Chapitre 42

 

            Ce fut un rayon coquin du soleil qui vint chatouiller le visage de Léon. Le jeune homme cligna des yeux tout en se demandant où il se trouvait. Les évènements de la veille lui revinrent. Un sentiment de purs bonheurs s’empara un instant de lui.

 

            Il parvint à s’écarter sans réveiller l’être qu’il chérissait par-dessus tout. Hans dormait sur le côté, le visage détendu. Léon ne put empêcher son regard de s’évader sur le reste du corps caché par le drap. Son amant l’avait tenu éveillé presque au petit matin, pourtant il se sentait merveilleusement bien.

 

            Léon s’amusa à l’observer dormir pendant un long moment. Puis, il n’y tint plus. Il se pencha et déposa ses lèvres sur la peau dénudée d’une épaule. Hans remua tout en grognant. Il ouvrit à son tour les yeux. Il attrapa la main de Léon qui s’évadait sous le drap. Il marmonna :

 

— Pas touche ! Je ne suis plus en mesure de tenir un autre round.

 

            De bon cœur, Léon n’insista pas, mais il ne se gêna pas pour l’embrasser à perdre haleine. Ensuite, il se redressa pour sortir du lit. Il se leva pour se rendre à la salle de bain tout en ramassant au passage ses affaires quand la phrase suivante de Hans le stoppa un instant.

 

— Promets-moi que tu n’iras plus la voir ?

 

            Léon soupira.

 

— De quoi as-tu peur, Hans ?

 

            Se redressant sur un coude, Hans n’osait pas le regarder dans les yeux. Il ne voulait pas être étouffant, ni trop insistant. Comment s’expliquait ?

 

— Je peux comprendre que tu te sentes responsable envers Candice, mais crois-tu qu’elle puisse tourner la page si tu continues à lui rendre visite ?

 

— Mais, elle ne me voit pas.

 

— Tu crois ? Tu en es certain ?

 

            Léon retourna vers le lit. Il s’agenouilla. Il força Hans à lever les yeux vers lui.

 

— D’accord, je n’irais plus la voir si ça peut te rassurer. Je ne vais pas disparaitre à mon tour.

 

            Hans eut un sursaut. Léon l’avait déchiffré sans problème. D’un geste tendre, le jeune homme roux força son compagnon à se recoucher. Il déposa un baiser sur son front avant de gagner enfin la salle de bain.

 

            Quelques minutes plus tard, en regagnant la chambre, Hans dormait à nouveau. Après un dernier regard vers la forme dans le lit, Léon quitta la pièce pour se rendre à la cuisine. Des voix lui indiquèrent que les propriétaires des lieux s’y trouvaient déjà. Il hésita un instant à y entrer. Comment leur faire face ? Après une grande inspiration, il pénétra dans la pièce. Carlin mangeait avec grand appétit les crêpes que Renko lui avait déposées dans une assiette.

 

            Comment faisait ce glouton sur patte pour rester aussi mince après avoir ingurgité autant de nourriture ? Mystère ! Renko le vit en premier et le salua d’un geste. Léon s’installa face à l’ogre. Celui-ci leva à peine les yeux, mais il se redressa rapidement. Léon reçut un coup sur la tête. Il grimaça et frotta le crâne.

 

— Il t’en a fallu du temps pour venir, bougre d’âne !

 

— Pardon. Je n’avais pas le droit de vous tenir rancœur d’avoir pris en charge Sam.

 

            Renko lui déposa une assiette bien garnie. Il lui répondit :

 

— Tu es tout pardonné. Si tu cherches ta sœur, elle doit être à la bibliothèque. Akemi lui tint compagnie.

 

— Cette fille est une perle. Non seulement elle en a dans sa jolie caboche, mais elle a également un cœur en or. Franchement, Kaigan a bien trouvé. Et toi Léon ? As-tu enfin trouvé ta place ? s’exclama Carlin, innocemment.

 

            Se régalant des crêpes à son tour, Léon sourit. Même si ce démon semblait tout connaitre, il ne pouvait pas s’empêcher de s’inquiéter.

 

— J’ai enfin trouvé ma place.

 

            Laissant les deux hommes en tête à tête, le jeune homme retourna à l’étage. Il se rendit vers la double porte celle menant à la bibliothèque. Il entendait des rires. Sans frapper, il y pénétra. Un regard rapide lui montra sa sœur assise sur le canapé au côté d’une ravissante Japonaise et d’un jeune latino.

 

            Face à eux, deux hommes bataillaient comme des gosses. Léon secoua la tête. Kaigan et Rand s’amusaient à faire de la lutte. D’un pas tranquille, il contourna les deux idiots. Puis, il s’installa sans façon entre la Japonaise et le latino. Celui-ci lui adressa un sourire et lui fit un signe de bienvenue. Il se tourna vers la Japonaise.

