Sans titre 2

              « Je me réveille en sursaut en entendant un rire strident venant de l’étage inférieur. Je regarde autour de moi en grimaçant. J’ai les fesses en feu. Ce bougre de yakusa de mes deux n’a pas voulu me lâcher avant les aurores. Si je l’attrape, je vous jure que je lui pourris la vie comme pas possible. Non, mais, il ne faut pas abuser. 

 

       Je me lève et j’étire mon long corps mince garni de tatouage. Mes cheveux blonds sont ébouriffés. Je vais avoir un mal fou à les remettre en place. Tout ça, c’est de sa faute à ce tyran de pacotille. D’ailleurs en parlant de lui, où est-ce qu’il se trouve ? Mon regard se porte alors sur le réveil de la table de nuit. 

 

       Je pousse un hurlement de rage. Mais, je vais le tuer ce yakusa. Il m’avait promis de me réveiller pour que je ne sois pas en retard à l’université. Et devinez quoi ! je suis à la bourre !

 

       Bordel de nouille ! Je fonce vers la salle de bain manquant de me prendre une gamelle mémorable à cause d’une serviette sur le sol. Je vais donc doublement le faire chier, je le jure sur ce que j’ai de plus cher au monde. Euh c’est-à-dire moi. Bah oui, je n’ai personne d’autre de plus cher. Enfin, j’exagère un peu. J’ai mes frères et sœurs. Ce ne sont pas des vrais hein. Mais, on a vécu tant de choses ensemble et fait tellement de conneries aussi. 

 

       Enfin bref, je prends une douche rapide, je m’habille au plus vite et je descends en quatrième vitesse. Et évidemment, je me prends de plein fouet l’abruti passant devant. Et bah dam, sur les fesses ! 

 

       Mais bordel, de fait chier, de putain de fils de ta mère, mes fesses !

 

— Ça va Maki ? demande une voix un peu rauque avec un léger accent de rire.

 

       Je lui lance un regard furieux. Je repousse la main tendue. Je me relève en grimaçant. Me voilà bien, je vais avoir un bleu sur ma peau blanche. Je grince des dents. 

 

— Fous-toi de ma gueule et je te pourris la vie Taison. 

 

       Taison Maeda est un sbire à l’autre chieux. Il est aussi son ami d’enfance. Il y a aussi Joline, Cade et Genji. Des abrutis finis, je vous le dis. Ils obéissent au doigt et à l’œil à Ryo. Pff ! de vrais chiens-chiens. Je suis certain que s’il leur demandait d’aller se pendre, ils le feraient avec joie. Ils sont complètement barges. 

 

— Cool, chaton. 

 

       Je serre le poing. Je vais le frapper le bougre. Il me lance un regard moqueur. Il croit réellement que j’ai peur de lui. Il me connaît mal cet imbécile. 

 

— Taison ? Continue à m’appeler ainsi et je raconte à Chiaki comment la brunette d’hier t’a allumé. 

 

       Le grand brun fronça les sourcils, inquiets. Un sourire s’esquisse sur mes lèvres. Le point faible de ce grand dadais est ma petite Chiaki, une adorable jeune Japonaise qui ressemble à une poupée de porcelaine, mais cachant un caractère explosif et jaloux. 

 

— Tu ne vas pas lui raconter ça. Il ne s’est rien passé et je te ferais dire que je l’ai envoyé balader.

 

       Maki sourit encore plus. 

 

— Tu fais chier Maki. Bordel, comment Ryo peut te supporter ? 

 

— J’en sais rien. Tu devrais lui poser la question. Mais, pour l’heure, emmène-moi au bahut. Je suis à la bourre. 

 

       Je vis grimacer Taison. 

 

— Je ne peux pas. Ryo a pris ma voiture. 

 

— Et alors, on prend la sienne. 

 

— Euh ! Maki j’ai pas envie de mourir. 

 

       Mais, j’en ai ma claque moi. Je veux rejoindre mes potes au bahut c’est pas compliqué, non ? 

 

— Mais bordel de nouille ! Tu vas m’y emmener avec la Mercédès, un point c’est tout. 

 

— Non hors de question. Et arrête de gueuler comme un malade, je ne suis pas sourd. 

 

Ne faisant pas attention à ce qu’il me disait, je fonçais vers le garage. J’étais en train d’ouvrir la porte quand il me rattrapa. 

