Capture d’écran 2020-01-02 à 14

 

 

       Les cauchemars semblaient bien être revenus en force. Rafaël se redressa de son lit en sueur. Cette fois-ci, il n’avait pas hurlé. Il se passa une main sur le visage. Il n’en pouvait plus. Quand est-ce que son passé arrêterait de l’ennuyer ? Un coup de tête contre son bras lui fit baisser le regard vers le chat gris et blanc.

 

       Il se mit à caresser la tête ronronnant de l’animal. Haru lui apportait le réconfort. Il se sentait pathétique, car il aurait aimé avoir la chaleur de Michio. Il se laissa à nouveau retomber sur le matelas avec un rire grinçant. Il s’ennuyait de son amoureux. Pourtant, il en était responsable. Il lui avait demandé de ne pas passer, d’éviter d’être ensemble pour plusieurs raisons. 

 

       Premièrement, Rafaël voulait se démener seul contre ses cauchemars. Il devait les combattre, mais il savait bien que Michio agirait malgré lui. Ce serait trop facile et cela ne résoudrait pas son problème. Et secondement, il risquait d’être désagréable. Il ne voulait pas dire des choses méchantes au garçon dont il est amoureux.

 

       Avec un effort, le jeune rouquin se redressa. Il se rendit dans la salle de bain pour prendre une bonne douche bien froide. Il en ressortit congeler, mais bien réveiller. Il descendit ensuite vers la cuisine afin de prendre un bon petit déjeuner. Malgré son épuisement, il ne perdait pas l’appétit. 

 

       Il fut surpris de croiser son oncle dans la salle de séjour. Celui-ci lui adressa un sourire, un peu inquiet. Mais, il ne fit aucune remarque. Rafaël lui en était reconnaissant. Il leur avait demandé de ne pas s’inquiéter pour lui pour ce mois. Il s’était même excusé d’avance au cas où il dirait des mots peu agréables à entendre.

 

       Le jeune homme se prépara rapidement son repas. Il s’installa ensuite auprès de son oncle. Celui-ci répondait à des messages, en soupirant. Quelque chose devait le tracasser. Était-ce l’absence d’Ashula ? 

 

— Pourquoi soupires-tu autant de si bon matin, oncle Manu ?

 

       L’homme en question sursauta. Il ne s’attendait pas vraiment à que son neveu lui adresse la parole. Depuis le début du mois de mars, Rafaël ne parlait pas beaucoup et souvent avec parcimonie. Il avait également le regard plus sombre et lointain. 

 

— Ce n’est rien. J’essaie juste de remonter le moral à Arthur.

 

       Rafaël stoppa son geste d’amener un pain à sa bouche. Le collègue de son oncle était un homme plutôt simple et agréable. Il se mettait rarement en colère d’après Luna même s’il avait trop tendance à penser boulot, boulot, mais comme elle lui avait dit, c’était surtout en rapport avec sa chef Solange Laurel.

 

— Que lui arrive-t-il ? 

 

       Manu hésita un instant. Il se gratta la joue. Après tout, ce n’était pas un secret et puis il pouvait parler avec son neveu autant en profiter. 

 

— Il a comment dire un chagrin d’amour. Depuis son arrivée ici, il a eu un vrai coup de foudre pour notre Chef Laurel. Et à vrai dire, je pensais que c’était réciproque. Elle avait l’air de très bien l’apprécier puisqu’elle acceptait des rendez-vous.

 

— Et ce n’est pas le cas ? 

 

       Le ton de Rafaël avait durci. Manu lui jeta un coup d’œil. Il se mordit la lèvre. Son neveu avait beaucoup de mal avec les femmes. Il parvenait juste à en tolérer quelques-unes. Il soupira :

 

— Je pense qu’elle l’appréciait très bien, mais moins bien que son ancien compagnon. Et celui-ci a refait surface.

 

— Et madame a choisi de repartir avec l’ancien. C’est mesquin.

 

— Le penses-tu réellement ? 

 

       Rafaël baissa son regard vers son assiette. Il soupira. Non, il ne le pensait pas vraiment. Pouvait-il vraiment jeter la pierre à cette femme ? Comment réagirait-il s’il avait été à sa place ? Il secoua la tête, exaspéré. Il repoussa son assiette. Son appétit venait de prendre la poudre d’escampette. 

