Comme prévu, Rafael dut faire ses adieux à ses amis et à son amoureux. Manu se moqua légèrement de son neveu, mais il arrêta rapidement en recevant un coup sur la tête par Ashula. Celui-ci le menaça d’abstinence pendant toute la semaine de vacances s’il continuait à se moquer de son neveu. Manu avait grimacé. Ashula était du genre à faire exactement ce qu’il menaçait. 

 

       Les deux filles se chargèrent alors de se moquer de lui. Moira et Sara ne perdaient jamais un instant pour le mettre en boite et être avec leur frère. Celui-ci fit même l’effort de discuter avec elles pendant le trajet même s’il textotait avec son chéri. Il en profitait d’avoir encore son portable. 

 

       Arrivés à la maison de vacances, ils avaient ordre de déposer le portable dans une boite et de ne plus le toucher jusqu’à la fin de la semaine sauf en cas d’urgence. Pff ! Rafael se demandait sérieusement comment il allait faire pour supporter toute une semaine sans pouvoir parler à Michio. 

 

       Le garçon avait pris une importance énorme dans son cœur. Pourtant, il reconnaissait l’utilité de cet éloignement pour tous les deux. Il ne devait pas s’accrocher autant à Michio comme il le faisait. Ce n’était pas sain pour tous les deux.

 

       Enfin pour l’instant, il pouvait encore en profiter un peu alors il ne s’en priva pas le moins du monde. En tout cas, il apprit ainsi que Dan était rentré chez lui sans demander son reste, laissant Nael de côté. Rafael songea que son ami ne faisait vraiment aucun effort pour être avec Nael. Il lui cherchait toujours la misère. Pourquoi agissait-il ainsi ?

 

       Il n’avait peut-être pas l’empathie de Michio, mais il voyait bien que Dan aimait Nael. Était-ce le genre de couple ne pouvant pas être ensemble sans se déchirer ? Cela voudrait dire qu’inconsciemment, les deux garçons le savaient, mais ils tentaient de contredire cette vérité. Rafael espérait sincèrement que ces deux amis n’en souffriraient pas.

 

       Ils arrivèrent au chalet au même moment que la neige se mit à tomber. Les deux filles sortirent du véhicule en riant. La neige tombait rarement où elles habitaient auparavant. Rafael observa le ciel noir. Il ne voyait plus les étoiles. Il soupira. Il repensa un instant à son passé. Dans un sens, le fait que la neige ne tombait pas dans son ancienne ville était bénéfique. Ils auraient surement gelés sur place, car leur maison en ruine n’avait pas le chauffage. 

 

       Un appel de son oncle le fit sursauter. Il envoya son passé aux oubliettes. Il attrapa le sac tendu. Il se dirigea vers la porte du chalet. C’était une vieille maison rénovée dans un petit village à près de quatre heures de route de la plus grande ville. Il fut étonné de trouver la maison chaudement chauffée. 

 

       L’intérieur respirait la bonne odeur de la cuisine. Un bon pot au feu les attendait dans une marmite encore toute chaude, pourtant la maison était vide de toute présence. Rafael ne s’en occupa pas plus. Il se rendit dans les autres pièces. La première chose qu’il remarqua, c’était l’absence de la télé. 

 

       Il soupira. Il était bon pour s’ennuyer pendant une semaine. Bon ce n’était pas dramatique à vrai dire. Ce n’était pas comme s’il n’avait jamais vécu sans télé ou téléphone. Et l’avantage, il y avait une bibliothèque remplie de différents livres. Et puis, ces sœurs et son oncle voulaient se rapprocher de lui, il leur ferait sentir à quel point ils avaient eu tort de l’avoir éloigné de son diablotin. 

 

       Les pas de Rafael le conduisirent dans le couloir menant à trois chambres. Pour une raison inconnue, il stoppa net devant la première. Son instinct lui conseillait de choisir celle-ci. Alors, il ouvrit la porte. Il s’avança pour déposer son sac sur le lit. Son regard se posa alors sur le tableau au-dessus de son lit. Un rire le prit. Il se laissa tomber toujours hilare. Son regard se reporta à nouveau sur le tableau représentant un pirate sur la proue de son navire. En bas, la signature de l’artiste était magnifiquement ornée d’un « M. Oda ».

 

       À peine était-il entré chez eux que Michio s’enferma dans la salle d’art de son grand-père. Celui-ci l’observait d’un regard amusé. Il lui rappelait Luce quand celui-ci s’ennuyait de n’avoir pas son Wan d’amour pendant tout un week-end. Par contre, son regard s’assombrit en apercevant Nael passer en silence près d’eux. 

