Chapitre 26

                 La sonnerie de l’heure de la reprise des cours retentit, les élèves se rendirent dans leurs salles attribués en début d’années. Les seules fois où ils ne se rendaient pas dans cette pièce, c’était pour les cours de biologie-chimie et le sport. Des casiers avec leurs noms respectifs se trouvaient au fond de la pièce où les élèves déposaient les livres dont ils ne se servaient pas pour l’heure. Ils rangeaient également leur affaire de sport et un change au cas où il y aurait un imprévu comme être trempé de la tête aux pieds après une énorme averse.

                 Carline fut la première à atteindre sa place. Elle attrapa aussitôt son carnet à dessin et se mit à dessiner. Dans un brouhaha ambiant, les autres lycéens arrivèrent et reprirent leur place respective. Mais la place près de Carline restait libre. Les derniers retardataires arrivèrent enfin, mais il en manquait toujours un. La jeune fille redressa la tête surprise. Où se trouvait Rafael ? N’avait-il pas entendu la sonnerie ?

                 Le professeur n’allait pas tarder à arriver. Elle regarda en direction de Dorian. Celui-ci aussi jetait un coup d’œil inquiet vers le bureau de leur ami. Il croisa le regard de la jeune fille. Il secoua la tête. Prenant son courage à deux mains, Carline se redressa et demanda d’une voix assez forte afin que toute la classe l’entende.

— Quelqu’un aurait-il aperçu Rafael Blackwood ?

                 Ces camarades se tournèrent vers elle. Ils étaient agréablement surpris, car elle ne prenait jamais d’initiative. Certains secouèrent la tête. D’autres chuchotaient pour s’interroger entre eux avant de signaler ce qu’ils savaient. L’une d’elles se leva à son tour et tous les murmures se turent d’un coup. Jessica eut un sourire ravi. Elle faisait toujours de l’effet radical. Elle se tourna vers Carline.

— Qu’est-ce que tu nous ennuies avec ton Rafael, Oda ? Il s’est barré, ça ne fait aucun doute là-dessus. Il en a tout l’aspect. Il doit avoir trop honte d’être dans une école d’élite alors qu’il fait partie des pauvres déchets.

                 Carline serra les dents. Pouvait-elle se permettre de donner une raclée à cette pimbêche ? Cette action la démangeait depuis plusieurs mois. Un jour, elle était sûre qu’elle ne tiendrait plus et elle le ferait sans état d’âme.

— Avant de traiter les autres de déchets, tu ferais mieux de te regarder dans une glace, Méran. Que tu me détestes, que tu prennes ton plaisir à me mettre à l’écart des autres, je m’en fiche comme de l’an quarante. Mais, je t’interdis de critiquer un de mes amis sinon ma jolie, je raconterais certaines choses sur ta famille à tes petits fidèles et on verra s’ils continueront à t’apprécier toujours autant.

                 Carline eut le plaisir de voir le visage de Jessica blanchir. Dorian secoua la tête exaspérée. À attaquer Jessica de cette façon, Carline finirait par avoir des ennuis. Même s’il reconnaissait que c’était bien agréable de faire redescendre sur terre cette petite peste. Les autres lycéens écoutaient avec attention. Jessica Méran faisait partie d’une riche famille possédant beaucoup d’entreprises dans la région. Mais, depuis peu, une rumeur circulait que Carline Oda ferait également partie d’une famille très influente également.

                 Les lycéens avaient du mal à le croire, car la jeune fille et son frère n’en faisaient pas étalage. Pourtant, certains, posant la question à leur propre famille sur le nom Oda, eurent la confirmation que ce n’était pas un nom anodin. Bon, il ne l’était pas déjà, car ils savaient bien que le peintre Carlin Oda était son grand-père et un donateur de l’école, mais ce qu’ils ne savaient pas avant, c’était que leur camarade était relié à un autre nom dont l’influence était bien supérieure à n’importe quelles familles de l’établissement.

— Salle petit rat ! Te crois-tu vraiment intouchable, Oda ?

— Mademoiselle Méran ! s’exclama alors le professeur Da Costa d’une voix ferme.

                 Jessica sursauta. Elle ne l’avait pas entendu entrer dans la pièce. Elle se tourna vers le professeur. Elle ne baissa pas la tête ni les yeux. Elle devait montrer à ces créatures inférieures qui était l’élite ici. Mais, contrairement à d’autres professeurs, Ethan Da Costa ne se laissa pas amadouer. Dans cette école, cette jeune fille était juste une élève comme les autres.

