Rafael se demanda bien ce qui lui avait pris de les suivre. Il savait très bien qu’il allait recevoir une punition pour avoir manqué de respect envers la jeune demoiselle Morin. Apparemment, il était malvenu de lui refuser les avances. 

 

       Le groupe se trouvait à l’arrière du gymnase. Deux dernières années le maintenaient de chaque côté pendant que le troisième lui donnait sa punition. Un coup de poing lui coupa légèrement la respiration.

 

       Aucun son ne sortit de sa bouche. Son silence les énervait. Pourquoi devrait-il leur faire plaisir ? Les coups n’avaient rien à voir avec ceux reçus par son père. En plus, Rafael ne s’était pas laissé attraper facilement. Il avait réussi à les amocher et le quatrième protagoniste se trouvait allongé sur le sol, les mains sur le ventre. Il avait également le nez en sang. 

 

       Le troisième s’apprêtait à cogner à nouveau quand un cri de rage se fit entendre. Un corps lui tomba dessus avec force. Ceux qui tenaient Rafael le lâchèrent pour se défendre contre un deuxième intervenant. Rafael ne perdit pas le temps à regarder autour de lui. Il se retourna vers un de ses agresseurs pour lui donner un coup de poing en pleine face. 

 

       Dorian arriva auprès de lui voir si tout allait bien. Rafael jeta alors un rapide coup d’œil autour de lui. Il vit alors Michio malmener son agresseur. Le rouquin fonça vers son petit ami pour l’entourer de ses bras et l’éloigner. Michio se débattait en colère. 

 

       Nael s’approcha également de son frère pour aider à le calmer, mais Michio ne l’écoutait pas. Il était aveuglé par sa rage. Au même moment, Manu et son collègue arrivèrent en compagnie du directeur du lycée. Nael se passa une main dans les cheveux, las. 

 

       Il laissa Michio entre les mains de Rafael. Il expliqua la situation aux trois adultes. Rafael serra ses bras plus fort. Même si Michio ne semblait pas très fort, c’était juste un leurre. Rafael chuchota à l’oreille de son ami.

 

       — Calme-toi, Michio. C’est fini. 

 

       Michio s’arrêta net. Ses jambes le lâchèrent. Rafael s’agenouilla près de lui. Michio n’osait pas lever les yeux. Il venait de montrer un de ses mauvais côtés. Rafael repoussa une mèche noire gênante sur la joue du garçon. 

 

       — Je vais tenter d’éviter de te mettre en colère à l’avenir. 

 

       Michio se recroquevilla un peu plus. Rafael secoua la tête. Il déposa un baiser sur son front. 

 

       — Merci d’être venu me secourir. 

 

       Michio releva la tête. 

 

       — Raffy ? Je peux être violent. Je peux perdre mon humanité. Ça ne te fait pas peur ?

 

       — Aux dernières nouvelles, tu n’as tué personne. Michio, je n’ai pas peur. Tu n’as rien fait de mal.

 

       Une voix reconnaissable fit sursauter Rafael. Il se mordit la lèvre. 

 

       — Je pourrai savoir ce qui s’est passé, Rafael ?

 

       Le rouquin inspira un bon coup avant de faire face à son oncle. 

 

       — Désolé, oncle Manu. Je…

 

       — Oh ! C’est bon, Manu. Tu ne vas pas en faire toute une histoire. 

 

       — Michio, ce n’est pas à toi que je parle. J’attends une explication, Rafael.

 

       Rafael soupira un bon coup. Quand il leva les yeux vers son oncle. Manu remarqua un changement dans son attitude. Une colère brillait dans les yeux bleu foncé. 

 

       — Pourquoi devrais-je m’expliquer ? Il semble que tu aies décidé que je sois le coupable.

 

       Manu se gratta la tête. La voix de son collègue se fit entendre. 

 

       — Manu ? Arrête de parler comme au travail. Rafael, c’est ça ? Je suis Arthur Hardy. Ton oncle ne t’accuse pas. Il veut juste que tu lui expliques ce qu’il s’est passé.

 

       Le garçon garda le silence un moment. Michio noua ses doigts aux siens. Il soupira. 

 

       — Ils m’ont demandé de les suivre pour discuter d’un problème. Je ne sais pas pourquoi je les ai suivis. Je savais bien ce que ces abrutis voulaient faire. Je dois être maso.

 

       — De quel problème voulait-il vous parler, monsieur Blackwood ? 

 

       — Cody ? Tu ne vas pas t’y mettre aussi, râla Michio.

