Chapitre 3

 

         Ridenow semblait à première vue une planète riche et accueillante si on ne faisait pas cas des quelques animaux féroces et agressifs dans certaines contrées. Elle comptait trois continents et quelques petites iles.

 

Cardiff se trouvait très au sud-est. Il ne semblait pas de prime abord très habiter car il se révélait être un véritable désert de sable. Mais le soir à la fraicheur de la nuit, le désert s’animait d’un seul coup. Dans le nord-ouest, Orion resplendissait de mille feux jour et nuit de sa douce blancheur mortelle. Seuls certains d’animaux parvenaient à y survivre.

 

Astriod se distinguait par sa surface et par la vie. Il était prédécoupé en plusieurs contrées distinctes par exemple dans le Nord près des montagnes éternelles se trouvaient les Ibériens ou tout à l’ouest où une forêt dense et sombre apparaissait et délimitait la frontière entre les terres arides dans le sud et Soleila le centre et elle, la forêt interdite ou maudite selon certains.

 

Minerve représentait le dernier village avant d’atteindre la frontière de l’ouest. Il comptait environ plus d’une centaine d’habitants administrés par deux hommes et deux femmes afin d’imposer l’égalité des sexes. Un système qui fonctionnait très bien dans ce petit village, mais très mal vu dans d’autres régions environnantes.

 

          Chaque contrée connue était gouvernée par un Roi héréditaire comme chez les Ibériens de père en fils ou dans la filiale maternelle si par malheur le Roi n’avait pas d’enfant ou élu comme celui de Soleila. Mais une chose était certaine, chaque ville ou village avait une ou plusieurs gardiennes.

 

         Les gardiennes se trouvaient être des élues choisies par Zandru, le dieu suprême de la nature et de la vie. Les petites filles étaient choisies pour leur facilité à apprendre, leur force et leur endurance, mais aussi par des aptitudes de communions avec la nature.

 

         Pour une raison inconnue, pratiquement seule, les femmes recevaient ce talent, mais il arrivait parfois qu’une exception se fît. Ce fut pour cette raison d’ailleurs que les Minervois virent avec fatalisme arriver la grande Prêtresse en compagnie de ses gardes du corps.

 

         Netty d’Arilinn, une maman comblée de quatre beaux enfants serra un peu plus fort contre elle sa plus jeune fille. Elle observait la prêtresse de loin juste devant la porte de son chez elle. Son mari Body ne se trouvait pas très loin, assis sur un banc juste à ses côtés. Depuis un accident un an auparavant, il boitait de la jambe droite.

 

         Netty serrait les dents à s’en faire mal. Elle savait très bien pour qui cette femme était venue. Louka son cadet âgé de six ans avait toutes les compétences requises pour un gardien. C’était d’ailleurs grâce à lui si Body et son collègue s’en était sorti indemne.

 

         Voyant la prêtresse, en compagnie des administrateurs, s’approchait. Netty ne put empêcher un gémissement échappé à ses lèvres. Son mari se leva et posa une main rassurante sur son épaule. Elle n’était pas la seule à craindre pour son fils.

 

         Myrna, seulement âgée de deux ans, ne comprenait pas pourquoi sa mère et son père semblaient très inquiets. Elle observa la femme que les adultes semblaient craindre. De grande taille, très svelte, la gardienne avait un visage très beau, mais très hautain. Pourtant en regardant bien, Myrna remarqua une certaine ressemblance avec sa maman.

 

         La prêtresse s’arrêta à quelques pas du couple. Les administrateurs se tordaient les mains appréhendant la suite. Dans un sens, ils étaient fiers d’avoir parmi leurs habitants une perle rare, mais en même temps, ils avaient beaucoup de peine pour les parents, des amis de surcroit.

 

— Bonjour, Netty, finit par murmurer d’une voix dénuée de chaleur la prêtresse.

 

         La mère de famille pinça les lèvres. Sa sœur ne l’aimait pas et ça ne datait pas d’hier. Netty prit une grande inspiration, puis salua à son tour. Elle avait tout de même remarqué que sa sœur avait fait abstraction de son époux.

 

— Bonjour Anita. Quelle est la raison de ta venue si soudaine ?

 

         La prêtresse grinça les dents. Elle eut un geste agacé.

 

— Ne me fait pas perdre mon temps, Netty ! Remets-moi ce garçon si doué, parait-il !

