Chapitre 2

 

Pour le retour, Renko et Carlin prirent les deux bambins avec eux. Cela occupera Carlin pendant le trajet de la route. Même maintenant, il n’était toujours pas à l’aise en voiture. Erwan, étant venu avec eux, décida de rentrer avec Luce. 

 

Ainsi pendant tout le trajet, Luce subit le sermon de tous les diables de son homme. Luce l’adorait. Mais qu’est-ce qu’il pouvait être pénible parfois ! Bah ! De toute façon, il ne pourrait pas le changer et il ne le voulait pas. Il écouta juste d’une oreille. Il aurait déjà oublié dans une heure. 

 

Quand ils arrivèrent, ils eurent droit à leur accueil habituel. Une dizaine de chats, installés sur les toits de voitures ou sur le rebord d’une fontaine en pierre, les observaient avec insistance. C’était leur manie afin de mettre à mal tout nouvel arrivant.

 

Prenant un bambin chacun, Carlin et Renko se dirigèrent vers l’entrée. Les petits virent les animaux. Ils poussèrent un petit cri de joie et tendaient leur petit bras vers eux. Renko approcha alors de la fontaine où se tenait un gros chat blanc aux poils longs. Par son attitude, il l’avait appelé Reine et elle portait bien son nom. 

 

Il s’agenouilla devant elle, mais sans trop approcher. La chatte observa un instant cet humain avant de porter son attention vers la petite chose dans ces bras. Michio la regardait en silence. Renko l’approcha un peu plus près. La chatte approcha son museau chatouillant le petit qui se mit à rire. Elle lui donna un coup de langue râpeuse sur le nez en ronronnant. Renko libéra une main et lui caressa le crâne. La Reine satisfaite descendit et se retira. Comme par enchantement, les autres chats suivirent.

 

Sans plus attendre, tout le petit groupe pénétra dans le manoir. Des voix s’entendaient. Ils provenaient du salon. Erwan grimaça et soupira. Sa mère se trouvait déjà sur les lieux.

 

Dès que la porte du salon s’ouvrit, toutes les personnes présentes dans le salon se retournèrent d’un bloc. Akira Soba et son compagnon Matt discutaillaient avec une femme du même âge installé sur le canapé d’angle. Sur l’autre canapé se tenaient les jumeaux Kaigan et Hans Soba, les fils du petit frère d’Akira, mais élevé par lui, ainsi que leurs compagnons respectifs, Akemi et Léon.

 

— Carlin où étais-tu passé ? Je viens spécialement te voir et monsieur n’est pas là, râla comme de coutume la femme près d’Akira.

 

— Mili, je ne suis pas à ta disposition. Si tu prévenais, ce serait plus simple. 

 

La femme renifla peu galamment. À ce moment, elle aperçut les deux bambins dans les bras de ses amis. Mais avant qu’ils disent quoi que ce soit, Erwan expliqua :

 

— Pour certaines raisons, ces petits vont vivre ici désormais. 

 

Le ton employé forçait à ne pas trop poser de question. Mais, comme sa mère n’en faisait toujours qu’à sa tête, elle demanda :

 

— Et la raison ? Car il doit y avoir une, non ? Je suis peut-être un peu vieille, mais je ne suis pas sénile ni aveugle. Ces deux petits ont quelque chose de familier. 

 

Carlin jeta un coup d’œil amusé à son beau-fils. Celui-ci levait les yeux au ciel. Difficile de cacher un secret avec sa mère de toute façon. 

 

— Tante Mili, tu es trop curieuse. Je suis leur père adoptif et c’est tout.

 

Akira et Mili se regardèrent un moment étonné. Luce avait toujours dit qu’il n’adopterait jamais et il y a encore quelques semaines, il le disait encore alors pourquoi ce changement soudain ? 

 

— Luce, je crois qu’il vaut mieux leur dire la vérité. Mais, j’aimerais que cela ne s’ébruite pas trop, répliqua finalement Carlin. 

