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Chapitre 10

 

 

Il faisait sombre dans la camionnette. Nael se frotta le bras qui s’était cogné contre un siège en métal. Le véhicule roulait à vive allure. Le garçon se faisait balancer dans tous les sens. Il parvient tout de même à mieux s’installer. Michio se trouvait à ses côtés un peu sonnés. 

 

Nael tenta d’observer autour de lui. Les kidnappeurs ne faisaient plus cas d’eux pour le moment. Pour eux, ce n’était que des enfants de dix ans. Il n’y avait aucun risque à avoir d’eux. Pourtant, Nael songea que ses hommes devraient faire plus attention à eux. Michio avait le regard noir de ses mauvais moments. Et quand il était silencieux, c’était souvent mauvais signe. 

 

Nael se demandait pourquoi il n’agissait pas comme n’importe quel gosse. Il devrait avoir peur. Il devrait pleurer aussi. Mais la seule chose qu’il ressentait était de la rage, de la colère. Il avouait que ce comportement le perturbait un peu. Il se demandait si son frère ressentait la même chose. Connaissant le spécimen, ça ne devrait pas trop le déranger d’être différent des autres. 

 

Ses yeux s’habituaient. Il aperçut les formes des kidnappeurs. Ils étaient en réalité quatre. Celui que Michio avait mordu fortement portait maintenant un bandage. Apercevant du sang dessus, Nael sourit. Michio n’y avait pas été à la délicatesse. Il y avait aussi deux autres hommes d’après le gabarit dont un était le chauffeur. 

 

Nael bascula à nouveau et il se cogna. Il grimaça. Ce conducteur ne savait vraiment pas conduire. Le quatrième personnage devait être une femme. Elle lui disait vaguement quelqu’un, mais il n’arrivait pas à trouver. Il se pencha vers son frère et lui demanda si lui aussi, la femme lui disait quelqu’un. 

 

Michio se redressa un peu mieux en grimaçant. L’homme mordu lui avait assené un coup de poing dans l’estomac peu après son réveil. Il avait un peu mal, mais il tentait de ne rien paraitre. Il jeta juste un coup d’œil. Il chuchota :

 

— C’est cette garce de secrétaire qui a nui à papa Erwan.

 

Nael hocha la tête. Il voyait maintenant. Il fronça les sourcils et s’exclama toujours à voix basse. 

 

— Si papy Carlin t’entendait parler, tu serais à nouveau puni. 

 

Michio haussa les épaules. 

 

— Bah ! Quoi ? Une garce est une garce. Et cette femme en est une, je ne vois pas pourquoi on me punirait alors que je dis la vérité. 

 

Nael leva les yeux au ciel. Incorrigible, celui-là ! Un arrêt sec les secoua à nouveau. Apparemment, ils étaient arrivés. Les kidnappeurs, en silence, descendirent et ils forcèrent les garçons à descendre. Ils se trouvaient en pleine forêt. 

Ils durent s’y mettre à deux pour les tenir. Le plus difficile à maintenir était évidemment Michio. Celui-ci lança sa jambe et la femme reçut son pied en pleine figure.

 

— Bordel ! Mais il va se calmer celui-là, explosa-t-elle en hurlant. Elle saignait du nez.

 

L’homme qui tenait le garçon lui donna un nouveau coup de poing, mais Michio se débattait toujours. Un des hommes qui tenaient Nael vint l’aider. Le pauvre garçon reçut une bonne correction des deux hommes. Ensuite, ils entrèrent dans la cabane. Elle comportait trois pièces. La première salle se trouvait la cuisine et un salon. Les deux autres pièces étaient simplement des chambres avec leur propre salle de bain. 

 

La femme ouvrit l’une d’elles et elle ordonna à ses hommes de balancer les gamins dans la pièce. Ensuite, elle verrouilla la porte avec deux cadenas. Elle se tourna vers ses coéquipiers. 

 

— Nous avons réussi la première partie du plan. Maintenant, il ne nous reste plus qu’à téléphoner à leur père pour la rançon.

 

— Tu es certaine qu’il va payer ? 

