Dès qu’il fut mis au courant, Erwan mit fin à sa réunion avec ses collaborateurs en la reportant au lendemain. Son esprit fut vite envahi par les images d’il y a six ans à peine. Aline Descamp lui avait conseillé de parler avec ses fils. Mais, Erwan n’y arrivait pas. Il ne voulait pas montrer sa faiblesse devant ses fils.

 

       Dès qu’il fut arrivé, il fonça vers l’infirmerie. Il s’arrêta net devant la porte. Il observa la scène. Manu Grandier examinait son neveu de la tête au pied. Michio se trouvait juste à côté d’une jeune fille blonde. Il riait de la scène.

 

       — Bordel, oncle Manu ! Arrête de me toucher, tu n’es pas autorisé, petit pervers !

 

       — Arrête avec tes sous-entendus, Rafael. Je veux juste savoir si tu n’es pas blessé. Tu es le genre à le cacher. 

 

       Rafael finit par réussir à pousser son oncle. Il se cacha derrière son petit ami. Il en profita pour l’entourer de ses bras et de se mouler contre lui. Il cracha ensuite :

 

       — J’ai dit pas touche. Seul Michio a le droit.

 

       Manu observa son neveu avec lassitude. Qui aurait cru que le gamin rencontrait quelques mois plutôt serait devenu aussi agaçant ? Mince, ne pouvait-il pas comprendre qu’il s’inquiétait pour lui ? Il soupira. C’est à ce moment qu’Erwan décida de pénétrer dans la pièce. Michio se tourna vers l’arrivant. Il leva les yeux au ciel. Son père avait dû encore se faire des films. Avant même que celui-ci ne dise quoi que ce soit, le gamin lança :

 

       — Papa ? Pourquoi es-tu venu ? Nous allons très bien. 

 

       — C’est normal que je sois ici, Michio. Il y a eu un incident, les parents doivent être mis au courant.

 

       — Mouais, je te préviens de suite. Ne commence pas à me fatiguer avec la prudence et tout le tra la la qui va avec !

 

       Erwan pinça les lèvres. Son fils n’avait jamais eu sa langue dans la poche, ne de délicatesse non plus. Il soupira un bon coup. Il avait un peu raison. Il ne pouvait pas les dorloter, mais ce n’était vraiment pas facile de les lâcher dans la nature. 

 

       — Je ne le ferais pas. Promis. Mais, pour le moment, nous allons juste rentrer à la maison. D’accord ?

 

       — Les cours ne sont pas finis.

 

       — Michio ? Arrête de répondre et obéi pour une fois. 

 

       Le garçon fronça les sourcils. Il s’énervait. Rafael chuchota à l’oreille de son petit ami.

 

       — Rentre, mon petit diablotin. On se voit demain.

 

       Michio aurait préféré désobéir, mais il céda à l’avis de son Raffy. Avec regret, il quitta les bras de son petit ami pour rejoindre son père. Il salua la jeune Luna. Manu regarda le père et le fils sortir avant de se tourner vers son neveu. 

 

       — On rentre également. On déposera Luna en chemin. 

 

       — Non, je retourne en cours, oncle Manu. Contrairement à Michio, je suis encore en retard dans mes études. Je ne peux pas me permettre de perdre encore une heure.

 

       — Pareille, ajouta Luna. Nous ne sommes pas des surdoués alors nous devons travailler beaucoup plus. Mais, je vous remercie.

 

       Manu secoua la tête, exaspéré. Depuis quand les études étaient-elles devenues prioritaires pour son neveu ? Il lui en fit la remarque. 

 

       — Depuis que je connais Michio et Nael. Je ne veux pas être un boulet avec eux. Je ne veux pas me sentir inférieur, minable. 

 

       — Mais, tu n’en es pas un, Rafael. Crois-moi.

 

       — Ah bon ? Parce que toi-même, tu ne rabaisses pas face à Ashula, peut-être ? 

