Chapitre 11

            Dès l’instant où Nash avait fait son apparition dans les appartements de sa sœur, Tarosa préféra ne pas s’interposer. Il voulait observer son petit protégé. Il avait risqué sa vie et celle de Dawn afin d’éloigner de Déjanire un enfant de cinq ans dont les pouvoirs télépathiques étaient puissants.

            Maintenant, il se rendait compte à quel point il se trompait. Nash était certes un puissant télépathe, mais il était également un bouclier à lui seul et une arme redoutable. Sur le coup, il avait pensé que sa chevelure argentée était due à un choc psychologique. Maintenant, il en doutait. Le fait de pouvoir inverser toutes attaques contre lui faisait de lui un être à part entière. Il comprenait maintenant pourquoi les mandralores auraient aimé l’avoir comme esclave.

            Mais, comment se seraient-ils pris pour le dompter ? Ce garçon de seize ans n’obéissait plus à personne maintenant. Il agissait de son libre arbitre. Et puis comment faisait-il pour comprendre les tactiques ou déterminer où se produira l’attaque ? Il eut un semblant de réponse par Dawn. Le Mandralore observait également le jeune garçon sans crainte. Nash avait une capacité de calcul hors de commun presque aussi précise que celle d’un ordinateur.

            Irianisa avait scellé par un sceau les pouvoirs de Nash quand elle l’avait récupéré, car elle avait senti la force. À l’origine, elle pensait être la seule à pouvoir lui retirer le sceau, car il fallait se rendre dans le plus profond de son subconscient. Nash n’avait pas le moyen de briser le sceau par sa seule volonté donc il avait eu recours à un tiers.

            Mais, il fallait avoir une confiance aveugle et sans limites pour laisser pénétrer un non-télépathe dans son esprit. De plus, cette confiance devait être dans les deux sens. Si elle avait échoué, Nash en serait sorti avec un mal de tête carabiné, mais l’autre individu aurait eu le cerveau grillé.

            Pour Tarosa, la question serait qui aurait été assez fou pour accepter de fusionner son esprit avec un puissant télépathe ? Car aucun secret ne serait caché ni pour l’un ni pour l’autre. Ils connaitront toutes les pensées bonnes ou malsaines. Toutes leurs vies seraient jusqu’à maintenant dévoilées dans les moindres détails. Tarosa en avait des frissons de peur rien qu’à imaginer être le cobaye.

            Il acceptait de donner sa confiance, mais de là à aller jusqu’à être souillé par un autre esprit : jamais de la vie ! Il tenait à son intégrité et à son jardin secret. Odany le Kromas lui avoua être certain que la seule personne capable de l’avoir fait était Alone Nothinger. Depuis leurs rencontres, une relation fusionnelle s’était créée entre les deux jeunes gens. Ce Vargas se trouvait être la seule personne dont Nash acceptait de recevoir des coups sans protection et avec qui il se laissait aller quand il en avait besoin.

            Tarosa se sentait déboussolé. Il s’attendait surement à ce que Nash lui soit reconnaissant de l’avoir sauvé de l’esclavage, et aussi être ravi de pouvoir s’échapper de la coupe d’Irianisa. L’adolescent semblait réellement content de les revoir, mais surtout, car il pourrait agir enfin.

            Dawn suivait Nash comme avant silencieusement. L’adolescent restait imperturbable. Parfois, il sourcillait comme s’il réfléchissait. Le plus souvent, il se trouvait devant le grand ordinateur d’Irianisa. Il observait attentivement les écrans comme s’il recherchait quelqu’un. Bazil restait également dans son sillage. Il devinait qui Nash recherchait. Nothinger père avait tout intérêt d’avoir quitté le dôme pour sa survie.

            Il se fichait royalement de ce qu’il pourrait arriver à son père. Tous les enfants des Nothinger avaient été vendus en esclavage pour de l’argent. Pourtant le nom Nothinger était un nom connu parmi les Vargas. Les ancêtres de Bazil et d’Alone avaient connu la terrible guerre contre les mandralores. C’était de redoutables guerriers dont certains s’étaient sacrifiés pour sauver plus d’une colonie.

