Chapitre 41

 

            Léon avait adoré cette soirée chez les Marcello. Il avait pu se régaler à observer Hans dans son travail. Le jeune homme avait vraiment une capacité étonnante avec les petits trésors et surtout une très grande patience. Léon comprit très vite que le petit Dan tenait vraiment de son grand frère. Il avait un caractère bien à lui.

 

            Dès qu’il se réveilla, il se mit à gazouiller des choses bien à lui. En apercevant Hans, il tendit aussitôt ses petits bras. Il le connaissait déjà et il appréciait bien ce jeune homme. Par contre, Léon n’eut pas le même succès. Dan cacha son visage comme intimidé. Ensuite, il se mit à grailler. Il avait faim et le faisait clairement savoir.

 

            Hans lui servit donc le repas créé spécialement pour lui par Sawako. Voyant la délectation du petit, les deux hommes se mirent à rire. Franchement qui détesterait manger la nourriture faite par le grand Sawako Sanada par contre Harumi aurait intérêt à s’améliorer en cuisine si elle voulait réussir à nourrir ce petit démon affamé.

 

            Après le repas, ils s’amusèrent avec Dan jusqu’à l’épuisement. Quand les parents rentrèrent de leur soirée, ils trouvèrent les deux hommes endormis sur le canapé avec le petit dans les bras de Hans. Celui-ci ne dormait pas évidemment. Il adressa un large sourire à sa mère quand il la vit. Harumi sourit amusée. Elle le prit et se dirigea vers la chambre du petit en écoutant le babillage de son fils. Il riait par moment comme s’il racontait sa soirée.

 

            Mako, par contre, sortit une couverture et se rendit au canapé où il la déposa sur les deux corps endormis. Il rejoignit ensuite sa femme qui bataillait avec son fils qui n’avait pas du tout envie de dormir afin de lui donner un petit coup de main.

 

            Les jours suivants se ressemblèrent assez. Parfois, Hans se trouvait présent, d’autres fois il ne venait pas, mais il ne manquait jamais d’appeler. Le jeudi était souvent le jour où Léon savait que son amant ne venait jamais. C’était le jour où la plupart des parents venaient à la crèche pour discuter tranquillement avec les employés devant un thé et des petits gâteaux.

 

            Alors il fut agréablement surpris quand ce jour-là en entrant il trouva Hans assis à la table de la cuisine. Léon se mordit la lèvre. Croyant qu’il ne viendrait pas, il en avait profité pour rendre visite à une personne. En approchant, Léon remarqua de suite la mauvaise ambiance. Il soupira.

 

— Bonsoir. Je ne savais pas que tu passerais. Je suis désolé d’arriver si tard.

 

            Hans leva les yeux vers l’arrivant. La colère se lisait dans son regard.

 

— Je peux savoir où tu étais ? Où tu vas dire que cela ne me regarde pas ?

 

            Léon se renfrogna.

 

— Aux dernières nouvelles, je suis encore libre de faire ce que je veux. Non ? Ou alors, du moment que je sors avec toi, je devrais te donner mon emploi du temps.

 

            Hans pinça les lèvres sous le sarcasme.

 

— Merde, Hans ! Je n’ai rien fait de mal. Qu’est-ce qui te prend ? Lâcha finalement Léon.

 

            Hans se redressa comme piqué par une abeille.

 

— Ce qui me prend ? Je voulais te faire une surprise. Je me suis rendu à ton travail et là, la charmante secrétaire m’a avoué que tu étais parti plus tôt, car tu devais te rendre auprès d’un malade. Je me suis dit, mais de quelle malade parle-t-elle ? Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai voulu savoir alors j’ai appelé Rojer.

 

            Hans fixa le visage de son amant, surtout la joue où une cicatrice se voyait toujours. Léon ne bougeait pas, il attendait. Il ne pouvait rien dire, Hans était bien trop en colère.

 

— Comment peux-tu aller la voir ? Elle a failli te tuer !

 

            Léon soupira.

 

— Au début, c’était justement pour m’enlever les cauchemars. En l’apercevant dans cette salle complètement amorphe, ma colère contre elle s’est calmée. Je ne peux pas lui en vouloir éternellement. J’en suis un peu responsable.

 

            Hans secoua la tête.

 

— En quoi es-tu responsable ? De l’avoir plaqué ? Si à chaque rupture, on tentait de tuer son ancien partenaire, il n’y aurait plus personne sur terre. Léon, si j’avais tenté de tuer ton frère pour tout le mal qu’il m’a fait à l’époque, m’aurais-tu pardonné cet acte ?

 

            Léon détourna le regard. Hans secoua la tête toujours en fureur. Il reprit :

 

— Si j’ai bien compris, tu vas la voir tous les jeudis.