 

La femme enleva sa cagoule libérant ainsi une longue chevelure brune. Elle râla :

 

— Tu me prends pour qui ? J’ai côtoyé assez longtemps le Miori pour savoir à quel point il y tient à ses gosses. Il va payer. 

 

L’un des hommes, le plus large d’épaules, s’approcha d’elle et la prit dans ses bras. Il l’embrassa en pleine bouche. La femme noua ses bras autour de son cou.

 

— Si Alma vous le dit, c’est qu’elle a raison. 

 

Le couple disparut ensuite dans la seconde chambre laissant le reste du boulot aux deux autres. Le premier s’installa dans le canapé et prit le téléphone. Le second sortit nourrir les chiens enfermés autour de la maison. Il y en avait cinq en tout. Ces chiens de garde avaient été éduqués à la dure. Ils attaquaient à un simple mot d’ordre de leur maître. 

 

Nael décolla son oreille de la porte. Il écoutait la conversation. Il soupira. Ce n’était pas évident à cause des bruits de l’autre chambre. Qu’est-ce qu’elle pouvait gueuler cette bonne femme ! D’ailleurs, Nael ne tarda pas à entendre son frère frapper comme un forcené contre le mur de séparation.

 

— Bordel ! Mais vous ne pouvez pas baiser en silence, bande de dégénérés du sexe !

 

Nael grimaça. Son frère aimait recevoir des coups ou quoi ? Leur porte s’ouvrit avec fracas et l’amant d’Alma pénétra dans la pièce. Il fonça vers le garçon. Enfant ou pas, il s’en fichait comme d’une guigne. Michio reçut un coup de poing qui l’éjecta contre un mur. L’homme n’eut pas la chance de le voir pleurer ou hurler. Le garçon lui jeta juste un regard de rage. Il cracha le sang dans la bouche. Il avait dû se mordre. 

 

L’homme serra le poing à nouveau avec une folle envie de frapper ce gosse encore une fois. Il le défiait du regard. Alma arriva.

 

— Laisse-le. Nous en avons encore besoin. Mais, tu pourras en faire ce que tu veux quand nous aurons l’argent.

 

Le couple disparut à nouveau. Michio frotta sa joue. Ça faisait mal. Nael s’agenouilla devant son frère. 

 

— Tu ne peux pas rester tranquille deux minutes.

 

— Pour quoi faire ? Au moins, tu as réussi à faire ce que tu devais faire.

 

Nael secoua la tête, exaspéré, mais son frère avait raison. Il sortit de son pantalon une clé. Il la balança devant son frère. Michio la récupéra. Il sourit en grimaçant. 

 

— La chance que les portes des chambres sont en chêne. Ça va être difficile pour eux de fracasser la porte, expliqua Michio. 

 

— Oui, et je me demande comment ils vont aller chercher l’argent avec une voiture aux pneus crevés.

 

— Je suis un génie. Bon, ça fait quand même assez mal.

 

Heureusement que son frère était assez maso pour accepter de servir de punchingball le temps qu’il parvienne à crever les pneus. Et cela n’avait pas été facile pour ne pas se faire surprendre. Nael se leva pour se rendre dans la salle de bain attenante pour trouver un chiffon propre pour le mouiller et le remettre à Michio. 

 

Quand il avait trouvé ce qu’il cherchait, il rejoignit son frère. Il le vit jouer avec un bracelet. Leur père leur avait donné à tous d’eux un bracelet avec un émetteur. Mais les kidnappeurs avaient dû être mis au courant, car la première chose que fit un des kidnappeurs fut de lui retirer et d’écraser son bracelet.

 

Michio n’avait pas le sien. Il ne le portait pas. Il avait prétendu l’avoir perdu dans les toilettes. Papa Luce l’avait grondé et Michio avait eu le droit de dire encore bonjour au mur pendant plus d’une heure. Et comme d’habitude, le mur fut à nouveau gribouillé d’un dessin humoristique. 

 

— Je croyais que tu l’avais perdu.

 

Michio lui adressa un sourire malicieux. 

 

— Non, je le garde toujours. Il est juste mis ailleurs. J’ai bien fait, pas vrai ?