— Je vous prierais de garder votre vulgarité pour vous. Vous me ferez une dissertation sur ce sujet que je transmettrais ensuite à votre professeur de français afin qu’elle le note.

— Mon père en entendra parler, professeur Da Costa !

                 Ethan soupira las. Il n’y avait rien de plus agaçant que ces élèves qui se croyaient les maîtres du monde.

— Et bien faites, mademoiselle Méran. Votre père peut même se déplacer s’il le désire, cela ne changera pas votre punition. Et si vous insistez de plus belle, non seulement cette dissertation devra être en français, mais aussi traduite en anglais. Cela vous convient-il mieux ? Après tout, vous faites partie de l’élite, cet exercice devrait être facile.

                 Jessica ouvrit la bouche pour répliquer, mais elle entendit des ricanements derrière son dos. Ces camarades se moquaient d’elle. Elle blanchit encore plus. Tout cela était de la faute de cette peste d’Oda. Elle lui ferait payer pour l’avoir ridiculisé. Ethan se rendit à son bureau avant de se rendre compte que Carline ne s’était toujours pas assise.

— Oda ? J’aimerais commencer mon cours.

— Monsieur, il manque Rafael.

                 À cet instant, Ethan se rendit compte de la place vide près de la jeune fille. Le sac du garçon se trouvait toujours à sa place. Il soupira à nouveau. Ce n’était pas sa journée aujourd’hui. Il avait croisé plusieurs fois le garçon. Il semblait être bien intégré. Se serait-il trompé ?

— Oda, je te permets d’aller vérifier à l’infirmerie. Si Rafael ne s’y trouve pas, va au bureau du directeur signaler son absence.

                 Il ne jeta pas de regard en direction de Carline sortant de la pièce. Il préféra s’occuper de ses élèves avant que l’inquiétude de l’absence d’un des leurs ne commence à se propager dans la salle.

— Ouvrez votre livre à la page 52, ordonna-t-il d’une voix calme.

                 Carline s’échappa de la pièce avant qu’Ethan ne change d’avis. Elle se dirigea vers le rez-de-chaussée. Elle se rendit ensuite vers la gauche et entra dans la pièce qui servait d’infirmerie. Trois lits alignés se trouvaient sur la gauche. Une jeune fille blonde s’y trouvait allongée. Elle redressa la tête pour voir la nouvelle venue. Carline la reconnaissait comme étant une amie de Jessica Méran. Les deux filles s’observèrent en silence puis la jeune blonde prit la parole.

— Veux-tu quelque chose de spécial, Oda ?

                 Carline fut surprise par le ton de la jeune fille. Elle lui parlait amicalement. C’était étrange. Habituellement, les amies de Jessica lui adressaient peu la parole et si elles le faisaient, le ton était plutôt rempli de dédain.

— Je cherche un camarade. Le professeur m’a demandé de vérifier s’il ne s’y trouvait pas.

                 La jeune fille blonde se redressa en position assise en grimaçant. Elle avait mal au ventre.

— C’est le rouquin qui est souvent avec toi ? La dernière fois où je l’ai vu, il faisait le tour de l’école. Je crois qu’il se dirigeait vers les préfabriqués.

                 Carline lui adressa un sourire.

— Merci du renseignement. Est-ce que tu vas bien ? Tu es plutôt blanche. Veux-tu que je prévienne la direction pour que tu puisses rentrer chez toi ?

                 La jeune blonde leva les yeux étonnés. Jessica disait toujours du mal sur cette fille. Ne l’ayant jamais côtoyée, elle n’avait pas osé mettre en doute les paroles de son amie, mais Jessica se fourvoyait. Carline Oda semblait bien plus agréable à première vue.

— Ce serait gentil. L’infirmière n’est pas encore arrivée et il arrive parfois qu’elle ne vienne pas du tout.

                 Carline allait se sortir de la pièce quand elle se retourna d’un coup avec un sourire.

— Euh ! Tu pourrais me dire ton nom ? Ce serait plus facile.

— Oui, c’est vrai. Je m’appelle Louna Hardy de la classe B.

                 Après un petit signe, Carline se rendit vers la direction. Elle pénétra dans le bureau de la secrétaire. Une femme d’un certain âge au teint sombre se trouvait installée devant un ordinateur. Elle leva les yeux vers l’arrivante. Elle lui adressa un sourire de bienvenue.

— Bonjour mademoiselle Oda. Que puis-je pour vous ?

— Louna Hardy de la classe B ne se sent pas très bien. Elle se trouve à l’infirmerie.

