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Chapitre 11

 

 

Un infirmier lui avait amené du linge afin qu’Erwan puisse se changer. Il eut aussi la possibilité de prendre une douche afin de se réchauffer. Ensuite, il patienta assis sur un siège dans le hall d’entrée. Les enfants avaient été pris en charge afin de subir quelques examens afin de s’assurer que tout allait bien. 

 

Le plus préoccupant était Michio. Il avait reçu beaucoup de coups violents. Il y avait également le coup à la tête dû à sa chute dans l’eau. Les coudes sur les genoux et la tête dans ses mains, Erwan ne vit pas arrivée la petite troupe. 

 

Ce fut l’appel de son nom qu’il se redressa d’un bond. Il eut juste le temps de se retenir en recevant Luce dans les bras. Il serra son compagnon contre lui. Renko et Carlin se trouvaient également présents. Erwan croisa le regard de son beau-père. Celui-ci n’aimait pas être dans un hôpital, mais quand c’était un proche, il en oubliait sa peur.

 

— Où sont mes bébés, Erwan ?

 

L’homme reporta son attention à son compagnon. Il lui déposa un baiser sur le front. 

 

— Ils sont avec le docteur Carmichael. Nael ne voulait pas quitter Michio.

 

— Que s’est-il passé, Erwan ? demanda Carlin d’un ton ferme. 

 

Erwan grimaça. Il aurait voulu passer sous silence pour Michio. Mais, ce ne serait pas juste. Il devait être mis au courant. Alors, il raconta tout ce qu’il savait par rapport à ce qu’il avait vu et entendu, mais sur ce que les enfants ont pu lui raconter.

 

Luce gémit en entendant qu’il avait failli perdre pour toujours un de ses fils. Erwan le cajola comme il put tout en lui assurant que le garçon allait très bien maintenant. Renko retenait Carlin également par l’épaule. Celui-ci avait blanchi en apprenant la chute dans l’eau.

 

À ce moment, un cri retentit. Le groupe se retourna d’un coup. Luce eut juste le temps de se détacher de son compagnon avant de recevoir dans les bras son fils Nael. Il le souleva. Nael entoura le corps de son père de ses jambes. Il pleurait à chaude larme. 

 

Luce embrassa son fils. Il redressa ensuite la tête et il chercha autour de lui. Il en fut contrarié. Il foudroya l’infirmière. Elle se sentit assez vite mal à l’aise.

 

— Où est Michio ? demanda Renko. 

 

La femme se tourna vers le vieil homme. Elle eut un sourire d’excuse. 

 

— Il est toujours avec le docteur Carmichael. Il va bien. Le docteur m’a signalé de vous dire que votre fils râle pour un oui ou pour un non et qu’il affirme mourir de faim.

 

— Alors, pourquoi Nael pleure-t-il ainsi ? Ce n’est pas dans ses habitudes.

 

— Eh bien, il vient de subir une lourde épreuve. Et même s’il est très courageux, ce n’est qu’un enfant de dix ans, monsieur Oda. Il est juste heureux de vous revoir, vous ne croyez pas. 

 

Luce se troubla. Il s’était beaucoup trop inquiété. Il soupira. 

 

— Veuillez m’excuser.

 

— Ce n’est pas grave. Ne vous inquiétez pas. Je viendrais vous prévenir quand vous pourrez voir le jeune Michio.

 

Sur ces mots, l’infirmière tourna les talons. Luce se laissa tomber sur un siège avec Nael toujours dans ses bras. Celui-ci se calmait. Carlin s’assit auprès de son fils. Il caressa les cheveux de son petit-fils. Nael redressa la tête. Des larmes perlaient encore sur le coin de ses yeux. 

 

— Papy, j’ai eu vraiment peur quand Michio est tombé. J’ai cru que je ne verrais plus. Je m’en veux aussi. 

 

— Tu n’es pas responsable, mon ange. Et le pire a été évité. Pourquoi t’en veux-tu ?

 

— J’ai laissé Michio recevoir tous les coups. 

 

— T’es nul, Nael ! Je suis plus costaud que toi, banane, s’exclama alors une petite voix, un peu éraillé. 

