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Chapitre 12

 

         Pourquoi n’arrivait-il jamais à dire non à son grand-père ? Michio étira son corps mince aux muscles fins. Il soupira avec bruit. Carlin avait une exposition dans quelques jours. Il prétendait n’avoir personne sous la main pour l’aider à poser ses tableaux.

 

         Nael se trouvait dans la pièce arrière à obéir aux ordres directs de son papy. Michio grimaça. Papy Carlin adorait donner des ordres juste pour les ennuyer. Le garçon aperçut son reflet à travers une vitre. Il se troubla. Maintenant, plus que jamais, il ressemblait physiquement à Carlin. Il avait demandé à voir des photos de son grand-père plus jeune.

 

         Il n’y avait pas à dire. Carlin était son vrai père. Tous deux avaient la peau blanche. Les yeux noirs semblaient moins sombres pour le plus jeune et il n’avait pas hérité de la manie de Carlin de ne pas cligner des yeux, la plupart du temps. Michio avait également les cheveux très noirs et les avait coupés au raz des épaules en dégradé, comme son grand-père évidemment. 

 

         Michio haussa les épaules. C’était ainsi, il n’y pouvait rien. Il était même plutôt fier de ressembler à celui qu’il considérait comme son papy. Ses pères étaient Luce et Erwan et c’était tout. Le garçon se pencha pour prendre un autre tableau. Il monta ensuite sur l’escabeau pour l’accrocher. Il resta un instant à l’observer. Il représentait un paysage désertique. Il en ressentait la chaleur présente. 

 

         À cet instant, il sentit une main sûre poser sur ces fesses. Il sursauta et il se retourna d’un coup manquant de tomber. Dès qu’il retrouva sa stabilité, il foudroya d’un regard l’inconnu. 

 

         — Ça ne va pas la tête, imbécile. 

 

         Le nouvel arrivant d’une quarantaine d’années sourit, amusé. C’était un très bel homme, aux teints basanés, aux yeux noisette, et les cheveux bruns foncés. Il portait un costume trois-pièces comme une seconde peau. Michio ne pouvait s’empêcher de le trouver beau et sexy.

 

         — Désolé, mais c’était beaucoup trop tentant et ça n’a pas eu l’air de vous déranger plus que cela. 

 

         L’homme avait un léger accent italien. Michio haussa les épaules. Il n’avait jamais caché à qui que ce soit sa préférence sexuelle. Et même s’il n’avait que seize ans, il n’était déjà plus un saint. Le garçon rétrécit les yeux et lança :

 

         — Vous savez, je n’ai que seize ans. Vous pourriez avoir des ennuis. 

 

         L’homme émit un petit rire. Il fit un geste de la main comme si ce n’était rien. 

 

         — Mon garçon, la vie est bien trop courte pour s’occuper de ce genre de détail. 

 

         L’homme sortit un petit carton d’invitation. Il le tendit au garçon. Michio le prit. Il allait le lire, mais à cet instant, Carlin fit son apparition. Michio le rangea rapidement dans sa poche comme si de rien n’était. Carlin fronça les sourcils en apercevant l’inconnu. Il s’exclama :

 

         — Borghèse ? Que fiches-tu ici ? 

 

         L’homme se tourna tout sourire vers le peintre. Son arrière-grand-père avait été un fan incontesté de Carlin Oda. Il lui avait souvent demandé des tableaux très olé olé, voire très limites. À la mort de celui-ci et celui de son père, Armando Borghèse avait revendu les tableaux. Il en avait récolté une telle somme qu’il n’en était toujours pas revenu.

 

         Il avait voulu voir de lui-même à quoi ressemblait ce peintre. Alors, dès qu’une exposition avait lieu, il s’y rendait. Il n’avait pas les mêmes goûts que son grand-père, mais il reconnaissait le talent de l’artiste.

 

         — Est-ce ainsi que vous vous adressez à un futur client, signor Oda ?

 

         Carlin pinça les lèvres. Il jeta un coup d’œil vers son petit-fils. De quoi avait-il parlé avec cet homme ? Michio lui rendit son regard. Le peintre soupira. Il voudrait le mettre en garde contre ce Don Juan, mais il était certain que ce petit fripon n’en ferait qu’à sa tête comme à son habitude.

 

         — Borghèse, ma patience a des limites. 

 

         L’italien émit un petit rire. 

 

         — Je passais juste dans le coin. Une certaine vue m’a intrigué. J’ai cru un instant que vous aviez rajeuni. 

 

         Carlin se troubla un instant. Il jeta un autre coup d’œil vers son petit-fils. C’était vrai pour la ressemblance. L’homme s’amusait. Mais, il reprit son sérieux.

