Combien de temps dormit-il ? Il n’en savait rien. Il avait perdu la notion du temps et de l’heure. Michio se redressa et se frotta les yeux. Il se mit à regarder autour de lui tout surpris. Que faisait-il à l’hôpital ? Son regard finit par croiser celui bleu nuit de Rafael.

 

       Le jeune rouquin ne le laissa pas prendre la parole. Il lui scella les lèvres avec les siennes. Michio entre-ouvrit ses lèvres pour laisser son amoureux prendre possession de sa bouche, de sa langue. Il ne se lasserait jamais des sensations reçues.

 

       Il se retrouva allongé avec un Rafael le dominant. Quand le baiser cessa. Michio aurait voulu en redemander, mais Rafael lui sourit en posant un doigt sur sa bouche. Michio le dévora des yeux. À cause du coup reçu, Rafael avait dû être rasé à nouveau tout autour de la tête. Les cheveux au-dessus du crâne avaient été relâchés. Une infirmière avait joué du ciseau pour remettre de l’ordre dans cette chevelure. Maintenant, les mèches retombaient toutes d’un seul côté. 

 

       — Cette coupe te va beaucoup mieux, parvint à sortir Michio. 

 

       Il avait levé une main pour frôler une mèche. Rafael l’attrapa et il y déposa un baiser dans le creux du poignet. Michio en frissonna. Il demanda finalement :

 

       — Comment suis-je arrivé ici ? 

 

       Rafael se redressa. Il aida son amoureux à s’installer correctement, entreprise pas vraiment évidente sur un lit d’hôpital. 

 

       — Tu es arrivé en mode zombie avec ton père Luce. Tu t’es installé dans mes bras et depuis tu as dormi. 

 

       Michio sentit ses joues surchauffées. Il se pencha pour poser son front contre le torse de son cher et tendre. Rafael passa une main dans les cheveux en désordre. Michio avait envie de ronronner de plaisir. Il avoua :

 

       — Je me souviens juste d’avoir fait un cauchemar. Je ne sais plus quoi d’ailleurs juste qu’il fallait à tout prix que j’entende ton cœur battre.

 

       — Je vais bien Michio. Je ne vais pas disparaitre.

 

       Michio hocha la tête. Mais, il se serra encore un peu plus. Rafael l’entoura de ses bras. Il s’en voulait un peu. Il n’avait pas pensé que son accident avait tant perturbé son petit ami. Michio est un garçon tellement solide et bien dans ses baskets.

 

       — Je vais emprunter ta salle de bain, enfin si j’arrive jusque-là sans tomber, s’exclama Michio.

 

       Le jeune homme se leva, aidé par Rafael. Celui-ci observa son amoureux traverser la petite pièce jusqu’à la salle de bain, en fronçant les sourcils, inquiets. Michio n’avait pas mangé depuis deux jours. Peu après, la porte de la chambre s’ouvrit sur Manu Grandier quand un bruit s’entendit dans la salle d’eau. 

 

       Rafael fit le geste de se lever, mais Manu fut plus rapide. Il eut une exclamation. Il aida le jeune Oda à se remettre sur pied. D’une voix un peu plus forte, il rassura son neveu. Michio avait juste glissé et il était tombé sur les fesses.

 

       Aidé de Manu, Michio se rendit dans la chambre. Il s’excusa de sa bêtise. Il avait juste été un peu rapide et il avait perdu l’équilibre. Rafael soupira soulagé. Manu sermonna le garçon de faire plus attention. Il le prit par les épaules pour l’aider à marcher. Il informa son neveu qu’il emmenait Michio à la cantine de l’hôpital pour qu’il se restaure.  

 

       Rafael se passa une main dans sa nouvelle chevelure. Il se laissa à nouveau tomber sur le lit. Il ferma un instant les yeux avec lassitude. La culpabilité de l’état de Michio le tenaillait. Il ne voulait pas nuire autour de lui. Que devait-il faire ? 

 

       À cet instant, la porte de sa chambre s’ouvrit à nouveau. Il vit apparaitre un jeune homme de son âge, brun aux cheveux court, habillé d’un jean troué et d’une chemise trop grande pour lui. Celui-ci jeta un coup d’œil à la porte avec inquiétude. Puis, il se tourna vers le jeune blessé.