 

       Manu ne sut plus quoi répondre. Son neveu avait parfaitement raison. Il avait tendance à toujours peur de perdre Ashula. Il avait peur que celui-ci finisse par le trouver ennuyeux et stupide.

 

       Tout le long du trajet, les fils n’adressèrent pas une seule parole à leur père. Ils lui en voulaient. Les fils comprenaient la peur de perdre un être aimé, mais leur père n’avait pas le droit de régenter leur vie. Ils avaient déjà accepté de porter les bracelets émetteurs ainsi qu’une puce électronique derrière l’oreille. 

 

       Cette dernière, seuls les membres de la famille connaissaient l’existence afin d’éviter les fuites. Les bracelets s’étaient transformés en bagues que les garçons portaient leur majeur droit. À peine, la voiture fut stoppée que les deux garçons sortirent toujours sans un mot. Ils entrèrent avec fracas. 

 

       Renko se trouvait dans la cuisine comme à son accoutumée. Il faisait des crêpes pour les affamer. Il comptait son homme dans l’équation évidemment. Les deux garçons s’installèrent à table. Michio étala ses bras et il posa sa tête dessus. Il soupira. Nael avait la tête tenue par la main, le coude posé sur la table.

 

       Le vieil homme aperçut l’ombre de son beau-fils passer. Il entendit la porte du bureau se fermer avec violence. Il grimaça. Il observa les deux fripouilles les rendant responsables de l’état d’Erwan. 

 

       — On n’a rien fait, papy Renko. Répliqua Nael. Il s’est mis lui-même dans cet état. 

 

       Carlin arriva à ce moment-là. Il rejoignit son homme où il s’installa sur une cuisse. Michio l’observait en silence. Il sourit. Il se souvenait qu’il lui avait un jour demandé pourquoi il s’asseyait sur les jambes de papy Renko. Maintenant, il comprenait. Il soupira. Il avait envie de voir Raffy. 

 

       — Si tu nous racontais plutôt ce qu’il s’est passé en premier. Nous pourrions mieux comprendre, demanda Renko. 

 

       Carlin tendit une main et il ébouriffa la tête de son petit diable. Michio redressa la tête. Il sourit à son grand-père. Il laissa le soin à Nael de raconter les évènements. Les deux hommes l’écoutèrent en silence. Carlin secoua la tête. Erwan avait agi un peu rudement, mais c’était compréhensible. Il aurait agi pareil. 

 

       — Savez-vous si la brique est tombée par accident ou était-ce volontaire ?

 

       Les deux frères se jetèrent un coup d’œil. 

 

       — Je dirais volontaire, lança Nael. Ce ne peut pas être un simple accident. La brique était rouge. L’immeuble est marron. C’est louche. 

 

       — Alors, vous devez comprendre la situation. Quelqu’un a essayé de vous blesser.

 

       — Arrêtez de penser que les gens veulent automatiquement nuire aux enfants Oda-Miori. Nael n’était pas avec moi, c’était Rafael. Personne ne peut dire qui était visé. Ce pourrait être contre moi, contre Rafael ou juste que c’est tombé sur nous. 

 

       — Renko, je suis d’avis de Michio. Pourquoi penses-tu que Rafael pourrait être visé ? Son père est en prison.

 

       Michio haussa les épaules.

 

       — Bah ! Nous ne connaissons pas sa vie d’avant. Et je sais depuis peu qu’il y a des zones d’ombres dont il ne s’en souvient pas puisqu’il a été drogué. 

 

       — C’est-à-dire ?

 

       Michio dut se rendre compte d’avoir trop parlé. Il secoua la tête. 

 

       — Non, je ne dirais rien. Il me l’a dit en secret. Même Manu n’est pas au courant, je crois. Je… Je vais aller peindre. Ça me fera bien.

 

       Le garçon s’éclipsa sans demander son reste. Les grands-parents se tournèrent vers Nael. Celui-ci fit un geste négatif.

 

       — Je ne sais pas de quoi il parle.

 

       — C’est étrange. Depuis que vous êtes enfant, vous vous dites tout. 

