Zoran et Nathan

Mais perturbé par le garçon il s'en une

Chapitre 45

 

       À peine venait-il d’entrer dans la maison, Daegan se rendit à l’étage. Il jeta son sac de cours sur son lit. Il le rejoignit avec un soupir. Que s’était-il passé ? Pourquoi avait-il senti de mauvaises ondes tout le long de la journée ? Ces amis n’étaient pas comme d’habitude. Enfin juste Michio et Rafaël ne semblaient pas être dans leur meilleur jour et c’était inhabituel.

       Depuis qu’il les côtoyait, ils les avaient toujours vus d’excellente humeur. Ils étaient la plupart du temps ceux qui mettaient le plus d’ambiance. Là, ils avaient été tellement sages, tellement calmes, ça en était effrayant.

       La porte de la chambre s’ouvrit à nouveau laissant le passage à Rolan. Celui-ci, non plus, n’était pas dans son assiette. Une chose le tracassait, mais monsieur ne voulait pas en parler. Qu’il pouvait être agaçant parfois ? Gucci en profita pour entrer dans la pièce aussi, manquant de faire chavirer Rolan par la même occasion.

       Le jeune homme brun se mit à râler comme un beau diable. Il le fit encore plus quand il se fit bousculer par le troisième larron. Nathan, le flemmatique, poussa sans vergogne son camarade pour venir s’installer dans le lit de son ami. La petite chatte avait bien grandi depuis son arrivée. Maintenant, elle grimpait facilement partout et adorait venir squatter les jambes de son esclave adoré.

       Daegan se mit à la caresser. Depuis qu’elle était présente, il se sentait vraiment mieux et serein. Il arrivait même à sortir tout seul sans trop d’appréhension. Toujours en râlant, Rolan s’installa auprès de son camarade. Il l’observa avec son animal. Il avait dû accepter ce bout de poil dans leur vie. Il l’enviait, car il avait réussi là où lui avait échoué. C’était un peu vexant. Enfin, il préféra n’en faire aucune remarque, car il se ferait remettre en place par ses deux amis. 

       Il avait quand même le droit d’être jaloux d’une boule de poil quand même. Il soupira. Il ne se sentait pas d’en son assiette aujourd’hui. Quelle en était la raison ? Il la connaissait. Il se trouvait dans le même état que l’autre spécimen casse-pied d’un roux flamboyant. C’était tout de même une surprise d’apprendre qu’ils étaient tous les deux du mois de mars. 

       D’après ce qu’il avait pu récolter de Rafaël, celui-ci était né le dix alors que lui cinq jours plus tard. Quelle coïncidence quand même ? Et tous deux avaient été vendus le jour de leur anniversaire. Comment réussirait-il à supporter ce mois si celui qu’il admire ne semblait pas être en état aussi ? Il en avait marre de cogiter. 

       Rolan releva les yeux en sentant le regard du flemmard. C’était devenu son surnom. Il soupira. Nathan était exaspérant à toujours les observer en silence. Pour Rolan, il avait l’impression d’être lu comme dans un livre ouvert. C’était d’un agaçant. Il allait lui en faire la remarque quand la porte de la chambre s’ouvrit à nouveau les faisant sursauter comme des malades.

       L’homme brun, aux yeux bleus, eut un sourire ravi de les avoir pris par surprise. Mais, peu après, il se fit bousculer par un autre homme brun plus âgé que lui. Les trois garçons se regardèrent surpris. Que venait faire Armando Borghèse dans leur petite maison ? L’homme les observa un par un avec un léger sourire sur les lèvres. Ilies fit son apparition. Lui aussi semblait dans le même état que les garçons. 

— Armando ? Puis-je savoir pourquoi vous débarquez à l’improviste ? 

       L’italien tourna son regard vert vers le tuteur. Il restait impassible. Il aimait bien mettre à mal ses employés ou comme il aimait dire ces gosses. D’ailleurs, il songea à appeler son vrai fils Josué avant que Léon lui en fasse la remarque. Ce n’était pas qu’il l’oubliait, il avait juste peur de le mettre en danger en l’appelant. La vie pouvait être vraiment compliquée parfois. Il soupira puis il se tourna à nouveau vers les trois adolescents.

