Comme depuis quelques jours, Michio se réveilla dans le lit de son frère. Celui-ci dormait toujours. Le garçon lui jeta un coup d’œil. Il dormait normalement. Michio soupira. Cette nuit, Naël avait eu une nuit agitée. Il avait eu cauchemar sur cauchemar. C’était bizarre. Il n’en avait plus eu depuis six ans environ.

 

       Après l’enlèvement, ils avaient mis du temps à se remettre. Michio n’avait pas eu autant de souci, bien qu’il avait souvent refait, en rêve, sa chute dans l’eau noire et glaciale du lac. Il avait fini par l’enfouir afin d’éviter de gêner sa famille. Mais, Naël avait bien plus de temps. Pendant plus d’un an, il avait fait cauchemar sur cauchemar. Michio ne l’avait jamais quitté. 

 

       Même s’il avait râlé sur le fait de voir un psychologue, Michio reconnaissait bien l’aide d’Aline Descamps sur leur bien-être actuel. Même son père Erwan allait beaucoup mieux. Il était beaucoup moins stressé quand Michio et Naël rentraient plus tard que prévu, ou sortaient sans prévenir. 

 

       Le jeune homme se leva en s’étirant de tout son long. Il se dirigea vers la salle de bain pour prendre une douche rapide. Cette fois-ci, il ne se fit pas flasher. Grand père Carlin devait se trouver dans sa pièce. Depuis hier, il s’était enfermé pour peindre. Renko s’y rendait de temps à autre et il s’installait dans le canapé pour lire.

 

       Ces grands-parents et ses pères montraient tous les jours à quel point, ils s’aimaient par de petits gestes. Mais à force d’en voir, Michio se rendait compte à quel point Rafael lui manquer. Comme quoi ce garçon roux avait vraiment pris une place énorme dans sa vie. Depuis que Raffy était dans son univers, il avait changé un peu. Il s’ouvrait aux autres. Jamais, il n’avait eu l’idée de devenir ami avec une personne en particulier et pourtant c’était arrivé. 

 

       Michio fouilla dans les affaires à son frère pour s’habiller avant de descendre. Le manoir se remplissait déjà des amis de ses grands-parents ou de ses parents. Cette année, il en manquerait quelques-uns, comme Ashula et Manu. Il y avait aussi les Marcello. Cette année, ils avaient décidé de le faire en petit comité avec leurs Xavier et Sasha. Les Lepers ne viendraient pas non plus. Ashanti ne se sentait pas vraiment dans son assiette suite au décès de sa mère quelques mois plus tôt. Elle s’était donc excusée auprès de son meilleur ami Luce. 

 

       Quand il pénétra dans la cuisine, il eut la surprise d’y trouver Sawako derrière les fourneaux. Celui-ci lui adressa un sourire. Ravi, le garçon s’installa à table. Il eut le droit à une énorme assiette de crêpes. Sawako s’installa à son tour face au fils de son ami Luce. Il garda le silence un long moment avant demander. 

 

— Comment va Naël, Michio ? 

 

       Le garçon arrêta net sa bouchée devant la bouche. Il soupira. 

 

— Il ne veut pas pleurer. C’est une tête de mule. Il affirme que tout va bien. C’est lui qui a décidé de mettre fin à son histoire avec Dan. Il doit l’assumer comme il se doit.

 

— Tout le contraire de Dan. Mon petit frère n’a pas arrêté de chouiner même s’il est d’accord avec cette rupture.

 

— Sawako ? Que dois-je faire pour l’aider ? Il garde toujours tout en lui. Il ne veut pas montrer ses faiblesses. Il veut toujours jouer les dures à cuire. Il a beau être intelligent, c’est un idiot. 

 

       Le japonais porta une tasse de café à ses lèvres avant de répondre. 

 

— Pour ça, vous êtes deux. 

 

— Hein ? Ne me compare pas à mon idiot de frère, te plaît !

 

— Oh si je te compare, car tu l’es tout aussi, Michio. Toi non plus, tu montres rarement tes faiblesses ou tes peurs. Tu gardes tout au fond de toi. Michio, je sais très bien que tu veux rien montrer pour ne pas ennuyer ta famille. Ils ne sont pas stupides, ils le savent très bien.

