possession de
la bouche tentatrice avant de glisser ses lèvres et sa langue sur tout le corps
de son compagnon qui se sentait de plus en plus enflammé. Après tout ce temps,
il le connaissait par cœur. Il connaissait tous les points sensibles. Il ne se gêna
pas à s’y rendre pour exacerber le désir de Carlin à l’extrême.
Carlin se tortillait dans tous les
sens, les mains enfoncées dans la chevelure brune. Les lèvres de Renko finirent
leur route vers le bout tendu près à éclater. Il l’embrassa avant de l’engloutir
et de commencer son mouvement de haut en bas.
Au bout de quelques minutes, Carlin
jouit. Il eut du mal à reprendre conscience, mais après quelques secondes, il
se reprit et en gesticulant, il parvint à changer la donne. Bien que cela se
résulta par une chute sur le tapis.
-
Aïe ! Aïe ! Aïe ! s’exclama le grand brun en tombant sur les
fesses. Carlin gloussa avant de chevaucher à nouveau son compagnon. Ce fut à
son tour de parcourir tout le corps parfait de Renko. À chaque caresse, à
chaque baiser, il pouvait sentir le corps de son ami frissonner sous le plaisir
et surtout avec une respiration qui devenait de plus en plus rapide.
Renko se laissait faire tout en
caressant à nouveau le corps de Carlin, de glisser ces mains vers les fesses
bien rebondies. Un doigt aventureux, se rendit vers un orifice pour le
préparer. Bientôt, n’en pouvant plus, Carlin se positionna et s’emboita au
désir intense de Renko.
Il commença à bouger doucement au
début, puis de plus en plus vite jusqu’à devenir infernale. La pression se fit
et éclata.
Carlin se laissa retomber sur son
compagnon qui lui entoura la taille. Renko embrassa les tempes de son ami.
Celui-ci se redressa légèrement et baisa les lèvres de Renko.
-
Tu sais que je t’adore !
Son ami se mit à rire.
-
Heureusement, vu que je fais toujours tes quatre volontés.
Carlin gloussa. Il se penchait à
nouveau pour baiser les lèvres très tentantes, mais un cri, lui fit faire la
grimace. Renko se mit à nouveau à rire.
-
La récré est terminée ! Papa poule doit aller voir son poussin.
Carlin se redressa et se rhabilla
rapidement. Il allait sortir quand il se retourna vers son compagnon.
-
Attends que papa poule est fini ! Il va te picorer toute la nuit pour
t’être moqué de lui !
Une nouvelle vie : chapitre 09
Les
jeunes rentrèrent qu’aux petits matins. Reï pouvait dire que c’était bien la
première fois où il s’était vraiment amusé comme un fou. Le top des tops, ce
fut quand pour faire plaisir à Ludwig, Shin ordonna à son camarade de lui
mettre une certaine musique. Il semblait que cette musique charmait comme un
serpent le percé. Plus tard, il apprit de la bouche même de l’intéressé que
c’était la musique préférée de sa mère Ludmilla.
Dès les premiers morceaux, Ludwig se retrouva
de nouveau sur la piste et devint presque fou au grand plaisir de ces amis
d’ailleurs. À vrai dire, Reï trouvait la musique très chouette et puis faire de
la musique dance avec le son d’un saxophone, il fallait oser. Shin lui donna le
titre dès qu’il put lui demander. C’était Infinity deux mille huit de Guru Josh
Project, une musique reprise sortie dans les années mille neuf cent
quatre-vingt-dix.
Lina pendant la chanson était venue
chercher Reï afin qu’il ne reste pas seul. La folie de Ludwig avait gagné tout
le monde et la boite était surchauffée. Bien sûr, Shin ne resta pas en reste et
accompagna son ami dans sa folie.
Reï put dire ce soir-là qu’il n’avait
jamais ri autant depuis très longtemps. Quand il fut l’heure de rentrer, les
jeunes se retrouvèrent un peu dans le chou. Heureusement pour eux, Lina était
une très bonne conductrice et n’avait bu aucune goutte d’alcool. En chemin,
Ludwig tomba dans le sommeil et sa tête tomba pile-poil sur l’épaule de Reï qui
n’osa pas bouger de peur de le réveiller.
Shin leur avait annoncé qu’il venait
les rejoindre chez les Oda Miori. Il les suivait en moto. Évidemment avec la
chance qu’elle avait, Lina se fit contrôler par les gendarmes. Les coquins
s’étaient très bien cachés. Mais manque de pot pour eux, la fille n’avait rien
à se reprocher et ils ne tardèrent pas à la relâcher. Par la même occasion, ils
s’occupèrent de Shin, mais ne restèrent pas longtemps, car une voiture passa à
très grande vitesse. Les gendarmes furent donc trop occupés d’un coup pour les
ennuyer encore plus.
Quand finalement, ils arrivèrent, ils entrèrent
dans la maison sans faire de bruit. Mais contre toute attente, l’un des deux
hommes se trouvait toujours debout. Apparemment le petit Luce avait décidé que
l’un d’eux ferait une nuit blanche. Carlin les salua plutôt grognon. Trois
nuits blanches consécutives ne rendaient surement personne de très agréable
compagnie.
Alors, ce fut sur la pointe des pieds
que les jeunes se rendirent dans la chambre pour au moins avoir quelques heures
de sommeil. Lina et Maeva squattèrent la chambre des garçons, vu qu’il y avait
assez de lits.
Ludwig se sentait bien pour une fois.
Il se disait qu’il allait pouvoir faire une nuit complète sans cauchemars. Dans
la semaine, Reï l’avait réveillé deux fois à cause de son agitation. Il s’en
voulait un peu. Il ne voulait pas déranger les personnes qui n’étaient pas concernées
par ses problèmes. Mais ce qui plaisait bien à Lud, c’était que le blond ne se
plaignait jamais.
Pas, qu’il n’avait pas de caractère,
bien au contraire, mais que dans un sens, il savait être patient. En y
réfléchissant, par certains côtés, Reï lui faisait penser à Simon, son défunt
beau-père. Simon était toujours d’une patience d’ange, toujours le sourire et
un mot gentil pour tout le monde et en particulier pour Ludmilla.
Ludwig se laissa tomber comme une masse
dès qu’il vit son lit et s’endormit aussitôt sans se déshabiller. Maeva
emprunta un des lits superposés tout comme Shin qui attrapant Lina, la força à
dormir dans le même lit que lui. Il lui énonça qu’il avait besoin d’une
bouillotte. Une excuse bidon ! Bien que la jeune fille ne refusa pas.
C’était évident !
Le jour venait de se lever depuis un
moment quand Carlin se réveilla en sursaut du canapé. Le petit Luce se trouvait
dans ses bras bien réveillés également. Dès qu’il vit son père le regarder, il
lui adressa un joli sourire édenté.
-
Tu es une sacrée fripouille, Luce !
Le petit se mit à rire. Le jeune homme
se releva et s’étira un bon coup. Un bon café et il serait d’attaques pour
jouer les chieux aujourd’hui. Il embarqua le petit sous le bras. Luce riait
d’être porté de cette façon. Il lui donna un biberon de lait. C’était la seule
chose que l’estomac du petit acceptait le matin. C’était bien tout de même ces
machines Senseo et compagnie. C’était rapide et efficace. Dès qu’il but sa
première tasse, Carlin se sentit beaucoup mieux. Il en but au moins trois, puis
s’exclama au petit Luce qui le regarda avec grand sérieux.
