Chapitre 27

                 Depuis que la sonnerie avait retenti, Nael ne se sentait pas dans son assiette. Il avait comme un malaise. La dernière fois où il avait ressenti ce sentiment, c’était il y a huit ans quand Carline était tombée dans cette horrible eau glaciale lors de leur enlèvement. Il remua sur sa chaise pour la énième fois.

                 Dan lui jetait des coups d'œil inquiets. Il voyait son ami devenir blanc comme un linge. Au bout d’une demi-heure, Nael ne tient plus. Il se redressa violemment de sa chaise faisant sursauter ces camarades les plus proches. Le professeur Sutherland, un authentique anglophone, se détourna du tableau.

— Monsieur Oda ? Avez-vous un souci ? demanda-t-il avec un fort accent.

— Il faut que je sorte de suite, professeur, lança Nael un peu paniquer.

                 Dan se redressa également. Il s’écria :

— Je l’emmène à l’infirmerie, monsieur.

                 Sutherland fronça les sourcils non pas agacer, mais inquiet. Il hocha la tête. Il ajouta.

— Marcello, vous irez prévenir d’urgence madame Owari afin qu’elle appelle le père d’Oda.

                 Dan hocha la tête pour signaler qu’il avait compris. Nael n’attendit pas. Il sortit de la pièce comme s’il avait le diable aux fesses. Son petit ami le retrouva à genoux dans le couloir au rez-de-chaussée plié en deux. Il se laissa glisser près de lui.

— Nael, tu me fais peur. Qui a-t-il ?

— Je sens un malaise. Ça va mal. Dan ! Il faut prévenir.

                 Dan, un peu effaré et effrayé, jeta un coup d’œil autour de lui. Il se demandait s’il ne devrait pas retourner en classe faire appel au professeur. Avant qu’il ne se décide finalement, Nael se remettait debout avec difficulté. Il lâcha :

— Dan va me chercher Carline. Elle est là-bas.

                 Dan ne chercha pas à savoir comment Nael pouvait le savoir. Il savait à quel point ses deux amis étaient connectés entre eux. Il hésita juste un peu de laisser le garçon seul. Nael le suppliait. Il finit par obéir. Il fonça vers l’infirmerie. Il ouvrit la porte faisant sursauter les trois femmes à l’intérieur.

                 Carline patientait calmement en discutant avec Louna et l’inspectrice. Elle faisait confiance à l’oncle de Rafael. En apercevant Dan, elle se redressa d’un coup. Elle n’entendit pas d’être informer. Elle avait saisi. Elle quitta la pièce rapidement afin de rejoindre son frère de nouveau agenouillé sur le sol carrelé. Nael lui agrippa le bras assez violemment. La jeune fille grimaça, mais elle ne broncha pas.

— Qui a-t-il Nael ?

— Mal. Très mal.

                 L’inspectrice Laurel l’avait rejoint. Elle se pencha également vers le jeune Oda.

— A-t-il mal quelque part ? interrogea-t-elle.

                 Carline était blanche également. Elle leva les yeux vers la femme. Elle lui annonça :

— Mon frère peut ressentir parfois un malaise ou une énorme douleur quand quelqu’un de proche s’est fait mal. Inspectrice Laurel ! Il faut vite retrouver Rafael. Mon frère dit qu’il a mal.

— Étouffe, pas beaucoup d’air, laissa échapper le jeune homme serrant le bras de sa sœur encore plus fort.

— Ok ! J’ai saisi. Carline veille sur ton frère. Je vais rejoindre les deux autres. Je vais les prévenir.

— Mais...

                 L’inspectrice posa un doigt sur la bouche de la jeune fille. Elle se redressa ensuite rapidement et fonça vers la sortie. Ses collègues devaient se trouver à l’arrière du bâtiment. Elle s’y rendit le plus rapidement qu’elle put. Elle retrouva le directeur Amory. Celui-ci la regarda surpris par son arrivée intempestive.

— Où sont-ils ?

— Un passage se trouve derrière le fourré. Il y a une maison dont la porte est fermée. Elle est solide. Ils cherchent un moyen d’entré.

                 Laurel se passa une main dans les cheveux. Elle expliqua sa venue tout en fouillant autour d’elle. Elle fixa son regard vers la petite cabane près du jardin. La porte était fermée. Elle posa la question au directeur s’il possédait la clef. Il fit un signe négatif. Paniquant un peu, elle cherchait un moyen. Une pensée la traversa. Elle retourna sur ses pas en courant, mais au lieu d’entrer dans le bâtiment, elle se rendit vers leur voiture. Elle ouvrit le coffre et fouilla. Elle finit par trouver le pied de biche.

                 Quand elle rejoignit le potager, Hardy s’y trouvait aussi. Il lui lança :

— T’es génial, Laurel ! C’est exactement de cet outil que j’avais besoin.

