Chapitre 5

 

                        Dans le temple, il faisait une chaleur étouffante. Jade se leva de son lit et s’habilla dans le noir. C’était une nuit de pleine lune. Sans faire de bruit, la jeune fille ouvrit prudemment la porte. Elle jeta un coup d’œil rapide dans le couloir, puis elle s’y faufila.

 

            Étant donné, qu’elle n’arrivait pas à dormir, elle avait décidé d’aller se baigner à la crique. Elle arrivait à la porte du Temple quand elle entendit des pas. Elle se colla dans un coin dérobé près de la porte. Les pas s’arrêtèrent près de l’entrée. Une e voix féminine qu’elle connaissait se fit entendre.

 

— Tu crois que le Prêtre Siméon sait pour nous ? Je ne voudrais pas que tu aies des ennuis à cause de moi.

 

Il eut un silence un peu prolongé, puis une autre voix connue, mais masculine répondit :

 

— Je ne pense pas et je n’aurais pas d’ennuis. Nous n’avons pas les autres et moi, fait vœu de chasteté comme les Prêtres. Mais si tu préfères taire notre relation, c’est libre à toi.

 

La fille posa la tête sur l’épaule de son compagnon, avec un soupir.

 

— Crois-tu que cela servirait à quelque chose de se taire, Nat ? Sandor le serait dès qu’il croisera un de nous deux. Shiba lui est peut-être moins réceptif, mais il sait lire dans le regard des autres. De plus, Sandor n’a aucun secret pour Jade. Il lui dit tout. Il y avait une semaine, il lui a parlé de ses deux dernières conquêtes.

 

Nathan émit un petit rire moqueur.

 

— Ah ! Oui ! et c’est quoi ces deux conquêtes ?

 

Maëlla sourit à son tour et s’exclama :

 

— La première est la fille du Doyen de Ricolier, le village voisin et la deuxième, c’est une biche qu’il a nommée Lola.

 

— Un véritable séducteur, pouffa le jeune homme.

 

            Les deux jeunes continuèrent à discuter pendant un bon moment encore. Jade commençait à se fatiguer d’attendre. Elle n’avait pas aimé qu’ils se moquent de Sandor. Jade adorait l’entendre parler ouvertement de ce qu’il faisait quand il n’était pas avec elle. Ce n’était pas le cas de Shiba ni de Nathan. Eux ne lui disaient jamais rien sur leur vie privée. Ils la traitaient toujours comme une enfant, alors qu’elle venait d’atteindre sa quatorzième année. Elle savait très bien ce que Nathan et Maëlla avaient fait pendant leur absence.

 

             Avec eux, elle serait restée dans l’ignorance complète sur le sexe, si Sandor ne lui avait rien dit. Il lui en avait parlé, alors qu’il lui avait interdit de se baigner nue devant lui, il y avait un an de cela. Il lui avait raconté qu’étant donné son entré dans l’adolescence, son corps commençait à se former pour un jour devenir adulte.

           

            Alors, elle devrait se couvrir pour se baigner afin de cacher sa nudité pour ne pas perturber les hommes qui pourraient passer près de la crique. Il lui avait parlé de bien d’autres choses également. Sandor la consolait également et l’informait quand elle eut ses premières règles.

 

            Sandor avait sermonné Maëlla pour ne pas avoir parlé de ces choses-là à Jade. La jeune fille s’était mortifiée de l’oublie, mais n’avait pas changé pour autant. Maëlla n’osait pas parler des choses du sexe à cause de sa mère. Eléonore, avant de tomber malade, avait été prostituée. Sa fille avait attrapé une véritable pudeur. Jade ne l’avait jamais vue nue. Quand elle se baignait à la crique, elle portait un vieux maillot de bain. Jade, elle n’ayant pas se complexe, portait maintenant un maillot de bain à deux pièces, très courtes. Sandor l’avait grondé, sans trop insister.

 

            Les deux tourtereaux finirent par se séparer et chacun partit dans une direction. Maëlla, vers le chemin qu’il la ramenait chez sa mère et Nathan entra dans le Temple. Il passa près de Jade sans la voir. Dès qu’il disparut, la jeune fille se faufila dehors. Elle respira à plein poumon, l’air de la nuit. Celui-ci était doux. C’était l’été et la température était très élevée dans la journée. La nuit était toujours la bien venue à cette époque de l’année. Il y faisait meilleur.