 

       Le jeune homme baissa la tête vers son assiette à moitié vide.

 

— Je sais, Sawa. Je sais très bien qu’ils ne sont pas dupes. Mais, j’ai ma peinture pour me libérer.

 

       Michio poussa un couinement de douleur en recevant un coup sur la tête. Il jeta un coup d’œil mécontent au japonais. Celui-ci lui adressa un sourire satisfait. Quelle brute ce Sawako ! 

 

— Parce que voir tes œuvres se faire détruire te plait tant que ça Michio ?

 

       Le garçon détourna les yeux. Il s’avouait vaincu. 

 

— Non, je n’aime pas ça. Mais, je ne peux rien y faire. Je ne contrôle pas mes émotions. Quand j’ai une trop grosse charge, il faut bien que je l’évacue d’une façon ou d’un autre. Je ne veux pas être méchant ou violent avec une personne qui m’est chère. C’est le prix à payer.

 

— Michio ? J’espère que tu trouveras un dérivatif, car à force de voir tes peintures brûler, tu fatigueras ton cœur.

 

       Les heures suivantes, la maison se remplit de plus en plus d’invité. Le sapin avait été installé dans la pièce du salon comme tous les ans et ils débordaient de cadeaux en tout genre. Contrairement à tous les ans, les enfants Oda-Miori se firent discrets. Même si Michio faisait le pitre comme à son habitude, il n’avait pas vraiment l’esprit à la fête. Naël restait lui dans son coin, silencieux.

 

       Luce s’inquiétait de les voir ainsi. Ces bébés n’avaient pas le moral et ça le touchait beaucoup aussi. Il ne savait pas comment les aider. Il savait que ces parents se trouvaient dans le même état. C’était énervant d’être impuissant. 

 

       Vers le soir, un buffet fut installé. Cette année, Renko avait préféré commander. Il n’avait pas eu le courage de faire le repas. Et il ne pouvait pas toujours demander à Sawako de l’aide. Après le repas, Michio se rendit compte que son frère ne se trouvait pas dans les parages. Il partit à sa recherche. Mais, monsieur ne se trouvait nul pas dans la maison. Où était passé cet hurluberlu ? 

 

       Il eut l’idée de la serre. C’était un endroit calme assez éloigné de la maison. Alors qu’il mettait son manteau pour s’y rendre, son père Erwan lui tendit le téléphone avec un sourire. Michio regarda l’objet avec indécision. Rafael ou son frère ? Son cœur se déchirait à cet instant. Son père lui prit la main et déposa le téléphone dans la main. 

 

— Profite de ton Rafael, Michio. Je m’occupe de ton frère.

 

— Mais…

 

       Erwan ébouriffa les cheveux noirs de son fils. Il avait été surpris de la coupe étrange de son garçon, mais il devait bien reconnaitre qu’elle lui allait à merveille.

 

— Laisse-nous un peu de travail, Michio. Pense un peu à toi. Tu déprimes depuis une semaine à cause de cet hurluberlu au téléphone. Allez files, ne discute pas.

 

       Michio serra le téléphone et le porta à son oreille. Dès qu’il entendit la voix grave de Rafael, un sentiment de soulagement tomba sur ses épaules, et son cœur se mit à battre la chamade. Erwan vit le changement sur le visage de son fils. Il eut un léger sourire. Au moins un avait trouvé sa perle. Maintenant, il devait s’occuper du deuxième.

 

       Il enfila sa veste. Il sortit dans la nuit totalement noire. C’était une nuit sans lune. Il frissonna sous l’air glacial. Connaissant le lieu par cœur, Erwan n’eut aucune difficulté à se rendre dans la serre. En ouvrant la porte, il repéra facilement son fils assis sur un banc le regard perdu. Il soupira. Sa tête de mule serait plus difficile à amadouer. 

 

       Naël ne réagit même pas quand son père s’installa auprès de lui. Il sursauta quand il entendit la voix d’Erwan.

