Rafael fut reçu comme un roi dans le manoir des Oda-Miori. Il put faire la connaissance des autres membres de cette illustre famille. Il ressentit la solide amitié liant Carlin et Akira. Ils se charriaient. Ils se disaient leurs quatre vérités dans une ambiance amicale et joyeuse. D’après Nael, il manquait leur grand-mère Mili. Quand ils étaient tous les trois, plus personne ne pouvait les empêcher d’être infernaux.

 

       Rafael trouvait assez étrange de voir des personnes de leurs âges faire les fous et s’amuser comme des gamins. Il faut dire que la ville où il vivait auparavant n’était pas un endroit où la joie et la bonne humeur se côtoyer. Michio lui montra sa chambre pour la nuit. Elle se trouvait exactement près de celle des deux garçons.

 

       Il resta saisi devant le mur peint comme un chef d’œuvre. Il se demandait même si la peinture n’avait pas été faite pour lui. Elle représentait une mer déchainée avec une bataille de bateaux pirates. D’un simple coup d’œil, il devina la touche de Michio dans ce tableau grandeur nature. 

 

       Il lui en fit part. Pour la première fois depuis qu’il le connaissait, il vit son ami rougir. Il fit également la connaissance des jumeaux Soba. Kaigan et sa femme Akemi arrivèrent en même temps que son frère Hans, accompagné de son époux Léon. Les deux frères se ressemblaient beaucoup même si Kaigan était bien plus baraqué par rapport à son frère.

 

       Rafael fit tout de même la remarque devant eux que Hans lui faisait penser à Shin. Akira songea alors que Carlin avait encore raison en affirmant que ce jeune homme était une perle rare. Nael se chargea d’expliquer la raison à son ami. Rafael le remercia même s’il n’avait pas eu besoin de le savoir, selon lui. Il constatait, mais il n’attendait pas pour autant une réponse à chaque fois.

 

       Léon, comme à son accoutumé, chercha des noises avec Michio. Il aimait bien mettre en boite le garçon. Il adorait le mettre en colère. Mais, il eut bien du mal. Le garçon se cacha souvent derrière Rafael. Celui-ci le défendait assez simplement. Hans songea que son mari avait trouvé plus fort que lui. Léon n’arriva pas à avoir le dernier mot avec le jeune rouquin. Celui-ci avait du mordant.

 

       Après le repas familial, Rafael fit la connaissance de Reine. Il apprit ainsi que c’était la mère de Haru, son chat. Il fit aussi la connaissance du frère également qui se nommait Naru. C’était un gros matou aux poils courts d’un roux flamboyant. Il avait les yeux bleus. 

 

       Comme le début de soirée, il faisait très lourd. Luce proposa de se rafraichir à la piscine. Étant du même gabarit, Nael prêta un slip de bain à son ami. Ils y restèrent jusqu’à la nuit tombée. C’est à ce moment-là, Rafael se demanda pourquoi Michio ne les avait pas rejoints. Le garçon était resté assis en tailleur près d’un arbre. Il lisait avec Naru sur les jambes. 

 

       Minuit sonné quand le garçon gagna sa chambre. Il prit tout d’abord une douche avant de regagner son lit. Quelle ne fut pas sa surprise de trouver Michio assis au milieu du lit, tranquillement en train de taquiner un autre chat de couleur noir ! 

 

       Rafael rejoignit son ami. Il s’installa également sur le lit. Il laissa le chat lui renifler les doigts avant de le caresser à son tour. Il finit par prendre la parole. 

 

       — Comment se nomme-t-il ? 

 

       — Celui-ci c’est Cola. Il y a aussi Caramel, Poshi, Da Vinci et Porka. Ils sont tous de la même portée que Naru et Haru. 

 

       — Ils ont eu de la chance d’être nés dans cette maison. On voit bien à quel point ils sont aimés. 

 

       Michio leva les yeux vers son ami. 

 

       — Ce n’était pas le cas où tu vivais avant ? 

 

       — Non, c’était déjà la tristesse pour les humains alors les animaux, n’en parlons pas. J’ai encore du mal à croire que je ne suis pas en train de rêver. Cette ville est tellement différente de mon ancienne ville. C’est trop bizarre.

 

       Rafael soupira. Il secoua la tête comme pour effacer de mauvais souvenirs. Il finit par demander. 

 

       — Pourquoi n’es-tu pas venu avec nous dans la piscine ?

 

       — Mmmh ! Aurais-tu voulu me voir en slip de bain ? 

 

       Rafael releva les yeux vers son camarade. Celui-ci souriait, amusé. 

       — Peut-être bien. 

