Chapitre 33

                 Le reste du weekend se passa plus calmement. Dan eut bien évidemment toutes les peines à retrouver une figure normale à cause de son frère Sawako. Celui-ci comprit direct en observant les deux amoureux. Il ne lâcha pas son frère et lui en fit voir des vertes et des pas mûres. Il remercia du fond du cœur Shin. Le compagnon de son frère vint le soir pour récupérer son chat sauvage et ainsi délivrer le pauvre Dan. Avant de partir, Sawako parla plus sérieusement avec son frère.

— Ne te fait plus de souci pour maman, Dan. L’agent engagé par Shin a retrouvé sa trace. Nous savons maintenant dans quel hôpital elle se trouve. Son état s’est vraiment dégradé malheureusement.

                 Dan sentit ses larmes coulées de plus en plus. Son frère le prit dans ses bras le serrant fort. Il avait bien du mal à retenir les siennes également. Il inspira un bon coup puis il reprit :

— Je te promets de tout faire pour qu’on puisse lui rendre visite pendant les grandes vacances.

                 Dan essuie ses joues humides et s’écria :

— Si j’y vais, tante Hanae va attaquer papa.

— Fais-moi confiance, mon chou. Elle ne fera rien de tel. Si tous les Sanada se mettent contre elle, crois-tu réellement qu’elle agira comme elle le croit ? J’arriverais à la faire céder. Et ne fais pas trop de bêtise avec Nael, conclut le Japonais avant de rejoindre son compagnon.

                 Les joues de Dan rougirent à nouveau. Mais ce n’était pas vrai. Il se laissa tomber sur son lit avec un petit rire. Incorrigible ! Un poids supplémentaire pencha à peu le matelas. La tête de Nael se retrouva au-dessus de lui.

— Qu’est-ce qui te fait rire ?

                 Dan jeta ses bras autour du cou de Nael et le fit chavirer sur lui. Les deux garçons s’embrassèrent. Dan frotta ensuite son visage contre le torse de Nael.

— Juste une envie.

                 Rafael fut enlevé par Ludwig. Monsieur voulait sortir le mioche de la maison. Il en avait assez de le voir enfermer dans sa chambre. Alors le dimanche, il le sortit de son lit en fanfare. Il se fit insulter de mille et une façons, mais l’homme s’en fichait royalement. Le jeune homme râla tout le long, mais il le suivit tout de même.

                 Ludwig lui refila un casque et le fit monter comme passager sur sa grosse moto. Rei leur avait fait un sandwich pour le midi. Et les deux hommes partirent. C’était la première fois que Rafael montait sur une moto. Il fut un peu perturbé au début mais il apprécia ensuite ce sentiment de liberté. Ils passèrent toute la journée à se promener ainsi.

                 Le soir, à leur retour, au lieu de retourner s’enfermer dans sa chambre, il resta avec les adultes et ses sœurs. Il discuta surtout avec son oncle présent tout en charriant Ashula de temps autres. Il se chamaillait également avec Ludwig. C’était presque devenu une habitude entre eux. Ashula eut bien du mal à faire redescendre Manu de son nuage. Celui-ci était bien trop heureux d’avoir pu parler autant avec son neveu.

                 Carline s’occupa à courir dans toute la maison pour mettre son grain de folie avec son grand-père. Kaigan en subit les conséquences en compagnie de Rand aussi. Renko secouait souvent la tête mais il gardait un sourire affiché sur les lèvres. Il aimait quand sa maison avait ce côté remuant. Les chats firent exactement comme leur maîtresse. Ils coururent partout et firent du boucan comme s’il y avait tout un troupeau d’hippopotames dans le manoir.

                 Le soir quand Nael se décida enfin à rentrer, il chercha après sa sœur. Celle-ci se trouvait dans la salle de musique. Elle jouait du violon en virevoltant comme à son habitude dans toute la pièce. Il aimait voir sa sœur ainsi. C’était la vraie Carline. Il sourit ravi. Il s’installa sur le siège du piano et il se mit à jouer à son tour. La jeune fille n’eut même pas un temps d’arrêt juste ses lèvres s’étirèrent d’un large sourire.

