18 avril 2010

Les orphelins de la forêt noire : Prologue

Prologue

 

 La lune se levait à la lueur des flammes qui s’étendait à travers le village. Les rares survivants essayaient en vain de l’éteindre, mais en pure perte. L’incendie s’était déclaré pendant la cérémonie du mariage du fils du Maire de Shumy.

 Les femmes soignaient du mieux qu’elles pouvaient les blessés et les jeunes filles s’occupaient des enfants. Walters Brame jeta un coup d’œil auprès des blessés. « Beaucoup ne survivront pas, songea-t-il. » Son regard se posa sur une frêle jeune femme habillée de blanc. Elle s’occupait d’un petit garçon blessé à la tête. Walter sentit son cœur se serrer.

Dans cet incendie, Alyssa Mudo Brame avait tout perdu, son tout jeune époux, son frère Rhys avec sa femme tous mort par asphyxie. Walter se demandait comment elle pouvait encore tenir le coup après ce drame. Le Maire observa attentivement l’enfant. Les cheveux châtain clair coupés un peu n’importe comment, les yeux d’un bleu ciel, très mince, d’une dizaine d’années, il n’y avait aucun doute possible. C’était bien Sethsuno, le fils unique de Rhys et de Brenda Mudo. Walter s’était trompé, il lui restait un être à chérir, alors que lui, avait perdu son unique fils, Freddie, un garçon doux et courageux.

 L’homme fit un effort sur lui-même pour refouler son chagrin. Son village était détruit, il fallait le reconstruire, comprendre et savoir d’où avait commencé le feu. Le Maire réunit tous les hommes valides et leur donna des directives. Certains devaient fouiller les ruines pour trouver des objets qui pouvaient encore servir. D’autres construisaient des abris pour protéger du mieux possible les blessés et les enfants. Quand au troisième groupe, celui du Maire, il cherchait les indices sur l’incendie.

 Un vieil homme, allongé sur sa paillasse, regardait fixement le fils de Rhys Mudo. Cet homme, les villageois le surnommaient « le Mage », car il pouvait soigner quelques maladies et blessures grâce à la magie et à la prière. De plus, il connaissait des choses que personne ne pouvait connaître.

 L’enfant faisait croire à une amnésie. Pourquoi ? Qu’avait-il pu voir ou entendre ? Pourquoi ne voulait-il rien dire ? Sethsuno sentit le regard du Mage sur lui. Il se tourna et croisa les yeux vieillis de l’homme ; il sentit des frissons lui parcourir le corps. Le Mage le sondait. L’enfant ferma son esprit. Personne n’avait le droit de lire dans ses pensées !

 L’homme sans visage avait voulu les lire également. De quel droit s’était-il permis ? Sethsuno savait que cela pouvait être dangereux de laisser un monstre vous sonder. Son père en était mort. Un Lynos avait su tout de suite le point faible de Rhys et d’un coup l’avait achevé sous les yeux horrifiés de sa femme et de son fils.

 L’enfant avait été abasourdi de son père, son idole se faire tuer par un simple monstre de pacotille. Ensuite, le jeune époux de sa tante était apparu dans sa tenue de mariage. Il n’avait pas eu le temps de faire quoi que ce soit. Il tomba comme une feuille.

 Le Lynos Darwin, tel était le nom du monstre, mit alors le feu à la maison. Brenda Finch Mudo avait fini par réagir et avait emporté son fils vers la sortie. Là horreur ! Tout le village était enflammé. La jeune femme avait poussé un long cri en s’écroulant sur le seuil de ce qui restait de sa maison. L’enfant s’était redressé. Sa mère était morte asphyxiée par des mains invisibles.

 Sethsuno l’avait à peine vu un instant, mais il n’était pas prêt à oublier. Ensuite, les Lynos disparurent comme par magie. Le jeune garçon apprit par la suite que personne ne les avait vus à part ses parents et lui.

