Chapitre 31

                 Nael laissa passer les deux derniers jours d’école avant le week-end pour rendre visite à Dan. Celui-ci ne s’était pas rendu en cours depuis le retour de son père. Certes, Dan lui envoyait des messages de temps à autre, mais il lui manquait trop. Il connaissait bien la raison de son absence. Harumi ne reviendrait plus jamais. Comment une mère pouvait-elle agir ainsi ? Pour le bien-être de son enfant ? Par égoïsme ? Enfin peu importe les raisons, le mal était fait.

                 Luce devant se rendre chez son éditeur en profita pour déposer son fils devant l’immeuble où vivaient les Marcello. Nael monta les étages quatre à quatre sans être le moindre du monde essoufflé. Mako lui ouvrit la porte. L’homme avait les traits tirés et le regard un peu perdu. Il se détendit en apercevant le jeune homme. Il l’invita à pénétrer dans son antre. Il lui expliqua que Dan se trouvait dans sa chambre et n’en était pas sorti depuis deux jours.

                 Nael fronça les sourcils. Dan avait oublié de lui préciser ce détail. D’une démarche décidée, il se rendit vers le fond de l’appartement et entra dans la chambre sombre sans frapper. Il entendit grogner. Nael se gratta la tête. La scène lui rappelait un peu trop celle où ils s’étaient finalement déclarés. Il secoua la tête exaspérée. Il se dirigea vers la fenêtre et ouvrit les volets.

                 Les grognements se firent un peu plus fort. Le corps allongé sur le lit se redressa. Dan se frotta les yeux rougis tenant toujours la lettre de sa mère dans la main. Sur la table de chevet, Nael aperçut un plateau-repas. Il fut soulagé. Au moins Dan ne se laissait pas mourir de faim. L’Italo-Japonais ne fut pas réellement surpris de trouver son petit ami dans sa chambre. Il soupira. Il regrettait de lui montrer un visage aussi pathétique.

                 Nael s’approcha du lit et s’y assit. D’un doigt, il frôla légèrement la joue de Dan avant de lui retirer la lettre des mains. Dan émit un faible gémissement avant de se pencher et poser sa tête contre l’épaule de son amant. Nael hésita un instant à lire le contenu de la lettre. Il demanda l’autorisation. Un hochement de tête fut sa réponse. Nael raconta :

— Hier, Sawako a reçu une lettre semblable. Apparemment, elle aurait dû se trouver avec la tienne. Hanae Sanada l’a envoyé avec ses excuses profondes à ton frère pour le retard. Shin a eu beaucoup de mal à calmer Sawa. Alors j’imagine très bien dans quel état tu peux être, Dan.

                 Dan se serra un peu plus fort. Il murmura :

— Pourquoi a-t-elle fait ça ? Croyait-elle vraiment qu’on l’oublierait si facilement ? Que nous ne souffrirons pas de son absence ? Je ne sais pas ce qui est passé dans la tête de ma mère, mais pourquoi tante Hanae n’a-t-elle pas tenté de l’en dissuader ?

— Peut-être a-t-elle essayé ? Je ne sais pas Dan. Tu ne le sauras peut-être jamais. Garde en mémoire que ta mère t’aimait et qu’elle a voulu agir pour votre bien même si elle s’est loupée.

                 Dan émit un petit rire. Il se sentait serein avec Nael. Le jeune homme en question bougea et prit son petit ami dans ses bras. D’un mouvement rapide, Dan se retrouva allongé sur le lit avec un Nael le dominant en califourchon sur ses jambes tendues. Une chaleur agréable le traversait de tout son corps. Nael avait posé ses mains de chaque côté du visage rougissant de Dan. Un sourire un peu carnassier étirait les lèvres du brun et les yeux gris nuageux brillaient de mille feux.

— Que fais-tu encore au lit, monsieur Dan ? Est-ce que tu m’attendais sagement ?

                 Les joues encore plus rouges, Dan se mordit la lèvre. Nael lui frôlait la joue avec la langue et elle glissait vers son cou. Il ne tentait pas de l’empêcher.

— Ça fait mal, Nael. Bien plus mal que je le pensais. Comment vais-je réussir à vivre avec cette douleur ?

                 Nael redressa la tête et posa son front contre celui de son bien-aimé. Il plongea son regard gris dans ceux d’un vert bouteille.

— En la partageant. Je prendrais une part de ton fardeau et tu prendras une part de la mienne.

— C’est une déclaration ? demanda Dan en jetant ses bras autour du cou de Nael.