 

       — Je sais papy Carlin. Je sais qu’il me cache quelque chose en rapport avec Rafael. Je pense que c’est très personnel alors il hésite. Et puis, vous vous trompez. C’est moi qui ne lui cache rien, Michio lui ne me dit presque jamais rien. Je devine, c’est tout.

 

       Luce se trouvait dans le bureau quand son homme arriva en claquant la porte. Il ne l’avait pas vu. Il s’était assis derrière le bureau et il avait posé sa tête entre ses mains. Luce assit dans le fauteuil dans le coin près d’une petite bibliothèque, l’avait observé un long moment en silence. Il posa son cahier bleu sur la petite table à côté avant de se lever. Il se dirigea vers son homme. 

 

       Il posa une main sur la tête brune. Celui-ci la leva. En apercevant son ange, il se tourna vers lui pour l’enserrer de ses bras. Il posa sa tête contre le ventre de Luce. Celui-ci caressa sa tête.

 

       — Que se passet-il ? Pourquoi les garçons, sont-ils déjà rentrés ? 

 

       D’une voix un peu rauque, Erwan lui raconta ce qu’il savait. La main de Luce se crispa un peu avant de reprendre sa caresse de façon normale. Il soupira. Il se recula pour se baisser au niveau d’Erwan. Il posa ses mains de chaque côté du visage aimé. Il déposa ensuite un baiser tendre sur les lèvres.  

 

       — Erwan, je peux comprendre que tu es peur. Mais, il faut arrêter. Tu vas finir par te faire du mal. Michio est en pleine forme. Nael devient un vrai petit mec génial. 

 

       — Oui, je sais. Mais, je n’arrête pas de me dire qu’il aurait pu être blessé.

 

       — C’est la vie, Erwan. Elle aime nous donner des frayeurs, des peurs bleues. Elle aime nous mettre à l’épreuve. Mais, tu ne peux pas l’empêcher de faire ce qu’elle veut malheureusement. Nael et Michio sont grands maintenant. Ils savent se défendre. Ils sont intelligents. 

 

       — S’ils sont si grands comme tu dis, peux-tu me dire pourquoi Michio s’est battu la veille ? 

 

       — Mais enfin Erwan, j’y suis pour rien si tu as déteins sur lui. Ton fils est aussi impulsif que toi. Tu es le genre à cogner avant de poser des questions. Et puis, c’est normal de vouloir aider son ami.

 

       Erwan soupira. La fatigue le rattrapait. Luce déposa un autre baiser sur les lèvres. 

 

       — Pourquoi ne prendrais-tu pas quelques jours de repos ? Cela te ferait du bien, Wan. 

 

       Erwan sourit. Cela faisait longtemps que son homme ne l’avait pas appelé par son surnom. C’était toujours aussi agréable. Il força Luce à se relever et il l’assit sur ses genoux. Luce se moula contre lui, enfouissant sa tête contre son cou. 

 

       — Je ne peux pas pour le moment, mais je te promets de prendre quelques jours.

 

       Nael s’échappa pour rejoindre sa chambre. Il sauta sur son lit. Il prit son téléphone pour envoyer un message à Dan. Mais, il le balança à travers la pièce en râlant. Il enfouit son visage contre l’oreiller avant de rire. Pourquoi se mettre en colère contre son téléphone ? Il n’était pas responsable de l’étourderie de son maitre. 

 

       Nael se leva pour le chercher. Il se baissa pour attraper son portable qui avait glissé sous la commode. Au lieu de sortir son téléphone, il en ressortit deux. Il se mit à rire. Voilà où se trouvait le portable de son frère. Comment avait-il pu se retrouver ici ? 

 

       En réfléchissant, ce devait être grâce à Naru. Le chat de son frère aimait bien piquer les affaires d’autrui. Ce chat était une vraie calamité. La dernière fois, il avait piqué le cahier bleu de papa Luce. Une vraie galère pour le retrouver ce maudit cahier ! 

