Les orphelins de la forêt noire : Prologue
Prologue
La lune se levait à la lueur des flammes
qui s’étendait à travers le village. Les rares survivants essayaient en vain de
l’éteindre, mais en pure perte. L’incendie s’était déclaré pendant la cérémonie
du mariage du fils du Maire de Shumy.
Les femmes soignaient du mieux qu’elles
pouvaient les blessés et les jeunes filles s’occupaient des enfants. Walters
Brame jeta un coup d’œil auprès des blessés. « Beaucoup ne survivront pas,
songea-t-il. » Son regard se posa sur une frêle jeune femme habillée de
blanc. Elle s’occupait d’un petit garçon blessé à la tête. Walter sentit son
cœur se serrer.
Dans cet incendie, Alyssa Mudo Brame avait tout perdu, son
tout jeune époux, son frère Rhys avec sa femme tous mort par asphyxie. Walter
se demandait comment elle pouvait encore tenir le coup après ce drame. Le Maire
observa attentivement l’enfant. Les cheveux châtain clair coupés un peu
n’importe comment, les yeux d’un bleu ciel, très mince, d’une dizaine d’années,
il n’y avait aucun doute possible. C’était bien Sethsuno, le fils unique de
Rhys et de Brenda Mudo. Walter s’était trompé, il lui restait un être à chérir,
alors que lui, avait perdu son unique fils, Freddie, un garçon doux et courageux.
L’homme fit un effort sur lui-même pour
refouler son chagrin. Son village était détruit, il fallait le reconstruire,
comprendre et savoir d’où avait commencé le feu. Le Maire réunit tous les
hommes valides et leur donna des directives. Certains devaient fouiller les
ruines pour trouver des objets qui pouvaient encore servir. D’autres
construisaient des abris pour protéger du mieux possible les blessés et les
enfants. Quand au troisième groupe, celui du Maire, il cherchait les indices
sur l’incendie.
Un vieil homme, allongé sur sa paillasse,
regardait fixement le fils de Rhys Mudo. Cet homme, les villageois le surnommaient
« le Mage », car il pouvait soigner quelques maladies et blessures
grâce à la magie et à la prière. De plus, il connaissait des choses que
personne ne pouvait connaître.
L’enfant faisait croire à une amnésie.
Pourquoi ? Qu’avait-il pu voir ou entendre ? Pourquoi ne voulait-il
rien dire ? Sethsuno sentit le regard du Mage sur lui. Il se tourna et
croisa les yeux vieillis de l’homme ; il sentit des frissons lui parcourir
le corps. Le Mage le sondait. L’enfant ferma son esprit. Personne n’avait le
droit de lire dans ses pensées !
L’homme sans visage avait voulu les lire
également. De quel droit s’était-il permis ? Sethsuno savait que cela
pouvait être dangereux de laisser un monstre vous sonder. Son père en était
mort. Un Lynos avait su tout de suite le point faible de Rhys et d’un coup
l’avait achevé sous les yeux horrifiés de sa femme et de son fils.
L’enfant avait été abasourdi de son père,
son idole se faire tuer par un simple monstre de pacotille. Ensuite, le jeune
époux de sa tante était apparu dans sa tenue de mariage. Il n’avait pas eu le
temps de faire quoi que ce soit. Il tomba comme une feuille.
Le Lynos Darwin, tel était le nom du
monstre, mit alors le feu à la maison. Brenda Finch Mudo avait fini par réagir
et avait emporté son fils vers la sortie. Là horreur ! Tout le village
était enflammé. La jeune femme avait poussé un long cri en s’écroulant sur le
seuil de ce qui restait de sa maison. L’enfant s’était redressé. Sa mère était
morte asphyxiée par des mains invisibles.
Sethsuno l’avait à peine vu un instant,
mais il n’était pas prêt à oublier. Ensuite, les Lynos disparurent comme par
magie. Le jeune garçon apprit par la suite que personne ne les avait vus à part
ses parents et lui.