       Il remarqua le manège de Léon près de lui. Celui-ci fixait Rolan avec insistance. Il devait se rendre compte que le jeune homme n’était pas dans son état normal. Borghèse n’avait pas pris la peine de raconter l’histoire de ses enfants à ses hommes. S’ils voulaient en savoir plus sur eux, ils avaient qu’à le faire d’eux-mêmes. Car il n’était pas né de la dernière pluie. Il avait bien remarqué les regards de Léon et de Sven. 

       Borghèse posa son regard sur le jeune flemmard. Ah oui, il y avait aussi Zoran. La manière d’être de ce garçon convenait parfaitement à sa boule explosive. Il pourrait se vanter d’être un génie tout de même d’avoir réussi à trouver trois perles pour ces trois chouchous. Il jeta un autre coup d’œil à Ilies. Il eut un sourire, puis sans prévenir, il demanda :

— Comment porte ta relation avec le Docteur Daniels, Ilies ?

       Le tuteur sursauta et il sentit le rouge monter à ses joues. Il avait oublié la manie de son patron à s’occuper de leur vie privée. Il lui lança un regard noir accentuant le sourire de l’italien. 

— Elle se porte très bien, Armando. Vous n’avez pas à vous en faire. 

— C’est parfait alors. Bon, j’ai pensé que vous aimeriez connaitre le Centre. Alors, j’ai chargé Léon et Sven pour vous le faire visiter.

       Les trois garçons se regardèrent à nouveau surpris. Rolan finit par prendre la parole. 

— J’ai déjà entendu parler du Centre prétextant qu’il était complet et que c’était pour cette raison que je me trouve ici. Qu’est-ce que c’est que cet endroit ? 

— Et bien, tu le sauras en y allant. Léon ? Je te les confis. Prends-en bien soin avec Sven.

       Après ses bonnes paroles, Borghèse fit demi-tour en embarquant Ilies par la même occasion. Celui-ci eut beau râler, il n’eut pas gain de cause. Léon observa la scène en riant légèrement. Ensuite, il se tourna vers les jeunes. Il fronça les sourcils. La langue de vipère était bien trop calme.

       Il les invita à le suivre. Bien évidemment, il dut user de patience avec Nathan. Comment faisaient les jeunes pour le supporter celui-là ? Il avait toujours envie de l’étriper. Pourtant, le dernier à quitter la chambre fut Rolan. Il traînait presque les pieds. Passant près de lui, Léon lui posa une main sur le crâne. 

— Que t’arrive-t-il ?

       Troublé, Rolan haussa les épaules. Il allait continuer son chemin, mais il se fit à nouveau arrêter. Las, il leva les yeux vers ceux qui le perturbaient souvent.

— Si tu veux parler, n’hésite pas à le faire. Je n’ai jamais mordu personne euh enfin je crois. 

       Sa phrase fit effet. Un léger sourire amusé étira les lèvres du jeune homme. 

— Quoi ? Avez-vous le cerveau ramolli pour ne pas vous en souvenir ? 

— Très drôle. 

       Léon tapota d’un doigt le nez de Rolan. 

— Alors ? Que t’arrive-t-il ? 

       Rolan baissa la tête. Il soupira. 

— C’est juste le mois de mars. Il est déprimant. Il ramène des démons qu’on aimerait bien oublier.

— Ah ! Je sais. Il y a toujours un mois ou un jour qu’on aimerait faire disparaitre. Mais, on ne peut pas. Il faut apprendre à vivre avec. Parfois, c’est facile et puis il y a des fois où c’est plus compliqué. Avec les années, tu arriveras à ne plus y faire trop attention, mais c’est encore récent. 

       Léon posa un bras sur les épaules frêles de Rolan. Il reprit :

— Allez, on rejoint les autres. Cette visite te fera peut-être du bien.

       Toujours aussi troublé par la présence du brun, Rolan ne broncha pas. Il suivit. En passant devant la cuisine, il aperçut son tuteur au téléphone. Il rayonnait. Ce devait être le docteur Daniels. C’était agréable de voir le bonheur chez quelqu’un. Ce sentiment remontait un peu le moral. 

       Rolan rejoignit finalement ces camarades dans la voiture. Enfin, Daegan et Nathan avaient fait en sorte de prendre toute la place afin que Rolan monte à l’avant. Il les maudit surtout en croisant leur sourire de connivence. Léon ne fit aucune remarque. Pourtant, il avait bien vu les regards également. 