 

       Le garçon ne savait plus où il en était. Après avoir tant galéré pour être avec Dan, sa relation stagnait de plus en plus. Dan lui faisait souvent reproche sur reproche. Il lui avait promis de faire des efforts sur sa jalousie envers Michio. Mais, c’était comme s’il avait parlé dans le vide. Pendant la soirée, Dan lui avait fait la tête, car il avait osé embrasser la joue de Luna. Nael soupira. 

 

       Il se laissa tomber sur son lit. Que devrait-il faire ? S’éloigner de son frère pour faire plaisir à son compagnon ? Un frisson le traversa tout le corps. Il ne pourrait jamais obéir à cet ordre. Nael se redressa et croisa ses jambes. Il en avait assez de se prendre la tête. Il sursauta comme un beau diable quand il reçut sur son dos un corps. Deux bras lui entourèrent le cou. Il reconnaissait cette chaleur. Il l’avait souvent eu contre lui depuis son enfance. 

 

— Je croyais que tu t’étais enfermé dans la salle d’art.

 

— Non, j’étais juste partie chercher un carnet à dessin et regarder mon cadeau pour Raffy. Je voulais voir s’il n’avait pas eu de dégât.

 

— Si tu apprenais à Naru d’arrêter de faire des bêtises aussi. 

 

— Mais euh ! Naru sans ces bêtises n’est plus Naru. 

 

       Nael ne put s’empêcher de rire. 

 

— N’importe quoi !

 

       Avec affection, Nael serra les bras de son frère autour de lui. 

 

— Ce n’est pas souvent que tu déprimes, Nael. Dan ne veut pas changer. Que vas-tu faire ?

 

       Le garçon baissa la tête. Il n’en savait rien justement. Que devrait-il faire ? Quoiqu’il décide, il en souffrirait et Dan aussi. Michio déposa un baiser sur la joue de son frère. Ensuite, il se laissa tomber sur le lit. Il observait le plafond avec insistance. Puis, il braqua son regard noir sur son frère. 

 

— Nous allons faire les magasins demain. Je vais m’occuper de ton cas. 

 

       Nael fronça les sourcils. 

 

— Qu’est-ce que tu manigances encore ?

 

       Le garçon se laissa tomber à son tour sur le lit. Michio vint se mouler contre son frère. Il émit un petit rire. 

 

— Bordel ! Dan ferait une crise cardiaque en nous voyant maintenant. 

 

       Nael ne put s’empêcher de rire à son tour. Quand il se trouvait avec Michio, il en oubliait la souffrance, la douleur. Cela faisait du bien, un bien fou. 

 

— Et ton pirate ? Il en penserait quoi ? 

 

       Michio émit un petit rire. 

 

— Il nous demanderait de lui faire une petite place. Non, il viendrait prendre place sans demander. 

 

— Oui, ce serait plus logique pour un pirate. 

 

       Nael se mit à bâiller. Il ne songea pas une seule fois à quitter les bras de son frère pour se changer. D’ailleurs, Michio n’y pensait pas non plus. 

— Nael ? Tu me fais confiance n’est-ce pas ?

 

— Michio, tu sais bien que je mettrais ma vie entre tes mains sans hésiter. 

 

— C’est pareil pour moi, mon Nael. Alors, ne t’inquiète pas. Je vais m’occuper à te changer les idées, demain.

 

       Nael bâilla une deuxième fois. Il marmonna :

 

— Tu pourras faire ce que tu veux.

 

       Quelques instants, Luce poussa la porte de la chambre de son fils pour observer les deux corps endormis dans les bras l’un de l’autre. Il sourit. Depuis bébés, les deux garçons se réconfortaient mutuellement. Ils n’avaient pas besoin de parler du problème. Ils avaient juste de leur présence. Rassuré, Luce referma la porte en douceur. Il adressa un sourire de connivence avec son père. Les deux hommes regagnèrent leur chambre respective, rassurée de voir les garçons avec une meilleure mine.

 

       Le lendemain, Nael se réveilla en premier. Il fonça dans la salle de bain pour prendre une douche rapide. Il enfila un jogging. Il descendit en quatrième vitesse manquant de se prendre une gamelle avec la dernière marche. Son grand-père le traita d’imbécile heureux. Nael émit un petit rire avant de le saluer. Ensuite, il se tourna vers son père. Erwan lui adressa un sourire.

