La rentrée scolaire arriva bien assez vite. Elle se passa dans la bonne ambiance. Les deux frères se trouvèrent dans la même classe. Rafael se retrouva dans celle de Dan Marcello. Il y avait également la petit-amie de celui-ci. Lydia Morin était une très jolie fille d’une blondeur presque blanche et aux grands yeux bleu pâle. Elle ressemblait à un joli petit ange. 

 

       Elle était le dernier rejeton d’une famille riche dont le père travaillait dans l’immobilier. L’homme n’était pas très apprécié dans la ville, car il désirait acheter le quartier africain pour construire des immeubles à la place. La fille, contrairement à son père, semblait être très aimée dans le lycée par sa beauté irréelle. 

 

       Pour Rafael, il trouvait illogique d’apprécier une personne juste pour son extérieur. Elle n’avait rien dans la tête. Elle se montrait hautaine et cruelle avec les élèves qu’elle ne trouvait pas à son gout. Par contre, elle faisait très attention de ne pas montrer ce mauvais côté en présence de Dan. 

 

       Dès qu’il avait le dos tourné, elle ne se gênait pas le moins du monde à montrer son vrai visage. Rafael eut le droit d’ailleurs à des avances. Il les rejeta avec un certain plaisir. Il rencontra également Dorian Lepers. Ils devinrent vite amis. Il apprit plus tard qu’il était le fils d’un ami de Luce Oda. Il n’en fut pas vraiment étonné.

 

       Sa relation avec Michio était en stand-by. Rafael trouvait cela normal. Ils avaient été un peu vite et cela perturbait son jeune ami. Michio ne savait plus comment agir avec lui. A vrai dire, il se trouvait dans le même état. Il ne voulait pas que Michio perde sa spontanéité en sa présence.

 

       Michio se rendait régulièrement en salle d’art pendant les deux heures de pause déjeuner. Il laissait son frère et ses amis près du peuplier se trouvant derrière le bâtiment central. Les portes menant sur le toit avaient été condamnées. L’absence du jeune peintre se faisait sentir, mais elle permit à Rafael d’apprendre à connaitre un peu mieux Nael, ainsi que Dorian. 

 

       Dorian était un jeune homme grand, plutôt bien bâti, la peau basanée. Il aimait porter les cheveux longs, d’un noir aux reflets acajou, jusqu’aux épaules. Il avait de magnifiques yeux couleur améthyste. C’était un bel homme célibataire. Lydia avait également tenté de le séduire, il avait pris la fuite.

 

       Nael pouvait discuter de tout et de rien avec Rafael. Il en était le premier étonné. Il n’avait jamais trouvé personne à qui se confiait à part son père Erwan. Depuis leurs enfances, Nael et Michio avaient rencontré plusieurs enfants de leurs âges, mais aucun n’avait réussi à rester avec eux. 

 

       Le problème venait que si un des enfants appréciait Nael, il n’aimait pas Michio ou vice versa. Alors, ces enfants leur imposaient de faire un choix. Ni Nael ni Michio ne comprenaient la raison ou cette attitude. Pour eux, il fallait les accepter tous les deux. C’était catégorique. 

 

       Pour la première fois depuis seize ans, Nael avait enfin trouvé un être les acceptant tous les deux. Il se rendit compte aussi que Dorian était du même acabit. Comment avait-il fait pour ne pas s’en apercevoir ? Dorian, trop timide à l’époque, n’avait jamais osé s’approcher d’eux. Il les admirait de loin. 

 

       Au bout d’un mois, le groupe se composa de Nael, Dorian, Rafael et Michio quand celui-ci daignait venir les rejoindre, au pied du peuplier. Ce jour-là, Michio se trouvait à la salle d’art. Nael, assit sur l’herbe, le dos appuyé contre le tronc, regardait autour de lui. Il se trouvait en compagnie de Rafael. Dorian ne les avait pas encore rejoints.

 

       Le regard de Nael capta la silhouette de Dan. Il se trouvait dans un coin en compagnie de Lydia et de ses nouveaux amis. Nael ne pouvait s’empêcher de le regarder chaque fois qu’il le croisait. C’était plus fort que lui. Son cœur lui faisait mal. 

 

       Assis près de son ami, Rafael secoua la tête. Nael se torturait au lieu d’agir. À force de se rendre chez les Oda-Miori, il avait appris beaucoup de chose sur cette famille, ainsi que quelques secrets. Déjà la ressemblance trop flagrante de Michio avec son grand-père n’était pas normale. C’était littéralement un clone de Carlin. Il comprenait aisément pourquoi son jeune ami avait un problème d’identité.

