Chapitre 10

            Le vaisseau transportant les voyageurs de différents horizons arriva enfin à destination. Le Dôme ne fit aucune difficulté. La passerelle fut installée et les voyageurs fatigués par le long trajet de plusieurs jours descendirent. Tout le long du trajet jusqu’au Dôme, ils avaient craint les attaques des pirates ou des esclavagistes.

            Les derniers à descendre furent deux hommes ; l’un était très grand, à larges épaules portant une cape le couvrant intégralement. Son visage était caché par les pans de la capuche. L’autre d’une bonne taille également, vêtu de blanc du torse aux pieds, avait le visage découvert. Il faisait partie de la race humaine. De son regard sombre, il jeta un œil rapide aux alentours. Personne dans la zone de débarquement ne faisait attention à eux. Il en fut soulagé. Les gardes surveillaient le déchargement des denrées attendues. Il porta une main vers son visage et repoussa une mèche rebelle bleutée vers l’arrière.

            En compagnie de son compagnon de route, il se rendit vers l’ascenseur. Devait-il d’abord trouver un endroit pour la nuit ? Où se rendre directement à l’étage voulu ? Il n’eut pas vraiment le choix. Deux gardes pénétrèrent avec eux dans l’habitacle. L’un d’eux appuya sur le bouton amenant aux quartiers commerçants.

            L’ascenseur était le moyen le plus rapide, mais le moins fiable également surtout en cas d’urgence. Les deux hommes ne furent pas surpris de l’ambiance chaotique régnant sur le marché. Sans plus faire attention aux deux gardes, les voyageurs s’enfoncèrent dans la cohue. Leurs pas les conduisirent vers le centre où se trouvait la boite de nuit : le cyclone envoûtant.

            L’humain eut un temps d’hésitation avant d’entrer dans le bâtiment. Une forte musique électro s’entendait. Les ombres faisaient apparaitre le corps de femmes dansant de façon lancinante. L’homme continua son chemin à travers les salles afin d’arriver enfin vers celle plus sélecte. Aussitôt, un garde kromas s’approcha. Il eut juste un bref entretien silencieux. Puis, le garde s’écarta pour leur ouvrir une nouvelle porte près du bar.

            Les deux compagnons entrèrent par cette voie. Ils longèrent un long escalier en colimaçon. Arrivant devant la porte close, un clavier s’illumina affichant l’ombre de deux mains. L’humain posa sa main droite sur la première marque, tandis que son compagnon posa la sienne sur l’autre marque. L’écran s’illumina et afficha le visage des deux protagonistes et une voix métallique retentit :

— Tarosa Médrill déjanira, un avis de recherche est lancé à votre encontre depuis un peu plus de dix ans. Dawn Mayote, madralore, recherché pour traitrise envers son peuple. Autorisation accordée.

            La porte s’ouvrit en grand laissant apparaitre une vive lumière. Les deux hommes pénétrèrent dans l’antre de la dirigeante du Dôme. Quand leurs vues s’habituèrent, ils virent un magnifique panorama autour d’eux, montrant l’hyper espace. La pièce ronde donnait un semblant de tournis. Le sol et les meubles étaient d’un blanc immaculé.

            Assise confortablement sur un siège, Irianisa, dans toute sa beauté froide, ressemblait à une reine. Elle fit un geste afin d’inviter les nouveaux arrivants à la rejoindre. Derrière elle, des écrans montraient chaque recoin du Dôme. Les deux hommes s’approchèrent et s’installèrent dans le canapé face à elle.

— Mon cher frère ! Je suis heureuse de te revoir après toutes ses années.

            Nullement intimidé par la présence puissante de sa sœur, l’homme aux cheveux bleu nuit haussa les épaules.

— Tu m’en vois ravi même si j’ai un doute sur ta sincérité.

            Irianisa eut un sourire froid. Elle eut un geste insignifiant. Pourtant aussitôt, un majordome, un jeune Vargas, s’approcha pour déposer sur une table un plateau contenant quelques friandises. Le Vargas servit du thé dans les tasses disposées autour. Il se redressa ensuite attendant un nouvel ordre. Tarosa fut choqué. Il connaissait bien la race des Vargas. Ces hommes et femmes avaient préféré détruire leur planète d’origine quand ils avaient su qu’ils ne pourraient jamais plus la récupérer. C’était des êtres fiers, plutôt bagarreurs et surtout n’aimant pas recevoir des ordres.

