Chapitre 39

 

            Comme prévu, Hans resta avec Léon tout le week-end. Afin que leurs amis ne se posent pas de questions. Hans quitta une heure avant l’appartement de Léon afin de se changer chez Carlin avant de se rendre au « Cool Baby », le samedi soir. Il eut la chance de ne croiser que Renko. Celui-ci ne lui posa aucune question. Il lui annonça juste qu’Akira et Matt se trouvaient chez Shin.

 

            Quand il arriva au bar, Rand, Maqui, Alvis, Rojer, Bernie et Léon s’y trouvaient déjà. Même si toute la soirée, il sentit le regard de Léon sur lui, Hans fit comme s’il ne le voyait pas faire. Personne ne se douta de quoi que ce soit, ils virent juste que Hans semblait de bien meilleure forme due à sa fréquence à se moquer de Rand. Sasha Flagan vint les rejoindre en milieu de soirée. Ils finirent par être la table la plus bruyante.

 

            En fin de soirée, Rand et Maqui les quittèrent en premier. Ils voulurent emmener Hans avec eux, mais celui-ci avoua être venu en voiture. Il raccompagnerait Alvis en entrant. Léon repartit avec son frère et Bernie. La jeune fille remercia son jeune ami de prendre le temps de s’occuper d’elle, alors qu’il avait surement autre chose à faire. À un feu rouge, Hans se tourna vers Alvis. Il soupira. Elle s’habillait encore en jean et tee-shirt sans forme.

 

— Va falloir refaire ta garde de robe, ma jolie.

 

            La jeune femme lui jeta un coup d’œil surpris.

 

— Pourquoi ? Je suis très bien ainsi.

 

— Alvis, avec tout le respect que j’ai pour toi, tu ne peux pas continuer à fermer les yeux. Il faut que tu fasses un petit effort. Je veux bien croire que l’apparence ne fait pas une personne, mais dans notre société, elle a un grand rôle. Ne me dis pas que tu ne t’en aperçois pas au travail ?

 

            Alvis baissa la tête. Évidemment, elle le voyait. Les mères ne lui faisaient pas entièrement confiance. Elle avait aussi entendu les rumeurs comme quoi elle était trop négligée et ne pouvait donc pas assurer correctement son travail avec les enfants. C’était mesquin. Ce n’était pas parce qu’elle aimait s’habiller en jean qu’elle ne pouvait pas s’occuper correctement d’un enfant.

 

— Tu donnes l’impression que tu ne veux pas grandir. C’est bien de garder son âme d’enfant, mais il y a une certaine limite à ne pas dépasser. Si tu veux être respecté dans ton travail, dans tes choix, change.

 

            Butée, la jeune femme garda le silence jusqu’à son arrivée chez elle. Hans secoua la tête, exaspérée. Il ne pouvait rien faire d’autre à part lui parler. Il ne pouvait pas décider pour elle. Avant qu’elle ne descende, il lui demanda :

 

— As-tu eu des nouvelles du médecin ?

 

            Alvis se troubla.

 

— Il m’appelle de temps en temps. Il est en déplacement pendant un mois.

 

— C’est cool. Cela montre qu’il tient suffisamment à toi. Et toi dans l’histoire ?

 

— Que veux-tu dire ?

 

— Aimes-tu cet homme ou pas ?

 

            Les joues rouges, Alvis sortit de la voiture. Elle se pencha vers le conducteur.

 

— Je ne sais pas. Je ne sais pas où j’en suis. Merci de m’avoir ramené, Hans.

 

            Hans suivit la jeune femme du regard jusqu’à la voir disparaitre dans la maison. Ensuite, il démarra et se rendit jusqu’à un certain appartement. Que pouvait-il faire pour aider Alvis ? Il secoua la tête. Il en discuterait avec Kaigan. Après tout, Alvis et son frère se ressemblaient beaucoup trop. Il pourrait surement l’aider puisqu’il avait réussi à changer. En arrivant à l’immeuble, il préféra monter les étages par les escaliers. Il n’eut pas le temps de sonner que la porte s’ouvrit sur Léon. Celui-ci fit entrer l’arrivant.