-
Alors qu'est-ce qu’on fait maintenant ? Il est neuf heures trente du
matin. Qu'est-ce que l’on pourrait faire à ton avis ?
Luce pencha la tête sur le côté comme
s’il réfléchissait et tout à coup se mit à rire. Son père eut un sourire à son
tour. Un sourire de connivence !
-
Tu penses comme moi, mon poussin ? On va faire les fous.
Carlin attrapa dans ses bras le petit,
se mit en devoir de monter à l’étage. En premier lieu, il devait s’occuper
d’aller picorer celui qui avait réchappé à la nuit blanche. Il pénétra dans sa
chambre et sauta sans douceur sur le lit en criant avec Luce. Renko se réveilla
tellement en sursaut qu’il faillit chavirer du lit. Carlin éclata de rire de la
situation.
-
Carliiiiiinnnnnn ! On est dimanche.
Son compagnon posant Luce entre les
deux oreillers afin qu’il ne tombe pas, se pencha ensuite vers le brun et lui
baisa les lèvres. En même temps, il souleva la couette et observa en dessous.
Renko lui tapa la main.
-
Pervers !
-
Mais euh ! Je regardais juste si tu avais toujours de belles fesses.
-
Elles n’ont pas changé, depuis hier soir, voyons !
Carlin sourit. Luce bougea et se laissa
tomber sur son deuxième père qui le rattrapa à temps.
-
Toi aussi, tu es un démon !
Le petit se mit à rire.
-
J’ai bien l’impression qu’il déteint sur toi.
-
N’importe quoi ! Allez ! Vient mon poussin. Il faut s’occuper des
autres maintenant.
Luce tendit ses petits bras à Carlin,
qui le reprit dans ses bras. Avant de se lever entièrement du lit, il se pencha
à nouveau vers son compagnon pour un nouveau baiser plus long cette fois-ci.
Ensuite, en sautillant jusqu’à la
porte, il s’exclama :
-
Allez debout fainéant ! La meute d’affamé va arriver dans ta cuisine avant
même que tu puisses dire ouf !
Renko se laissa retomber sur les draps
en poussant un long soupir. Impossible d’avoir la grasse matinée avec
lui ! D’ailleurs, il ne savait pas du tout ce que cela voulait dire. Après
un autre soupir, il se décida enfin à se lever. S’il ne le faisait pas assez
vite, il risquait de revenir à nouveau et il lui en ferait voir des vertes et
des pas mûrs.
Carlin ouvrit doucement la porte de la
chambre des garçons. Comme il se doutait le lit de tête était vide. En
entendant le bruit de la douche, il sut de suite où se trouvait Reï. En jetant
un rapide regard dans la chambre, il trouva assez rapidement ce qu’il
cherchait. Il s’y dirigea et l’emprunta. Il se dirigea vers la salle de bain et
d’un doigt fit le signe de silence au petit. Celui-ci refit le geste et eut un
sourire.
Reï se trouvait sous la douche depuis
un moment. Il éteignit le robinet et se retourna. Il fut ébloui par un flash.
Quand il sut ce qui c’était passé, il se sentit rougir de la tête aux pieds et
attrapant une serviette se cacha derrière. Dès que ces yeux purent de nouveau
voir correctement, il vit Carlin avec un large sourire tenant dans une main un
appareil photo et de l’autre Luce.
-
Vous n’avez pas osé ?
-
Haha ! Bien sûr que si ! Mais si tu ne veux pas que j’en prenne
d’autres et méfis-toi, je suis très doué pour en faire, tu as intérêt à me
tutoyer. Fais en sorte que ta jolie petite tête s’en souvienne.
Après cette réplique, le jeune homme sortit
de la salle de bain abandonnant un adolescent rouge comme une tomate et qui ne
savait pas du tout comment réagir. Il se dirigea ensuite vers les deux corps
allongés dans le même lit. Un flash les réveilla en sursaut. Surtout pour Shin
qui se redressa d’un bond et se cogna violemment la tête contre le haut du lit.
Il foudroya du regard le coupable qui
souriait d’un air sadique. Lina se frotta les yeux encore à moitié endormis.
-
Carlin, il est trop tôt !
-
Je sais, c’est bien pour cela que je suis là !
-
Tu es un vrai sadique, papa ! s’exclama Maeva qui s’était réveillé en
entendant le cri de Shin.
-
Hihihi ! Allez au tour du dernier !
Il se dirigea vers Ludwig. Il s’amusa à
prendre plusieurs clichés de son filleul. Il savait bien que les flashs ne le
réveilleraient pas du tout.
-
Il est trognon quand il dort, s’exclama Maeva.
En entendant du bruit derrière lui,
Carlin se retourna et vit Reï. Il se mit à glousser quand le garçon se mit à
nouveau à rougir. Pour le taquiner encore plus, il murmura :
-
Les filles ? Vous voulez voir une belle photo ?
Maeva et Lina s’approchèrent du jeune
homme. Reï bondit et récupéra l’appareil photo.
-
Hors de question !
-
Eh ! Pourquoi ne veux-tu pas nous laisser regarder ? S’offusqua Lina.
-
Ça ne te regarde pas !
Carlin éclata de rire.
-
Papa ? Qu'est-ce qu’il y avait comme photo ?
Carlin lui jeta un coup d’œil
malicieux.
-
C’est un secret ! Bon, allez ! Luce, c’est le moment d’attaquer la
terreur !
Le jeune homme se retourna de nouveau
vers son filleul et comme la dernière, dans l’appartement du percé, il se mit à
califourchon entre les jambes et posa devant lui le petit. Luce se trouvait
carrément assis sur le ventre de Ludwig.
Le jeune homme brun sentit un poids et
deux petites mains qui lui tiraient les joues en riant. Il ouvrit les yeux et
croisa le regard noir moqueur de son oncle.
-
On ne peut même plus dormir en paix ?
-
Que dalle ! De plus si tu étais réveillé, tu aurais pu voir une certaine
photo de Reï sous la douche.
-
Quoi ? Bouge-toi, je veux la voir !
Ces amis éclatèrent de rire, alors que Reï
s’écria qu’il était hors de question qu’il la voit, que de toute façon, il
l’avait effacé. Mal lui en prit, car Carlin lui jeta un regard de concupiscence.
Le blond, horrifié, vit l’oncle de Ludwig sortit de sa poche un autre appareil
photo et de le donner au percé. Rougissant, il s’enfuit de la chambre sous les
rires de ces nouveaux camarades. « Le bougre, il l’avait bien
eu ! »
Il pénétra dans la cuisine où une bonne
odeur de pain grillé se faisait sentir. Renko se tourna vers lui et le vit tout
rouge. Il eut un sourire.
-
Rien qu’à voir ta tête, je dirais que tu viens de te faire avoir en beauté par
Carlin ? Je me trompe ?
Reï se laissa tomber sur un siège.
-
Est-il toujours comme cela ?