 

       Il se redressa portant lui aussi un jogging. Nael voulait courir avec son père aujourd’hui. Erwan n’allait pas se priver. Parfois, c’était Michio. Mais, Erwan souffrait toujours avec l’autre asticot. Michio courait beaucoup plus vite et il aimait faire des courses. Erwan n’arrivait pas toujours à le suivre enfin surtout maintenant. 

 

       Courir était toujours un bon moyen de se vider la tête. Nael en avait vraiment grand besoin et être avec son père seul à seul était un bon dérivatif également. Quand les deux hommes revinrent, ils entendirent des rires et des grognements. Michio était réveillé et il faisait déjà des siennes à son père Luce.

 

       En entrant dans la cuisine, ils assistèrent à une scène comique. Luce tentait de frapper son fils avec son cahier bleu. Il avait les joues rouges. Erwan secoua la tête amusée. Son compagnon ne changerait pas. Michio aperçut son frère. Il lui fonça dessus pour se cacher derrière lui. 

 

— Nael ? Papa veut me démonter la tête. Je ne vois pas pourquoi. 

 

— Qu’est-ce que tu as encore fait ? 

 

— Hein ? Mais, je n’ai rien fait. J’ai juste corrigé la scène d’un baiser dans l’histoire. C’est tout.

 

— Tu n’avais pas besoin de la faire aussi détailler. C’est un livre de jeunesse. 

 

— Oh ! Mais enfin papa. Elle est bien plus intéressante ainsi. 

 

— Nael ? S’il te plait, emmène cet énergumène loin de ce cahier.

 

       Nael se mit à rire. Il vola quand même une crêpe dans l’assiette de son grand-père Carlin. Celui-ci se mit à grailler aussitôt. Les deux garçons filèrent à l’étage. Nael reprit une douche avant de s’habiller simplement. Quand il revint, Michio secoua la tête exaspérée. 

 

— Va falloir changer ta garde de robe. Tu fais pitié Nael. 

 

— Désolé si je ne m’habille pas de façon aussi voyante que toi. 

 

— Je ne veux pas que tu t’habilles comme moi, patate. Mais que tu arrêtes de ressembler à un premier de la classe.

 

       Michio fouilla dans les tiroirs. Il jeta un teeshirt noir et un jean à son frère. Celui-ci fit la grimace. Michio porta ses poings à sa taille. Il défia son frère du regard. Las, Nael se changea. 

 

       Peu de temps après, les deux garçons s’échappèrent en riant de la maison avec les recommandations habituelles de leur père Erwan. Il ne pouvait pas s’empêcher de leur balancer à chaque fois au risque de se faire taquiner toute la journée si par malheur un membre de la famille l’entendait. Erwan songea que sa mère allait encore râler. Elle avait décidé de passer pour voir ses petits-enfants. Elle allait encore les louper.

 

       Nael se laissa mener par son frère. Celui-ci le tenait par la main pour ennuyer les vieilles grincheuses. Nael ne chercha pas à retirer sa main. Si cela les embêtait, elles regarderont ailleurs. Il ne fut pas surpris de se retrouver au centre commercial. 

 

       Par contre, il le fut quand son frère s’arrêta devant un salon de coiffure de haut niveau. Michio lui adressa un sourire amusé et confiant. Les deux garçons entrèrent dans le salon. Ils furent vite accueillis par un homme chaleureux. Les deux garçons le connaissaient. C’était un ami d’enfance de leur père Luce.

 

       Charly, tel était le nom de l’homme, était le maître du lieu. Il écouta attentivement l’un des fils de Luce. Il hochait la tête tout en jetant un coup d’œil au plus calme. Celui-ci se sentait mal à l’aise. D’un simple coup d’œil, Charly décida quelle coupe irait à ce jeune énergumène. Pour Michio, il avait également son idée. Il lui demanda si cela l’intéresserait d’y passer aussi. 

 

       Michio en fut surpris. Il réfléchit un peu avant qu’un sourire naquit sur ces lèvres percées. Il lui donna carte blanche. Charly appela un de ces meilleurs coiffeurs. Il lui demanda de s’occuper de Nael dès qu’il aurait fini avec son client. Le coiffeur invita le jeune brun à l’accompagner. 

 

       Charly lui se tourna vers Michio. Il lui annonça qu’il s’occuperait personnellement de lui. Michio hocha la tête ravie. Il faisait confiance à Charlie. Son père Luce lui avait assuré qu’il était le meilleur dans son métier. Charly avait des doigts de fée.

 

       Après une heure et demie, Michio se regarda totalement surpris dans le miroir. Il n’avait pas eu le droit de voir ce que Charly lui ferait. Il en fut stupéfait du changement. Il avait l’impression de voir une autre personne devant lui. 