 

— J’ai un instant cru que tu ne reviendrais pas, murmura le jeune rouquin, peu sur de lui.

 

— Idiot. Je t’ai promis que je resterais tous les week-ends et aux dernières nouvelles, ils se finissent toujours le dimanche soir. Non ?

 

— Oui, c’est vrai.

 

            Comme Léon ne réagissait pas, Hans eut un léger sourire amusé. Il s’approcha et se moula contre le corps charpentier. Léon entoura la taille de son amant. Il n’arrivait pas encore à croire qu’il pouvait aimer comme il l’entendait cet homme qu’il désirait depuis son enfance. Il s’empara des lèvres de Hans avec délectation.

 

            À partir de ce week-end-là, Hans fit exactement comme promis. Il arrivait le vendredi soir et repartait le dimanche soir ou le lundi matin. Akira se posait des questions sur les absences répétées de son fils, mais Renko et Carlin l’empêchèrent de faire des recherches. Ceux-ci n’avaient pas besoin de mener l’enquête. Ils savaient tout simplement.

 

            Les amis de Hans aussi commençaient à se poser des questions, mais comme ni Hans ni Léon ne voulaient confirmer, ils préférèrent ne pas insister. Les deux hommes ne semblaient pas prêts surtout l’un d’eux. Hans appréciait de plus en plus ses visites le week-end. Il ne pouvait pas le nier. Léon se révélait être facile à vivre. Il parlait peu, lisait beaucoup et aimait écouter de la musique classique.

 

            Pour Hans, c’était très étrange. Il n’avait pas eu l’habitude de sortir avec quelqu’un d’aussi calme, même si Léon était bien plus sauvage quand ils faisaient l’amour. Rojer avait été une boule d’énergie, très capricieuse. Il aimait par-dessus que l’on s’occupe de lui. Shion était un excentrique également. Quand il aimait, c’était à la folie. La personne aimée devenait son univers et n’appréciait pas d’être en second partie.

 

            Pendant la semaine, Hans s’enfermait toujours dans sa chambre. Il aimait bien le silence qu’il y régnait, mais les démons venaient également l’ennuyer. Shion lui manquait toujours autant. Il ne pleurait plus, mais la douleur était toujours aussi présente. Pourtant, au fil des jours, elle se calma petit à petit. Il se rendit compte aussi qu’elle disparaissait dès qu’il se trouvait en présence de Léon.

 

            Ce soir-là, comme à son habitude, il se dirigea vers sa chambre. Hans jeta son sac sur un siège, suivi par sa veste. Il se laissa tomber sur le lit en soupirant. Il adorait s’occuper des enfants, mais aujourd’hui, l’un d’eux avait fêté son anniversaire. Il avait dû occuper tout ce petit monde qui lui en avait fait voir de toutes couleurs.

 

            Son regard se porta sur la table de chevet. Un cadre représentait un couple, Shion et lui. Hans prit le cadre entre ses mains. Il l’observa en silence. Il ne ressentait qu’une certaine mélancolie. Le japonais lui manquait toujours, mais il s’était fait à l’idée de ne plus le revoir. Le jeune homme sursauta en sentant quelqu’un s’assoit près de lui. Il jeta un coup d’œil. Un homme de près de soixante-dix ans, les cheveux noirs grisonnant à peine et aux pupilles noires comme les abysses observaient également la photo.

 

— Ce devait être un sacré spécimen.

 

— Oui, tu l’aurais beaucoup apprécié. Il était aussi difficile à suivre. Parfois, il était comme un gosse et puis, d’un coup, il reprenait l’attitude d’un adulte. C’était déstabilisant.

 

— Mais, tu t’en fichais parce que tu l’aimais.

 

            Hans caressa l’image avec son pouce.

 

— Oui, je l’aimais tellement, Carlin. C’est injuste. Il est parti trop tôt.

 

            Une larme coula le long de sa joue. Hans l’attrapa avec son index, un peu surpris.

 

— Ah ! Ça faisait longtemps.

 

            Carlin caressa les cheveux brun caramel du fils adoptif de son meilleur ami.

 

— Il a eu une belle vie grâce à toi, Hans. Je suis certain qu’il est en paix maintenant. Il n’aimerait pas te voir t’accrocher à lui alors que tu as encore une longue vie devant toi.