 

— Tu fais quoi là ? 

 

       Sans faire attention à lui, j’ouvris la portière et je m’installais devant le volant. Je l’entendis pousser un cri. Il me rejoignit rapidement et il me vira sur le siège passager. 

 

— Et merde, je vais me faire tuer, je vais me faire tuer, répétait-il en démarrant. 

 

— Oh ! c’est bon ! Je t’offrirais des fleurs pour ton enterrement. Je ne pus m’empêcher de lui balancer avec moquerie. 

 

Il me lança un regard noir. Je haussais les épaules. Je l’attendais marmonner dans sa barbe. J’arrivais juste à temps. Mes potes m’attendaient sagement devant le portail, Kuma, Kimi, Chiaki et Mayu. Ils me faisaient signe. Mais, je ne sais pas pourquoi je ne pus les rejoindre. Je me sentis surélevé et jetais sur une épaule. J’étais tellement halluciné que j’ai oublié de me débattre. Je suis grave des fois. 

 

Je fus jeté à l’arrière d’une voiture. Je me redressais rapidement pour sortir, mais il était trop tard. La portière était fermée. J’entendis un rire. Je lançais un regard vénéneux à l’abruti qui m’avait fait cette farce. Je vous jure que je vais le faire chier comme pas possible. 

 

— Que t’arrive-t-il mon chaton ? Aurais-tu perdu ta langue ?

 

— C’était quoi ça, Ryo ?

 

— Mon chou, cela s’appelle un kidnapping. 

 

— T’as vraiment une case en moins. Laisse-moi descendre, j’ai un contrôle aujourd’hui. 

 

       Le rire retentit à nouveau et la voiture se mit à démarrer sous les chapeaux de roue. La secousse me fit chavirer un peu plus. Je poussais un cri de rage. Je n’arrivais pas à me rasseoir normalement à cause de la souffrance de mes petites fesses. Je le maudis et lui balançait toutes les imprécations que je connaissais. Et lui, il riait. Ça l’amusait. Je le déteste. Non, en vrai, je mentirais si je le détestais réellement, mais jamais je ne lui dirais. Plutôt crever que de lui dire qu’il a redonné un sens à ma misérable vie. 

 

— Où est-ce que tu m’emmènes le vieux ?

 

— Mmmh ! Va savoir. Peut-être au septième ciel.

 

— Aaaaah ! Bordel, va au diable ! Je veux descendre. Hors de question que tu touches encore une fois à mes fesses, vieux vicelard sans cervelle.

 

       Pour toute réponse, je n’eus le droit qu’à un nouveau rire. Je vais lui pourrir la vie, je vais lui pourrir tellement la vie qu’il ne voudra plus me lâcher. »

 

— Qu’est-ce que tu lis qui te fait tant rire, grand frère ? demanda Sara, en s’installant au côté de Rafael sur le canapé. 

 

       Le jeune homme posa son livre sur ses jambes avant de se tourner vers sa petite sœur. Elle avait bien grandi et surtout c’était embelli au fil des mois. Elle lui adressait un petit sourire joyeux et plein de vie. Les yeux ne brillaient plus de tristesse, mais de joie. 

 

— Un livre que j’ai trouvé dans la bibliothèque. Le titre est « Le chat du yakusa » écrit par « Les terribles ». 

 

— Drôle de nom pour un écrivain. 

 

— Oui, j’avoue. Mais, je crois deviner qui en sont les auteurs. 

 

       Un petit rire se fait entendre. Rafael et Sara se tournèrent vers Ashula. Celui-ci les rejoignit. Il attrapa le livre et il se mit à le feuilleter. 

 

— Comment as-tu deviné que c’était eux, Rafael ?

 

— Mmmh ! J’ai lu tous les livres de Saphir Yellow et certains ont été écrits à plusieurs. Il le précise. Je côtoie presque tous les jours Michio et Nael, Ashula. C’est leur manière d’écrire tellement en symbiose. 

 

       Ashula se laissa tomber sur le canapé près du neveu de son compagnon. Sara se leva. Elle en avait assez d’attendre après sa sœur. Elle décida d’aller la réveiller. Ashula l’observa s’éloigner avec énergie. Il sourit. Il se concentra ensuite sur le garçon à ses côtés. Rafael fixait le livre sur ces genoux. 

 

— Comment parviens-tu à ne pas être jaloux de leur relation ? 