 

       D’un côté ses cheveux avaient gardé leur côté un peu fou bien qu’il l’était encore plus, de l’autre face, ces cheveux avaient été rasés de près. Charly s’était amusé à créer deux étoiles. Michio adorait. Plus personne ne pourrait lui dire qu’il ressemblait trop à son grand-père. Comment son pirate le trouverait-il ? Il avait hâte de le lui montrer.

 

       Peu de temps après, son frère fit son apparition. Michio cligna des yeux plusieurs fois. Il avait eu du mal à reconnaitre son frère, pourtant sa coupe n’était pas aussi poussée que la sienne. Mais adieu la coupe classique, place à une coupe plus moderne et en même temps ancienne. Le coiffeur lui avait coupé très court tout l’arrière, sur le devant la mèche légèrement ondulée retombée souplement sur le front lui donnant un petit air des années 80. 

 

       Michio eut les yeux brillants. Une nouvelle idée venait de germer dans son esprit. Il régla la note, puis il reprit la main de son frère. Ils s’échappèrent à travers tout le centre commercial pour rejoindre la sortie. Nael se demandait où Michio l’emmenait. Mais, celui-ci ne voulait rien dire. Ils reprirent le bus pendant un petit moment avant de redescendre à un arrêt plus loin. 

 

       Nael ouvrit les yeux en grand quand il comprit où son frère l’avait emmené. Il lui fit les gros yeux. Mais, Michio se mit à rire avant d’entrer dans le salon de tatouage et de piercing. Il discuta avec une femme tatouée de tout le corps, enfin c’est ce que présumé le garçon. Quand il aperçut le sourire de la femme, Nael eut l’impression que son frère venait de le jeter dans l’arène des lionnes.

 

       Sans état d’âme, Michio laissa son frère entre les mains de la femme. Il préféra sortir de la boutique pour ne pas avoir une envie subite de se tatouer le nom de son pirate. Il préféra observer les alentours. Le quartier n’était pas vraiment très propre de ce côté de la ville et pas vraiment fréquentable. 

 

       Alors apercevoir ce garçon devant la boutique de bric-à-brac le surprit grandement. Michio regarda la route avant de traverser pour rejoindre l’autre côté. Le garçon sursauta en apercevant la silhouette se reflétait sur la vitre. Il se retourna d’un coup apeuré. Michio lui adressa un sourire rassurant. Après un instant, le garçon le reconnut et se détendit. 

 

— Michio ? 

 

— Ouaip. Que fais-tu dans ce quartier, Daegan ?

 

       Le garçon, toujours trop maigre pour le goût de Michio, se troubla un peu. Il porta une main à une mèche de ses cheveux noire avec qui il se mit à jouer. 

 

— Je voulais surmonter ma peur. 

 

— C’est tout à ton honneur, mais il est dangereux d’être seul dans ce quartier. 

 

       Daegan fronça les sourcils, un peu inquiets. Il soupira. 

 

— Je sais. Mais, je ne voulais pas ennuyer Rolan ou Nathan. Ilies est absent aujourd’hui. Pourquoi es-tu seul aussi, Michio ?

 

— Je ne suis pas seul. Nael est dans la boutique de tatouage. 

 

       Michio observa la devanture de la boutique que son jeune ami regardait avec insistance. Quel objet attirait autant le garçon ? Le regard noir de Michio se posa sur une vieille guitare. L’instrument en avait vu des vertes et des pas mures, mais il semblait toujours en bonne était de marche.

 

       Michio regarda autour de lui. Il aperçut alors une terrasse de café. Il pourrait voir son frère sortir ainsi. Il attrapa la main de Daegan. Il l’emmena vers le café. Celui-ci était vieux et délabré. Mais, il ferait l’affaire. Après avoir commandé, Michio posa un coude sur la table et il se mit à observer le jeune homme à ses côtés. 

 

       Daegan gardait toujours les yeux baissés. Il jouait avec ses doigts. Michio soupira. Il laissa échapper. 

 

— Je ne vais pas te faire le moindre mal, Daegan. 

 

       Daegan redressa la tête. Le ton de son camarade avait une intonation un peu triste. Il se gratta la joue. Il murmura :

 

— Je le sais. Je ne sais juste pas quoi dire. 

 

— Et bien si tu me disais pourquoi es-tu venu seul dans ce quartier ? 

 

       Daegan hésita un instant.

