Chapitre 25

                 Finalement, Rafael devait bien avouer avoir passé une très bonne matinée chez les Oda-Miori. Carline ne l’avait pas lâché une seule seconde. Elle lui avait fait visiter sa maison de fond en comble. Il fut vite fatigué. Elle était bien trop grande pourtant, il put constater que chaque pièce vivait. Aucune n’était laissée à l’abandon et presque sur chaque mur, il put admirer une œuvre d’art.

                 Il fut aussi soulagé. Il n’avait pas eu l’occasion de parler beaucoup avec Erwan Miori, le second père de sa jeune amie. Il fut détaillé de la tête aux pieds. Il eut l’impression d’être lu comme un livre ouvert par les yeux saphir. Mais, il ne se laissa pas démonter pour autant. Cet homme pouvait effrayer ses employés s’il le désirait, il ne le laisserait pas l’intimider. Le duel de regard fut interrompu par la sonnerie du portable d’Erwan. Celui-ci, après avoir écouté son interlocuteur, s’éclipsa en compagnie de Renko.

                 Ashula décida alors de rentrer à la maison. Il regroupa les jeunes et leur ordonna de l’attendre dans la voiture. Carline fut un peu déçue de leur départ. Rafael le fut également. Il se demanda bien le pourquoi. Ces sœurs ne lui adressèrent pas la parole dans la voiture. Moira faisait la tête. Lui en voulait-il maintenant d’avoir accaparé sa seule amie ?

                  Quand ils rentrèrent dans la maison de Ludwig, les filles se rendirent directement dans leur chambre. Ashula les observa en silence en secouant la tête. Il tourna son regard sur l’adolescent près de lui. Celui-ci suivait ses sœurs du regard avec un regard mélancolique. Ashula posa une main sur la tête rousse comme pour le réconforter. Rafael leva les yeux vers le médecin. Il lui adressa un petit sourire et il haussa les épaules.

                 Les deux hommes rejoignirent les autres habitants dans le séjour. Rafael soupira fataliste en apercevant Nathaniel Facter. Celui que beaucoup surnommaient Le Viking eut un sourire de rapace en apercevant le jeune rouquin. Chaque fois qu’il venait, il prenait plaisir à ennuyer ce jeune rebelle. Luka se demandait souvent si son compagnon n’était pas tout simplement masochiste. Le jeune homme ne se gênait pas le moins du monde à frapper l’imprudent et il n’y allait pas en douceur.

                 Manu au début était effrayé par la violence de son neveu, mais quand il remarqua que Nathaniel le faisait exprès, il finit par comprendre que de cette façon, il faisait réagir Rafael. Celui-ci pouvait très bien s’enfermer dans sa chambre comme il le faisait au début, mais depuis peu, il semblait prendre plaisir à rester avec les adultes. Certes, il ne l’avait pas encore vu rire aux éclats, mais il devenait beaucoup plus ouvert qu’un mois et demi auparavant.

                 Le lundi arrivant, le quotidien reprit ses droits. Le frère et les sœurs reprirent le chemin de l’école. Comme souvent, Rafael arriva bien avant Carline. Il s’installa donc à sa place habituelle. Aussitôt, un groupe de filles vient lui adresser la parole. Parmi elles, il y avait cette Jessica Méran. Elle avait tendance à lui faire des avances. Elle commençait sérieusement à le mettre hors de lui, mais il tentait de garder son calme. Il devait se féliciter, ce n’était pas dans ses habitudes, mais il ne voulait pas causer d’ennui dans cette école où il se sentait pour la première fois bien.

                 Carline finit par arrivée et d’un simple regard, les fit fuir. Ensuite, elle se laissa tomber sur son siège et elle lui adressa son plus beau sourire. Rafael donnerait beaucoup pour avoir ce sourire pour lui seul. Quand le cours commença, Rafael songea qu’il se retrouverait à nouveau larguer, mais ce ne fut pas le cas. Il en fut surpris. Certes, il avait beaucoup étudié le cahier offert par sa camarade durant les vacances. Et le dimanche, Ashula l’avait surpris en venant l’aider dans ses devoirs. Quand il lui avait demandé la raison, le compagnon de son oncle avait juste répondu avoir du temps libre. En gros, il s’ennuyait. C’était tout lui.