 

       Surpris, Rafael leva la tête vers l’homme à la peau sombre. Il cherchait ses mots.

 

— Jaloux ? La jalousie détruit tout, Ashula. Mon père est un exemple pathétique. Il a toujours été jaloux des autres, jaloux de l’affection de notre mère pour nous, jaloux de la richesse des autres. Je ne veux pas ressentir ce sentiment, ça me fait peur.

 

       Ashula frotta sa joue avant de passer sa main derrière la nuque. Il soupira. 

 

— Il y différant degré de jalousie, Rafael. Ton père y était trop enfoncé, mais être jaloux de voir son compagnon discuter avec un autre homme, ne fait pas de toi un monstre. 

 

       Rafael haussa les épaules. 

 

— Je ne suis pas jaloux, Ashula. Envié leur complicité, oui je le ressens un peu. Je ne pourrais jamais être aussi proche de Moira et de Sara comme Michio et Nael. Ils se disent pratiquement tout, je ne pourrais pas.

 

— Et avec Michio ? Peux-tu parler de tout ? 

 

       Rafael se laissa aller contre le dossier. Il ferma les yeux un instant, fatigué. Ashula fronça les sourcils. 

 

— Oui, je pourrais.

 

— Mais, tu ne le fais pas. 

 

— Je n’en ai pas besoin. Avec Michio, c’est tellement simple. Il me comprend à demi-mot. Je remercie le ciel chaque jour de l’avoir rencontré. 

 

       Ashula resta silencieux un long moment. Rafael se leva pour ranger le livre dans la bibliothèque. Le garçon se tendit à la question posée par l’homme toujours assis sur le canapé. 

 

— Rafael ? Depuis combien de temps fais-tu des cauchemars ? 

 

       Le garçon baissa le regard en soupirant. Il se doutait bien qu’il ne pourrait pas le cacher ici. Il jeta un coup d’œil épuisé vers l’adulte. Il haussa les épaules. Au lieu de répondre, il se dirigea vers la sortie. Il attrapait son manteau quand une main se posa sur son bras. 

 

— Rafael ? Je t’ai posé une question, il me semble. 

 

       Sans effort, Rafael se détacha. Il ouvrit la porte. Il frissonna sous le vent froid de l’hiver. 

 

— Je vais déblayer la route. 

 

       Ashula ouvrit la bouche pour lui répondre, mais le garçon claqua la porte. L’homme porta une main à ses cheveux noirs comme l’ébène. Décidé, il fonça à l’étage et il ouvrit la porte de la chambre. Manu émergeait du sommeil quand Ashula entra. Il fut stupéfait de le voir aussi grognon le matin.

 

— Que t’arrive-t-il, mon cœur ?

 

       L’homme à la peau sombre se laissa glisser sur le lit. Il embrassa son compagnon avant de raconter. 

 

— Manu, dépêche-toi de te lever. Tu vas discuter sérieusement avec Rafael. Tu ne vas pas te dérober de cette tache encore une fois. 

 

       Manu, levé, se tourna vers son compagnon. Que s’était-il donc passé ? 

 

— Si tu me disais le problème, d’abord ? 

 

— Le problème ? Bordel, Manu ! Tu es tellement accaparé par ton travail que tu ne vois rien. Rafael fait des cauchemars depuis son arrivé chez nous, enfin je crois. En tout cas, il ne fait pas ses nuits complètes. Je le sais, car chaque fois que j’ai des urgences et que je rentre en pleine nuit, je vois la lumière dans sa chambre. Et tu es tellement crevé que tu n’entends pas les gémissements la nuit depuis que nous sommes ici. Regarde l’heure, Manu.

 

       Le jeune policier jeta un coup d’œil à l’horloge sur la table de chevet. Neuf heures sonnaient. Il jeta un coup d’œil étonné à son compagnon, il ne voyait pas où il voulait en venir.

 

— Rafael est levé depuis plus de deux heures déjà. Il a le regard sombre et fatigué. Il dort mal.

 

       Manu s’habilla calmement tout en réfléchissant. 

 

— Qu’est-ce qui te fait dire qu’il fait des cauchemars à la maison ? Il n’a jamais l’air fatigué. 

 

— Peut-être parce qu’il y a quelqu’un qui l’aide à sa manière. Où as-tu mis son portable ? 