 

— Akemi, je suppose ? Léon pour te servir.

 

            La jeune femme serra la main tendue avec plaisir. Elle se souvenait de l’avoir déjà rencontré dans le passé quand elle était venue enfant. Ensuite, Léon se tourna vers Maqui. Il lui parla un long moment avec des signes. Le jeune latino sourit et hocha la tête. Il se leva et se dirigea vers les deux hurluberlus dont son petit ami faisait partie.

 

            Aussitôt, Rand cessa d’ennuyer Kaigan avec qui il avait pris l’avantage. Il se tourna vers son petit ami. En quelques signes, il lui fit comprendre ce qu’il désirait. Surpris, Rand jeta un coup d’œil vers le canapé. Il ne l’avait pas vu arriver. Kaigan se redressa également et eut une exclamation.

 

— Léon ? Où as-tu mis mon frère ?

 

— Où je l’ai mis ? Il est au même endroit où tu l’as laissé hier banane. Mazette ! Comment il me parle ! Akemi, tu es sur que tu veux épouser un mec pareil ?

 

— Bah ! Il a d’énormes défauts, mais il est mignon tout plein quand il est gêné. J’ai craqué.

 

— Akemi !

 

            La jeune femme se mit à rire avant de rejoindre son fiancé. Elle l’aida à se remettre debout. Elle se fit pardonner en lui donnant un baiser sur la joue. Puis, virevoltant sur elle-même, elle attrapa la main de Maqui. Elle fila vers la sortie en entraînant le latino avec elle. Rand s’élança à leur suite aussitôt. Kaigan secoua la tête amusée. Il fit signe à Léon et sortit. Puisque monsieur allait surement discuter avec sa sœur, pourquoi n’en profiterait-il pas pour rejoindre son frère voir si tout allait bien ?

 

            Le silence se fit dans la bibliothèque. Samantha remua légèrement sur le canapé mal à l’aise. Elle jeta un coup d’œil vers son frère assis à un cran d’elle. Elle joua avec ses doigts un peu crispés. Pourquoi ne disait-il rien ? Ne tenant plus, elle finit par prendre la parole.

 

— Je suis désolée de t’avoir accusé de toutes ces choses alors que tu n’as rien fait de mal.

 

            Léon fixait le tapis à ses pieds. Il serrait les dents. Il ne voulait pas laisser échapper un mot de travers. Il laissait une chance à sa sœur.

 

— Pourquoi ?

 

— À cause d’un mal-être. Je voulais me faire haïr de toi en particulier. Il a fallu que j’en discute avec Aline pour enfin comprendre la raison.

 

            Le jeune homme se tourna vers sa sœur. Son visage restait impassible, mais ses yeux verts exprimaient de la surprise.

 

— Moi ? Qu’ai-je fait ?

 

            Samantha se tritura un peu plus les doigts. Comment avouer ?

 

— Je t’ai toujours un peu trop idéalisé. Après tout, tu as toujours été présent pour Rojer et moi quand on avait mal, quand on sentait la perte de nos parents. Pourtant, tu n’as pas toujours été l’homme solide que tu es devenu. Tu as longtemps été maladroit. Tu te cognais tout le temps. Cody disait que tu étais une vraie catastrophe ambulante. Tu te rappelles ?

 

            Léon sourit. Il s’en souvenait. Il était même content à l’époque, car il ressemblait un peu à Hans. Celui-ci aussi était très maladroit à ce temps-là.

 

— Tu ressemblais à une poupée de porcelaine et Rojer à un ange. Je me sentais un peu terne par rapport à vous deux.

 

— Oh non ! Je t’enviais d’avoir hérité de la couleur de cheveux de maman. Mince ! Léon en vérité, c’est que j’ai ressenti des sentiments amoureux envers toi, lança-t-elle finalement en baissant la tête.

 

            Le jeune homme eut un sursaut. Il ne s’attendait pas à cette confession. Sur le choc, il garda le silence. Il tentait de digérer cette information. Elle reprit d’une voix tremblante.

 

— Enfin, c’est ce que je croyais. J’étais en manque d’amour, j’avais des problèmes à l’école avec des garçons qui m’ennuyaient. Je ne savais plus vers qui me tournait. Habituellement, c’est toujours vers toi que j’allais, mais tu ne me voyais plus. Tu étais perturbé à cause de Hans et de Rojer. Puis, il y a eu cette histoire avec Candice.

 

— Il y avait Cody.