 

Nael hocha la tête. Des éclats de voix se firent entendre dans la pièce à côté. Les deux garçons tournèrent la tête dans cette direction. Ils se regardèrent. La peur les tenaillait malgré tout. Même s’ils ne montraient rien, cela ne les empêchait pas de ressentir la menace sur leur vie. Il ne fallait pas se leurrer. Leurs kidnappeurs ne les laisseraient pas regagner leur foyer en vie. C’était trop risqué pour eux.

 

Les deux garçons se levèrent et ils firent le tour de la chambre et de la salle de bain. Les fenêtres étaient fermées et ne pouvaient pas s’ouvrir. Elles avaient été scellées et elles étaient en double vitrage. Pas facile à briser donc surtout pour des enfants ! 

 

Un bruit provenant de la salle de bain les fit sursauter. Ce n’était pas fort, mais c’était comme si quelqu’un se trouvait dans la pièce. Avec précaution, Nael s’y rendit pendant que Michio surveillait la porte en écoutant. Dès qu’il pénétra dans la salle de bain, il sentit comme un courant d’air. Étrange ! Il n’avait rien senti auparavant. 

 

Son regard fit le tour de la petite pièce comportant juste un lavabo et une douche. Son regard se posa sur le sol. Une cavité venait de s’ouvrir. Il en fut stupéfait. Elle avait juste la taille parfaite pour laisser deux enfants de leur âge pour s’échapper. Il appela son frère. 

 

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          Luce tournait en rond dans le salon. Erwan se trouvait devant la fenêtre. Il se passait sans arrêt une main dans ses cheveux. Renko et Carlin étaient assis l’un près de l’autre sur un des canapés. Les autres membres de la famille attendaient également un peu partout dans le manoir. Akira buvait café sur café dans la cuisine.

 

         Maeva s’occupait de Dan Marcello. Celui-ci pleurait. Il avait peur de ne plus revoir ses amis. Mako se trouvait également dans le salon. Un homme brun et un autre roux discutaient debout près d’un téléphone. 

 

         Ils attendaient le coup de téléphone de la banque. Erwan les avait appelés pour réunir au plus vite la somme demandée. Le directeur avait promis de faire le plus rapidement possible. Erwan serrait les dents à s’en faire mal. Si jamais, il arrivait quelque chose à ses enfants, il ne le supportera pas. 

 

         Luce poussa un cri et se laissa tomber sur le canapé libre. Il s’inquiétait. C’était ses bébés. Il ne voulait pas les perdre. Mais, il avait confiance en eux. Mais, il connaissait le caractère de l’un de ses fils et cela lui faisait peur. 

 

         — Nous allons les retrouver Luce. 

 

         Luce leva les yeux vers Luka Martin. Il lui adressa un sourire triste.

 

         — Je te fais confiance, Luka. Mais, je me fais du souci pour Michio. Il ne sait pas rester sage. Il ne sait pas retenir sa langue.

 

         — Je suis désolé, Luce. Je crois bien qu’il a hérité de mes mauvais côtés, s’exclama Carlin, d’une toute petite voix.

 

         Luce se tourna vers son père. Le kidnapping des garçons avait beaucoup touché son père. Il devait se rappeler la fois où il s’était retrouvé face à Aduscar, son père. Luce rejoignit ses pères. Il posa son front sur l’épaule de Carlin. 

 

         — Papa, ce ne sont pas des défauts. Et Nael est avec lui. Il est son garde-chiourme. Il l’empêchera de faire des bêtises. 

 

         Carlin posa une main sur la tête à son fils. 

 

         — C’est moi qui devrais te réconforter. 

 

         Le portable de l’homme roux se mit à sonner. Erwan se tourna vers eux. L’homme répondit. Il posa deux, trois questions avant de se tourner vers le groupe. 

 

         — L’émetteur de Michio vient de s’allumer, annonça l’inspecteur Manu Grandier. 

 

         Erwan et Luce se regardèrent sidérer. 

 

         — Je croyais qu’il ne l’avait plus, s’exclama Renko.