 

       Manu se dirigea vers la commode. Il l’ouvrit pour prendre l’appareil. Il le tendit à Ashula. Il fronça les sourcils quand il vit son compagnon fouiller la messagerie. 

 

— Eh ! Qu’est-ce que tu fiches ? 

 

       Au lieu de répondre, Ashula lui tendit le portable. Se sentant coupable, Manu hésita un long moment. Il jeta un coup d’œil finalement. Il se sentait vraiment honteux de lire les dialogues de son neveu avec son petit ami, mais il aperçut les heures indues où étaient envoyés les messages. Merde ! Rafael cachait vraiment trop bien son mal-être. Il soupira. Il se laissa tomber sur le lit. 

 

— Je suis lamentable, pas vrai Ashula ? 

 

       L’homme en question se laissa tomber auprès de son compagnon. Il lui entoura les épaules d’un bras. 

 

— Tu ne l’es pas, idiot. Mais, je pense qu’il va vraiment falloir que tu changes d’optique. Je ne t’ai jamais reproché d’être trop dans le travail, Manu. Mais, il va vraiment falloir que tu comprennes que c’est fini. Rafael, Moira et Sara ont besoin de toi. Je ne peux pas le faire tout seul.

 

— Je le sais, Ashula. J’ai compris quand Rafael a eu l’accident. J’aurais pu le perdre comme j’ai perdu ma sœur. Je ne sais pas comment faire. Punaise, c’est moi l’adulte et je me sens tout petit face à lui.

 

       La froideur fit frissonner Rafael pourtant il continua ce pourquoi il était sorti. Il déblayait la route. Il le faisait depuis que la neige était tombée. Chaque matin, il se levait épuiser, il prenait son petit déjeuner sans avoir faim et il sortait. Parfois comme aujourd’hui, il prenait le temps de lire.

 

       Pas facile de se changer les idées quand il n’y avait pas beaucoup de distraction. Certes, il jouait avec ses sœurs comme promises. Il se souvenait de la bataille de boule de neige de la veille. Ils avaient bien ri au détriment de son oncle. Celui-ci avait eu la plus belle des gamelles. 

 

       Las d’un coup, Rafael lâcha la pelle. Il s’installa sur un banc sous la fenêtre de la cuisine. Il souffla dans l’air froid. Il leva les yeux vers le ciel noir avant de plonger son regard sur la neige. Il attrapa un bout de bâton qui trainait et il se mit à écrire un mot « Michio ». Quand il s’en aperçut, il eut un rire un peu rauque. Il s’exclama :

 

— Je suis vraiment atteint, ma parole. 

 

       Rafael fit le geste d’effacer le prénom inscrit, mais il arrêta son geste. Il n’y arrivait tout simplement pas comme si l’effacer pouvait le faire disparaitre. C’était stupide. Il le savait. Il sursauta quand une ombre s’installa près de lui. 

 

— Qu’est-ce que tu fais dehors par un temps aussi froid ? 

 

— Je me rafraichis les idées. Et toi, oncle Manu ? 

 

       L’homme garda le silence un moment. Il observait son neveu sur le côté. Rafael évitait de le regarder. Il avait les yeux levés vers le ciel. Il soupira. 

 

— Pourquoi n’avoir pas parlé de tes cauchemars, Rafael ? 

 

— Pour ne pas vous gêner. Je ne veux pas être un boulet.

— Mais enfin Rafael ! Tu ne seras jamais un boulet. Nous sommes une famille. Tu n’as pas à te gêner de nous parler. Je sais bien que je ne suis pas toujours présent. J’ai aussi commis des impairs. En fait le boulet, c’est moi. 

 

— Pas faux. 

 

       Manu fut un peu estomaqué par la réponse de Rafael. Il grimaça. Il n’avait pas tort.

 

— Tu nous avais promis d’être là pour nous, mais quand j’en ai eu besoin, tu n’étais pas disponible. Je t’en ai voulu de ton mensonge.

 

       Manu baissa la tête de honte. Il avait vraiment agi comme un abruti. Rafael lui jeta un coup d’œil. Il soupira. Était-il trop franc ? Il savait que parfois la vérité faisait mal, mais il fallait bien crever l’abcès, non ?