 

         — Non, je ne suis pas passé juste par hasard. Je voulais juste savoir si vous étiez au courant pour la drogue. 

 

         Carlin fronça les sourcils. 

 

         — De quoi vous parlez ? 

 

         — Depuis plus de deux mois, il y a des suicides dans mon pays. Ils ont tous un point commun. On retrouve de la drogue rouge du dragon, mais elle est imparfaite. Elle est deux à trois fois plus violente que celle que vous avez connue. 

 

         Carlin blanchit. 

 

         — Merde !

 

         Michio fut surpris. C’était la première fois qu’il entendait son grand-père juré. Il le menaçait déjà assez souvent de lui faire avaler du savon chaque fois qu’il l’entendait injurier. 

 

         — Michio ? Va aider ton frère. 

 

         Le garçon descendit de l’escabeau. Il préféra obéir.

 

         — Ravi de vous connaitre signor Borghèse.

 

         — Moi de même. Peut-être nous reverrons-nous ? 

 

         Michio leva sa main en signe d’au revoir. Carlin croisa ses bras. Il grogna :

 

         — Ne tournez pas autour de mon petit-fils, Borghèse.

 

         — Allons, allons ! Ce garçon est assez grand pour décider de lui-même, Carlinou.

 

         — Vous n’allez pas sortir vivant d’ici si vous continuez à m’appeler ainsi.

 

         L’homme sourit à nouveau, nullement effrayé par la menace.

 

         — Que vous êtes susceptible ! Bon, je vous verrais à l’exposition. Je voulais juste vous informer pour la drogue. J’ai songé que cela pourrait vous intéresser.

 

         Nael n’en pouvait plus. Son grand-père était infatigable. Il l’avait mené à la baguette toute la matinée. Son frère avait eu plus de chance. Quand celui-ci arriva pour l’aider. Michio ne se gêna pas pour se moquer. Pouvait-il l’étriper ?

 

         Les deux garçons continuèrent toute l’après-midi également. Ils avaient mangé sur place. Renko avait eu pitié d’eux et il était venu avec un panier rempli de sandwichs pour ces trois gloutons. Pendant que les adolescents mangeaient, Carlin lui avait parlé de la visite de Borghèse et des révélations sur la drogue. 

 

         Renko lui promit d’en parler avec l’inspecteur Grandier. Celui-ci se renseignerait. Il s’échappa ensuite pour éviter d’être embarquer dans le déballage des tableaux. Carlin jura qu’il se vengerait sur son homme le soir même. 

 

         Il relâcha les deux garçons vers dix-neuf heures. Nael décida de rejoindre son père Erwan. Il aimait bien se rendre de temps en temps à la société. Son père lui enseignait tout ce qu’il devait savoir sur la gestion d’une entreprise. Nael appréciait fortement ce moment. Il avait ainsi son père pour lui seul.

 

         Michio ne s’intéressait pas le moins du monde de l’entreprise. Il préférait peindre même s’il n’y passait pas autant de temps que son grand-père. Il aimait également ennuyer son père Luce, cela n’avait pas changé en grandissant. Il aimait également écrire avec lui. Ça lui arrivait de temps à autre.

 

         Luce en avait été grandement surpris quand son fils lui avait demandé de faire une histoire avec lui. Luce ne l’avoua pas, mais il jubilait de joie. Même si parfois, il le regrettait. Combien de fois son fils lui avait fait monter les joues en feu ? Michio décrivait tout dans les moindres détails. Il ne se gêna pas le moins du monde à se moquer de son père d’être trop prude. 

 

         Michio abandonna son frère en cours de route. Il voulait se rendre dans un autre lieu. Il se rendait à l’adresse indiquée sur le carton remis par Borghèse. Il savait très bien pourquoi il y allait. L’homme l’avait signalé. La vie était bien trop courte pour jouer les rabat-joie. Il ne risquait rien. L’homme ne lui ferait rien de mal sinon son grand-père ne le laisserait pas y aller. 

 

         Son grand-père était loin d’être stupide. Michio aimait de temps à autre prendre du bon temps. Il avait perdu sa virginité depuis plus d’un an déjà lors d’une soirée entre jeunes. Nael aussi y était passé d’ailleurs. Mais, celui-ci n’avait pas récidivé. 

 

         Le quartier indiqué sur l’invitation était l’un des plus riches du coin. Il se rendit à pied jusqu’à l’hôtel cinq étoiles. Personne ne l’arrêta. Il savait où il se rendait et les employés s’en rendaient compte. Il prit l’ascenseur jusqu’au troisième étage. Il prit le chemin sur la droite et il sonna à la dernière porte. 

