Rolan ne savait pas comment agir en apercevant les deux hommes s’approcher. Il ne comprenait pas pourquoi le brun le perturbait beaucoup trop. Il aurait voulu trouver un prétexte bidon pour s’échapper, mais il ne trouvait rien. Une exclamation le fit se retourner. Un homme, plutôt bien bâti, avec une cicatrice en croix sur la joue gauche lançait un regard noir à Nathan.

 

       La chemise blanche de l’homme se trouvait mouillée au niveau poitrine. Rolan leva les yeux au ciel. Mais, hors de question qu’il s’en mêle. Il préféra observer sans bouger. D’ailleurs, pourquoi il surveillait ? Nathan était assez grand pour se démerder tout seul. Et d’ailleurs, Rolan regarda autour de lui. Où se trouvait Daegan ? Il était sûr qu’il était avec lui, quelques minutes auparavant. Et merde !

 

— Que t’arrive-t-il mon garçon ? demanda une voix avec un léger accent italien. 

 

       Rolan se tourna vers l’homme venant d’arriver à son niveau. Il n’osa pas lever les yeux vers l’autre homme. Il était vraiment pathétique. 

 

— Mon ami n’est plus avec moi. Il n’aime pas le monde.

 

— Il est avec Sven, répondit le brun à la gauche de l’italien. 

 

       Rolan leva enfin les yeux vers lui. Celui-ci regardait dans une autre direction. Le jeune homme se tourna dans la même direction et il aperçut alors son ami discutant avec le grand blond et un autre homme, âgé, petit, mince, mais qui dégageait un je ne sais quoi de captivant. Rolan cligna plusieurs fois les yeux. Il n’avait jamais pensé cela de quelqu’un. Un rire amusé retentit à ses côtés. Elle provenait de l’italien. 

 

— Carlin est doué pour repérer les petits êtres fragiles. Ton ami ne risque rien tant qu’il restera auprès du diable. Et puis, Sven a l’air de bien apprécier ton ami.

 

       Rolan se troubla. Il jeta un nouveau regard vers la silhouette du vieil homme. Alors, c’était lui le fameux artiste ? Celui que tout le monde surnommait le diable ? Pour quelle raison d’ailleurs l’appelait-on ainsi ? L’italien devait le savoir, mais Rolan se sentait vraiment trop intimider pour demander. 

 

— Ah ! Je dois m’absenter. Léon tient compagnie à ce jeune homme, s’il te plait.

 

— Armando ? Vous savez qu’il n’est pas prudent que vous restiez seul. 

 

       L’homme d’une quarantaine d’années eut un sourire amusé. Il donna une tape sur l’épaule de son subordonné et répliqua :

 

— Je ferais attention « maman ». 

 

       Rolan ne put s’empêcher de rire. Léon lui lança un regard noir. Armando en profita pour s’échapper. Il aimait tous les enfants qu’il avait pu sortir de la rue, mais il devait bien avouer que Léon, Sven et Zoran étaient ses préférés. Il parvint à se frayer un passage jusqu’à l’homme lui tournant le dos. Celui-ci observait un jeune serveur dont le pantalon moulait à merveille ces fesses.

— Tu ne changeras jamais Lazarev. 

 

       Le russe se retourna d’un bond. Il grimaça. Il ne l’avait pas senti arriver. Bordel, il finirait par y arriver un jour. Armando Borghèse affichait un sourire moqueur faisant grincer encore un peu plus les dents de Khasan. Il finirait un jour par l’avoir à son tour.

 

— Borghèse, vous êtes toujours aussi agaçant.

 

— Oh ! Tu me vouvoies aujourd’hui ? Comment va ton petit frère, Khasan ? 

 

       Le russe plissa les yeux en colère, mais il poussa un soupir. Armando Borghèse n’était pas son ennemi. Il devait l’avoir dans son camp et non l’inverse. 

 

— Son état est stable. Mais, il ne se réveille toujours pas.

 

       Un peu plus loin, Nathan regardait blaser l’homme qu’il venait de bousculer. Il croisa ses bras et il l’observa s’essuyer la chemise comme il pouvait. Il pouvait l’entendre lancer des imprécations contre lui. 

 

— Bordel ! Tu ne pouvais pas bouger. 