 

Tous présents hochèrent la tête. Kaigan et Hans se levèrent suivis de leurs compagnons. 

 

— Nous allons vous laisser. Nous sommes tout aussi curieux de cette situation, mais c’est mieux qu’il y ait moins de monde au courant. 

 

Après leur départ, Carlin se tourna à nouveau vers ses amis. Il se dirigea vers eux et s’installa près de la femme. Renko remit Michio à Luce pour se rendre dans la cuisine préparée un plateau-repas pour le groupe. Mili était impatiente de connaitre cette vérité. Elle n’avait pas changé pour cela, elle serait éternellement curieuse. 

 

Elle demanda la permission pour prendre dans ses bras le petit Nael. Celui-ci l’observa un instant en silence avant de lui adresser un sourire. 

 

— Ah ! Il est trop adorable. Je craque. 

 

Luce s’installa sur l’autre canapé en compagnie d’Erwan. Le petit Michio assis sagement sur les jambes de son père adoptif regardait autour de lui, intrigué. Il y avait encore de nouvelles personnes, mais cela ne semblait pas le déranger outre mesure. Akira l’observait depuis un moment avant de sortir.

 

— C’est assez étrange, mais j’ai l’impression de déjà-vu. 

 

À ce moment, Renko revint avec le plateau rempli de sandwichs, deux verres de lait pour bambin. Il y avait également un album photo. Erwan le prit en main et y jeta un coup d’œil. Il tomba alors sur les deux photos voulues. Il jeta un œil sur le petit près de lui. Il n’y avait aucun doute sur la paternité de Carlin. Michio lui ressemblait beaucoup. L’autre photo était une vieille photo de son grand-père. Il jeta un coup d’œil à Nael. Même si le garçon n’avait ni les yeux saphir ni la blondeur d’August Miori, il y avait quand même quelques traits et surtout la tâche sur la main. 

 

— Bon alors, j’attends la vérité, s’impatienta sa mère. 

 

Carlin prit enfin la parole et il raconta toute l’histoire. Abasourdis, les amis n’en revenaient pas de cette nouvelle. Mili serra un peu plus Nael. Celui-ci leva la tête pour la regarder. Il lui posa alors la main sur la joue comme pour la cajoler. Elle lui donna un baiser sur le front. 

 

Pendant ce temps, Michio avait décidé de changer de genoux. Il avait gesticulé pour rejoindre son autre père. Il avait décidé de discuter. Il baragouinait tout en bougeant ses petits bras. Erwan l’écoutait avec un léger sourire. Mili finit par s’en apercevoir. Elle n’en revenait pas de la douceur du regard de son fils. 

 

Les seuls fois où il montrait ce regard, c’était pour le spécimen à ses côtés. Personne d’autre n’avait le droit à cette douceur. Mince, pourquoi montrait-il pas aussi souvent cet émotion ? 

 

— Ah ! Mais c’est vraiment pas juste ! s’écria-t-elle d’un coup faisant sursauter Nael. 

 

— Maman, si tu pouvais te clamer un peu. Tu vas lui faire peur. 

 

— Tu pourrais être plus aimable avec ta maman chérie. 

 

— Tu me fatigues. 

 

Michio leva ses bras en poussant un cri de joie et rigola. L’atmosphère s’allégea aussitôt surtout que Nael répondit à son frère de la même manière. Plus tard, dans l’après-midi, Michio et Nael firent connaissance avec tout le reste de la maisonnée. 

 

Luce annonça juste que les enfants porteraient désormais le nom Oda et qu’il n’y avait que les imbéciles qui ne changeaient pas d’avis en raison de son changement d’avis sur l’adoption. Il eut aussi la discussion pour le coucher des petits.