 

— Ashula nous a expliqué que tu avais pendant des années travaillé jusqu’au surmenage pour payer les dettes de tes parents et pour la recherche de maman. Mais malgré cela, je n’arrive pas à te pardonner. Comment veux-tu que j’aie confiance envers les adultes s’ils sont incapables de tenir leur promesse ? Enfin pour cela, mon père lui les tenait. 

 

       Horrifié, Manu se tourna violemment vers le jeune homme. Celui-ci parlait d’une voix neutre. C’était assez effrayant. Rafael lui jeta un coup d’œil. 

 

— Pourquoi es-tu surpris, oncle Manu ? Je ne dis que la vérité. Les seuls adultes tenant leurs promesses ont été mon père et cette femme dangereuse qui m’a sauvé. C’est choquant pas vrai ? Mais, c’est la vérité. Quand mon père affirmait que je souffrirais mille et une manières, il ne mentait pas. Quand il disait que si je n’obéissais pas, il ferait subir les mêmes choses à mes sœurs, il ne mentait pas.

 

— Je suis désolé, Rafael.

 

       Le jeune rouquin baissa son regard sur ses mains gantées. Il soupira à nouveau. 

 

— Tu peux l’être. Maintenant, si tu veux regagner ma confiance, il va falloir grandir, oncle Manu. Et en premier lieu, tu vas m’aider à déblayer la piste comme u grand garçon que tu es. 

 

       Rafael se leva et il se tourna vers son oncle. Il lui tendait la main comme un signe de paix. Manu la prit. Son neveu pouvait paraitre bien plus vieux que lui parfois, cela en était presque effrayant. Le regard de Manu se posa alors sur le prénom inscrit dans la neige. 

 

— Je ne pensais pas que ce garçon te manquerait autant.

 

— Moi non plus. Je ne pensais pas qu’il avait réussi à atteindre mon cœur aussi profondément. J’ai peur, oncle Manu. J’ai peur de noircir son cœur encore une fois comme à l’hôpital et qu’il n’arriva pas à s’en échapper. 

 

       Manu se pencha pour prendre la pelle. Comment le rassurer ? Ce n’était pas chose aisée. 

 

— Fais-lui confiance. Michio est un garçon intelligent et il n’est pas seul. Il ne l’est jamais. 

 

— Oui, c’est vrai. Nael est là pour l’empêcher de foncer tête baissée comme il a tendance à faire. Rahhh ! Fais chier !

 

— Rafael, ton langage !

 

       Rafael se baissa pour former une boule de neige. 

 

— Quoi mon langage ? C’est de ta faute, tu me parles de Michio. Comment veux-tu que j’arrive à l’enlever de la tête ? 

 

— Hein ? Mais, c’est toi qui as commencé, Rafael en le notant dans la neige.

 

       Le garçon se redressa face à son oncle. Il affichait un sourire en coin. Manu se mit sur les gardes en retard. Il reçut la boule de neige en pleine figure. Bordel que c’était gelé ! Quel sale garnement ! 

 

       Le reste de la journée, Manu n’eut plus la possibilité de reparler avec Rafael seul à seul. Le bougre faisait en sorte d’être accaparé. Ashula tenta de les aider, mais rien n’y fit. Rafael avait retrouvé son air habituel taquin. Il ennuya son petit monde au grand plaisir de ses sœurs.

 

       Le reste des jours suivants, Manu entendit enfin les gémissements. Il voulut rejoindre son neveu pour le calmer, mais Rafael fermait sa porte à clé. Manu avait voulu l’empêcher de le refaire la nuit suivante alors au petit matin, il était entré discrètement dans la chambre de son neveu pour piquer la clé, mais celle-ci ne se trouvait nulle part. 

 

       Rafael n’allait pas lui laisser faire les choses facilement. Il avait bel et bien décidé de lui mettre des bâtons dans les roues comme pour le punir de ces erreurs. Mais comment l’aider quand celui-ci jouait les têtes de mule ?

 

       C’est dans une bonne ambiance tout de même que le sapin fut monté. Moira avoua qu’elle ne se souvenait plus des Noëls à l’époque où sa mère était encore de ce monde. C’était compréhensible. Ils étaient très jeunes. Rafael ne bronchait pas. 

 

       Il avait continué à mettre les guirlandes en silence. Ashula voyait pourtant que les mots de sa sœur l’avaient atteint. Il se demandait s’il s’en souvenait lui-même ou pas. Comment abordait le sujet sans le braquer ? Il n’eut pas à chercher longtemps. Sara se chargea elle-même de poser la question à son frère.