       Il se mit en route. Il raconta l’histoire du Centre. C’était un établissement créé sur un immense terrain, appartenant à la famille Borghèse, précisément à Armando. Il l’avait créé des années auparavant après avoir détruit une filière de vente d’enfants en France. Il avait ensuite engagé des hommes et des femmes de tout âge afin de donner la meilleure éducation à ces pauvres âmes. La plupart recueillies ne savait ni lire ni écrire. Cet établissement leur offrait cette possibilité afin de leur garantir une vie plus décente. Il y avait également plusieurs psychiatres, psychologues également. 

       Tous les enfants vivaient là-bas. Ils n’avaient pas le droit de le quitter tant qu’ils ne seront pas aptes. Ce n’était pas une prison pour autant. Ils leur arrivaient de le quitter pour une excursion. Le centre avait également ces propres magasins. Il y avait aussi de petits boulots pour les lycéens afin qu’ils puissent s’offrir ce qu’il voulait.

— Mais, il doit bien y avoir des conflits, demanda Daegan. Il est impossible qu’une multitude de personnes vivent en parfaite harmonie. 

       Léon hocha la tête. Il se concentrait sur sa conduite surtout pour éviter les incompétents. D’ailleurs, il avait tendance à pester dans ces cas-là. Rolan lui l’observait du coin de l’œil. Pourquoi se sentait-il attiré par cet homme ? Il ne comprenait pas du tout et c’était énervant. Il n’avait jamais ressenti de désir ou autre. C’était toujours artificiel. À qui pourrait-il demander conseil ? 

       Il n’oserait jamais en parler avec Daegan ou Nathan. Ces amis ne se moqueraient pas, mais il serait tellement embarrassé. En réfléchissant, il y avait bien une personne. Accepterait-il de l’écouter ? Question stupide. Rafaël avait dû ressentir le même problème. 

— Oui, il y a des conflits. C’est obligé avec des gamins blessés par la vie. Certains seront sauvés, d’autres non. Certains ne veulent pas être sauvés. Ils préfèrent devenir comme leurs bourreaux. C’est les pires. 

— Que faites-vous d’eux ? 

— Ils sont internés jusqu’à leur majorité. Nous sommes obligés de les libérer ensuite. 

       Rolan eut un hoquet. 

— Vous êtes obligé de libérer de futur tueur.

       La route changea d’aspect. Après la ville, ils avaient traversé une forêt et d’un seul coup, celle-ci s’éclaircit face à une nouvelle ville. Enfin, cela y ressemblait même si celle-ci se trouvait entourée d’un immense mur de pierre. 

— Nous n’avons pas le choix. Mais, ils sont surveillés au maximum et…

       Léon se tut d’un coup. Il avait failli en dire trop. Ces gosses n’avaient pas besoin de savoir. Mieux valait éviter d’en dire trop. La voiture arriva devant le portail gardé par un vigile. Celui-ci salua aimablement le conducteur et commença une petite discussion entre eux. Les garçons ne comprenaient rien au langage. C’était une langue plutôt dure comme le russe.

       Les grilles finirent par s’ouvrir. Léon redémarra. Les garçons regardaient tout autour d’eux avec fascination. Le centre ressemblait réellement à une ville avec ces boutiques en tout genre, ces bars, ces restaurants. Il y avait également des habitations, en maisons ou en appartements. Comment Armando Borghèse avait-il réussi un coup pareil ? Il avait réussi à créer une ville. 

       Léon continua sa route jusqu’à un immense bâtiment de trois étages en forme de « L ». Il s’arrêta auprès d’une fontaine ronde avec en son socle une femme versant de l’eau dans le bassin. Partout où le regard se posait, des fleurs de toutes sortes embellissaient le lieu. 

       Léon invita les garçons à le suivre. À l’entrée, Sven les attendait avec un sourire. Il leur demanda s’il n’avait pas eu la nausée avec la manière de conduire de son ami. Léon grogna. Qu’est-ce qu’il pouvait prendre la mouche facilement ? Réflexion lancée par Rolan. Aussitôt, Léon réattaqua. Sven observa son coéquipier, amusé. C’était tellement facile de le titiller. Son regard s’égara vers les deux autres garçons. Nathan regardait autour de lui, admiratif. Quant à Daegan, il croisa son regard. Il lui adressa un sourire de bienvenue. Daegan le lui rendit sans s’en rendre compte. Il avait le cœur battant à tout rompre.