Le Mage força légèrement les barrières
mentales de l’enfant, mais à sa grande surprise, il fut rejeté en arrière avec
une extrême violence. Surpris, il fixa l’enfant frêle dans des vêtements trop grands.
« Ce jeune être a de grands pouvoirs latents, pensa le Mage. » Le
vieil homme savait au moins une chose. L’incendie n’était pas accidentel, mais
bien un acte prémédité. Qui en voulait au simple village Shumy au point de le
brûler ?
Les orphelins de la forêt noire : 01
Chapitre 1
La troupe avançait dans la Forêt-Noire
avec une extrême attention. Elle regorgeait de danger en tout genre. Le Capitaine
Sylen D'Ascort se demandait qui avait eu l’idée saugrenue de construire un
orphelinat dans une plaine, en plein centre de la forêt.
Sylen jeta un coup d’œil au petit corps
frêle de la jeune fille dont il avait la charge d’amener à l’orphelinat. Ces
hommes l’avaient traité de fou quand il avait accepté de prendre la gamine en
charge jusqu’à sa destination.
À vrai dire, il ne pouvait pas refuser ce
geste au Maire de Winhill. Sylen avait une dette de jeu envers Siméon Graven,
plutôt grosse d’ailleurs. Alors quand le Maire lui avait gentiment demandé
d’escorter cette jeune demoiselle, il n’avait pu refuser. Le Capitaine observa
à nouveau la petite fille. Elle était plutôt mignonne avec ses taches de son sur
son nez mutin. Elle avait les cheveux blonds comme les blés relevés en chignon
avec juste deux mèches lui encadrant son visage ovale. Ses yeux bleus étaient tristes,
mais aucune larme ne coulait. Cette enfant était très courageuse.
D’après le peu qu’il savait, les parents
de la jeune Quistis serait mort dans l’incendie de son village. Sylen se rendit
compte qu’il ne connaissait même pas l’âge de la fillette. En la détaillant une
nouvelle fois, il songea qu’elle approchait des dix ans.
Ward, un soldat de forte corpulence,
s’était pris d’affection pour cette fillette. Elle se trouvait sur sa selle et
depuis leur départ, ils discutaient de tout et de rien. Mais Ward arrivait à la
faire rire et c’était un pur enchantement d’entendre ce rire cristallin. Sylen
s’avoua tout de même qu’elle lui manquerait.
Quistis regarda autour d’elle. Elle avait
déjà entendu parler de cette forêt. Son père lui avait raconté qu’elle
regorgeait de monstres en tout genre. Mais un l’orphelinat y avait été
construit afin d’élever des enfants sans famille de façon qu’ils apprennent à
comprendre les démons.
La forêt s’éclaircit et bientôt la troupe
y aperçut l’immense demeure. L’orphelinat ne ressemblait pas du tout à ceux des
grandes villes, sombre et à faire peur. Non, celle-ci était magnifique. La
demeure, non, plutôt le Manoir était entouré de fleurs et de plantes de toutes
variétés et de milles couleurs. Les volets peints en bleu donnaient une lueur
de gaieté à l’ensemble.
La troupe entendit les cris joyeux
d’enfants heureux de vivre. En plein milieu d’une forêt aux mille dangers, un
homme avait réussi à créer un endroit joyeux et ensoleillé.
Les soldats arrêtèrent leur monture près
du patio. Apparemment, personne ne les avait entendus arriver. Le Capitaine
Sylen D'Ascort descendit de son cheval blanc, aida la jeune Quistis, puis
suivit de son fidèle Ward, se dirigea vers la porte. Celle-ci était entre-ouverte.
-
Y a-t-il quelqu’un ? Cria Sylen d’une voix grave.
N’ayant aucune réponse, il pénétra plus
avant dans la maison. Le couloir était jonché de jouets. Il n’y avait pas âme
qui vivent ni dans le salon, ni dans la cuisine. Quistis s’exclama :
-
Où sont-ils ? Il doit bien y avoir quelqu’un.
Sylen lui caressa la tête.
-
Ne t’inquiète pas.