                 Hardy récupéra le pied de biche et retourna vers la maison suivie par la jeune femme. Elle raconta ce que Nael Oda lui avait raconté. L’angoisse commença à ronger Manu. Il fonça sur la porte de toutes ses forces en appelant à grand cri après Rafael. Les coups se faisaient plus rares. Même les animaux devenaient de plus en plus silencieux.

— Laurel appelle une ambulance d’urgence, s’exclama Hardy avant de pousser son collègue hystérique.

                 Il enfonça le pied de biche dans un coin de la porte et tira de toute ses forces. Bientôt deux autres mains l’aidèrent. Hardy tirait vers lui ensuite Manu tirait dans l’autre sens. Parfois, Hardy étant le plus massif éjectait son corps contre la porte pour la faire céder le plus rapidement possible. Combien de temps s’était écoulé avant que cette satanée porte cède enfin ? Aucun d’eux ne pourrait le dire. Mais dès qu’elle s’ouvrit avec fracas, Manu n’attendit pas. Il pénétra dans la maison.

                 L’odeur de la mort le saisit à plein nez. Il grimaça tout en ayant la trouille de trouver le cadavre de son neveu. Il jeta un coup d’œil rapide sur la table où se trouvait la carcasse éventrée d’une chatte et de ses petits. Il y avait aussi d’autres petits animaux différents. La cruauté humaine n’avait vraiment aucune limite.

                 Il aperçut enfin une touffe de cheveux rousse. Le garçon avait rampé vers un autre corps se rendit compte alors Manu. Il se laissa tomber près de son neveu. Celui-ci était recroquevillé sur lui-même. Avec toutes les précautions et avec une certaine appréhension, il chercha les signes vitaux. Sentant de l’air sur sa main, il eut un long soupir de soulagement. Il faillit en pleurer de joie. Mais, il devrait attendre que Rafael soit bel et bien à l’abri avant de se réjouir.

                 Sans le bouger, il regarda si des blessures étaient apparentes. Allumant son portable en torche, il observa entièrement le corps. Il aperçut des taches de sang séché sur une tempe. En approchant un peu trop la lampe du visage, un grognement se fit entendre et le corps remua légèrement. Manu posa une main rassurante sur l’épaule de son neveu.

— Ne bouge pas Rafael. Les secours arrivent.

— Le chaton... chien, marmonna avec difficulté le garçon. Vieil homme...

                 Manu se pencha un peu plus et aperçut couché contre le ventre de son neveu un chaton gris foncé et un vieux petit chien. Manu secoua la tête exaspérée et en même temps, très fier de ce garçon. Il pensait aux autres avant lui même.

— Hardy ? Comment va l’homme ?

                 Son collègue soupira las.

— Il est mal en point. Laurel a appelé une seconde ambulance. Ils ne vont pas tarder. Je te laisse avec eux, Manu. Je vais aider Laurel à déblayer le passage pour les pompiers.

                 Grandier eut l’impression d’attendre une éternité avant de voir un premier pompier puis un second. Il hésita un instant, mais finalement il laissa sa place aux personnes compétentes. Il sortit. Il plissa les yeux sous la luminosité. Sa collègue le rejoignit.

— Ça va aller. Il est entre de bonnes mains.

                 Manu hocha la tête. Deux pompiers s’approchèrent d’eux. Chacun tenait un animal. Le plus âgé s’exclama :

— Nous avons eu du mal à les récupérer. Le garçon ne voulait pas les lâcher. Étant donné la boucherie qu’il y a à l’intérieur, ces deux petites créatures ont eu beaucoup de chance. Par contre le vieil homme, ce n’est pas certain malheureusement. Il a été battu. Il a de nombreuses lésions. Et pour couronner le tout, la pièce a dû manquer d’air également. Ça n’a pas arrangé les choses.

                 Les deux inspecteurs se regardèrent avec lassitude. Qui avait osé commettre cet acte ? Le pompier reprit :

— Le garçon a eu plus de chance. Mais il va séjourner un temps à l’hôpital au cas où ? Il a quand même reçu deux coups à la tête. Ce petit mérite du repos.

                 Les deux pompiers refourguèrent les deux animaux. Ceux-ci ne réagissaient pas vraiment comme sonnet. Manu souleva le chaton vers son visage. L’animal avait les yeux agrandis de frayeur, mais il restait silencieux et sans réaction. Le petit chien restait blotti dans les bras de Laurel le regard d’une tristesse infinie. Manu lui caressa le crâne. Pauvre bête, il risquait fort de perdre son maître. Hardy arriva sur ces entre-faits.

— J’ai appelé le capitaine. Il envoie nos petits experts sur place. Ils vont tenter de relever un maximum d’indice afin de retrouver le coupable.

                 Il aperçut les deux bestiaux. Il leur caressa à son tour le crâne.

