Chapitre 37

 

            L’appartement de Léon ne se trouvait réellement pas très loin de son travail. Il pouvait ainsi s’y rendre à pied tous les matins. En même temps, il était très bien situé. Hans observa les alentours. Il se rendit alors compte que l’immeuble où Léon l’emmenait était face à l’arrêt de bus. De plus, il n’avait qu’à traverser la route pour se rendre dans un parc magnifiquement fleuri. Deux immeubles plus loin, il apercevait un petit commerce de proximité et une boulangerie.

 

            Léon n’avait pas choisi avec Renko cet appartement par hasard. Hans connaissait l’aversion de Léon pour les centres commerciaux. Ce n’était pas ce qu’ils représentaient, juste que monsieur détestait faire les courses. Il n’aimait pas perdre son temps à faire les magasins. En fait, il devait bien reconnaitre qu’il connaissait assez bien son ami par rapport à sa propre famille. Léon ne se plaignait jamais. Il fallait souvent déchiffrer ses émotions et ses états d’âme.

 

            Il ne voulait jamais causer du tort à quelqu’un. Il n’acceptait pas d’être le responsable du mal-être de quelqu’un. Hans se doutait bien que son ami devait s’en vouloir beaucoup au sujet de Candice. Léon ne lui avait toujours pas lâché la main. S’en rendait-il compte ? Ou pas ?

 

            Le rouquin entra dans l’immeuble assez ancien, mais rénové entièrement deux ans auparavant. Habitant au troisième étage, il préféra prendre l’ascenseur toujours en silence. En fait, il n’osait pas prendre la parole de peur de faire changer d’avis à son camarade. Depuis le retour de Hans en France, Léon ne savait pas trop sur quel pied dansait, car rien n’avait changé dans son cœur. Hans était et resterait l’homme qu’il aimait par-dessus tout.

 

            Alors, ne sachant pas quoi faire, il avait agi comme toujours comme un ami. Il venait régulièrement aux réunions le samedi soir au « Cool Baby ». Il s’amusait avec ses amis afin de dérider au maximum leur ami malheureux. Même maintenant, il paniquait un peu. Il n’avait pratiquement jamais été seul ave Hans. Il y avait eu des occasions, mais la plupart du temps jamais très longtemps. Kaigan se trouvait souvent dans les parages et si ce n’était pas lui, c’était Rojer ou un de leurs parents.

 

            Ici, Léon savait bien que personne ne viendrait les ennuyer. Peu de gens venaient lui rendre visite. Carlin passait de temps à autre, mais rarement, car il en voulait un peu à ce garçon qu’il considérait un peu comme le sien de ne plus lui rendre visite. Léon s’en voulait, mais il n’arrivait pas à faire un pas dans cette maison qu’il aimait. Il ne voulait pas être face à face avec sa sœur. Il n’arrivait pas à lui pardonner. Peut-être était-elle la goutte d’eau ? Il avait toujours accepté sans broncher les mauvais coups, même ceux de Candice. D’ailleurs, il avait refusé de porter plainte contre elle.

 

            Léon s’arrêta devant la porte la plus à gauche de l’ascenseur. Il sortit ses clefs et invita son ami à pénétrer dans son antre. Ce fut à ce moment-là qu’il lui lâcha enfin la main. Hans en fut peiné sans trop savoir pourquoi. Pour ne pas s’interroger sur ce fait, il entra dans un couloir. Léon lui prit la veste et l’accrocha dans un placard encastré. Hans suivit son chemin vers la grande pièce à vivre.

 

            Il jeta un regard autour de lui. La pièce formait un grand carré mélangeant le salon et la cuisine séparé seulement par un comptoir. Sur sa droite, il aperçut alors un autre couloir. Léon lui indiqua qu’il menait à la salle de bain, aux toilettes et à la chambre. Pour le garnir un peu, Hans y aperçut une bibliothèque bien remplie.

 

            Laissant son ami visiter les lieux, Léon se rendit vers un buffet et en sortit une bouteille de vodka. Il l’emmena dans la cuisine et la déposa sur la table. Il ouvrit ensuite le frigo afin de sortir la bouteille de jus d’orange. Il déposait les verres auprès d’assiettes garnies de bonne chose à déguster quand Hans le rejoignit. Celui-ci l’observait en silence.