 

— Que fais-tu seul dans ton coin, Naël ? 

 

       Le garçon haussa les épaules. 

 

— Je n’ai pas l’esprit à la fête. Je ne voulais pas être une gêne. J’aurai pensé voir Michio. 

 

— Il allait venir, mais Rafael a appelé.

 

       Un instant, Erwan aperçut une lueur dans les yeux de son fils et un léger sourire.

 

— Il doit être aux anges. Il déprimait de n’avoir aucune nouvelle.

 

— Oui, mais il a longuement hésité.

 

       Naël cligna des yeux plusieurs fois avant de lever son regard étonné. 

 

— Pourquoi es-tu surpris ? Même s’il aime énormément ce garçon, tu es son frère. Tu passeras toujours avant son propre intérêt.

 

       Naël s’en voulut. Il posa son front contre l’épaule de son père. Celui-ci porta une main vers le visage de son fils. Naël eut un léger rire triste. 

 

— Je suis nul. J’ai cru qu’il s’éloignerait de moi le jour où il trouverait quelqu’un digne de lui. Je suis un mauvais frère. 

 

— Ne dit pas de bêtise. Penses-tu que Michio ne pense pas pareil ? Lui aussi doit avoir peur que tu t’éloignes petit à petit. Vous êtes pareils tout en étant différents, mais depuis que vous êtes arrivé dans cette famille vous avez toujours été unis comme les doigts de la main. Vous avez un lien bien plus puissant que celui de deux frères de sang.

 

       Naël ferma les yeux un instant. Un sourire se dessina sur les lèvres percées.

 

— Merci, papa, de m’avoir remonté un peu le moral.

 

— Nous sommes là pour vous deux, Naël. Tu sais que tu peux venir nous voir quand tu veux pour discuter, pour te plaindre ou juste pour te remonter le moral. Et pleurer ne fait pas de toi un minable. 

 

— Je sais bien. Mais, je n’y arrive pas, c’est tout. 

 

       Erwan déposa un tendre baiser sur le front de son fils. Il se leva et attrapa la main de Naël pour le tirer. Le garçon grogna un peu. Il n’avait pas vraiment envie de retourner à l’intérieur.

 

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— Arrête de fuir, Naël. La plupart des invités savent que tu as rompu avec Dan et l’autre ne savait pas que tu étais sorti avec lui. Personne ne fera de remarque déplacer. Et puis, si tu ne viens pas avec moi, Luce va déprimer à s’arracher les cheveux. J’aimerais qu’il ne devienne pas chauve. 

 

       Un léger rire se fit entendre à ses côtés, Erwan se tourna vers son fils outré.

 

— Pardon, mais je suis sur que papa Luce même chauve, tu le trouverais encore mignon surtout si ses joues virent rouge. 

 

       Les yeux brillants, Erwan fit un clin d’œil à son fils. 

 

— On va éviter de lui raconter ça.

 

— T’es sur ? Ce serait plutôt drôle de voir sa tête. 

 

— Naël ? Si tu fais ça, je te donnerais les dossiers les plus chiants et ennuyeux à faire. 

 

— Mais euh ! C’est de la triche, papa. 

 

       Les deux hommes regagnèrent la fête battant son plein. En passant devant la buanderie, Naël y aperçut son frère assis sur le sol caressant Naru tout en discutant joyeusement avec Rafael. Il s’en voulait encore d’avoir songé que son frère le laisserait de côté à un moment donné. Qu’est-ce qu’il pouvait être stupide ?

 

       Naël se rendit compte aussi du soulagement dans le regard de son père Luce en le voyant. Alors, il mit sa tristesse de côté pour cette nuit. Sa famille était auprès de lui, c’était la chose la plus importante pour le moment.

 

       Comme tous les ans, quand Carlin fit le tour de sa propriété le matin de Noël, il aperçut des corps avachis sur les canapés dormant dans des positions à mourir de rire. Il ne se gêna pas le moins du monde à prendre ce petit monde en photo. Il aimait ensuite les exposer pendant le Nouvel An pour une bonne partie de rigolade.