 

         Luka sourit. C’était bien joué. 

 

         — Il a dû mentir. Ce serait bien de lui. En tout cas, pour nous, c’est tout bénéfice. Je vais prévenir Nathaniel. Il va pouvoir le localiser rapidement avec les nouvelles machines. 

 

         Luka s’échappa aussitôt pour rejoindre son compagnon dans le bureau en face du salon. Shin se trouvait avec lui. Erwan se passa une nouvelle fois une main dans les cheveux. Il avait l’impression d’avoir vieilli d’un coup. Luce le rejoignit. Il noya son regard mordoré dans ceux bleu saphir. 

 

         — Tu me ramènes mes petits diables, hein, Wan ?

 

         Erwan déposa un baiser sur le front de son homme. Cela faisait longtemps que Luce ne l’avait pas appelé ainsi. Ensuite, il se tourna vers l’inspecteur. 

 

         — Quand ils seront localisés. Je viens avec vous. 

 

         Manu voulut le dissuader, mais en croisant le regard bleu, il changea d’avis. Il hocha simplement la tête. Le téléphone sur la table basse se mit à sonner. Renko répondit. Le directeur de la banque lui indiqua que l’argent était prêt. Au même moment, la porte s’ouvrit sur Nathaniel. 

 

         — Nous savons où ils sont. 

 

         — J’appelle les renforts, lança Manu.

 

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         Le passage était très étroit, mais les deux garçons purent passer sans problème. Quand ils furent enfin dehors, la nuit venait de tomber. C’était une nuit sans lune. Ce ne serait pas facile de s’échapper. 

 

         Le plus silencieux possible et en faisant attention à ne pas se faire repérer de la maison, les deux garçons foncèrent vers la forêt. Nael et Michio se tenaient la main. Ils aimeraient courir, mais ils ne voyaient pas grand-chose devant eux. Parfois, ils sursautaient en entendant des brindilles grincer. 

 

         Ce n’était pas facile non plus de savoir s’ils étaient bien éloignés de la cabane à cause de leurs petites jambes. Ils ne savaient pas depuis combien de temps, ils vagabondaient, mais petit à petit, ils entendirent des cris, ainsi que des coups de feu. 

 

         La peur les tenaillait. Ils avançaient de plus en plus vite au risque de se faire mal. Michio manqua la chute plus d’une fois à cause d’une racine. Il avait mal partout. Le contrecoup des coups reçus commençait à se faire sentir. Il avait envie d’être dans les bras de son père Luce. Nael ressentait la fatigue lui aussi et surtout celle de son frère. C’était mauvais. Michio avait reçu tous les coups et même s’il ne disait rien, Nael savait qu’il souffrait. Il avait envie de pleurer. Il n’avait jamais aimé le noir. Il avait presque l’impression de suffoquer. 

 

         Les deux garçons se mirent à gémir en entendant les hurlements des chiens. Leurs cœurs se mirent à battre plus vite. Leurs kidnappeurs avaient relâché les chiens. Nael serra plus fort la main de son frère. 

 

         Michio comprit le message. Ils se mirent à courir comme si la mort était à leur trousse. Et en vérité, elle se trouvait bel et bien là, mais contrairement à ce que pouvaient penser les garçons. Elle n’était pas là pour eux. 

 

         L’ombre s’attaqua au premier homme qu’elle aperçut. Il n’eut pas le temps de prévenir qu’il s’écroula dans son sang. Elle s’éclipsa rapidement pour rejoindre un autre protagoniste. Il ne la vit pas arriver non plus. Il tomba à son tour en silence. L’ombre sourit. Elle se dirigea vers un autre arbre. Elle récupéra un fusil sniper. 

 

         Elle devait se dépêcher. Il fallait qu’elle trouve un bon endroit pour les protéger. Elle aperçut la silhouette de deux autres kidnappeurs. Elle n’avait pas le temps de s’en occuper. La police n’allait pas tarder à arriver de toute façon. 