-
Hahaha ! Tu n’es pas encore sorti de l’auberge mon pauvre. Ça, ce n’est
qu’une des facettes de mon adorable compagnon.
Reï laissa tomber sa tête sur la table.
-
Dans quelle galère je me suis foutu !
Renko éclata de rire. Il ébouriffa la
tête blonde. Reï trouvait à chaque fois agréable ce simple geste. Il se
souvenait que sa mère le faisait souvent quand il était petit surtout pour
l’aider à dormir. C’était si loin. Il se redressa quand il entendit les autres arrivées.
Ludwig pénétra dans la cuisine en pleine forme. Il s’installa près de Reï et se
pencha vers lui, il lui chuchota :
-
T’étais vraiment trognon sous la douche.
Reï se recroquevilla un peu plus sur sa
chaise pendant que Lud se mettait à rire de son embarras.
Une nouvelle vie : chapitre 10
La
matinée passa rapidement au goût de Ludwig. Il aimait beaucoup titiller son
camarade. Il semblait avoir une facilité à rougir surtout quand il s’amusait à
reprendre l’appareil photo que son oncle lui avait remis tout à l’heure.
C’était fendant !
Carlin décida d’embaucher les deux
garçons pour mettre en peinture une des chambres qui se trouvaient toujours en
travaux. Reï regretta d’avoir accepté. Renko le lui avait pourtant déconseillé,
mais il avait songé que ce ne serait pas très honnête de sa part de refuser.
Mal lui en prit ! Mettre des murs en peinture en compagnie de deux idiots
pareils, quelle galère ! Carlin adorait peut-être mettre en peinture, mais
son plus grand plaisir était surtout de peinturlurer ses compagnons de travail.
Bien sûr Ludwig répliqua et Reï fut mêlé à l’histoire.
Quand Maeva eut le malheur avec Shin de
venir voir comment ça se passait, ils eurent droit à leur compte. Donc en gros,
après une bataille de nourriture, une course-poursuite du genre du chat et de
la souris, ce fut une bataille de peinture.
En une semaine, il avait déjà pu
constater pourquoi Gabriella Facter pensait bien qu’il s’y plairait. Voir une
telle ambiance donnait envie de rester le plus longtemps possible.
Pourtant d’après Shin, les gosses qui
venaient, étaient de vraies teignes et que si un jour, il en revoit quelques-uns,
il leur botterait les fesses. Reï fut très surpris par cette véhémence de la
part de ses nouveaux amis. Lina finit par lui avouer.
-
Tous les gosses qui sont venus ici ont reçu le même accueil que toi. Ils ont adoré
venir ici et quand ils sont repartis, ils étaient transformés. Ils avaient tous
retrouvé le sourire et une certaine joie de vivre, mais ce que je n’admets pas,
tout comme Shin, c’est le fait de dire, « Je ne vous oublierais pas, je
vous écrirais ». Ils ont bien reçu une ou deux lettres, mais ensuite plus
rien. Ils font silence radio ou alors leurs courriers reviennent. Carlin et
Renko ne disent rien. Ils sont adultes, ils comprennent, mais va expliquer à
Thalia qu’untel ne lui écrira plus parce qu’il ne veut plus avoir affaire avec
elle ? Même, Maeva a beaucoup souffert de la désertion de certains d’entre
eux. C’est une des raisons pour laquelle elle n’a pas d’amis.
-
Pourquoi agissent-ils ainsi ?
-
Je ne sais pas. Certains, je crois, veulent oublier leur ancienne vie et recommencer
depuis le début, mais les autres, je ne sais pas.
-
Mais ce n’est pas tous les gosses ? Hein ?
-
Non heureusement. Certains reviennent les voir, d’autres les appellent pour
leur donner des nouvelles. Quelques-uns habitent dans le coin. Il y en a même
un qui travaille au garage « Le Bradly ». Une autre travaille comme
serveuse pour Daisuke Oda, le grand cousin de Carlin, et une autre fille travaille
directement sous les ordres de mon grand frère Youji.
La conversation avait lieu dans la
chambre des garçons après avoir été se débarbouiller de la peinture. Il en
parlait pendant que Ludwig se trouvait à son tour sous la douche. Quand
celui-ci sortit, il entendit la fin de la phrase. Il vint s’installer bien
évidemment juste à côté de Reï qui se tendit un peu. Il se rendait bien compte
que la présence du percé le perturber plus que de raison. Il ne savait vraiment
pas pourquoi.
-
Tu oublies les jumelles qui sont devenues mannequins grâce aux photos de Matt
Cauthon.
-
Matt Cauthon est un célèbre photographe. Ces photos se vendent comme des petits
pains. Il est même très demandé dans le milieu de la mode. C’est également le
compagnon d’Akira Soba, le meilleur ami de Carlin, annonça Maeva pour Reï qui
la remercia d’un sourire.
-
Encore un couple gay ?
-
Ah oui ! T’es mal barré ! Dans cette famille, il y en a quelques-uns,
en couple garçon ou fille, souligna Lina en riant.
-
Ouais, couple mâle, il y a aussi Daisuke avec Juntsou, mais aussi, Luka Martin,
le petit frère de Mira et Nathaniel Facter, le propre fils de notre inspectrice
préférée.
Ludwig jeta un coup d’œil en coin vers Reï
qui se trouvait bouche bée. Le garçon s’attarda un peu sur ces lèvres
d’ailleurs. Elles étaient bien tentantes.
-
Tu oublies mon adorable neveu Cael.
-
Ah oui ! C’est vrai ! Tu veux savoir pourquoi notre très cher
professeur Tankeï ne nous apprécie pas beaucoup ?
Reï se doutait bien qu’il devait avoir
une histoire de couple. Heureusement pour lui, il ne l’avait pas comme
professeur, mais Ludwig si. D'ailleurs, celui-ci soupira :
-
Mouais ! Cael aurait pu choisir quelqu’un d’autre tout de même.
-
Tomber amoureux ne se commande pas, idiot ! répliqua Lina.
-
Soyez plus précis ! supplia Reï, un peu perdu.
-
Cael sort avec Kippeï Tankeï, le propre fils de notre professeur. Bien sûr tout
comme son oncle adoré, il ne se cache pas. Alors, le père l’a vite su et n’a
pas été très heureux de l’apprendre. Il est du genre homophobe. Mais voilà,
Kippeï a le soutien de sa mère. Elle a lancé à son mari que s’il ne faisait pas
des efforts sur lui-même, il risquait fort bien de perdre sa famille, expliqua
Maeva. Quant aux couples filles, tu as Mira Martin, notre charmante prof de
dessin qui est toujours avec sa petite amie de lycée, Maisy Maure. Après moi,
je sais plus.
-
Si, il y a une des jumelles chez grand-mère, mais je sais plus laquelle ? Répliqua
Lud.
Il se tourna vers Reï avec un sourire.
-
Tout ce petit monde, tu risques fort de les rencontrer un jour où l’autre et
bien d’autres personnes aussi.
Le grand blond se releva et s’étira
toujours suivi du regard par le percé.
-
Avec tout ce monde, je risque de me perdre.