 

       Les jours suivants avant le réveillon du Nouvel An, il aperçut des changements sur Michio surtout. L’appel de Rafael avait rendu le sourire communicatif de son petit-fils et surtout sa bonne humeur casse-pied. Son père Luce en subit les effets avec son cahier bleu. Michio avait encore pris le fameux cahier pour changer des dialogues et des scènes devant très torrides étant donné les rougeurs chez son fils.

 

       Michio eut une invitation à une petite fête chez Ilies de la part de Daegan. Il pouvait venir accompagner. Alors, le garçon s’y rendit avec Naël. L’ambiance était vraiment bien meilleure par rapport à sa dernière visite. Il en fut satisfait même s’il avait dû détruire deux tableaux après sa visite. 

 

       Naël fut vite adopté par les trois garçons. Il se mit à jouer avec Nathan aux échecs avec qui il s’entendit le mieux. Nathan parvint même à le faire rire avec sa flemme légendaire. Il n’empêche que pour un flemmard, il était plutôt bon aux échecs. Daegan montra son talent de guitariste. 

 

       La soirée fut agréable. Rolan ne perdit pas son habitude à faire aller sa mauvaise langue. Il dut s’avouer avoir été déçu que Rafael ne soit pas présent. Pourtant, il s’acharnait à dire qu’il ne voulait pas s’en faire un ami. Assez tard dans la soirée, ils eurent de la visite. Sven, Léon et Zoran vinrent leur rendre un petit bonjour. Ils affirmèrent être venus foutre le bazar chez Ilies. Celui-ci n’en fut guère étonné de leur part. 

 

       Dans un sens pour le jeune homme, cela l’arrangeait d’avoir ces amis, car il déprimait un peu ces derniers temps. Les garçons se doutaient bien que leur tuteur était en mal d’amour. Rolan s’amusait souvent à le titiller aux risques de se faire remonter les bretelles ensuite. En tout cas du moment que ces hommes arrivèrent, la maison fut extrêmement bruyante. Michio et Naël s’amusèrent à observer la scène. Daegan avait légèrement les joues rouges par la présence du grand blond. Rolan et Léon passaient leur temps à se chamailler. Zoran restait dans son coin comme Nathan même si parfois celui-ci lançait un pique mettant à rude épreuve les nerfs enflammés du frère de Sven.

 

       Et la veille du Nouvel An arriva. Les nouveaux invités arrivèrent petit à petit dans le manoir Oda-Miori. Mili Miori, mère d’Erwan, eut bien du mal à avoir la chance d’être seule à seule avec ces petits-fils. Chaque fois, quelqu’un venait les ennuyer. Les deux garçons eurent pitié d’elle. Ils décidèrent de la squatter pendant quelques heures. Ils purent ainsi discuter de tout et de rien, plaisanter à loisir. 

 

       Ils l’adoraient. Elle avait toujours été présente pour eux depuis leur plus jeune âge comme elle l’avait été pour leur père Luce. Elle leur raconta des anecdotes sur leur père Erwan. Elle leur raconta toutes les misères qu’il avait pu faire à ses sœurs, les querelles avec son frère aîné et sa première rencontre avec un petit bambin de neuf mois. 

 

       Le soir commençait à tomber. Naël préféra s’enfermer un peu dans sa chambre. Il avait besoin d’être un peu seul. Michio lui préféra se rendre dans la salle à musique. Entendre Daegan jouer lui donnait envie de voir s’il n’avait pas perdu la main au violon. Le piano n’avait aucun secret pour lui, mais le violon avait eu du mal à être assimilé. 

 

       Alors, il se perdit dans la musique. Il n’entendit pas la porte s’ouvrir et se refermer à clé. Quand la musique se tut, il se sentait satisfait. Il reposa l’instrument sur son socle. Au moment où il se redressait, un corps chaud vint se coller à son dos et deux bras lui entourèrent la taille. Michio sursauta sur le coup avant de reconnaitre cette chaleur contre lui. Il se retourna d’un coup. Ses yeux noirs se perdirent dans ceux d’un bleu nuit brillant. 

