Chapitre 42

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       Un rayon de soleil traversa la vitre pour se poser sur l’endormie. Celui-ci s’étira de tout son long, avant de frotter ses yeux gonflés d’avoir pleuré longtemps la veille. Le jeune homme se sentit rougir en se souvenant d’avoir pleuré dans les bras du petit ami de son frère. Pourquoi avait-il réussi à craquer grâce à Rafael ? Habituellement, c’était Michio qui y parvenait, mais pas cette fois-ci.

 

       Se secouant un bon coup, Naël se leva et tout en se passant une main dans ses cheveux ébouriffés, il se dirigea vers la salle de bain. C’est à cet instant qu’il entendit le déclic d’un appareil photo. Alors, il leva les yeux et il fut réveillé instantanément.

 

       Les yeux agrandis de surprise et de honte, il laissa échapper un son étranglé avant de se retourner rouge comme une tomate. Merde ! Il entendit le rire amusé de son grand-père. Nael aimerait bien être six pieds sous terre. 

 

       Il sentit une présence derrière lui et un bras se posa sur ces épaules de façon fraternelle. D’une voix amusée, Rafael s’exclama :

 

— Que t’arrives — tu, Nael ? Aurai-je réussi à te mettre à mal ? 

 

— Imbécile, laissa échapper le jeune homme, dont les oreilles ne voulaient pas quitter le rouge. 

 

       Rafael émit un petit rire moqueur. Nael croisa les bras boudeurs. Il baissa le regard vers le sol et il se rendit compte que son camarade n’avait pas pris la peine de mettre une serviette autour de lui. Les rougeurs revinrent de plus belle. Mais, il le faisait exprès, le bougre ? 

 

— Tu tombes bien mon petit Nael. Pourrais-tu me prêter du linge ? Ma valise est dans la voiture d’oncle Manu. Ça ne me dérange pas vraiment d’y aller nu comme un vers, mais je risque de congeler sur place. 

 

       Râlant, Nael s’échappa vers la chambre. Il n’osait pas se tourner vers celui qu’il pouvait considérer comme un beau-frère. Il n’avait jamais été aussi mal à l’aise. Carlin rejoignit son petit-fils dont le rouge ne partait pas. Le jeune homme montra ses armoires à Rafael sans le regarder. 

 

— Vas — y sers-toi ! Pff ! Tu fais bien la paire avec mon frère.

 

— Héhé ! Je prends ça pour un compliment.

 

       Le voyant lui passer devant dans le plus simple appareil, Nael soupira fataliste en soupirant. 

 

— Mais, ce n’est pas vrai ! 

 

       Il se détourna à nouveau encore plus rouge sous le rire de son camarade.

 

— Je n’ai rien à dire, mais mon petit Michio a bien choisi. 

 

— Papy ne t’y met pas. 

 

— Oh, Nael ! Ne sois pas pudique. Tu ne l’es pas tant que ça habituellement.

 

— Mais enfin grand-père ! Habituellement, c’est mon frère. Ce n’est pas la même chose. 

 

       Carlin haussa les épaules. Il s’en fichait. Il avait juste une jolie photo pour son album. Il se demandait s’il allait la montrer à son ange. Il adorait voir son fils les joues rouges et pousser de petits cris tout mignons à son âge.

 

— J’ai de la chance que Michio et toi Nael êtes de ma taille et de mon poids. Je peux emprunter. Je ne me voyais pas remettre mes fringues d’hier. 

 

       Nael se tourna enfin vers le jeune rouquin, mais il se rendit compte qu’il avait du mal à le regarder dans les yeux. Il se sentait honteux d’avoir montré sa faiblesse à un autre. Rafael pencha la tête. Il s’approcha du frère de son petit ami et lui donna une pichenette sur le front. 

 

— Patate ! Il n’y a rien de honteux, Nael. Tu avais besoin de te libérer et j’étais là. C’est tout. Et puis, pour être honnête, ça m’a beaucoup touché que tu me donnes autant de confiance en te laissant aller. 