— Ah ! Ne me dis pas que cette infirmière n’est pas encore venue travailler ? Je vais le signaler au directeur Amory. Y aurait-il un autre souci ?

                 Carline hocha la tête. Elle signala l’absence injustifiée de son camarade.

— À ton avis ? N’est-il le genre de personne à sécher les cours ?

— Non, madame Owari. Rafael ne veut pas causer d’ennuis à son oncle.

                 Cody Amory rejoignit la pièce de sa secrétaire. Sa porte étant grande ouverte, il avait entendu toute la conversation.

— Je suis du même avis, Mayen. Je lui ai parlé tout à l’heure. Il avait toute l’apparence d’un garçon bien dans ses baskets. Il ne l’était pas à son arrivée deux mois plus tôt.

                 À cet instant, un homme habillé d’une salopette bleu foncé et d’un chapeau de paille pénétra à son tour dans la pièce. C’était un homme dégingandé d’une cinquantaine d’années.

— Directeur Amory ! J’ai trouvé ce portable dans mes légumes.

                 Cody allait répliquer quand Carline s’écria :

— C’est celui de Rafael.

                 Le directeur récupéra le téléphone dont l’écran était fendu comme si quelqu’un avait marché dessus.

— En es-tu sûr Carline ?

                 La jeune fille hocha la tête de confirmation. Elle lui indiqua qu’une tête de chat y était gravée. Cody le retourna et aperçut la gravure. Il soupira. Que devait-il en penser ?

— Louna Hardy a affirmé l’avoir vu se rendre vers les préfabriqués à l’heure de déjeuner. Il a dû se passer quelque chose. Hein Cody ?

                 Carline, trop inquiète pour son ami, avait oublié le protocole demandé pour l’école. Cody ne releva pas. Ce n’était pas le plus important.

— Mayen ? Appelle Emmanuel Grandier. Dis-lui que son neveu ne se trouve actuellement pas dans l’établissement. Ce serait bien qu’il puisse venir. Parle-lui du portable. Et demande-lui par la même occasion s’il connait Arthur Hardy. C’est également un inspecteur et c’est le frère aîné de Louna Hardy.

                 Cody resta pensif un instant pendant que Mayen Owari se chargeait de téléphoner. Carline patientait auprès de lui. Elle se rongeait les ongles. Preuve qu’elle s’inquiétait pour son ami. Finalement, Cody lui demanda :

— Carline ? Peux-tu tenir compagnie à Mademoiselle Hardy ? Je n’aime pas savoir une de mes élèves seules à l’infirmerie.

                 La jeune fille allait répliquer, mais se retient. Elle ne pouvait rien faire de toute façon. Cody ne la laissera pas chercher seule après Rafael. Elle devait juste patienter et laisser les adultes se chargeait de le trouver. Cody vit son hésitation, mais il appréciait son obéissance. Il la rassura.

— Je te préviendrais quand on l’aurait retrouvé.

                 Carline lui adressa un sourire de remerciement. La jeune fille retourna donc à l’infirmerie. La jeune blonde s’était rallongée, recroquevillée sur elle-même. Carline s’approcha et s’installa sur le lit en face.

— As-tu souvent mal au ventre ?

— Oui, j’ai les règles souvent douloureuses surtout les premiers jours. C’est un peu ennuyant et embarrassant.

— Pourquoi n’en parles-tu pas à ta mère ou à un autre membre de ta famille ?

                 Louna eut un pauvre sourire. Carline songea alors qu’elle venait de faire une boulette. Elle eut confirmation.

— Mes parents sont décédés depuis sept ans. Ma seule et unique famille, c’est mon frère aîné Arthur.

— Ah ! Je suis terriblement désolée.

— Tu n’as pas à l’être. Tu ne pouvais pas le savoir. Mon frère est plutôt ouvert d’esprits, mais il n’est pas très au fait sur les problèmes féminins et puis il est souvent absent.

                 Carline leva les yeux vers le plafond. Elle laissa échapper.

— Et je suppose que ce n’est pas un sujet de conversation que tu peux avoir avec Jessica. Ce n’est pas son genre de s’intéresser à une autre personne qu’elle même.

— Vous ne vous aimez pas du tout toutes les deux. Depuis que je suis arrivée dans ce lycée, il y a quelques mois, elle n’a pas arrêté de parler de toi de façon peu correcte. Personne ne semblait la contredire alors j’ai fini par croire à ses paroles. Je suis désolée de mettre fait un mauvais avis sur toi.