 

       Ils ne parlèrent pas. Leurs lèvres se joignirent, leurs langues se cherchèrent, se titillèrent. Leur corps se moula encore plus. Chacun d’eux montrait à quel point l’autre lui avait cruellement manqué. Petit à petit, le désir se fit. Michio paniqua. Si le désir arrivait, Rafael souffrirait encore et encore. 

 

       Mais, Rafael le calma avec douceur avec des gestes simples, des caresses faisant peu à peu perdre tout bon sens. Certes, il ressentait encore une certaine douleur, mais elle se trouvait vraiment minime. Finalement, ses vacances avaient eu du bon sur ce point-là. Il allait pouvoir une nouvelle fois dévorer son petit diablotin.

 

       Et il ne perdit pas son temps pour le déshabiller comme il se doit. Michio le laissait faire, trop absorber de le dévorer du regard, de ressentir mille et un plaisir par les caresses et les baisers sur son corps avachi sur la moquette. 

 

       Pour une fois, il ne chercha pas à prendre le dessus. Il préférait mille fois que son pirate abuse de lui en toute impunité. Et quand finalement, il l’eut en lui. Michio se sentit enfin complet. Les bras jetés derrière le cou de Rafael, il le força à se baisser afin que leurs lèvres se rejoignent pour faire un ballet de sensation forte des plus exquises.

 

       Quand leurs corps enfin satisfaits se calmèrent, Michio posa sa tête contre la poitrine de son cher et tendre. Il se sentait tellement bien ainsi. Rafael passait ses doigts dans les cheveux noirs, inconsciemment. Finalement, Michio finit par se redresser légèrement pour dévorer du regard son pirate. Il demanda :

 

— As-tu pu reparler avec Manu après ton coup de téléphone ? 

 

— Non, enfin si, mais pas sérieusement. Mais, ça va mieux. On a réussi à briser la glace, c’est déjà un grand pas.

 

       Michio ne put tenir plus longtemps. Il se mit donner de petit baiser sur le visage de son pirate. Celui-ci se mit à rire. Il fit glisser sa main sur tout le dos de son amoureux. Michio laissa échapper un gémissement. D’un mouvement de rein, Rafael changea la donne. Il fit passer Michio sous lui et il emprisonna à nouveau les lèvres des siennes pour un nouveau baiser des plus torrides. La tempête se réveilla à nouveau et ils assouvirent à nouveau le désir apparu.

 

       Naël avait fait l’effort de descendre pendant un long moment pour rester auprès de sa famille. Il était présent avec eux quand Manu, Ashula et les filles firent leur apparition dans le salon. Manu excusa Rafael. Celui-ci s’était carapaté au lieu de venir saluer les propriétaires. Naël songea que son frère ne ferait pas son apparition avant longtemps ou pas du tout. Il soupira. Il fit son possible pour faire bonne figure, mais au bout d’un moment, il se décida à quitter la pièce. 

 

       Il se rendit dans sa chambre. Il en avait râle bol d’être aussi pathétique. Pourquoi n’arrivait-il pas à se remettre de cette séparation ? Il l’avait bel et bien voulu, non ? Alors, pourquoi n’arrivait-il pas à avancer ? Il se laissa tomber sur son lit, en chien de fusil. Il ferma un instant les yeux. Il voulait oublier.

 

       Au bout d’un moment, il ouvrit les yeux en sentant une présence face à lui. En ouvrant les yeux, il croisa un regard bleu nuit. Il sursauta. Rafael était entré dans la chambre sans faire le moindre bruit. Il s’était ensuite mis à genoux pour être face au visage de Naël. Il l’observait. Rafael eut un sourire en apercevant la surprise du frère de son petit ami.

 

— Que fais-tu là, Rafael ? Pourquoi n’es-tu pas avec mon frère ? 

 

— Michio prend une douche.

 

— Et pourquoi ne l’as-tu pas rejoint ?

 

       Rafael se redressa. Il ordonna à Naël de bouger. Le garçon le fit en fronçant les sourcils. Qu’est-ce que ?.... Rafael se coucha à ses côtés. Naël se sentit mal à l’aise faisant rire le rouquin. Il lui lança un regard noir. 