 

         Celle-ci s’ouvrit sur l’italien. L’homme s’était changé et il portait sur le dos une robe de chambre et son pantalon. Même ainsi, il dégageait un parfum sexy. Armando sourit au garçon. Il le laissa pénétrer dans la chambre.

 

         — Je suis ravie de vous revoir, jeune homme.

 

         — Avouez que vous saviez d’avance que je viendrais, signor Borghèse. 

 

         L’homme s’approcha très près de Michio presque à le frôler. Il posa une main sur la joue de celui-ci avant de la glisser sous le menton. Il souleva le visage vers lui. Il posa alors ses lèvres sur celle du garçon. Il les trouva absolument sexy surtout avec les deux piercings sur la lèvre inférieure. 

 

         Quand Michio put enfin reprendre son souffle, il sentait son corps en feu. L’homme savait embrasser. 

 

         — Je devrais prendre une douche avant. 

 

         L’homme secoua la tête. Il laissa glisser ses mains sur le corps en feu. Il caressa les fesses. Michio se troubla. Il perdait le contact avec la réalité. Armando n’avait pas envie de lâcher le garçon. Peut-être avait-il peur que celui-ci change d’avis en cours de route ? 

 

         Il prit grand soin à ce que le garçon ne puisse revenir sur terre avant de l’avoir dévorer de la tête aux pieds. Il le déshabilla petit à petit tout embrassant chaque partie découverte.

 

 Michio se laissa faire. Il n’avait pas honte de son corps ni des sensations qu’il pouvait recevoir. Armando devait bien reconnaitre que son jeune amant était plutôt doué. Car bien qu’il le dévora plus d’une fois, le garçon lui rendit tout autant son plaisir. Pour un peu, Armando regrettait de ne pouvoir le garder pour lui.

 

Quand finalement, il ne put se retenir plus longtemps, il se chargea de préparer convenablement le point sensible. Puis, il s’enfonça d’un simple coup de rien. Les deux hommes se laissèrent emporter par le désir. 

 

         Quelques heures plus tard, assis sur le lit, Michio se rhabillait après avoir pris une douche avec son amant d’un soir. L’italien, toujours nu, sous les couvertures, regardait le garçon.

 

         — N’as-tu pas quelqu’un dans ta vie, Michio ?

 

         Le garçon stoppa un instant, puis il se tourna légèrement vers l’homme. 

 

         — Si cela avait été le cas, je ne serais pas ici. 

 

         L’italien émit un petit rire. 

 

         — Tu sais, cela ne veut rien dire. Certains ont beau avoir quelqu’un, cela ne les empêche pas de fricoter de temps à autre ailleurs. 

 

         — Alors, ces individus n’en valent pas le coup. Ce n’est pas très correct envers la personne que vous prétendez d’aimer. C’est lui manquer de respect. 

 

         — Ah ! Si seulement, je pouvais te garder. 

 

         Michio se mit à rire à son tour. Il secoua la tête. 

 

         — Je n’aurais peut-être pas refusé si vous aviez vingt ans de moins. 

 

         — Mmmh ! Dois-je mal le prendre ? Où dois-je le prendre comme un compliment ?

 

         Le garçon se redressa pour fermer son pantalon. L’italien le dévorait du regard. Michio sourit amusé. 

 

         — De ma part, c’est un compliment. De toute façon, je ne suis pas fait pour vous, Borghèse.

 

         — Armando, s’il te plait. Qu’est-ce qui te fait croire ça ? 

 

         — Juste mon intuition. 

 

         Après avoir mis ses baskets, Michio attrapa sa veste. Il se dirigea vers la porte. 

 

         — Au revoir, Michio. Peut-être à une autre fois ?

 

         — Armando ? Vous savez très bien qu’il n’y aura pas une autre fois. Arrivederci !

 

         Michio se dépêcha de sortir de l’hôtel. Il jeta un coup d’œil à l’heure. Il fit la grimace. Il n’arriverait jamais à la maison avec le couvre-feu. La poisse ! Il allait encore subir le sermon éternel de son père. Bah ! Ce ne serait pas la première fois ni la dernière fois. 

 

         Nael se trouvait dans la bibliothèque quand son frère finit par rentrer. Le garçon secoua la tête en entendant la voix de son père Erwan. Il sourit. Il imaginait très bien la tête de son frère. Il devait faire comme s’il l’écoutait sérieusement avant de lâcher à son père qu’il devrait se lâcher un peu. 

 

         La porte s’ouvrit avec fracas. Nael regarda son livre voltiger quand il reçut de plein fouet son frère dessus. Celui-ci se mit à rire en entendant le soupir de son frère.