 

       Le garçon se leva. Il s’excusa, puis il s’éclipsa. Il se dirigea vers la sortie. Il devait prendre l’air. Il attrapa sa veste avant de sortir sous le soleil du matin. Il faisait bon. Les rues commençaient à être envahies par les habitants. Enfonçant les mains dans les poches, Rafaël laissa ses pas le mener. Il ne regardait pas autour de lui, tellement perdu dans ses pensées négatives.

 

       Il se demandait ce que Michio pouvait bien faire. Est-ce qu’il était en train de peindre ? Où en train de commettre une chose insensée ? Car il en serait bien capable le bougre. Le rouquin espérait sincèrement que son ami ne faisait rien de dangereux, mais le regard de Michio après leur discussion à la dernière pause, au lycée, ne lui disait rien de bon. « Fais chier ! ». 

 

       Il redressa alors la tête. Il se trouvait dans un petit parc. Avec un soupir, il se laissa tomber lourdement. Il en avait marre de son cerveau. Il cogitait sans arrêt. C’était énervant. Il voulait le voir également. Il fourragea d’une main ses cheveux roux flamboyant. Bordel ! Il devrait vraiment se mettre d’accord. Il laissa échapper un soupir exaspéré.

 

— Bonjour, Rafaël, murmura une voix masculine, un peu intimidé.

 

       Le jeune rouquin sursauta. Il leva les yeux face à un jeune homme mince et à la chevelure noire, un peu longue. D’ailleurs, une mèche lui tombait sur le front. Il avait un petit sourire amical. Rafaël en fut surpris. Il jeta un coup d’œil autour de lui, mais le garçon était bel et bien seul. Il avait fait de gros progrès.

 

— Salut, Daegan. Je suis assez surpris de te voir seul.

 

       Le jeune brun frotta sa joue. Il haussa ensuite les épaules. Il s’installa auprès du rouquin. Il finit par expliquer. 

 

— J’ai pris sur moi. Rolan n’est pas en état. Il est souvent perdu dans ses pensées et il peut être d’une humeur exécrable. Nathan n’est pas réceptif non plus et sans parler d’Ilies. Il est souvent absent ces derniers jours. Je devais acheter de la pâtée pour Gucci alors j’ai pris mon courage à deux mains. 

 

— C’est cool. Finalement, prendre ce chat en charge a été une bonne chose pour toi.

 

       Le jeune homme adressa au rouquin un sourire chaleureux.

 

— Tu ne sembles pas être dans ton assiette, toi non plus.

 

       Rafaël bougea légèrement pour coller son dos au siège et il leva les yeux vers le ciel d’un bleu ciel. Il soupira. 

 

— Non, je cogite sans arrêt. Je dois affronter mon passé comme Rolan doit le faire aussi. Pardonne-lui s’il est désagréable. Il ne le fait pas intentionnellement.

 

       Daegan se tourna vers son nouvel ami. Il secoua la tête, un peu amusée.

 

— Rafaël ? Tu devrais penser à toi d’abord avant de t’inquiéter pour les autres. Tu fais bien la paire avec Michio. C’est peut-être pour cela que vous êtes si harmonieux.

 

       Rafaël se troubla. Pourquoi lui parlait-il de Michio ? Il allait avoir encore plus envie de le voir. Il poussa un petit cri tout en se redressant d’un coup faisant sursauter son jeune ami. Il le regarda ensuite. 

 

— Ne me parle pas de mon diablotin sinon il ne va plus se déloger de mon crâne. 

 

       Daegan émit un petit rire. Il finit par dire :

 

— Pourquoi ne vas-tu pas le voir si tu meurs d’envie de le faire ? Pourquoi veux-tu te punir de sa présence ? 

 

— Si seulement, c’était pour me punir. C’est plus compliqué. Ah ! Fais chier. Je vais t’accompagner. Je suis certain que Rolan va se faire du mauvais sang s’il s’aperçoit de ton absence.