 

Tout le monde se tourna d’un même ensemble vers la petite voix. Michio se dressait devant eux avec un œil au beurre noir et un autre bleu près de la bouche. Son regard était toujours aussi vif et brillant. Luce en fut soulagé. Nael descendit des genoux de son père pour sauter sur son frère. Celui-ci riait. 

 

— Allons, je n’allais pas te laisser seul. Arrête de te faire du souci, banane. 

 

Nael hocha la tête, mais il avait bien du mal à se retenir de pleurer. Michio parvint à se détacher de son frère pour se jeter dans les bras de son père Luce. Il y resta juste le temps d’un câlin avant d’aller dans les bras de son grand-père Carlin.

 

— Tu vois papy. Je vais bien.

 

Carlin ne disait rien. Il saura juste le petit garçon plus fortement. Michio sentit ses côtes lui faire mal, mais il ne broncha pas. Il ne voulait pas que son papy se sente coupable.

 

— Petit chenapan ! s’enquit alors une voix grave. 

 

Le docteur Carmichael s’approchait. Il secoua la tête. 

 

— Nous n’avons pas fini, Michio. 

 

Le garçon renifla peu galamment.

 

— Hors de question que je me fais piquer ! Allez voir ailleurs si j’y suis !

 

Luce leva les yeux au ciel. Un certain soulagement lui tomba sur le corps. Son fils était de retour. Nael s’approcha de son frère. Erwan l’observait en silence. Nael avait vraiment été traumatisé. Il n’arrivait pas à se remettre. Il avait failli perdre son frère. 

 

— Michio, s’il te plaît, fait ce que le docteur demande.

 

Le garçon se tourna vers son frère. Il allait répliquer comme à son habitude, mais il se retient en croisant le regard hanté de son frère. Il frissonna. Il leva les yeux vers son père Luce.

 

— Tu m’accompagnes papa ? Je n’aime pas les piqures, moi !

 

Luce lui caressa les cheveux. 

 

— Je te suis. 

 

Michio suivit le médecin tenant la main de son père. Il se tourna juste un instant vers son frère. Il s’inquiétait. Erwan se baissa au niveau de son fils Nael. Celui-ci gardait les yeux baissés. 

 

— Que se passe-t-il, Nael ?

 

Le garçon fondit à nouveau en larmes.

 

— Je n’arrive pas en m’enlever de la tête la scène de la chute. Elle passe en boucle dans ma tête. Je ne veux pas perdre mon frère. 

 

Erwan attrapa son fils dans les bras. Nael sanglotait de plus en plus. Il lui frotta le dos pour le calmer. Il leva les yeux vers ses beaux-parents. Aucun d’eux ne savait comment rassurer le garçon. La journée avait été infernale et la nuit ne semblait pas se terminer non plus.

 

Ils étaient tous fatigués physiquement et moralement. À ce moment, Shin arriva en compagnie de Luka et Nathaniel. Il signala leur avoir pris des chambres dans l’hôtel le plus proche. Ils avaient juste à traverser la route pour s’y rendre. Erwan remercia chaleureusement l’initiative de son ami. 

 

Erwan ordonna à Renko et Carlin d’aller se reposer. Il les rejoindrait dès qu’il aurait prévenu Luce. Il n’eut pas besoin. Ashula Lagardère se trouvait également à l’hôpital. C’était un homme aux origines indiennes. Il avait une patience à toute épreuve et il était très apprécié des patients. Il avait été mis au courant au cours de la journée. Il avait eu du mal à rester concentré dans son travail de chirurgien. Maintenant, il était libre. Il avait croisé son confrère Carmichael. Il avait également pris des nouvelles des garçons. 

 

Il répéta donc ce que son collègue lui avait demandé de signaler. Par précaution, Michio passerait une nuit à l’hôpital. Si tout va bien, il pourra rentrer dès demain. Luce restait avec son fils. Michio ne voulait pas rester tout seul. Nael pouvait rentrer. 

 

Erwan souleva son fils Nael. Celui-ci posa sa tête sur l’épaule de son père. Il ferma les yeux. Il ne voulait plus penser à rien, mais les images revenaient en force. Les sanglots refirent surface. Erwan hésita un instant avant de demander où se trouvait la chambre de Michio. Ashula le lui signala.

 

L’homme et l’enfant se dirigèrent vers la chambre. Étant donné l’heure tardive, il n’y avait plus personne en vue. Il trouva facilement l’endroit. La pièce était toujours éclairée. Luce assis sur une chaise discutée avec son fils, allongé dans le lit médicalisé.

