Comme promis par Rolan, au moment de quitter la maison pour se rendre au centre-ville où se déroulait le concours, le jeune homme dut user de sa patience pour faire bouger Daegan, par contre il donna un coup de pied à Nathan pour le faire avancer.

 

       Ilies observait amusé. Il remerciait silencieusement le jeune homme, car son caractère l’aidait beaucoup face à deux limaces. Nathan faisait exprès de titiller le jeune homme brun en criant sans arrêt qu’il avait la flemme à tout va. Petit à petit, Ilies comprit qu’il s’en amusait un peu pour faire chier son petit monde. 

 

       Sven était venu les chercher. Il discuta avec Ilies tout le long du trajet même si son regard se portait souvent au rétroviseur pour jeter un regard à l’arrière. Le garçon aux cheveux sombre à la peau claire, mais aux yeux magnifiquement beaux d’un gris bleu le perturbait un peu trop. Il n’en voyait pas trop la raison. 

 

       Quand ils arrivèrent, ils eurent un peu de mal à trouver une place. Ils se garèrent en même temps qu’une autre voiture. Quand Rolan descendit, il se retrouva presque nez à nez avec Rafael Blackwood, celui qu’il aurait voulu éviter. 

 

       Celui-ci lui adressa un sourire. Il fut rejoint par un autre homme. Rolan l’observa un instant interdit. À part leur coupe différente, on pourrait presque penser que l’homme était le père du rouquin. 

 

       Rafael jeta un coup d’œil aux autres garçons. Ils s’étaient approchés de Rolan comme s’ils le considéraient comme le chef. Amusé, Rafael se mit à les détailler de la tête aux pieds. Le plus mince se sentit vite mal à l’aise de l’examen. Il se cacha presque derrière son ami. L’autre observait les alentours sans faire vraiment cas d’eux. Pourtant, Rafael pouvait lire dans les deux, le malaise d’une vie triste et morne. 

 

       Les deux amis de Rolan avaient eux aussi une enfance perdue dans la souffrance et la haine d’autrui. Sven et Ilies s’approchèrent pour savoir ce qui retardait les jeunes. Reconnaissant le flic, Sven le salua. 

 

— Salut Grandier. 

 

— S’lut Bertil. Où as-tu mis ton collègue ? 

 

— Il doit être déjà à l’intérieur avec qui tu sais.

 

       Rafael jeta juste un coup d’œil à son oncle. Il fit un geste à Ashula, puis sur un coup de tête, il attrapa le bras de Rolan et il s’échappa en direction du bâtiment. Il savait d’office que les deux autres jeunes les suivraient. Il jeta juste un coup d’œil à l’arrière. Il vit Ashula parler avec Ilies pour empêcher celui-ci de dire quoique ce soit. 

 

       Il s’arrêta devant l’immense immeuble. Il savait qu’il appartenait à la Miori Corporation. Il avait été construit quelques années plus tôt pour faire divers soirée, concours, spectacles. Un gardien se trouvait toujours près de la porte. 

 

       Rafael se tourna alors vers les trois jeunes. Pour une fois, Rolan n’avait pas bronché ou râlé. C’était un miracle. Le jeune rouquin croisa les bras et il finit par demander. 

 

— Alors, si tu me présentais tes amis, Owen ? 

 

— Pourquoi devrais-je le faire ? commença-t-il. Mais il céda de suite.

 

— Pff, t’es pénible. À ma droite, c’est Daegan O’Neill et à ma gauche, il vient juste arrivé alors je ne le connais pas encore très bien. Il se nomme Nathan Lewis.

 

— Enchanté de vous connaitre. Je suis Rafael Blackwood. Il parait que je vais devoir vous supporter pendant un long moment alors j’espère que l’on va s’entendre. Bon ce n’est pas que je m’ennuie avec vous, mais il faut que je retrouve une certaine personne. 

— Oda ? laissa échapper Rolan. 

 

       En réponse, il eut le droit à un sourire. Rafael s’éclipsa aussitôt en entrant dans la bâtisse. Rolan fixait l’entrée comme s’il allait entrer dans les bouches de l’enfer. Il sentit une main sur son bras. Il sursauta :

 

— Qu’est — ce qu’on fait ? On entre ou on glande ? Je te laisse choisi, j’ai trop la flemme de choisir à ta place. 