 Le Mage força légèrement les barrières mentales de l’enfant, mais à sa grande surprise, il fut rejeté en arrière avec une extrême violence. Surpris, il fixa l’enfant frêle dans des vêtements trop grands. «  Ce jeune être a de grands pouvoirs latents, pensa le Mage. » Le vieil homme savait au moins une chose. L’incendie n’était pas accidentel, mais bien un acte prémédité. Qui en voulait au simple village Shumy au point de le brûler ?

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Les orphelins de la forêt noire : 01

Chapitre 1

 

 La troupe avançait dans la Forêt-Noire avec une extrême attention. Elle regorgeait de danger en tout genre. Le Capitaine Sylen D'Ascort se demandait qui avait eu l’idée saugrenue de construire un orphelinat dans une plaine, en plein centre de la forêt.

 Sylen jeta un coup d’œil au petit corps frêle de la jeune fille dont il avait la charge d’amener à l’orphelinat. Ces hommes l’avaient traité de fou quand il avait accepté de prendre la gamine en charge jusqu’à sa destination.

 À vrai dire, il ne pouvait pas refuser ce geste au Maire de Winhill. Sylen avait une dette de jeu envers Siméon Graven, plutôt grosse d’ailleurs. Alors quand le Maire lui avait gentiment demandé d’escorter cette jeune demoiselle, il n’avait pu refuser. Le Capitaine observa à nouveau la petite fille. Elle était plutôt mignonne avec ses taches de son sur son nez mutin. Elle avait les cheveux blonds comme les blés relevés en chignon avec juste deux mèches lui encadrant son visage ovale. Ses yeux bleus étaient tristes, mais aucune larme ne coulait. Cette enfant était très courageuse.

 D’après le peu qu’il savait, les parents de la jeune Quistis serait mort dans l’incendie de son village. Sylen se rendit compte qu’il ne connaissait même pas l’âge de la fillette. En la détaillant une nouvelle fois, il songea qu’elle approchait des dix ans.

 Ward, un soldat de forte corpulence, s’était pris d’affection pour cette fillette. Elle se trouvait sur sa selle et depuis leur départ, ils discutaient de tout et de rien. Mais Ward arrivait à la faire rire et c’était un pur enchantement d’entendre ce rire cristallin. Sylen s’avoua tout de même qu’elle lui manquerait.

 Quistis regarda autour d’elle. Elle avait déjà entendu parler de cette forêt. Son père lui avait raconté qu’elle regorgeait de monstres en tout genre. Mais un l’orphelinat y avait été construit afin d’élever des enfants sans famille de façon qu’ils apprennent à comprendre les démons.

 La forêt s’éclaircit et bientôt la troupe y aperçut l’immense demeure. L’orphelinat ne ressemblait pas du tout à ceux des grandes villes, sombre et à faire peur. Non, celle-ci était magnifique. La demeure, non, plutôt le Manoir était entouré de fleurs et de plantes de toutes variétés et de milles couleurs. Les volets peints en bleu donnaient une lueur de gaieté à l’ensemble.

 La troupe entendit les cris joyeux d’enfants heureux de vivre. En plein milieu d’une forêt aux mille dangers, un homme avait réussi à créer un endroit joyeux et ensoleillé.

 Les soldats arrêtèrent leur monture près du patio. Apparemment, personne ne les avait entendus arriver. Le Capitaine Sylen D'Ascort descendit de son cheval blanc, aida la jeune Quistis, puis suivit de son fidèle Ward, se dirigea vers la porte. Celle-ci était entre-ouverte.

- Y a-t-il quelqu’un ? Cria Sylen d’une voix grave.

 N’ayant aucune réponse, il pénétra plus avant dans la maison. Le couloir était jonché de jouets. Il n’y avait pas âme qui vivent ni dans le salon, ni dans la cuisine. Quistis s’exclama :

- Où sont-ils ? Il doit bien y avoir quelqu’un.

 Sylen lui caressa la tête.

- Ne t’inquiète pas.