 

— C’était tentant, mais il vaut mieux laisser ces magnifiques fesses se reposer.

 

       Naël tiqua. Il ne put empêcher ses joues de rougir. Rafael explosa de rire. Il porta une main à son visage pour essuyer une larme de rire. 

 

— T’n’es pas obligé de te foutre de ma poire, Rafael. 

 

— Mais, c’est trop drôle. Tu as rougi comme ton père là. T’es mignon comme ça, d’ailleurs. 

 

       Les rougeurs se firent de plus belle. Naël enfonça son visage dans l’oreiller pour le cacher. Pourquoi réagissait-il à ce compliment ? Avec son frère, il avait toujours parlé de sexe ou autre sans aucune gêne alors pourquoi réagissait-il différemment ? 

 

— Naël, tu n’as pas dû avoir beaucoup de compliments autres que par ta famille. Pas vrai ? 

 

       Rafael s’était positionné sur le côté, la tête reposée sur une main. Il observait le frère de Michio. Rafael sourit rassurant. 

 

— Mon petit diablotin a eu un coup de génie de te faire changer de tête. T’es craquant. 

 

— Bordel Rafael ! Arrête avec ça. 

 

       Le rouquin émit un nouveau petit rire. Il donna un léger coup sur la tête de Naël. Celui-ci grogna. 

 

— Bon, j’arrête de te taquiner même si je dis la vérité sur ton côté mignon. 

 

       Naël émit un nouveau grognement gêné, mais en même temps, il appréciait le compliment. Comme Rafael l’avait signalé, personne autre que sa famille ne lui avait jamais fait ce genre de compliment ou alors il ne s’en souvenait plus.

 

— Regrettes-tu ta décision, Naël ? 

 

       Surpris, Naël redressa la tête. 

 

— De quoi ? 

 

— Sur Dan ? Regrettes-tu d’avoir rompu ?

 

       Le cœur de Naël se serra et son regard s’assombrit de tristesse. 

 

— Non. On ne pouvait pas continuer, mais bordel, ça fait mal.

 

— Alors, lâche prise Naël. Tu te punis. 

 

       Les yeux brillants fixaient sur le rouquin, Naël secoua la tête. 

 

— Je n’y arrive pas.

 

       Rafael garda le silence un moment avant d’agir sans prévenir. Il attrapa le coup de Naël et il l’amena vers lui. Le front posé contre l’épaule du rouquin, Naël tenta de s’échapper. Mais, Rafael avait bien plus de force que lui. Naël se sentit affaibli face à une chaleur et une odeur inconnue. Est-ce que son frère lui en voudrait s’il utilisait un peu son petit ami ? 

 

— Vas-y Naël. Ouvre la vanne.

 

       Les yeux grands ouverts, le front toujours posé sur l’épaule de Rafael, Naël sentit comme une libération au niveau de son cœur. Par ses simples mots, Rafael parvint à percer sa carapace, les larmes retenues depuis des jours se mirent à couler le long des joues de Naël. Il finit par s’agripper à la chemise du rouquin et il laissa la vanne s’écouler. Les sanglots se firent de plus en plus fort. Rafael s’était couché afin d’entourer le corps de ses deux bras. 

 

       Une pression sur le matelas lui fit tourner le visage triste de Michio. Celui-ci venait de les rejoindre. Il se moula contre son frère et il l’entoura également de ses bras. Il enfouit également sa tête contre le cou de son frère. Rafael lui déposa un baiser sur le crâne de son petit diable.

 

       Naël put libérer toute sa tristesse dans les bras de Rafael et de son frère sans aucune limite, ni de honte. Il pouvait leur faire confiance. Ils finirent par s’endormir tous les trois dans les bras de l’un de l’autre. Carlin se sentit obligé de les prendre en photo. Rafael montrait clairement que le lien entre les deux frères ne le perturbait absolument pas. Ce garçon était une perle trop précieuse. Il veillerait à ce qu’il ne lui arrive rien sinon le diable sortirait de sa retraite.

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