                 Carline reposa son regard sur la blonde. Elle avait un visage sincère. Le jeune Oda lui adressa un sourire. Elle secoua la tête

— Laisse tomber les excuses. Nous allons repartir de bons pieds si tu veux ?

                 Avec plaisir, Louna hocha la tête. Elle parvint à se redresser à nouveau en grimaçant. Elle tendit la main vers Carline. Celle-ci lui prit et s’exclama :

— Je m’appelle Carline Oda, ravi de te connaitre.

— Louna Hardy, tout le plaisir est pour moi.

                 Elles émirent toutes deux un petit rire. Carline reprit ensuite :

— Moi aussi, j’ai eu des soucis pour parler de mes problèmes intimes. Il n’y a beaucoup plus d’hommes à la maison que de femmes. Mon frère paniquait sans arrêt. C’était très drôle. Mon grand père Carlin m’a attrapé un jour et m’a dit : « Stupide bonne femme ! Il y a assez de monde dans cette satanée famille pour t’aider. Et puis, il y a toujours ce maudit téléphone et tu appelles ta merveilleuse grand-mère Mili. Elle se fera un grand plaisir de te sauver la mise. »

                 Louna eut bien du mal à garder son sérieux. Carline avait réussi à prendre une voix d’homme et avec ses mimiques, elle était vraiment trop drôle. Grimaçant à nouveau, Louna lui demanda :

— Que t’as conseillé ta grand-mère ?

— Elle m’a fait des tests, puis elle m’a conseillé de prendre la pilule afin de rendre mes règles régulières. Depuis, je me sens revivre. Mais je te dis pas que la pilule a eu du mal à passer pour mes papas chéris.

                 Les deux filles se sourirent. Louna songea que son frère aurait bien du mal à l’accepter aussi. Le silence se fit à nouveau. Carline jeta un œil vers la porte.

— Ils vont le retrouver.

                 Cody Amory faisait les cent pas quand il vit enfin apparaitre l’inspecteur Emmanuel Grandier en compagnie de deux autres officiers. Il n’y avait pas à dire, mais Rafael ressemblait beaucoup à son oncle. L’oncle du garçon présenta ses coéquipiers au directeur. Celui-ci tiqua un peu en entendant les noms. Les deux inspecteurs portaient le nom d’un duo comique des années vingt.

— Je vous présente l’inspecteur Arthur Hardy et l’inspectrice Solange Laurel.

                 Cody reprit contenance et il serra la main aux trois visiteurs. Il expliqua :

— Inspecteur Hardy, votre sœur se trouve à l’infirmerie. Il semble que ce n’est pas la première fois.

                 Arthur Hardy soupira. Il grimaça.

— J’en suis fort désolé. Elle ne veut pas me dire ce qu’elle a.

— La réponse est facile, mon cher. C’est un problème féminin. Je vais aller lui parler. Entre femmes, ça devrait peut-être marcher.

— Finalement Manu, tu as eu une bonne idée de demander à Laurel de venir.

                 Quand Laurel passa près de son collègue, elle lui fila un bon coup de pied dans le tibia. Hardy eut bien du mal à retenir son cri de douleur. Manu secoua la tête avant de se tourner à nouveau vers le directeur Amory.

— Ne faites pas attention à eux. Que se passe-t-il avec Rafael ?

— Nous ne savons pas où il se trouve depuis le déjeuner. Je lui ai parlé pendant l’heure de pause, mais ensuite il n’a pas regagné sa classe à la sonnerie. Notre jardinier a retrouvé son portable dans son potager.

                 Manu récupéra le téléphone des mains du directeur. C’était bel et bien le portable de son neveu. C’était Ashula qui avait suggéré la gravure.

— On devrait peut-être aller voir sur les lieux, Manu. On en apprendrait peut-être plus, lança Hardy.

— Vous permettez monsieur le directeur ?

                 Amory hocha la tête affirmativement. Il se dirigea vers la sortie afin de les accompagner jusqu’à l’arrière du bâtiment où se trouvaient les préfabriqués. Manu posa plusieurs questions sur les locaux. Cody raconta qu’il avait envoyé le jardinier et sa secrétaire faire le tour des lieux afin de regarder un peu partout dans les classes fermées, la salle de sports et tous les autres locaux. Il n’avait pas oublié le collège également.

                 Arthur Hardy laissait son collègue discuter avec le directeur. Il savait après avoir travaillé assez longtemps avec Manu Grandier qu’il valait mieux le laisser gérer les dialogues. Arthur préférait le terrain. Il observa autour de lui surtout le sol. Quand ils arrivèrent près des préfabriqués, Arthur se tourna directement vers le potager. Il avait lui aussi fait ses études dans ce lycée.