 

       Carlin préféra s’éclipser. Ça ne le concernait pas. Il préféra aller ennuyer son fils. Nael ne vit pas son grand-père sortir. Il baissa son regard vers ses mains. Nael finit par dire d’une petite voix. 

 

— J’ai une confiance aveugle envers mon frère, Rafael. Et il t’est entièrement dévoué. Alors, il n’y a aucune raison pour que je ne te fasse pas confiance. 

 

       Cette fois-ci, ce sont les joues de Rafael qui rosirent un peu. Il eut un petit sourire.

 

— J’ai toujours essayé de n’envier jamais personne afin de ne pas souffrir inutilement, mais mince, j’envie Michio. J’aurais bien aimé avoir un frère comme toi, Nael. J’aime mes sœurs, mais je n’ai jamais pu avoir une relation aussi symbiose que la vôtre.

 

— Et bien, tu sors avec mon frère, Rafael. Alors, tu peux me considérer comme un frère.

 

       Les yeux bleus nuit se mirent à luire. Apparemment, il venait de faire plaisir au jeune rouquin. 

 

— Un frère ? Génial, alors il faut commémorer ce fait. 

 

        Et sans prévenir, Rafael se pencha vers la Nael et l’embrassa en pleine bouche avant de reculer et de quitter la pièce en riant. Choqué et rouge comme un coquelicot à nouveau, Nael se laissa tomber sur le sol. Il porta une main à ses lèvres. « Bordel ! Je ne suis pas sorti de l’auberge avec deux énergumènes pareils, en pensant à Michio et Rafael. »

 

       Tout guilleret, Rafael descendit vers la cuisine. Il n’y avait que Renko dans la pièce. Celui-ci lui demanda s’il voulait déjeuner. Mais, le garçon préférait savoir où se trouvait sa moitié. Renko eut un sourire amusé. Il lui indiqua l’entre des peintres de la famille. La salle d’art où seules certaines personnes avaient le droit d’y entrer. 

 

       Rafael hésita un instant. Avait-il la permission de pénétrer dans ce lieu ? Après avoir délibéré avec ses pensées un instant, il se décida enfin à entrer. La pièce lumineuse lui montra un lieu remplir de toiles vierges ou non. L’odeur y était forte aussi. Michio se trouvait devant une toile. Il ne l’avait pas entendu entrer, concentré par son œuvre. Attiré, Rafael s’approcha et se positionna juste derrière le jeune homme, habillé simplement d’un jean troué et d’un tee-shirt taché de peinture.

 

       Même si le rouquin ne le touchait pas, sa présence perturba le peintre. Michio eut une saute de sursaut et lui fit rater son geste. Un trait horrible vint gâcher le dessin. Rafael s’en voulut. Il recula. Michio laissa tomber son pinceau pour se retourner rapidement. Les deux garçons se regarder ainsi droit dans les yeux.

 

       L’attirance fut plus forte. Les deux corps se moulèrent et leurs bouches s’emprisonnèrent pour un ballet instance et inépuisable. Rafael n’arrivait toujours pas à comprendre pourquoi il ressentait autant de choses, autant de satisfaction avec ce garçon. Mais, Michio était devenu vital. 

 

       Assis en califourchon sur les jambes du rouquin, Michio, les mains posées sur la poitrine, observait son homme avec désir. Mais aucun d’eux n’avait envie d’aller plus loin, non pas qu’ils n’en avaient pas envie, mais cela les rendait satisfaits de cette frustration. Rafael raconta la scène avec Nael. Michio se mit à rire. 

 

— J’aurais aimé voir sa tête. 

 

— Pas jaloux ? 

 

— De quoi ? D’avoir embrassé mon frère ? Non, et puis, je l’ai déjà fait une fois aussi. Je l’ai même fait une fois à mon père Luce. 

 

— Non ? Sérieux ? Il n’a pas dû s’en remettre facilement étant donné le caractère. 

 

       Michio pencha la tête à se souvenir. 

 

— Il en a été traumatisé. Maintenant, il se méfie. 

 

       Michio bougea un peu pour se pencher vers le pied du canapé. Il déposa alors un cadeau pas très gros devant Rafael. 