 

       Nathan lui adressa un sourire en coin. Rolan lui jeta un regard noir. Il se foutait de sa gueule en plus. Non, mais, la cravache il va vraiment y avoir droit celui-là. Alors attrapant leur main à chacun, Rolan se décida enfin à entrer. Il ouvrit grand les yeux en voyant le peuple qui se trouvait dans l’immense salle. 

 

       Pourtant, son regard repéra aisément une certaine personne brune. Elle discutait avec un homme grand et au charisme impressionnant. Rolan se troubla quand les yeux bleus du brun se tournèrent dans sa direction. Et il le fut encore plus quand il vit les deux hommes venir dans leur direction. Rolan jeta un regard vers l’autre homme. Il dégageait une force hypnotique avec ces yeux verts. Qui était-il ?

 

       Rafael, après avoir quitté ses nouveaux amis, s’enfonça dans la cohue. Il n’avait jamais pensé un seul instant qu’un simple concours de lycée pourrait amener autant de monde. Il reconnut certaines personnes, comme Cody Amory le directeur de son lycée, le professeur d’art Ethan Da Costa. Il grimaça en apercevant Lydia Morin en compagnie de son père. 

 

       Celle-ci le vit. Elle lui lança un regard mauvais avant de se détourner avec un air dégouté. Rafael secoua la tête. Cette fille avait surement un grain. Elle se croyait tellement importante, alors qu’elle n’était rien. Il jeta un nouveau coup d’œil autour de lui. Il aperçut alors Nael et Dan. 

 

       Il émit un petit rire. Dan avait les bras croisés et il semblait bouder. Décidément, Nael n’était pas sorti de l’auberge avec un petit ami aussi jaloux. Enfin, il songea que si Nael se trouvait présent, le diablotin ne devait pas être très loin. Alors, il reprit sa route tout en faisant son possible pour ne bousculer personne. 

 

       À vrai dire, chercher dans cette foule, c’était comme chercher une aiguille dans une motte de foin. Il arriva au bout face à une sorte de rideau. Intrigué, il jeta un coup d’œil. Il vit alors la salle où se trouvaient les œuvres créer par les élèves de chaque lycée. Il jeta un coup d’œil à l’arrière. Pouvait-il y aller jeter un coup d’œil ? 

 

       Haussant les épaules, il prit le gauche. Il pénétra alors dans l’univers des artistes. Il s’amusa à regarder tout autour de lui. Toutes les sculptures étaient magnifiques. Comment trouvait celle qui mériterait la première place ? Pour lui, ce serait une vraie sinécure. Il se rendit ensuite vers le fond où se trouvaient les murs remplis de toiles. 

 

       Il savait qu’il trouverait facilement celles faites par Michio. Il ne pouvait pas se gourer. Son petit diablotin avait une certaine manière de peindre qui le rendait unique. D’ailleurs, Rafael ne trouvait aucune peinture meilleure que celle de Michio. Il devait vraiment être trop accro à lui pour ne pas savoir faire la différence. 

 

       Il en était là de ses réflexions quand une ombre le fit sursauter. Il se retourna d’un coup, mais il n’y avait personne. Est-ce que son imagination lui jouait des tours ? Mais, un petit rire sur sa gauche le fit se tourner dans cette direction. Il apercevait l’ombre, mais pas la personne. Il se demandait où elle pouvait être. 

 

— Je suis ravie de voir que tu te portes comme un charme, Rafael. 

 

       Rafael sentit son cœur battre un peu plus vite en reconnaissant la voix. Il sourit. 

 

— Red’Line, l’immeuble est rempli de flics. Vous êtes sacrément culotté tout de même. 

 

— Que veux-tu mon garçon ? Le danger est mon quotidien.

 

— Red’Line, pourquoi l’avoir tué ?

 

       La femme resta silencieuse un long moment. Elle soupira. 

 

— Elle était condamnée à mourir, mon petit. Si ce n’était pas moi, elle aurait été tuée par une autre personne et cela aurait été beaucoup plus violent. Il y a des choses qu’il vaut mieux que tu ne saches pas Rafael. Je ne voudrais pas qu’il t’arrive une bricole à cause de moi. Ça me ferait bien chier après avoir réussi à te garder en vie.

 

— Très drôle Red’Line. 

       

       La femme émit un petit rire. Entendant des voix, la femme en rouge reprit :

 

— Je vais devoir te quitter. Je te promets de ne rien faire contre cette Eliéna Gardner même si elle mériterait de passer entre mes mains pour avoir osé toucher mon chouchou. Si tu cherches ton petit diablotin, il se trouve un peu plus loin, tout tristounet de ne pas avoir son pirate avec lui. 