Un petit rire cristallin retentit derrière
leur dos. Les deux soldats se retournèrent et y aperçurent une petite fille
habillée en garçon. Sylen la trouvait adorable avec ses cheveux bruns coupés au
carré dont les coins étaient relevés. Elle les regardait avec un regard
malicieux. Elle vit la fillette blonde qui accompagnait les deux hommes. Elle
lui adressa un large sourire et s’exclama :
-
Salut ! Je suis Selphie Tilmitt. Je viens juste d’avoir dix ans.
Quistis observa l’inconnue un moment, puis
refoulant sa timidité, elle lui répondit :
-
Je m’appelle Quistis Trèpe. Je viens de Winhill. Mes parents sont décédés dans
un incendie.
Selphie s’approcha et avoua tristement.
-
Les miens aussi sont morts dans un incendie, il y a quatre jours.
Une voix de garçon fit écho à la jeune
fille brune.
-
Moi aussi dans un incendie !
Le garçon était blond avec une
particularité d’avoir une mèche qui biquait sur le devant.
-
Mon nom est Zell Dintch.
Ward prit la parole à la grande surprise
de Sylen.
-
Quel drôle de coïncidence ! Ces trois enfants ont perdu leurs parents de
la même manière.
-
Oui, Ward, tu as raison. C’est très étrange !
-
Vous le pensez également ?
La personne qui venait de parlait, était
une jeune femme d’une très grande beauté, aux longs cheveux d’un noir profond
et aux yeux tout aussi sombres.
-
Excusez-moi, je ne me suis pas présentée. Je suis Edéa Kramer. C’est le
grand-père de mon mari qui a construit cet orphelinat.
Sylen fut subjugué. Il la salua :
-
Capitaine Sylen D'Ascort pour vous servir Madame !
La jeune femme sourit et serra de bonne
grâce la main du soldat. Ensuite, elle aperçut Quistis.
-
Je suppose que votre venue en ces lieux est cette jeune demoiselle ?
Le Capitaine hocha la tête et relata
l’histoire de la jeune fille.
-
C’est étrange tout de même ces incendies ! Selphie, Zell, Seifer, Raijin
et Fujin ont tous perdu leurs parents dans un incendie qui a détruit leur
village. Puis maintenant, Quistis ! Mon mari m’a également appris que mon
village natal Shumy avait été détruit. C’est incompréhensible !
Sylen était stupéfait. Il faudrait qu’il
en parle à la Reine Astrid. Le soldat jeta un coup d’œil aux trois enfants.
-
Viennent-ils tous du même village ?
La tutrice secoua la tête.
-
Non. Raijin et Fujin sont cousins. Ils viennent de Timber city, Seifer de
Dollet, Selphie de Trabia et Zell de Balamb.
-
Et Quistis de Winhill finit par dire Ward.
Les enfants venaient de différentes
régions. Impossible que ces incendies soient des accidents. Un pyromane ?
Non, les villageois auraient reconnu le genre. Il était criminel, mais pour
quelle raison ?
Quistis fut très triste de voir partir les
soldats, car elle avait beaucoup aimé voyager avec eux. Elle avait fait la
connaissance de tous les habitants du Manoir. Edéa lui montra ensuite sa
chambre. Elle la partagerait avec Selphie. Elles étaient vite devenues amies.
Selphie était un véritable boute-en-train qui ne restait jamais très longtemps
à la même place. Zell Dintch était de la même trempe. La seule chose qui le calmait
était les fameux bretzels que cuisinait leur tutrice.
Petit à petit, elle prit le rythme de
l’orphelinat. Debout à sept heures pour le petit déjeuner, cours le matin,
jouait l’après-midi avec quelques petites corvées pour aider la tutrice. En
plus, on lui apprenait l’art de se défendre contre toutes les armes et la
magie. Bien qu’elle doive apprendre à se servir de toutes les armes blanches
connues, sa préférence se portait pour le fouet. Selphie choisit le nunchaku,
Seifer l’épée, Fujin une sorte de boomerang étoilé et Raijin un long bâton. Quant
à Zell, il ne voulut aucune arme à part ses poings.
