Chapitre 43

 

            Mal à l’aise, voilà l’état où se trouvait actuellement Kaigan. Certes, il avait promis à son frère de l’aider pour Alvis, mais il ne l’avait pas revu depuis son départ au Japon. Il lui parlait régulièrement au téléphone, mais ce n’était rien par rapport à être face à cette femme qu’il avait un temps aimé.

 

            Comment lui faire face ? Il n’était pas lâche. Il se devait d’assumer. Alvis ne changerait pas sans cette confrontation. Il le savait, il s’en doutait. Hans semblait du même avis. Alors, il attendait qu’elle finisse son travail. Hans lui avait annoncé que la jeune femme serait la dernière à quitter la crèche. Celle-ci fermait à quinze heures exceptionnellement ce jour-là. Kaigan, appuyé contre la murette, attendait en observant les nuages dans le ciel. Il sursauta donc quand une main se posa sur son bras. Un rire cristallin se fit entendre.

 

            Kaigan tourna son regard vers la jeune femme près de lui. Alvis n’avait pas changé. Elle portait toujours ses cheveux en queue de cheval. Elle s’habillait toujours d’un jean et d’un tee-shirt ne lui rendant pas justice. Quel décalage avec Akemi, songea-t-il. Sa fiancée respirait la féminité jusqu’au bout des doigts, pourtant cela ne l’empêchait pas d’être un peu garçon manqué parfois.

 

— Salut, Kaigan.

 

— Coucou.

 

— Qu’est-ce qui me vaut ta visite ? demanda-t-elle, d’une voix pas très rassurée.

 

            Le jeune homme se redressa et il enfonça ses mains dans les poches de son jean. En observant mieux, il se rendait compte qu’il n’était pas le seul à être mal à l’aise.

 

— Je pense que nous devions parler. Le téléphone, ça va un temps, mais rien ne vaut le face à face.

 

            La jeune femme baissa la tête. Elle soupira. Elle savait qu’il avait raison, mais…

 

— Pour se dire quoi, Kaigan ? C’est moi qui aie demandé pour sortir avec toi alors que tu ne voulais pas en sachant que tu allais partir. Finalement, l’éloignement ne nous a pas réussi. Notre relation n’a pas tenu et c’est tout à fait normal.

 

            Kaigan ne dit rien pendant un moment. Il attrapa juste le bras d’Alvis pour l’invité à avancer. La marche leur ferait du bien.

 

— Normal ? Rien n’est normal dans une relation. Le fait d’être éloigné tue une relation, mais peut aussi la renforcer. D’une certaine manière, c’est ce qui est arrivé avec Hans et Léon. Certes, ils ne sortaient pas ensemble, mais Léon avait déjà des sentiments pour mon frère, et même si Hans ne le dit pas, il en avait aussi.

 

— Hein ? C’est impossible.

 

— Bien sûr que si ! Hans ressentait réellement des choses pour Léon. Mais, il n’était pas capable de faire un geste ou d’aller vers lui. Tu l’as côtoyé depuis son retour. Le Hans d’avant et le Hans de maintenant ne sont plus exactement pareils. Il a mûri tout comme j’ai mûri aussi. Et toi aussi, tu aurais dû changer. Mais, j’ai comme l’impression que tu n’en as pas envie.

 

            À son tour, Alvis enfonça ses poings dans les poches de son pantalon. Elle savait qu’il avait raison. Kaigan avait changé aussi bien physiquement que mentalement. Elle le voyait et le sentait aussi. Il respirait la sérénité. Alors qu’elle restait une ombre, lui avait atteint la lumière. Comment y était-il parvenu ? Grâce à cette Japonaise ? Elle s’arrêta et fit face au jeune homme.

 

— Écoute, Kaigan. Je suis ce que je suis. Je ne suis pas parfaite, j’en suis désolée. Je ne t’en veux pas d’avoir trouvé ton bonheur avec une autre. Alors, s’il te plait, laisse tomber et va la rejoindre.

 

— Non. Vas-y, Alvis. Mets-toi en colère. Tu as le droit. Mais s’il te plait, arrête de te rabaisser comme tu le fais. Tu es une femme merveilleuse et je suis vraiment désolé de n’être pas celui qui pourrait te rendre heureuse.

 

— Merveilleuse ? grinça-t-elle. Comment je peux l’être ? Je suis minable. Chaque fois que je croise Kalhan ou Samantha, je suis jalouse. Comment rivalisait avec ces femmes ? Et j’ai vu une photo de ta fiancée. Elle est magnifique. Je dirais même sublime. Elle ressemble à une déesse. Comment pourrais-je rivaliser face à elle ou les autres ?

 

            Kaigan observa le visage en larme d’Alvis. Comment lui expliquer qu’elle n’avait rien à leur envier ?