       Finalement, la troupe se mit en marche. Sven remplaça Léon sur les explications. Ce bâtiment se trouvait être le quartier général et en même temps, un lycée. Les professeurs avaient trié pour leur résultat, leur passif et leur caractère. En acceptant de travailler ici, ils avaient signé une charte comme quoi ils acceptaient que leur vie privée soit surveillée de temps à autre.

— C’est rude, laissa échapper Rolan.

— Nous faisons tout pour éviter les pédophiles. Imagine comme ce lieu serait un véritable lieu de délices pour ces monstres. Tous les enfants du centre ont reçu une puce afin d’être facilement localisables.

— Qui vous dit que ce soit s’y efficace ? 

— Ce ne sont pas des prototypes. Ils ont été mis en pratique. D’ailleurs, pour votre gouverne, c’est la Miori Corporation qui les a mis au point. Et ce sont les enfants du P.D.G. les testeurs. 

       Rolan et Daegan levèrent les yeux en même temps vers Sven, de stupeur. 

— Mais, il est fou. Pourquoi sur ces enfants ? 

— Et bien, ils sont souvent sujets d’enlèvements, expliqua Léon. Ils l’ont été à leur dixième année. Et l’un d’eux a bien failli mourir alors…

       Daegan réagit alors.

— Attendez, les enfants dont vous parlez, ce sont Michio et Naël.

– Évidemment. De qui veux-tu que je parle ? Miori n’a que deux fils.

— Mais euh ! Michio et Naël portent le nom d’Oda. Comment voulez-vous que nous sachions qu’ils sont les fils du patron de la Miori ? J’ai saisi, car vous avez parlé que l’un d’eux avait failli mourir. Michio m’en avait parlé vaguement. 

       Sven regarda autour de lui. Où était passé cet hurluberlu ? 

— Que t’arrive-t-il, Sven ? 

       Le blond regarda son collègue, puis les deux garçons. 

— Où est votre ami le flemmard ? 

       Rolan et Daegan regardèrent autour d’eux également. 

— Heiiiiinnnn ?

— Nathan ? 

       Les deux garçons commencèrent à paniquer. Où avait pu aller Nathan ? Comment avait-il réussi à se perdre ? Sven s’approcha de Daegan. Il lui posa une main sur l’épaule pour lui faire face. 

— Calme-toi. Il n’y a aucun danger ici.

       Le garçon leva les yeux vers le blond. Il se sentait toujours en sécurité avec Sven. Il hocha la tête.

– Non, mais sérieux. Mais quel empoté ce Nathan ! râla Rolan.

       Un homme à la peau sombre comme la nuit fit son apparition. Il portait un uniforme classique de soldat, un tee-shirt et un pantalon treillis kaki. Il salua d’abord les deux garçons avant de se tourner vers les deux hommes.

— Vous n’auriez pas perdu en cours de route un jeune brun affublé d’un chapeau. 

– Ouais. Sais-tu où il se trouve, Kurt ? demanda Léon. 

       L’homme croisa les bras, amusé. 

— Évidemment que je sais, idiot. Je vous suis à la vidéo depuis votre entrée. 

— Mouais, continue à me traiter d’idiot et je fais en sorte que tu sois émigré au nettoyage des chiottes. 

       Kurt sourit encore plus.

— Un idiot reste un idiot. Sven ? Comment arrives-tu à travailler avec Kennedy ? 

       Sven haussa les épaules. Kurt et Léon adoraient se traiter de tous les noms. Aucun d’eux n’arrivait à avoir le dessus en combat à main nue. Ça les énervait et les excitait aussi. Deux barjos du combat ! Voilà ce qu’ils étaient. Et quand son frère s’y mettait, c’était l’enfer assuré.

— Il est parfois utile. 

       Léon jeta un regard noir à son coéquipier qui en eut cure. Kurt émit un petit rire. Il jeta un coup d’œil aux deux garçons. Ils attendaient une réponse. L’homme à la peau sombre finit par avouer. 

— Vous êtes passé devant la salle de combat. Il semble qu’une certaine personne l’a attiré du regard. 

— Ah ! s’exclama alors Sven, avec un léger sourire. C’est vrai qu’il est rentré. 

— Bon, vous arrêtez de jouer les énigmes. Qui a attiré Nathan ? rouspéta Rolan en levant la voix. 