 

       Le nouveau se tenait toujours près de la porte comme mal à l’aise. Il se mordait la lèvre percée. Il se demandait s’il avait eu raison de venir dans cette chambre. Mais, il se le devait. Après tout, ils avaient tous deux quelques points communs. Mais, il n’avait pas l’habitude de parler le premier. 

 

       Rafael observait l’arrivant en silence. Il se redressa assez pour s’installer en tailleur. Il porta un doigt à sa lèvre comme pour réfléchir. Il avait l’impression de l’avoir déjà croisé quelque part. Le nouveau s’agita. Il se porta une main aux ongles peints en noir à sa tête pour la passer dans ses cheveux. Il soupira un bon coup. 

 

       — Tu pourrais parler, nom d’un petit bonhomme. 

 

       — Pourquoi donc serait-ce à moi de prendre la parole ? demanda Rafael, un petit sourire s’étirant sur les lèvres.

 

       — Ça m’arrangerait.

 

       Rafael émit un petit rire. Le nouvel arrivant semblait avoir du tempérament.

 

       — Je ne vois pas pourquoi je devrais te faciliter la tâche.

 

       Le nouveau se passa à nouveau une main dans les cheveux, énervés. Il poussa un soupir à fendre l’âme. Il fit un tour sur lui-même. Devait-il rester ou s’en aller ? Rafael continuait à l’observer, le fixant sans rien dire. Il l’énervait déjà.

 

       — Tu es énervant, Blackwood. 

 

       Rafael tiqua. Comment ce garçon connaissait-il son nom ? Mais, il ne dit toujours rien. Il attendait. Le jeune homme brun bougea à nouveau, mais pour s’approcher du lit. Il s’arrêta quand il jugea être assez près. Il croisa les bras. 

 

       — Fais chier. J’ai tout vu. 

 

       Rafael leva un sourcil interrogateur. Il allait prendre la parole quand une voix féminine se fit entendre dans leur dos. 

 

       — Et qu’as-tu vu jeune homme ?

 

       Le nouveau sursauta comme en faute. Il se faufila derrière le lit comme pour se mettre en sécurité. Il fut soulagé en constatant la femme. Elle était accompagnée d’un autre homme brun clair.

 

       — Bonsoir Rafael. J’espère que cette fois-ci nous allons pouvoir discuter sans être interrompu. Mais avant cela, puis-je savoir qui tu es jeune homme ? demanda Solange Laurel, inspectrice en Chef.

 

       — Ah vous êtes tous chiants chez les flics, râla le jeune homme. Je m’appelle Rolan Owen. Ça vous va ?

 

       — Owen ? laissa échapper Rafael. 

 

       Le jeune rouquin porta une main à sa tête. Une douleur aiguë lui vrilla les tympans. Il se recroquevilla sur lui-même. Rolan s’approcha du lit en même temps que l’autre flic qui accompagnait la femme.

 

       — Est-ce que ça va mon garçon ? demanda la voix masculine aux timbres chauds.

 

       Rolan s’arrêta net en entendant la voix. Elle lui donnait des frissons. Il hésita à la marche à suivre. Rafael inspira un bon coup pour reprendre contenance. 

 

       — Oui, cela va aller. C’est juste que le nom Owen me dit vaguement quelque chose. 

 

       — Nos pères se côtoyaient, répliqua alors Rolan. 

 

       Le garçon détourna les yeux, mal à l’aise. Rafael l’observa avec un regard neuf. La lumière faisait écho dans sa mémoire. 

 

       — Toi aussi. Je m’en souviens. Je t’ai croisé une fois dans les escaliers du bar.

 

       Rolan eut un pauvre sourire. 

 

       — Oui. Nos regards se sont croisés. Ton regard était différent des autres. Cela m’a beaucoup aidé à tenir d’ailleurs, avoua Rolan.

 

       Il baissa la tête. Il n’avait pas envie d’en dire plus. 

 

       — Donc si je comprends bien. Vous êtes tous les deux des victimes de vos pères respectifs. Rafael, je sais que cela sera surement un choc, mais j’aimerais que tu regardes la photo de la victime de la veille. 