 

       — Cody ? Ne me dis pas que vous connaissez le directeur en personne ? 

 

       — Bah ! C’est le mari de Thalia, la sœur de Ludwig. 

 

       Rafael ouvrit en grand les yeux abasourdis. Il n’avait pas encore fini de s’étonner de cette famille. Nael et Dorian se rapprochèrent. Une petite blonde s’approcha également. Rafael la reconnut. Elle se trouvait dans sa classe. Elle prit la parole. 

 

       — À mon avis, miss Lydia n’a pas dû apprécier que tu l’aies rejeté comme une malpropre. Elle envoie toujours ses amis quand l’un de nous ne fait pas comme elle veut.

 

       — Luna ? Je peux savoir pourquoi tu ne m’as jamais raconté ce genre de détail à la maison. 

 

       — Arthur, je suis tellement insignifiante et passe-partout que je n’ai jamais de souci avec la miss « poupée vaudou ».

 

       — Poupée vaudou ? C’est un drôle de surnom. Et arrête de te dénigrer ma puce.

 

       — Nael ? Il va vraiment falloir que tu agisses. Il faut que tu éloignes Dan de cette garce. Sinon, c’est moi qui irais lui remettre les pendules à l’heure et ça risque de faire mal, répliqua Michio, en observant son frère dans les yeux. 

 

       Nael grimaça. Michio ne parlait jamais dans le vide. Cody Amory secoua la tête. Il ordonna aux quatre agresseurs de le suivre jusqu’à son bureau. Rafael fut amené à l’infirmerie du lycée. Dès qu’il y arriva, il sentit un malaise le reprendre. L’infirmière arriva quelques instants plus tard. Elle n’agit pas sur le moment en apercevant le jeune rouquin. 

 

       Celui-ci l’observait du coin de l’œil. Il ne se sentait pas rassurer. Le vertige revenait. Michio vit le visage de Rafael blanchir. Il s’exclama alors :

 

       — Ne vous inquiétez pas, mademoiselle Pérez. Je vais m’occuper à le soigner.

 

       La jeune femme, aux teints basanés, étira un sourire. Elle gardait son regard sur le rouquin. Pourquoi le fixait-elle ainsi ? 

 

       — Je te le laisse. Je vais aller chez le directeur. Il semble qu’il y ait d’autres blessés.

 

       La femme sortit. Rafael se sentit beaucoup mieux. Michio attrapa un coton et il l’imbiba de désinfectant. Il se mit en devoir de le passer sur les blessures de Rafael. Celui-ci posa ses mains sur la taille de Michio et l’amena entre ses jambes. 

 

       — Laisse-moi te soigner, idiot. Et ne va pas chouiner parce que ça pique.

 

       Michio se mordait la lèvre. Il ne voulait pas faire mal. Rafael l’observait, amusé.

 

       — Je ne suis pas en sucre, Michio. J’ai eu bien pire. 

 

       — Mouais, mais je ne veux pas que tu t’y habitues. Mon cœur lui ne le supporterait pas. 

 

       — C’est vrai ? Tu es trop mignon. 

 

       Michio rougit.

 

       — T’es pénible, Raffy !

 

       Rafael fit pencher Michio vers lui. Il lui donna un léger baiser sur les lèvres. Michio posa ses mains sur les épaules de Rafael. Les deux garçons sursautèrent quand un coup fut frappé à la porte de l’infirmerie. Dorian, en compagnie de la jeune Luna, fit son apparition.

 

       — Désolée du dérangement, s’excusa l’arrivant. 

 

       — Où est Nael, Dorian ? 

 

       — Il est parti. Il n’avait pas l’air dans son assiette.

 

       Luna ajouta :

 

       — Je l’ai entendu murmurer : « Là, ça dépasse les bornes. Il m’a vraiment mis en colère. »

 

       Michio esquissa un sourire. Ce n’était pas trop tôt. Il y a bien une chose à savoir sur son frère, c’est qu’il valait mieux ne pas le mettre en colère. Retrouvant sa bonne humeur, le garçon lia ses doigts à ceux de Rafael. Puis, il s’écria :

 

       — Et si on se faisait payer un repas par ton oncle, Raffy ?

 

       

       Nael ne se sentait vraiment pas bien. La colère grondait en lui à lui faire mal. Comment Dan ne voyait-il pas la méchanceté de cette fille ? Était-il donc si aveugle ? Où était-il d’accord avec cette violence ? Il ne lui pardonnerait jamais si par malheur, il savait. 