 

— Mais…

 

       Daegan se tut en croisant le regard bleu nuit du rouquin. Il soupira. Il ne changerait pas d’avis. Il haussa les épaules. Pourquoi chipoté ? Il était plutôt content d’avoir de la compagnie. Alors, les deux garçons se mirent en marche en direction de la sortie du parc. Tout le long du chemin jusqu’au petit centre commercial, Rafaël et Daegan se mirent à parler musique. 

 

       Daegan rayonnait en parlant de sa passion. C’était assez amusant. Il en avait même les joues un peu rouges. C’était mignon. Rafaël fronça les sourcils. Pourquoi pensait-il ça lui ? Est-ce que cela rendrait Michio jaloux ? Il devrait peut-être lui en toucher deux mots pour voir sa réaction. Il devenait vraiment maso.

 

       Alors qu’ils arrivaient au tournant pour le magasin, Daegan stoppa net. Rafaël faillit lui rentrer dedans. En levant les yeux, il comprit la raison de l’arrêt de son camarade. Il lui jeta un coup d’œil. Celui-ci avait les yeux baissés, troublés et un peu tristes. Le jeune rouquin soupira, exaspéré.

 

— Tu te fais des films, Daegan. 

 

       Le garçon brun haussa les épaules. Il releva les yeux pour observer à nouveau la silhouette massive d’un blond tenant une femme dans ses bras. Daegan attrapa le bras de Rafaël. Il le tira pour reprendre la route en silence. Il ne se faisait pas de film. Pourquoi en ferait-il de toute façon ? Il ne ressentait rien pour cet homme.

 

       Un peu plus loin, Sven se demandait encore combien de temps cette femme allait pleurer contre son épaule. Il avait beau avoir de l’empathie pour cette jeune femme. Après tout, elle avait échappé de peu à une mort certaine. Mais bon, il aimerait bien rejoindre ses collègues dans la maison pour enquêter avec eux. 

 

       Instinctivement, il tourna la tête vers sa gauche. Il aperçut alors la silhouette d’un jeune homme hantant ses rêves depuis quelque temps. Il fronça les sourcils en le voyant tenir le bras d’un autre garçon. Pourquoi était-il avec ce rouquin ? Où était Rolan ? Mince, il aimerait bien les rejoindre également. Il soupira d’aise quand la voiture arriva enfin. Il put ainsi se débarrasser de la femme. 

 

       Il hésita un moment tout de même. Il aimerait tant retrouver Daegan. Il voulait lui parler à nouveau, le voir sourire. Sven se passa une main dans les cheveux. C’était énervant. Pourquoi se mettait-il dans tous ces états pour ce garçon ? Finalement, son professionnalisme prit le dessus. Il entra dans la maison pour rejoindre Léon. Il savait que son ami était dans le même état que lui et son frère Zoran pareillement. Pourquoi tous trois étaient-ils attirés par trois garçons de seize ans et demi à peine ? Pourquoi eux ?

 

       Rafaël se laissa mener. Il avait entre aperçus le regard du blond. La scène ne lui avait pas plu, apparemment. Décidément, il attirait les quiproquos. Bah ! Peut-être que cela les fera réagir ? Il comprenait la raison des hésitations de Sven. Celui-ci devait avoir dans les vingt-cinq ans environ et Daegan, presque dix-sept ans. Il y avait comme une barrière entre eux. 

 

       Daegan se lamentait de sa bêtise. Pourquoi avait-il été triste en voyant cette femme dans les bras du grand blond ? Ce n’est pas comme s’il n’avait pas reconnu la voiture de Léon garé sur le côté. Les deux hommes devaient être en intervention. Il se sentait vraiment stupide d’agir comme un idiot. Que devait penser son ami Rafaël ? Il devait le prendre pour un dingue. En tout cas, Rolan le lui dirait, lui. 

 

       Après avoir récupéré la nourriture pour le chat, Rafaël décida de raccompagner son jeune ami jusqu’à chez lui. Daegan ne chercha pas à le faire changer d’avis. Ce serait parler à un mur. Et puis, la présence du rouquin le déridait. N’empêche, Daegan était stupéfait. Rafaël disait être dans une mauvaise période et pourtant, il ne le montrait pas. Il restait égal à lui-même. C’était perturbant. 