 

       Rafael hocha la tête. Il avait promis de les aider comme il pouvait. Après une certaine hésitation, l’homme accompagnant l’inspecteur en chef tendit une photo. Rafael la prit juste un instant avant de la jeter comme si elle l’avait mordu. Rolan avait eu un geste de recul en apercevant la femme sur la photo.

 

       Laurel n’eut pas besoin de mot pour comprendre que les deux jeunes gens l’avaient déjà rencontré. Était-ce dans les mêmes conditions ? Rolan eut bien du mal à reprendre contenance. Une colère noire commençait à poindre. Il serrait les poings en s’en faire mal. 

 

       — On n’a pas idée de montrer ce genre de photo, râla-t-il pour la forme. 

 

       Laurel se rapprocha du lit. Elle observait le jeune rouquin qui ne disait rien. Il fixait, les yeux agrandis la photo. Il semblait tétaniser. L’inspectrice récupéra la photo et la rangea dans un dossier. Un soupir de soulagement se fit entendre. Rafael leva les yeux vers la femme. 

 

       — C’est la seule femme que je me souviens du visage. J’ai été drogué seulement après l’avoir vu. C’était la première. 

 

       Il l’annonça d’une voix neutre. Il jeta un coup d’œil vers l’autre garçon. Celui-ci se tenait droit comme « i ». Finalement, le jeune Rolan avoua d’une petite voix. 

 

       — Pareil. Elle a été la première. Elle aimait voir le regard de terreur de ses petites victimes. Elle aurait mérité de souffrir autant qu’elle nous a fait subir. 

 

       — Ce n’est pas la solution, répondit le jeune flic brun. 

 

       Rolan baissa la tête, serrant toujours les poings.

 

       — Je sais. Mais, comment voulez-vous qu’on réagisse ? Elle et bien d’autres nous ont privé de notre innocence et de notre vie.

 

       — Rafael. Tu as dû le savoir par ton oncle. Mais, nous avons su que tu avais des liens avec cette femme à cause d’une photo. Elle avait été jetée dans le feu. Cela veut dire que soit la victime allait les mettre au feu, soit c’est le coupable. 

 

       Rafael baissa les yeux sur ses mains crispées sur le drap. Il ferma les yeux à s’en faire mal. Serait-ce l’œuvre de Red’Line ? Il ne pensait pas que cette femme diabolique s’amuserait à tuer pour le venger, mais elle serait peut-être tombée par surprise sur les photos.

 

       — Aurais-tu une idée, Rafael ? demanda l’inspectrice en chef. 

 

       — Non, je ne vois pas. La victime voulait peut-être effacer son péché. 

 

       Le flic brun observa le jeune rouquin avec attention. Il fronça les sourcils. Le garçon semblait tendu. Il leur cachait quelque chose. C’était évident. 

 

       — En es-tu sur ? demanda-t-il avec un peu d’insistance. 

 

       — Bordel, mais vous êtes lourd ma parole ! Il vient de vous dire qu’il n’en savait rien, s’interposa Rolan. Par contre, je sais qui a poussé Rafael dans les escaliers. Nous avons quitté un endroit sordide pour avoir enfin une vie tranquille et pourtant, nos démons nous poursuivent toujours.

 

       Le flic allait répondre, mais Laurel lui ordonna d’un geste de n’en rien faire. Rafael remercia silencieusement Rolan de son intervention.

 

       — Laisse tomber, Kennedy. Que veux-tu dire Rolan ? 

 

       Le garçon enfonça ses mains dans les poches. Il soupira. 

 

       — C’est l’agent d’entretien du lycée qui l’a poussé. Et même si physiquement, elle a légèrement changé. Je me souviens très bien d’elle. C’est une de nos violeuses. Quand j’ai croisé Rafael dans les escaliers de ce bar miteux, son père l’emmenait justement à cette femme, Aliéna Gardner et je venais juste de la quitter avec mon propre père également.

 

       La réaction de Laurel ne se fit pas attendre en entendant le nom. Elle attrapa son portable pour donner des ordres brefs. Elle leva les yeux vers les deux jeunes adolescents. Elle leur adressa un sourire. 