 

            Hans se laissa tomber sur une chaise. Que devait-il faire ? Ses pas l’avaient mené vers Léon parce qu’il n’en pouvait plus de rester oisif dans sa chambre à se morfondre. Habituellement, il aurait été dans celle de son frère avec qui il aurait pu discuter librement. Mais, celui-ci n’était pas là. Il devrait s’en réjouir après tout, c’était lui qui avait mis son veto.

 

            Son ami lui tendit un verre. Hans le prit toujours en silence. Il en but une gorgée et il ne put s’empêcher de faire la grimace. Un rire lui fit relever les yeux vers son ami. Léon s’était positionné en face. Il l’observait comme il le faisait toujours. Indéchiffrable ! Rojer avait bien raison. Même si Hans avait toujours su et surement tous ses amis également, que Léon en pinçait pour lui !

 

— Ne te moque pas ! Je n’ai pas l’habitude de l’alcool.

 

— Mmmh ! Ne me dit pas que tu n’as jamais goutté au saké alors que tu te trouvais au Japon ?

 

— Bien sûr que si ! Mais, je n’aime pas le goût des alcools fort.

 

            Léon se releva et fouilla dans ses placards. Il en sortit avec une bonne bouteille de Saint Emilion. Il attrapa un nouveau verre. Il versa le liquide couleur bordeaux et le tendit à son ami. Hans le prit avec plaisir. Il préférait cette boisson. Léon se laissa tomber sur son siège en soupirant.

 

— Pfff ! Ce n’est pas avec ceci que je pourrais te voir complètement soul.

 

— Sadique !

 

            Hans but une nouvelle gorgée de ce vin au goût si agréable avant de perdre son regard dans le liquide. La tristesse commençait à revenir au galop. Il soupira. Apparemment, rien ne pouvait l’aider. Léon ne perdait rien. Il passait tellement son temps à observer son ami que s’il avait eu le talent de Carlin, il aurait pu le dessiner un nombre de fois. Il apercevait le voile de chagrin apparaitre dans le regard vert pailleté d’or. Que pouvait-il faire ?

 

— Je suis désolé. Je ne suis pas une compagnie très agréable, finit par murmurer Hans, au bout d’un moment. Je ferais mieux de rentrer ainsi tu pourras passer une bien meilleure soirée.

 

            Hans posa son verre et fit le geste de se lever. Rapide, Léon s’élança auprès de lui et l’en empêcha. Il s’accroupit auprès de lui.

 

— Non ! Je t’en prie. Ne t’en va pas maintenant. Je….

 

            Léon se passa une main dans ses cheveux roux. Hans baissa son regard sur lui. Il le voyait pour la première fois mal à l’aise. Il semblait chercher ses mots sans y parvenir. Il lisait aussi de la douleur dans ses yeux verts bouteille. Pourquoi ? Était-ce à cause de lui ?

 

— Je ne sais pas si un jour, je pourrais répondre à tes sentiments, Léon. J’ai aimé Rojer comme un fou, ensuite Shion est arrivé et j’en suis tombé fol amoureux également. Et je les ai perdus tous les deux. J’ai peur maintenant. Cela fait si mal, tellement mal.

 

            Léon fixa ses yeux vers ceux de son ami. Il l’écoutait attentivement comme toujours. Son cœur se serrait dans sa poitrine à l’étouffé. Il aperçut une larme coulée le long de la joue de Hans. Il lui arrêta la course. Il vit son ami frissonner.

 

— Je t’aime Hans.

 

            Le jeune homme sursauta et gémit. Les larmes se mirent à couleur à grand flot. Il secoua la tête. Il voulut mettre ses mains à ses oreilles afin de ne plus rien entendre, mais Léon l’en empêcha.

 

— Non, ça suffit de fuir. J’en ai assez de me taire et d’être juste le bon pote. Je veux que tu m’écoutes jusqu’au bout.

 

            Replier sur lui-même, Hans hocha la tête. Léon reprit :

 

— Je t’aime depuis que je suis tout petit même si je ne savais pas trop ce que c’était à l’époque. Mais, j’aimais bien te suivre du regard. J’ai même ressenti de la jalousie quand tu as commencé à sortir avec mon frère. Mais, tu semblais tellement heureux que je ne voulais pas tout anéantir. Alors, je me suis tu et au fil des ans, j’ai continué à t’observer et à t’aimer en silence. J’ai fini tellement par m’habituer que je me suis retrouvé comme un con quand tu as rompu avec mon frère.