 

— Non, trop la flemme. 

 

       L’homme releva la tête vers le spécimen qui avait eu l’audace de le bousculer alors qu’il rejoignait son frère Sven. Le jeune homme en question était brun aux yeux verts, il avait des taches de son sur le visage. Il avait un léger sourire moqueur aux lèvres. L’homme plissa les yeux. Il hallucinait, mais le gamin se foutait carrément de sa tronche. Il allait prendre la parole quand une voix se fit entendre. 

 

— Zoran, tu en as mis du temps. 

 

       Le brun se tourna vers la haute silhouette de son frère. Il vit un autre moustique près de son frère. Celui-ci se cachait légèrement derrière Sven. Il l’observait un peu craintif. Zoran fronça les sourcils. En réponse, il reçut un coup sur la tête. Il lança un regard à son frère. 

 

— Arrête de froncer les sourcils, tu fais peur. 

 

       En réponse, Zoran haussa les épaules. Il entendit un petit rire à ses côtés. Il jeta un regard noir à l’adolescent. Sven se tourna légèrement vers sa droite, il expliqua :

 

— N’es pas peur. C’est juste mon idiot de frère. Il adore faire une tête de pitbull, mais en réalité il est comme ces chiens-là, c’est une crème.

 

— Et te foutre de ma poire, ça t’amuse ? 

 

— Que tu peux être susceptible, Zoran ?

 

       L’homme aperçut alors Léon et un autre asticot. Bordel, mais il y en avait combien dans les parages ? Zoran se traita d’abruti en se souvenant où il se trouvait. C’était un concours avec des lycéens donc normal qu’il y en avait beaucoup.

 

— Je ne t’ai pas sonné, Léon.

 

— Ça vous arrive d’être aimable ? demanda alors une voix un peu éraillée.

 

— Mais de quoi je me mêle ?

 

— Vous pourriez éviter d’avoir un ton aussi grinçant, vous me donnez mal au crâne. 

 

— Mais, tu me cherches, toi. 

 

— Ah non du tout, j’ai trop la flemme pour ça. 

 

       Sven observa en silence le dialogue entre son frère et le petit nouveau. Un sourire naquit sur ces lèvres. Zoran n’était pas bavard et souvent, il ne faisait pas attention aux autres. Le voir interagir avec Nathan était un pure plaisir à voir même si c’était limite une dispute. Un cri venant de l’adolescent près de Léon les fit tous se tourner d’un seul mouvement. 

 

       Rolan regardait halluciné Nathan se prendre la tête avec le frère de Sven quand un poids lui tomba sur le dos. Il ne put s’empêcher de laisser un son s’échapper. En sentant tous les regards sur lui, il faillit rougir avant d’entendre la voix taquine d’un rouquin bien chieux. 

 

— Mazette Rolan ! On aurait dit le cri d’une jouvencelle. 

 

       Le garçon tenta de virer de son dos cet encombrant rouquin. Rafael se détacha. Il renoua ses doigts à ceux de Michio. Celui-ci avait un sourire complice. Rolan perdit l’assurance qu’il avait quelques minutes avant. Bordel, pourquoi il perdait à chaque fois ses moyens face à ces deux-là.

 

       Michio n’arrivait pas à enlever son sourire depuis tout à l’heure. Il se sentait bien avec son pirate à ses côtés. Maintenant, il l’observait se chamailler avec Rolan. Est-ce que Rafael se rendait compte qu’il devenait de plus en plus sociable avec les autres ? Michio jeta un coup d’œil vers ses parents. Ceux-ci discutaient avec le Maire. Près d’eux se tenait Nael perdu dans ses pensées et seul. 

 

Il avait aperçu en arrivant que Dorian se trouvait avec sa famille. Ces sœurs avaient décidé de le squatter prétextant qu’elles ne le voyaient plus. Luna se trouvait avec son frère. Elle discutait avec animation avec le Chef Laurel. Le regard de Michio retourna auprès de son frère. Où se trouvait Dan ?

 

Nael dut sentir le regard de son frère, car il leva les yeux. Il lui adressa un petit sourire. Ça ne servait à rien de cacher sa tristesse puisqu’il ne pouvait rien cacher à son frère. Il finit par se remuer et il rejoignit le groupe.

