Chapitre 10

 

 

                        La Reine Elayne d’Esthar apprit par les éclaireurs que le château de Baerlon avait été attaqué par des centaines de Trollocs. Le Roi capturé fut servi de repas aux monstres. Mirabelle et Eugénia furent informés que Tar Valon était en guerre. Des villages avaient été rayés de la carte. Darinos ne se cachait plus. Il affirmait partout qu’il était à la recherche d’un jeune homme. Au bout de quelques jours, il parvint avec son armée aux portes d’Esthar. Elle entourait la ville. Darinos donna un ultimatum à la Reine.

 

— Offrez-moi ce garçon et je ne toucherais pas à votre ville.

 

            Après plusieurs conciliabules avec Elany et les deux Sorcières, plus le Conseil d’État, la Reine cédèrent à la demande. Elle demanda donc à Darinos de citer le nom du garçon et lui sera amenée dès son arrestation. Le Lynos poussa un hurlement de joie à cette nouvelle. Pétrovia et Brenda seront très heureux. Tout marchait comme prévu. Il scella la lettre et envoya de nouveau un messager vers la Reine.

 

            Celle-ci tournait en rond dans la salle du Trône. Tout cela lui semblait irréel. Elle venait d’apprendre que Galbadia était en deuil. La Reine Astrid était morte pendant l’attaque des Trollocs. D’après le peu qu’ils savaient, Galbadia avait été envahi en moins de deux par les démons, que beaucoup de sang avait coulés.

 

            Elany Sumo semblait calme, mais intérieurement, elle tremblait de peur. Le messager de Darinos apparut. Un frisson glacial parcourut le corps de la Reine. Un Mydrall, l’horreur ! Le démon tendit la lettre et attendit. La Reine détacha et lut le nom du garçon que voulait Darinos. La Reine releva la tête d’un mouvement vive et ordonna aux gardes présents.

 

— Veuillez m’amener de toute urgence Sethsuno Mudo.

 

            Les hommes saluèrent et partirent en courant. Elany était pétrifiée. Darinos voulait le fils de Rhys, mais pourquoi ? Eugenia lui avait affirmé qu’il était dangereux, pour Alia et non pour eux. Elle ne comprenait plus rien. Les gardes se faisaient attendre. Elany eut un mauvais pressentiment. La porte s’ouvrit enfin. Un garde apparut. Il informa à Sa Majesté que Sethsuno Mudo avait disparu ainsi que ses amis. Toutes les gardes fouillaient chaque pièce, chaque recoin. Une petite exclamation retentit derrière son dos. Elany se retourna et aperçut le Capitaine Sylen. Il semblait surpris. Il se colla près d’elle et chuchota :

 

— Préparez-vous à fuir Elany. Si Sethsuno a disparu, alors Darinos va lâcher ses fauves.

 

— Je ne suis pas une lâche. Je sais me battre.

 

            Le Capitaine attrapa son bras et le lui serra.

 

— Ne soyez pas stupide. Vous serez plus utile vivante que morte.

 

 

                        Le jeune homme porta sa main à sa hanche droite. La douleur était intenable. Il serra son épée avec force et se redressa pour faire face à l’évanescent. La haine dans son regard lui paralysait les jambes. « Mon Dieu ! Il faut que je m’en sorte. Je ne veux pas mourir ! »

 

Alors dans un cri de fureur, il parvint à s’élancer vers le démon. Dans son champ de vision, il aperçut la liane d’un fouet entourant le poignet du Mydrall. Celui-ci poussa un grognement en essayant de se dégager. L’évanescent chancela. Enfin, Seifer arriva, leva son arme et fit un tour à cent quatre-vingts degrés avec une force étonnante malgré sa blessure.

 

            La tête du monstre ballotta d’un côté et au ralenti, se détacha du cou. Dans un bruit de succion, elle tomba sur le sol ensanglanté. Seifer perdit l’équilibre et s’écroula en avant.

Quistis poussa un petit cri de détresse et s’élança vers lui.

 

— Seifer ! Seifer ! murmura-t-elle en larme.

 

            Le jeune homme redressa la tête.

 

— Ça va, Quistis.

 

            La jeune fille le serra dans ses bras.

 

— J’ai eu si peur.

 

            Raijin s’approcha à son tour. Il déchira un pan de sa veste et nettoya l’arme de son ami. Il tremblait et son regard s’assombrit de tristesse. Seifer le remarqua :

 

— Qui a-t-il Raijin ?

 

            Le jeune homme ouvrit la bouche pour répondre, mais Dame Amelyn arriva sur ces entre faits. En apercevant, le Mydrall, elle renifla de dégout, puis son regard se posa sur les jeunes gens.

 

— Vous avez fait du bon travail dit-elle.

 

            Elle s’approcha d’eux et s’agenouilla devant Seifer. Elle examina sa blessure.

 

— Mmh ! Pas très jolie ! Dites-moi, jeune fille, vous avez le don de soigner ! Pouvez-vous m’aider ?

 

            Quistis hésita un instant. Levant les yeux vers son ami, elle s’aperçut son regard fiévreux.