 

            Elle se mit à courir vers la crique. La forêt semblait endormie. Il n’y avait presque pas de bruit, sauf celui du cri du hibou ou de la chouette ou celui du bruissement des ailes d’une chauve-souris. Elle arriva très près du lac. L’eau miroitait sous la lune. Jade enleva ses vêtements et se jeta dans l’eau fraiche. Elle soupira de plaisir. Elle avait eu une bonne idée de venir se baigner.

 

            Cela la rafraichissait. Elle fit quelques brasses avant de se mettre à flotter sur le dos. Pendant un long moment, le silence se fit total. Puis elle sentit deux bras l’agrippaient par la taille. Elle cria et se débattit comme une forcenée. Son agresseur était plus fort qu’elle. Il réussit à la remettre sur ses pieds et la serrait contre lui pour éviter les coups que lui envoyait Jade. D’une main, il parvint à attraper ses poignets. Quand ce fut fait, il finit par parler.

— Tu es folle de venir te baigner en pleine nuit. J’aurais pu être un maniaque qui t’aurait violé.

 

Jade, à ce mot, frissonna. Elle s’en voulait, mais elle avait eu tellement chaud, qu’elle n’avait pas pensée à mal. Des larmes montèrent à ces yeux, elle renifla.

 

— Je suis désolée, Sandor.

 

Le jeune homme voulut la serrer plus fort, mais se souvint a temps qu’elle ne portait rien et lui non plus d’ailleurs. Il se trouvait déjà dans l’eau quand elle était arrivée. Il l’avait vu dès qu’il était remonté à la surface. Il essayait de savoir combien de temps, il pouvait resté sous l’eau.

 

— Va te rhabiller sur la berge. Je te rejoins, finit-il par dire.

 

            Jade lui obéit aussitôt. En réalité, elle détestait les ordres, sauf quand il venait de Sandor. Le prêtre Siméon avait trouvé cela bizarre. Il avait pensé que les trois garçons serraient ses grands frères ou ces pères, mais Jade avait décidée d’accepter l’autorité que d’un seul et ce fut Sandor.

 

            Shiba avait quelques fois la chance d’être obéi, mais certainement pas Nathan. Elle s’habilla en hâte. Elle fut bientôt rejointe par le jeune homme. Sandor était devenu encore plus musclé qu’à 14 ans. Son visage était énergique et son regard avait également plus de maturité.

 

            Depuis maintenant 8 ans qu’il se trouvait au Temple des Lilas, il avait pu perfectionner son pouvoir et le maîtriser. La jeune fille leva ses yeux bleus vers le jeune homme.

 

— J’ai un petit creux, Sandor. Tu n’aurais pas un de tes délicieux biscuits de noix.

 

Celui-ci baissa son regard vers elle. Il secoua la tête exaspérée, mais il sourit.

 

— Allez viens !

 

 

            Dans la petite cabane de bois, Sandor alluma une torche. Sur une étagère, il sortit la boite qui contenait les biscuits aux noix et la posa sur sa petite table. Jade s’était agenouillée sur la paillasse du jeune homme.

 

            Il se mit à regarder la jeune fille. Elle resplendissait de beauté. Des cheveux châtain clair, tout bouclés, encadré son visage mutin. Ses yeux bleus brillaient comme des saphirs. Elle était toujours sa petite elfe pour lui.

 

            Il pensa à ce que Siméon lui avait parlé cet après-midi. Il hésita un instant à raconter à Jade, mais il finit par dire.

 

— Jade, Gaspard Bellamy est décédé, il y avait trois jours.

 

La jeune fille leva la tête.

 

— Il est mort ? Comment ?

 

— D’une crise cardiaque. Il ne pourra plus jamais faire du mal à personne.

 

La jeune fille hocha la tête.

 

— J’ai également…. Trois autres choses a te dire, reprit — il avec une hésitation.

 

La première est que ta mère est alitée et c’est Anne qui s’occupe de la ferme et de ta mère. Edwige lui rend visite, mais étant mariée, elle doit s’occuper de sa propre famille. La deuxième chose, c’est que tu vas aller vivre quelque temps chez ta mère pour l’aider, toi aussi.

 

Jade ferma les yeux pour refouler ses larmes. Sandor s’approcha et la prit dans ses bras.

 

— Est-ce grave ? Pourrais-je l’aider avec mes pouvoirs ?