 

Daegan regarda le garçon approcher. Il sursauta comme un malade quand un bras lui entoura le cou. Il fut tétanisé. Il ne ressentait pas de l’aversion, mais il se sentait plutôt intimidé par la présence.

 

— Est-ce que je t’effraie, Daegan ?

 

— Je… Euh…

 

       Daegan inspira un bon coup et avoua simplement. 

 

— Oui. 

 

       Michio émit un léger rire.

 

— Je suis juste un humain comme toi, Daegan. Je ne mange pas de chair fraiche, je ne lance pas de malédiction.

 

— Non, c’est juste un diable d’ange, s’exclama alors son frère.

 

— Ah ! Nael n’en rajoute pas. Tu vas vraiment le faire fuir.

 

       La voix du Maire retentit alors. Elle demandait aux participants de se rapprocher. Michio soupira. Il déposa un baiser surpris sur la joue de Daegan avant de s’éclipser en riant. Daegan sentit ses joues virer aux rouges. Il le devient encore plus en entendant le rouquin se moquer de ses rougeurs. Rafael attrapa le poignet de Rolan. Celui-ci voulait le frapper de se moquer de son camarade.

       D’un doigt, il lui frappa le nez. 

 

— Ce n’est pas gentil de vouloir frapper ces amis.

 

— Va te faire, Rafael !

 

       Le rouquin sourit encore plus. Rolan ne s’était pas rendu compte qu’il l’avait tutoyé. Quand il s’en rendit compte, il sentit ses joues surchauffer également. Pour détourner sa gêne, il s’exclama :

 

— Et si on rejoignait la scène. Nous verrons si Oda va gagner quelque chose.

 

— S’il ne gagne pas au niveau peinture alors le vote est truqué, répliqua Rafael, d’un ton sans réplique.

 

       Nael était du même avis que Rafael. Il avait pu voir les tableaux et seuls ceux de son frère valaient le coup d’œil. 

 

— Allez mauvaise troupe en route !

 

       D’un même mouvement, les jeunes se dirigèrent vers l’estrade. Le Maire faisait son discours. Sven, Léon et Zoran suivirent également. Ils ne savaient pas pourquoi, mais les jeunes les attiraient vers eux inexorablement. Zoran eut un temps d’arrêt. Il jeta un coup d’œil et il s’aperçut que Nathan n’avait pas suivi. Il se gratta la tête.

 

— Euh ! Tu ne viens pas ? 

 

       Nathan haussa les épaules. 

 

— Trop la flemme de bouger. 

 

       Zoran le regarda un instant les yeux ronds. Avant de se secouer, il attrapa le bras de l’adolescent. Nathan allait lui balancer un truc pour le titiller, mais il sentit une décharge traverser son bras. Tellement surpris qu’il se retrouva muet comme une carpe. C’était quoi ça ? 

 

       Luna et Dorian vinrent les rejoindre également. Rolan ne les connaissait pas vraiment. Il les avait déjà vus de loin avec les frères Oda. La jeune fille blonde était mignonne de son avis. Elle ne ressemblait pas aux autres filles, elle avait plutôt une apparence de garçon manqué. Elle prit facilement ses aises auprès de tous les garçons. Elle discuta aisément avec Sven et Léon. Elle réussit même à faire rire Daegan. Rolan devait admettre qu’il l’appréciait. Et c’était étonnant. À part Origin, il n’avait plus côtoyé d’autres femmes. Il se rendit compte aussi que Rafael la taquinait facilement. 

 

       Pour Dorian, Rolan dut s’avouer qu’il le trouvait beau, même trop beau. Les femmes se retournaient facilement sur lui, mais celui-ci ne semblait pas s’en rendre compte. Il se mit près de Nathan. Celui-ci lui adressa facilement la parole. Il l’avait déjà observé à la maison. Nathan avait une facilité pour se lier alors pourquoi il semblait si seul par moment ? 

 

       Le maire finit enfin son discours. Il finit enfin par inviter les jurés. Nael s’exclama subitement. 

 

— Non, mais n’importe quoi ! On peut savoir où Morin est capable de faire la différence entre du Pop art et du classicisme. 

 

— C’est un ami du Maire, Nael répondit simplement Dorian.