 

Heureusement, Carlin avait refusé de toucher à l’ancienne chambre de Luce. D’autres enfants avaient pu l’utiliser, mais elle n’avait pas changé d’un iota. Pour cette nuit, les deux bambins dormiraient dans le même lit assez grand pour eux deux de toute façon. 

 

Luce avait beau râler. Il s’occupa, de tout de même, de Nael et Michio avec une certaine efficacité. Il les fit manger dans les sièges pour enfant. Il eut le droit de ramasser l’assiette de Nael qui l’avait chaviré en riant. Michio lui râlait comme un damné si par malheur on lui retirait son assiette. Il était évident que ce serait un estomac sur patte également. 

 

Il leur fit prendre le bain ensemble avec l’aide de Hans. Ils en ressortirent trempés de la tête aux pieds. Les deux fripons les avaient aspergés en riant. Pour le coucher, les deux petits n’avaient absolument pas envie de dormir. Ils étaient assis dans leur lit et baragouinaient entre eux. 

 

Luce les observait avec un petit sourire amusé. Erwan le trouva dans la même position quelque temps après. Les deux bambins s’étaient finalement décidés à s’endormir en se tenant la main comme à leur habitude. Luce se demandait si cela n’allait pas engendrer problème quand chacun aura son lit. 

 

Il se laissa aller contre le corps de son homme qui le serrait contre son cœur. Il se sentait toujours bien dans ses bras. Tous ses problèmes semblaient s’évaporer ainsi. 

 

— Je suis vanné. Il s’est passé trop de choses aujourd’hui. 

 

— C’est compréhensible. Tu as rompu avec la maison d’édition de tes débuts, tu te retrouves papa de deux enfants. 

 

— Ah ! Maudite soit-elle ! Pourquoi moi ? Elle n’aurait pas pu mettre ton nom ? Ou celle de papa ? 

 

— Plains-toi ! Tu avais l’air de te plaire dans ton rôle de papounet.

 

Luce se retourna pour faire face à son homme. 

 

— Mais cela n’a rien à voir. Il aurait été normal de mettre papa sur le papier après, Michio était son fils. 

 

Erwan déposa de petits baisers sur le visage de Luce qui fermait les yeux de pur bonheur. 

 

— Idiot. Carlin n’est plus tout jeune. Et puis, il a l’air d’être content de te voir jouer les papas poules.

 

— Mouais, c’est vrai. Mais, tu vas me donner un coup de main pour les élever. Sinon, je vais te pourrir la vie avec eux.

 

Erwan eut un léger sourire.

 

— Ah oui ? Je vais commencer à me venger en avance alors. 

 

Il le souleva et l’éjecta sur son épaule. Luce poussa un petit cri de surpris et s’écria :

 

— Pose-moi à terre ! 

 

Il grimaça en recevant une petite tape sur les fesses. Erwan riait. 

 

— Surement pas. Je n’ai pas envie de te courir après dans toute la maison. Je vais te faire crier toute la nuit mon ange.

 

Luce tenta de se libérer, mais c’était perdu d’avance. Il n’avait jamais réussi à se libérer. Et il devait bien reconnaitre, il n’avait pas vraiment envie de s’échapper non plus.

 

Il poussa un nouveau petit cri quand il tomba lourdement sur le matelas. Il tenta en riant de s’échapper, mais Erwan fut plus rapide. Il le coinça en s’installant à califourchon sur lui. Il lui tenait également les poignets de chaque côté du visage. 

 

Il bloqua son regard bleu dans celui mordoré de son ange. Luce n’arriverait jamais à se lasser de cette couleur. Il resta captif. Erwan posa finalement ses lèvres sur celle pulpeuse de son ange. Luce gémit. Dès que ses poignets furent libérés, il entoura le cou d’Erwan pour approfondir le baiser. Il se laissa, ensuite, dévorer tout en râlant pour la forme. Et comme Erwan l’avait précisé, il l’empêcha de dormir. Il le laissa enfin se reposer seulement aux aurores.