-
Mmmh ? Je me demande de quelle manière ! Susurra Lud par trop fort
afin de n’être entendu que par son camarade qui rougit aussitôt.
Quelques minutes plus tard, du bruit
vers l’entrée fit descendre les jeunes curieux. Des voix retentissaient dans le
salon. Ludwig poussa un cri de joie avec Maeva et les deux jeunes foncèrent
sous le regard amusé des deux plus vieux vers la pièce en question. Reï lui se
demandait bien pourquoi, ces amis avaient agi de cette façon et surtout
pourquoi ? Il suivit Shin et Lina vers le salon et trouva Ludwig serrer
dans ces bras une femme d’une cinquantaine d’années dont les cheveux noir corbeau
se parsemaient de gris.
Maeva tournait autour en graillant
après son cousin pour qu’il lâche la femme pour pouvoir la saluer à son tour.
Assit sur un des canapés, Reï aperçut Carlin, Renko et un troisième homme plus
âgé, sur un autre, il y vit un autre homme un peu plus jeune que Carlin, ressemblant
en plus jeune à l’autre homme et deux autres femmes. L’une était plus adulte
avec une chevelure de feu. À chaque mouvement de son visage, ses cheveux roux
envoyaient des myriades de reflets et donnaient vraiment l’impression qu’elle
avait un feu sur la tête.
Reï n’appréciait pas trop les rousses
particulièrement, mais il devait bien reconnaître que cette femme était belle.
L’autre femme ressemblait à une Asiatique et portait une longue chevelure noir corbeau
raide, mais devant lui descendre jusqu’aux reins.
Finalement, la femme occupée avec ses
deux amis finit par se libérer en riant. Son rire fit rappeler celui du père de
Maeva. En la détaillant un peu plus, il aperçut quelques traits sur son fils
dont la forme des yeux, la couleur des cheveux et surtout la blancheur de leur
peau. La femme regarda dans leur direction et s’approcha. Elle serra dans ces
bras Shin et Lina qui semblèrent ravis d’avoir des câlins. Puis elle s’approcha
du grand blond.
Elle leva ces yeux noisette et lui
adressa un chaud sourire. Reï se sentit attiré d’emblée par ce sourire. Il
était rempli de chaleur et était donné sans condition.
-
Bonjour jeune homme. Je me présente Eryna Dubois, enchanté de te rencontrer.
-
Moi de même, Madame Dubois. Je suis Reï Harada.
-
Encore un grand ! Décidément, vous, les jeunes, vous voulez me donner le
torticolis, s’exclama-t-elle en riant. Allez, pas de cérémonie !
Elle le força à se baisser et lui donna
un baiser sur chaque joue. Ludwig se rapprocha et lança amusé :
-
Ne rougis pas comme ça, voyons !
Reï lui jeta un regard noir pour s’être
moqué de lui. Cette femme était aussi intimidante que son fils. Celle-ci,
d’ailleurs, gronda gentiment Lud, puis attrapant le bras du blond, le dirigea
vers les canapés. Elle présenta tous les nouveaux arrivants. Son mari Axel
Dubois, Alexandre et Amélie les enfants du premier mariage d’Axel, et leur
fille adoptive Shelyna qui avait dix-neuf ans. Il apprit également que la jeune
fille faisait des études de droit et de langues. Alexandre faisait carrière
chez les pompiers et Amélie se trouvait être pédiatre. C’était elle d’ailleurs
qui s’occupait de Luce quand celui-ci en avait besoin ou tous autres gamins qui
passaient chez les Oda Miori.
Bien que ces renseignements ne l’intéressent
pas trop, cela n’empêcha pas le moins du monde Reï d’écouter cette femme
parler. Elle resta pour ainsi dire, avec lui presque toute l’après-midi. Ils
discutèrent de tout et de rien et pourtant à un moment donné sans qu’il s’en
rende compte sur le moment la conversation dévia.
Il se prit à lui parler de sa mère et
de son frère. Il parla surtout de Hisoka et de sa peine de n’avoir pu sauver
son frère dans sa détresse. Elle l’avait emmené dans la cuisine et avait pour
ainsi dire ordonné que personne ne vienne les déranger. Elle avait surtout dit
cela, pour une certaine personne plutôt envahissante du nom de Ludwig qui se
mit à bouder dans son coin.
Ils se trouvaient donc tous deux dans
la cuisine face à une bonne tasse de café.
-
Tu te sens responsable du suicide de ton frère, Reï ?
Le garçon serrait sa tasse chaude entre
ses mains. Il était un peu perdu dans ses pensées.
-
Je ne sais pas trop. Un peu, je crois. J’aurais dû voir que quelque chose
n’allait pas, mais je n’ai rien vu.
-
Tu sais, quand une personne veut vraiment s’en aller, elle y arrive presque à cent
pour cent. Personne ne peut l’arrêter, car majoritairement elle ne montre aucun
signe. Ces personnes sont souvent lucides à ce moment-là et elles savent
qu’elles feront le plus grand mal autour d’elle ou alors, elles pensent que son
geste délivrera quelqu’un. Mais en aucun cas, tu ne dois te sentir responsable.
-
Oui, mais…
-
Non ! Pas de mais ! Tu n’es en rien responsable de la mort de ton
frère, ni de la mort de ta mère parce que je suis sure que tu t’en sens aussi
responsable. Pour ta mère, c’est un stupide accident, pour ton frère le seul
responsable dans l’histoire, c’est lui-même. Il a choisi la facilité. C’était
sa décision et là où il se trouve maintenant, il devra l’assumer tout seul.
-
Vos paroles sont si dures, murmura péniblement Reï.
Il sentait sa gorge lui faire mal.
-
Je sais. Carlin m’a un jour raconté que Ludmilla, la mère de Ludwig, s’amusait
à une période, avec sa vie. Mais contrairement à ton frère, elle appelait à
l’aide. Tout dans son attitude le montrait et ces tentatives n’étaient jamais
assez sérieuses pour qu’elle perde de cette façon la vie. Disons plutôt qu’elle
s’automutilait, ce serait plus correct.
Elle se pencha un peu et attrapa la
main tremblante du grand blond. Elle la lui serra avec tendresse.
-
Je veux que tu comprennes la différence. Tu ne sauras peut-être jamais pourquoi
ton frère a décidé d’en finir avec la vie, mais une chose est sure, il a choisi
la mauvaise solution. Il y a toujours une sortie de secours. Il faut souvent se
battre, souvent cela fait très mal, on reçoit des coups physiques et moraux,
mais il ne faut pas laisser tomber. Il faut se redresser et affronter tes
adversaires droits dans les yeux. La vie est précieuse et très fragile. Tu peux
perdre un être cher comme ça sans crier gare.
Elle lui ébouriffa sa tignasse blonde. Reï
ferma les yeux. Il aimait vraiment bien. La femme se mit à rire.
-
Carlin aussi aimait bien que je lui caresse la tête quand il était petit.
Maintenant, il est beaucoup trop remuant pour que j’arrive encore à lui en
faire.
À cet instant, la voix de son fils
retentit à l’entrée de la cuisine.
-
Mais maman, j’adore que tu me fasses des câlins, voyons.