 

— Joyeux noël en retard, mon pirate.

 

       Les yeux brillants, Rafael observa en silence son cadeau emballé. Cette fin d’année, il s’est passé tellement de chose et cette nouvelle année commençait sous de très bons auspices. Cinq mois auparavant, sa vie était un enfer et maintenant, elle ressemblait à un paradis. Il en était un peu effrayé encore maintenant. Son bonheur pouvait se briser n’importe quel moment, il le savait. Mais, le mieux à faire était de vivre le présent et de ne pas songer au passé et au futur. 

 

       Il déballa doucement son cadeau. Il ouvrit les pans du carton et il resta saisi devant la beauté de l’objet à l’intérieur. Il le sortit avec une délicatesse qu’il ne se connaissait pas. Michio avait taillé dans un bois de chêne, un bateau à trois mats. Chaque partie du bateau était taillée avec perfection et les finitions étaient absolument lisses et bien réparties. Un drapeau noir avec à son centre la tête d’un crâne et deux tibias entre croisés se dressait fièrement en haut de la tour de guet.

 

— Il est magnifique, Michio.

 

— C’est vrai ? Il te plait. 

 

       Rafael déposa avec délicatesse le bateau dans son carton. Il le posa avec difficulté sur le sol. Puis, il tira sur le bras de Michio pour le serrer contre lui. Le jeune Oda se moula et enfouit son visage dans le cou.

 

— Aussi magnifique que tu l’es, mon diablotin.

 

       Michio sentit ses joues surchauffées. Il n’y avait que son pirate pour le mettre dans cet état. Il sentit quelques choses sur son poignet. Il se redressa pour observer le bracelet en cuir sur son poignet. Il le caressa et aperçut alors les caricatures d’un diablotin et d’un pirate armé d’une épée. Les deux armes se croisaient en forme de croix et de chaque côté une lettre était apposée. Michio frôla les deux lettres « m X r » affichées.

 

       Il mordit sa lèvre percée à s’en faire mal. Pour lui, c’était le plus beau cadeau reçu. Il leva ses yeux brillants vers son pirate. Il murmura alors d’une voix faible, faisant battre le cœur de Rafael comme jamais, car même si son diablotin le lui avait déjà dit auparavant, les mots étaient empreints de sincérité. 

 

— Je t’aime, Rafael.

 

       Un peu plus tard, Manu décida que l’heure de rentrer était venue. Il demanda donc où se trouvait son neveu. Renko le lui signala et il se tourna vers son petit-fils pour qu’il aille le chercher. Nael, les joues redevenant rouges d’un coup, laissa tomber sa tête entre ses bras posés sur la table. Il s’exclama :

 

— Désolé, mais je passe mon tour. Si vous voulez Rafael, allez le chercher vous-même. 

 

       Renko regarda son petit-fils surpris. Carlin, pénétrant dans la pièce au même moment, ne put s’empêcher de rire. Il ébouriffa les cheveux de son petit-fils.

 

— Va falloir t’en remettre mon garçon.

 

— Papy n’en rajoute pas. Avoue que cela t’amuse de me voir aussi embarrassé.

 

— J’avoue que cela m’enchante. 

 

       Erwan entra à son tour et évidemment demanda ce qu’il y avait. Carlin les mit au courant sous le regard noir de son petit-fils. Et Nael se sentit encore plus mal en apercevant le regard bleu de son père. Mazette ! Il n’était pas sorti de l’auberge. À cet instant, un corps lui tomba dessus. Deux bras lui entoura le cou et une voix reconnaissable se fit entendre le faisant à nouveau rougir encore plus. 

 

— Que t’arrive-t-il mon petit Nael ? Tu ne t’es pas encore remis de m’avoir entièrement nu.

 

— Va en enfer, Rafael ! bougonna le garçon empourpré. 

 

— Mais avec plaisir, mon ange. 