                 Quand Luce et Erwan rentrèrent finalement, ils retrouvèrent le frère et la sœur endormie dans la salle de musique dos à dos. Luce se chargea de soulever sa fille afin de la déposer dans sa chambre. Il laissa Erwan se débrouiller avec son fils par pur sadisme. Après tout, il était venu rendre visite à son homme à son bureau et celui-ci en avait profité pour lui faire des misères agréables dans le bureau. Heureusement que la secrétaire ne devait jamais déranger son patron quand Luce venait lui rendre visite. C’était surement un ordre du grand manitou.

                 Le lundi arriva avec le soleil. Une nouvelle semaine de cours allait reprendre de plus belle. Contrairement à d’habitude, Rafael ne fut pas dérangé par les filles de sa classe. Il en fut soulagé. Il discuta un long moment avec Dorian avec qui il s’entendait très bien. Ensuite, Carline arrivait et le jeune homme regagnait sa place. Il avait droit à un adorable sourire. Dorian levait les yeux au ciel. Ces deux-là étaient bel et bien amoureux de l’un de l’autre. C’était tellement évident. C’était une des raisons pour lesquelles les filles de la classe ne dérangeaient plus Rafael. Elles avaient compris qu’elles n’avaient plus du tout de chance.

                 Jessica Méran serrait les dents depuis sa remise à sa place subie quelque temps auparavant. Elle avait discuté avec son père afin qu’il l’aide comme il le faisait toujours mais pour la première fois, il lui annonça qu’il ne l’aiderait pas. De plus, il lui avait incidemment ordonné de laisser tranquille la fille Oda. Pourquoi ? Qu’avait cette peste pour être protégée ainsi ?

                 Dorian songeait qu’un jour ou l’autre Carline aurait vraiment des problèmes avec cette fille. Mais comment empêchait cette fille de nuire ? Carline était assez grande pour savoir qu’elle l’avait comme ennemi. Mais Méran, était-elle prête à aller jusqu’à quel niveau de méchanceté ? Tel était le problème.

                 Comme elle ne pouvait pas s’attaquer à cette peste d’Oda, elle s’abattit sur une autre proie plus facile. Louna Hardy en subit les frais. Jessica commença à lancer des rumeurs sur son compte. Petit à petit, la jeune fille se retrouva isolée à son tour. Elle n’avait pas reparlé avec Carline depuis le sauvetage de Rafael. Elle n’avait pas osé.

                 À l’heure de la pause, elle se retrouva donc toute seule comme une idiote. Les autres ne lui adressaient plus la parole et ils faisaient comme si elle n’existait pas. C’était aberrant la stupidité et la méchanceté gratuite. Elle soupira et prenant ses affaires, elle se rendit dans un endroit bien à l’écart des autres abrutis. Être seule n’était pas si mal après tout.

                 Il faisait beau. Elle leva les yeux vers le ciel d’un bleu éclatant. C’était tellement reposant. Elle se demanda si son frère rentrerait tôt ce soir. Cela faisait un moment où ils n’avaient pas mangé ensemble. Un nouveau soupir échappa de ses lèvres.

— Pourquoi restes-tu toute seule ? demanda une voix grave.

                 La jeune fille sursauta et elle se redressa. Elle posa son regard bleu sur la personne grande et mince. Elle fut un peu intimidée, car elle se trouvait devant l’un des plus beaux garçons du lycée. Ces anciennes prétendues amies affirmaient que les yeux améthyste de Dorian Lepers captivaient. Louna voulait bien le croire.

— Je me le demande aussi. Apparemment, je suis mise au rebut.

                 Le jeune homme sourit et sans demander, il s’installa à ses côtés. Elle lui jeta un coup d’œil surpris. Il laissa échapper.

— Encore un coup de Jessica, je suppose. Un jour, ce sera à son tour d’être mise à l’écart et on verra comment elle réagira.

                 Louna haussa les épaules.

— Je ne pense pas que cela lui arrivera un jour. Les autres ont peur d’elle.

                 Dorian éclata de rire.