 

— Mais pourquoi veux-tu rivaliser avec elles ? Tu le dis toi-même Alvis. Tu es ce que tu es. Ça signifie que tu t’acceptes avec tes défauts. Mais, en disant que tu veux rivaliser contre elles, tu me montres le contraire. Ah ! Et puis, zut ! Il y a un moyen pour te rendre aussi belle qu’une déesse.

 

— N’importe quoi !

 

— On verra.

 

            Kaigan lui attrapa la main et la força à le suivre. Il se dirigea vers le parking. Il ouvrit la portière passagère afin de faire monter la jeune femme qui le suivait sans trop savoir pourquoi. Elle voulait le croire. Elle était sincère en disant qu’elle ne lui en voulait pas d’avoir rompu avec elle pour Akemi. Mais, il avait raison. La douleur était là et elle faisait mal quand même.

 

            Perdue dans les pensées, elle ne s’était pas vraiment rendu compte du chemin qu’il prenait. Alors, elle grinça un peu les dents quand elle remarqua l’enseigne du centre commercial. Qu’est-ce qu’il voulait faire ici ? Sans dire un mot, Kaigan prit la direction du parking souterrain. À peine venait-il de se garer que des silhouettes firent leur apparition près de la voiture.

 

            Alvis sortit et les reconnut. Hans et Léon accompagnaient deux femmes. La jeune femme les reconnut tous les deux. La première était la magnifique fiancée de Kaigan. Cette rencontre lui causa un choc. Akemi respirait tout ce qu’elle n’était pas. L’autre jeune femme n’était autre que Samantha Amory, la petite sœur de Léon.

 

            Là aussi, Alvis eut une surprise. La dernière fois qu’elle l’avait vu, Sam s’habillait en gothique, même si elle gardait un charme certain. Maintenant, elle avait quitté son air sombre, pour des couleurs plus joyeuses. Comment était-ce possible d’embellir encore plus ? Akemi s’approcha de son fiancé. Kaigan lui adressa un sourire plein de tendresse. Rassurée, elle se dressa sur la pointe des pieds et elle déposa un petit baiser sur sa joue.

 

            Puis, elle se tourna vers la nouvelle venue avec un large sourire. Elle s’en approcha et lui attrapa une main dans la sienne. Alvis se laissa harper par les yeux marron de la jeune Japonaise.

 

— Tu dois être Alvis, n’est-ce pas ? Je suis contente de faire ta connaissance. Je commençais à désespérer. J’aime être au milieu d’un tas de beaux mecs, mais bon, un peu de féminité dans le groupe ne fera pas de mal. N’est-ce pas ?

 

— Eh ! Je compte pour du beurre, Akemi ? s’exclama Samantha, les mains sur les hanches.

 

— Tu es un vrai garçon manqué, alors c’est normal qu’elle t’oublie, répliqua Léon à sa sœur.

 

— Monstre ! Et c’est la faute à qui ?

 

— La tienne. C’est toi qui veux travailler dans le bâtiment avec ton frère, remarqua Hans.

 

            Samantha lui tira la langue. Akemi se tourna vers la sœur de Léon.

 

— Mais non, tu ne comptes pas pour du beurre, Sam. Mais, nous sommes minoritaires face à ces bellâtres. Comment veux-tu en sortir indemne après ça ? Allez, pour nous venger, nous allons les user en les faisant courir dans les magasins.

 

— Euh ! Ce sera sans moi, commença à formuler Alvis.

 

            Akemi resserra son étreinte sur la main de la jeune femme. Hors de question qu’elle s’échappe. Du coin de l’œil, elle remarqua le retrait de son fiancé, Akemi eut un sourire amusé.

 

— Kaigan ? Si tu oses t’échapper, gare à ton châtiment.

 

            Le jeune homme grimaça sous le rire moqueur de son frère. Il lui jeta un regard noir et remarqua que celui-ci avait lié ses doigts à ceux de Léon. Un coup d’œil vers celui-ci lui apprit qu’il aimerait bien être ailleurs également. Hans gloussa. Il s’amusait de la déconvenue des deux hommes. Son frère et Léon détestaient faire les magasins tout comme Alvis d’ailleurs. Il allait bien s’amuser à leurs dépens.

 

            Sans plus attendre, le groupe se mit en route. Akemi lia ses doigts à ceux de son fiancé afin d’éviter qu’il ne s’échappe et elle tenait la main de l’autre sa future nouvelle amie. Devant elle, Hans faisait pareil. D’un côté, il tenait la main de Léon et de l’autre, Samantha avec qui il discutait.

 

            Alvis avait envie d’être ailleurs. Elle ne se sentait pas à sa place dans ce groupe. Pourtant, au fil des heures, elle se prit au jeu. Akemi se trouvait être une jeune femme joyeuse et aimait s’amuser aux dépens de son fiancé qui parfois ne savait plus où se mettre. Alvis observa. Elle se rendit compte à quel point Kaigan avait raison au sujet de son frère.