 

— Oui, que dois-je faire ?

 

            Dame Amelyn ne dit rien. Elle attrapa la main de la jeune fille et la posa au-dessus de la blessure sans la toucher. Quistis comprit et murmura une incantation inaudible. Une lueur bleue l’entoura qui passa sur son bras puis sur sa main. Seifer émit un gémissement. Dame Amelyn posa ensuite sa main sur celle de Quistis et la lueur bleue s’intensifia pour devenir presque bleu nuit.

 

            Raijin observait la scène avec stupeur. C’était fascinant de voir disparaître la blessure mortelle du corps de son ami. Dès que la lumière s’éloigna, Dame Amelyn ordonna d’une voix lasse.

 

— Emportez-le dans une pièce calme ou une chambre, jeune homme.

 

            Raijin souleva le corps de Seifer presque sans effort. Un frisson glacial parcourut le dos du jeune homme. Il était effrayant de regarder Seifer dans cet état d’abandon. Quistis se sentait fatiguée comme si elle n’avait pas dormi depuis deux jours. En titubant, elle suivit Raijin, décidée à ne pas laisser seule ses deux amis.

 

            Seifer était allongé dans un lit à baldaquin. Avec effort, il se redressa et regarda autour de lui. Depuis combien de temps se trouvait-il ici ? Il ne le savait pas. Il aperçut un corps allongé sur le canapé de la pièce. La porte de la chambre s’ouvrit et Raijin apparut portant un plateau et l’amena droit à Seifer.

 

— Tu as l’air d’aller mieux.

 

            Le jeune homme porta sa main à sa chevelure blonde.

 

— Oui, encore un peu dans les vapes, mais sinon ça va.

 

            Son regard se porta à nouveau sur le corps allongé.

 

— Quistis n’a pas voulu quitter cette chambre. Elle a eu très peur de te perdre, répondit Raijin avec un sourire.

 

            Seifer se sentit rougir. Avec un haussement d’épaules, il essaya de reprendre le dessus de ses émotions. Enfin, il observa à nouveau Raijin et il y aperçut à nouveau cette tristesse.

 

— Où est Irvine ?

 

            Les mains de Raijin tremblèrent et par précaution, il posa le plateau sur la commode près du lit.

 

— Il…. Il est… Mort.

 

— Quoi ? s’écria Seifer.

 

            Raijin se laissa tomber sur le lit.

 

— Il… Il a… été tué… En… En me sauvant la vie.

 

            Seifer ferma les yeux de douleur. Un sanglot retentit et une tête vint se loger contre son torse. Le jeune homme serra Quistis avec tendresse. Plus jamais, ils n’entendraient le rire joyeux, les mauvaises ne blaguent d’Irvine Kinnéas. Le grand séducteur et le charmeur de ses dames n’étaient plus là. Il n’existait plus que dans leur cœur et dans leurs souvenirs. Après un long moment, Raijin reprit d’une voix presque atone.

 

— J’ai asti à t’apprendre le décès de ton grand-père, Seifer.

 

            Le jeune homme sursauta. Un tremblement le prit soudain. Quistis lui caressa les cheveux en lui chuchotant des mots tendres pour le calmer. Le jeune homme aspira une grande bouffée d’air et demanda :

 

— Qui a-t-il d’autre ?

 

            Raijin se leva et arpenta la pièce de long en large :

 

— La Reine Astrid a été assassinée et la Princesse Miliana vient de prendre la couronne.

Nous avons également appris que d’autres villes ont été attaquées. Les monarques ne savent pas comment les Trollocs ont pu approcher et voyager dans ces régions sans que personne ne les remarque.

 

— Esthar ? A-t-elle été attaquée ? murmura Quistis.

 

            Seifer se leva de son lit sans attendre la réponse, attrapa sa ceinture et remit son épée en place. Raijin s’exclama :

 

— Que fais-tu ?

 

            Le jeune homme les observa en silence.

 

— Croyez-vous que je vais rester ici à me croiser les bras en sachant que nos amis sont en danger ?

 

 

 

                        Alia pénétra en douce dans la chambre de Tania. La jeune servante sursauta de surprise en voyant apparaître sa maîtresse. Elle semblait affolée.

 

— Qui a-t-il Milady ?

 

            La jeune fille lui prit les mains et avoua :

 

— Quelque chose de terrible arrive, Tania ! Il faut à tout prit que tu nous aides !

 

— Nous ?

 

            Alia hocha la tête.

 

— La Reine Elayne veut arrêter Seth pour Darinos. Elle s’est vendue.

 

            Des larmes montèrent aux yeux de la jeune fille.

 

— Je t’en pris, Tania, aide-moi à le sauver, supplia-t-elle d’une voix tremblante.

 

            La servante se mit à réfléchir aussi vite qu’elle le put. La Reine Elayne gouvernait bien le Royaume et Tania était fière d’être un de ses sujets, mais devait-elle trahir son amie pour une Reine qui venait de se vendre à un démon ? La servante jeta un coup d’œil vers la jeune fille. Elle s’était approchée de la fenêtre et observait la scène. Son regard était triste et apeuré.