 

         L’ombre se mit à courir le plus vite possible. Elle n’était plus de toute jeunesse, mais elle avait beaucoup d’entraînement. Ça la maintenait en forme. Un grognement se fit entendre. L’ombre stoppa net. Le chien se jeta sur elle, sans crier gare. L’ombre jeta son arme pour attraper un couteau. Le chien n’eut jamais l’occasion de la mordre. Elle ramassa son arme et elle repartit de plus belle au pas de course. 

 

         Les garçons couraient et couraient. Ils n’en pouvaient plus. Leurs poumons brûlaient. La forêt laissa place à un lac. Nael et Michio se regardèrent effrayer. Comment se sortir de là maintenant ? 

 

         Deux chiens firent leur apparition. Ils foncèrent aussitôt sur les deux enfants. Pour les éviter, ils durent se lâcher en s’éjectant chacun d’un côté. Nael appela son frère. Celui-ci lui répondit. Il se trouvait près du lac. Il reculait face au chien massif. 

 

         Nael sentit la panique le gagner. Un coup de feu retentit. Le chien face au garçon s’écroua une balle en pleine tête. Le garçon eut un hoquet de surprise. Il regarda autour de lui. Il commençait à voir les contours. C’est alors qu’il vit son frère sur le ponton toujours suivi par le chien enragé. Il ouvrit la bouche pour hurler le nom de son frère. 

 

         Il se mit à courir vers lui tout en criant le nom de son frère. Les larmes commençaient à couler sur ses joues. Il força sur ses jambes à aller plus vite. Il devait aller plus vite. Son frère était en danger. 

 

         Michio jeta un coup d’œil vers son frère. Il avait peur pour lui. Le chien commençait à prendre son élan quand le coup de feu l’avait tué. Michio en fut soulagé. Mais lui se trouvait toujours aux prises avec le chien, un mastiff. Habituellement, ces chiens étaient doux et affectueux. Pourquoi les adultes en avaient-ils fait des monstres ? 

 

         Il reculait de plus en plus. Il ne se rendait pas compte qu’il s’approchait d’un autre danger. Et quand enfin, il comprit, c’était trop tard. La planche céda sous son poids et celle de l’animal. Le garçon chuta dans l’eau en se cognant la tête contre un morceau de bois. 

 

         Nael vit son frère disparaître dans les ténèbres. Il poussa alors un hurlement effrayant. Courant toujours droit vers le lieu, il tendit ses bras vers l’avant en criant comme une litanie le nom de son frère. 

 

         Alors qu’il s’approchait vers le bord du lac à son tour, deux bras le happèrent. Le garçon se débattit en hurlant Michio. Du coin de l’œil, Nael aperçut une silhouette familière passée près de lui en vitesse. Elle disparut dans un plongeon dans le lac sombre. 

 

         L’inspecteur Grandier serra le garçon dans les bras pour le calmer. Il lui chuchota des paroles réconfortantes. Petit à petit, le corps de l’enfant se calma. Il sanglotait dans ses bras. 

 

         Erwan n’avait pas cherché une seconde en comprenant ce qu’il venait de se passer. Il avait foncé vers le lac. Il avait laissé Manu s’occuper de Nael. L’eau glaciale le paralysait. Il ne voyait pas grand-chose dans cette eau sombre. Il avait presque l’impression d’être dans un abysse. Il chercha de tous les côtés. Où était son fils ? 

 

         La panique commençait à le prendre. S’il ne le trouvait pas, jamais il ne pourrait face à Luce. Il lui avait promis de lui ramener ses enfants. Erwan reprit de l’air et il plongea à nouveau. Il fouilla chaque recoin. C’est alors qu’il vit quelque chose de briller. Il fonça vers le clignotement. C’était le bracelet émetteur. 

 

         Erwan vit son fils sans vie. Il l’attrapa. Il devait faire au plus vite. Chaque minute comptait maintenant. Il fonça aussi vite qu’il put. La seule fois où une peur insensée l’avait tenaillé, c’était à l’époque où Luce avait été enlevé avec d’autres enfants par Saphira Folker. Erwan ne voyait plus rien. Il sortit rapidement de l’eau avant de s’écrouler sur l’herbe. Il se mit aussitôt à faire le massage cardiaque. 