 

       Ne s’attendant pas à cette réponse, Michio sentit à nouveau ses joues surchauffer. Mince, habituellement, c’était lui qui parvenait à mettre mal à l’aise ses interlocuteurs, pas l’inverse. Pourquoi n’y arrivait-il pas avec son nouvel ami ?

 

       — Si tu veux connaitre la raison, il faudra me donner le même échange équitable. 

 

       — Ah ? Je ne te force pas à me le dire, si tu ne veux pas.

 

       Michio fit la moue, un peu déçue. 

 

       — Je pensais que tu aimerais mieux connaitre. 

 

       Rafael secoua la tête, amusé. 

 

       — J’en apprends tous les jours chaque fois que l’on se rencontre, Michio. Mais, parfois certaines choses sont difficiles à dévoiler, car elles font souffrir. Si tu es capable d’accepter cette part d’ombre, alors je t’écoute.

 

       Michio baissa les yeux vers Cola. Celui-ci se laissait caresser par le rouquin avec délectation. Il en ronronnait de plaisir. Le garçon songea qu’il aimerait bien être caressé par ces mains. Troublé, il détourna les yeux vers la fenêtre. Elle laissait apparaitre le ciel noir sans lune. 

 

       — Je peux aller dans l’eau dans une piscine ou à la mer, mais seulement quand il y fait jour. Dès que le jour tombe, la panique me gagne. Il y a six ans, j’ai été enlevé avec Nael, pour une rançon. Nous avons réussi à nous enfuir, mais ils nous ont pourchassaient en envoyant des chiens affamés. 

 

       — Ça a dû être terrible. Et je suis sûr que tu n’as pas été un enfant sage avec eux.

 

       Michio jeta un regard noir au rouquin. Celui-ci lui adressa un sourire en coin. 

 

       — Mais ! Je n’y peux rien. C’est dans ma nature d’être remuant.

 

       Michio resta silencieux un instant, puis il reprit. 

 

       — En voulant m’éloigner du chien, je n’ai pas fait attention où je me trouvais et je suis tombé dans l’eau. Papa Erwan m’a sauvé la vie. Je suis mort quelques minutes.

 

       Rafael resta silencieux, pendant un moment. Il ne s’était pas vraiment attendu à ça. Il se gratta la tête, un instant.

 

       — C’est la raison pour laquelle vous allez voir un psychologue à l’hôpital ?

 

       — Oui, mais c’est surtout pour papa Erwan. Il n’arrive pas à se remettre de ce choc.

 

       — Je comprends. Vos pères vous adorent. C’est tellement flagrant. Et il t’a tenu sans vie dans ses bras. Ce n’est pas une chose que l’on peut facilement oublier.

 

       — A ton tour, Raffy ! lança Michio, ne sachant pas comment réagir face à son camarade.

 

       Pour une fois, Rafael ne répliqua pas au surnom. Michio en fut surpris. Il se mordit la lèvre percée. Son ami avait baissé les yeux sur ses mains. Cola en avait eu marre et il s’était échappé pour rejoindre ses camarades de jeux. Rafael finit par avouer d’une voix neutre. 

 

       — Le jour de mes dix ans, mon père m’a vendu à une femme. Je me doutes très bien ce que j’ai subi, mais je ne m’en souvins pas. Chaque fois, j’étais drogué afin d’oublier leurs visages. 

 

       Michio sentit son sang bouillir dans ses veines. Comment un père pouvait-il faire une chose pareille à son fils ? Le garçon cherchait ses mots, mais il ne parvenait pas à les trouver. 

 

       — Il n’y a rien à dire, Michio. J’ai été drogué et violé pendant deux ans par des femmes. Maintenant, quand je me retrouve dans une pièce où il n’y a que la gent féminine, je suffoque. 

 

       — Comment as-tu réussi à supporter tout ça, Rafael ? Je savais juste que tu étais battu par ton père, mais c’est tout. 

 

       Le garçon haussa les épaules. 

 

       — Les coups, j’ai juste pris l’habitude. Mais, à douze ans, j’ai failli me suicider. Mais, une personne me l’a interdit. Et puis, je pense que je n’aurais pas eu la folie de sauter.

 

       Rafael leva enfin les yeux vers son camarade. Il vit les larmes sur les joues. D’un mouvement, il parvint à renverser Michio sur le lit. Il se mit à califourchon sur lui. Il posa une main sur le matelas près du visage et de l’autre, il essuya les larmes avec le pouce. 

 

       — Pourquoi pleures-tu ?

 

       — Pour toi, enfant. Tu es fort, Rafael. 

 

       Le rouquin approcha son visage de Michio. Celui-ci fixa ses yeux noirs sur ceux bleu nuit de son ami. Il sentait le corps robuste de Rafael. Celui-ci avait repris du poids depuis son arrivée dans cette nouvelle vie. La chaleur de ce corps risquait de le mettre à mal. Il avala avec difficulté. Rafael eut un léger sourire. 