Edéa Kramer les élevait avec beaucoup de
tendresse comme une mère. Ils connurent également Cid Kramer, le mari de leur
tutrice. Cid était un ancien soldat qui avait servi sous les ordres de la Reine
Astrid de Galbadia. Il avait donc la charge de leur apprendre à se défendre, à
devenir un soldat avec une tête bien faite.
Il essayait également d’être un père pour
ces petits êtres innocents. Une tâche pas très difficile en somme, mais fausse.
Ils avaient tellement souffert qu’ils n’osaient pas trop donner d’eux-mêmes.
Un mois après l’arrivée de Quistis, un nouvel
orphelin arriva près d’eux. Il venait d’une île du nom d’Horizon. La seule
différence des autres était qu’il n’avait jamais connu ses parents. Son village
avait brûlé également ainsi que l’orphelinat. Un pêcheur avait parlé de
l’orphelinat de la Forêt-Noire comme bien meilleur alors le chef d’Horizon
envoya ce jeune garçon trop intelligent pour finir dans un sale orphelinat de
grande ville. Il s’appelait Irvine Kinnéas. Il avait les cheveux châtain foncé
et des yeux noisette. C’était également un séducteur né. Il séduisit Edéa d’un
simple sourire. Il avait une apparence solide, mais c’était un jeune très
sensible. Il remarqua de suite une chose.
Tous les enfants dont le village avait
brûlé ne se quittaient jamais. Ils étaient toujours ensemble et délaissaient
les autres. Dès qu’ils apprirent l’histoire d’Irvine, ils l’intégrèrent dans
leur groupe, lui fit visiter le Manoir, leur jeu et lui montrèrent leurs armes.
Ils lui racontèrent leur propre histoire chacun leur tour. Irvine se sentit de
suite à l’aise et chéri par ses nouveaux amis.
Les orphelins de la forêt noire : 02
Chapitre 2
Les Lynos avaient peur. Leur Maître était
en rage. Le Médaillon Alador était toujours introuvable. Ils fouillaient
partout dans chaque village, mais aucune trace. Darwin, le sans visage, était
certain que ce maudit médaillon devait se trouver dans un de ces villages. Son
intuition le lui disait et surtout le fait qu’il avait eu le temps de sonder
l’esprit de Rhys Mudo avant qu’il ne meure.
Le peu qu’il avait pu récolter, était que
l’Aladore se trouvait à l’abri entre les mains d’une personne de confiance,
mais ce n’était en rien un problème. Rhys Mudo avait été lige pendant dix ans
auprès d’une certaine Dame Moiraine, une Sorcière. Pour se charger de sa tranquillité,
d'autres, liges, avaient été engagés. Darwin n’avait eu aucun mal à connaître
les noms de ces liges. Ils s’étaient éparpillés un peu partout de Dollet à
Timber City en passant à Horizon, Trabia, Balamb. Darwin les avait tous trouvés
sauf un. Il devrait même dire une. La seule femme du groupe à part la Sorcière.
Non seulement elle avait été lige, mais également l’apprenti de Dame Moiraine
jusqu’à la mort accidentelle de celle-ci. Le Lige Sorcière voyagea énormément et
finit par déposer son bagage dans une immense ville du nom d’Esthar.
Cette ville était très difficile d’accès.
Des montagnes ceinturaient la ville. Aucun des autres liges ne savait où se
trouvait l’Aladore. Il espérait qu’Elany Sumo lui apprendrait plus de choses.
Darwin n’avait pas véritablement envie de
mourir. Il aimait trop faire souffrir les hommes. Le seul désappointement à
Esthar, c’est qu’il ne pourrait pas allumer d’incendie. Il contacta le Spectre.
Ce démon avait la particularité d’être invisible à tout moment et à volonté.
Darwin savait que seul ou avec des
confrères, il ne pourrait rien contre un sorcier, mais le Spectre, ce serait
différant. Il allait trouver ce Médaillon coûte que coûte.
