Chapitre 14

 

       Quand les trois hommes avaient parlé de dormir dans un hôtel, Rafael avait pensé à un genre de formule 1, il avait tout faux. Jamais, de sa courte vie, il n’avait mis les pieds dans ce genre d’endroit. Il avait même peur de salir la moquette. Il jeta un coup d’œil à son oncle. Celui-ci restait silencieux à ses côtés. Il ne semblait pas très à l’aise lui aussi.

 

       Rafael se mit à observer les deux hommes qui les devançaient. Le brun discutait avec Moira et Sara. Elles semblaient sous le charme. Le grand blond lui se dirigeait vers le comptoir. Étant donné la réaction de la réceptionniste, l’homme devait faire des ravages. Pourtant, il ne semblait pas intéresser.

 

       Il revint vers eux pour distribuer les passes. Nathaniel se mit à bâiller. Il décida qu’il était temps pour lui de se coucher. Il passa un bras autour du cou de Luka. Rafael les observa surpris. Luka ne faisait rien pour l’éloigner. Manu dut se rendre compte de l’interrogation de son neveu, car il informa :

 

       — Ils sont en couple. J’espère que cela ne vous choque pas, car sinon nous aurions un problème.

 

       Intrigué, Rafael leva les yeux vers son oncle. Moira et Sara s’approchèrent. Elles lui adressèrent un sourire.

 

       — Ça ne nous dérange pas. C’est juste que nous ne sommes pas habitués à ce genre d’affection.

 

       Manu fut stupéfait. Il allait reprendre la parole, mais il fut coupé par son neveu. 

 

       — Pourquoi serait-ce un problème ?

 

       Manu soupira. Il se passa une main dans les cheveux.

 

       — Parce que non seulement je suis en couple avec un homme, mais nous vivrons dans la maison de ses pères.

 

       Rafael tiqua un instant. Il avait bien compris la fin de la phrase. Il finit par hausser les épaules. 

 

       — Bah ! On finira par s’habituer comme on le fait depuis des années.

 

       Son regard s’était légèrement attristé, mais il se reprit assez vite. Manu les invita à les suivre. Il avait hérité de la plus grande des chambres avec trois lits. Dès qu’ils furent à l’intérieur. Les filles choisirent le lit proche de la fenêtre. À peine furent-elles allongées que le sommeil les gagna. Rafael les observa, assis dans le lit du milieu.

 

       Il aimerait bien être aussi insouciant que ces sœurs, mais son cœur ne voulait pas se calmer. Son esprit le torturait en se posant mille et une questions. Il poussa un long soupir. Manu se laissa tomber à ses côtés. Rafael se raidit aussitôt. L’homme fait comme s’il n’avait rien vu.

 

       — Je sais bien que tu dois te poser beaucoup de questions. Mais, pour le moment, laisse ton cerveau se reposer. Il en a grandement besoin pour être en forme demain.

 

       Manu se redressa pour se diriger vers son lit. Il soupira de soulagement quand il sentit le doux matelas. Rafael hésita un long moment encore avant de s’allonger à son tour. Manu le vit se tourner et se retourner. Finalement, il entendit le garçon souffler. Il le vit se lever, prendre son oreiller et une couverture. Le garçon s’allongea sur le canapé se trouvant face aux lits. Il s’endormit presque aussitôt. Manu le suivit peu de temps après.

 

       Le lendemain, Rafael fut le premier à se lever. Il se rendit dans la salle de bain attenante. Elle était tellement luxueuse. Il en fut un peu perturbé, mais il fut ravi de pouvoir prendre pour la première fois de sa vie une douche chaude. Quand il revint dans la chambre, les autres dormaient toujours. Alors, il sortit. 

 

       Il ne savait pas s’il en avait le droit, mais il prenait le gauche. Arrivé en bas, il aperçut le brun assis à une table de la salle à manger. Il le rejoignit. Luka le vit et il lui adressa un sourire. Il buvait tranquillement un café tout en lisant le journal. Il le posa dès que le garçon s’installa à table.

 

       Luka fit signe à la serveuse de servir le garçon. Rafael lui observait le titre du journal. Cette nuit, un double meurtre avait eu lieu dans les ruelles où il se trouvait la veille. Il frissonna, un peu effrayé. Le coupable de ses meurtres ? Serait-ce Red’Line ? Pourquoi les avait-elle tués ? 