 

       Après un dernier petit rire, Red’Line disparut comme un fantôme. Rafael secoua la tête. Comment faisait-elle ça ? Il aimerait bien connaitre son secret. Il se tourna dans la direction indiquée. Il aperçut alors le garçon de ses rêves. Il lui tournait le dos. Il observait deux tableaux avec insistance. 

 

       Rafael sourit. Michio avait encore peint une tempête avec un bateau pirate combattant la mer déchainée. Comme d’habitude, Rafael le trouva magnifique. L’autre tableau était totalement différent, mais tout aussi sublime. Il représentait le pied d’un chêne où deux chats s’amusaient ensemble. Rafael eut un léger sourire en reconnaissant les deux chats, Haru et Naru. 

 

       En essayant de ne pas faire de bruit, il s’approcha de son petit ami. Mais, celui-ci dut sentir une présence, car il se retourna d’un seul coup. Il ouvrit grand les yeux en reconnaissant son pirate. Poussant un petit cri de joie, il lui sauta littéralement dans les bras. Rafael entoura de ses bras le corps vivant et chaud de Michio contre lui. 

 

— Et bée, je t’ai manqué. 

 

— Oui, fut la simple réponse de Michio. 

 

       Des bruits de voix s’entendaient à nouveau. Rafael regarda autour de lui. Il finit par repérer un endroit. Il s’écarta et il prit la main de son petit ami. Il le tira pour le faire avancer. Michio observait sa main accrochée à celle du rouquin. Il ne se lassait pas de la sensation électrique qu’il ressentait à chaque fois. Il suivit en silence son pirate adoré. 

 

       Celui-ci se dirigea vers une sorte d’escalier. Il regarda à nouveau autour de lui. Personne ne se trouvait dans leur champ de vision. Alors sans rien dire, il monta en compagnie de Michio. Il ne savait pas du tout où il se rendait. Finalement, il entendait le petit rire de Michio. 

 

— Qu’est-ce qui te fait rire ? 

 

— Rien j’imagine juste la scène. Un pirate enlève sa belle aux yeux de tous. 

 

       Rafael leva les yeux au ciel.

 

— Et c’est toi la belle ? Tu n’aurais pas oublié de mettre une robe.

 

— Si j’en mets une, tu risques de faire des cauchemars jusqu’à la fin de ta vie. 

 

       Rafael ne dit rien. Mais, il pensa qu’il préfèrerait ce genre de cauchemars. Il parviendrait peut-être à convaincre Michio de le faire juste pour pouvoir rire un bon coup. Il était sûr à cent pour cent que son petit ami accepterait sans broncher. Ils arrivèrent dans une pièce aussi grande que celle du bas, mais elle était entièrement vide. Une porte sur sa droite l’intrigua. Il tenta de l’ouvrir. Celle-ci s’ouvrit montrant une pièce moyenne. C’était un bureau.

 

       Le principal était qu’il n’y avait personne. Alors, sans plus attendre, il tira sur le bras de Michio pour le faire tomber dans ses bras. Celui-ci se laissa faire avec juste un léger sourire sur les lèvres. Il aimait bien quand son pirate menait la barque. Il sentit bientôt les lèvres sur les siennes. 

 

       Rafael soupira d’aise en sentant le froid du piercing sur ses lèvres et il le fut encore plus quand sa langue rencontra celle de son diablotin. Elles se taquinèrent, se cherchèrent, dansèrent pendant un très long moment. 

 

       Michio avait posé ses mains sur le crâne comme pour approfondir encore plus le baiser. Il aimerait rester ainsi éternellement, mais le manque de souffle les fit s’écarter. Les yeux noirs fixèrent les yeux bleus nuit. Rafael ne disait rien. Il gardait toujours tout au fond lui, mais Michio n’était pas dupe. 

 

       Michio savait bien que le désir faisait toujours souffrir Rafael. Elle était certes moins violente, beaucoup plus supportable, mais elle était toujours là. Il n’en voulait pas à son Raffy de le lui cacher, car il le faisait par habitude. Michio savait bien qu’il pourrait enlever une partie de cette douleur comme il l’avait fait avec le cauchemar, mais il ne le ferait pas. 

 

       Rafael ne lui pardonnerait pas. Est-ce que Rafael savait qu’il ne pouvait rien leur cacher ? Est-ce que cela le dérangeait ? Est-ce qu’il se détournerait d’eux s’il le savait ? Le rouquin dut se rendre compte d’un changement dans l’attitude de son diablotin, car il lui caressa la joue. 