 Un petit rire cristallin retentit derrière leur dos. Les deux soldats se retournèrent et y aperçurent une petite fille habillée en garçon. Sylen la trouvait adorable avec ses cheveux bruns coupés au carré dont les coins étaient relevés. Elle les regardait avec un regard malicieux. Elle vit la fillette blonde qui accompagnait les deux hommes. Elle lui adressa un large sourire et s’exclama :

- Salut ! Je suis Selphie Tilmitt. Je viens juste d’avoir dix ans.

 Quistis observa l’inconnue un moment, puis refoulant sa timidité, elle lui répondit :

- Je m’appelle Quistis Trèpe. Je viens de Winhill. Mes parents sont décédés dans un incendie.

 Selphie s’approcha et avoua tristement.

- Les miens aussi sont morts dans un incendie, il y a quatre jours.

 Une voix de garçon fit écho à la jeune fille brune.

- Moi aussi dans un incendie !

 Le garçon était blond avec une particularité d’avoir une mèche qui biquait sur le devant.

- Mon nom est Zell Dintch.

 Ward prit la parole à la grande surprise de Sylen.

- Quel drôle de coïncidence ! Ces trois enfants ont perdu leurs parents de la même manière.

- Oui, Ward, tu as raison. C’est très étrange !

- Vous le pensez également ?

 La personne qui venait de parlait, était une jeune femme d’une très grande beauté, aux longs cheveux d’un noir profond et aux yeux tout aussi sombres.

- Excusez-moi, je ne me suis pas présentée. Je suis Edéa Kramer. C’est le grand-père de mon mari qui a construit cet orphelinat.

 Sylen fut subjugué. Il la salua :

- Capitaine Sylen D'Ascort pour vous servir Madame !

 La jeune femme sourit et serra de bonne grâce la main du soldat. Ensuite, elle aperçut Quistis.

- Je suppose que votre venue en ces lieux est cette jeune demoiselle ?

 Le Capitaine hocha la tête et relata l’histoire de la jeune fille.

- C’est étrange tout de même ces incendies ! Selphie, Zell, Seifer, Raijin et Fujin ont tous perdu leurs parents dans un incendie qui a détruit leur village. Puis maintenant, Quistis ! Mon mari m’a également appris que mon village natal Shumy avait été détruit. C’est incompréhensible !

 Sylen était stupéfait. Il faudrait qu’il en parle à la Reine Astrid. Le soldat jeta un coup d’œil aux trois enfants.

- Viennent-ils tous du même village ?

 La tutrice secoua la tête.

- Non. Raijin et Fujin sont cousins. Ils viennent de Timber city, Seifer de Dollet, Selphie de Trabia et Zell de Balamb.

- Et Quistis de Winhill finit par dire Ward.

 Les enfants venaient de différentes régions. Impossible que ces incendies soient des accidents. Un pyromane ? Non, les villageois auraient reconnu le genre. Il était criminel, mais pour quelle raison ?

 

 Quistis fut très triste de voir partir les soldats, car elle avait beaucoup aimé voyager avec eux. Elle avait fait la connaissance de tous les habitants du Manoir. Edéa lui montra ensuite sa chambre. Elle la partagerait avec Selphie. Elles étaient vite devenues amies. Selphie était un véritable boute-en-train qui ne restait jamais très longtemps à la même place. Zell Dintch était de la même trempe. La seule chose qui le calmait était les fameux bretzels que cuisinait leur tutrice.

 Petit à petit, elle prit le rythme de l’orphelinat. Debout à sept heures pour le petit déjeuner, cours le matin, jouait l’après-midi avec quelques petites corvées pour aider la tutrice. En plus, on lui apprenait l’art de se défendre contre toutes les armes et la magie. Bien qu’elle doive apprendre à se servir de toutes les armes blanches connues, sa préférence se portait pour le fouet. Selphie choisit le nunchaku, Seifer l’épée, Fujin une sorte de boomerang étoilé et Raijin un long bâton. Quant à Zell, il ne voulut aucune arme à part ses poings.