                 Pour seule réponse, le jeune homme brun prit possession de ses lèvres pour un baiser long, très long, doux et possessif en même temps. Petit à petit Dan perdit totalement pied face aux caresses de plus en plus envahissantes sur son corps dénudé. Prenant également de l’assurance, il répondait avec des gestes et des murmures assourdis afin de tenter de dompter son amant, mais celui-ci n’avait pas envie de le laisser mener la barque.

                 Plusieurs heures plus tard, ce fut les rayons du soleil du petit matin qui réveilla Dan. La place près de lui était vide. Avait-il rêvé de cette nuit d’amour avec Nael ? En se relevant afin de s’asseoir, il ressentit une légère douleur au bas du dos. Des rougeurs apparurent sur ses joues tout comme un gémissement. Non, ce n’était absolument pas un rêve. Il avait passé un nouveau cap avec Nael. Il soupira en sentant ses joues chauffées à nouveau. Il allait falloir qu’il perde cette habitude de rougir.

                 Avec un effort, il parvint à se rendre dans la salle de bain. Il fut agréablement surpris d’y trouver de l’eau bien chaude dans la baignoire avec du linge propre posé sur une étagère. Les rougeurs apparurent de nouveau. Mon Dieu ! Qui avait pris l’initiative ? Nael ou son père ? En gémissant non pas de douleur, mais d’embarras, il se laissa glisser dans l’eau qui lui fit un bien fou.

                 Quelque temps plus tard lavé et habillé, il se rendit dans la cuisine où une bonne odeur de café lui chatouilla les narines. Il y découvrit son petit ami et son père attablé prenant leur petit déjeuner tout en papotant. À sa place habituelle, Dan y aperçut son bol rempli de céréale, le lait juste à côté et des croissants tout frais l’attendant. Un peu mal à l’aise, il marmonna un simple bonjour avant de s’installer à table. Il n’osait pas regarder ni son petit ami ni son père.

                 Nael et Mako se regardèrent en souriant. Ils connaissaient trop bien ce garçon qu’ils aimaient tous deux de manière différente. Mako tendit une main et ébouriffa les cheveux bleutés de son fils.

— Tu as l’air d’avoir bien dormi, lança son petit ami innocemment.

                 Aussitôt des rougeurs apparurent. Nael ne put s’empêcher de ricaner. Dan lui lança un regard noir.

— Heureusement que nous sommes samedi sinon j’aurai été obligé de téléphoner à l’école pour les prévenir de ton absence, s’exclama son père d’un coup.

Dan fronça les sourcils et se tourna vers son père.

— Pourquoi dis-tu ça, papa ?

— Et bien t’imagines la tête de ton proviseur si je lui annonce que mon fils ne peut aller en cour à cause d’un petit problème de fessier ?

                 Nael éclata de rire tandis que Dan blanchissait à vue d’œil avant de virer une nouvelle fois rouge en comprenant mieux la phrase. Il imaginait très bien la tête de Cody.

— Ah aaaah ! Mais arrête de rire idiot !

                 Nael reçut un coup de la part de son petit ami tout rouge.

— En plus, c’est de ta faute !

                 Mako esquissa un sourire. Son fils avait bien meilleure mine que deux jours auparavant. Il avait bien fait de téléphoner à Nael la veille. En présence de ce garçon, son fils prenait goût à la vie.

— Tu devrais plutôt le remercier, Dan. C’est Nael qui t’a préparé ton bain et ton petit déjeuner.

— Pas question ! Il peut bien me chouchouter après tout, ce n’est pas lui qui a mal aux fesses.

                 Se rendant compte de ce qu’il venait de dire tout haut, Dan vira à nouveau aux cramoisies. Il se cacha dans ses mains sous le rire de Nael et de son père. Mazette, si avec eux, il avait dû mal à rester normal comment ce sera face aux autres ? Face à Carline ? Le pauvre Dan se mit à gémir. Il reçut un baiser sur la joue. Il redressa la tête vers son amant. Celui-ci lui adressa un sourire tendre.

— Arrête de t’en faire, Dan. Lily ne t’embêtera pas. Elle est trop accaparée par Rafaël. Dorian est bien trop timide pour faire une remarque. Quant à Rafaël, je ne le connais pas encore trop bien, je ne saurai te dire s’il fera des remarques ou pas.

                 Dan se sentit un peu soulager avant que son père ne rajoute.

— Je me demande comment va réagir Sawako.

— Papaaaa ! Pas Sawa ! Tu ne lui dis rien, papa. Et toi non plus ! s’exclama Dan jetant un coup d’œil vers Nael.

— Sawa le saura direct en te voyant, Dan. De toute façon, il a appelé tout à l’heure pour signaler qu’il passerait te voir.

                 Fataliste, Dan se jeta sur ses céréales. Si son frère était de bonne humeur, il risquait d’en avoir pour toute la journée avec des sous-entendus en tout genre.