Le soir arrivant, Nael téléphona à son père Erwan pour avoir l’autorisation de rester dormir chez Dan. Il dut le supplier pendant une bonne demi-heure pour enfin avoir sa bénédiction. Le pire dans l’histoire, Nael était certain que son père l’avait fait exprès. Il pouvait être pénible quand il le voulait bien.

 

       Pour ça, il ressemblait bien à Michio. Son frère, d’ailleurs, l’avait appelé avec le portable de Rafael, évidemment. Aux dernières nouvelles, il ne se souvenait plus où il avait mis le sien. Il pouvait donner la main à leur grand-père Carlin. Celui-ci avait la manie de perdre ou de casser les téléphones. 

 

       Nael raconta à son frère les dernières nouvelles. Michio faillit le rendre sourd en hurlant de joie en apprenant la défaite de Lydia. Ensuite, il eut le droit à un véritable sermon comme quoi il devra arrêter de jouer à l’idiot et de prendre soin de Dan désormais.

 

       Ce soir-là, Nael et Dan purent se parler à cœur ouvert sans être dérangés. Dan lui raconta qu’il avait eu des nouvelles de sa mère dernièrement. Elle vivait dans une petite ville en pleine campagne japonaise. Elle avait rencontré quelqu’un avec qui elle s’entendait bien. Grâce à cette personne, elle avait compris ses erreurs. Elle s’excusait donc pour le mal qu’elle avait pu commettre avec lui ou son père.

 

       — Je ne sais pas comment agir. Dois-je lui pardonner ? 

 

       Les deux garçons se trouvaient toujours dans la chambre. Ils avaient dîné juste un peu avant. Dan s’était blotti dans les bras de Nael. Celui-ci jouait avec une mèche de cheveux noirs. 

 

       — C’est à toi de voir, Dan. Tu es assez grand pour décider. Ton père a déjà fait la paix avec ta mère, si j’ai bien compris. 

 

       — Oui, ils se parlent par téléphone une fois par mois. Et puis, je sais bien que papa fréquente Cheryl.

 

       — Ah ? Quand est-elle rentrée du Canada ? 

 

       — Il y a six mois déjà. Mais, elle ne côtoyait presque personne. Elle a perdu une personne chère à son cœur, là-bas. Je crois que Sasha a joué les entremetteurs contre l’avis de Xavier. 

 

       Nael émit un petit rire. 

 

       — Quand Sasha veut, il l’obtient toujours. Donc ça a dû marcher.

 

       — Oh oui. Xavier a oublié que sa sœur avait vieilli entre temps. 

 

       — Dan ? Il y a une chose qui me turlupine. 

 

       Dan remua un peu. Il se redressa. Nael fut un peu déçu de perdre sa chaleur. Dan se passa une main dans les cheveux. Il expliqua :

 

       — Je sais ce qui te turlupine. Sawako, n’est-ce pas ? Je me suis disputé avec lui. Je lui dis de me laisser tranquille et qu’il n’avait pas à se mêler de ma vie. Je n’ai pas été très gentil. Depuis, il ne m’a plus adressé la parole. 

 

       Dan eut un petit sourire triste. 

 

       — J’espère qu’il me pardonnera.

 

       Nael posa ses mains sur les joues de son ami. Il se rapprocha pour déposer un baiser sur le front. Dan ferma les yeux. 

 

       — Je suis sûr qu’il doit s’en vouloir aussi. Et comme vous êtes têtu, aucun de vous n’a fait le premier pas. 

 

       Dan émit un petit rire. 

 

       — Que veux-tu ? Nous aimons nous compliquer la vie. Mais, je compte bien me racheter. 

 

 

       Le lendemain, au lycée, Dan s’aperçut vite que quelque chose clochait. Aucun élève de sa classe ne lui répondit quand il les salua. C’était limite s’ils ne lui tournaient pas le dos. Enfin, il ne fallait pas compter dans le lot Dorian et Rafael. 

 

       Ceux-là agirent comme à leur habitude sans s’occuper de ce qui se passait autour d’eux. Ils vinrent à sa table discuter. Dan put ainsi s’excuser directement auprès de Rafael. Celui-ci haussa les épaules, un peu gênées. 

 

       Par contre, il remarqua le manège des autres élèves envers Dan. Il n’avait pas besoin de chercher la coupable. Lydia avait dû s’amuser à lancer de fausse rumeur sur son ex-petit ami. Et étant donné, le petit sourire qu’elle affichait, il ne se trompait pas. Comment ces abrutis pouvaient-ils croire à ces mensonges ? 

 

       Quand l’heure de la première pause sonna, Rafael se leva comme pour rejoindre Dorian et Dan. En passant devant la table où se trouvait Lydia, il laissa échapper. 