 Edéa Kramer les élevait avec beaucoup de tendresse comme une mère. Ils connurent également Cid Kramer, le mari de leur tutrice. Cid était un ancien soldat qui avait servi sous les ordres de la Reine Astrid de Galbadia. Il avait donc la charge de leur apprendre à se défendre, à devenir un soldat avec une tête bien faite.

 Il essayait également d’être un père pour ces petits êtres innocents. Une tâche pas très difficile en somme, mais fausse. Ils avaient tellement souffert qu’ils n’osaient pas trop donner d’eux-mêmes.

 Un mois après l’arrivée de Quistis, un nouvel orphelin arriva près d’eux. Il venait d’une île du nom d’Horizon. La seule différence des autres était qu’il n’avait jamais connu ses parents. Son village avait brûlé également ainsi que l’orphelinat. Un pêcheur avait parlé de l’orphelinat de la Forêt-Noire comme bien meilleur alors le chef d’Horizon envoya ce jeune garçon trop intelligent pour finir dans un sale orphelinat de grande ville. Il s’appelait Irvine Kinnéas. Il avait les cheveux châtain foncé et des yeux noisette. C’était également un séducteur né. Il séduisit Edéa d’un simple sourire. Il avait une apparence solide, mais c’était un jeune très sensible. Il remarqua de suite une chose.

 Tous les enfants dont le village avait brûlé ne se quittaient jamais. Ils étaient toujours ensemble et délaissaient les autres. Dès qu’ils apprirent l’histoire d’Irvine, ils l’intégrèrent dans leur groupe, lui fit visiter le Manoir, leur jeu et lui montrèrent leurs armes. Ils lui racontèrent leur propre histoire chacun leur tour. Irvine se sentit de suite à l’aise et chéri par ses nouveaux amis.

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Les orphelins de la forêt noire : 02

Chapitre 2

 

 Les Lynos avaient peur. Leur Maître était en rage. Le Médaillon Alador était toujours introuvable. Ils fouillaient partout dans chaque village, mais aucune trace. Darwin, le sans visage, était certain que ce maudit médaillon devait se trouver dans un de ces villages. Son intuition le lui disait et surtout le fait qu’il avait eu le temps de sonder l’esprit de Rhys Mudo avant qu’il ne meure.

 Le peu qu’il avait pu récolter, était que l’Aladore se trouvait à l’abri entre les mains d’une personne de confiance, mais ce n’était en rien un problème. Rhys Mudo avait été lige pendant dix ans auprès d’une certaine Dame Moiraine, une Sorcière. Pour se charger de sa tranquillité, d'autres, liges, avaient été engagés. Darwin n’avait eu aucun mal à connaître les noms de ces liges. Ils s’étaient éparpillés un peu partout de Dollet à Timber City en passant à Horizon, Trabia, Balamb. Darwin les avait tous trouvés sauf un. Il devrait même dire une. La seule femme du groupe à part la Sorcière. Non seulement elle avait été lige, mais également l’apprenti de Dame Moiraine jusqu’à la mort accidentelle de celle-ci. Le Lige Sorcière voyagea énormément et finit par déposer son bagage dans une immense ville du nom d’Esthar.

 Cette ville était très difficile d’accès. Des montagnes ceinturaient la ville. Aucun des autres liges ne savait où se trouvait l’Aladore. Il espérait qu’Elany Sumo lui apprendrait plus de choses.

 Darwin n’avait pas véritablement envie de mourir. Il aimait trop faire souffrir les hommes. Le seul désappointement à Esthar, c’est qu’il ne pourrait pas allumer d’incendie. Il contacta le Spectre. Ce démon avait la particularité d’être invisible à tout moment et à volonté.

 Darwin savait que seul ou avec des confrères, il ne pourrait rien contre un sorcier, mais le Spectre, ce serait différant. Il allait trouver ce Médaillon coûte que coûte.

