Chapitre 38

 

            Le lendemain, un rayon de soleil vint chatouiller les paupières clauses de l’homme à moitié nu, allongé sur le ventre. Il émit un grognement de frustration, car il aurait avoir encore quelques minutes de sommeil. Puis, les souvenirs de la veille vinrent le rappeler à l’ordre. Il se redressa d’un coup paniqué.

 

            Jetant un coup d’œil près de lui, il ne fut pas surpris de n’y voir plus la personne avec qui il se trouvait hier. Après tout, il lui avait un peu forcé la main. Non ? Léon posa les pieds sur la moquette. Il resta un instant assis. Il se passa une main nerveuse dans sa chevelure rousse.

 

            Un silence mortel régnait dans l’appartement. Après un soupir las, Léon se leva finalement. Il se rendit directement dans la salle de bain. Apercevant une serviette humide, son cœur se mit à battre la chamade. Il se secoua en se traitant de tous les noms. Pourquoi avait-il agi ainsi la veille ?

 

            Il retira le peu de vêtements qu’il lui restait et entra dans la douche. Il ouvrit directement le robinet d’eau froide afin d’être bien réveillé. Pourquoi avoir agi comme un égoïste ? Il n’avait pas le droit d’imposer ses sentiments comme il l’avait fait. Pour qui se prenait-il ? Ses pensées lui rappelèrent la douceur de la peau de Hans, de son odeur. Léon gémit, torturé.

 

            Il resta sous le jet jusqu’à qu’il parvienne à se calmer. Ensuite, il s’habilla d’un jean et d’un pull à col rond. Pied nu, il retourna dans le couloir. Là, il entendit du bruit provenant de la grande pièce. Il s’en approcha et resta un instant saisi.

 

            Contrairement à ce qu’il avait pensé, Hans n’avait pas pris la poudre d’escampette. Il préparait du café dans la cuisine. L’odeur de pain frais et chaud apprit à Léon que son ami revenait de la boulangerie près de chez lui. Ne sachant pas comment agir après ce qui s’était passé cette nuit, Léon s’approcha et il s’arrêta au niveau du comptoir.

 

— Bonjour, lança-t-il finalement.

 

            Hans se troubla en entendant la voix de son ami. Prenant son courage à deux mains, il se tourna vers l’arrivant. Il ne savait pas non plus comment agir. Aurait-il fallu qu’il s’en aille comme si de rien n’était ? Ou avait-il eu raison de rester ? En observant Léon, il remarqua alors que son ami se trouvait dans le même état.

 

— Salut, finit-il par dire. Je suis allée te chercher du pain frais. Je me souviens que tu aimes bien prendre un bon petit déjeuner.

 

            Mal à l’aise, Hans lui servit un bol de café et le déposa sur la table. Léon s’installa à table. Il se mit en devoir de tout manger avec appétit. Hans en fit autant même s’il buvait juste une tasse. Ce simple geste du quotidien les détendit. Au bout d’un moment, Léon s’excusa :

 

— Je suis désolé, Hans. Je n’aurais pas dû agir comme je l’ai fait hier.

 

            Hans hésita juste une seconde, puis s’exclama :

 

— Non, tu n’as rien à t’excuser. Enfin juste un peu, à cause de toi j’ai mal aux fesses.

 

            Léon faillit boire de travers. Il se mit à tousser. Une esquisse de sourire apparaissait sur les lèvres de Hans.

 

— Tu caches bien ton jeu. Tu es un vrai sauvage, continua Hans.

 

— Je ne suis pas aussi calme que vous le croyez. C’est tout.

 

            Léon garda un peu le silence, puis finit par demander.

 

— Que va-t-il se passer maintenant, Hans ? Hier, tu as dit que tu ne voulais pas perdre mon amitié, mais je ne peux plus agir comme un simple ami.

 

            Hans baissa la tête, réfléchissant. Il ne voulait pas blesser davantage son meilleur ami. Il soupira. Ce n’était jamais facile. Il se leva et s’approcha de Léon. Celui-ci leva la tête, le regard tourmenté.

 

— Aurais-tu oublié ? Nous avons scellé un pacte hier. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve et j’ai la trouille comme jamais. J’ai déjà tellement perdu.

 

            Le regard de Hans s’assombrit de tristesse. Léon l’attrapa et le tient entre ses jambes. Il posa son front contre le bas du ventre. Hans posa une main dans la chevelure rousse avec une certaine tendresse.

 

— Je prendrais ce que tu peux me donner Hans. Savoir juste que je peux avoir une chance, même si elle semble dérisoire me suffit.

 

— Alors pour l’instant, je passerais les week-ends chez toi et je retournerais chez Carlin le reste de la semaine. Ainsi, nous verrons si cela fonctionne entre nous. D’accord ?

 

            Léon se força à relever la tête. Il fixa son regard vert bouteille sur ceux de Hans. Pourquoi aimait-il cet homme autant ?

 

— Ce serait bien aussi que nos amis ne sachent rien pour notre relation.

 

            Léon se troubla. Hans vit tout de suite que sa phrase venait de le blesser. Il se mordit la lèvre. Il tenant de se rattraper.

 

— Je ne veux pas qu’ils se fassent des illusions alors que nous-mêmes, nous ne savons pas où nous allons.

 

            Le rouquin posa ses mains sur chaque joue de Hans et le tira vers lui. Hans se rattrapa en posant ses mains sur les épaules larges.

 

— C’est bon, Hans. J’ai compris. Ce sera notre petit jardin secret. Cela me convient pour le moment. Mais, pour ta gouverne, nos amis sont loin d’être des idiots. Ils finiront par le comprendre tout seuls.