            De plus à l’origine, les Vargas étaient une des races que les télépathes avaient bien du mal à rendre docile. Bazil faisait partie des rares à s’être fait endoctriner, car il avait un esprit faible comme son père.

            L’autre Kromas apprêtait un vaisseau dans le plus grand secret. Xatmer ne voulait pas être pris en chasse par les pirates dès leurs sorties. Quand Odany lui avait demandé de choisir son camp, il s’était demandé si son frère n’était pas tombé sur la tête. Ils travaillaient pour Irianisa depuis de très longues années, leurs fidélités envers cette femme avaient été exemplaires jusqu’à l’arrivée de cet enfant dix ans auparavant.

            Quand avait-il son frère et lui changés de camp ? Il ne saurait dire. Pour lui, les humains étaient des trouillards et des vendus. Mais, en côtoyant ce petit humain, il avait fini par l’apprécier même s’il ne s’était jamais gêné de le frapper quand on le lui ordonnait enfin jusqu’à que le Vargas les en empêche.

            Xatmer avait déjà travaillé avec des Vargas. Il les appréciait pour leur caractère de rebelle. Ils n’aimaient pas recevoir des ordres, mais ils les exécutaient toujours avec efficacité. Alors, il avait suivi avec intérêt les agissements d’Alone à son arrivée. Irianisa avait tenté de l’endoctriner, mais elle n’avait pas réussi. Le garçon ne s’était nullement laissé faire. Il ne baissait jamais les yeux devant elle pour bien lui faire comprendre qu’elle ne serait jamais son maître.

            Il l’aimait bien ce petiot ; et encore plus quand il devint le champion de l’arène. Xatmer avait tout misé sur lui. Odany l’avait traité de fou. Pff ! Celui-là n’aimait pas les jeux de hasard ni les paris. Xatmer aimait les jeux. Il avait suivi le conseil de Nash. Celui-ci lui assurait de la victoire du Vargas. De l’adoration ? De la naïveté enfantine ? Peu importe, Xatmer préféra le croire sur parole. Maintenant, il possédait une petite fortune.

            Odany adorait le gamin. Il s’était pris d’affection pour cette créature fragile et pourtant presque invincible. Peut-être le fait qu’Odany avait perdu ses enfants lors d’une attaque de pirate. Il décida de prendre sous son aile le petit Nash. Il l’éleva comme un Kromas dont les coups permettaient de leur donner une certaine sagesse. Xatmer suivit son frère comme il le faisait depuis leur naissance. Et puis, c’était grâce à ses deux petits jeunes s’il était riche maintenant.

 

            Le Vargas tremblait comme une feuille. Il se cachait tant bien que mal parmi les déchets du dôme. Des hommes et des femmes de toutes races se serraient les uns contre les autres afin de trouver un peu de chaleur. Leurs vies ne se résumaient à rien. Ils attendaient la mort sans chercher à y échapper. Ils avaient perdu toute envie, toute volonté à se battre pour sortir de cet enfer.

            Nash affichait clairement pour la première fois depuis que Tarosa l’avait revu, un dégoût. Il marchait silencieusement sans se préoccuper de ces êtres perdus. En regardant mieux autour de lui, le déjaniras remarqua l’absence totale d’enfant.

— Les enfants des déchets sont récupérés dès leurs plus jeunes âges afin d’avoir une chance de survie, expliqua Odany tout en grognant devant cette caste pitoyable.

— Enfants emmenés où ? demanda Dawn.

— Dans un orphelinat aux cinquièmes niveaux dirigé par des femmes Vargas et humain. Ce sont deux races qui arrivent très bien à s’harmoniser. Les Odrassiens eux sont comme nous les Kromas. Nous ne sommes pas très doués avec les enfants des autres.

            Nash ne faisait pas attention à ses compagnons. Il voulait faire payer à ce traitre le mal qu’il avait fait à sa famille. Il avait vendu ses fils et ses filles pour de l’argent afin de payer ses dettes et ensuite pour s’enrichir. Alone avait tenté pendant des années de retrouver chaque membre de sa famille. Malheureusement, deux sœurs et deux frères étaient morts. Trois étaient décédés lors d’un éboulement dans les mines d’Ifrit et le dernier lors d’une chasse à l’homme.