— Il va falloir les amener chez un vétérinaire pour les faire examiner. Ton neveu risque de demander de leur nouvelle. Ah oui ! Le capitaine t’ordonne de t’occuper de ton neveu jusqu’à son rétablissement. Donne-moi cette marmaille, je vais m’en charger. Toi file rejoindre l’ambulance.

                 Manu adressa un sourire de remerciement à son collègue et ami. Il rejoignit le devant de la maison où les pompiers se dirigeaient vers leur véhicule. Hardy observa un instant son collègue en silence avant de s’écrier.

— Mon Dieu ! Heureusement que nous avons retrouvé son neveu vivant. Je n’ai pas très envie de le revoir dans l’état qu’il était quand il a appris la mort de sa sœur, il y a deux mois et demi.

— Moi non plus. Heureusement, Ashula était là pour le soutenir.

— Ouais. Il avait tout intérêt. Peux-tu gérer la suite toute seule comme une grande, Laurel ? Je dois emmener ces petits voir le docteur.

— Dégage Hardy ! En passant n’oublie pas ta sœur et prévient Amory.

— Oui chef !

                 Affublé des deux animaux, Hardy parvint à rejoindre le lycée par le trou. Il aurait pu faire le grand tour, mais il aimait bien se compliquer la vie. Amory patientait en faisant les cent pas dans le couloir de l’école en compagnie des deux enfants Oda, de Dan et de sa sœur. Ils le rejoignirent en l’apercevant. Il fit un rapide résumé des évènements. Le malaise de Nael s’était dissipé peu de temps après le départ de l’inspectrice Laurel.

— Rafael va bien, n’est-ce pas, Inspecteur ? demanda Carline d’une petite voix incertaine.

— Oui, ils vont le garder une nuit ou deux à cause de sa blessure à la tête. Mais il est solide. Par contre, vous pourriez m’indiquer le nom d’un vétérinaire. J’ai promis de m’occuper de ces deux bestiaux.

                 Carline baissa son regard vers le petit chien et le chaton. Elle attrapa le chaton. Celui-ci remua aussitôt comme ressuscité. Il tenta de miauler, mais ce n’était plus qu’un croassement.

— Oh ! Mon pauvre. Tu as dû appeler au secours avec tellement de force que tu n’as plus de voix. T’n’inquiètes pas. Buzz va s’occuper de toi et te requinquer.

                 Ensuite, elle déposa le chaton dans les bras de son frère et fit de même avec le petit chien. Celui-ci se redressa un peu et donna des coups de langue sur sa joue en pleurant. Elle lui parlait avec douceur.

— Ça alors ! laissa échapper Hardy.

— Les animaux adorent Carline. Elle a un effet apaisant.

— J’ai appelé Luce. Il va venir vous chercher tous les trois. Avez-vous besoin de retourner à la maison abandonnée, inspecteur Hardy ?

— Non à l’origine, nous n’étions plus en service. Nous allions quitter le bureau quand Manu a reçu votre appel. Laurel était dans les parages alors nous l’avons emprunté. Heureusement que c’est moi qui ai les clefs de la voiture. Je n'ai pas très envie de rentrer à pied.

— Mademoiselle Hardy va pouvoir partir en votre compagnie. J’aimerai éviter que toute l’école sache ce qui s’est produit. Ce serait gentil.

                 L’inspecteur Hardy hocha la tête. Il salua les deux enfants Oda et leur ami. Il remercia le directeur avant de quitter les lieux. Amory invita Carline et les deux garçons à son bureau. La sonnerie de la pause de l’après-midi allait retentir. Certes, les pompiers étaient arrivés à grand cri, mais avec un peu de chance, les professeurs avaient eu une bonne réaction. La seule chose qui l’inquiétait était les questions sur la présence des policiers dans la résidence près du lycée. Cody sentait un mal de crâne venir le titiller.

— Tu vas avoir tous les parents sur le dos, Cody, renchérit Nael comme s’il avait lu dans ses pensées.

— Merci, Nael. Tu m’aides beaucoup.

                 Carline se taisait. Elle serrait dans ses bras le petit chien qui pleurait toujours. Son père arriva à l’instant où la sonnerie retentit. Carline fonça dans ses bras. Luce en fut stupéfait. Cody lui raconta brièvement les évènements. Luce serra sa fille un peu plus fort. Il lui baisa le front.

— Ne t’inquiète pas. Dès que nous aurons posé ces deux petites créatures entre les bonnes mains de Buzz, nous irons à l’hôpital voir comment va Rafael.  

                 Carline hocha la tête toujours en silence. Nael se rapprocha de sa sœur et lui prit la main libre. Le petit chaton s’était emmitouflé sur son épaule. Luce fit un signe de main à son beau-frère avant d’inviter Dan à les rejoindre. Le garçon ne savait pas comment agir face à l’empathie de Nael et Carline.