Dès leurs arrivées, Le Capitaine Sylen
D'Ascort et sa troupe apprirent que la ville avait subi le plus terrible des
incendies jamais encore vus. La Reine Astrid avait été obligée de demander
l’assistance des Sorcières de Tar valois. Grâce à leur puissante magie, elles
purent sans problème le contrôler.
Sylen se sentait inquiet. Il y avait
beaucoup trop d’incendies. Ce ne pouvait pas être une coïncidence ! Il
mena son cheval au trot et les gardes royales se dépêchèrent d’ouvrir les
portes en l’apercevant.
Le château n’était pas tout à fait comme
son nom l’indiquer. Il ressemblait plus à un énorme Manoir. Un majordome
l’amena jusqu’au salon des invités en précisant qu’il allait prévenir la Reine
de son arrivée.
Pendant l’attente qui lui parut
interminable, il fit les cent pas tout en réfléchissant sur les derniers
évènements. La porte s’ouvrit sur deux grandes femmes. La première portait une
longue robe rouge et dorée et ses cheveux noirs relevaient en chignon dont une
couronne argentée y trônait. Elle était encore très belle malgré ses soixante-cinq
ans. L’autre femme était habillée d’une simple robe grise de la même couleur
que ses cheveux. Elle tenait dans une main un sceptre en forme de Serpent. Il
n’y avait aucun doute possible sur son identité, dame Amelyn, Chef suprême de
Tar valois. Le Capitaine fit la révérence avant de baiser la main que lui
tendait la Reine.
-
Capitaine Sylen ! Je suis ravie que vous soyez revenu.
-
Moi de même Majesté. J’ai appris que vous aviez subi un incendie
dernièrement ?
La Reine s’assit sur un canapé d’un air
las.
-
Oui, mais nous pensions ne jamais pouvoir l’arrêter.
Le Capitaine se passa une main dans ses
cheveux châtain. La Sorcière le fixa un moment avant de demander.
-
Vous ne semblez pas trop surpris de ce que vous venez d’apprendre, Capitaine.
De la main, il fit un large geste
d’impuissance.
-
Pendant mon voyage de retour, j’ai aidé un ami, le Maire de Winhill. Je devais
amener une jeune demoiselle à l’orphelinat de la Forêt-Noire.
-
La Forêt-Noire ? Qui a eu l’idée saugrenue de construire un orphelinat dans
cette forêt, s’exclama la Sorcière.
-
Le grand-père de Cid Kramer un de mes anciens Capitaines, répliqua la Reine
Astrid.
Elle se tourna de nouveau vers Sylen et
lui enjoignit de continuer.
-
Là bas, j’ai rencontré quelques enfants de différentes Régions et pourtant ils
avaient deux choses en commun. Leur village fut détruit par un incendie et ils
perdirent leurs parents par la même occasion.
-
Mon Dieu ! Les pauvres enfants, s’apitoya la Reine.
-
Ces incendies sont l’œuvre de démon. Les Lynos sont capables de créer des feux
que seule la magie peut éteindre, avoua alors la Dame Amelyn.
-
Il faut faire quelque chose. Dans l’incendie, ma petite fille Miliana a bien
failli y passer. Je ne veux plus que cela arrive.
Elle se tourna vers la Sorcière et ordonna :
-
Je voudrais que vous enquêtiez. Vous connaissez ces monstres mieux que nous. Le
Capitaine Sylen vous assistera si vous en avez besoin.
La Dame Amelyn n’aimait pas beaucoup
recevoir des ordres, mais accepta de bonne grâce. Mieux valait rester en bon terme
avec Galbadia.
Les orphelins de la forêt noire : 03
Chapitre 3
Edéa Kramer observa attentivement le jeune
garçon en face d’elle. Il baissait la tête. Il ne voulait pas être vu en train
de pleurer. La jeune femme eut un élan vers lui, mais se retient finalement.
Elle se tourna à nouveau vers les deux adultes. La femme semblait très triste.
Celle-ci prit la parole.