 

       Michio avait eu le droit à un véritable sermon de papa Luce. Son frère en avait eu tellement marre que pour faire taire son père. Il l’avait embrassé en pleine bouche. Luce avait tellement été choqué qu’il n’avait plus parlé de toute la journée. Papa Erwan avait eu bien du mal à remettre son homme de son choc. 

 

       Contrairement à son portable, celui de Michio avait encore de la batterie. Ni une ni deux, Nael téléphona à Dan directement. Son frère apprendra à faire attention à ses affaires. Maintenant que tout était clair avec Dan, il lui manquait beaucoup trop. Il avait envie d’être tout le temps à ses côtés. Il avait encore peur de le perdre.

 

       Dès qu’il entendit sa voix, un frisson parcourut le corps de Nael. Il aimait ce garçon. Il ne savait pas pourquoi, mais c’était ainsi. Il ne se posait pas de question. Il avait toujours su que ce serait lui et pas un autre. 

 

       Michio avait pris une grande toile. Il avait pris la précaution de se changer. Il n’avait pas envie de se prendre à nouveau la tête avec son père Erwan pour des vêtements. Il portait un vieux pantalon court taché de peinture et d’un sweat noir. 

 

       Avant de commencer, il alluma le lecteur de CD. Une musique aux impulsions émotionnelles se fit bientôt entendre. Le garçon aimait peindre avec de la musique souvent new-âge ou un genre orchestral fantastique, médiéval ou relaxant.

 

       Elle lui permettait de s’évader. Il ne faisait plus qu’un ainsi avec la musique. Il déposait ensuite son émotion du moment sur la toile. Parfois, il peignait une toile réaliste et parfois irréaliste. Tout dépendait de son humeur, de son envie. 

 

       Il lui arrivait aussi de vouloir tester autre chose. Il avait demandé à Maqui Osborne de lui montrer l’art de la sculpture. Il avait bien aimé. Il lui arrivait de s’y mettre de temps en temps. Il songea d’ailleurs à créer un bateau pirate et l’offrir à Rafael. Ce serait un très bon cadeau pour Noel. Il ne sera pas évident à faire, mais il aimait bien les défis. Et puis, il voulait voir la réaction de son petit ami. Serait-il content ? Où sera-t-il déçu ? 

 

       Il s’arrêta un instant indécis. Michio trempa son pinceau dans le petit pot de peinture rouille. Il s’en servit. Il ne savait même pas ce qu’il peignait pour l’instant. Il s’en fichait d’ailleurs. Il le verrait quand il aurait fini. C’était toujours ainsi. Combien de temps resta-t-il à peindre ainsi ? Il ne saurait le dire. Il se fichait de l’heure quand la peinture prenait le dessus sur tout. Il avait juste envie de finir son tableau. 

 

       Quand enfin, il s’arrêta. Il se sentit démuni. Il ressentait de la satisfaction, mais aussi de la fatigue. Ses émotions s’étaient calmées. Il se retrouvait de nouveau serein. Il posa son pinceau. Il se recula un peu pour regarder son tableau. Il esquissa un sourire. Il aurait dû se douter dès qu’il avait pris la couleur rouille. 

 

       Après tout, il avait pensé à un bateau pirate. Alors évidemment, il avait peint un bateau fendant fièrement la mer avec son capitaine à la chevelure flamboyante à la barre. Il se gratta la tête. Il ne pourrait jamais nier qu’une certaine personne l’obsédait à ce point. Il se tourna. Il sursauta en apercevant son grand-père Carlin et son père Luce assis sur le canapé. Carlin l’observait amuser. Alors que Luce, les pieds sur le canapé, s’aidait de ses jambes pour écrire dans son cahier. 

 

       Michio sourit à son tour. Il se dirigea vers eux. Il se laissa tomber entre les deux hommes. Son père grogna, car il l’avait bougé. Michio leva les yeux au ciel. Par habitude, il piqua le cahier. Luce râla comme un beau diable. Son fils n’en avait cure. Il se mit à lire le début. Carlin riait. Pourtant, Luce ne chercha pas à récupérer son cahier. Si auparavant seul Erwan et son père avaient la permission de lire, il laissait ses fils le faire également. 