 

       Nathan suivit le groupe avec nonchalance. Il écoutait les explications à moitié. Il restait en retrait se faisant oublier comme il aimait le faire. Ces deux amis se trouvaient plus en avant. Ils écoutaient attentivement. Daegan ne lâchait pas du regard le grand blond. C’était mignon. 

       En passant devant une classe, Nathan jeta un coup d’œil par la porte ouverte. Il se rendit compte que c’était une salle de sport, non plutôt de combat puisqu’il y avait un ring au centre. C’est à cet instant que son regard tomba sur une connaissance.

       Il hésita un instant. Il jeta un coup d’œil vers le groupe ayant pris de l’avance. Il soupira. Personne ne faisait attention à lui alors sans plus d’hésitation, il pénétra dans la salle presque vide. 

       Tout en faisant attention où il mettait les pieds, il se rapprocha vers l’homme frappant sur une machine de combat. Il pouvait l’entendre râler, injurier l’engin de tous les noms. Il s’arrêta à quelques pas et il s’exclama :

— Faut être vraiment débile pour parler à une machine. 

       L’homme eut un sursaut. Il loupa son geste et reçut une des barres sur la tête.

— Saloperie d’engin de merde ! Putain, ça fait mal. 

       L’homme se frotta la tête tout en se retournant pour lancer un regard noir à l’abruti responsable de son malheur. Il resta coi en trouvant un certain flemmard face à lui. Nathan se mordait un peu la lèvre. Il n’avait pas pensé au risque en interrompant l’exercice. 

— Qu’est-ce que tu fiches ici, toi ?

       Le ton hargneux de Zoran fit froncer les sourcils de Nathan. Il répliqua aussitôt :

— Il m’a semblé voir un abruti, je voulais juste le saluer. Mais bon, vu que je dérange, je vais vous laisser en charmante compagnie. Faites attention à votre tête. Vous avez déjà une case en moins, ce serait stupide d’en perdre une autre. 

       Le garçon le cherchait. Zoran serra les dents. Il regarda autour de lui. Il n’y avait plus personne. Comment ce chieux était-il venu jusqu’ici ? 

— Cela t’arracherait la gueule d’éviter de m’insulter à tout va. 

       Nathan haussa les épaules. Il n’y pouvait rien. Il n’agissait pas vraiment normalement en présence de cet homme. C’était assez étrange, d’ailleurs. 

— Vous pourriez éviter d’être vulgaire. 

— Mais, je t’en merde ! grogna aussitôt Zoran. 

— Non, mais, vous êtes un vrai gamin, ma parole. 

       Zoran fronça les sourcils. Ce garçon lui donnait des envies de meurtres. Quel impertinent ! Mais, en même temps, il était surpris. Habituellement à cause de son sale caractère, les gens l’évitaient comme la peste. Mais, chaque fois, où il avait croisé ce flemmard, il n’avait jamais pris la poudre d’escampette. Dans un sens, c’était assez plaisant même si parfois, il l’énervait pour de vrai. 

— Bon, qu’est-ce que tu fous au centre ?

       Tout en parlant, Zoran se rendit près des bancs où ses affaires attendaient. Il attrapa une serviette pour essuyer son visage et ses épaules de sueurs. Nathan se rendit compte alors que l’homme était torse nu. Il se sentit troubler plus que de raison, mais cela ne l’empêcha pas de mater le corps tout en muscle, sans un gramme de graisse et aux nombreux tatouages.

       Zoran ne se rendait même pas compte d’être détailler. Comme à son habitude, il se passa un doigt sur sa cicatrice sur le visage. Nathan le remarqua. Il l’avait déjà vu faire ce geste. L’homme devenait toujours pensif à ce moment-là. 

— Comment vous êtes-vous fait cette cicatrice ?

       Zoran se retourna d’un coup vers le garçon. Nathan pensait le voir en colère, mais il y vit juste de la surprise. Était-ce si étonnant à demander ? L’homme hésita un instant, puis il raconta :

— Mon frère et moi, on a été enfermé avec d’autres enfants pendant des années. Pour survivre, nous devions combattre des adultes, parfois l’un d’eux avait une cravache. Mais, cette cicatrice…

       Zoran se tut d’un coup, le regard baissé comme s’il s’en souvenait. Nathan s’en voulut. Une voix grave retentit alors :

— C’est ma faute.