Eryna sursauta et jeta un regard à son
fils qui souriait. Il n’avait pas perdu l’habitude d’arriver sans faire de
bruit. Elle allait répliquer son ordre un peu plus tôt quand elle vit le bambin
adorable dans les bras de Carlin.
-
Ah ! Mon petit Luce vient voir ta grand-mère préférée.
Elle tendit les bras vers le petit qui
se tortilla pour s’y jeter en riant.
-
Sale traite Luce ! s’exclama Carlin en posant ses poings sur les hanches.
Le bambin, tout content, se serrait
dans les bras de la femme avec grand plaisir. Reï en fut tout surpris.
-
Je croyais qu’il n’aimait pas être dans les bras d’une femme ?
Carlin renifla et s’écria :
-
C’est normal ! Ce n’est pas n’importe quelle femme ! C’est ma mère,
voilà la réponse.
-
Qu’est ce qu’il ne faut pas entendre ! Ce n’est pas parce que c’est votre
mère que cela ne l’empêche pas d’être une femme !
Une frappe sur la tête le fit sursauter
et criait.
-
Ça ne va pas la tête ! S’offusqua-t-il.
Il foudroya le Bambin qui riait dans
les bras de la mère de l’idiot qui venait de le frapper.
-
Je ne vais pas me répéter cent sept ans ! Je ne suis pas vous, mais,
tu ! Compris, pois chiche ! Où alors tu as vraiment le cerveau d’une
blonde ? s’exclama Carlin.
-
Carlin ! Ne sois pas si violent !
-
M’man ! Je fais ce que je veux avec ces têtes de bois. De toute façon, ce
n’est pas un coup comme celui-ci qui va l’achever. Regarde Renko, Youji et
Akira sont en pleine forme. Même, Alex a eu droit à des coups de pieds dans les
fesses. Il semble pourtant en pleine forme.
-
Tu es vraiment incorrigible !
-
Mais maman, c’est normal, je suis ton fils.
-
Carlin ! Tu mériterais une bonne fessée.
-
Pfft ! Que de la parlotte ! Tu ne m’as donné qu’une seule gifle en trente-quatre
ans.
Reï se sentait un peu jaloux de la
relation entre la mère et le fils. Ils s’entendaient si bien et à chaque parole
prononcée, on sentait bien l’amour familial qu’il y avait entre eux. Pourquoi
sa propre mère avait-elle changé autant ? Pourquoi son père était-il parti
d’ailleurs ? Il ne l’avait jamais su. Il ne le saurait peut-être jamais
puisqu’Aline Harada n’était plus là pour lui dire.
Une nouvelle vie : chapitre 11
Les
invités restèrent pour dîner. À table, Reï s’aperçut vite que c’était toujours
aussi animé. Carlin prenait un plaisir évident à titiller sa demi-sœur qu’il
trouvait trop coincé. Il y allait tellement fort qu’elle finit par se fâcher et
voulut le frapper. Bien sûr celui-ci, pas décidé à se laisser faire, répliqua
et cela dégénéra sous le rire du reste de la famille. Eryna rassura le blond en
affirmant que le frère et la sœur s’adoraient, mais qu’ils avaient un penchant
pervers à se frapper, à s’insulter de tous les noms inimaginables. Au début,
cela les avait beaucoup inquiétés, mais plus maintenant.
C’était en gros leur mot d’amour
fraternel. Reï trouvait cela un peu étrange, mais tout dans cette famille
semblait louche. Il put également discuter avec Alexandre et Amélie avec qui il
sympathisa d’emblée. Ludwig lui faisait un peu la tête, car il ne pouvait
accaparer le blond pour lui tout seul. Eryna, d’ailleurs, avant de s’en aller
dans la soirée, vint le trouver et l’emmena à son tour dans un coin tranquille
avec elle et discuta pendant plus d’une demi-heure.
Quand finalement, elle revint pour dire
au revoir à tout le monde, le percé ne se trouvait plus avec elle. Cela
intrigua Reï qui partit à sa recherche. Il dut le chercher pendant longtemps, car
la maison avait énormément de pièces à l’étage. Il le trouva enfin au deuxième
étage dans une pièce insonorisée qui servait pour la musique. La pièce, tout de
blanc, n’était pas très grande et à l’origine devait être une chambre, car une
salle de bain y attenait.
Mais pour le moment, elle servait
surtout de salle de musique. Sur sa droite, Reï y aperçut un vieux piano collé
contre le mur. Quant à Ludwig, il se trouvait au centre de la pièce et jouait
un air plutôt triste au saxophone. Étant donné qu’il tournait le dos à la
porte, il n’avait pas vu le blond entrer et s’assoir sur le banc du piano.
Il sursauta comme un malade quand il
s’arrêta et entendit un applaudissement derrière lui. Il se retourna d’un coup
sec et fut surpris de voir Reï. Il se sentit un peu rougir. Peu de personnes l’avaient
déjà entendu jouer. À vrai dire, les seules personnes qui avaient été autorisées
avaient été sa mère, Simon et Carlin. Lui qui d’habitude se sentait plutôt à
l’aise, là pour le coup, il ne savait plus quoi faire et où se mettre.
-
Tu es plutôt doué. Je ne savais pas que tu avais ce talent !
Ludwig pour reprendre contenance,
déposa son instrument dans sa boite et en referma le couvercle. Ensuite, il
rejoignit le garçon près du piano. Il en frôla les touches. Il sentait le
regard vert du blond sur lui. Il n’osait pas le regarder, mais il n’avait pas
pu cacher ses yeux rouges très longtemps.
-
Est-ce que le saxo est ton remède quand tu te sens triste ? demanda
simplement le blond.
-
On peut dire cela, mais c’est aussi un mal.
Ludwig s’installa à son tour sur le
banc. Il put sentir la chaleur de la cuisse de Reï qui frôlait une des siennes.
Il posa ses coudes sur les genoux en baissant la tête. Il soupira un bon coup.
-
Ma mère adorait le son du saxophone, alors dès que j’ai pu en faire, j’ai suivi
des cours.
-
Tu sembles l’avoir beaucoup aimé. Ce devait être un être exceptionnel.
-
Oui, c’était une femme très remuante, toujours à courir à droite et à gauche.
Elle ne restait jamais en place. Des fois, c’était dur de la suivre. Elle usait
de toute notre énergie. Heureusement, Simon était son contraire et parvenait à
la calmer assez facilement.
Les deux jeunes gens gardèrent le
silence un moment avant que Ludwig reprenne :
-
Merci de m’avoir écouté.
-
Les amis servent à ça logiquement.
Ludwig posa sa tête sur une de ses
mains, le coude posé sur une de ses cuisses et se mit à observer avec un
sourire le blond.
-
Alors, je suis tout de même ton ami ?
-
Bin oui, pourquoi ?
-
Je ne sais pas. Étant donné que je t’ennuie à tout bout de champ et que je te
réveille presque toutes les nuits à cause de mes cauchemars.
Reï se pencha un peu vers l’arrière et
s’appuya contre le piano. Il semblait réfléchir, les sourcils fronçaient.
-
C’est vrai, j’avais presque oublié que tu pouvais être très barbant des fois.
Il regarda en souriant le percé.