 

— Non seulement une fois tous les trois mois. Je ne lui parle pas, je vais juste voir comment elle va.

 

            Léon tenta de s’approcher. Voyant que Hans ne réagissait pas, il frôla la joue. Le jeune homme brun se troubla. Hans faillit se laisser amadouer, mais une pensée vint le titiller à ce moment-là. Il s’éloigna en faisant grincer la chaise derrière lui. Léon poussa un soupir fataliste.

 

— Attends une minute ! Tu pardonnes à une femme qui a tenté de te tuer, mais tu refuses de donner ton pardon à ta propre sœur. Là, il y a un gros problème.

 

            Léon serra les dents en entendant la phrase.

 

— Je refuse de parler de Sam.

 

— Pourquoi ? Rand m’a dit que cela fait presque plus d’un an que tu n’as pas mis les pieds au manoir. Tu punis Renko et Carlin de ta présence juste parce qu’ils ont pris en main ta sœur.

 

— Je ne les punis pas, grinça Léon, sentant la colère monter en lui.

 

— Mais bien sûr ! Ne me prends pas pour un idiot ! Tu leur en veux.

 

— Et même si c’est le cas, cela ne te regarde en rien, Hans ! explosa finalement Léon.

 

            Hans se raidit comme s’il avait reçu une gifle. Le visage pâle, il serra les dents. Il fit demi-tour et fonça vers la porte d’entrée. Léon réagit aussi vite que possible. Il agrippa le bras de son amant.

 

— Hans ? Je t’en prie. Ne nous disputons pas pour ça. Parlons calmement, tu veux bien ?

 

            Hans observa un moment la main qui le retenait en silence. Puis, d’un mouvement sec, il se détacha. Il recula en levant les yeux colériques.

 

— Il n’y a rien à dire. Si tu veux que l’on discute, tu sais où j’habite.

 

            Sur ces bonnes paroles, Hans ouvrit la porte de sortie et la claqua derrière lui. Léon se passa une main lasse dans ses cheveux. Il recula jusqu’au salon et il se laissa tomber dans un fauteuil. Que devait-il faire, maintenant ? Devait-il rejoindre Hans et tentait de le calmer ? Où devait-il attendre ? Léon porta ses mains à sa tête. Qu’est-ce qui avait dérapé ?

 

            Hans ne décolérait pas. Comment cela ne le concernait pas ? Mais quel abruti ! Le jeune homme parvint jusqu’au manoir en un seul morceau. Heureusement qu’il n’y avait pas eu trop de monde sur les routes. Il ne rencontra personne jusqu’à sa chambre et il en fut ravi. Il n’avait vraiment pas la tête à discuter avec qui que ce soit.

 

            Il pénétrait dans la pièce quand il reçut un grand choc par-derrière. Un grand corps lui tomba dessus. Hans se retourna prêt à frapper l’opportun, mais il parvint à arrêter son geste juste à temps. Il regarda son agresseur avec stupeur toute colère venant de s’évaporer.

 

— Qu’est-ce que tu fiches ici ? s’exclama-t-il.

 

— Quoi ? Tu ne pourrais pas être plus joyeux en voyant ton frère adoré ?

 

            Kaigan observa son jumeau. Rand l’avait rassuré en affirmant que Hans se portait à merveille. Il voulait bien le croire, mais pour l’instant, il se rendait compte que son double ne semblait pas dans son assiette.

 

— Suis-je arrivé à temps pour te cajoler, p’tit frère ?

 

            Hans sursauta. Il secoua la tête tout en faisant entrer son frère dans sa chambre. Kaigan s’installa sur le lit et observa son double avec insistance. Hans soupira. Kaigan ne le lâcherait pas d’une semelle.

 

— Je vais bien, Kaigan. Je me suis juste pris la tête avec un abruti.

 

            Kaigan fronça les sourcils. D’après Rand toujours, Hans fréquenterait assidument Léon. C’était plutôt une bonne nouvelle.

 

— Un abruti ? Euh… Parles-tu de Léon ?

 

            Hans eut un geste agacé tout en faisant les cent pas dans la pièce.

 

— Qui veux-tu que ce soit d’autre ?

 

            Kaigan garda le silence un moment, puis demanda :

 

— Depuis combien de temps êtes-vous ensemble ?

 

            Hans stoppa net. Il se tourna vers son frère, indécis. Il finit par hausser les épaules.

 

— Depuis deux mois et une semaine.

 

— Tu ne me l’as pas dit, reprocha Kaigan.

 

— Je ne savais pas où irait ma relation avec Léon. Je ne savais plus où j’en étais et ensuite, j’ai oublié. Pardon.