 

       Quand enfin, ils pénétrèrent dans la maison, ils trouvèrent Nathan dans le couloir. Celui-ci, les mains sur les hanches, foudroyait Daegan. Le garçon se demandait ce qu’il avait bien pu faire pour le mettre dans cet état. 

 

— Tu en as mis du temps, Dae. Comment veux-tu que je survive avec un gars aussi infect que l’autre idiot ? 

 

       Daegan retira sa veste avant de répondre. 

 

– Et bien, tu es bel et bien vivant, Nathan puisque tu es capable de grailler. 

 

— Ouais, ce n’est pas faux. Mais merde, j’ai trop la flemme de jouer les baby-sitters.

 

— Ah oui, la flemmatique aigüe a encore frappé, s’exclama alors Rafaël, amusé. 

 

— Qu’est-ce que tu fous là, le rouquin ? 

 

       Rafaël se rapprocha du flemmard, les yeux pétillants. Il se pencha un peu vers lui mettant un peu mal à l’aise le jeune brun. 

 

— Mais, pour vous pourrir la vie évidemment.

 

— Crétin !

 

       Rafaël éclata de rire avant de dépasser Nathan. Par la même occasion, il en profita pour mettre une claque sur les fesses avant de s’échapper vers l’étage. Nathan poussa un cri de surprise. Il jeta des incantations peu agréables contre ce foutu pirate. Daegan était plié en deux de rire.

 

       Rafaël reprit son sérieux. Il s’arrêta devant la chambre. Il se demandait bien ce qu’il fabriquait. Il fourragea sa tignasse rousse avant de se décider à frapper et de rentrer sans attendre la réponse. Il eut juste le temps de bouger rapidement avant qu’un objet ne se fracasse contre la porte.

 

       Il se tourna contre le coupable. Celui-ci, les yeux grands ouverts de stupeur se mordait les lèvres. Il venait de comprendre ce qu’il venait de faire et à qui. Il regarda autour de lui pour chercher une cachette. Mais, il n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit que le rouquin lui fonçait dessus. Rolan tenta bien de s’échapper. Il se débattit, mais c’était pure perte. Merde ! Comment faisait-il pour être plus fort que lui ? Ce n’était pas juste. 

 

       À force de se débattre, les deux garçons finirent par tomber sur le lit. Leurs visages se retrouvèrent à quelques centimètres l’un de l’autre. Rolan avait les yeux écarquillés et il sentit ses joues surchauffées. Rafaël laissa échapper un petit rire, un peu rauque d’être essoufflé. Avant de se redresser, il déposa un petit baiser sur le front de son ami. Tellement honteux de son comportement, Rolan se recroquevilla sur lui-même. Il touchait son front, rouge comme un coquelicot. Il avait mal à certains endroits et c’était effrayant. Maudit pirate !

 

       Rafaël se redressa pour s’installer sur le lit à côté. Il observa un long moment la silhouette, recroquevillé. Il finit par prendre la parole mettant au plus mal Rolan. 

 

— Depuis combien de temps as-tu les douleurs ? 

 

— Je n’ai aucune douleur, murmura, dans un pur mensonge, le jeune homme, allongé. 

 

       Le rouquin secoua la tête, exaspéré. Il se releva pour s’asseoir sur le même lit que son ami. Là, s’en prévenir, il posa une main sur l’entrejambe. La réaction se fit rapidement. Rolan se mit à pousser un hurlement. Il jeta aussi un bras pour frapper l’imprudent. Mais, Rafaël le lui attrapa.

 

— Arrête de jouer au prude, Rolan. Je n’ai aucune attirance pour toi et tu le sais très bien. Je veux juste que tu me dises la vérité. 

 

       Les larmes se mirent à couler le long des joues du jeune homme. Il secoua son bras emprisonné pour le récupérer. Il se recroquevilla à nouveau.

 

– Depuis quelques jours. Ça fait tellement mal. Pourquoi ? Pourquoi maintenant ? Je ne veux pas ressentir quoi que ce soit. Je veux être libre.

 

       Rafaël soupira. Que pouvait-il faire ? Il attrapa le bras et tira un bon coup. Rolan se retrouva alors dans les bras solides du rouquin. Il voulut s’en échapper au début puis il finit par se laisser aller, pleurant de tout son soul. Rafaël ne disait rien. Il attendait. 