 

— Michio ? Je t’emmène ton frère. Je crois que tu es le seul à pouvoir lui remettre les idées en place. 

 

Erwan déposa son fils qui fonça directement sur le lit près de son frère. Michio secoua la tête. Il se coucha auprès de lui. Aussitôt qu’il sentit la chaleur de Michio, Nael soupira de soulagement. Leur front se touchait presque.

 

— T’es pénible, Nael. T’as intérêt à ne pas prendre toute la place sinon je te jette par terre. 

 

Nael émit un petit rire un peu tremblant tout de même.

 

— C’est toujours toi qui bouges le plus, Michio.

 

Erwan et Luce se regardèrent soulager. Michio redressa un peu la tête et il lança :

 

— Papa Luce, tu peux aller faire dodo. Je te promets que je vais essayer d’être sage comme une image.

 

— Tu vas essayer ? 

 

— Bah oui ! Il ne faut pas trop m’en demander non plus !

 

Erwan ne put s’empêcher de rire. Il aimait ses fils. Luce secoua la tête amusée. Il embrassa ses deux fils. Il pouvait aller à l’hôtel avec Erwan. Ses deux enfants ne risquaient rien dans cet hôpital. 

 

Comme prévu, le lendemain les deux enfants eurent le droit de rentrer chez eux. Et comme, il l’avait promis, Michio fut sage comme une image. Il resta poli et il ne jura pas une seule fois. C’était presque un miracle. La psychologue de l’hôpital vint leur rendre visite avant la venue des parents. Elle voulait discuter un peu avec eux. 

 

Aline Descamps y travaillait depuis quelques années maintenant. Elle appréciait son travail même si parfois, ce n’était pas évident. Michio et Nael l’appréciaient beaucoup. Les garçons la connaissaient grâce à son fils. Xavier Descamps s’occupait d’un bar le « Cool Baby » qui avait appartenu à un membre de la famille Oda.

 

Elle les aimait beaucoup. Ils étaient bien vivants et heureux de vivre. Elle s’était beaucoup inquiétée pour eux en apprenant le kidnapping. Elle fut tout de même surprise de voir que ce n’était en rien cet évènement qui traumatisait l’un d’eux. Elle eut un peu de mal à faire parler Nael, mais avec patience, il se dérida. Il explosa même.

 

Michio fut celui qui parvint à le calmer. Il lui parla les yeux dans les yeux. Il lui balança qu’il devrait arrêter d’y penser. Il était vivant et c’était tout ce qui comptait. Personne n’était fautif à part les kidnappeurs. C’était juste de la malchance. La seule chose que Nael devait retenir, c’était qu’ils étaient tous les deux en vie et c’est tout. 

 

Aline avait observé le dialogue en silence. Elle n’avait jamais vu Michio en colère. Il pouvait piquer des crises, faire des caprices. Mais ce n’était jamais une vraie colère. Là, face à son frère buté, Michio montrait vraiment un visage colérique. Pourtant cette colère disparut comme par enchantement dès que Nael demanda pardon. 

 

Quand Luce et Erwan arrivèrent. Aline voulut parler avec Erwan. Celui-ci voulut s’échapper, mais une pique de son fils Michio l’en empêcha. Erwan accepta de discuter avec la psychologue. Après tout, il avait vu son fils tomber dans l’eau. Un fils dont le cœur avait cessé de battre un moment. Il devait en parler pour son bien.

 

Ils rentrèrent pour l’heure du déjeuner. À peine, la voiture fut-elle arrêtée que Michio tenant Nael par la main fonça vers la porte d’entrée ouverte. Il pénétra dans le couloir jusqu’à la porte de la cuisine se trouvant sur gauche. Il s’écria :

 

— Papy Renko, on a très faim.

 

Renko les attendait en compagnie de toutes les personnes habitant dans la demeure. Il était même certain que dans l’après-midi, tous les autres membres de la famille et les amis envahiraient le manoir pour les enfants Oda. 

