Chapitre 3

 

         Les jours suivants, la nouvelle, comme quoi deux nouveaux membres de la famille Oda venaient de faire leur apparition, se propagea à la vitesse de la lumière. Ils eurent donc la visite de toute la famille qui comptait pour la plus grosse partie d’amis de lycée, d’enfance ou connu entre temps.

 

         Les jumelles d’Erwan ne ratèrent pas l’occasion de taquiner leur frère même si ensuite, elles hurlèrent dans toute la maison, car leur frère leur faisait à nouveau des misères. 

 

         Youji Miori discuta longuement avec Renko et son fils à propos de la marque sur la main du petit Nael. Elle avait la forme d’un petit papillon. Youji était formel. August Miori l’avait eu au niveau du cœur. 

 

         Erwan précisa de toute façon que les petits devront se rendre à l’hôpital pour des examens et des tests. Il ne voulait pas les traumatiser, car il se souvenait très bien que Saphira leur avait parlé des tortures qui devaient être des tests.

         Carlin approuva. Certes, il détestait les hôpitaux. Mais il ne voulait pas empêcher de soigner ces petits enfants. Il conseilla, tout de même à ce que ce soit le docteur Élone Pastoly ou le docteur Carmichael qui s’occupent d’eux. 

 

         Erwan avait pensé à la même chose. Il l’avait précisé en prenant rendez-vous. Pour ne pas changer, Luce râlait de toutes les visites même s’il était heureux de voir tous ses amis. Mais les deux garçons devenaient infernaux. Ils ne voulaient pas faire de sieste et ils devenaient grognons si Luce s’éloignait de trop. 

 

         Ils avaient mis un deuxième lit dans la chambre. Mais comme l’avait deviné Luce, cela posa problème. Michio refusait de dormir si son frère n’était pas avec lui. Nael ne disait rien, mais il n’était pas à l’aise non plus. Luce ne réfléchit pas longtemps, il laissa les garçons dormir ensemble. Cette habitude finirait par s’en aller avec le temps. 

 

         Michio avait un caractère bien à lui. Il pouvait être un ange comme il pouvait devenir une vraie teigne. Il pouvait être colérique et deux secondes plus tard rire aux éclats. Il mangeait pour deux et personne n’avait le droit de toucher à son assiette. Gare à lui sinon ! 

 

         Nael pouvait être plus sage et beaucoup plus curieux. Mais il lui arrivait aussi de piquer des crises de colère surtout s’il ne voyait pas son frère depuis un moment. Il se calmait aussitôt en l’apercevant. Il aimait bien regarder des livres même si souvent il se trouvait à l’envers. Il avait déjà tendance à s’échapper aussi à quatre pattes. 

 

         Michio était plus fainéant sauf s’il voyait un chat. Il avait tendance à vouloir les suivre. Un jour, Luce eut bien du mal à le retrouver. Il avait bien failli paniquer, mais il eut l’idée de se rendre dans la salle d’eau près de la sortie arrière du manoir. Il retrouva son fils endormi dans la panière avec Reine comme couverture. 

 

         D’ailleurs, celle-ci empêcha Luce à le récupérer. Dès qu’il faisait le geste de s’approcher, elle lui fêlait à travers et elle sortait ses griffes bien acérées. Reine, celle que les chats de la maison considéraient comme leur chef, s’était prise d’une grande affection pour les deux bambins avec une préférence pour Michio. Elle restait souvent près d’eux à veiller au grain. La nuit, elle s’installait sur le coussin au bout du lit. 

 

         Si l’un d’eux faisait un cauchemar, ce qui arrivait assez régulièrement surtout si un orage grondait, elle s’approchait d’eux et elle se couchait entre eux tout en laissant son ronronnement fonctionner. Luce ou Erwan veillait juste qu’elle n’étouffe pas par inadvertance un des enfants.

 

         Carlin disparut pendant un temps dans son atelier. Luce avait tenté de savoir la raison en interrogeant Renko. Mais, celui-ci sourit et lui dit simplement qu’il en avait eu besoin, c’est tout. Luce resta dubitative. Son père se cachait souvent dans son atelier quand l’émotion était trop forte pour lui. Est-ce le fait d’apprendre qu’il était père ? Qu’on avait utilisé son ADN sans sa permission pour jouer avec des enfants ? 