-
Il va falloir que je demande à ton oncle une astuce pour te mettre chaos,
chaque fois que tu le deviendras un peu trop.
-
Ah non ! Ne mêle pas Carlin dans l’histoire. Tu ne peux pas savoir comme
il peut être usant la plupart du temps. Je me demande comment a fait Renko pour
le supporter pendant dix-huit ans déjà.
-
Alors, je devrais peut-être me renseigner directement à Renko alors. Il doit
savoir comment faire.
-
Si tu fais cela, je me vengerais !
-
Ah oui, et de quelle manière ?
Ludwig eut un petit sourire en coin. Il
se pencha et approcha ses lèvres d’une oreille de Reï qui n’en menait pas large
de voir le percé si proche.
-
Je pourrais développer la photo et l’exhibaient à la vue des autres.
Reï se mit aussitôt à rougir. Il
l’avait un peu oublié cette photo. Ludwig, toujours à la même place, ne tenant plus
laissa sa langue effleurer le lobe de l’oreille. Le blond sursauta et se
redressa comme un ressort, un peu paniqué. Lud se mit à rire, mais rapide, il
empêcha le blond de s’éclipser et le coinça contre la porte, lui tenant les
poignets.
Il fixait le beau visage de Reï,
légèrement rouge sur les joues. Le blond essayait tant bien que mal de se
dégager, mais finit par se laisser aller quand il vit qu’il n’avait pas d’échappatoire.
Il faisait aussi son possible pour éviter de regarder le percé qui le fixait
toujours. Lud gloussa. Il sentait contre lui le corps mince et chaud de son
camarade. Il se pencha et effleura les lèvres fermes du blond. Celui-ci serra
les lèvres mêmes si ce simple effleurement lui faisait battre le cœur un peu
trop vite à son gout.
Pas vaincu pour autant, Ludwig déposa
ses lèvres près des tempes et les laissa glisser doucement. Il sentait bien que
cela ne laissait pas le blond indifférent. Il se refusait peut-être, mais
n’essayait pas pour autant de l’éloigner. Ses lèvres revinrent sur les lèvres
toujours serrées. Le percé gloussa à nouveau. Il sortit sa langue et lécha les
lèvres. Reï fermait les yeux à s’en faire mal. Il ne voulait pas répondre à
l’invite. Pourtant, le simple fait d’être touché par le piercing de la langue
lui faisait un drôle d’effet.
La langue refit un autre trajet. Les
lèvres fermes tremblèrent, mais ne cédèrent pas. Ludwig posa son front sur
celui du blond.
-
Tu feras tout pour ne pas me laisser faire facilement. Hein ?
Reï tourna enfin les yeux vers ceux de
Lud. Il se fit ainsi capturer par l’éclat gris bleu et ne put plus s’en
détourner. Ludwig lâcha un des poignets et porta sa main vers le visage ovale
du blond. D’un doigt, il caressa la joue satinée.
-
Tu as la douceur d’une peau de femme. Tu le savais ?
Reï fit une grimace. Il le savait, on
le lui avait déjà fait cette remarque. Le doigt continuait à caresser son
visage et le garçon frissonnait sous le contact. Ludwig agrandit son sourire. Ses
yeux brillaient de malice.
-
Tu ne veux pas me laisser faire ?
Reï secoua la tête. Il ne voulait pas
répondre. Il savait très bien que Ludwig n’attendait que cela pour attaquer. Il
ne se laisserait pas faire aussi facilement. Le percé dut lire dans ses pensées, car il minauda :
-
Tu crois réellement que tu vas résister encore longtemps ? Je vais te
montrer comme tu as tort.
Ludwig glissa son doigt vers le cou où
il sentit une palpitation prendre un rythme fou. Il sourit deux fois plus. Il
retira sa main. Il vit de suite un certain soulagement sur le visage expressif
du blond. Le percé gloussa de plus belle. Sa main revint, mais ne vint pas sur
le visage. Elle se positionna directement sur une autre palpitation cachée
derrière un jean.
Reï fut tellement pris au dépourvu
qu’il laissa échapper un cri de surprise. Ludwig n’entendit pas et fonça sur la
bouche entre ouverte. Il se mit en devoir de la fouiller dans chaque recoin
tout en titillant la langue timide avec le piercing. Reï porta sa main libre
contre le torse de Ludwig pour le repousser. Mais peine perdue, évidemment. Le
bougre embrassait bien, beaucoup trop bien. Reï se sentit défaillir surtout que
la main n’avait en aucune manière bougé de sa place.
Le blond se sentait étrange et bien en
même temps. Il trouvait assez étrange d’être embrassé par une personne du même
sexe, mais il ne trouvait pas cela désagréable. De toute façon, il ne pouvait
pas vraiment comparer vu que Ludwig venait de lui prendre son premier baiser.
Quand Ludwig se redressa, il esquissait
un sourire conquérant. Reï songea immédiatement qu’il n’en informerait en
aucune façon le percé. Plutôt mourir ! Il était certain, même sûr que le
percé s’en vanterait pendant des jours et deviendrait par la même occasion
encore plus casse-pied qu’il l’était déjà.
-
Alors ? Ne suis-je pas doué ?
-
La vantardise est un mauvais défaut.
Par pur sadisme, Ludwig caressa de
nouveau l’entre-jambes. Reï laissa échapper un son inarticulé.
-
On dirait bien que ton ami a un problème ?
Le blond serra les dents et inspira un
bon coup.
-
Laisse-lui son problème. Ne t’en occupe pas. Maintenant que tu as eu ce que tu
voulais, lâche-moi !
Mais apparemment, ce n’était pas de
l’avis de Ludwig évidemment. Il se pencha à nouveau et s’empara à nouveau des
lèvres fermes de Reï qui se laissa faire. Mais même si un peu avant, il avait
pu résister, il ne pouvait plus cette fois-ci. Il répondit à l’ardeur de cette
langue un peu envahissante. La main du blond se referma sur le tee-shirt et
laissa échapper un son quand il sentit les doigts de Ludwig s’insinuer sous le
pan du jean qu’ils venaient d’ouvrir. Ludwig s’empara du sexe tendu et se mit à
faire un va et viens permanent. Reï perdait le sens de la réalité. Il se
laissait faire sans broncher. De toute façon, il était bien trop tard
maintenant. Il finit par lâcher un râle. Tout rouge à nouveau, il cacha son
visage en posant son front sur l’épaule de Ludwig.
-
Est-ce que ça va, Reï ? demanda avec une certaine difficulté Ludwig.
-
Pourquoi as-tu fait ça ? N’as-tu personne d’autres plus accessibles pour
jeter ton dévolu sur un gars comme moi ?
-
J’aurais pu si j’en avais eu envie. Mais c’est toi que je voulais.
-
Je peux savoir pourquoi ?
-
Là, tu me poses une colle. Je n’en sais rien. Au début, c’était juste pour te
mettre en boîte, mais…
Ludwig se recula un peu et libéra le
blond qui eut du mal à reprendre un peu de contenance.
-
Trouves-tu cela désagréable d’être embrasser par un mec ?
Reï se laissa glisser sur le sol. Ses
jambes ne le retenaient pas assez. Il se passa ses mains dans ses cheveux
blonds. Il se rendit compte qu’ils avaient bien poussé depuis la dernière fois.