 

       Il arriva devant l’immeuble des Marcello. Il se retrouva alors devant Dan. Les deux garçons s’observèrent un long moment en silence. Dan bougea en premier. Comme d’habitude, il prit la fuite. Il était lâche. Il le savait. Nael parvint à empêcher les portes de l’ascenseur de se refermer. Il pénétra à l’intérieur. Il fixait Dan le regard colérique. Dan n’arrivait pas à le regarder de face. 

 

       — Tu es content de toi, Dan ?

 

       — De quoi est-ce que tu parles ? 

 

       — De quoi je parle ? Tu devrais le savoir après tout ce sont tes amis. 

 

       Dan leva enfin les yeux. Il ne comprenait pas de quoi parler Nael. Pourquoi était-il si furieux, d’abord ? 

 

       — Tu n’as pas dû aimer comment il t’avait parlé la dernière fois alors tu lui as envoyé tes nouveaux copains.

 

       — Mais, de quoi parles-tu Nael ? Qu’est-ce que j’ai fait ?

 

       — Arrête de mentir ! Tu as demandé à tes petits amis de boxer Rafael. 

 

       Dan ouvrit la bouche de surprise. Que venait-il de dire ? Il secoua la tête. 

 

       — Nael ? Je serais incapable de faire une chose pareille. 

 

       La porte de l’ascenseur s’ouvrit à nouveau. Dan poussa Nael pour passer. Il se rendait à la porte de son appartement. Il entendait des voix à l’intérieur. Il tressaillit en reconnaissant une voix. Il jeta un coup d’œil vers Nael. La poisse ! Si ces deux-là se rencontrer, ils allaient encore se disputer. 

 

       Dan fronça les sourcils. Pourquoi était-elle là d’ailleurs ? Son père devait être rentré depuis une heure déjà. Mais, il avait toujours refusé que Lydia vienne à la maison. Nael s’approcha. Il avait entendu la voix également. Il eut un sourire mauvais. 

 

       Il poussa Dan pour ouvrir la porte en grand. Le fracas fit sursauter les deux personnes dans la pièce. Mako se tourna vers l’entrée. Il aperçut son fils et Nael Oda. Il sourit. C’était parfait. La jeune fille blonde se tourna tout sourire vers son petit ami, mais elle le perdit en apercevant le bouledogue devant lui. 

 

       — Lydia ? Que viens-tu faire ici ? 

 

       — Ton père m’a demandé de passer.

       — Toi petite garce, je vais te démonter pour avoir attaqué un de mes amis, répliqua froidement Nael. 

 

       La fille recula devant le garçon en colère. Dan s’interposa. 

 

       — Ça suffit Nael. Tu ne peux pas accuser quelqu’un sans preuve. 

 

       — J’hallucine. Tu es toujours de son côté. Tu préfères croire cette putain, plutôt que ton meilleur ami ?

 

       — Tu vas trop loin, Nael. N’insulte pas Lydia.

 

       Nael eut bien du mal à garder un semblant de calme. Il avait envie de cogner. C’était horrible cette sensation. Mako finit par prendre la parole. 

 

       — Dan ? Il va falloir que tu ouvres enfin les yeux. Cela ne peut plus durer. Je t’ai laissé faire ce que tu voulais jusqu’à maintenant, mais là, ses stops ! 

 

       Dan sursauta au ton de voix de son père. Il avait la voix coupante. Il ne l’avait jamais sauf quand il était vraiment en colère. Il se tourna vers son père. Mako jeta un dossier sur la table de salon. Des photos s’en échappèrent. Dan se baissa pour en prendre quelques-unes. 

 

Sur chaque photo, il pouvait apercevoir sa petite amie en compagnie d’homme plus âgé. Les positions, la manière dont ces hommes la tenaient montrait clairement une certaine intimité entre eux. Horrifié, il se tourna vers elle. 

 

— Quand tu es arrivé, ton adorable petit ami était même en train de me faire du charme. Alors, vas-tu continuer à jouer à l’idiot, mon fils ? 

 

— As-tu joué avec moi depuis tout ce temps ?

 

Lydia se mordit la lèvre. Mince, elle ne pouvait plus nier. Son père ne lui pardonnerait pas ce faux pas. Son regard se durcit. Elle montra enfin son vrai visage. Elle s’exclama :

 

— Évidemment que tout cela est vrai. Croyais-tu vraiment que je pouvais être amoureuse d’un garçon aussi ennuyeux que toi ? J’ai juste suivi le conseil de mon père. Après tout, tu es un bon parti. Tu ne peux savoir comme je me suis amusé à détruire ton amitié avec les frères Oda.