 

 Dès leurs arrivées, Le Capitaine Sylen D'Ascort et sa troupe apprirent que la ville avait subi le plus terrible des incendies jamais encore vus. La Reine Astrid avait été obligée de demander l’assistance des Sorcières de Tar valois. Grâce à leur puissante magie, elles purent sans problème le contrôler.

 Sylen se sentait inquiet. Il y avait beaucoup trop d’incendies. Ce ne pouvait pas être une coïncidence ! Il mena son cheval au trot et les gardes royales se dépêchèrent d’ouvrir les portes en l’apercevant.

 Le château n’était pas tout à fait comme son nom l’indiquer. Il ressemblait plus à un énorme Manoir. Un majordome l’amena jusqu’au salon des invités en précisant qu’il allait prévenir la Reine de son arrivée.

 Pendant l’attente qui lui parut interminable, il fit les cent pas tout en réfléchissant sur les derniers évènements. La porte s’ouvrit sur deux grandes femmes. La première portait une longue robe rouge et dorée et ses cheveux noirs relevaient en chignon dont une couronne argentée y trônait. Elle était encore très belle malgré ses soixante-cinq ans. L’autre femme était habillée d’une simple robe grise de la même couleur que ses cheveux. Elle tenait dans une main un sceptre en forme de Serpent. Il n’y avait aucun doute possible sur son identité, dame Amelyn, Chef suprême de Tar valois. Le Capitaine fit la révérence avant de baiser la main que lui tendait la Reine.

- Capitaine Sylen ! Je suis ravie que vous soyez revenu.

- Moi de même Majesté. J’ai appris que vous aviez subi un incendie dernièrement ?

 La Reine s’assit sur un canapé d’un air las.

- Oui, mais nous pensions ne jamais pouvoir l’arrêter.

 Le Capitaine se passa une main dans ses cheveux châtain. La Sorcière le fixa un moment avant de demander.

- Vous ne semblez pas trop surpris de ce que vous venez d’apprendre, Capitaine.

 De la main, il fit un large geste d’impuissance.

- Pendant mon voyage de retour, j’ai aidé un ami, le Maire de Winhill. Je devais amener une jeune demoiselle à l’orphelinat de la Forêt-Noire.

- La Forêt-Noire ? Qui a eu l’idée saugrenue de construire un orphelinat dans cette forêt, s’exclama la Sorcière.

- Le grand-père de Cid Kramer un de mes anciens Capitaines, répliqua la Reine Astrid.

 Elle se tourna de nouveau vers Sylen et lui enjoignit de continuer.

- Là bas, j’ai rencontré quelques enfants de différentes Régions et pourtant ils avaient deux choses en commun. Leur village fut détruit par un incendie et ils perdirent leurs parents par la même occasion.

- Mon Dieu ! Les pauvres enfants, s’apitoya la Reine.

- Ces incendies sont l’œuvre de démon. Les Lynos sont capables de créer des feux que seule la magie peut éteindre, avoua alors la Dame Amelyn.

- Il faut faire quelque chose. Dans l’incendie, ma petite fille Miliana a bien failli y passer. Je ne veux plus que cela arrive.

 Elle se tourna vers la Sorcière et ordonna :

- Je voudrais que vous enquêtiez. Vous connaissez ces monstres mieux que nous. Le Capitaine Sylen vous assistera si vous en avez besoin.

 La Dame Amelyn n’aimait pas beaucoup recevoir des ordres, mais accepta de bonne grâce. Mieux valait rester en bon terme avec Galbadia.

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Les orphelins de la forêt noire : 03

Chapitre 3

 

 Edéa Kramer observa attentivement le jeune garçon en face d’elle. Il baissait la tête. Il ne voulait pas être vu en train de pleurer. La jeune femme eut un élan vers lui, mais se retient finalement. Elle se tourna à nouveau vers les deux adultes. La femme semblait très triste. Celle-ci prit la parole.