Ils lui arrivaient aux épaules maintenant.
-
Non, ce n’est pas désagréable. Je n’ai jamais eu le temps de penser à des
relations avec qui que ce soit alors.
Reï rougit à nouveau en se souvenant de
ce qu’il venait de dire. Ludwig comprit très bien le sous-entendu. Il
s’agenouilla et posa ses mains sur les genoux de Reï.
-
Relations ? Hein ? Tu n’es jamais sorti avec personne ? Même pas
avec une fille ?
Reï soupira. Il s’était trahi. La
poisse !
-
Oui, je ne suis sorti avec personne. Comment voulais-tu que je fasse ?
Avec la mère que j’avais et la jalousie de mon frère, comment aurai-je pu
sortir avec quelqu’un ?
-
Oui, je suppose que cela ne devait pas être facile tout le temps.
Ludwig se pencha et baisa un instant
les lèvres du blond. Celui-ci leva les yeux vers le percé qui sourit. Il se
redressa et aida Reï à se remettre sur pieds. Lud s’éloigna un peu plus du
blond pour ne pas être de nouveau tenté. Il finit par lancer.
-
Je ne te bousculerais pas Reï. Mais je veux que tu sois franc maintenant.
Aurais-je une chance ou préfères-tu que j’arrête de t’ennuyer ?
Le blond recula à son tour. Avait-il
besoin de lui poser ce genre de question ? Il ne voulait pas perdre
l’amitié de Ludwig, mais ce que le percé proposait, c’était bien plus que cela.
Il soupira un bon coup. Après tout, il prenait goût à cet enquiquineur.
-
Si je réponds qu’il soit possible que tu ais une chance, tu ne me sauteras pas
dessus ?
-
Promis ! Je serais sage comme une image.
-
Bon, alors il est possible que tu aies une chance.
Ludwig poussa un petit cri et
contrairement à sa promesse, sauta sur le blond pour le prendre dans les bras.
Celui-ci, furieux, le frappait de ses poings.
-
Merde, Ludwig ! Tu as promis.
Le percé attrapa les poings dangereux
et les coinça derrière le dos de Reï. Celui-ci jetait des éclairs. Ludwig
ricana et d’un coup de langue percée, fit entrouvrir les lèvres du blond, qui
reçut un nouveau baiser brûlant avant qu’il ne soit finalement relâché.
-
Je retiens ! s’exclama Reï en colère.
Il sortit de la pièce en secouant la
tête et en traitant son camarade de tous les noms d’oiseaux qu’il connaissait.
Ludwig se mordit les lèvres mortifiées. Non pas qu’il s’en voulait de sa
dernière attaque, c’est surtout le fait que son camarade à l’entre-jambes avait
un sérieux problème lui aussi.
Une nouvelle vie : chapitre 12
En
ce début de semaine, les jeunes gens eurent la surprise de ne plus voir Renko
dans les parages. Pour Maeva et Ludwig, cela ne les dérangeait pas le moins du
monde. Ce n’était pas la première fois où Renko s’en allait sans dire au
revoir. Reï apprit par Carlin qu’August Miori avait une certaine tendance à
demander à son fils aîné de jouer les enquêteurs incognito dans certaines de
ces entreprises. Cette fois-ci, il devait se rendre en Angleterre. Il serait
donc absent pendant toute la semaine.
Bien sûr, le jeune homme avoua
également qu’un des jeunes serait chargé de nourrir tout le monde, car ne
sachant pas cuisiner, il ne voulait surtout pas les empoisonner.
Reï remarqua tout de même que cela se
vît que le grand brun n’était pas là. Carlin semblait beaucoup trop calme et
parlait peu. Il avait bien l’impression que l’homme n’appréciait pas beaucoup
les déplacements à long terme. Il se demandait bien pourquoi. Après tout, ce
n’était qu’une petite semaine, ce n’était pas la mort non plus.
Maeva lui assura que son père allait
très bien, c’était juste que le départ de Renko était arrivé trop tôt. Carlin
n’avait pour ainsi dire dormi que quatre heures en 4 jours. Même si, elle
devait bien avouer que son père avait une sacrée énergie à revendre, un moment
le moteur ne suit plus. Il faut laisser reposer son corps. Mais ce qui semblait
réellement perturber Carlin, arriva le soir quand Thalia Lagardère rentra de
l’école.
Reï s’était bien aperçu que la jeune
fille cherchait toujours après les adultes pour les saluer. Mais il avait juste
pensé que c’était une manière pour elle de leur dire qu’elle les aimait
beaucoup. Bien que ce soit un peu le cas, la vrai raison était surtout de les
voir bien vivants. La mort de ses parents avait été tellement traumatisante
pour la petite fille que maintenant elle craignait par-dessus tout de perdre
les personnes qu’elle avait décidé de prendre comme nouveau parent.
Quand elle rentra, tout le monde se
trouvait dans la cuisine devant un bon petit gouter préparé par les bons soins
de Maeva. La jeune fille de douze ans fit comme à son habitude, elle serra dans
ses bras l’homme que sa mère avait toujours adoré et l’embrassa sur la joue.
Carlin souriait et lui ébouriffa les cheveux. Bien sûr la question fatidique
apparut :
-
Où est Renko ? Il n’est pas encore rentré du travail ?
-
Il n’est pas là pour toute la semaine.
La jeune fille se recula un peu tremblant.
-
Il est où ?
-
Il est en Angleterre pour le travail.
-
Pourquoi il ne l’a pas dit hier ?
-
Parce que cela s’est décidé ce matin. Il va revenir Thalia.
-
Vous…, vous vous êtes disputé, hein ?
Carlin poussa un soupir las. Il se
força à nouveau à sourire.
-
Tu nous as déjà vus nous disputer ? Non, on se chamaille, il m’arrive même
de le frapper quand il m’énerve, d’ailleurs il ne se gêne pas de le faire
aussi. Mais on ne s’est jamais engueulé. Alors, ça ne va pas commencer
maintenant. Thalia, arrête de te faire des films.
-
Mais…
Des larmes commencèrent à couler le
long de ces jours. Carlin se leva d’un bond et la prit dans ses bras. Il la
berça.
-
T’es vraiment pénible comme nana, tu le sais au moins.
-
Snif ! …, ce n’est … snif … pas gentil.
Carlin gloussa et lui baisa le front.
-
Vous me fatiguez les mioches ! S’exclama-t-il d'un coup, mais sur un ton
doux.
Il se tourna vers son filleul et
demanda :
-
Donne-moi ton portable, Lud.
-
Hein ? Prends le tien !
-
Mais euh ! Je ne sais pas où il est. Il peut être au fin fond d’une
poubelle que je n’en serais rien.
Ludwig renifla et tendit l’objet en
question.
-
Tu es une vraie calamité !
-
Oui, oui, mon chou, je le sais.
Carlin fit un numéro de tête et tendit
l’appareil à la jeune fille qui le prit. Elle le mit aussitôt à son oreille et
un sourire apparut dès qu’elle entendit la voix de l’interlocuteur. Tout en
discutant avec la personne, elle retourna dans le couloir pour déposer son sac
jusqu’à sa chambre.