            Erianisa aperçut le regard troublé de son frère. Un autre sourire apparut sur ces lèvres., mais le perdit quand elle remarqua son esclave regardé un des écrans. Elle savait bien lequel il regardait. Elle pinça les lèvres. Le jeune Vargas se tordit de douleur. Il s’accroupit sur le sol, portant la main à sa tête. Tarosa tenta de stopper sa sœur avec son peu de pouvoir. Mais, il ne pouvait rien faire.

— Ça suffit ! s’écria alors une voix jeune, mais mordante aussi.

            Le Vargas, libre à nouveau, s’éloigna rapidement de la femme pour se rapprocher des escaliers où se trouvait la personne qui venait de lancer un ordre. Tarosa tourna son regard vers le nouvel arrivant. Il resta saisi. Dans son souvenir, Nash Dailey restait un enfant de cinq ans pleurnichard, craintif, mais puissant également. Maintenant, il avait devant lui un adolescent de seize ans, aux cheveux argentés coupés aux épaules. Il montrait un visage imperturbable.

— Pourquoi viens-tu m’ennuyer avec mon nouveau jouet ? Je te laisse libre de tes mouvements, tu devrais peut-être me remercier.

            L’adolescent s’approcha avec lenteur. Il regardait droit dans les yeux Irianisa. Celle-ci remarqua Tarosa, avait une forte envie de détourner son regard.

— Bazil n’est pas un jouet. C’est un être de chair et de sang.

— Tu parles ! Regarde-le comment il tremble de peur. Il n’est rien.

— A qui la faute ? reprit de plus belle l’adolescent. Tu t’es amusé à lui torturer l’esprit. N’importe qui deviendrait fou après ce sevice.

            L’adolescent s’arrêta devant le Vargas. Il se pencha légèrement. Il posa une main rassurante sur le haut du crâne de Bazil. Celui-ci leva les yeux vers son sauveur. Il pencha la tête comme s’il écoutait quelque chose. Ensuite, Nash se redressa. Le Vargas se leva à son tour. Il rejoignit le garde près des escaliers.

— Bazil ? Reviens ici ! Je n’ai pas fini avec toi, s’emporta Irianisa.

            Le jeune Vargas ne se retourna pas. Nash eut un sourire en coin.

— Il ne t’obéira plus. J’ai enlevé l’emprise que tu avais sur lui. Il fallait réfléchir à deux fois avant de me couper le lien avec mes pouvoirs, Erianisa. Maintenant, je suis libre et comme ils ont dormi depuis longtemps, ils sont largement supérieurs aux tiens.

            Perdant un peu de sa superbe, Irianisa se redressa avec violence. Elle eut un ricanement. Elle lâcha :

— Petit impertinent ! Je t’ai élevé comme si tu étais mon fils. Je t’ai tout donné.

— Tout donné ? Élevé comme ton fils ? Ne me fais pas rire ! Tu voulais que je devienne ton jouet. Ton frère m’a envoyé ici pensant que je serais en sécurité. Et dans un sens, il n’a pas eu tort, mais hors de question que je devienne ta marionnette !

— Il ne reviendra jamais en vie. Il ne pourra jamais s’échapper d’Athénaïs. Il a tellement d’ennemis. Son père a payé une fortune pour que je m’en débarrasse. Comment le décevoir ?

            Le coup vint s’en prévenir. Erianisa fut éjecté contre un mur. Elle s’écroula en hurlant de douleur. Elle en avait presque le souffle coupé. L’adolescent allait s’approcher d’elle à nouveau quand l’homme à la cape prit enfin la parole pour la première fois.

— Violence pas résoudre problème, Nash.

            L’adolescent s’élança d’un coup et enlaça le corps de l’alien. Une main aux doigts un peu crochus se posa avec douceur sur la chevelure argentée. Le jeune homme s’écarta et essuie rapidement ses yeux penauds.

— Merde ! Si Alone apprend que j’ai failli pleurer, il me donnera encore une raclée. Ravi de te revoir, Dawn. Vous aussi Tarosa.

— Je me demande si tu es sincère, s’enquit Tarosa. Depuis quand as-tu récupéré tous tes souvenirs ?