-
Nous venons de Shumy. Les parents de Sethsuno sont morts dans un incendie, il y
a quatre ans.
Edéa surprise s’exclama :
-
Lui aussi ?
L’homme demanda :
-
Vous avez d’autres enfants comme lui ?
La tutrice hocha la tête.
-
Oui, il y a quatre ans, tous les villages que je connais ont brûlé. Trabia,
Balamb, Horizon et j’en passe… À chaque fois, un enfant se retrouvait sans
famille. C’est si triste. Mais pourquoi l’amenez-vous ici ? Vous êtes sa
tête pourtant et vous l’aimez beaucoup, cela se voit.
Alyssa Mudo Brame essuya une larme, puis
avoua :
-
J’adore Seth, mais les habitants de Shumy le détestent. Ils l’accusent d’être
le responsable de cet incendie. Il est vrai que je pourrais refaire ma vie
ailleurs. Et c’était bel et bien ce que je comptais faire, mais Sethsuno n’a
pas voulu que je quitte mon pays à cause de lui. Il a dit que si quelqu’un
devait réellement partir, ce devait être lui et rien que lui.
Edéa s’approcha du gamin et s’accroupit
pour être face à lui.
-
Pourquoi veux-tu partir ?
Le garçon releva la tête. Edéa croisa le
regard bleu ciel rougi par les larmes.
-
C’est mieux ! Tante Alyssa doit refaire sa vie, avoir ses propres enfants.
Je suis une charge pour elle.
-
Ne dis pas cela Seth, cria sa tante en larme.
Elle le serra dans ses bras.
-
Dans cet incendie, j’ai cru avoir tout perdu, mais tu t’en es sorti vivant. Au
bout de ces quatre années, tu as pris énormément de place dans mon cœur,
Sethsuno. Je te considère comme mon propre fils.
Le gamin sentit les larmes coulées à
nouveau sur ses joues, puis il repoussa sa tante doucement et se mit enfin à
avouer.
-
Je ne peux pas rester avec toi, tante Alyssa. Pourtant, c’est mon vœu le plus
cher. Si je reste, je te mettrais en danger et tu pourrais disparaître comme
papa et maman. Je ne veux pas.
L’homme qui n’était autre que Walter
Brame, le Maire de Shumy, répliqua :
-
Tu ne t’es pas mis martel en tête d’être le responsable de cet incendie tout de
même ?
Le garçon secoua la tête, négativement.
-
Bien sûr que non ! Je sais très bien que ce n’est pas moi ! Je
connais le responsable et les meurtriers de mes parents.
Les trois adultes se redressèrent
stupéfait.
-
Tes parents sont morts asphyxiés, Sethsuno.
Le gamin secoua la tête furieusement la
tête. Son visage prit un air très têtu.
-
Un homme sans visage a sondé l’esprit de papa… Papa a hurlé avant de
s’écrouler. Maman est morte étouffée par une main invisible.
-
Tu racontes des bêtises, s’écria Brame d’une voix colérique.
-
Je ne suis pas un menteur, hurla Seth en larme.
Alyssa caressa les cheveux de son neveu
pour le calmer. Edéa fut un peu surprise, mais savait que c’était fort
possible.
-
Sethsuno dit la vérité, répliqua-t-elle.
Brame regarda la tutrice comme une
revenante.
-
Les hommes sans visage existent réellement. Nous les appelons des Lynos. Ils
savent contrôler les esprits. Quant à la main invisible, elle peut provenir du
spectre. Un monstre en forme de squelette qui a la particularité de se rendre invisible
à volonté. Mon mari est un ancien soldat et en a déjà rencontré.
Edéa réfléchit un long moment avant
d’ajouter.
-
Les Lynos adorent jouer avec le feu.
Walter Brame et Alyssa s’observèrent un
moment. Puis, la jeune femme se tourna vers son neveu.
-
Ce sont de ces monstres que tu veux me protéger ?
Sethsuno essuya ses larmes, puis regarda à
tour de rôle les adultes. Il finit par dire.