 

— Cody avait les triplets. Non, il est juste une excuse. J’étais tellement frustrée. Je n’arrivais pas à m’en sortir toute seule. Ça a fini par me rendre dingue et j’ai agi stupidement. Je t’en ai voulu de m’ignorer alors que tu avais toujours été là pour nous. J’ai voulu te faire souffrir comme je souffrais. Je pensais ainsi que tu te mettrais en colère, mais au lieu de cela, tu m’as tourné le dos avec indifférence.

 

— À t’entendre, je serais le méchant.

 

— Non… non, tu n’as rien à te reprocher. Je suis fautive. Tu ne peux savoir à quel point je m’en veux. À cause de moi, tu as refusé de revenir ici.

 

            Léon se pencha un peu à l’avant et posa ses coudes sur ses genoux. Il avoua :

 

— Tu ne dois pas te sentir coupable. J’en ai voulu à Carlin et Renko par jalousie. J’étais fier d’être leur chouchou. J’aurais aimé être leur fils.

 

— Tu l’es dans un sens sinon Carlin et Ren n’auraient pas eu autant de souci pour toi. Ils s’inquiétaient de ne plus te voir, de savoir que tu rendais visite à Candice aussi. Et surtout que tu n’arrives pas à trouver ta place dans ce monde. Quand ils ont compris que Hans et toi étiez ensemble, tu ne peux savoir à quel point, ils étaient heureux.

 

            Léon ferma les yeux, content malgré lui.

 

— Me laisses-tu une chance ? Puis-je redevenir ta petite sœur ?

 

— Tu l’as toujours été, Sam.

 

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            Se retrouvant dans le couloir, Kaigan observa un instant le chemin qu’avait pris sa fiancée. Il hésitait tout de même. Elle ne risquait rien avec Maqui et Rand. Dans ce manoir, tout le monde était en sécurité. Les propriétaires veillaient au grain, même si ceux-ci pouvaient être de vrais petits démons dans leur genre. Il se souvenait très bien la veille avec un Carlin en mode pénible à souhait.

 

            Il se secoua un bon coup. Allez ! Pour une fois, il serait celui qui le réveille. Après un coup d’œil vers la porte derrière lui, il se dirigea vers la chambre de son jumeau. Léon et Sam étaient des adultes. Ils arriveraient bien à faire la paix. Sans frapper, il entra dans la pièce. Il fit la moue en apercevant le lit vide. Mince, il n’avait pas été assez rapide.

 

            Il en était là de ses pensées quand il entendit la porte de la salle de bain s’ouvrir. Son double apparaissait habillé d’un jean et d’une chemise blanche ouverte. Il se rendait vers son lit où il se laissa retomber avec soulagement. Kaigan pencha la tête.

 

— On dirait que tu as du mal à marcher. Aurais-tu un problème ?

 

            Hans se redressa et jeta un coup d’œil vers son frère. Il haussa les épaules.

 

— Un problème de fesses. Quand je lui aurais mis la main dessus, il va passer un sale quart d’heure ! Kaigan ? Tu es un cas désespéré !

 

            Hans secoua la tête. Il venait de voir les jours rouges de son frère. Celui-ci n’avait pas pensé à ce problème-là en le demandant. Kaigan fonça sur le lit et embarqua son frère pour l’étouffer avec un oreiller. L’autre se débattit en riant et en grognant aussi. À bouger ainsi, il ressentait des élancements au bas des reins. Après une petite bataille où Kaigan se retrouva sur la moquette, les deux hommes se sourirent.

 

— Je suis content d’être rentré au pays et de découvrir mon frère adoré en forme et heureux à nouveau. Tu m’as vraiment fait peur, tu sais.

 

— Je n’aurais jamais attenté à ma vie, Kaigan. J’y tiens à cette vie. Shion me manquera toujours, mais la vie continue. Léon a désormais sa place dans mon cœur. Je sens au fond de moi que je ne serais jamais déçu. Et toi ?

 

            Kaigan croisa ses jambes et posa ses mains un peu vers l’arrière sur la moquette.

 

— J’ai demandé en mariage Akemi. Comme toi, je sens que je fais le bon choix et je ne serais jamais déçu.

 

— Alors notre vie est presque parfaite. Mais avant de nous reposer et d’être tranquilles, nous devons faire quelque chose pour Alvis.

 

— Alvis ? Je croyais que tout allait bien enfin c’est ce qu’elle m’a dit au téléphone.

 

— Oh ! Elle va très bien, mais je pense que nous devrions lui donner un petit coup de pouce sinon elle restera célibataire toute sa vie. Tu vas m’aider, n’est-ce pas ? Après tout, tu es un peu responsable de ce tracas supplémentaire.

 

            Kaigan fronça les sourcils.

 

— Hans ? Tu es un démon.

 

— Haha ! C’est seulement maintenant que tu t’en aperçois ?