 

            Léon posa ses mains sur celle de son ami qui l’écoutait toujours en tremblant. Il posa son front contre le haut de crâne de Hans qu’il voyait. Le jeune homme s’était recroquevillé sur lui-même.

 

— Tu ne peux pas savoir à quel point je me traite de tous les noms chaque jour qui passe. Je me dis que j’aurais dû tenter ma chance à ce moment-là. Je suis un vrai couard. J’avais tellement peur que tu me rejettes et perdre ainsi ton amitié que j’ai préféré ne rien dire.

 

            Il émit un petit rire sans joie.

 

— J’avoue avoir eu très mal quand j’ai appris que tu avais retrouvé l’amour et en même temps, j’étais très heureux pour toi. C’est contradictoire, pas vrai ? Et quand, tu es revenu. Je ne savais plus quoi faire. C’est horrible ! Je me disais que je ne pouvais rien faire, car je ne voulais pas profiter de ta détresse. Pourquoi te dis-je tout ça ? Après tout, peut-être n’en as-tu rien à foutre de mes sentiments ?

 

            Léon se releva d’un coup. Il s’éloigna le plus possible de son ami. Il attrapa son verre et le but d’une traite. Hans serra les mains à s’en faire mal. Que devait-il faire ? Avait-il perdu l’amitié de cet homme ? Hans gémit à nouveau. Il porta ses mains sur sa tête pour se recroqueviller encore plus. Il avait mal.

 

            Il entendit la voix de Léon l’appeler. Hans tressaillait. La voix de son ami semblait un peu sèche. Il jeta un coup d’œil vers le rouquin. Il aperçut l’ombre mélancolique dans son regard. Il finit par comprendre ce qu’il lui disait.

 

— Je vais te reconduire. Tu m’excuseras auprès de nos amis pour samedi. Il vaudrait mieux que j’évite de m’y rendre désormais.

 

            Hans ouvrit en grand les yeux. Il ne comprenait plus.

 

— Pour… Pourquoi ?

 

— Merde, Hans ! M’as-tu seulement écouté ? Je viens de t’avouer que je ne veux plus être seulement ton ami. Je veux avancer. Si je continue à te fréquenter, je n’y arriverais pas.

 

            Hans reçut cette dernière phrase comme un coup de poignard.

 

— Ne fait pas ça, Léon. Ton amitié m’est trop précieuse.

 

— Mais, je m’en tape !

 

            Hans avait bien du mal à reconnaitre son ami. Pourtant, il n’était pas soul. Il n’avait pris qu’un seul verre. Léon était furieux. Alors, qu’habituellement, il était le calme assuré ! C’était déstabilisant et en même temps le rendait bien plus humain. Léon eut un geste agacé. Il se dirigea vers le couloir menant à la sortie. Il attrapa la veste de Hans et la tendit au jeune homme qui l’avait suivi, complètement paumé.

 

            Hans ne fit aucun geste pour prendre sa veste. Il ne savait plus comment agir face à son ami en colère. Comment la désamorçait ? Il n’en savait rien. Il n’avait jamais eu affaire à ce genre de problème auparavant. Léon ressemblait à un fauve prêt à mordre au moindre faux pas. Alors, Hans lança :

 

— Je ne veux pas te perdre aussi, Léon.

 

            Le jeune homme ferma les yeux en tremblant. La veste qu’il tenait toujours entre les doigts chavira sur le sol. La colère venait de s’envoler. Hans s’approcha de son ami.

 

— Je suis désolé. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Je suis vraiment désolé.

 

            Hans secoua la tête.

 

— Non, c’est moi. J’ai toujours su que tu ressentais quelque chose pour moi. Mais, j’avais tellement peur de perdre ton amitié que je n’ai jamais rien fait pour m’approcher plus. J’avais peur de me tromper et ainsi perdre à jamais mon meilleur ami. Mais, je n’ai plus le choix. Pas vrai ?

 

            Léon ne répondit pas. Il gardait les yeux fermés, le visage bas.