            Sur les deux frères restants, seul Bazil fut retrouver et seulement, parce qu’Irianisa l’avait racheté. Par contre, les trois sœurs encore en vie furent facilement retrouvées. Alone racheta leurs libertés avec l’argent récolté dans l’arène. Avec l’aide de Nash, il avait réussi à leur fabriquer des passeports. Il leur avait offert une partie de sa fortune personnelle et les avait envoyés sur une des colonies Vargas.

            Bayenne était une des dernières planètes trouvées par les Vargas. Nash en observant les clicher en avait été émerveillé. Elle était bleue comme la Terre. La planète chérie des Vargas maintenant, car elle était devenue très vite leurs petits joyaux. D’ailleurs, elle était surprotégée afin qu’elle ne subisse jamais le même sort que leur planète d’origine. Alone avait promis à Nash de l’emmener sur Bayenne un jour. Nash lui ferait tenir sa promesse, mais avant il se devait de sauver la sienne de planète.

            Nash eut un léger sourire. Il se souvenait du départ des sœurs d’Alone. Celui-ci était tellement mal à l’aise. L’avoir vu si gauche et ému face à ses sœurs, Nash avait eu le droit à une bataille en règle. Qu’est-ce qu’il en avait ri même si les coups d’Alone faisaient mal ! Mais comment rester sérieux face à un Vargas rouge comme une tomate quand les sœurs s’étaient jetées dans les bras de leurs frères pour lui dire au revoir ?

            Un mouvement sur sa gauche attira le regard de Nash. Il aperçut la silhouette de Adrid Nothinger s’échappant dans un conduit. Croyait-il réellement pouvoir échapper à sa punition ? Cet homme rêvait. Nash allait lui apprendre à se moquer de lui.

— Violence ne résout rien.

— Dawn, je le sais. Mais, il faudrait arrêter de croire aux contes de fées. Nous ne vivons pas dans un monde merveilleux. Cet homme n’a pas hésité à vendre ses propres enfants pour son profit. Il a tenté plus d’une fois de faire tuer Alone. Il est responsable de plusieurs attaques terroristes sur le dôme. Il a toujours échappé à la justice jusqu’à maintenant.

            Nash leva ses yeux métalliques vers le Mandralore. Il eut un sourire sans joie.

— Je ne suis pas Dieu, Dawn. Je ne me prends pas pour un héros non plus. Donne-moi une bonne raison pour que je laisse cet homme en vie ?

— Une vie une seule.

— Oui, nous n’avons qu’une vie. Elle peut disparaitre sans prévenir alors il faut la chérir. Mais, il n’en a rien à faire. Il serait prêt à les condamner pour sa propre peau.

            Nash fit un geste en montrant les sans-abris.

— Je ne les aime pas. Ils ont perdu goût à la vie. Mais, je n’irais pas les sacrifier pour autant, lui en serait capable et sans un seul remord. Alone n’est pas là pour le faire à ma place. Je le ferais pour lui.

            Sur ces paroles, l’adolescent s’enfonça à son tour dans le conduit. Dawn resta devant sans bouger un peu triste. Le jeune garçon qu’il adorait allait avoir les mains pleines de sang. Pourquoi ? Pourquoi n’avait-il pas trouvé les mots justes pour l’empêcher de commettre ce méfait ?

            Le sol se mit à trembler. Dawn se retient sur le mur. Tarosa perdit l’équilibre et se retrouva sur les fesses. Il grimaça. Bazil l’aida à se remettre debout. Odany grogna. Les autres, les sans-abris ne réagissent même pas. Un léger nuage sortit du conduit. Dawn s’inquiéta, mais il fut soulagé en apercevant la silhouette de Nash. Celui-ci secoua ses vêtements pleins de poussière blanche.

— Que s’est-il passé, Nash ? demanda Tarosa bien qu'il s'en doutait un peu. Ce gosse l’effrayait un peu.

            L’adolescent sombre haussa les épaules.

— Juste un éboulement. Erianisa devrait refaire des travaux d’urgence. Quel imbécile ! Bazil, ton père était vraiment un idiot de première. Son imbécilité l’a tué. Pff ! Je n’ai même pas eu la chance de l’écraser moi-même. Maintenant que cette affaire est réglée, allons chercher Alone.