 

       — Merci de ton aide, Rolan. Cette femme va arrêter de faire le mal autour d’elle.

 

       — Si vous le dites, lança-t-il en haussant les épaules.

 

       — Je vais faire mon possible pour éviter de vous ennuyer avec cette histoire. Rafael prend bien soin de toi et de tes petites sœurs. Quant à toi, Rolan essaie d’éviter les ennuis.

 

       Rafael jeta un coup d’œil surpris vers l’inspectrice en chef. Rolan tira la langue à la femme qui se dirigeait vers la sortie. Michio arriva à ce moment-là. Il rejoignit rapidement son pirate. Celui-ci le rassura avec un sourire. Laurel s’arrêta un instant pour jeter un coup d’œil. Elle sourit en voyant le petit couple. 

 

       — Kennedy ? Puisque votre journée est terminée. Récupérez votre imbécile de coéquipier et prenait le temps de ramener le jeune Owen chez lui. 

 

       Rolan allait répliquer, mais il n’en eut pas l’occasion. La femme n’avait pas perdu de temps pour quitter les lieux. Michio porta son regard vers le jeune homme. Rolan se sentit harpé par le regard sombre du petit ami de Rafael. Il avait toujours fait en sorte d’éviter ce genre d’individu, car il savait lire en eux comme dans un livre ouvert. Rolan se sentit mis à nu. 

 

       Michio observa un long moment en silence. Il pouvait sentir les mêmes émotions sombres que son cher pirate chez le jeune Owen. Finalement, il lui adressa un sourire pour détendre l’atmosphère. Il finit par dire :

 

       — Tu es Rolan Owen de la classe C, je me trompe ? 

 

       Rolan cligna des yeux de surprise. Comment le connaissait-il ? En réponse, Michio avoua. 

 

       — Je connais tous les noms et les visages de tous les élèves du lycée. 

 

       — Tu n’es vraiment pas croyable. Pourquoi je n’en suis même pas surpris ? s’exclama Raffy.

 

       Un bruit vers la porte les fit tourner la tête vers elle. Le jeune flic brun venait de refaire son apparition en compagnie d’un autre homme, aux cheveux rasés sauf le haut d’un blond pâle. Le brun prit la parole. 

 

       — Je ne me suis pas présenté tout à l’heure. Je suis Léon Kennedy et voici mon collègue Sven Bertil. Nous travaillions en étroite collaboration avec la police de cette ville. Ravi de vous voir de plus près, Michio Oda.

 

       Michio haussa un sourcil surpris. Il ne se souvenait pas de l’avoir déjà rencontré. Il s’exclama d’un coup. 

 

       — Non ? Borghèse ? Mais vous êtes flic, pourquoi étiez-vous le chauffeur de cet italien de malheur ?

 

       — Pour la bonne raison qu’Armando Borghèse est mon supérieur.

 

       Alors là, Michio en tombait des nues. Les Borghèse avaient toujours semé le chaos en Italie. La famille Borghèse était un peu considérée comme mafieuse. Était-ce un leurre ? Une couverture ? 

 

       — Léon, nous devons y aller, répliqua son collègue.

 

       Le brun se tourna alors vers le jeune Owen et il lui lança :

 

       — Owen, je te raccompagne à ta famille d’accueil.

 

       — Je n’ai pas envie d’y retourner. Ils sont chiants comme pas possible. 

 

       Bien qu’il disait cela, il rejoignit les deux hommes. Il se tourna vers les deux autres adolescents. 

 

       — Soigne-toi bien Blackwood. Et à une prochaine. 

 

       Il sortit avec les deux hommes en trainant les pieds. 

 

       — Tu ne pourrais pas marcher un peu plus vite, râla le brun. 

 

       — Vous êtes chiant ma parole ! Je fais ce que je veux, d’abord.

 

       — As-tu besoin d’être pénible ? On te dépose, ce n’est pas la mer à boire.

 

       — Ça, c’est vous qui le dites.

 

       Sven se dirigeait vers la sortie. Il écoutait amusé. Son ami et l’adolescent se prenaient la tête. C’était très drôle.