 

— « Mon dieu, que dois-je faire. »

 

            Elle se redressa toute droite et annonça :

 

— Dans la salle des gardes, il y a un passage secret. Mon grand-père était le seul à s’intéresser à ses passages. Je ne crois pas que la Reine soit au courant.

 

            Alia serra son amie dans ses bras.

 

— Oh ! Merci Tania.

 

            Des larmes de reconnaissance coulaient le long de ses joues satinées.

 

— Où est votre ami ?

 

— Il est dans ma suite avec ses amis.

 

                        Zell tournait en rond. Il en avait assez d’attendre. Alia était partie depuis une demi-heure. Il se demandait s’il pouvait lui faire confiance. Après tout, il ne la connaissait pas. Il jeta un regard en coin vers Sethsuno.

 

            Son ami regardait le va-et-vient dans la cour Royal, inquiet. Seth ne donnait pas sa confiance n’importe qui et pourtant, il mit sa vie et celle de ses amis entre les mains d’une jeune fille.

            Zell n’était pas aussi stupide comme beaucoup de personnes le pensaient. Il avait ressenti l’attirance qui existait entre les deux jeunes gens. Alia avait défié sa propre mère pour sauver Sethsuno. Zell se doutait bien que Selphie mettait des réserves sur Alia. Fujin, elle était assise sur le lit bien droit caressant la tête de Sheba.

 

            Zell pouvait sentir la peur des deux jeunes filles. Le jeune homme ferma un instant les yeux. Il avait appris l’attaque de Galbadia. Il espérait sincèrement que ses amis étaient encore en vie. La porte s’ouvrit laissant passer Alia et une autre femme. Sethsuno se détourna de la fenêtre. Tania observa le jeune homme en question.

 

— » En pleine lumière, il est plus séduisant, que la nuit ».

 

            Alia s’élança vers le jeune homme.

 

— Tania connaît un passage vers la liberté.

 

            Sethsuno baissa son regard vers la jeune fille et lui sourit. Puis il se tourna vers la servante.

 

— Merci, de votre aide.

 

— Je le fais pour Alia… Je vais essayer de vous mettre à l’abri. Suivez-moi !

 

            Elle se tourna vers l’entrée et sans plus attendre se mit en route. D’un signe de tête, Sethsuno ordonna à Zell et aux deux autres de suivre.

 

— Alia ! Je voudrais…

 

            La jeune fille mit un doigt sur sa bouche pour l’interrompe.

 

— Je ne resterais pas ici, Seth. Je veux être avec toi. La guerre va s’abattre sur Esthar.

 

— Oui, mais si tu restes avec moi, tu cours un grand danger.

 

            La jeune fille secoua la tête, bornée. Elle la posa sur son torse.

 

— Je t’en pris, Seth, je ne peux pas rester ici. La Reine est loin d’être stupide. Elle comprendra que je vous ai aidé.

 

            Le jeune homme hocha la tête, reconnaissant la justesse de ses paroles. Finalement, Alia lui agrippa la main et le tira.

 

— Viens, rejoignons les autres.

 

            Sethsuno la suivit de bonne grâce avec à ses côtés, Sheba qui avait attendu son maître.

 

 

                        Selphie pénétra, suivie des autres dans le passage étroit. Il faisait sombre dans ce couloir. Elle entendit Zell murmurer des mots pas très religieux. Fujin eut l’idée de créer une petite boule d’énergie qui leur permit de voir à peu près où ils mettaient les pieds. Selphie se tourna vers l’entrée. Où était Sethsuno ? Elle le croyait derrière eux, mais elle s’était trompée. Elle voulut ressortir, mais Tania l’en empêcha. La servante était effrayée, mais courageuse.

 

— Vous prendrez bien soin d’Alia, n’est-ce pas ?

 

            Selphie la regarda surprise.

 

— Je croyais qu’elle resterait avec vous.

 

            Tania secoua ses boucles brunes.

 

— Non ! Je connais trop bien, Alia. Elle vous suivra. Je l’ai vu dans son regard. Elle sera plus en sécurité avec vous.

 

            La servante se retourna de nouveau pour surveiller la porte d’entrée des gardes. Zell prit la parole et surprit Selphie.

 

— Ne vous inquiétez pas Tania. Nous veillerons sur Alia et vous pouvez compter sur nous et surtout sur Sethsuno.

 

            La jeune femme lui adressa un sourire triste, mais reconnaissant. La porte des gardes s’ouvrit. Les jeunes gens se tendirent, mais se calmèrent en remarquant Sheba, Seth et Alia. Tania leur fit signe et les força à entrer dans le passage. Alia se pencha vers son amie et lui embrassa sa joue. Des larmes montèrent dans les yeux de Tania qui les refoula.

 

— Merci de tout cœur, Tania. Jamais, je n’oublierai ton geste.

 

            La servante parvint à sourire, puis en se reculant pour fermer le passage, elle lança :

 

— J’ai été très heureuse de vous avoir connue, Milady. Je vous fais mes adieux.