-
Oui. Un colporteur m’a raconté que beaucoup de régions subissaient des
incendies depuis quatre ans. Je suis sûr que ces monstres recherchent quelque
chose d’important et qu’ils ne l’ont toujours pas trouvé.
Une jeune voix féminine retentit alors
dans le salon :
-
Tutrice ! Tutrice ! La chatte vient d’avoir ces bébés.
Les trois adultes se retournèrent d’un
bloc vers l’entrée. Une jeune fille de quatorze ans, habillés en garçon, au
visage mutins, les cheveux châtain foncé, se tenait devant la porte. Celle-ci
se rendit compte des invités et se mordilla les lèvres.
-
Ce n’est pas grave Selphie. Combien a-t-elle eu de chatons ?
La jeune fille retrouva aussitôt le
sourire.
-
Quatre et ils sont magnifique !
Edéa émit devant tout cet enthousiasme.
Selphie aperçut alors Sethsuno. Elle s’approcha de lui. Le garçon la dépassait
d’une bonne tête. Les adultes observaient en silence.
-
Salut ! Je suis Selphie Tilmitt et toi ?
Alyssa se demandait si son neveu allait
répondre. Il avait tendance à se refermer sur lui-même.
-
Sethsuno Mudo, je viens de Shumy, répondit-il après l’avoir détaillé de la tête
aux pieds.
-
Pourquoi es-tu ici ? Aurais-tu toi aussi perdu tes parents ?
-
Oui, il y a quatre ans, ils sont morts dans un incendie.
La jeune fille s’exclama stupéfaite :
-
Mince, toi aussi ? Mes parents sont morts aussi à cause d’un incendie et
mes amis aussi.
Sethsuno se tourna vers sa tante et
répliqua alors :
-
Tu vois que j’avais raison. Les Lynos sèment la terreur par les flammes.
Il se tut un instant, puis reprit d’une
voix presque adulte pour un jeune homme de quinze ans.
-
Si ses parents et eux de ses amis ont été assassinés comme les miens, alors on
peut craindre que ces monstres rechercheront un jour les enfants qu’ils ont
laissés derrière eux.
Le jeune homme s’approcha de sa tante.
-
Tante Alyssa ? Ne t’inquiète pas de moi. Je suis en sécurité. Les démons
ne penseront jamais à rechercher leurs proies parmi les monstres. Je veux que
tu repartes à Shumy et que tu arrêtes de gâcher ta vie.
Il se dressa pour embrasser les deux joues
mouillées de larmes de sa tante. Puis, il tendit une main vers Selphie qui la
prit en confiance.
-
Emmène-moi vers les autres, Selphie. J’ai hâte de faire leurs connaissances.
Edéa Kramer et son mari n’arrivaient pas
encore à le croire. Sethsuno Mudo s’était purement et simplement invité à
rester dans leur orphelinat. Selphie lui avait fait rencontrer tous ses amis.
Ceux-ci l’acceptèrent sans réserve. Sethsuno séduisait bien différemment.
Peut-être grâce à ce regard de chien battu qu’il prenait parfois ? Cid
Kramer aimait bien ce garçon qui savait ce qu’il faisait.
Sethsuno choisit l’épée comme Seifer. Ces
deux-là adoraient se battre en duel. Ils étaient aussi doués l’un comme
l’autre. Seifer taquinait souvent Zell au sujet des bretzels, tandis que
Sethsuno les lui volait carrément. Cela finissait toujours par une course effrénée
à travers tout le Manoir.
La sorcière ne pouvait dénier que le
garçon redonnait un peu plus de joie à l’orphelinat.
Le plus inquiétant, c’était les absences
du garçon pendant deux ou trois jours. Des quatre chatons, Sethsuno en choisit
un pour lui. Un chaton tout noir qu’il baptisa Sheba. La petite chatte ne
quittait que rarement le garçon, mais au fil du temps, Edéa trouvait que ce
chat ne ressemblait plus du tout à sa race, mais plus à une autre plus grande,
plus à une panthère.