Carlin se laissa tomber sur une chaise
avec un gros soupir. Il remercia Reï d’un sourire quand celui-ci lui posa une
tasse de café devant lui.
-
Merci mon grand.
-
Et moi, alors ? s’exclama Ludwig sidéré.
-
Toi ? Tu es assez grand pour te servir tout seul, répliqua le blond.
Maeva et Carlin éclatèrent de rire.
Carlin était plutôt ravi que Reï est de la répartie. Ludwig était le garçon
même de l’enfant pourri gâté par sa mère qui lui cédait tout. Carlin savait
depuis longtemps que Miki, le petit frère décédé, le jumeau de Thalia avait
toujours été jaloux de son grand frère, au point même d’être par certains
moments, très méchant et mesquin. Il faisait souvent exprès de faire des choses
afin que son frère se fasse disputer à sa place.
Miki allait jusqu’à dire que sa sœur
lui avait pris une part de son âme et que c’était une moins que rien. Une loque
bonne à faire ses quatre volontés ! Carlin se demandait souvent comment
Ludmilla et Simon n’avaient pas vu le comportement inadmissible du gamin envers
sa jumelle ou la méchanceté gratuite envers Ludwig.
Enfin bon, cela s’était de l’histoire
ancienne. Une histoire qui faisait toujours très mal et avait laissé des
cicatrices dans le cœur d’un jeune de dix-huit ans et d’une fillette de douze
ans. En observant, son filleul titillait le blond qui fit le geste de le
frapper. Carlin sourit. Finalement, il ne regrettait pas sa décision de prendre
l’adolescent que Gabriella voulait aider. Il faudrait qu’il pense à lui envoyer
un message pour la remercier.
Non seulement la présence de Reï avait permis
à Ludwig d’oublier un peu sa peine, mais aussi permis à Maeva d’avoir un ami
avec qui elle pouvait s’amuser et discuter sans qu’il soit membre à part
entière de la famille. Carlin songea à la lettre qui se trouvait dans le tiroir
du bureau de Renko. Une lettre de dette ! Il jeta un coup d’œil vers le
grand blond qui soupirait et grognait à son encombrant camarade de lui foutre
la paix. Aline Harada avait accumulé des dettes un peu partout. Bien sûr, Reï
se retrouvait insolvable donc la plupart étaient à oublier, mais certaines
dettes venaient à des endroits pas très catholiques. Ces hommes à qui Harada
devait, n’étaient pas du genre à oublier et venaient de le prouver en envoyant
la lettre.
Carlin se gratta le bout du nez et se
leva pour abandonner les ados pour se rendre dans la chambre de Luce qui venait
de se réveiller. Un sourire étirait ses lèvres. Il espérait bien que Reï ne
sache jamais à propos de ces dettes qui de toute façon n’existaient plus à
l’heure actuelle.
Luce se trouvait déjà assis dans son
lit et cria de joie en voyant son père.
-
Oui, oui, j’arrive.
Carlin attrapa le petit et le changea.
Au moment où il le prit dans ses bras à nouveau, le petit prononça les mots
magiques.
-
Papa.
Carlin stoppa net et souleva le petit
devant ses yeux noirs. Luce riait.
-
Qu’est ce que tu as dit ?
Le petit pencha la tête et se mit à
rire à nouveau, mais, répéta.
-
Papa.
Carlin hurla de joie et se laissa
tomber sur le sol avec Luce dans les bras en lui faisant d’énormes câlins.
C’est ainsi que Thalia le trouva en entrant en courant dans la chambre.
-
Carlin ? Est-ce que ça va ?
-
Mais oui, ma puce. Je vais bien même très très bien.
La jeune fille s’approcha et
s’agenouilla près d’eux. Elle caressa la joue de Luce qui lui sourit.
-
Il est amusant. Il sourit tout le temps.
-
Ça veut juste dire qu’il est heureux, non ?
Carlin écarta un peu Luce et attrapa la
jeune fille pour la prendre, elle aussi, dans ses bras. Elle se lova contre ce
corps bien chaud. Elle vit Luce faire pareille et dire les mots qu’il avait sortis
quelques minutes plutôt.
-
C’est pour cela que tu as crié ? Pourtant, tu devrais être habitué, Maeva
vous le dit à tous les deux.
-
Je sais, ça me fait très plaisir que Mave nous appelle papas, mais là ce n’est
pas la même chose. C’est son premier mot ! Et il est pour moi !
Thalia se mit à rire.
-
Pauvre, Renko ! Il devra attendre son tour.
-
Pfft ! Il n’avait qu’à envoyer son père sur les roses.
-
Ce n’est pas gentil Carlin. Je croyais que tu étais d’accord ?
Carlin caressa la tête de Thalia.
-
Je plaisante, Thalia.
-
Carlin ? Est-ce que je peux dire un truc ?
-
Bien sûr ma puce.
Elle se cacha un peu plus contre le
torse du jeune homme. Elle sentit la petite menotte de Luce lui touchait la
joue.
-
Maeva et Luce ont beaucoup de chance de vous avoir comme parents.
-
Merci, ça me touche beaucoup ma puce.
Carlin serra un peu plus le corps mince
de la fillette et demanda :
-
Tu veux en faire partie de cette famille pour de vrai ?
Thalia se redressa en sursaut et
regarda, les yeux ronds, Carlin.
-
Je peux ? Maman et Papa ne m’en voudront pas ? Et Ludwig ?
Carlin lui ébouriffa les cheveux.
-
Oui, tu le peux. Quant à tes parents, ils ne veulent que votre bonheur à tous
les deux. Quant à Ludwig, c’est à lui de nous dire s’il veut ou pas. Il a dix-huit
ans, il est en âge de décider par lui-même. De toute façon, vous faites
intégralement partie de ma famille depuis avant même votre naissance. Pour moi,
ta mère était la sœur que je n’avais pas et Simon le frère que j’aurais voulu
avoir. Lud, lui, a toujours été considéré comme un fils pour moi.
Thalia se jeta contre Carlin qui la
serra sous le babillage de Luce.
-
Ludwig serait content d’entendre ça.
-
Ton frère s’en serait rendu compte s’il n’était pas toujours aussi stupide.
-
Ce n’est pas faux ! s’exclama la fillette en riant.
-
Qu’est ce que vous faites à terre tous les trois ? Retentit tout à coup
une voix dans la pièce.
Carlin et Thalia relevèrent la tête et aperçurent
l’idiot en question. Un fou rire les prit, laissant Ludwig se poser des tas de drôles
de questions. Il les regarda stupidement s’esclaffer. Il secoua la tête. Cette
famille, il leur manquait vraiment une case. Il se détourna et aperçut Reï
entrer dans sa chambre. Oubliant les deux andouilles dans la chambre du petit,
il fonça dans la chambre des garçons. Il venait de trouver une nouvelle
occupation.
-
Il va se faire jeter comme un malpropre, répliqua aussitôt Thalia en voyant son
frère s’en aller.
Carlin gloussa.
-
Ouais et qu’est-ce que j’en suis ravi ! Vas-y, mon Reï chou ! Fais-le
tourner en bourrique, cet idiot !