 

       — Continue à faire ta chieuse et le retour de bâton risque de te faire très très mal.

 

       — Ce n’est pas beau de menacer.

 

       — Mais, très chère, je ne te menace pas par contre je pourrai éventuellement laissé trainé certaines photos…

 

       — Va en Enfer, Rafael ! cracha-t-elle entre ses dents.

 

       La cour reprit quelques instants plus tard en compagnie de Ludimy Amory, leur professeur de mathématique. Rafael se demanda si son professeur n’aurait pas un lien de parenté avec leur directeur. 

 

       Quand l’heure du déjeuner sonna, Rafael rejoignit les deux autres garçons. Ils allaient se rendre à leur place habituelle près du peuplier quand il vit la jeune fille de la veille. Elle restait dans son coin seule. Il l’appela et il l’invita à venir manger avec eux. Surprise, Luna accepta du bout des lèvres, intimidée. 

 

       Luna se sentait toute petite auprès de ses trois garçons. Elle était d’ailleurs surprise de voir Dan Marcello avec eux. La veille, il était encore avec Lydia et sa bande. Que s’était-il passé en cour de route ? 

 

       Quand ils arrivèrent au pied du peuplier, deux autres garçons les attendaient. Elle s’aperçut être la seule fille du groupe. Le rouquin taquina aussitôt l’un des deux nouveaux. Luna le reconnut. C’était le garçon que la veille, le rouquin avait eu du mal à l’arrêter de frapper. Elle devait bien avouer qu’il lui avait fait un peu peur.

 

       Aujourd’hui, il était tout autre. Il ne restait pas en place. Il chapardait la nourriture à son frère ou à Rafael. Le rouquin ne le laissait pas faire, évidemment. Cela finissait en chamaillerie. Depuis, le début, elle les observait en silence, les jugeant. 

 

       Dorian ne disait rien lui non plus. Il parlait avec Dan de la prochaine course de relai. C’est à ce moment-là qu’elle aperçut les doigts liés de Nael et de Dan. Elle n’y comprenait plus rien. Elle sursauta quand elle sentit une personne s’asseoir près d’elle. Elle jeta un coup d’œil vers la pile électrique surnom qu’elle lui avait donné. Il se pencha légèrement vers elle et il expliqua :

 

       — Ce sont deux idiots qui ont mis du temps à se retrouver. 

 

       — Mouais et pour ça, il fallut que je me fasse cogner. N’en faites pas une habitude ! Rajouta Rafael en s’installant juste derrière Michio pour l’enserrer dans ses bras.

 

       — Ah bon ? Je croyais que tu aimais ça puisque tu les as suivis en connaissance de cause. 

 

       Michio tressaillit en sentant les lèvres de Rafael dans son cou. Il grimaça quand celui-ci lui mordit l’oreille.

 

       — Je voulais savoir si mon prince charmant serait venu à mon secours.

 

       — Baka ! grogna Michio, les joues rouges. 

 

       Rafael émit un petit rire. Qu’est-ce qu’il était mignon quand il rougissait ? 

 

       — Fait attention Rafael, tu risques de ne pas survivre à ce rythme, se moqua Nael. 

 

       — Avec autant de mignonnerie, mon cœur va finir par lâcher.

 

       Michio se débattit pour se retourner pour donner des coups de poing dans les épaules de Rafael qui riait. 

 

       — Gros débile !

 

       Rafael attrapa les poignets de Michio pour les bloquer à l’arrière. Il se pencha pour déposer un baiser sur les lèvres percées.

 

       — Profiteur !

 

       Dan observait la scène avec amusement. Il jeta un coup d’œil vers Nael. Celui-ci regardait aussi. Il avait le regard brillant. Comment avait-il pu croire qu’il y avait quelque chose entre les deux frères ? Il avait agi vraiment comme un idiot. 

 

       Les jeunes gens s’amusèrent jusqu’à la sonnerie de reprise des cours. Michio et Rafael se trouvaient devant eux. Ils se chamaillaient de nouveau gentiment. Nael restait avec Dan pour en profiter encore plus. Pourtant, quelque chose le gênait. Il ne savait pas quoi ? C’est en entendant le cri de Luna, qu’il comprit. 

 

       Luna parlait d’un livre avec Dorian quand elle leva les yeux vers le ciel en entendant un bruit. Elle poussa un cri avant de bouger rapidement vers l’avant. Elle attrapa la veste des deux garçons devant elle pour les tirer vers elle. Ils chutèrent sur les fesses. Mais, ils purent ainsi éviter une brique tombée du toit. 

 

       Michio et Rafael reprenaient leur souffle en observant la brique brisée là où ils se trouvaient quelques secondes auparavant. Nael, Dan et Dorian s’approchèrent rapidement pour voir s’il y avait un blessé. Michio et Rafael se retournèrent vers la jeune fille. La jeune fille eut les joues rouges quand les garçons la prirent dans les bras et lui donnèrent un baiser sur la joue.