 

       Pour Nael, il avait donc cherché dans les carnets à dessin de Carlin. Il avait fini par tomber sur un vieux dessin représentant le grand-père d’Erwan Miori. Nael était le portrait craché d’August Miori. Les seules différences étaient la couleur des cheveux et des yeux. August Miori était blond avec les yeux saphir. Nael avait dû hériter de la couleur brune de sa mère et de ses yeux gris. 

 

       Mais dans un sens, ce n’était pas plus mal, car ainsi il ressemblait à son père Erwan. En comprenant les liens complexes entre tous les membres de cette famille, Rafael avait un léger tournis. C’était un peu difficile à digérer toutes ces informations. Il n’osa pas en discuter avec personne. Il avait fait ses recherches pour lui. Les sentiments qu’il portait à chacun d’eux ne changeraient pas. Il lui permit surtout à mieux les connaitre et à les comprendre.

 

       — Faudrait penser à bouger tes fesses pour le récupérer, Nael. 

 

       Nael se passa une main dans ses cheveux bruns. Il jeta un coup d’œil à son ami. Il avait les jambes croisées, les mains un peu à l’arrière et il observait le ciel. 

 

       — Pourquoi tu ne suivrais pas ton conseil pour mon frère, Rafael ?

 

       Le rouquin posa son regard bleu foncé sur le garçon. Il esquissa un sourire. 

 

       — Je n’ai aucun souci avec Michio, Nael. Il lui fallait juste un peu de temps, c’est tout. J’irai l’ennuyer tout à l’heure. Là, on parle de toi. 

 

       — Que veux-tu que je fasse ? Il m’évite. Dès que je tente de m’approcher, il fuit. 

 

       — Bah ! Tu t’y prends mal. Si tu voulais vraiment te bouger, tu aurais été directement chez lui. Tu aurais demandé de l’aide à son père. Enfin bref, le problème ce n’est pas Dan. C’est toi ! Tu laisses faire les choses. Mais, ce n’est pas comme cela que ça marche. 

 

       Rafael se leva. Il frotta son pantalon pour retirer les brins d’herbe collés. 

 

       — Agit Nael. Soit ça passera, soit tu te prendras une claque. Mais, une chose est certaine, tu pourras ainsi avancer. Je te laisse avec Dorian qui arrive. Je vais chercher Michio. 

 

       Laissant son ami pensif, Rafael se rendit vers le bâtiment central. Il longea les couloirs vides. Il passa devant l’infirmerie avec un certain malaise. Pourquoi dès qu’il passait près de cet endroit, il ressentait un mal-être très désagréable ? Il n’en comprenait pas la raison. Il n’avait pas de mauvais souvenir en rapport avec une infirmerie.

 

       Il se dépêcha de se rendre vers le couloir menant à la salle d’art. Il stoppa net. Il se positionna dans le couloir adjacent. Il attendit. Michio discutait avec le professeur d’art. Même si Rafael savait que le professeur d’art était le fils d’une des sœurs d’Erwan Miori, Rafael ne pouvait s’empêcher de ressentir une certaine jalousie l’envahir. 

 

       Michio salua Ethan Da Costa tout en se dirigeant vers la sortie. À un croisement, une main lui attrapa le poignet et le tira. Michio poussa un petit cri de surprise. Il se retrouva propulsé contre un corps chaud. Aussitôt, il tressaillit. 

 

       Il posa ses mains sur le torse pour reculer de quelques pas. Son poignet était toujours tenu. Rafael posa un doigt sur la bouche percée. Puis, il tira son ami. Michio suivit le rouquin en silence. Il n’avait jamais été aussi perturbé par quelqu’un auparavant. 

 

       Rafael longea quelques couloirs toujours aussi vides. Ils arrivèrent près des portes scellées du toit. Juste à côté, il y avait une autre porte. C’est celle-ci que le rouquin ouvrit. Il poussa Michio à l’intérieur. 

 

       Le jeune peintre eut juste le temps de reconnaitre une ancienne salle de cours avant d’être retourné et plaqué contre le mur. Rafael lui tenait les poignets de chaque côté du visage. Michio se noya dans le regard bleu sombre à quelques centimètres de lui. 

 

       — As-tu perdu ta langue, Michio ? 

 

       Le garçon avait un peu de mal dégurgité. Rafael se moulait contre lui.

 

       — Arrête de me perturber, chuchota-t-il. 

 

       Rafael esquissa un sourire. Il posa son front contre celui de son ami. Michio paniquait. Il était beaucoup trop prêt.

 

       — Ah ? Comment je peux remédier à cela ? 

 

       Michio se troubla encore plus. Rafael observa les yeux noirs s’assombrir encore plus. Il les trouvait fascinants. Il avait à chaque fois l’impression de se noyer dans un abysse sans fond. Il se pencha et il effleura les lèvres percées des siennes. 