 

— Je sais.

 

            Les lèvres de Léon scellèrent celles de Hans. Le jeune homme se rendit compte de suite que Léon cachait réellement sa personnalité. Sous ces dehors calmes personnifiés se cachaient un être plus passionné, plus intense, voire sauvage.

 

— Mince je ne sais pas si mes petites fesses vont survivre longtemps face à un fauve comme toi, se moqua légèrement Hans en reprenant son souffle.

 

            Pour toute réponse, Léon se leva. Il attrapa la main de son amant. Il se dirigea ensuite vers le canapé. Il avait le flegme de se rendre jusqu’à la chambre. Arrivé là, il tira d’un coup sur le bras de Hans afin de le faire revenir vers lui. Il l’embrassa à nouveau avec la même fougue. Hans ne se laissa pas mener par le bout du nez comme la veille. Cette fois-ci, il y mit son grain de sel.

 

            Il ne savait pas si un jour il pourrait aimer à nouveau, mais ce qu’il savait déjà, c’était que faire l’amour avec Léon ne le rebutait pas bien au contraire. Il lui permettait de tout oublier jusqu’à son nom. Tandis que le baiser de Léon se faisait de plus en plus intense, Hans passa ses mains sous le pull caressant enfin la peau légèrement tannée. Il pouvait sentir les muscles jouer sous sa paume. Ses mains glissèrent contre la fermeture du jean. Le désir de Léon se voyait clairement. Il l’aida à prendre l’air et le caressa.

 

            Le rouquin laissa échapper un grognement malgré ses lèvres toujours scellées. Hans sentait ses jambes flagellées. Il perdait pied. Finalement, Léon cessa le baiser. Les deux hommes reprenaient leur souffle sans se quitter du regard chargé de désir. Ils réagirent presque simultanément. Ils se déshabillèrent rapidement.

 

            Léon fut plus rapide. Il n’attendit pas que son compagnon ait terminé. Il le poussa légèrement pour le faire chavirer sur le canapé. Il se mit à explorer le corps tant aimé avec délectation. Même s’il avait la même fougue que la veille, il fit en sorte de mieux préparée Hans. Celui-ci d’ailleurs l’aida à sa manière. Finalement quand Léon pénétra à nouveau dans l’intimité de son amant, il scella ses lèvres aux siennes pour un nouvel embrasement intense.

 

            Quelques heures plus tard, Léon ayant remis son jean se trouvait installé confortablement sur le fauteuil lisant tranquillement. Hans, allongé de tout son long, dormait la tête sur les cuisses de Léon. Le rouquin avait réussi à lui remettre son jean sans le réveiller, mais sans le boutonner.

 

            Le dormeur remua légèrement. Hans finit par ouvrir les yeux. Il se demanda sur le coup où il se trouvait ne reconnaissant pas de suite la pièce. Il bougea se mettant sur le dos. Il croisa le regard vert bouteille. Léon, en le sentant bouger, avait refermé son livre.

 

— Comment vas-tu ? Finit-il par demander.

 

            Hans eut un léger sourire.

 

— Fourbue ! Que lisais-tu ?

 

            Léon fut soulagé d’attendre parler normalement son ami.

 

— Le dernier livre de Luce.

 

— Ah oui ? De quoi parle-t-il ?

 

            Hans se redressa pour mieux s’installer plus confortablement. Il tendit le bras et récupéra le livre en question. La pochette était splendide comme toujours. Carlin avait encore fait le dessin pour son fils. Elle montrait une vue sur une colline face à la mer avec la silhouette d’un homme aux longs cheveux blancs observant l’horizon. Ce dessin respirait une telle sérénité.

 

— Carlin est toujours aussi talentueux. Il arrive toujours à donner vie à ses tableaux ou à de simples dessins, s’enquit Léon. Je l’envie parfois. J’aurais bien aimé avoir un tel talent.

 

— Mmmh ! Nous avons tous un talent, mais on ne voit que ceux des autres. Alors de quoi parle l’histoire ?

 

— Le héros va être vendu comme esclave et il deviendra la chose d’un colonel plutôt cruel. Cela ne l’empêchera pas de rencontrer plusieurs personnes, dont une, en particulier.

 

— Ce n’est pas le genre d’écriture de Luce.

 

— Il aime bien changer de temps en temps. Peut-être pour se renouveler.

 

— Et petite question, est-ce que cela finit bien ? Parce que ce que tu me dis et ce que je lis en synopsis, je le vois mal à savoir comment il peut avoir une telle sérénité sur l’image.

 

            Léon soupira.

 

— Si tu veux le savoir, tu n’as qu’à le lire. Je viens de le finir, alors tu peux l’emprunter.

 

— Cruel ! Tu pourrais me le dire. Je déteste ne pas savoir.

 

— N’aurais-tu pas faim ? Il est plus de midi. Que veux-tu manger ? s’exclama Léon en se levant et se dirigeant vers la cuisine.

 

            Hans observa son ami un moment interdit. Le bougre avait fait exprès de changer de sujet de conversation.

 

— Léon répond moi.

 

— Non, si tu veux savoir, tu lis.

 

— Démon ! Je veux des pâtes à la bolognaise, finit-il par lancer finalement.

 

            Il se leva et s’étira. Il se rendit dans la salle de bain pour faire un brin de toilette. Il se sentait bien pour le moment. Il ne savait pas si cela allait durer, mais il ne voulait pas se poser de question. Seuls les jours à venir voir les mois lui donneraient les réponses.