 

Dès que les vacances scolaires arrivèrent, Erwan décida de prendre des vacances. Les deux petits monstres avaient repris de poil de la bête. Nael avait longtemps fait des cauchemars. La nuit, les deux enfants finissaient soit dans le lit de leurs parents, soit celui des grands-parents. Michio eut le droit d’entrer dans l’antre de son papy Carlin. Celui-ci lui avait tendu un pinceau et une toile. 

 

Le garçon avait observé un long moment la toile, puis il avait fermé les yeux et il avait laissé cours à sa détresse, à sa colère également. Le tableau fut présenté aux restes de la maison ensuite. En lui-même, le tableau ne représentait rien, juste des couleurs vifs ou non, mais il en dégageait un sentiment profond de désarroi dans son côté sombre et plus on levait les yeux vers les couleurs plus vives, on ressentait un amour profond pour la vie.

 

Carlin fut très fier de son petit-fils. Pour lui, ce tableau serait le premier chef d’œuvre de son petit-fils et ce ne serait surement pas le dernier. Nael lui le fit différemment. Il écrivit avec son père Luce. En effet, Luce s’était souvenu que quand il ne s’était pas senti bien dans sa peau. Il avait pris son cahier et il avait créé sa première histoire. Nael fut ravi de faire une histoire avec son père même s’il eut bien du mal à exprimer ses sentiments sur papiers. Il aurait préféré sur ordinateur.

 

Luce publiait ses livres en autoéditions. Erwan prenait toujours le temps de lire les cahiers bleus pour corriger les erreurs s’il y en avait. Il ne se gênait pas pour faire des remarques également quand une chose ne lui plaisait pas. Luce l’écoutait toujours. Pour ce livre en commun, Erwan eut donc l’obligation de le lire en premier. Il en ressortit en larme, pas de tristesse, mais juste fier du travail commun de son compagnon et de son fils. Nael en rougit de plaisir. 

 

Pour les vacances, la petite famille décida de partir à la mer pour un temps. Pour Luce, cela lui fit bizarre de quitter le manoir aussi longtemps et surtout d’être loin de ses pères. Michio et Nael s’éclatèrent comme des fous. Ensuite, ils s’évadèrent à la montagne. Les deux garçons adorèrent achever leurs pères lors des randonnées.

 

Et pour finir, ils visitèrent quelques villes du pays. Ils s’arrêtèrent pour visiter des bâtiments, des châteaux immenses et leurs cours fleuries, des monastères empreints de spiritualité. Les deux mois passèrent à une vitesse vertigineuse. Les deux garçons furent heureux de rentrer au Manoir. Ils sautèrent dans les bras de leurs deux papys. Ils les soulèrent de bavardages tout le long de la journée pour enfin finir par s’endormir comme deux marmottes dans la salle de musique après avoir joué à cache-cache avec Dan Marcello.

 

Pendant cette période où ils étaient absents, Luka, Nathaniel et Shin se chargèrent du dossier Grandier. Ils avaient promis l’inspecteur Manu Grandier de rechercher sa sœur disparue après toute l’aide que l’homme avait faite pour eux. La tâche se révéla très difficile. 

 

Ludivine Grandier avait grandi dans une famille modeste. Son père travaillait comme vendeur dans un centre commercial. Sa mère ne travaillait pas. Son père en avait décidé ainsi. Les femmes restaient au foyer. Le seul bonheur de Ludivine était son frère un peu plus âgé qu’elle. Elle l’adorait, mais quand elle eut seize ans, elle tomba follement amoureuse d’un garçon que son père n’approuvait pas.

 

Quand elle lui annonça être enceinte, son père la jeta dehors sans autre forme de procès. Il ordonna à sa femme et à son fils de l’oublier. Ludivine quitta leur vie sans protester. Elle avait écrit une lettre à son frère où elle lui demandait de ne jamais devenir comme leur père. Puis, elle disparut de la circulation avec son petit ami. 

 

Après des années de recherches de Manu et de ses nouveaux amis, il apprit juste que le petit ami se nommait Adam Bouvier. Et il ne pourrait pas l’interroger, car Adam s’était tué en tombant d’un immeuble en construction. Les personnes l’ayant côtoyée n’avaient jamais entendu parler de la jeune femme. Où était Ludivine Grandier ? Était-elle seulement encore en vie ? Shin et ses amis promirent à Manu qu’il continuerait de chercher. Aucun d’eux n’abandonnerait tant qu’ils ne l’auraient pas retrouvé.