                 Lors de la pause, Rafael et Carline se rendirent sur le toit. Les autres élèves ne s’y rendaient jamais. D’ici, Carline pouvait les observer à loisir. Auparavant, elle se sentait nostalgique, plus maintenant. Elle avait réussi à se faire des amis. Même si ce jour-là, elle fut surprise de ne pas voir venir Moira. Elle en fit part au frère de la demoiselle. Rafael s’était laissé glisser sur le sol, le dos appuyé contre le mur. Il observait le ciel bleu de cette fin de mois de février. Il haussa les épaules.

— Elle m’en veut, car je t’accapare.

                 Positionnée près du grillage pour voir la cour dans son ensemble, Carline se tourna vers son ami. Ses joues avaient un peu surchauffé. Rafael avait répondu sans réfléchir. Elle en était contente. Elle porta ses mains derrière son dos en les croisant. Elle se mordait un peu la lèvre. Le garçon leva son regard vers la jeune fille. Elle se trouvait en plein soleil. Il plissa les yeux pour mieux la voir, elle était vraiment sublime avec sa tunique blanche et rose.

— Je ne peux pas me couper en deux. Elle devra se faire une raison. Pff ! Ce n’est pas facile de s’occuper de ses amis.

                 Elle soupira.

— Peut-être devrai-je tenir compagnie plus souvent aux autres de cette façon, tu pourras t’occuper un peu de Moira ?

                 Carline s’était rapprochée. Elle s’accroupit près du garçon. Elle secoua ses longs cheveux retenus en queue de cheval.

— Non, dit-elle aussitôt, les joues encore un plus rouge. Pourquoi devrais-je perdre ta compagnie ?

                 Rafael leva une main et frôla la joue rouge de la jeune fille. Puis, il émit un petit rire.

— Tu es une vraie comédienne née. Tu n’es pas le genre de fille à rougir.

                 Carline haussa un sourcil avant d’étirer un sourire ravi. Elle pencha la tête.

— Mais euh ! Je voulais jouer la fille sentimentale et romantique. Tu n’es vraiment pas drôle.

— Si tu étais ce genre, j’aurais pris la poudre d’escampette depuis longtemps. Je préfère le garçon manqué, ça te va mieux.

— Ah !

                 Sans crier gare, elle lui sauta dessus pour l’attaquer. En riant, ils bataillèrent un moment avant que Rafael parvint à la capturer entre ses bras. Carline ne tenta pas de s’éloigner, elle s’installa un peu mieux entre les jambes de Rafael. Elle posa sa tête contre l’épaule. Elle se mit à observer le ciel en silence. Elle fronça les sourcils en sentant une main glisser vers sa poitrine. Elle jeta un coup d’œil en coin. Elle susurra :

— Pourrai-je savoir où se rend ta main ?

                 Rafael ne la regardait pas. Il fixait le ciel. Il avait un léger sourire amusé. Elle ne tentait même pas de l’arrêter. Pourtant il lui frôlait le sein.

— Qui sait ?

— J’ai confirmation. Tu es un pervers. Mazette ! Encore un !

— Hein ? s’exclama-t-il en baissant enfin son regard vers les pupilles noires abyssales. Ils brillaient de mille feux.

                 Elle s’était tournée vers lui et se retrouvait ainsi vraiment trop proche. Il eut du mal à déglutir. Avant qu’il ne puisse s’éloigner ou dire quoi que ce soit, elle s’empara de ses lèvres. Elle avait encore réussi à le déstabiliser et bien évidemment, elle ne lui laissa pas le temps de réagir. Elle réussit à se relever et à s’échapper pour rejoindre la classe. La sonnerie de fin de pause venait de retentir. Rafael porta un doigt à ses lèvres chaudes. Il avait encore le goût des lèvres sur les siennes. Il soupira avant de se mettre à rire. Ensuite, il se dépêcha pour ne pas arriver en retard dans sa classe.