 

       Parfois, les garçons lui donnaient de très bons conseils. Il avait déjà écrit une histoire avec chacun d’eux. Il aimerait bien recommencer avec les deux à la fois. Il espérait que ceux-ci acceptent. 

 

       — Une intrigue ? Ce n’est pas vraiment ton point fort, papa. 

 

       — Oui, je sais. Mais, cette histoire me hante, alors je tente. 

 

       Carlin attrapa son petit-fils pour le serrer contre lui. Michio s’installa un peu mieux. Il ne le dira pas à Nael. Il serait capable d’être jaloux. Le garçon esquissa un sourire en observant son père. Il avait compris. 

 

       — Tu aimerais que je te donne un coup de main avec l’aide de Nael. Pas vrai, papa ?

 

       Luce soupira. Il aurait dû savoir. Il ne pouvait rien leur cacher. 

 

       — Oui, si vous le voulez bien, évidemment. 

 

       — Aucun problème. J’adore travailler avec toi. Nael sera d’accord aussi. 

 

       — Comment peux-tu le savoir ? demanda Carlin. 

 

       — Mais enfin, papy. Nael est mon frère. Je le sais, c’est tout. 

 

       Carlin émit un petit rire. Il jeta un coup d’œil à la peinture. Il s’exclama :

 

       — Il est sublime ton tableau. Pensais-tu à quelqu’un en particulier ?

 

       Pour la première fois, Luce vit les joues de son fils virer au rouge. Il sourit, amusé. Eh bien, qui aurait cru que ce jeune rouquin parviendrait à dompter son fils ? Intéressant.

 

       — Alors, est-ce sérieux avec ce jeune homme, Michio ? Où est-ce ton passe-temps actuel ? 

 

       Michio se tortilla légèrement. Il n’était pas mal à l’aise. Il n’avait pas pensé qu’on pourrait croire qu’il jouait avec Rafael. Mais, il est vrai qu’il n’avait jamais été très sérieux en amour. 

 

       — Je ne joue pas, papa. Ce serait vraiment cruel si c’était le cas. Rafael a déjà trop subi en seize ans. Et que voulez-vous savoir de plus ? Si j’ai déjà couché avec lui ? Non, je ne l’ai pas encore fait.

 

       Carlin se mit franchement à rire quand il vit les joues rouges de son fils. Michio les vit aussi. 

 

       — Mais enfin papa ! Tu es hallucinant. Rougir à ton âge.

 

       — Oui, désolé d’être pudique. Je ne t’ai pas demandé de parler de ta vie sexuelle.

 

       — Hein ? Mais, ça m’intéresse, moi ! s’exclama Carlin.

 

       — Ça, je m’en serais douté, papa.

 

       Michio sourit. Puis, il reprit son sérieux. Peut-être devrait-il demander de l’aide à son grand-père ? Après tout, même s’il avait joué le gars sûr de lui, il avait un peu peur de ne pas être à la hauteur. Il soupira. 

 

       Carlin et Luce posèrent leurs yeux sur le garçon, pensif. Carlin fronça les sourcils, puis il demanda, intrigué. 

 

       — Michio ? Tout à l’heure, tu nous as dit avoir appris un secret sur Rafael. Ne veux-tu toujours pas nous le dire ? Nous ferons comme si nous ne savons rien. Je te le promets. 

 

       — Moi aussi, je te le promets, rajouta Luce. 

 

       Finalement, il avait envie de savoir même si cela le gênait toujours. Michio ferma un instant les yeux. Il hésitait, mais il faisait confiance à sa famille. Alors, il raconta ce que lui avait raconté Rafael. 

 

       — Quand il a eu dix ans, Rafael a été drogué par son père. Son corps a été vendu à des femmes. Le calvaire a duré deux ans. 