 

         Peut-être finira-t-il par le savoir un jour ? Le jour J, Erwan et Luce emmenèrent les bambins à l’hôpital. Ils informèrent qu’ils resteront présents pour chaque examen. Les infirmières furent troublées par cette demande, mais elles le furent encore plus, car le docteur Pastoly accéda à la demande. Habituellement, il refusait que les parents restent, car ils pouvaient devenir une gêne. 

 

         Pour certains examens, Nael et Michio ne dirent rien. Mais, pour la prise de sang, ce fut une tout autre affaire. Apparemment, la seringue leur rappelait de mauvais souvenirs. Luce prit Michio dans les bras et lui murmura des mots doux pour le calmer. Il se laissa faire ainsi. Pour Nael, ce fut pareil. Les larmes étaient toujours présentes, elles perlaient au coin de ses yeux. Il avait niché sa tête contre l’épaule d’Erwan. L’homme pouvait le sentir trembler. 

 

         Il s’en voulait un peu de leur faire subir tous ces examens, mais il fallait bien savoir si tout allait bien pour eux. Il eut encore deux, trois tests ensuite, mais beaucoup plus doux et reposants pour les enfants. Michio finit par s’endormir dans les bras de Luce. Son frère ne tarda pas en faire autant. Le docteur Pastoly les libéra. Il demanda à une infirmière d’amener ces patients dans une chambre libre afin de laisser les petits dormir tranquillement.

 

         Dès qu’ils furent posés sur le lit, Nael se moula contre son frère et leurs mains se lièrent. Ils eurent un soupir de soulagement. Luce se laissa tomber sur une chaise. Il leur caressa la joue. 

 

         — Qu’est-ce qu’ils ont subi pour être aussi apeurés ? Comment peut-on faire du mal à des êtres aussi petit ? 

 

         — Je ne sais pas mon ange. Mieux vaut ne pas le savoir pour rester sain d’esprit, je pense. Si tu le permets, je vais faire les papiers pour qu’ils portent également mon nom.

         

         Luce releva la tête vers son compagnon. Il lui sourit.

 

         — Évidemment que tu peux. Ce sont les tiens aussi.

 

         — Luce, je leur donne mon nom, mais ce serait bien qu’ils ne l’utilisent pas en public.

 

         — Comme tu veux. Je pense que c’est une bonne idée. Oda est connu, mais moins que celui des Miori. Ton nom intimide beaucoup trop. 

         — Je n’y peux rien. As-tu réussi à joindre Sawako ? 

 

         — Oui, il a promis de venir avec sa mère et le petit Dan. Il doit avoir le même âge que ces deux loustics. Ça fera un bon compagnon de jeu. 

 

         — Espérons qu’ils l’acceptent dans leur monde.

 

         Quand les deux enfants se réveillèrent, le couple put rentrer. Michio décida de papoter tout le long du trajet avec son frère. Celui-ci ne disait rien, mais riait de temps en temps. 

 

         Les jours suivants, Sawako arriva en fanfare comme à son habitude accompagné par son compagnon et d’un petit garçon lui ressemblant beaucoup. Harumi n’avait pas pu venir. Elle avait donc laissé son fils ainé se charger de Dan. 

 

         Erwan songea que Shin avait vraiment une patience d’ange avec cet énergumène remuant et mordant. Sawako lui chercha des noises comme à son accoutumé. Laissant son homme se dépatouillait avec son ami, Luce souleva le petit Dan et il sortit.

 

         Le petit garçon était un petit ange à ses heures. Il devrait très bien s’entendre avec Michio à ce sujet tout comme son côté glouton. Il entra dans le salon où Michio et Nael jouaient sur une couverture avec la surveillance de mademoiselle Reine et de Carlin. 

 

         Son père était ressorti de son atelier la veille. Il était couvert de peinture et il avait une extrême fatigue. Maintenant, il avait retrouvé son éclat habituel et sa forme physique. Dan l’aperçut et lui fit un grand sourire et un coucou de la main. 

 

         Ensuite, le regard du petit tomba sur les deux garçons sur la couverture. Ceux-ci avaient arrêté de jouer pour le regarder. Luce le déposa sur la couverture également. Il présenta :

 

         — Voici Dan. Il va être votre camarade de jeu pour la journée. Dan, je te présente Michio et Nael.

