Chapitre 8

 

         Erwan se gara sur une place de parking réservé aux visiteurs. Alors qu’il sortait ces fils de la voiture, Michio laissa échapper en croisant un taxi.

 

         — On dirait Harumi. 

 

         Shin se tourna rapidement vers le taxi qui tournait vers la gauche. Il plissa les yeux. La silhouette à l’arrière du véhicule lui rappelait également la femme de Mako Marcello et la mère de son compagnon. En silence, le groupe se dirigea vers l’appartement de Mako Marcello.

 

         L’homme en question travaillait avec Erwan depuis trois ans environ. Mako était un homme réservé et assez timide à l’opposé de son physique de beau gosse. À l’origine, Mako était né dans une famille riche. Le père possédait une société importante dans l’informatique. Les parents et le fils aîné moururent dans un accident d’avion.

 

         Mako avait hérité de la société, mais il ne se sentait pas capable de la gérer. Quand il avait fait la connaissance d’Harumi Sanada. Il avait tout simplement revendu la société à la Miori Corporation et à l’associé de son père Edwyn Flagan. Pendant de longue année, il travailla avec Harumi dans sa boutique de fleur.

 

         De leur relation, un petit garçon du nom de Dan était venu agrandir leur petite famille. Cette naissance avait été assez surprenante. Harumi avait une vingtaine d’années de plus que Mako et à l’origine, elle ne voulait pas d’autres enfants. Sawako était né de façon traumatisante pour elle. 

 

         Trois ans auparavant, elle avait tout simplement décidé de revendre sa boutique sans en parler d’abord avec Mako. Celui-ci fut mis dans la confidence le jour de la vente. Il l’avait très mal digéré. Ensuite, d’après les dires de Sawako, Harumi commença à douter de la fidélité de son mari. Elle le harcelait également sur le Japon. 

 

         Harumi voulait retourner vivre là-bas. C’était la raison de la vente de la boutique. Mais, Mako ne voulait pas. Il acceptait d’y aller pour les vacances. Mais, il ne se voyait pas vivre dans ce pays. Pour payer les factures, Mako chercha un nouveau travail. Erwan lui en avait offert un.

 

         Quand ils arrivèrent devant la porte, celle-ci se trouvait entre bailler. Inquiet, Shin pénétra tout en donnant un coup à la porte. Erwan et les enfants entrèrent à leur tour. Ils eurent la surprise de trouver Mako assis sur une chaise. Sawako, agenouillé, nettoyait une plaie sur le front du propriétaire des lieux.

 

         — Que s’est-il passé ? interrogea Shin.

 

         Sawako stoppa son geste. Il se tourna vers son compagnon de vie. Shin aperçut son regard un peu hagard. Michio et Nael regardèrent autour d’eux. Ils se sentaient mal à l’aise. Les deux garçons sentaient le mal être des adultes. Une valise ouverte se trouvait sur le sol. Le linge était trop petit pour une adulte. Ils se regardèrent. Puis dans un geste, ils coururent vers la chambre du fond.

 

         Erwan allait les réprimander, mais son regard aperçut la valise. Il comprit à demi-mot. Mako repoussa la main de Sawako. Il lui adressa un petit sourire de remerciement. Il soupira. Puis, il leva les yeux vers les nouveaux arrivants. Les deux hommes aperçurent la blessure sur le front. Sawako se redressa et il rejoignit son homme. Shin le prit dans les bras.

 

         Son chaton n’était pas comme d’habitude. Que s’était-il passé ? Pour le rendre aussi morose ? Il déposa les lèvres sur son front. Sawako se serra encore plus. Erwan se tourna vers Mako. 

 

         — Désolé pour cet accueil. 

 

         — Ne t’inquiète pas pour cela. Que s’est-il passé ? demanda Erwan. 

 

 

         Mako se passa une main dans ses cheveux noirs. Il expliqua alors. Il revenait de son travail un peu plus tôt que prévu. Il rencontra Sawako en route. Il l’invita à rendre visite à Dan. Quand ils étaient entrés dans l’appartement, ils se retrouvaient devant Harumi au milieu de ses bagages. Celle-ci tirait Dan par le bras. Celui-ci hurlait qu’il ne voulait pas partir. 

 

         — Je suis intervenu et pour se venger, Harumi m’a jeté une des valises qu’elle tenait en pleine figure. Dan s’est enfui dans sa chambre. En rage, elle m’a lancé qu’elle en avait marre. Apparemment, nous sommes coupables de ne pas être à son écoute, que je la trompe aussi sous son nez, que je lui ai volé son fils.

 

         Shin et Erwan se regardèrent, stupéfaits. Alors la femme dans le taxi était bel et bien Harumi Sanada Marcello. Mako ferma un instant les yeux. Quand il les ouvrit, il semblait avoir repris un peu de sang-froid. Il fixa son patron. 

 

         — Mais je suppose que vous n’êtes pas venu pour une visite amicale. 

 

         Sawako sursauta. Il s’éloigna de son compagnon, intrigué. Shin fut déçu de perdre la chaleur de son chaton. Erwan soupira. Il devait bien évidemment parler à son tour. Il raconta donc ce qu’il se passait. Il vit les yeux marron vert de Sawako se noircir. Ces révélations ne plaisaient pas beaucoup au chat sauvage. 

 

         Mako lui blanchissait à vue d’œil. Comme s’il n’avait pas déjà assez de problèmes avec sa femme. Maintenant, même son avenir était en jeu. 

 

         — C’est quoi ce bordel, Erwan ? Mako serait incapable de faire une chose pareille, s’emporta Sawako.

 

         — On le sait très bien chaton, s’enquit Shin, d’une voix calme. 