 

            Hans craqua. Il ne peut retenir les sanglots. Carlin l’attrapa et le laissa pleurer de tout son soul. Quand il parvint enfin à se calmer, le jeune homme se redressa.

 

— Je suis désolé.

 

— Banane, pour quoi t’excuses-tu ? Tu en avais juste besoin. Pourquoi n’irais-tu pas rendre visite à ce rouquin stupide ? Il te changera surement les idées.

 

            Hans sursauta en entendant Carlin lui parler de Léon. Il lui jeta un coup d’œil. L’homme avait un léger sourire moqueur. Celui-ci reprit :

 

— Croyais-tu réellement nous le cacher ? Nous ne sommes pas nés de la dernière pluie, même Matt s’en est rendu compte.

 

— Papa aussi ?

 

— Aki ? C’est trop lui demander, voyons ! Il se pose des questions sur tes sorties, mais il ne voit pas plus loin. Pfft ! Il peut être bête parfois.

 

            Hans se mit à rire, se détendant.

 

— Tu n’es pas très gentil avec papa.

 

— C’est de sa faute aussi. Il m’a abandonné pendant quelques années. Ce n’est pas sympa de sa part. Alors, qu’est-ce que tu attends ?

 

— Je ne sais pas si j’en ai le droit, Carlin. Je ne sais toujours pas ce que je ressens.

 

            Carlin soupira en secouant la tête, exaspéré.

 

— Écoute-moi bien, stupide gamin. Arrête de te poser des questions et fonce. Si tu ne ressentais rien pour Léon, tu n’irais pas tous les week-ends chez lui avec fébrilité.

 

            Carlin se releva et se dirigea vers la porte. Il se retourna un instant pour lancer.

 

— Ah oui ! Dis à ce stupide gamin qu’il a tout intérêt de venir me rendre visite un de ces jours s’il n’a pas envie que je m’occupe de son matricule.

 

            Sur ces bonnes paroles, Carlin disparut dans le couloir. Il lui semblait avoir entre aperçu son fils entrant dans la bibliothèque. Et s’il allait l’ennuyer un peu avant que le démon rentre de son travail ? Hans resta encore un peu à fixer la photo de Shion avant de la reposer sur la table de chevet. Il ferma un instant les yeux, puis après un petit soupir, il se rendit dans la salle de bain afin de se changer.

 

            Quand quelques minutes plus tard, il sortit de la chambre. Il put entendre le rire de Luce aux prises avec son père. Il eut un petit sourire amusé. Il fonça vers les escaliers et faillit se rétamer sur la dernière marche. Un grognement se fit entendre près de la cuisine. Il croisa le regard fataliste de Renko.

 

— Un de ces jours, vous allez réellement vous rompre le cou.

 

— Que veux-tu, Ren ? Il est trop tard pour nous changer maintenant.

 

            Hans fit un signe, puis il se dirigea vers la porte d’entrée. Renko le suivit avec un léger sourire rassuré. Il leva les yeux vers l’étage en soupirant. Il devait aller à la rescousse de son fils avant que celui-ci ne s’échappe et manque à son tour de tomber des escaliers ce qui arriverait à coup sûr.

 

            Hans gara son véhicule sur une place vide. Sans regarder autour de lui, il se rendit dans l’immeuble. L’ascenseur étant en panne, il monta les étages rapidement. Comment Léon réagirait-il en le voyant en pleine semaine ? Il arriva à l’étage au même moment où le jeune rouquin ouvrait sa porte pour entrer chez lui. Celui-ci ne l’avait pas encore vu, alors Hans fonça et poussa son amant à l’intérieur.

 

            Léon se sentit partir à l’avant. Il se retourna aussitôt pour connaitre l’auteur de cette agression. Il resta stupéfait en apercevant le jeune homme de ces rêves. Hans referma la porte tout en observant son ami statufié. Il pencha légèrement la tête.

 

— Je te dérange ?

 

            Léon secoua la tête négativement.

 

— T’as perdu ta langue ?

 

— Non, croassa le rouquin. Je suis juste surpris.

 

— Au lieu d’être surpris si tu m’embrassais plutôt ?