— Peur d’elle ? Non pas d’elle, mais de son père. D’ailleurs en y réfléchissant deux secondes, ce qui doit trop leur demander à ces pauvres agneaux, il n’a aucune autorité dans cette école. Il se fera remettre à sa place comme il convient.

— Je n’en suis pas si certaine.

                 Dorian posa ses bras sur ces genoux et pencha un peu la tête vers la jeune bonde.

— Tu n’as pas beaucoup de respect pour les adultes enfin surtout la direction des lycées, Louna Hardy.

                 La jeune fille eut un instant d’arrêt. Comment connaissait-il son nom le bougre ?

— J’en ai trop vu peut-être. Et comment connais-tu mon nom ?

                 Dorian sourit à nouveau. Louna songea qu’il devrait arrêter, car ses yeux améthyste brillaient de mille feux. C’était perturbant. Il indiqua le toit de l’établissement où ils avaient cour.

— Là-bas il y a une jeune demoiselle qui se demande pourquoi Louna ne veut pas lui parler. Alors, un autre jeune homme lui a demandé pourquoi elle n’irait pas faire les premiers pas. Elle lui a répondu qu’elle ne sait pas comment il faut faire. Je dirais juste que madame a décidé de jouer les timides. Et me voici et encore tu as de la chance.

                 Surprise et intriguée, elle demanda :

— Et pourquoi ai-je de la chance ?

— Parce que si c’était moi qui serais venu, je t’aurais soulevé comme un sac de patates et amené jusqu’à Carline, répondit une autre voix grave.

                 Louna se tourna d’un coup vers la voix et elle vit apparaitre devant ses yeux un rouquin du nom de Rafael Blackwood. Il tenait par la main une jeune fille très mince portant une longue robe volante et dont les magnifiques cheveux noirs étaient attachés en queue de cheval.

— Tu n’aurais pas osé. Si ? dit-elle, incertaine.

— À mon humble avis il en serait fortement capable, répliqua Carline.

                 Celle-ci se planta devant la jeune blonde, les mains sur la taille. Elle l’observa un instant puis elle s’exclama :

— Je peux savoir pourquoi tu n’es pas venu me voir depuis. Je n’ai encore mangé personne.

                 Louna se sentit rougir, à nouveau intimidée.

— Tu oublies vite, Lily. Tu es une diablesse donc tout le monde te fuit.

— Dorian ? Je suis fier de l’être, hahaha.

— T’es bête.

                 Carline attaqua en se jetant sur le jeune homme brun. Dorian se redressa et les deux se battirent amicalement en riant. Rafael secoua la tête. Il se tourna vers la jeune blonde qui observait sans trop savoir où elle était tombée. Elle se demandait surement si elle avait le droit de rire aux pitreries ou si elle devait faire comme si de rien n’était.

— Tu devrais arrêter de te poser autant de questions, Hardy.

— Parce que tu ne t’en poses pas autant, Raffy ? répliqua Dorian à son ami.

— Dis donc toi, tu me cherches ? C’est Rafael mon prénom. Vous êtes casse-pied.

                 Carline éclata de rire. Elle parvient à s’échapper des bras de Dorian. Elle retourna en sécurité auprès de Rafael. Elle noua ses doigts au sien.

— Écoute le Louna. Parfois, Raffy dit des choses bien.

                 Le garçon grogna de nouveau en entendant le surnom. Le sourire de Carline s’étira de plus belle. Elle fit un clin d’œil à Louna. Celle-ci sourit à son tour. Oui, elle devrait peut-être suivre ce conseil. Finalement, on avait voulu la mettre à l’écart mais cela n’avait pas fonctionné, car il y avait bel et bien des personnes qui suivaient leur chemin plutôt que celui des autres.

— Personnellement, je trouve que Raffy te va comme un gant.

— Ah ! Tu ne vas pas t’y mettre également.

                 Le groupe éclata de rire. Ils furent rejoints peu de temps après par Nael et Dan. Louna fit ainsi mieux connaissance avec ce petit groupe atypique. Ils l’invitèrent à venir manger avec eux le midi également. Elle savait de quoi elle pourrait raconter à son frère ce soir. Elle pourra pour la première fois dire réellement la vérité.