 

         Les trois garçons s’observèrent un long moment en silence. Michio fut le premier à agir. Il leva les bras et il poussa un cri. Puis, il se mit à rire avant de prendre un petit cube et de le lancer en direction de Dan. 

 

         — Michio, ce n’est pas une façon de faire, gronda calmement Luce. 

 

         Le garçon regarda son père et il laissa échapper avec une impression qu’il haussait les épaules.

 

         — Bah bababa ! 

 

         Carlin se mit à rire. Michio se moquait carrément de son père. C’était évident. Dan prit le petit cube. Il le regarda un instant avant de rire à son tour. Nael le rejoignit ensuite. Luce secoua la tête exaspérée. Qu’est-ce que cela allait donner quand il sera plus grand, ce petit démon ? 

 

         Sawako vient les rejoindre quelque temps plus tard après avoir bien ennuyé Erwan. Shin plaignait sincèrement son ami. Son chaton pouvait être une vraie plaie quand il le voulait. Shin rejoignit Carlin sur le canapé. Il observa Sawako avec les petites créatures bruyantes. 

 

         — Alors voilà tes deux mioches, Luce ? 

 

         — Tu ne pourrais pas être plus courtois. 

 

         — Nada ! Tu aurais préféré que je dise, c’est trucs à quatre pattes qui hurlent et qui t’en font voir de toutes les couleurs ? 

 

         En réponse, il reçut un cube sur la tête. Sawako baissa la tête vers le coupable. Celui-ci l’observait en souriant de toutes ses dents. Avant qu’il puisse dire quelque chose, il en reçut un deuxième. Michio riait. Il n’avait nullement peur de ce chat sauvage. 

 

         — Luce ? Au lieu de te foutre de ma poire, tu ne pourrais pas apprendre à ton fils d’être plus correct.

 

         — Et c’est toi qui dis ça ? répliqua Luce, tout sourire. 

 

         — Mais je vais en faire du pâté pour chien s’il continue.

 

         En récompense, Nael et Dan firent de même. Ils lui envoyèrent d’autres cubes. Sawako hurla et leur sauta dessus. Il se mit à chatouiller l’un après l’autre. Ils riaient comme des fous. 

 

         Quelques heures plus tard, Sawako regardait un livre avec Nael sur les genoux. Michio préférait ennuyer Shin sur les genoux de Carlin. Dan lui s’était endormi sur la couverture. 

 

         — Sawa ? Tu nous fais à manger. 

 

         — Pas question ! Je suis invité. Je ne travaille pas. Demande à ton homme, Carlin. 

 

         — Il fait grève. Bon, ce n’est pas grave. Nous allons leur donner un repas acheté. 

 

         Le japonais redressa la tête. Ses yeux brillaient.

 

          — Ça ne va pas. Ce n’est pas bon pour eux. 

 

          — Bah oui, mais comme tu ne veux pas cuisiner ! 

 

Sawako se redressa en râlant sur l’incompétence de ces amis. Shin sourit, amusé. Son chaton venait simplement de se faire avoir en beauté. Il refila Nael à son père et il sortit du salon pour la cuisine. Il vira toutes les personnes. Renko et Erwan rejoignirent leurs compagnons dans le salon. 

 

Ce soir, le repas serait encore plus excellent que d’habitude. Après tout, ce n’était pas tous les jours d’avoir un chef cuisinier dans sa cuisine. Luce jeta un coup d’œil à Michio. Celui-ci avait chaviré sur les genoux de Shin. Il avait décidé de l’amadouer ou de l’embêter. C’était pareil au même. Shin avait beau faire comme s’il ne le voyait pas. Le petit faisait tout pour se faire remarquer et l’homme ne pouvait pas le laisser tomber non plus. Michio gagna haut la main. 

 

Quelques jours plus tard, ils reçurent les résultats de leur examen. Les deux enfants étaient en excellente santé. Les tests sanguins eux montrèrent la présence de la drogue rouge du dragon. Mais, il ne fallait pas s’alarmer. Elle ne leur causait aucun problème. Luce avait serré ses deux enfants contre lui. Un autre lien les liait à eux. Luce, Carlin, Sawako et bien d’autres avaient également cette drogue dans leur veine. 

 

Pour les tests ADN, ils devront attendre encore un peu plus longtemps pour avoir les résultats. Michio et Nael faisaient déjà partie de leur famille. C’était juste pour être certains des dires de Saphira.