 

            Hans faisait le pitre avec la Japonaise au grand dam de Kaigan ou de Léon. À un moment donné, ils se mirent à danser la valse en entendant la musique classique dans une boutique de chaussures. Sans crier garde, Hans avait lâché Akemi et il avait embarqué Alvis à la place. La jeune femme ne savait pas quoi faire au début à part suivre, puis elle se prit au jeu. Elle céda d’un coup. Elle se mit à rire. Elle ne vit pas Akemi et Samantha se taper dans les mains. Elles étaient contentes. Elles avaient réussi leur pari.

 

            Les danseurs eurent même les acclamations des clients. Ensuite, les jeunes continuèrent à faire leur tour. Pour les deux femmes, il leur fut plus aisé de transformer leur nouvelle amie. Alvis s’amusait comme elle ne l’avait jamais fait. Elle ne voulait pas gâcher le tout en refusant quelque chose à ses deux femmes qui tentaient l’impossible.

 

            Pourtant, Kaigan devait bien l’avouer. Akemi et Samantha avaient réussi l’impossible. Au fil des heures, Alvis se transformait sans s’en rendre compte. Maintenant, elle portait une robe fluide d’un rouge pastel avec des ballerines de mêmes couleurs. Moins d’une demi-heure plus tard, un collier de perles se trouvaient accrocher à son cou avec une paire de boucles d’oreille offerte par Hans et Léon.

 

            Finalement, ils s’arrêtèrent devant un coiffeur. C’était le nouveau défi. Il fallait passer par là pour compléter la transformation. Alvis stoppa net. Elle avait cédé à tout leur caprice. Elle s’était vraiment bien amusée, mais si elle passait la porte de cette boutique. Elle devrait accepter de grandir. Elle jeta un regard suppliant à ses nouvelles amies. Akemi et Samantha s’approchèrent et elles lièrent leurs mains aux siennes.

 

— Allez, tu ne vas pas reculer maintenant. Nous allons venir avec toi, s’exclama la jeune Japonaise.

 

            Elle n’eut pas besoin de tirer beaucoup pour faire avancer Alvis. Celle-ci avala avec difficulté sa salive, mais prenant son courage, elle accepta de les suivre. Les trois hommes se regardèrent avec un sourire soulagé. Puis d’un même mouvement, ils prirent la direction opposée tout en s’occupant des paquets de ces demoiselles. Ils se rendirent vers la sortie, mais ils s’arrêtèrent, un peu avant, dans un café.

 

            Là trois autres hommes les attendaient. Les deux premiers étaient simplement Rand et Maqui. À l’origine, ils auraient dû les accompagner pour cette sortie, mais Maqui avait dû rendre visite à sa sœur. Celle-ci avait quelques soucis. Son mari les avait lâchement abandonnés. Elle n’arrivait pas à trouver du travail et cet abandon lui faisait plus de mal que prévu. Maqui ne voulait pas la laisser tomber. Après tout, malgré ses nombreux défauts, elle était sa seule famille.

 

            Pour la première fois de sa vie, Rand joua avec ses relations. Il pistonna la sœur de son petit ami pour un travail. Ni la jeune femme ni Maqui ne lui avaient rien demandé. Il l’avait fait de son plein gré. Maqui s’était senti gêné, mais en apercevant la joie de sa sœur, elle qui ne montrait jamais ses émotions, elle s’atténua. En tout cas, Rand eut droit à un baiser qui n’oubliera pas de sitôt.

 

            L’autre homme n’était autre que Derek Carmichael. Il avait reçu un appel de Kaigan dans la semaine lui demandant de se libérer le vendredi soir afin de les rejoindre au centre commercial. L’homme ne connaissait pas vraiment ce jeune homme. Il savait juste qu’il était l’ex de la femme dont il était tombé amoureux dès la première fois où il l’avait vu.

 

            Avec appréhension, il avait accepté. Il ne le regrettait pas. Depuis plus d’une heure et demie, il discutait avec les quatre hommes. Il appréciait bien les jumeaux Soba. Il prit plaisir à les observer. Il enviait un peu leur complicité. Lui aussi avait un jumeau, mais il ne l’avait jamais connu, car celui-ci était mort-né. Il avait toujours eu l’impression qu’il lui avait manqué quelqu’un dans sa vie. Il comprenait maintenant ce que c’était. C’était l’absence de son frère.

 

            Il enviait aussi la camaraderie de ces quatre hommes même si certains étaient en couple. Derek l’avait bien remarqué et c’était assez flagrant puisqu’aucun ne le cachait. Mais, il y avait ce lien indestructible entre eux. En les observant, ce n’était pas des amis que l’on voyait, mais une famille unie et soudée.