 

         Sawako lui lança un regard noir. Il n’allait pas être facile de le calmer. Son chaton avait vraiment du sang chaud. Mako prit alors la parole. 

 

         — Ne te fâche pas, Sawako. Erwan ne fait que son travail. Je ne sais pas quoi dire pour me défendre à part que je n’ai rien fait.

 

         Sawako allait à nouveau répliquer, mais Shin lui posa un doigt sur les lèvres. Erwan se laissa tomber sur une chaise. Il avoua :

 

         — Mako, j’ai entièrement confiance à Alexis et à toi. J’ai préféré vous avouer la vérité au cas où cela s’ébruite. Nous cherchons le coupable. Sans vos coopérations, nous n’y arriverons pas.

 

         Mako grimaça. Il devinait bien qu’elle serait la demande. 

 

         — Je suppose que je suis relevé de mes fonctions jusqu’à nouvel ordre. C’est compréhensible. Je vais faire avec. De toute façon, je ne crois pas avoir la tête à faire un travail correct avec mes problèmes personnels.

 

         Nael et Michio laissèrent les adultes entre eux. Ce n’était pas leur problème. Arrivés devant la porte, les garçons hésitèrent un instant avant de pénétrer dans la pièce sombre. La chambre était un peu bordélique comme si un raz de marée était passé. Harumi avait dû décider sur un coup de tête. 

 

         Dan se trouvait recroquevillé sur lui-même sur le lit. Les garçons s’approchèrent doucement. Enfin, ils essayèrent, mais Michio se prit le pied dans un vêtement qui traînait et il pesta comme un charretier. Nael lui fit les gros yeux. 

 

         Le garçon haussa les épaules. Ce n’était pas de sa faute. Dan redressa la tête. Il secoua la tête. Apercevoir ses amis lui remontait le moral. Il frotta ses yeux humides et il s’exclama :

 

         — Michio, tu es trop vulgaire.

 

         — Hein ? Mais, j’ai failli me tordre le cou à cause du foutoir. Tu pourrais être plus sympa. 

 

         Nael s’installa sur le lit. Il regardait son camarade. 

 

         — Est-ce que ça va ? 

 

         Dan secoua la tête. 

 

         — Ma famille vient d’éclater en mille morceaux. Maman voulait m’emmener avec elle. Elle se tire au Japon. Tant mieux, bon débarras.

 

         Michio et Nael se regardèrent stupéfaits. 

 

         — Dan ? Pourquoi être aussi dure avec ta mère ?

 

         — Depuis trois ans, elle n’arrête pas d’être méchante envers papa. Elle lui cherche sans arrêt dispute. Papa refuse. Il ne veut pas se disputer en ma présence. Quand je suis seule avec elle, elle me raconte des horreurs sur lui. Elle dit qu’il a une maîtresse et qu’on le dérange. 

 

         — Mais Harumi est quelqu’un de gentil. Pourquoi elle fait ça ? interrogea Michio.

 

         — Je ne sais pas. Elle n’arrêtait pas de nous fatiguer avec le Japon par ci, le Japon par là. Je lui ai dit que je ne voulais pas y vivre. Jamais. 

 

         — Comment elle l’a pris ? demanda Nael.

 

         Il avait posé une main sur celle de son ami sans vraiment s’en rendre compte d’ailleurs. Dan lui se troubla. C’était des sensations nouvelles et un peu intimidantes. 

 

         — Mal, très mal. Elle nous a accusés que nous voulions son malheur. Je ne comprends pas. Elle est même désagréable avec Sawa. Pourquoi a-t-elle changé autant ? 

 

         — Il y a peut-être une raison. Un jour, nous le saurons quand nous serons plus grands pour comprendre les adultes.

 

         — Mouais, mais je ne suis pas pressé d’être grand, moi ! 

 

         — Ouais, je sais, répondit Nael à son frère. C’est pour continuer à faire des bêtises. Trop grand, tu te ferais punir différemment.

 

         Heureusement, ces amis étaient là pour le réconforter, songea Dan. D’un seul coup, il poussa un cri. Il avait chaviré sur le dos sur son lit. Un rire moqueur se fit entendre. Michio avait attendu qu’il ne fasse pas attention pour se jeter sur lui. Celui-ci se trouvait à genoux à ses côtés. Il penchait la tête comme s’il cherchait une autre bêtise à faire. Ce serait bien le genre. 

 

         — Écoute Dan, c’est vrai que c’est triste. Ta maman est partie, ton père n’est pas dans son assiette aussi. Mais, tu nous as nous, tes supers potes. Alors, je t’interdis de déprimer. Si tu as envie de pleurer, et ben fait-le. Et si on est là, on te fera un gros câlin.

 

         Dan écarquilla les yeux. Il était touché par les paroles de Michio.

 

         — Est-ce qu’on sera ami pour la vie ? demanda d’une petite voix Dan.

 

         Nael et Michio se couchèrent auprès de leur camarade. Ils observèrent le plafond en silence avant que Nael finisse par répondre :

 

         — Je serais toujours présent. Alors oui, ami pour la vie.  

 

         Dan fut tout content. Michio se redressa en s’appuyant sur un bras et il lança :

 

         — Ami pour la vie, car je m’ennuierai de ne pas être là pour vous pourrir la vie.

 

         Nael et Dan crièrent en même temps tout en se jetant sur le garçon hilare.

 

         — Michio, mais t’es pourri.

 

         Les trois garçons se chamaillèrent joyeusement avant de lâcher prise. Quand finalement, Erwan partit à la recherche de ses fils, il les retrouva endormis sur le lit entourant Dan de leur présence.