 

       Et Nael se sentit encore plus mal à l’aise en recevant un nouveau baiser, mais cette fois-ci sur la joue. Mais, qu’est-ce qu’il avait fait au monde ? Il jeta un coup d’œil vers le rouquin, parti taquiner son oncle. Il croisa le regard de son frère. Celui-ci avait un sourire amusé. Pour une certaine raison, Nael se sentit soulagé. Avait-il eu peur de la jalousie de son frère à son encontre ? Il savait pourtant bien que c’était stupide, mais inconsciemment, il avait eu peur de reproches ou autres. 

 

       Les jours suivants, la reprise des cours se fit dans une certaine appréhension pour Nael. Comment devait-il agir avec Dan ? Même s’ils avaient décidé de rester de bons amis, ce ne serait pas simple. Il le savait bien. Mais, tout se passa dans le meilleur du monde. 

 

       Les premiers jours, Dan préféra ne pas intégrer le groupe. Il resta en retrait. Mais, Dorian et Luna n’en étaient pas d’accord alors ils allèrent le chercher. Ils lui passèrent un savon de tous les diables. Dan eut bien du mal à se faire pardonner. Être en présence de Nael était assez difficile et douloureux également. Mais une personne vient remettre de l’ordre. Il avait beau se traiter de flemmard, mais sa présence rendait les choses souvent plus faciles. 

 

       Nathan avait appris à apprécier le frère de Michio. Alors, pour la première fois dans sa vie, il prit l’initiative d’aller lui parler. Nael avait trouvé un compère aimant les échecs alors ils discutèrent de stratégies pendant tout le long de la pause. Évidemment, si Nathan était présent, les deux autres suivaient.

 

       Daegan et Rolan ne pouvaient tout simplement laisser leur ami seul. Ils avaient remarqué que Nathan était souvent tête en l’air et il avait tendance à se perdre. Et son côté flemmardise pouvait également être une source d’ennui. 

 

       Daegan se mit à discuter avec Michio et Luna de musique. La jeune fille avait toujours eu envie d’apprendre à jouer d’un instrument, mais elle n’en avait pas eu la possibilité. Michio leur parla de Rei Miori. Celui-ci avait été un excellent musicien, mais il avait dû mettre sa carrière à la poubelle à cause de son bras. Il s’occupait d’enseigner son art chez lui. Il était aidé par un autre tout aussi excellent avec eux, Michio était certain que ces amis pourraient évoluer encore plus.

 

       Michio leur expliqua que c’était certes, payant, mais si ces amis remplissaient un dossier, ils auraient la possibilité d’avoir de l’aide. Daegan ne voulait pas user de ce genre de procédé. Mais, il finit par convenir qu’il n’avait pas de parents pour lui payer ces cours. Alors, il demanda s’il y avait moyen de travailler un peu. La réponse fut affirmative. Rolan se sentait un peu seul enfin jusqu’à qu’un certain rouquin vint le titiller. Il passa le reste de sa pause à se chamailler avec Rafael.

 

       Rafael ne retourna pas au garage pendant tout le mois de janvier, car il passait son temps chez Ilies où vivaient Nathan, Daegan et Rolan. Comme convenu, il y allait pour sa séance de thérapie avec le docteur Soan Daniels. Parfois, la séance se faisait ensemble et parfois les uns après les autres. 

 

       Comme l’avait signalé le docteur Daniels, il ne chercha pas à les faire parler de leur passé. Il discuta de tout et de rien avec eux. Il voulait gagner leur confiance. Les jeunes finiraient par parler d’eux-mêmes. Il appréciait les regarder se chamailler entre eux. Petit à petit, les quatre jeunes agissaient comme des frères entre eux. 

 

       Nael, non plus, ne se rendit pas au garage pendant tout le mois. Il préféra se rendre à la société de son père pour avoir plus de travail compliqué. Cela lui permit de se remettre plus facilement. Petit à petit, il se reprit en main. Certes, la tristesse de sa rupture avec Dan le tenaillait encore, bien plus qu’il ne l’aurait cru. Mais, maintenant, il pouvait à nouveau discuter et rire avec lui sans difficulté.