       Nathan et Zoran se tournèrent vers l’arrivant. Sven se tenait devant eux. Il observait son frère. Il reprit :

— Je recevais souvent des ordres à faire. Je devais le faire dans un temps imparti sinon Zoran se ferait battre à ma place. 

       Sven eut un petit sourire triste. Il continua :

— J’ai loupé deux fois et chaque fois, celui à subir, c’était mon petit frère. La deuxième fois a été la plus violente.

       Zoran haussa les épaules, gêné d’un coup. Il finit par s’exclamer sur un ton catégorique. 

— Bordel, Sven ! Je t’ai déjà dit que ce jour-là, j’ai tellement titillé mon bourreau. J’ai cherché moi-même la bagarre. Voilà le résultat ! Tu n’as rien à te reprocher.

       Sven resta silencieux un long moment. Zoran ne voulait pas relever la tête. Nathan observa les deux frères en silence. Puis, il finit par dire :

— Pour vous mettre d’accord, ce ne serait pas plus mal de dire que la faute revient au deux.

— Mais de quoi je me mêle ! répliqua aussitôt Zoran. 

       Sven leva les yeux au ciel. Son frère était vraiment antisocial, mais il fut stupéfait par la réaction du jeune flemmard. 

— Je m’en mêle parce que vous êtes tellement un abruti fini que si on ne vous explique pas tout de A à Z, vous ne comprenez rien. 

       Nathan avait les bras croisés, un sourire moqueur affiché sur son visage. Le flemmard remontait dans l’estime du grand blond. Le garçon avait un toupet sans nom pour énerver à loisir son jeune frère explosif, mais en même temps, Zoran le surprenait. Habituellement, il aurait déjà cogné l’imbécile insultant. Là, il agissait vraiment différemment. Il avait presque envie de les laisser se chamailler.

— Je viens de comprendre que vous aimez beaucoup vous insulter tous les deux. C’est vraiment l’amour fou.

       Zoran grinça des dents et jeta un regard noir à son frère. Heureusement qu’il était de bonne humeur sinon il lui aurait mordre la poussière, ce qui n’arrivait jamais pour son malheur. Un jour, il arriverait à battre son frère. Un jour ! 

— Mais, reprit Sven. Tes deux amis attendent avec impatience ton retour auprès d’eux.

       Nathan jeta un coup d’œil surpris au blond. Ces amis en avaient cure de lui. N’importe quoi ! Sven invita Nathan à le suivre tout en demandant à Zoran s’il voulait l’accompagner. Celui-ci hocha la tête en silence. Il observait Nathan. Il avait l’impression que le garçon ne croyait pas un mot de son frère. Il pouvait le traiter d’abruti, mais il en était un également.

— Pff ! Toi aussi t’en es un, laissa-t-il échapper.

— De quoi ? 

— D’abruti !

       Nathan fronça les sourcils. Non, mais quel toupet ? Il allait répondre quand il reçut un corps sur lui. Il recula sous le choc. Daegan s’écarta un peu et s’écria :

— Arrête de nous faire peur, Nathan. Qu’est-ce qu’on va devenir si tu disparais ? 

       Totalement ébranlé, le jeune flemmard ne sut quoi répondre, il finit par attaquer. 

– N’importe quoi. Cela ne va pas t’empêcher de vivre, Daegan.

       Un coup violent s’abattit sur son crâne. Il poussa un cri de douleur avant de se tourner vers son bourreau. Il lui lança un regard noir. Les yeux de Rolan brillaient de colère. 

— T’es vraiment un abruti fini, Nathan. Crois-tu que disparaitre sans rien dire ne nous fera rien ? Veux-tu être frappé jusqu’à que ça entre dans ta tête de crétin que tu es important pour nous ? 

       Nathan resta statique. Important ? Il était important pour eux. Pouvait-il le croire ? Ce ne serait pas encore des mensonges, comme toujours. Zoran lâcha :

— Tu vois, tu es même pire que moi.

       La réaction ne se fit pas attendre. Nathan balança son bras pour frapper en plein dans l’estomac de Zoran. Celui-ci grogna et porta sa main à son ventre. Bordel, mais il avait de la force ce mioche. 

— Bon puisque tout le monde est réuni. Si on allait manger. Je meurs de faim, lança Léon, en posant un bras sur l’épaule de Rolan, perturbant à nouveau le garçon.