 

            Une exclamation de surprise lui fit tourner la tête vers la galerie. Il vit la plus belle des créatures sur cette terre. Déjà auparavant, elle l’avait déjà séduite par sa simplicité et son intelligence, mais maintenant, ce fut par sa grâce et sa beauté. En fait, les cinq hommes furent saisis par la transformation.

 

            Le coiffeur n’avait pas fait grand-chose à vrai dire. Il avait redonné de l’éclat à sa longue chevelure noir corbeau tout en lui redonnant du mouvement à la dégradante un peu. Elle encadrait son beau visage ovale où l’ombre d’un peu de maquillage terminait les finitions.

 

Elle s’arrêta à quelques pas du groupe. Elle ne savait pas trop comment agir. Elle avait repéré Derek. Il s’était levé à son arrivée. Elle se sentit tout à coup très intimidée. Les bougres ! Elle aurait dû savoir qu’ils manigançaient autre chose de ce relooking. Akemi et Samantha arrivèrent silencieusement. Elles rejoignirent leurs compagnons, puis d’un commun accord, ils s’éclipsèrent le plus discrètement possible.

 

Ni Derek ni Alvis ne remarquèrent leur départ. Ils se fixaient en silence. Puis, un sourire apparut sur leurs lèvres qui finissent en rire. Derek tendit une main. Alvis déposa la sienne dont les ongles avaient été vernis de rouge également.

 

— Vous êtes sublime.

 

            Une certaine rougeur s’étira sur les joues de la jeune femme.

 

— Merci… On dirait bien qu’ils nous ont abandonnés.

 

            Derek observa la table où ils étaient. Il hocha la tête. Un papier sur la table l’intrigua. Il se pencha pour lire. Il eut un sourire.

 

— Vous avez de véritables amis, mademoiselle.

 

— Je le crois aussi. Que disent-ils ?

 

            Derek se tourna à nouveau vers la belle créature.

 

— Nous avons une table réservée dans le meilleur restaurant de la ville. Il parait qu’ils ont récupéré leur chat sauvage pour une cuisine exceptionnelle. Qu’en dites-vous ?

 

            Alvis émit un petit rire. Ce serait stupide de refuser de dîner dans ce restaurant, n’est-ce pas ? Et si en plus, c’était en aussi bonne compagnie. Pouvait-elle réellement refuser ?

 

— Ce serait avec grand plaisir.

 

            Ils se sourirent avant de se diriger vers la sortie se tenant toujours la main. Un peu plus loin, le groupe poussa un soupir de soulagement. Ils affichaient tous un sourire de béatitude.

 

— Enfin, ce n’est pas trop tôt. Maintenant, nous allons pouvoir nous occuper de nous.

 

— Dans tes rêves, Kaigan, répliqua Hans dont les doigts se liaient à ceux de Léon qui discutait avec sa sœur.

 

            Enfin, il se moquait plus précisément d’elle. Ce serait plus juste. Akemi s’accrocha au bras de son fiancé qui boudait. Rand et Maqui ne faisaient pas attention à leur discussion.

 

— Et pourquoi ? Râla Kaigan.

 

— Parce que maintenant, il faut trouver un chéri à ma petite sœur.

 

— Hors de question que vous vous mêlez de ma vie ! S’indigna Samantha.

 

— Ah oui ? Tu crois faire le poids face à nous ma jolie, s’exclama Hans avec un sourire qui n’augurait rien du tout.

 

— Bah ! J’ai déjà une idée sur le mec d’ailleurs, reprit Léon.

 

            Celui-ci grimaça en recevant un coup de pied dans le tibia. Il lui pinça le nez par vengeance. Elle le frappa sur le bras. Il lui attrapa les poignets pour la capturer en rigolant.

 

— Ah oui ? Qui est-ce ?

 

— Je croyais que tu ne voulais plus t’en mêler, s’exclama Hans à son frère.

 

— Vous allez m’ennuyer jusqu’à que je cède alors… répliqua-t-il en haussant les épaules.

 

— Un type avec qui je travaille. Il a toute l’apparence d’un bucheron. Tu l’as déjà vu Hans.

 

— Oui, je vois. Il a de larges épaules, des cheveux un peu longs et broussailleux et une barbe un peu mal taillée. Il a aussi de très beaux yeux bleus d’une grande douceur. Oui, je vois très bien qui sait. Ouais, tu as raison. C’est lui qui lui faut.

 

— Surement pas ! S’indigna Samantha les joues en feu, tout en se débattant pour échapper à l’étreinte de son frère.

 

            Léon et Hans se sourirent fort amusé. Kaigan secoua la tête. Ces deux-là, c’était bien trouvé. Des démons !

 

— Je veux y être aussi. Vous ne m’oubliez pas.

 

            Kaigan soupira. Et voilà, ils avaient déteint sur Akemi. 

 

Fin