                 Le petit jardin avait toujours été là. À l’époque, il aimait bien s’y rendre pour discuter avec le vieux jardinier. C’était de bons souvenirs. Il espérait que sa sœur en ait tout autant. Il s’arrêta devant la petite allée de tomates. Il examinait chaque recoin avec attention. En entendant son collègue approché, il redressait la tête vers lui quand un éclat rouge attira son regard. Il montra du menton le fourré à Manu. Il s’y rendit. Il ramassa le bout de tissus rouge. Il le montra à son collègue.

— Rafael portait une chemise rouge ce matin, répondit Manu devant le silence interrogatif de son coéquipier.

                 Alors sans plus d’hésitation, Arthur écarta le fourré et aperçut le grillage coupé. Il se redressa et s’exclama ;

— Quelqu’un a coupé le grillage. Un adulte peut très bien y passer. Alors ton neveu a pu passer facilement.

                 Perturbé, Manu se gratta le crâne. Rafael n’aurait jamais fait l’école buissonnière. Il lui faisait confiance.

— Qui y a-t-il derrière ? demanda-t-il en regardant Amory.

— Une vieille maison en ruine. Les héritiers se battent depuis de nombreuses années pour savoir qui doit l’avoir.

                 Manu hésita un moment. Le terrain derrière était une propriété privée. Il ne pouvait pas se permettre d’aller vérifier sans demander l’autorisation. Il vit alors son collègue à quatre pattes.

— Qu’est-ce que tu fabriques ?

— Je vais aller voir.

— On ne peut pas, abruti.

— Tu viens oui ou non ?

                 Secouant la tête exaspérée, Manu se tourna vers le directeur Amory. Celui-ci prit les devants.

— Allez-y ! Je connais un des héritiers. Je vais l’appeler pour lui signaler le problème. Si un de ses frères essaie d’ennuyer, il le fera taire.

                 Cody sortit son téléphone portable. Sans plus d’hésitation, Manu suivit son collègue qui se trouvait déjà de l’autre côté. Arthur l’aida à se relever. Manu jeta un coup d’œil alentour. L’herbe avait poussé. Elle arrivait à mi-taille sauf en direction de la maison où l’herbe avait été piétinée. Des élèves devaient régulièrement se rendre sur les lieux.

                 Les deux inspecteurs se rendirent près de la maison dont la porte était solidement bien fermée à clef. Hardy s’éloigna pour observer les fenêtres et les murs. Manu lui fixait la porte avec intérêt. Le voyant faire, son collègue lui demanda :

— Qui a-t-il ?

— Cette porte n’est pas d’origine. Elle est neuve. Pourquoi mettre une porte aussi solide sur une maison en ruine ?

— Pour le vandalisme ? Pour empêcher de pauvres âmes d’y dormir ?

                 Manu secoua la tête.

— Non, je sais que nous ne voyons pas grand-chose sur le devant, mais les murs de la propriété sont hauts. Il faut le deviner qu’elle soit en ruine cette maison. Nous sommes passés devant tout à l’heure. Rien ne l’indique.

                 Il tenta de l’ouvrir, mais elle était bel et bien fermée. Il soupira de lassitude. Où pouvait être Rafael ? Arthur posa une main rassurante sur l’épaule de son collègue.

— Calme-toi ! On va le retrouver le gamin. On devrait...

                 Arthur se tut. Il lui semblait entendre du bruit. Manu aussi redressa la tête. C’était des cris. Il s’approcha de nouveau de la porte et posa son oreille dessus. Ce n’était pas des cris, mais des miaulements hystériques. L’animal devait avoir un souci pour miauler aussi fortement.

— Écoute bien, il n’y a pas que des miaulements. Ça aboie. Merde ! Comment ces bestiaux ont-ils pu pénétrer dans cette maison ?

                 Manu eut un mauvais pressentiment. Si Rafael avait aussi entendu ses appels. Il aurait surement tenté de pénétrer dans cette demeure par n’importe quel moyen. Angoissé pour son neveu, Manu chercha à nouveau une ouverture. Hardy fit pareil dans l’autre sens. Ils se rejoignirent devant la porte. Rien.

Un bruit autre que les cris des animaux, retentit alors. C’était des coups bien trop réguliers. Manu et Arthur se regardèrent stupéfait. Quelqu’un se trouvait bel et bien à l’intérieur. Et cette personne se trouvait enfermée.