 

— J’ai aimé Shion. Je l’aime toujours d’ailleurs. Je ne sais pas si j’arriverai à surmonter un jour sa perte. Même après tous ces mois passés, il me manque terriblement. Je vis avec son fantôme. Es-tu prêt à prendre ce risque tout en sachant que je ne pourrais peut-être pas répondre à ton amour ?

 

            Léon releva enfin la tête. Il plongea son regard dans celui de son âme sœur.

 

— Qu’est-ce que j’ai à perdre Hans ? Sais-tu le nombre de fois où j’ai fantasmé sur toi ? Alors si tu me laisses une chance, alors oui je prendrais le risque que tu me rejettes un jour. Je ne veux plus avoir de regret.

 

            Hans hésita juste un instant. Il savait que sa vie se trouverait chamboulée en cédant à la demande de son ami. La peur est présente dans toute relation. Était-ce trahir Shion en devenant l’amant de Léon ? Mais, s’il ne cédait pas, il perdrait alors son meilleur ami pour toujours. Alors avec appréhension, il se pencha et déposa ses lèvres sur celle de son ami pour sceller leur pacte.

 

            Léon battit les paupières de surprise. Jamais, dans le plus profond de ces fantasmes, il n’aurait imaginé une décharge pareille juste par un effleurement. Quand il s’aperçut que Hans se redressait. Il l’en empêcha en le poussant un peu pour le coller contre le mur du couloir. Il s’empara ensuite avec une certaine violence de cette bouche qui l’avait mis en ébullition juste en l’effleurant.

 

            Hans dut ouvrir la bouche pour laisser son ami le dévorer à sa guise. Léon cachait bien son jeu dans la vie. Il avait la plupart du temps une attitude tellement placide que jamais, Hans n’aurait pu l’imaginer être autant ardant et passionné. Il comprit même assez vite qu’il ne pourrait même pas le freiner. Le fauve l’avait bel et bien emprisonné et se chargerait de le dévorer comme il l’entendait.

 

            Pour une raison encore inconnue, Hans se mit à trembler non pas d’appréhension, mais plus d’excitation. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas eu de relation charnelle, mais il doutait que c’en fût la cause. Il oublia tout pour l’instant. Après tout n’était-il pas venu ici pour ne plus être hanté par son chagrin ?

 

            Léon lui dévora la bouche avec une violence contenue sans lui faire mal pour autant. Quand il quitta sa bouche pour glisser ses lèvres vers la gorge, Hans avait bien du mal à reprendre son souffle. Il parvint tout de même par dire.

 

— Léon ? Pas dans le couloir.

 

            Un grognement se fit juste entendre avant d’être soulever presque comme un sac de pommes de terre. Il n’eut pas le temps de dire quoi que ce soit avant d’être éjecté sur le lit qui faillit lui couper à nouveau la respiration. Un peu offusqué, il se redressait pour dire le fond de sa pensée, mais il n’en eut pas le temps non plus. Léon le repoussa et s’installa en califourchon afin de l’empêcher de bouger à nouveau. Il l’embrassa encore une fois avec la même fougue.

 

            Quand il put enfin reprendre l’air, Léon glissait sa langue sur son torse dont les pans de sa chemise étaient grands ouverts. Troublé, au plus haut point, Hans ne savait plus trop ce qu’il devait faire et quoi penser ! D’ailleurs plus aucune pensée cohérente ne vint le perturber dès que les lèvres de Léon arrivèrent à l’ouverture du jean. Les mains de ce dernier se chargeaient de le lui retirer avec impatience.

 

            Léon empêcha toute tentative de Hans pour s’échapper. Il allait lui montrer à quel point il le désirait comme un fou. Au bout d’un moment, Hans ne chercha plus à s’éloigner du plaisir qui montait en lui en grande vitesse. L’immense désir ressenti lui faisait peur et honte à la fois. Ne trahissait-il pas Shion de cette façon ? En avait-il le droit ?

 

            Quant à Léon, il voulait imprégner ce corps si souvent désiré de sa chaleur, de son fluide. Il voulait marquer son territoire comme un félin. Un grognement de satisfaction se fit entendre quand il s’enfonça un peu abruptement dans la chaleur moite de Hans. Celui-ci grimaça sous la légère douleur de la pénétration, mais l’oublia vite pour laisser les sensations faire leur œuvre, tout en mélangeant leur souffle dans un baiser intense. Ils attendraient demain pour s’expliquer pour l’instant, ils en oublièrent même le présent.