 

       Luka dut se rendre compte de trouble du garçon, car il enleva le journal pour le mettre hors de vue de Rafael. Il ne savait pas le pourquoi, mais il se doutait que ce meurtre affectait le garçon. Connaissait-il les victimes ? Rafael regarda son copieux petit déjeuner abasourdi. Jamais, il n’en avait vu un comme celui-là. Arriverait-il à tout manger ?

 

       — Si tu ne manges pas tout, le personnel ne t’en voudra pas. 

 

       — Non, je mangerais tout. Il ne faut pas faire de gaspillage.

 

       Sa réponse dut plaire au grand brun. Celui-ci se gratta le crâne. Il finit par reprendre la parole. 

 

       — Nous ne nous sommes pas présentés hier. Je me présente Luka Martin. Mon compagnon se nomme Nathaniel Facter.

 

       Rafael hocha la tête. Il commençait à avoir mal aux crânes. Il n’avait pas l’habitude de parler autant. Il se sentait mal à l’aise. Luka l’observa un long moment en silence. Rafael mangeait consciencieusement son repas. Il n’en laissa pas une seule miette. Il finit par prendre la parole. 

 

       — Si tu ne veux pas, parler ne le fait pas. Prends ton temps pour t’habituer à notre présence. Aucun de nous ne t’en voudra. 

 

       Rafael hocha la tête n’osant pas lever les yeux. Ses cheveux roux vinrent le gêner. Il tenta de les repousser en arrière. Alors, Luka proposa :

 

       — Veux-tu bien m’accompagner ? 

 

       Le garçon leva enfin la tête. Luka se redressait. Il se dirigeait vers la sortie. Après une petite hésitation, il le rejoignit. Nathaniel arriva à cet instant. Il discuta un instant avec Luka avant de leur faire signe. Il se dirigea à son tour vers la salle à manger. Il attendit tout en taquinant la serveuse. 

 

       Quand Manu arriva, accompagné de deux jeunes filles, la serveuse était à deux doigts d’assommer son client, avec le plateau. Manu secoua la tête exaspérée. Il était vraiment insortable ce Viking. Nathaniel adressa un chaud sourire aux deux filles. Elles lui rendirent. Tout comme Rafael un peu avant, Sara et Moira regardèrent leur petit déjeuner avec effarement. Et comme le frère, elles assurèrent qu’elles allaient tout manger.

 

       Bien évidemment, elles demandèrent où se trouvait leur frère. Nathaniel leur assura qu’il se trouvait avec Luka. Ils étaient juste sortis faire quelques courses. Elles restèrent ensuite silencieuses. Moira jetait tout le temps des regards vers la sortie. Elle s’inquiétait comme elle le faisait chaque fois que son frère s’échappait le soir de la maison, alors qu’il pensait que ses sœurs dormaient. 

 

       Luka et Rafael revinrent une heure plus tard. Luka tenait un paquet dans les bras. Quant à Rafael, il était transformé. Manu eut bien du mal à le reconnaitre. Luka lui avait acheté de nouveaux vêtements. Enfin, il pensait que c’était Luka qui lui avait payé. Mais, il apprit plus tard que le garçon avait refusé. Il avait payé de sa poche avec l’argent gagné lors des paris de la veille.

 

       Luka avait laissé faire. Il ne lui posa pas aucune question. Il ne voulait pas braquer le garçon. Rafael avait juste acheté un nouveau jean rouge à carreau et un tee-shirt noir. Mais le changement provenait de ses cheveux disciplinés. Les côtés avaient été rasés et le dessus avait gardé sa longueur qu’il avait attachée en un petit chignon. La coupe lui allait comme un gant.

 

       Bien évidemment, Rafael haussa les épaules indifférant quand il reçut des compliments par ses sœurs. Pourquoi les repoussait-il à ce point ? se demanda Manu, intrigué par le comportement de son neveu. Luka distribua un paquet à chacune des filles. Ensuite, il leur ordonna d’aller se changer. 

 

       Une autre heure passa. Ils se décidèrent enfin à prendre la route. Ils se rendirent à la gare de la ville voisine. Là, deux hommes en costume, les attendaient pour récupérer les clefs des véhicules. Nathaniel se chargea de s’en occuper. Le reste du groupe se rendit sur le quai. Le train n’allait pas tarder à arriver. 

 

       Rafael se mit à regarder tout autour de lui. À cet instant, il la vit. Elle se trouvait de l’autre côté du quai. Elle se cachait assez de la vue de son oncle et des autres. C’était comme si elle avait fait en sorte que lui seul pouvait la voir. Il devrait la maudire ou la détester. C’était une meurtrière. Mais à l’instant, le garçon ne ressentait plus aucune animosité envers cette femme. Elle lui avait sauvé la vie deux fois.