 

         Netty sentit son corps se crisper. Elle compta jusqu’à dix avant de prendre enfin la parole d’une voix qu’elle espérait calme.

 

— Ce garçon comme tu dis est ton neveu, Anita. Il s’appelle Louka et il a six ans.

 

— Et alors ? Je me contrefiche de savoir qu’il est mon neveu ou pas. Je suis venu chercher un futur élève pour l’école de Zandru. Tu devrais être fier et vénérer que ton rejeton ait eu la bénédiction de mon Maître.

 

— Vénéré ? En quoi, je lui serais reconnaissant. Mon fils a six ans. C’est mon fils pas le sien. Il est hors de question que tu l’emmènes.

 

— Soyez raisonnable mes amis. Vous savez bien qu’il est nécessaire pour le bien-être de Louka de suivre une formation, tenta Paul, un des administrateurs.

 

— Mais pourquoi maintenant ? Ce n’est encore qu’un enfant. Il a besoin de nous.

 

— Ah ! Arrête donc d’être si égoïste, Netty ! Il a besoin de sa maman et de son papa. Mais, penses-tu que tu pourras gérer les crises de ton fils ? Tu sais très bien que les pouvoirs de Zandru peuvent rendre fou s’il n’est pas préparé comme il faut. Assumeras-tu le jour où il fera du mal à tes charmantes petites filles ?

 

         Netty laissa les larmes coulées le long de ses joues. La main sur son épaule lui faisait un peu mal, car Body se trouvait dans le même état d’esprit. La porte derrière elle s’ouvrit livrant passage à un petit garçon mince, aux cheveux courts d’un noir d’ébène et aux magnifiques yeux verts. Il tenait un sac bien trop lourd pour lui.

 

         Body s’accroupit aussitôt près de lui. Louka leva les yeux vers son père et il eut un petit sourire plein de courage même si son regard brillait plus que la normale. Netty le remarqua et elle comprit ce que son fils comptait faire.

 

— Rentre à la maison, Louka. Nous n’avons pas fini de discuter.

 

         Le jeune garçon se tourna vers sa mère. Il secoua la tête. Il prit alors la parole d’une voix un peu tremblante.

 

— Je dois aller avec cette dame, maman.

 

         Netty lâcha sa fille et se baissa pour prendre son fils dans les bras. Celui-ci se tendit, car s’il cédait à l’affection de sa mère, il n’aurait plus le courage de partir.

 

— Non, tu n’es pas obligé d’y aller. Nous trouverons une autre solution.

 

         Louka posa une main sur la joue humide de sa mère. Il renifla et répliqua :

 

— Je ne veux pas vous faire du mal alors je vais aller apprendre. D’accord ?

 

         Anita observait la scène tout d’abord avec indifférence comme elle s’était décidée d’agir, mais elle admira le courage de ce petit garçon. Contrairement à ce qu’elle avait prétendu à sa sœur, elle ne s’en fichait pas de son neveu. Mais, elle avait toujours jalousé sa sœur d’avoir une vie normale et d’avoir pu épouser l’homme qu’elle aimait.

 

         Body serra contre lui sa femme et son fils. Myrna commençait vaguement à comprendre. Elle se mit à son tour à pleurer. Netty se détacha de Louka avec réticence afin de la prendre dans ses bras pour la calmer. Louka en profita pour s’échapper et de rejoindre la prêtresse.

 

— Bien, nous allons y aller maintenant. Adieu ma sœur.

 

         Anita tendit une main à l’enfant qui la prit sans rechigner. Elle fit demi-tour et sans un regard derrière, elle retourna vers le chariot qui l’avait amené. Louka jeta un dernier coup d’œil vers ses parents. Body venait de prendre sa femme dans les bras qui venaient de craquer.

 

         La porte de la maison s’ouvrit en grand et deux petites filles âgées respectivement de huit ans et de quatre ans apparurent. Elles s’élancèrent vers le chariot en hurlant le nom de leur frère. Louka se redressa et leur fit signe.

 

— Louka ! Tu reviendras, hein ? s’écria la plus vieille.

 

— Promis si tu me fais la promesse de veiller sur papa et maman, Ellemir.

 

— Je te le promets, je te le promets, s’époumona-t-elle alors que l’attelage s’éloignait.

 

         Elle attrapa la main de sa petite sœur. Celle-ci pleurait.

 

— Pourquoi il est parti, Mir ?

 

— Parce qu’il le fallait, mais il reviendra, Cory. Louka tient toujours ses promesses