 

       Michio émit une plainte. Rafael émit un petit rire. Il accéda à la demande. Il captura les lèvres percées. Une langue vorace traversa la barrière de chair pour rejoindre sa jumelle. Elles se cherchèrent ; elles se trouvèrent ; elles dansèrent. 

 

       Rafael lâcha les poignets pour poser ses mains à la taille de Michio. Il les glissa vers les fesses en caresse. Michio laissa échapper un léger gémissement. Il entoura le cou de Rafael de ses bras pour accentuer le baiser. 

 

       Rafael souleva son ami. Michio croisa ses jambes autour de la taille. Et toujours en s’embrassant, Rafael bougea vers une table où il déposa Michio. Celui-ci se trouvait à moitié coucher. Rafael lui caressait le dos. Les sensations étaient tellement puissantes. Jamais il ne les avait sentis avec autant de force. 

 

       À bout de souffle, leurs lèvres s’écartèrent. Rafael posa ses mains sur le bureau coinçant entre ses bras Michio. Celui-ci se plongeait à nouveau dans les yeux de son ami. Il finit par frotter son nez contre la chemise bleue de Rafael. 

 

       Reprenant ses esprits, le rouquin se redressa tout en tirant son ami à lui. Michio posa son front contre le torse. Il se sentait bien ainsi. Il tremblait un peu. 

 

       — De quoi as-tu peur, Michio ? 

 

       — Je ne sais pas. Je ne sais pas comment agir maintenant. 

 

       Rafael émit un petit rire. Michio agrippa la chemise. Il releva les yeux. Ils avaient encore noirci. 

 

       — Ne te moque pas. J’ai peut-être eu des relations avec d’autres hommes, mais je ne suis jamais sorti avec quelqu’un.

 

       — Je suis pareil, Michio. Mais, depuis que je te côtoie, j’ai envie de te connaitre entièrement. Tu es dans mes pensées sans arrêt, nuit et jour.

 

       Les joues de Michio se teintèrent de rose. Il se mordit la lèvre percée. 

 

       — Avoue Michio ? Tu rêves de moi la nuit. 

 

       Apercevant les joues encore plus rouges, Rafael susurra, amusé. 

 

       — Oh ! Je suis sûr que ce sont des rêves coquins.

 

       Troublé au plus haut point, Michio grogna :

 

       — Arrête, Raffy ! Tu m’agaces. 

 

       Le rouquin rit à nouveau avant de s’emparer à nouveau des lèvres de Michio. Celui-ci répondit avec avidité. Quand, il releva la tête, Rafael murmura :

 

       — Tu n’as pas à changer ta manière d’être avec moi, Michio. C’est ta personnalité hors norme qui m’a séduit.

 

       

       Le reste de l’après-midi, Michio le passa avec l’esprit dans les nuages. Il n’arrivait pas à redescendre sur terre. Nael l’observait du coin de l’œil, amusé. Heureusement, les professeurs ne cherchèrent pas à l’ennuyer. 

 

       Ils finirent enfin par quitter l’enceinte du lycée. Ils attendirent après Rafael et Dorian. Mais, seul le brun aux améthystes fit son apparition. Il ne savait pas où se trouvait le rouquin. Une petite blonde, un peu potelée, leur annonça l’avoir aperçu au niveau du gymnase. Il était accompagné par un le groupe de Lydia. 

 

       Les garçons comprirent le message. Michio fonça dans la direction du bâtiment, les lèvres serrées. Si par malheur, ces abrutis touchaient un seul cheveu de son Raffy, ils allaient apprendre à connaitre leur douleur. Nael rejoignit son frère. 

 

       Dorian remercia la jeune fille. Celle-ci sentit ses joues rosir de plaisir. Si Lydia était la fille la plus populaire du lycée, Dorian était celui au masculin. La plus grosse majorité des filles tentaient de séduire le beau brun, mais il les rejetait toujours, mais avec gentillesse.

 

       Après un dernier regard vers les silhouettes des trois garçons, la jeune fille sortit pour rejoindre son frère. Pour une fois, celui-ci avait réussi à se libérer. Elle le vit discuter avec un autre homme, un rouquin. Surprise, la jeune fille tourna son regard vers le gymnase.

 

       — Luna ? Tu en as mis du temps. 

 

       — Arrête d’être toujours aussi pressé, grand frère. 

 

       — Tu es aussi longue qu’une tortue. Je te présente mon collègue, Manu Grandier. 

 

       La jeune fille leva les yeux vers l’homme. Il n’y avait pas de doute possible. Alors, elle lança :

 

       — Monsieur Grandier ? Je crois que vous feriez mieux d’aller vers le gymnase, Rafael a des ennuis.