 

         — T’es malade, Michio ! Un de ces jours, tu vas m’éclater les côtes. 

 

         — Oh ! Pauvre chou ! Alors ? As-tu parlé avec Dan ? 

 

         Nael poussa son frère pour s’asseoir un peu mieux. Il haussa les épaules. 

 

         — Non, il devait être avec sa copine. 

 

         Michio observa son frère. Il secoua la tête. 

 

         — Pourquoi ne lui dis-tu rien ? Tu aimes Dan, Nael. Arrête de jouer à l’idiot et embrasse-le une bonne fois pour toutes. Tu sais très bien qu’il sort avec cette fille alors qu’il ne l’aime pas.

 

         — Qu’est-ce que tu en sais ? Il sort avec elle depuis six mois.

 

         — Parce que c’est un idiot. Ne me regarde pas comme ça ! J’ai raison. Il croit à tort que tu m’aimes. Merde ! Comment peut-il croire une chose pareille ?

 

         — Bah ! Il n’a pas tort. Je t’aime mon frère.

 

         Michio attrapa le livre sur le sol avant de frapper la tête de son frère avec. 

 

         — Banane ! Moi aussi, je t’adore Nael. Mais merde ! Il ne peut pas faire la différence entre l’amour entre deux frères et l’amour avec son âme sœur ?

 

         Nael s’étira un bon coup. La fatigue de cet après-midi commençait à se faire sentir.

 

         — C’est juste que nous ne sommes pas du même sang.

 

         — C’est de la connerie. Hans et Kaigan m’ont dit qu’ils avaient eu le même problème. Ah ! Ça fait chier !

 

         Nael se leva et il récupéra le livre à son frère. Il le rangea. Puis, il se tourna.

 

         — Je suis fatigué. Je vais me coucher.

 

         — Attends, je viens.

 

         Depuis presque trois ans maintenant, les garçons avaient leur chambre individuelle. Elles avaient été refaites selon le caractère des propriétaires. Celle de Michio avait eu le droit à un magnifique couché de soleil sur tout un pan de mur. Il avait aidé son grand-père à le faire. Le reste des murs avait été peint en blanc. La décoration restait dans les tons blanc et rouille. Apparemment, Michio affectionnait la couleur rouge dans tous les tons et particulièrement celle qui se rapprochait du roux. 

 

         Nael avait préféré un ton plus ensoleillé. Carlin et Michio lui avaient peint une mer calme avec le soleil en son centre faisant briller la mer de mille feux. Le reste était en jaune paille. Le mobilier lui se trouvait blanc nacré. C’est dans celle-ci que Michio entra. Il se jeta sur le lit de son frère avec plaisir. Il se mit à bâiller.

 

         — Qu’est-ce que tu fiches, Michio ? 

 

         — Eh bien ! Ça se voit non ? Je vais dormir avec toi.

 

         Nael se rendit dans la salle de bain. Il attrapa un caleçon propre et le balança sur son frère. Celui-ci se mit à rire.

 

         — Fais ce que tu veux, mais tu te mets un calbute !

 

         — Pudique ! 

 

         — Je ne le suis pas, je suis juste correct.

 

         Michio fila dans la salle de bain riant de plus belle. Il avait pris la mauvaise habitude de son grand-père de ne pas mettre de caleçon sur son pantalon. Les seules fois où il en mettait un, c’était à l’école et quand il dormait avec son frère. 

 

         Nael se trouvait déjà entre les draps quand Michio le rejoignit. Il se serra contre son frère. Il n’y avait pas d’attirance entre eux. Ils se considéraient réellement comme des frères. Pourquoi les autres ne s’en rendaient-ils pas compte ? Stupide Dan ! songea Michio. 

 

         — Alors ? Comment était l’homme avec qui tu étais, Michio ?

 

         — Mmh ! Très doué. Je dirais plutôt dangereux aussi. 

         

         Nael frissonna. Michio s’en rendit compte.

 

         — Tu n’as rien à craindre, Nael. C’était juste une fois. Je ne le verrais plus. Je fais très attention et je ne choisis pas n’importe qui. 

 

         — Je sais, Michio. Ce serait bien que tu trouves la bonne personne. Je m’inquiéterais beaucoup moins ainsi. 

 

         — T’es un ange, Nael. Mais, je peux dire la même chose pour toi. Si vous pouviez arrêter de m’inquiéter Dan et toi, vous seriez gentil. 

 

         Nael bâilla à s’en décrocher la mâchoire. 

 

         — Ça, ce n’est pas gagné, gagné.