 

— Mouais, ami ou pas. Si Michio n’a pas une coupe au niveau peinture, le diable risque de faire son apparition. 

 

— Pourquoi êtes-vous sûr que votre ami devrait gagner ? demanda innocemment Zoran.

 

— Parce que c’est simplement évident, Zoran. La prochaine fois, c’est toi qui accompagnes Armando à la salle d’exposition du quartier africain. Il te donnera une cour pour reconnaitre le talent, annonça Léon. 

 

       Rolan leva les yeux vers le brun aux yeux bleus. Il observait les jurés de son regard scrutateur. En sentant le regard de l’adolescent sur lui, il le baissa la tête vers lui. Il croisa alors les yeux noisette. Il aperçut le trouble chez l’adolescent le même qu’il ressentait également.

 

       — Nous allons annoncer maintenant les vainqueurs pour le concours de peinture. La troisième place revient à Alexandra Bourgeois. Bravo à elle.

 

       Une jeune fille brune toute petite arriva sur l’estrade. Elle adressa un sourire ravi en recevant la médaille de bronze. Ensuite, le Maire annonça le second. Quand il arriva enfin pour la première place, Rafael retient son souffle. 

 

       — Pour la première place, tous les jurés non pas était du même avis, mais il était évident que ce devait être cette personne pour recevoir cette médaille d’or. J’annonce donc le vainqueur de ce concours de peinture comme étant Michio Oda.

 

       Michio se dirigea d’un pas décidé vers Monsieur le Maire. Celui-ci lui adressa un sourire. Il lui passa la médaille aux cours. Quand le garçon se retourna vers la salle un vrai tapage se fit. Michio se mit à rire. Sa famille devait montrer leur fierté. Elle se faisait entendre, mais il se rendit compte qu’elle n’était pas la seule. Presque toute la salle le saluait. Il en fut un peu surpris, mais ravi. 

 

       Il descendit à peine les marches de l’estrade qu’il se fit harper par son pirate. Il eut le droit à un baiser de tonnerre avant d’avoir son frère sur le dos. Michio riait de la joie communicative. Il avait songé qu’il s’enfichait de recevoir ou non cette médaille, mais en réalité, il devait bien s’avouer d’en être très fier.

 

       Le Maire calma en riant la salle. Il n’avait pas encore terminé. Il y avait également le reste du concours. Il annonça ensuite les vainqueurs pour la couture, pour le meilleur habit de scène de théâtre. Et il arriva ensuite pour la sculpture. Les jurés n’étaient plus les mêmes. Michio se trouvait confortablement installé dans les bras de son pirate. Il écoutait d’une oreille. Alors, il sursauta comme un malade quand son nom retentit encore une fois. 

 

       Il retourna donc vers l’estrade, mais d’une démarche plus timide cette fois-ci. Il n’aurait jamais cru qu’il gagnerait avec sa sculpture. Il avait juste eu envie de faire Naru faisant le pitre. Alors certes, il avait eu juste la médaille de bronze, mais pour lui, c’était énorme. Cette fois-ci, c’était Maqui Osborne qui vient l’accueillir au pied des escaliers. 

 

       L’homme était le mari du fils de sa tante Maeva. C’était aussi un sculpteur de renom et celui qui avait tout montré de son art à un jeune gamin très curieux. D’un geste avec ses doigts, Maqui lui fit le signe de victoire. Michio fonça dans les bras de l’homme en riant tout en pleurant également. 

 

       Quand le garçon s’éloigna, l’homme bougea ses mains. Maqui était sourd de naissance. Il savait parler maintenant, mais il ne le faisait que quand il se sentait en sécurité.

 

« Tu vois, je t’avais dit que tu y arriverais avec facilité Michio. Tu as beaucoup de talent. Félicitation. »

 

« Merci, Maqui, d’avoir eu foi en mes capacités. »

 

       Après cet échange, Michio eut le droit aux félicitations de sa famille, de son amoureux et de bien d’autres personnes encore. Il se sentait euphorique, mais il savait aussi qu’elle partirait bien trop vite, car l’heure du départ de Rafael sonnait bientôt. Alors, il finit par le retrouver. Il allait le squatter jusqu’à son départ en vacances.