 

— Mes agresseurs ont volé ma guitare. Elle avait appartenu à mon grand-père. Il m’avait enseigné tout ce qu’il savait. C’est la seule chose que j’ai pu emmener avec moi quand mes parents m’ont jeté à la rue.

 

— Ah ? Comment des parents peuvent-ils être aussi mauvais ? Je sais. J’ai de la chance d’avoir une famille très aimante. Pff ! Est-ce la guitare de ton grand-père dans la boutique ? 

 

— Non. Mon grand-père l’avait dédicacé avec ces lettres « W. O » pour Warren Owen. 

 

       Daegan porta le chocolat à ses lèvres pour le gouter, mais il fit la grimace. Ça ne ressemblait pas du tout à du chocolat. Il releva les yeux vers son camarade quand celui-ci s’exclama :

 

— Qu’est-ce qu’il fabrique ?

 

       Daegan regarda dans la direction où Michio regardait. Il y aperçut un autre garçon de leur âge. Il regardait le sol près d’une ruelle. Michio régla la note. Et accompagné de Daegan, il rejoignit son frère. Celui-ci s’était baissé. Il tenait une petite bouille dans les mains. 

 

— Oh ! Un chaton, s’exclama Daegan.

 

— Il est abandonné. Il va mourir si on le laisse ici. Tu crois qu’on peut l’embarquer, Michio ? 

 

— A-t-on avis, banane ! Grand-père nous en voudra énormément si nous n’aidons pas cette petite créature.

 

       Daegan eut du mal à reconnaitre Nael Oda quand celui-ci se retourna vers lui. Le garçon trop sage s’était transformé. Il avait maintenant un piercing à l’arcade sourcilière droite et un autre à la bouche, mais sur le côté de la lèvre. Il devait reconnaitre que cela lui allait à merveille. La petite bouille dans les mains de Nael remua griffant le garçon. Grimaçant, le garçon la reposa sur le sol. La petite créature toute grise se redressa et elle se rendit vers Daegan.

 

       Michio porta un doigt à ses lèvres amusées. Il se pencha. Il attrapa le chaton et le déposa dans les bras de Daegan. Aussitôt, le chaton se mit à ronronner. Le garçon caressa la petite boule de poil avec douceur, un sourire s’affichant sur ses lèvres. 

 

— Tu n’as plus le choix, Dae. Tu vas devoir élever ce petit être. Il a besoin de toi. 

 

— Mais, Ilies ne voudra surement pas. Je veux…

 

— Ilies sera enchanté. Il a toujours eu un faible pour les chatons. 

 

       Les trois garçons sursautèrent en entendant la voix grave venant dans leur dos. Daegan leva les yeux vers la haute silhouette qui se dressait derrière eux. Il croisa un regard vert. L’homme adressa un sourire au garçon. 

 

— Qu’est-ce que vous faites dans le coin ? demanda Nael, à un autre homme derrière le grand blond. 

 

— On a reçu un coup de téléphone d’un hurluberlu flemmard qui nous a demandé de retrouver un certain koala avant que monsieur dragon ne se mettes en pétard. Comme s’il lui fallait une disparition pour se mettre en rogne celui-là.

 

       Daegan ne put s’empêcher de rire en entendant la dernière phrase de Léon. Le brun aux yeux bleus s’approcha d’eux. Il regarda la minuscule créature dans les bras du jeune homme. Il soupira. 

 

— Tu n’as pas fini d’entendre les imprécations de Rolan à cause de ce truc poilu. 

 

— C’est un chat, Léon. 

 

— Ouais, c’est ce que je dis un truc qui va mettre plein de poil dans la voiture.

 

— Rabat-joie. 

 

— Ta gueule Sven.

 

       Les trois garçons se regardèrent halluciner. 

 

— Allez, je vous ramène. Et toi, tu gardes bien ton truc poilu dans les bras. Sinon, tu seras de corvées de la nettoyer.

 

— Ce n’est pas un truc poilu, c’est Gucci. 

 

— Pardon ? 

 

— J’ai dit que ce truc poilu a un nom et c’est Gucci.

 

— Ok, ok. Va pour Gucci alors. Non, mais je vous jure. Comme si j’étais un taxi pour chat. 

 

       Sven regarda son ami s’éloigner en secouant la tête. Il baissa son regard vers le jeune homme tenant le chat. Il souriait en caressant le petit crâne de Gucci. Comme quoi parfois, un animal pouvait faire des miracles. Daegan ne se rendait pas compte qu’il n’avait pas eu un seul moment de recul ou de crainte à leur répondre. Un appel à ordre de Léon les firent réagir.