 

— Rafael ? Comment c’était avec maman ? 

 

       Le garçon stoppa net son geste. Il laissa retomber son bras le long de son corps. La guirlande se retrouva sur le sol. Rafael ne se retourna pas vers elle, il restait devant le sapin, le regard levé vers le plafond. Manu et Ashula se regardèrent, inquiets. Moira observait son frère. Elle le voyait perturber. 

 

       Rafael mit du temps à répondre. Une envie de pleurer le tenaillait d’un coup, comme une sorte de nostalgie. Bordel ! Pourquoi sa sœur avait-elle posé cette question ? Pouvait-il lui dire qu’il ne s’en souvenait plus pour avoir enfin la paix ? Non, ce ne serait pas correct envers sa petite sœur. Il est vrai aussi que depuis toutes ses années, aucun d’entre eux n’avait réellement parlé de cette femme, leur mère. 

 

— C’était magique. Elle nous serrait contre elle et elle nous racontait des histoires, certaines étaient à mourir de rire. Maman avait beaucoup d’humour. Enfin, c’était chouette seulement quand l’autre n’était pas là.

 

       Rafael se tut à ses mots. Il recula et il fonça vers la cuisine. Il prit son manteau en lançant qu’il avait besoin de prendre l’air. Sara baissa la tête. Elle se sentait un peu coupable. Manu lui caressa la tête. 

 

— Ne te sens pas triste, Sara. C’est tout naturel que tu poses des questions sur ta maman. 

 

— Mais, j’ai fait de la peine à Rafael.

 

       Moira prit sa petite sœur dans les bras pour la réconforter. 

 

— Ne t’inquiète pas, notre grand frère ne t’en veut pas. 

 

       Laissant sa nièce s’occupait de la plus jeune, Manu attrapa sa veste à son tour et il sortit dans la froideur de l’extérieur. Non, mais, il n’aurait pas pu s’enfermer dans sa chambre, plutôt que fuir dans cette froideur hivernale ? Après avoir resserré son manteau autour de lui, il chercha son neveu en visuel. 

 

       Rafael se tenait droit au milieu de la cour. Il avait le visage levé vers le ciel. En s’approchant, Manu vit les trainés de larme sur les joues de son neveu. Il préféra ne rien dire à ce sujet. Il resta silencieux auprès du garçon.

 

— Désolé, oncle Manu. Tu aurais peut être aimé en apprendre un peu plus sur maman. 

 

— Ne t’inquiète pas à ce sujet, Rafael. Un jour, tu arriveras à en parler. Ce jour-là, je t’écouterais et je te parlerais d’elle enfant. D’ailleurs, ce côté tête de mule, c’est exactement son profil. 

 

       Rafael se tourna vers son oncle affichant un sourire. 

 

— T’aurait-elle fait des misères ? 

 

— Si tu savais, un vrai pirate. Donc ton surnom, tu le portes à merveille.

 

       Rafael se mit à rire. Il aimait bien sentir le froid sur ses joues. Il se sentait vivant.

 

— Donc à son hommage, je vais continuer à jouer les sales gosses. Il ne faudrait pas que tu t’ennuies et que tu t’engraisses. 

 

— Tu insinues quoi là ?

 

       Rafael donna un léger coup dans l’estomac de son oncle. 

 

— Tu as pris de la bidoche. Ashula ne te fait pas assez d’exercice. Va falloir remédier à ça. 

 

— Qu’est-ce que…

 

       Rafael se dirigea vers l’entrée de la maison en riant. Manu secoua la tête. Il avait vraiment du mal à suivre son neveu.

 

— Rafael ? Appela-t-il. 

 

       Le garçon se tourna vers son oncle, surpris. Son oncle lui jeta un objet. Le garçon le rattrapa de justesse. Il reconnut son portable. Il jeta un regard surpris à son oncle.

 

— J’en ai assez de voir son nom écrit partout alors appelle-le !

 

       Un sourire ravi se dessina sur les lèvres de son neveu. C’était comme s’il lui avait offert le plus beaux des cadeaux. Ce gosse allait vraiment le rendre chèvre. Avec un petit rire, Manu rejoignit les autres près du sapin. La petite famille n’allait pas revoir Rafael avant un bon moment, mais ce n’était pas grave. Le principal, c’était de passer un merveilleux réveillon ensemble.