- Nous venons de Shumy. Les parents de Sethsuno sont morts dans un incendie, il y a quatre ans.

 Edéa surprise s’exclama :

- Lui aussi ?

 L’homme demanda :

- Vous avez d’autres enfants comme lui ?

 La tutrice hocha la tête.

- Oui, il y a quatre ans, tous les villages que je connais ont brûlé. Trabia, Balamb, Horizon et j’en passe… À chaque fois, un enfant se retrouvait sans famille. C’est si triste. Mais pourquoi l’amenez-vous ici ? Vous êtes sa tête pourtant et vous l’aimez beaucoup, cela se voit.

 Alyssa Mudo Brame essuya une larme, puis avoua :

- J’adore Seth, mais les habitants de Shumy le détestent. Ils l’accusent d’être le responsable de cet incendie. Il est vrai que je pourrais refaire ma vie ailleurs. Et c’était bel et bien ce que je comptais faire, mais Sethsuno n’a pas voulu que je quitte mon pays à cause de lui. Il a dit que si quelqu’un devait réellement partir, ce devait être lui et rien que lui.

 Edéa s’approcha du gamin et s’accroupit pour être face à lui.

- Pourquoi veux-tu partir ?

 Le garçon releva la tête. Edéa croisa le regard bleu ciel rougi par les larmes.

- C’est mieux ! Tante Alyssa doit refaire sa vie, avoir ses propres enfants. Je suis une charge pour elle.

- Ne dis pas cela Seth, cria sa tante en larme.

 Elle le serra dans ses bras.

- Dans cet incendie, j’ai cru avoir tout perdu, mais tu t’en es sorti vivant. Au bout de ces quatre années, tu as pris énormément de place dans mon cœur, Sethsuno. Je te considère comme mon propre fils.

 Le gamin sentit les larmes coulées à nouveau sur ses joues, puis il repoussa sa tante doucement et se mit enfin à avouer.

- Je ne peux pas rester avec toi, tante Alyssa. Pourtant, c’est mon vœu le plus cher. Si je reste, je te mettrais en danger et tu pourrais disparaître comme papa et maman. Je ne veux pas.

 L’homme qui n’était autre que Walter Brame, le Maire de Shumy, répliqua :

- Tu ne t’es pas mis martel en tête d’être le responsable de cet incendie tout de même ?

 Le garçon secoua la tête, négativement.

- Bien sûr que non ! Je sais très bien que ce n’est pas moi ! Je connais le responsable et les meurtriers de mes parents.

 Les trois adultes se redressèrent stupéfait.

- Tes parents sont morts asphyxiés, Sethsuno.

 Le gamin secoua la tête furieusement la tête. Son visage prit un air très têtu.

- Un homme sans visage a sondé l’esprit de papa… Papa a hurlé avant de s’écrouler. Maman est morte étouffée par une main invisible.

- Tu racontes des bêtises, s’écria Brame d’une voix colérique.

- Je ne suis pas un menteur, hurla Seth en larme.

 Alyssa caressa les cheveux de son neveu pour le calmer. Edéa fut un peu surprise, mais savait que c’était fort possible.

- Sethsuno dit la vérité, répliqua-t-elle.

 Brame regarda la tutrice comme une revenante.

- Les hommes sans visage existent réellement. Nous les appelons des Lynos. Ils savent contrôler les esprits. Quant à la main invisible, elle peut provenir du spectre. Un monstre en forme de squelette qui a la particularité de se rendre invisible à volonté. Mon mari est un ancien soldat et en a déjà rencontré.

 Edéa réfléchit un long moment avant d’ajouter.

- Les Lynos adorent jouer avec le feu.

 Walter Brame et Alyssa s’observèrent un moment. Puis, la jeune femme se tourna vers son neveu.

- Ce sont de ces monstres que tu veux me protéger ?

 Sethsuno essuya ses larmes, puis regarda à tour de rôle les adultes. Il finit par dire.