                 Carline ne fit plus attention à lui tout le long du reste de la matinée. Quand la sonnerie du déjeuner retentit, elle lui adressa un simple sourire avant de s’échapper. Elle avait promis de manger avec Moira à la cantine. Elle avait prévenu son frère par texto. Rafael posa son front sur ses bras posés sur la table. Qu’allait-il faire ? Il n’avait pas très faim. Il jeta un coup d’œil vers sa droite où se trouvait Dorian. Celui-ci discutait avec animation avec son voisin. Quelques filles s’étaient approchées d’eux.

                 Rafael soupira. Il n’avait pas vraiment envie d’aller ennuyer les deux amoureux. Nael et Dan avaient le droit d’être un peu seuls de temps en temps. Il se leva et s’étira. Il sortit de la pièce. Il ne se rendit pas compte du regard suppliant de Dorian. Celui-ci aurait bien aimé que son ami vienne l’aider.

                 Le jeune rouquin hésita un long moment. Devait-il se rendre sur le toit ? Où profiterait-il d’être seul pour visiter plus amplement son lycée ? Après avoir retourné ses deux questions dans tous les sens, il se décida pour l’aventure. Il se rendit compte que tous les élèves ne mangeaient pas tous à la cantine ou chez eux. Certains comme ses amis mangeaient dans leur salle de classe ou dans les couloirs. La direction ne leur disait rien du moment où tout était propre ensuite et que rien n’était abimé.

                 C’était une certaine confiance donnée aux élèves. Quand les derniers cours étaient donnés, un élève désigné en début de cour devait nettoyer la classe comme vider la poubelle, nettoyer le tableau et passer un coup de balai. La seule matière où cette contrainte qui n’en était pas vraiment une était la section biologie-chimie. En chemin, Rafael croisa le directeur Amory avec qui il discuta un petit moment. Cody lui demandait juste si tout allait bien depuis son entrée dans cette école et s’il arrivait à suivre maintenant.

                 Rafael reprit la route avec un sourire. C’était la première fois qu’un directeur d’école s’intéressait d’aussi prêt de ses élèves. Depuis son arrivé, il avait souvent vu le directeur Amory discutait avec d’autres lycéens de tout âge même parfois avec des collégiens. Il l’avait même vu plaisanter avec eux.

                 Sa vie avait bien changé depuis ses retrouvailles avec son oncle Manu. Il commençait vraiment à se sentir bien chez Ludwig et Rei. Ashula était très agréable et il ne levait jamais la voix. Au début même s’il avait tenté de ne rien montrer, il avait été perturbé de vivre avec des couples d’hommes. Il ne savait pas trop comment agir. Mais, à force de les côtoyer, il les acceptait comme tel.

                 Il finit par se rendre dans la cour. Il jeta un coup d’œil aux alentours. Il aperçut un groupe de fille. C’était celui de Jessica Méran. Heureusement celle-ci ne semblait pas être avec eux. Il en fut soulagé. Il n’avait pas envie qu’elle vienne l’ennuyer. Un peu plus loin, il eut l’impression d’apercevoir Nael et Dan contre un arbre. C’est deux là semblaient seul au monde. Rafael sourit à nouveau. Qui aurait cru qu’il aurait finalement des amis ? En tout cas, il y a quelques mois, il ne l’aurait pas cru du tout.

                 Il longea le bâtiment pour se rendre du côté des préfabriqués. À cet endroit, il ne croisa personne. Les deux bâtiments étaient fermés à clef. Il se tourna vers sa droite un autre bâtiment plus petit s’y trouvait. Il s’y rendit. Celui-ci était également fermé, mais en jetant un coup d’œil à côté, il comprit qu’on utilisait le préfabriqué pour ranger les outillages. Un petit jardin s’y trouvait. Il était plutôt bien soigné. Il se demandait qui pouvait s’en occuper.