 

Il secoua la tête.

 

— Oui, c’est une maladie grave et non, tu ne pourras pas la sauver. Tu ne pourras que lui éviter de trop souffrir.

 

Elle sanglota pendant longtemps avant de se calmer. Elle se souvient qu’il avait une troisième chose et la réclama. Là, Sandor hésita beaucoup plus longtemps. Il finit par avouer.

 

— Siméon désire que nous allions voir ce qui y a derrière les 7 pics.

 

Jade leva les yeux.

 

— Nous ? Tu veux dire Nathan, Shiba et toi ?

 

— Oui. Il semblerait que Maëlla nous accompagnera également.

 

Des larmes se mirent de nouveau à couler sur les joues satinées de la jeune fille.

 

— Vous allez partir sans moi. Vous me laissez ici. Pourquoi …. Pourquoi voulez-vous m’abandonner ? sanglota-t-elle.

 

Sandor la serra plus fort contre lui et lui caressa les cheveux.

 

— Calme-toi, petite elfe ? Tu dois rester pour ta mère. Mais je te promets que nous reviendrons ici. Je te le promets.

 

            Sans s’en rendre compte, le jeune homme posa ses lèvres sur celles de Jade, qui d’abord surprise, finit par répondre au baiser. Elle noua ses bras autour de son cou et se laissa faire. Quand il l’allongea sur la paillasse. Elle ne s’aperçut même pas qu’il lui avait retiré sa robe. Elle se retrouvait nue devant lui. Elle gémit quand la bouche de Sandor se promena sur sa jeune poitrine. Elle cria son nom quand elles s’évadèrent vers le bas. Elle atteint plus d’une fois l’extase, sans qu’il l’est corrompu une seule fois. Sandor se redressa vers elle. Sa respiration était saccadée, mais il ne perdit pas son sang-froid. Il lui embrassa les lèvres, puis il s’écarta.

            Il s’assit sur la paillasse pour reprendre ses esprits. Il avait fermé les yeux. Jade posa une main sur son épaule. Il sursauta comme si elle l’avait brûlé.

 

— Tu aurais dût aller jusqu’au bout, Sandor. Je regrette que tu souffres à cause de moi.

 

Le jeune homme rouvrit les yeux et se tourna vers elle. Il lui remit une mèche rebelle derrière l’oreille, ensuite il laissa ses doigts caresser l’épaule gauche de Jade. Il lui adressa un petit sourire.

 

— Non. J’ai bien fait de m’arrêter. Tu es encore un peu trop jeune. Un jour, j’irais jusqu’au bout.

 

Jade, les yeux brillants, lui demanda.

 

— C’est une promesse ?

 

— Oui, une promesse, petite elfe.

 

                         Jade, sans enthousiasme, avait dit au revoir à ses amis et était partie vivre près de sa mère. Pendant quelques jours, les deux sœurs furent heureuses de se revoir. Mais Anne finit par reprendre son véritable caractère qui était la jalousie et la méchanceté. Elle en voulait à sa cadette d’être plus jolie, d’être appréciée par tous les villageois. Anne apprit par le mari d’Edwige que les Prêtres étaient absents également. Alors, elle se mit à donner des ordres à Jade, sans que leur mère ne l’apprenne.

 

            Celle-ci avait presque perdu l’esprit. Si Jade n’obéissait pas, elle recevait un coup de bâton. Personne à Shafadi n’était au courant. La seule chose dont les villageois s’aperçurent fut que Jade ne venait pour ainsi dire jamais au village. Anne annonçait à quiconque que la jeune fille préférait rester auprès de leur mère. Depuis que Gaspard Bellamy était mort, Anne avait embauché un homme pour les gros travaux. Milas Bertos était un homme aussi mauvais qu’Anne. Il était également répugnant. Il était plutôt du genre crasseux. En tout cas, il avait des vues sur la benjamine. Jade avait véritablement peur de lui et l’évitait le plus possible.

 

            La jeune fille devait dormir dans la grange et un jour, elle eut la surprise de voir Rouska et Riko, près de l’étable, légèrement délabrée. Elle fut heureuse de les avoir avec elle, car ils étaient les meilleurs gardes du corps qu’elle pouvait espérer. Milas avait la frousse en les croisant dans la cour. Mais souvent, il songeait qu’un jour prochain, il arriverait à faire sienne cette jeune pouliche.