 

       Il se décida à retourner au garage seulement après l’anniversaire de son père Erwan, c’est-à-dire après la fête de la Saint-Valentin. D’ailleurs, Carlin avait invité plein de monde pour fêter ce jour et aussi pour ennuyer Sawako Sanada, le grand frère de Dan. Celui-ci n’aimait pas fêter son anniversaire.

 

       Nathan, Rolan et Daegan et le reste de la bande avaient été invités pour faire la fête également. Ilies fut convié et il fut ravi d’y voir le docteur Daniels. Il se fit charrier toute la soirée par les jeunes ensuite. Par contre, les trois jeunes de chez Ilies furent agréablement surprises d’y trouver Sven, Léon et Zoran parmi les inviter.

 

       Ceux-ci suivaient leur patron comme toujours. Borghèse se trouvait présent. Il s’amusait à titiller Michio et Rafael. Les trois hommes se demandaient régulièrement si leur patron finirait par rentrer intact. En tout cas, Sven et Léon prirent plaisir à faire rougir la jeune Luna en la félicitant sur son talent caché. Son frère Arthur ne savait pas comment aider sa jeune sœur et il tomba des nus quand finalement, ce fut le jeune Dorian qui parvint à la sortie des griffes des deux hommes. 

 

       Il en fut perturbé, d’ailleurs. Son côté grand frère fit surface. Il s’inquiéta pour sa jeune sœur. Manu le traita de tous les noms. Sa sœur avait plus de jugeote que lui de toute façon. Et puis, il n’y avait rien à craindre. Dorian était un jeune homme droit et sincère. Il pouvait lui faire confiance. Arthur ne fut pas rassuré pour autant. Quand sa sœur s’en rendit compte, elle leva les yeux au ciel. On ne referait pas son frère de sitôt, mais elle bénit Solange Laurel, la supérieure de son frère. Celle-ci se chargea de faire oublier sa sœur à Arthur.

 

       Quand Nael se décida enfin de se rendre au garage, il appréhendait en même temps. Ludwig avait toujours été tendance à tout laisser en suspens. Il se demandait s’il allait avoir trop de travail et surtout du rangement. Il arriva assez tard. 

 

       Le bâtiment semblait silencieux, car la plupart étaient déjà rentrés chez eux. Ludwig ne se trouvait nulle part en visuel. Nael haussa les épaules. Il connaissait les lieux. Il se rendit alors vers la porte sur sa droite pour pénétrer dans le bureau. Il s’arrêta net. 

 

       Partout où son regard se posait, les étagères étaient propres et rangées. Le bureau était le plus choquant à ses yeux. Les papiers étaient classés et rangés comme il faut. Qu’était-il arrivé depuis son absence ? Toujours surpris, il jeta son manteau sur un siège et il s’installa derrière le bureau. 

 

       Grâce au rangement, son travail était tout simplement simplifié. Nael n’en revenait pas. Il n’allait pas passer des heures à classer et finir tard. Il en était à la moitié quand la porte s’ouvrit. Nael leva les yeux vers l’arrivant. Il aperçut un nouveau visage. L’arrivant était plutôt grand et bien bâti, le visage à la mâchoire carrée, aux lèvres fines et sensuelles, mais Nael fut captivé par les yeux vert marron de l’intrus.

 

       Aden appréciait vraiment son travail au sein de ce garage à l’apparence vieux et délabré. Il avait bien du mal à croire qu’il se trouvait à la maison mère. Sa surprise avait été son patron. C’était un sacré spécimen dans son genre, malgré tout il était apprécié de ses employés. Aden était arrivé en même temps qu’un autre. D’ailleurs celui-ci ne l’inspirait pas vraiment. Il ne lui faisait pas confiance. 

 

       Mais bon, il ne pouvait pas se permettre d’être médisant avec d’autres. Il tenait à sa place. Les autres employés y travaillaient depuis des années et ils se connaissaient donc très bien. Pourtant, ils l’acceptèrent sans problème parmi eux. Ils n’avaient pas peu de charrier leur patron. 