 

       Luce ferma les yeux, horrifié de l’ignominie de cet homme. Carlin serra les dents. Il serra un peu plus la taille de son petit-fils. Il ne pouvait pas imaginer le calvaire de Rafael. Comment ce garçon avait-il réussi à rester normal après tout ce qu’il avait dû endurer ? Luce songea à son ami Sawako. Celui-ci avait eu une enfance un peu similaire. 

 

       Luce se tourna vers le tableau de son fils. Il comprit. Il regarda son fils différemment. Son fils avait bien saisi le caractère de son petit ami. Rafael avait les nerfs d’acier comme le capitaine de son bateau qui tenait tête à cette mer déchainée. Celle-ci voulait le faire céder, mais il lui tenait tête tout en la défiant de continuer.

 

       — Et quel est le problème ? demanda Carlin. 

 

       — Il m’a dit qu’à cause de la drogue, son corps ne réagit plus par lui-même. 

 

       Luce écoutait sans comprendre au début. Dès qu’il saisit, les rougeurs revinrent en force. Carlin et son fils se moquèrent à nouveau de lui. Il n’y pouvait rien.

 

       — Papy ? Qu’est-ce que je dois faire ? Je suis bien avec Rafael. Je peux être moi-même et j’agis différemment avec lui. Je n’ai jamais autant rougi de ma courte vie et il lui suffit de me dire un truc et je deviens aussi rouge que papa Luce.

 

       — Que veux-tu que je te dise, Michio ? Prends ton temps. Ca viendra tout seul et naturellement. Si tu te poses des questions, c’est que tu n’es pas encore prêt à passer à l’acte.

 

       — Et si je lui fais mal ?

 

       — Il te le dira, Michio. Pour que ça fonctionne, il faut que vous ayez confiance entre vous.

 

       Un coup à la porte retentit. La voix de Nael se fit entendre. Le repas était prêt. Luce se leva rapidement pour se diriger vers la porte. Carlin et Michio se levèrent plus calmement. Ils riaient. Et, un fou rire les prit quand ils entendirent Erwan demander à Luce pourquoi il avait les joues rouges. 

 

       Le repas se fit dans la bonne humeur. Michio et Carlin s’amusèrent à lancer des sous-entendus à Luce. Celui-ci les maudit. Ces joues n’arrivaient plus à reprendre une couleur normale à cause d’eux. Nael discutait avec son père Erwan et les autres membres de la famille. Akira tenta d’aider Luce, mais mal lui en a pris, car les deux diables de la maison changèrent juste de cible. Il n’eut aucune aide de son homme. 

 

       À la fin, les garçons s’échappèrent. La corvée de débarrasser la table, ils la laissèrent aux autres. Michio sauta sur le lit de son frère. Il y aperçut son portable. Il l’attrapa. Il jeta un coup d’œil, puis il s’exclama :

 

       — Tu as passé presque deux heures au téléphone avec Dan. Eh bien, tu en avais des choses à dire.

 

       Il s’aperçut  les textos, également. Il se mit à les lire. Nael sauta sur son frère. Ils bataillèrent un long moment. Nael n’arriva pas à récupérer le téléphone. Michio riait. Il se mit sur le dos. Michio s’allongea à son tour contre son frère. Il déposa le portable sur le ventre de Nael. Il se mit à bâiller.

 

       — J’ai parlé avec papa Luce et papy Carlin. C’était cool. 

 

       — Tu te sens mieux, on dirait. 

 

       — Ouais. Ça a l’air de fonctionner avec Dan.

 

       — Oui, c’est comme s’il n’y avait rien eu. Comme si l’histoire avec Lydia n’avait jamais eu lieu. Maintenant, j’ai juste la frousse qu’il me refait le coup de la peur panique. 

 

       Michio se mit sur le ventre. Il répliqua :

 

       — Fais en sorte que cela n’arrive pas. Passe à la seconde vitesse ou à la troisième. Mais, je t’en prie Nael, remue-toi cette fois-ci !