 

            Kaigan sourit. Hans s’installa auprès de son frère, las.

 

— Pourquoi le traites-tu d’abruti ?

 

            L’ouverture de la porte de la chambre empêcha Hans de répondre. Les deux hommes levèrent les yeux vers l’arrivant. Celui-ci pénétra légèrement dans la pièce. Il posa aussitôt son regard vert bouteille vers Hans. Kaigan se leva et se dirigea vers la sortie. Avant de refermer la porte derrière lui, il se tourna vers le rouquin.

 

— Tu as tout intérêt à ne pas le faire pleurer sinon tu auras affaire à moi.

 

            Léon lui jeta un coup d’œil rapide.

 

— Kaigan, tu devrais plutôt aller sauver ta chère et tendre avant que Carlin ne déteigne sur elle.

 

            Dès que la porte se fut refermée sur un Kaigan anxieux, Léon s’approcha de Hans qui n’avait toujours pas bougé. Il s’arrêta devant et s’agenouilla. Il posa ses mains sur les genoux de Hans. Ils se fixèrent un long moment en silence, puis Léon demanda :

 

— Es-tu calmé ?

 

            Hans baissa son regard sur les mains de son amant. Avec hésitation, il posa une des siennes sur l’une d’elles. Elles s’entrelacèrent aussitôt. Il hocha la tête.

 

— Tu es venu, chuchota Hans.

 

— Tu ne m’as pas vraiment laissé le choix. Tu ne serais pas revenu me voir même si tu dois en souffrir. Je n’apprécie pas beaucoup que tu joues avec mes sentiments, Hans.

 

            Le jeune homme baissa la tête en gémissant. Léon posa sa main libre derrière la nuque de Hans et l’amena vers lui. Hans enfouit son visage dans le cou.

 

— Pardon.

 

            Le murmure était presque inaudible, mais Léon l’entendit clairement. Il soupira.

 

— Que veux-tu de moi, Hans ?

 

            Le jeune homme releva la tête. Il fixa son regard à celui vert bouteille. Léon se troubla. Hans avait vraiment un grand pouvoir sur lui.

 

— Tout, répondit Hans dans un chuchotement. Je veux tout de toi, Léon. Je veux être le centre de ton univers.

 

            Le cœur battant comme un fou, Léon n’arrivait pas à croire à ce qu’il entendait. En gémissant, il porta ses mains sur chaque joue de son compagnon. Il l’approcha plus près.

 

— Est-ce que tu m’aimes ?

 

            Hans frémit.

 

— À ton avis ? Est-ce que j’aurais été aussi en colère si je ne ressentais rien pour toi ?

 

— Alors, dis-le-moi !

 

            Hans attrapa les mains et les repoussa. Ensuite, il se débrouilla pour faire chavirer Léon sur le lit. Il lui grimpa dessus.

 

— Non pas tant que tu agiras comme un idiot !

 

            Léon poussa un petit cri d’agacement. Il batailla un moment et parvint à renverser les rôles. Il se retrouva au-dessus de Hans. Il posa ses mains de chaque côté de la tête.

 

— Ça suffit ! Je t’ai demandé d’arrêter de jouer avec moi.

 

            Hans refusa de céder. Il répliqua aussitôt :

 

— Il est hors de question que j’accepte d’être amoureux d’un abruti !

 

            Léon serra les dents avant de bien s’imprégner de la phrase. Ouvrant en grand les yeux, il murmura :

 

— Tu m’aimes. Tu l’as bien dit. J’ai bien entendu. Hein ?

 

            Il ferma les yeux soulagés. Son âme se sentait légère tout à coup. Hans observait les changements dans le regard de son amant. Un sourire s’esquissa sur ses lèvres. Léon déposa une multitude de baisers sur le visage aimé.

 

— Léon ? Maintenant que tu es dans cette maison, si tu faisais les premiers pas pour t’excuser auprès de Ren et de Carlin ?

 

            Léon soupira. Hans ne le lâcherait pas tant qu’il ne ferait pas ce qu’il lui demandait. Alors, il céda.

 

— Je parlerais demain avec Renko et Carlin. Et j’irais voir Samantha également. Je sais qu’elle va mieux depuis qu’elle suit une thérapie avec le docteur Deschamps.

 

            Les bras de Hans lui entourèrent le cou et le forcèrent à se baisser. La bouche avide s’empara de la sienne. Léon glissa ses mains sous la chemise froissée de son amant afin de caresser la peau nue. La passion montait en eux avec frénésie et une certaine violence également. Aucun d’eux ne s’en plaignit bien au contraire, ils s’en imprégnèrent avec délectation.