 

       Petit à petit, Aden apprit que Ludwig n’était pas le grand patron. Avec un peu de chance, il ferait sa connaissance un jour. Il se demandait à quoi pouvait ressembler le grand manitou. Étant donné le respect des employés, ce devait être un sacré personnage également. Il apprit également que deux jeunes venaient parfois travailler au garage. L’un apprenait avec eux la mécanique. C’était un jeune protégé de Ludwig. Quant à l’autre, il s’occupait de la paperasse. Aden en fut choqué.

 

       Comment pouvait-on laisser un jeune de seize ans s’occuper des factures et de toute autre chose administrative ? Pour lui, c’était de l’inconscience. Ludwig avait dû se rendre compte du malaise, car il lui avait suggéré de jeter un coup d’œil dans le bureau s’il le désirait. Un peu embarrassé, Aden avait quand même suivi l’idée. Alors, il s’était mis à regarder les comptes. Le travail était excellent et pointilleux, aucune erreur, aucune faute. Impressionnant !

 

       À partir de ce jour, Aden s’était mis en devoir de rendre l’endroit plus présentable en apercevant le désordre dans la pièce. Comment le jeune homme pouvait-il travailler sereinement avec ce bordel ? Ludwig observait la scène, amusé et pensif. 

 

       Ce jour-là, Ludwig rentra plus tôt et donna les clés du garage à Aden. Celui-ci pourra fermer quand tout sera en ordre après une inspection dans toutes les pièces. C’était la règle afin que personne ne reste coincé par mégarde dans le garage jusqu’au lendemain. Alors vers sept heures du soir, Aden fit le tour et il termina sa tournée par le bureau. 

 

       Il eut la surprise de trouver un jeune homme brun assis derrière le bureau. Il se rappela alors le jeune dont Ludwig lui avait parlé. À cet instant, le garçon leva les yeux et Aden fut saisi par le regard gris orageux. Il se sentit troublé du plus profond de son cœur. C’était une sensation toute nouvelle, jamais ressentie jusqu’à lors. Étrange. Se reprenant, il étira ses lèvres d’un sourire amical. 

 

— Bonsoir. Je suis nouveau. Je suis Aden Willis. 

 

       Nael se troubla de plus belle en entendant la voix grave. Avec un effort, il reprit contenance. Il sourit à son tour. 

 

— Bonsoir. Vous êtes peut-être nouveau, mais vous avez déjà gagné la confiance de Ludwig. Ce n’est pas rien.

 

— Comment vous pouvez le savoir ? 

 

       Nael haussa les épaules. 

 

— S’il ne vous faisait pas confiance, il ne vous aurait pas remis les clés du garage de mon grand-père.

 

       Alors, le jeune homme en face de lui avait un rapport direct avec le propriétaire du lieu. Sans savoir trop pourquoi, cette nouvelle ne lui plut pas vraiment. Qu’est-ce qui le dérangeait dans ce fait ? 

 

— Ah ! Je suis malpoli, je ne me suis pas présenté. Je m’appelle Nael Oda.

 

       Aden sursauta en entendant le nom du garçon. « Non, ne me dites pas qu’il a un lien avec le mentor d’Origin ? » Nael dut comprendre son interrogation, car il rajouta :

 

— Si vous vous demandez si j’ai un lien avec le peintre, alors la réponse est oui. C’est mon grand-père, et je rajouterais également qu’il est l’oncle de Ludwig.

 

— Hein ? Alors, je suppose qu’Origin Oda, vous la connaissez. 

 

       Aden n’eut pas besoin de réponse. Le regard gris orageux s’illumina au prénom. Mazette ! Sa jeune amie avait omis de lui parler de certaines choses. Pourtant, il devrait y être habitué avec elle. Nael reprit :

 

— Merci pour le rangement. Ça m’a beaucoup aidé. 

 

       Aden reposa son regard sur le jeune homme. Celui-ci avait repris son travail. Sachant qu’il ne pourrait pas partir tant que le garçon serait là, il demanda :

 

— Est-ce que je peux vous aider ? 

 

       Nael releva les yeux de surprise. Un magnifique sourire apparu perturbant un peu trop Aden. Qu’est-ce qu’il se passait ? Pourquoi ce garçon le troublait-il autant ?

 

— Avec plaisir.