            Surpris, Tarosa sursauta en entendant la voix de Nash dans sa tête. « À vous de décider comment vous voulez le prendre. J’ai choisi la voix de la sincérité, même si parfois, elle est difficile. »

            L’adolescent se dirigea vers les écrans. Il toucha un écran. Celui-ci agrandit l’image. Un Vargas apparut dans leurs champs de vision. Il se trouvait dans une forêt accroupi sur une branche d’arbre. Il observait le sol. En regardant mieux, Tarosa y aperçut l’ombre de plusieurs hommes armés jusqu’aux dents. Ce Vargas ne s’en sortirait pas de l’avis du Déjanira.

— Penses -tu qu’il arrivera à s’en sortir le temps que nous puissions lui venir en aide, demanda d’une gutturale le soldat Kromas.

            Dawn et Tarosa se tournèrent vers celui-ci. Le mandralore eut un frisson dans le dos. Sa race n’appréciait pas vraiment les Kromas, des guerriers nés.

— Odany, tu parles d’Alone. Il est le champion en titre de l’arène. Il a battu une dizaine de kromas à lui tout seul. Aurais-tu oublié ? Et puis, il a beau être ailleurs, son esprit est toujours relié au mien, expliqua calmement Nash.

— C’est impossible. Il est à des milliers de lieux d’ici. Tu as beau être un puissant télépathe, tu ne peux pas l’atteindre d’ici.

            Nash eut l’ombre d’un sourire. Il jeta un coup d’œil à Irianisa.

— Veux-tu tester ?

            Au même moment, Alone tourna son visage vers eux comme s’il les voyait. Irianisa recula d’un pas en se tenant les côtes. Elle regarda le garçon qu’elle avait vu grandi avec une certaine crainte.

— Ton ami, Nash ?

            Le jeune homme se tourna vers Dawn qui lui avait servi de nounou pendant quelque temps. Nash haïssait les mandralores pour le mal qui causaient. Mais, il savait également que tous n’étaient pas ainsi. Au fil des années, Nash et Alone avaient côtoyé divers individus en tout genre. Dawn n’était pas une exception. Il y avait d’autres madralores rebelles. Dans chaque race, il y avait de la mauvaise graine et certaines parvenaient au pouvoir. Tarosa savait par exemple que l’empereur Sylvanus faisait partie de cette mauvaise graine et que si personne ne tentait de le renverser. Déjanire finirait par être détruite à l’intérieur.

— Oui, Dawn. Alone est plus qu’un ami. Il a toujours été là pour m’aider. Irianisa, je t’aurais pardonné tout le mal que tu as pu me faire. Mais, tu as osé le toucher. Et ça, je ne te le pardonnerais jamais.

            Irianisa sentit la peur l’envahir. Le regard métallique de Nash lui transperçait le crâne. Elle le sentit pénétrer au plus profond d’elle. Elle s’écroula en larme sur le tapis blanc. Tarosa s’élança vers sa sœur, inquiet. Il leva les yeux vers l’adolescent imperturbable. Il affichait un sourire ironique.

— Je ne lui ai rien fait de dramatique. Je lui ai juste fait subir ce qu’elle voulait me faire, mais qu’elle a loupé. Elle a de la chance d’être de ta famille Tarosa. J’aurais pu la tuer. Mais, je suis magnanime. Autant l’utiliser à mon profit !

— Nash, toi faire quoi ?

            L’adolescent fit face au mandralore avec un visage plus sympathique. Il pencha la tête et émit un petit rire. Celui-ci rappela aux deux hommes un souvenir nostalgique de Nash enfant.

— Alone. Je ne ferais rien sans lui. Ensuite, il faudra retrouver Jeff et Karen. Pendant ce temps, Irianisa s’occupera à dénicher de l’aide armée.

— Pour quoi faire ? demanda bêtement Tarosa.

— Pour sauver sa planète et ses parents, répondit Brazil à cet instant.

            Celui-ci, plus en confiance, était revenu dans le salon. Nash lui jeta un coup d’œil. Il secoua la tête.

— Il va falloir faire des efforts, Brazil. Si Alone te voit aussi pleurnichard, tu risques d’avoir sacrément mal et je sais de quoi je parle. Ce n’est pas croyable que vous soyez frère. Vous n’avez pas du tout le même caractère. C’est aberrant.