 

— Qu’est-ce qui t’arrive d’un coup ? 

 

       Michio haussa les épaules. 

 

— Je déprime. Je ne vais pas te voir pendant une longue semaine. Je vais faire comment moi ? 

 

       Rafael déposa un baiser tendre sur le bout du nez. 

 

— Et moi alors ? Tu vas me manquer aussi.

 

— Mmh ? Tu m’embrasses encore et encore ?

 

       Rafael émit un petit rire, mais il s’exécuta aussitôt. Il eut même bien du mal à s’arrêter pour reprendre son souffle. Il n’y avait pas à dire, mais il avait bien du mal à garder un tant soit peu de sang-froid. Ce n’était pas qu’il n’avait pas envie de faire des coquineries avec son diablotin, mais tant que son problème ne serait pas résolu, il ne voulait pas retenter l’expérience. 

 

       Surtout que maintenant, il savait très bien qu’il ne pouvait rien cacher à son amoureux. Celui-ci était trop empathe pour son bien. Michio, non plus, ne tentait rien. Il gardait ses mains sur la poitrine de son rouquin préféré. Il n’osait pas les laisser vagabonder sinon il aurait bien plus. Il finit par poser son front contre l’épaule de Rafael. 

 

— Il parait que tu vas suivre des séances psychologie. Est-ce vrai ?

 

— Oui, à partir de janvier. Les séances se feront chez une famille d’accueil. Il y aura Owen. Est-ce que cela te dérange si je me rapproche de lui ? 

 

       Michio releva la tête avec un petit sourire. Il pencha la tête. 

 

— Non, bien au contraire. Il faut que tu avances Rafael même si je ne suis pas tout le temps avec toi. Tu as le droit d’avoir tes propres amis. 

 

       Le rouquin déposa un baiser sur les lèvres percées. 

 

— J’ai de la chance d’avoir un petit ami aussi compréhensif.

 

       Michio émit un petit rire. 

 

— Ah ? Toi, tu as vu Dan en arrivant ? Il boude mon frère, car celui-ci a fait la bise à Luna. Non, mais, je te jure. Dan devient pire que son frère. Ah zut ! Et si on allait foutre notre souk auprès de nos amis ? 

 

       Michio attrapa la main de son rouquin et les deux garçons sortirent de la pièce sans apercevoir l’homme proche de la quarantaine, brun au regard métallique dans le renfoncement d’une pièce. La femme près de lui, habillé tout de rouge, bougea légèrement pour faire face au russe. 

 

— Merci des renseignements, Lazarev. 

 

— De rien, ma chère. Et puis, j’ai pu voir deux petites merveilles. 

 

       Red’Line lança un regard noir au russe. Celui-ci émit un petit rire. 

 

— Ah lala ! Quel plaisir de revoir ce regard haineux ! Ne t’inquiète pas. Je ne suis pas assez fou pour me mettre la famille Oda sur le dos. Elle ne porte pas le nom de Diable pour rien. Et puis, ils sont un peu trop jeunes pour moi. Je préfère aller titiller mon italien préféré.

 

— Lazarev aurait-tu perdu la main ? Où Borghèse te poserait-il problème ? 

 

— Des problèmes ? Ce sont ses insectes qui sont nuisible. Ils ont tendance à m’empêcher de l’approcher. Mais, tu me connais tant que je n’aurais pas ce que je veux, je ne lâche rien. Au fait, tu es sur que tu veux laisser la police se charger de cette Gardner ? 

 

— Ouais. Elle ne doit rien savoir. Par contre, le père Blackwood et Owen, par contre eux, j’aimerais bien les avoir en main. 

 

       Le russe bougea et s’approcha de la fenêtre. De là où il était, il pouvait entendre la foule applaudir. La remise des prix devait avoir lieu. Il se passa une main dans les cheveux. Il adressa un sourire mauvais à Red’Line. 

 

— Les veux-tu intacts ou un peu amochés ? 

 

— Je m’en fiche de leur état. Tu peux même les rendre eunuque si tu veux, du moment qu’ils peuvent encore répondre à mes questions, ça m’ira. 

 

— Marché conclu, ma chère Red’Line ! Détruit tout ce que tu peux de ce maudit réseau ! Pour venger mon petit frère, je ferais tout ce que tu me demanderas même si je dois aller en enfer.