- Oui. Un colporteur m’a raconté que beaucoup de régions subissaient des incendies depuis quatre ans. Je suis sûr que ces monstres recherchent quelque chose d’important et qu’ils ne l’ont toujours pas trouvé.

 Une jeune voix féminine retentit alors dans le salon :

- Tutrice ! Tutrice ! La chatte vient d’avoir ces bébés.

 Les trois adultes se retournèrent d’un bloc vers l’entrée. Une jeune fille de quatorze ans, habillés en garçon, au visage mutins, les cheveux châtain foncé, se tenait devant la porte. Celle-ci se rendit compte des invités et se mordilla les lèvres.

- Ce n’est pas grave Selphie. Combien a-t-elle eu de chatons ?

 La jeune fille retrouva aussitôt le sourire.

- Quatre et ils sont magnifique !

 Edéa émit devant tout cet enthousiasme. Selphie aperçut alors Sethsuno. Elle s’approcha de lui. Le garçon la dépassait d’une bonne tête. Les adultes observaient en silence.

- Salut ! Je suis Selphie Tilmitt et toi ?

 Alyssa se demandait si son neveu allait répondre. Il avait tendance à se refermer sur lui-même.

- Sethsuno Mudo, je viens de Shumy, répondit-il après l’avoir détaillé de la tête aux pieds.

- Pourquoi es-tu ici ? Aurais-tu toi aussi perdu tes parents ?

- Oui, il y a quatre ans, ils sont morts dans un incendie.

 La jeune fille s’exclama stupéfaite :

- Mince, toi aussi ? Mes parents sont morts aussi à cause d’un incendie et mes amis aussi.

 Sethsuno se tourna vers sa tante et répliqua alors :

- Tu vois que j’avais raison. Les Lynos sèment la terreur par les flammes.

 Il se tut un instant, puis reprit d’une voix presque adulte pour un jeune homme de quinze ans.

- Si ses parents et eux de ses amis ont été assassinés comme les miens, alors on peut craindre que ces monstres rechercheront un jour les enfants qu’ils ont laissés derrière eux.

 Le jeune homme s’approcha de sa tante.

- Tante Alyssa ? Ne t’inquiète pas de moi. Je suis en sécurité. Les démons ne penseront jamais à rechercher leurs proies parmi les monstres. Je veux que tu repartes à Shumy et que tu arrêtes de gâcher ta vie.

 Il se dressa pour embrasser les deux joues mouillées de larmes de sa tante. Puis, il tendit une main vers Selphie qui la prit en confiance.

- Emmène-moi vers les autres, Selphie. J’ai hâte de faire leurs connaissances.

 

 Edéa Kramer et son mari n’arrivaient pas encore à le croire. Sethsuno Mudo s’était purement et simplement invité à rester dans leur orphelinat. Selphie lui avait fait rencontrer tous ses amis. Ceux-ci l’acceptèrent sans réserve. Sethsuno séduisait bien différemment. Peut-être grâce à ce regard de chien battu qu’il prenait parfois ? Cid Kramer aimait bien ce garçon qui savait ce qu’il faisait.

 Sethsuno choisit l’épée comme Seifer. Ces deux-là adoraient se battre en duel. Ils étaient aussi doués l’un comme l’autre. Seifer taquinait souvent Zell au sujet des bretzels, tandis que Sethsuno les lui volait carrément. Cela finissait toujours par une course effrénée à travers tout le Manoir.

 La sorcière ne pouvait dénier que le garçon redonnait un peu plus de joie à l’orphelinat.

 Le plus inquiétant, c’était les absences du garçon pendant deux ou trois jours. Des quatre chatons, Sethsuno en choisit un pour lui. Un chaton tout noir qu’il baptisa Sheba. La petite chatte ne quittait que rarement le garçon, mais au fil du temps, Edéa trouvait que ce chat ne ressemblait plus du tout à sa race, mais plus à une autre plus grande, plus à une panthère.

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