 

       — Aurais-tu un souci, Michio ?

 

       — N’importe quoi ! Pourquoi en aurais-je ?

 

       Rafael émit un petit rire. Ses lèvres se trouvaient très proches de celles percées. Michio pouvait sentir le souffle sur elles. Il le tentait. Pourtant, Rafael ne bougeait pas. Il mourrait d’envie de le faire et en même temps, c’était comme si quelque chose le retenait. Michio finit par en avoir marre. Il finit par s’exclamer.

 

       — Raffy ! Mais, décide-toi, bordel !

 

       Rafael émit un petit rire avant de poser enfin ses lèvres sur celle percée. Michio reçut une décharge lui traversant tout le corps. Il entrouvrit les lèvres pour laisser le passage à une langue avide et vorace. Il entoura de ses bras le cou afin d’approfondir encore plus le baiser. 

 

       Michio sentait le cœur de Rafael battre contre son torse. Il battait à un rythme rapide comme le sien. Cette langue lui faisait perdre toute notion. Il aurait voulu qu’il dure plus longtemps, mais Rafael se détacha sans s’éloigner. Il posa son front contre celui de Michio.

 

Malicieusement, Rafael glissa une main sur le corps offert. Michio frissonnait sous le contact. Par contre, il laissa échapper un son quand la main frôla son entrejambe. Il se tortilla pour tenter d’échapper à l’étreinte, mais Rafael se révéla bien plus fort.

 

— Avec un simple baiser et tu es déjà à ce stade, Michio ?

 

Michio tourna la tête, légèrement boudeur. Rafael émit un petit rire. Il posa ses lèvres sur la peau de la joue avant de la glisser vers l’oreille. Un frisson parcourut à nouveau le corps de Michio. Il gémit à la morsure à l’oreille.

 

— Est-ce que cela t’amuse de te moquer de moi ? Finis par lâcher Michio. 

 

— Je ne me moque pas, Michio. En réalité, je suis ravie de savoir l’effet que je te fais. Mais, est-ce que toi accepterais-tu mon handicap ?

 

Michio cligna plusieurs fois les yeux. Il tourna son visage vers le rouquin. Celui-ci se redressait. Pour ne pas perdre cette chaleur, Michio le retient. Rafael soupira. Il prit la main de son ami. Il le dirigea vers son entrejambe. Avant de voir la déception dans le regard de son ami, Rafael avoua :

 

— Mon corps a été conditionné par la drogue. Il ne réagit pas de lui-même. Donc si tu veux continuer avec moi, il faudra accepter ce petit problème. 

 

Michio sentit à nouveau ses joues surchauffer. Mazette, il n’avait jamais rougi autant de vie. Il se serra contre le corps du rouquin. Celui-ci passa ses bras autour de la taille. Il enfouit son visage dans le cou. Michio, reprenant son bagou habituel, finit par dire :

 

— Si j’ai bien compris, c’est si un jour, je veux le petit Raffy, il va falloir lui réapprendre à se débrouiller tout seul. C’est bien ça ?

 

Le corps de Rafael eut des soubresauts. Michio esquissa un sourire en entendant le fou rire de son ami. Quand il parvint à se calmer, Rafael déposa un baiser sur le bout du nez de Michio. 

 

— Tu as une drôle de façon de le dire, mais c’est ça.

 

Il y avait encore un brin de rire dans sa voix. Michio aimait bien ce son. Il se mit à bâiller. Il jeta un coup d’œil à la porte. Il devrait regagner sa chambre, mais en même temps, il n’avait pas envie de quitter son ami. Il devrait peut-être dire petit ami, maintenant. 

 

Mais, avant qu’il ne puisse bouger, il se fit à nouveau plaquer sur le lit. Décidément, il allait y prendre gout à ce plaquage sur un matelas. Rafael s’exclama :

 

— Ne veux-tu pas dormir avec moi ? À moins que tu ais peur d’avoir des mains baladeuses sur ton corps sexy ?

 

— Je n’ai pas peur. Mais, je pourrais en dire autant.

 

— Oui, c’est vrai, mais j’en serais enchanté. 

 

Michio eut du mal à respirer. Merde ! Il le faisait exprès le bougre ! Michio attrapa un oreiller. Il frappa son camarade avec. Rafael éclata de rire. Il contre-attaqua à son tour. Ils bataillèrent un long moment comme des gamins avant de s’écrouler sur le lit. Rafael encercla de ses bras le corps mince. Il colla, ensuite, son torse contre le dos de Michio. Celui-ci posa ses mains sur celle de son Raffy. Ils s’endormirent comme des bienheureux.