 

       Dorian s’éclipsa pour prévenir le directeur de l’incident. Rafael s’éloigna assez vite de Luna. Son geste avait été spontané comme pour Michio. Mais, le contact le crispait. Il n’arrivait pas à se détendre. Michio se moula dans ses bras. Aussitôt, il se sentit bien mieux.

 

       Luna et Nael continuaient à regarder autour d’eux. Dan observa le bâtiment. Il finit par dire :

 

       — Comment cette brique a pu tomber ? 

 

       — Elle était peut-être usée. Nous verrons bien avec le directeur. 

 

       Celui-ci ne tarda pas. Il était accompagné de sa fille Ludimy. Il s’occupa d’abord de ses élèves. Il les envoya à l’infirmerie par précaution en compagnie de sa fille. Il ordonna aux autres de regagner leur classe. Quand il fut enfin seul, il leva les yeux vers le bâtiment. Que s’était-il passé ? 

 

       Il sortit son portable pour appeler une certaine personne. Ensuite, il se dirigea vers son bureau. Il attrapa un trousseau de clés avant de rejoindre l’infirmerie. Il n’y entra pas. Il écouta juste un instant. Les deux garçons discutaient avec la jeune Luna Hardy. Rassuré, il se rendit vers le couloir menant au toit. 

 

       Il vérifia. La porte était bel et bien fermée. Il soupira. Ce faisait-il des idées ? Pourtant, il était certain que ce genre d’accident n’aurait pas dû avoir lieu. Il ouvrit la porte. Celle-ci grinça en s’ouvrant. Il monta. 

 

       Là, il se retrouva devant une autre porte. Bizarrement, celle-ci se trouvait ouverte. Cody plissa les yeux. Il avança sur le toit. Il regarda autour de lui. Mais, il ne vit personne. Il se dirigea vers l’endroit où l’accident s’était produit.

 

       Luka arrêta sa voiture devant le lycée. Il jeta un coup d’œil à son compagnon. Celui-ci boudait. Luka leva les yeux au ciel. Quel idiot ! Monsieur boudait parce que le téléphone avait interrompu leur tête-à-tête. 

 

       Les deux hommes se dirigèrent vers l’endroit indiqué. Ils se perdirent un peu. Heureusement, ils croisèrent Ethan Da Costa. Celui-ci leur indiqua ou se trouvait l’endroit voulu. Cody les attendait sur le toit. 

 

       — Alors Cody, que se passe-t-il ? 

 

       — Deux élèves ont failli avoir un grave accident. Une brique est tombée de ce toit.

 

       Nathaniel s’approcha du vide. Il aperçut les éclats. Il fronça les sourcils. Quelque chose clochait. Il regarda le bord. Il ne manquait aucun morceau. Et de toute façon, la brique jetée était rouge alors que le bâtiment était dans les tons marron.

 

       — Ce n’est clairement pas un accident. Tu devrais prévenir la police.

 

       — Merde ! J’aurais préféré éviter. 

 

       Luka se tourna vers Cody. C’était surprenant de sa part. Il plissa les yeux. 

 

       — Les élèves ? C’était qui Cody ? 

 

       Cody passa une main dans ses cheveux blonds. 

 

       — Michio et Rafael.

 

       Nathaniel et Luka se regardèrent fatalistes. Pourquoi eux ?

 

       — Mazette ! Erwan ne va pas s’en remettre s’il l’apprend.

 

       — Luka, il n’y a pas que lui. Tu oublies Manu. Ce n’est pas vrai, mais ils ont la poisse, ces gosses.

 

       — Je suppose que je n’ai pas le choix. Je vais les appeler. Le pire, c’est de ne pas savoir si c’était réellement eux qui étaient visée ou juste être au mauvais endroit au mauvais moment.

 

       — Ont-ils été blessés ? demanda Luka. 

 

       — Non, ils ont été sauvés grâce à une amie. 

 

       — Une ? Depuis quand il y a une fille avec eux ? 

 

       — Depuis hier. Ah oui, vous n’êtes pas au courant. La veille, Rafael a été boxé par quatre jeunes. Ils ont été renvoyés. 

 

       — Décidément, ce gosse les attire, les ennuis. S’exclama Nathaniel. 

 

       Les trois hommes redescendirent. Cody referma les deux portes à clé. Ils rejoignirent le bureau du directeur. Luka se laissa tomber sur un fauteuil. Nathaniel préféra rester debout. Cody inspira avant de prendre le téléphone pour joindre la police, enfin surtout l’inspecteur Grandier. Ensuite, pour éviter les maux de tête gratuits, il préféra joindre Erwan Miori en personne.