                 À cet instant, il entendit un bruit comme un couinement. Il se rendit vers le bruit tout en faisant attention aux légumes. Près du fourré, il s’accroupit et écarta des branches. Il aperçut un chien âgé de petite taille dont la laisse s’était coincée dans le grillage coupé. Le passage laissé permettait à un adulte de sortir à quatre pattes.

                 Hésitant un instant, Rafael jeta un coup d’œil derrière lui. Il ne voulait pas causer du tort. Mais le chien n’avait pas pu venir tout seul. Son maître était peut-être en difficulté. Rafael soupira. Il écarta le grillage et passa le passage. Avec difficulté, il parvint à libérer le vieux chien qui s’élança aussitôt vers la maison presque en ruine.

                 Avec hésitation, car il se trouvait en dehors de l’école et sur un terrain privé, Rafael finit par suivre le chien. Il l’entendait pleurer. Le terrain avait été laissé à l’abandon. L’herbe avait poussé tout le long des années. Elle lui arrivait à la mi-taille pourtant il avait l’impression que quelqu’un venant du lycée passait régulièrement par le même passage, car l’herbe était couchée d’avoir été souvent piétiné.

                 Il se dirigea doucement vers l’ouverture de la maison. La porte était grande ouverte. Il lui jeta juste un coup d’œil et il put constater qu’elle était bien solide pour une maison aussi abimée. C’était assez étrange. Sur le coup, il fit un pas en arrière. Il serait préférable de retourner au lycée et de prévenir un adulte. Ce serait plus prudent. Mais si le propriétaire du chien avait besoin d’aide maintenant, ce serait cruel de l’abandonner. Après une petite réflexion, il pénétra dans la maison assez sombre. Il sentit de suite une horrible odeur de mort. Un frisson glacial lui traversa l’échine. Il hésita encore plus. Mais il ne pouvait pas faire machine arrière. Il devait vérifier.

                 Prenant son courage à deux mains, il pénétra plus avant. Et là, il vit. Il eut un haut-le-cœur en apercevant les cadavres éventrés d’animaux sur la table. Les pauvres bêtes avaient été torturées avant d’être sauvagement assassinées. Qui avait l’âme aussi noire pour commettre un tel méfait ? Il faillit faire demi-tour, mais quelque chose le retenait. Si la personne avait pu commettre de telle horreur sur des animaux, elle pourrait reproduire la même chose sur un être humain.

                 Son cœur se mit à battre la chamade. Non, elle n’aurait pas pu faire cela, pas vraie ? Avec un pas hésitant, il s’enfonça encore un peu plus. Il ne voyait pas grand chose. Il faisait trop sombre dans la bâtisse. Il dépassa la table en serrant les dents. Il entendait les couinements du petit chien. Il s’en servit pour le rejoindre. Il vit alors le corps allongé. Le petit chien tentait désespérément de réveiller son maître en lui donnant de petits coups de museau sur son bras.

                 Le corps était celui d’un vieil homme de quatre-vingts ans environ. Malgré la peur panique qui commençait à l’attraper, Rafael se rapprocha et s’agenouilla. Il positionna une main devant la bouche et le nez de la victime afin de sentir de l'air. Il serrait les dents à s’en faire mal. Il priait aussi. La peur le tenaillait. Ces doigts sentirent un faible souffle. Rafael poussa un gros soupir de soulagement. Que devait-il faire maintenant ? Pourquoi avait-il séché le cour de formation de premier secours quelques mois auparavant ?

                 Il devait vite rejoindre le lycée pour prévenir les secours. Au moment où il allait se relever, une petite créature fragile lui fonça dessus. Rafael surpris l’attrapa et la souleva vers son visage afin de mieux l’observer. C’était un petit chaton maigre et effrayer. Ce devait être un petit survivant du massacre.

                 Tout en serrant l’animal apeuré qui ne tenta pas le moins du monde à s'échapper, il se releva d’un coup et fonça en direction de la sortie, mais il ne l’atteignit pas. Il reçut un violent coup par l'arrière lui faisant perdre l’équilibre. Quand il tenta de se relever, il en reçut un autre qui lui fit perdre connaissance.