 

— Rafaël ? Qu’est-ce que je dois faire pour ne plus ressentir ces choses ? Je ne veux pas ressentir de désir envers quelqu’un. C’est dégoutant. 

 

— Ce n’est pas dégoutant. C’est naturel. J’ai souffert aussi. J’ai ressenti les mêmes douleurs, mais jamais je n’ai trouvé dégoutant de désirer Michio. Bien au contraire. Il m’a libéré d’une certaine manière.

 

       Rolan ferma les yeux. La chaleur de son camarade lui faisait un bien fou. Il apaisait ses peurs. 

 

— Mais, je suis souillé jusqu’à la moelle. Comment as-tu fait pour l’accepter ? Pour t’accepter, Rafaël ?

 

— Parce que Michio m’a accepté tel que je suis, avec mes doutes, mes douleurs, mon passé. Rolan ? Ton corps, a-t-il réagi en présence de cet homme, avec Léon ? 

 

       Rolan sentit ses joues surchauffées à nouveau. Il cacha à nouveau son visage contre l’épaule solide du rouquin. Il parvient à répondre en hochant la tête. Rafaël eut un sourire. Il finit par dire faisant réagir le jeune homme au quart du tour. 

 

— Sais-tu que tu donnes réellement envie de t’embrasser ? 

 

       Rolan ouvrit les yeux en grand avant de s’éjecter des bras du rouquin. Quand il s’aperçut que celui-ci se moquait de lui. Il fit le geste de le frapper. Rafaël lui attrapa à nouveau le bras. Il taquina le nez avec un doigt en le tapotant. 

 

— Ce n’est pas gentil. Vilain garçon. Je devrais te punir.

 

       Rolan lança un regard noir à son camarade. Il allait le frapper jusqu’à qu’il le supplie d’arrêter. Rafaël étira un sourire en coin. Il approcha son visage très près de celui du jeune homme. Celui-ci s’arrêta un instant de respirer. Pourtant, Rafaël ne fit rien. Il lui annonça seulement :

 

— Tes douleurs ? Il est le seul à pouvoir les enlever.

 

       Sur ces bonnes paroles, Rafaël se leva et quitta la pièce. Rolan resta saisi un instant, avant de porter ses mains à son visage, tout tremblant. Qu’est-ce qu’il racontait ce rouquin de pacotille ? Ce ne pouvait pas être vrai. Hein ? Que ce n’était pas vrai ? « Fais chier ! Fais chier ! Fais chier ! »

 

       Rafaël quitta la maison sans revoir un seul autre membre de celle-ci. Mais, il s’en fichait. Il désirait juste rentrer chez lui. Il aimait bien dire ce mot en parlant de la maison de Ludwig et de Rei. Il se sentait bien dans cette maison. Il se sentait réellement revivre même s’il avait toujours aussi peur. 

 

       Il ne mit pas longtemps à la rejoindre. La maison semblait silencieuse. Pourtant, étant donné l’heure, les propriétaires devaient être présents. Peut-être avait-il eu besoin d’un moment à eux ? En passant devant la chambre de sa sœur Moira, il l’entendit discuter avec son autre sœur Sara. Devait-il les saluer ? Non, pourquoi le ferait-il ? Il ne le faisait pas avant, pourquoi changerait-il d’un coup ? Il devrait pourtant, il le savait bien. Elles attendaient patiemment un geste de lui. 

 

       Il soupira fortement. Il en avait marre de cogiter. Il grimpa quatre à quatre les marches menant à sa chambre. Il fut surpris d’y trouver la porte ouverte. Il y pénétra. Il aperçut alors l’objet de ses pensées, sagement assis sur le lit, le regard perdu caressant le chat gris et blanc sur le lit.

 

       Sans un mot, il se dirigea vers eux. Il ne laissa pas le temps à son amoureux de réagir. Celui-ci se retrouva allonger sur le lit la bouche scellée par des lèvres voraces. Haru éjecté du lit se secoua en miaulant avant d’aller se coucher sur le bureau. Il ne pouvait pas sortir, car Rafaël avait eu le réflexe de fermer la porte.