 

       Elle le regarda un long moment avant de lui faire un signe d’adieu. Red’Line disparut comme par magie après le passage d’un groupe devant elle. Rafael cligna des yeux surpris. Peut-être avait-elle raison ? Elle était peut-être le diable en visite sur Terre. Le train fit son apparition. Manu et les autres montèrent. Rafael hésita à nouveau. Il jeta juste un dernier regard à sa ville. Il n’allait surement pas la regretter de sitôt.

 

       Pendant tout le trajet, Rafael resta à sa place près de la fenêtre. Il ne chercha pas à discuter avec les autres. Les adultes le laissèrent tranquille. Moira tenta bien de lui adresser la parole, mais il l’envoya sur les roses. Triste, la jeune fille resta avec sa sœur. Luka se chargea de leur remonter le moral. Nathaniel resta sage comme une image. Luka en fut un peu stupéfait. 

 

       Rare les fois où monsieur daignait rester calme. Déjà à l’allée, il avait ennuyé Manu. Luka savait que son compagnon le faisait pour distraire leur ami, inquiet. Il textotait avec Shin et Ludwig. D’après le sourire en coin, il devait surement les embêter en répondant à côté comme cela lui arrivait fréquemment. Luka leva les yeux au ciel. Après toutes ses années, il n’allait pas le changer. 

 

       Manu écoutait la conversation de Luka et des filles. Parfois, son regard se tournait vers son neveu. Sera-t-il à la hauteur pour les aider, ces gosses ? Certes, il n’était pas tout seul. Ludwig et Rei seraient présents. Ashula l’aiderait également. Mais, il n’avait pas pu sauver sa sœur.

 

       Le trajet dura une éternité pour Manu et Rafael. Ils se posaient, tous deux, tellement de questions. La route leur avait semblé infinie. Quand le train arriva enfin. Le groupe descendit sous la forte chaleur du lieu. 

 

       Les trois enfants en eurent un peu le souffle coupé. Ils n’avaient pas l’habitude de ce genre de température. Rafael leva les yeux vers le ciel d’un bleu limpide. L’air y était agréable également. Il suivit le groupe qui se dirigeait vers la sortie. Tout en marchant, il jetait des coups d’œil tout autour de lui. La gare était tellement animée par la foule. Il entendait des enfants pleurer ou rire comme de petits fous. Dans un autre endroit, il aperçut un groupe de jeune discutant en se chamaillant joyeusement. 

 

       La différence entre sa ville et celle-ci était immense. Rafael inspira un bon coup. Il recevait trop d’un coup. Une sorte de panique commençait à poindre son bout du nez. Une main se posa sur sa tête. Rafael leva les yeux vers le grand blond. 

 

       — Ce n’est pas facile, n’est-ce pas ? Cette ville est très grande. Elle effraie toujours un peu quand on arrive ici pour la première fois. Mais, ensuite, on se laisse mener par elle. Mais, tu auras tout le temps devant toi. Rejoignons les autres. Nos amis sont venus nous chercher. 

       

       — Ce n’est pas ici que vous habiter ? 

 

       — Non. Nous avons encore une petite heure de route environ. Notre ville est plus petite même si elle semble imposante également. Elle a une ambiance plus calme et reposante.

 

       Rafael se tut à nouveau. Il suivit le grand blond. Ils arrivèrent au parking. Ses sœurs discutaient avec un homme aux origines indiennes. Au sourire qu’il adressa à Manu, Rafael comprit qu’il était le compagnon de son oncle. Il se présenta sous le nom d’Ashula Lagardère. Près de lui se tenait un autre homme de l’âge de Luka et Nathaniel. Rafael croisa des yeux verts malicieux. L’homme se nommait Shin Soba. Il était un ami d’enfance du grand blond et de son compagnon.

 

       Nathaniel et Luka vinrent dire au revoir aux trois gosses. Ce n’était pas un adieu, car les deux hommes viendraient les ennuyer prochainement. Rafael, Moira et Sara montèrent dans la voiture d’Ashula en compagnie de leur oncle. Comme dans le train, Rafael ne pipa mot. Il se mit à nouveau à regarder le paysage verdoyant. Il se sentait troublé au plus profond de son être. Pourrait-il enfin trouver sa place dans ce lieu ?