 

         Il suppliait Michio à ouvrir les yeux, en silence. Manu avait fait venir une ambulance. Les infirmiers arrivèrent rapidement et prirent la place d’Erwan. Celui-ci se laissa tomber sur le sol la tête dans les mains. Les larmes de désespoirs coulaient. C’était effrayant et intenable. Il avait l’impression que les secondes passaient en minutes, voire en heure. C’était insoutenable. 

 

Nael quitta les bras de l’inspecteur pour se jeter dans les bras de son père. Celui-ci le serra fortement. Le garçon murmura tout tremblant. 

 

— Papa, Michio va bien. Il va revenir. Je le sais.

 

Erwan hocha la tête. Si Nael le disait, alors c’était la vérité. À cet instant, un râle et un cri se firent entendre. 

 

— Mettez-le sur le côté afin qu’il puisse recracher l’eau, expliqua le médecin. 

 

Erwan redressa la tête. Michio vivait. Son cœur s’était remis à battre. Des larmes coulaient sur ses joues, il avait mal partout. Il poussa un couinement. Erwan se redressa avec Nael et il s’approcha. Il caressa les cheveux noirs de son fils.

 

Michio ouvrit les yeux douloureusement. Il vit son père Erwan. Il poussa un petit cri d’animal blessé avant de se jeter dans ces bras. Le père embrassa le front de son fils en pleur. Nael se moula à eux également. Il voulait donner de sa chaleur. 

 

Un pompier arriva avec des couvertures isothermes. Il la posa sur les épaules des enfants et une autre sur le père. Manu se passa une main dans ses cheveux roux. Cette journée avait été bien stressante pour tout le monde. Il s’éloigna de la petite famille pour appeler ceux restés à la demeure des Oda.

 

Ensuite un de ces hommes s’approcha pour l’informer de ce qu’il avait pu trouver à la cabane et l’arrestation d’une femme et d’un homme qui prétendait être des randonneurs.

 

— Que se passe-t-il d’autre Manu ? 

 

L’inspecteur sursauta. Il se tourna vers le PDG de la Miori Corporation. L’homme portait ses deux fils dans les bras. Il hésita, puis haussa les épaules. De toute façon, Erwan finirait par le savoir.

 

— Nous avons trouvé le cadavre de deux hommes, ainsi que cinq chiens. Et un couple vient d’être arrêté. Ils prétendent être des randonneurs. Penses-tu que c’est son actif ? 

 

Erwan comprit de suite l’illusion. Saphira avait dû agir. Il ne savait pas qu’elle se trouvait dans les parages. Devait-il s’en inquiéter ou pas ? 

 

— Ton ex-secrétaire est parmi les kidnappeurs, papa.

 

Les deux hommes se regardèrent stupéfaits.

 

— Tu parles d’Alma, Nael ?

 

— Bah ! De qui veux-tu qu’on parle ? Tes neurones se sont noyés, papa, s’exclama alors Michio. 

 

— C’est d’un très mauvais goût Michio.

 

Le garçon gloussa. Il déposa un baiser sur la joue de son père. 

 

— Il vaut mieux en rire que pleurer, c’est tout. Oui, c’est Alma. Nael et moi, nous avons reconnu sa voix et sa façon d’être. Pour l’homme, je ne l’ai pas vu de visage, mais j’ai eu ses poings alors je ne risque pas de l’oublier de sitôt.

 

En entendant la phrase de son fils, Erwan sentit son sang chauffer. S’il mettait la main sur ce type, il lui montrerait ce qu’il en coutait de frapper un de ses enfants. Manu hocha la tête. Il ordonna à un pompier d’amener la petite troupe jusqu’à une ambulance. Il les rejoindrait plus tard à l’hôpital. 

 

Maintenant que le stress avait évacué, Erwan ressentit une faiblesse. Heureusement que le pompier fut présent pour l’aider. Même les deux enfants ne tenaient plus debout. Ils montèrent dans l’ambulance sans rechigner. Michio et Nael se serrèrent dans les bras de leur père. Avant même qu’elle démarre, les petits dormaient