 

Dan serra les dents. Il ne devait pas montrer à quel point ces paroles le touchaient au plus profond de son être. 

 

— Et pour Rafael ? 

 

— Ah ! Cet avorton ! Il n’a eu que ce qu’il méritait. J’ai fait le geste de m’approcher de ce bâtard et il a eu le culot de me rejeter. Cette souille-merde n’a eu que ce qu’il méritait. 

 

Lydia poussa un cri de douleur en recevant la gifle. Dan lançait des éclairs. Il avait osé la frapper. Il le regretterait amèrement. 

 

— Dégage !

 

La jeune fille prit ses jambes à son cou. Elle claqua la porte derrière elle. Dan ferma les yeux. Puis, sans un mot, il fonça vers sa chambre. Mako se laissa tomber sur le canapé, en soupirant. Il n’était pas vraiment fier d’avoir agi ainsi. 

 

Nael resta interdit un long moment dans le salon. Sa colère s’était évanouie. Les évènements s’étaient passés tellement rapidement. Il se secoua. Il se dirigea vers la chambre de Dan. Mako le regarda passer. En soupirant, il se leva. Il attrapa sa veste. Il prit ses clefs et il laissa un mot pour les garçons. Cela faisait un moment qu’il n’avait pas vu son ami Xavier. Pourquoi n’irait-il pas l’ennuyer ? 

 

Nael hésita un instant devant la porte. Il entendait les pleurs. Dan n’aimait pas pleurer devant les autres. Après avoir compté jusqu’à dix, il ouvrit la porte. Dan se trouvait assis sur son lit. Nael le rejoignit. Il s’assit à son côté en silence. 

 

— Je suis pathétique. Ce n’est pas comme si vous n’avez pas essayé de m’ouvrir les yeux. 

 

— Dan, tout le monde fait des erreurs.

 

— Ouais, mais j’en ai fait tellement. Tu es bien trop gentil, Nael. J’ai été pourri avec vous. 

 

— Oui, c’est vrai. Mais, nous sommes amis, Dan. Et les meilleurs amis pardonnent.

 

Dan secoua la tête.

 

— Comment pouvez-vous me pardonner ?

 

— Parce que nous sommes amis pour la vie. 

 

Dan leva les yeux. Il se tourna vers Nael. Celui-ci leva une main et il essuya les larmes sur les joues de son ami. 

 

— Pourquoi dis-tu « nous » ? Michio ne doit pas penser comme toi, Nael. Il doit me détester.

 

— Dan ? Michio est mon frère. Il le sera toujours. Il est ma famille. Je le connais mieux que personne. Il te pardonnera. Et s’il n’est pas présent, c’est juste qu’il est accaparé par un rouquin à la langue bien pendue.

 

Dan émit un petit rire un peu triste. 

 

— Oui, j’ai eu du mal à digérer sa réplique. Il n’avait pourtant pas tort. Je devrais m’excuser auprès de lui.

 

Les deux garçons se turent un long moment. Dan sursauta en sentant la main de Nael sur la sienne posée sur le matelas. Il baissa son regard. 

 

— Je suis tellement désolé, Nael. Je suis sorti avec Lydia pour fuir. Et je t’ai fait le plus grand mal.

 

— Je suis tout aussi fautif, Dan. Je t’ai vu paniquer quand tu as compris tes sentiments envers moi et je n’ai rien fait pour te calmer. Je n’ai pas agi comme j’aurais dû. Si j’avais trouvé les mots…

 

Dan posa un doigt devant la bouche de Nael. Celui-ci attrapa la main. Il déposa un baiser sur la paume. Dan frissonna au contact des lèvres. 

 

— Avec des « si », on pourrait refaire le monde Nael. 

 

Le silence s’installa à nouveau. Nael se passa une main dans les cheveux. 

 

— Que devons-nous faire maintenant ? 

 

— Si tu m’embrassais, ce serait peut-être un bon début.

 

Nael cligna des yeux plusieurs fois avant de comprendre la phrase de Dan. Il réagit aussitôt. Il se pencha sur son ami. Il s’empara de ses lèvres avec frénésie. Dan ouvrit la bouche pour laisser la langue envahir son espace et capturer la sienne. Il porta ses mains derrière la nuque de Nael pour accentuer le baiser.

 

Nael n’en revenait pas. Depuis combien de temps rêvait-il de ce moment ? Bien trop longtemps à son gout. Ses mains ne restaient pas en place. Elles parcouraient le corps offert à ses caresses. Il avait l’impression de rêver. Mais ce n’était pas un rêve, Dan était bel et bien dans ses bras.