Chapitre 35

 

            Comme prévu, le lendemain il rejoignit ses amis pour le petit déjeuner. Hans les bénissait, car ils agissaient comme à leur habitude. Rand et Rojer se chamaillaient et Léon faisait la loi. Ils arrivèrent à le détendre et même à le faire rire. Il apprit également que Shin et Sawako étaient partis. Le japonais voulait rentrer au plus vite afin de rendre visite à sa mère et faire la connaissance de son petit frère.

 

            Les plus vieux quant à eux se trouvaient en ville. Mili Miori les ayant rejoints ce devait être un groupe bien bruyant et complètement fou. Une heure plus tard, Rand les abandonna pour joindre Maqui sur son ordinateur portable. Léon dut également s’absenter quelque temps. Il avait promis à son patron de récupérer une commande personnelle.

 

            Hans se retrouva donc seul avec Rojer. Hans songea que son premier amour n’avait pas vraiment changé physiquement. Ils se rendirent dans un des salons privés de l’hôtel afin d’être tranquilles. Rojer se sentait un peu mal à l’aise. Il se passa une main dans sa chevelure blonde ondulée et mi-longue. Il se laissa tomber lourdement sur un siège et émit un petit rire.

 

— Mince ! Je me sens un peu idiot, murmura-t-il au bout d’un moment.

 

            Hans le rejoignit.

 

— Idiot ? Tu l’as toujours été, Rojer.

 

            Le jeune homme blond lui lança un regard noir boudeur. Hans sourit légèrement. Rojer s’apercevait que la joie n’atteignait pas les yeux de son ami. Ils exprimaient toujours la tristesse. Ils les avaient déjà vus ainsi quelques années plus tôt à cause de lui.

 

— Oui, tu as raison. Je ne pensais qu’à moi et je me fichais pas mal des sentiments des autres, surtout les tiens. J’étais un égoïste et peut-être le suis-je toujours, mais j’essaie de changer. Toi aussi tu as bien changé, Hans. Tu voulais tout gérer. Tu ne voulais pas montrer tes faiblesses. À cause de cet orgueil mal placé, tu m’as laissé te tromper sans que tu ne dises quoi que ce soit.

 

            Hans se laissa retomber en arrière avec un soupir. Il ferma un temps les yeux.

 

— Nous étions tous les deux des égoïstes. Je l’étais peut-être plus que toi, Rojer. J’avais une emprise parfaite avec toi, Kaigan et même Léon.

 

— Non, pas Léon. Mon frère est quelqu’un de très fort. Je l’admire, tu sais. Il ne se pose pas de question. Il agit selon son cœur. S’il te suivait, il ne le faisait pas parce que tu le voulais ainsi, il le faisait de son libre arbitre. Il a été le premier heureux d’apprendre que tu t’étais enfin trouvé quelqu’un à aimer.

 

— Tu le connais bien.

 

— Non, je me rends compte que je ne connaissais pas mon frère, Hans. Mais, je me suis rappelé quand nos parents sont morts. J’étais complètement anéanti. Samantha ne comprenait pas. Chaque nuit, elle appelait notre mère. Léon a tout géré. Il allait chercher Sam et nous dormions tous ensemble. Il se mettait au milieu et nous réconfortait. Mince, c’est moi l’aîné et pourtant je me laissais réconforter par mon petit frère.

 

— Tu sais en parlant du passé. Kaigan était comme Léon enfant. Il voulait tout gérer, être le plus fort. Il disait souvent qu’il surpasserait Erwan. Puis, un jour, il a changé. Il a perdu toute confiance en lui. Et les rôles ont changé.

 

— Oui, mais Kaigan a toujours été là pour toi, même s’il ne savait pas quoi faire. Il était présent. Moi, je n’ai jamais là pour Léon. Je ne sais jamais quand il est triste ou pas. Il est indéchiffrable. Pourtant, Bernie arrive à deviner quand mon frère va mal, et cela à partir de leur première rencontre. Je tourne vraiment pas rond !

 

            Hans jeta un coup d’œil vers Rojer. Celui-ci avait posé son coude sur le bras du siège et sa tête reposait sur sa main, la mine boudeuse. Une attitude qui lui rappela les moues boudeuses de Shion quand il n’arrivait pas à avoir ce qu’il désirait. Il baissa rapidement les yeux.

 

— Shion avait également ce don de deviner quand quelque chose n’allait pas. Il devenait alors intenable jusqu’à qu’on cède et qu’on lui avoue ce qui n’allait pas. Il trouvait les mots justes et…

 

            Une larme coula sur sa main. Il la regarda étonner. Rojer se laissa tomber à genoux face à son ami. Il l’agrippa par le cou et lui posa son front contre son épaule.

 

— Vas-y, Hans ! Libère-toi !

 

            Le sanglot qu’il retenait depuis la veille finit par lâcher prise. Rojer le serrait avec force. Il avait mal pour cet homme qu’il avait aimé pendant longtemps. Combien de temps restèrent-ils ainsi ? Il ne saurait le dire. Il sursauta quand une main se posa sur son épaule libre. Il leva les yeux et croisa ceux de son frère.

 

— Bernie est au téléphone. Je vais m’occuper de Hans.

 

            Rojer hocha la tête. Hans se détacha. Il avait honte de s’être lâché ainsi. Rojer grimaça en se relevant. Ses muscles avaient eu le temps de s’ankyloser. Après un dernier regard vers son ami, il s’éloigna. Léon fixait Hans. Il avait mal de le voir dans cet état. Il s’agenouilla à son tour. Avec hésitation, il porta une main vers la joue de son ami dont il essuya une larme rebelle avec son pouce. Hans se troubla sous la caresse légère, mais un peu calleuse.

 

— Je suis désolé. Je ne suis pas d’une très bonne compagnie.

 

— Idiot, c’est normal. Tu viens de perdre une personne chère à ton cœur, Hans. Il est normal que tu souffres. Et tu ne dois pas avoir honte de montrer ta détresse. Nous sommes tes amis, Hans. Nous ne sommes pas là pour te juger, mais pour te soutenir quand tout va mal. Si tu as besoin d’une épaule pour pleurer, alors n’hésite pas. Je serais toujours dispo pour toi.

 

            Hans ferma les yeux et se laissa aller contre l’épaule de Léon. Celui-ci referma ses bras autour de lui. Il laissa son ami verser toutes les larmes de son corps, de son âme en peine. Il aurait fait n’importe quoi pour prendre en lui cette souffrance. Hans avait toujours été quelqu’un de spécial dans son cœur. Il le sera toujours.

 

            Un peu plus tard, Léon raccompagna son ami à sa chambre. Hans voulait reprendre figure humaine avait de rejoindre à nouveau ses amis. À peine fermait-il la porte que son téléphone sonna. Quelle ne fut pas sa surprise en apercevant le nom de son frère ! Hans en fut soulagé. Même éloigné de plusieurs milliers de kilomètres, Kaigan ne l’oubliait pas. Il avait deviné que son jumeau avait besoin de sa compagnie.

 

            Ils discutèrent un long moment ainsi. Hans se sentit beaucoup mieux ensuite. Il prit une douche qui retira le reste d’angoisse. Il rejoignit ensuite ses amis et sa famille. Les plus jeunes décidèrent de rentrer en prenant le train. Ils prétendirent ne pas vouloir rester avec de vieux croutons. En observant son père Akira, Hans se rendit compte que la présence de ses vieux amis le rajeunissait.

 

            Ils abandonnèrent l’hôtel dès le lendemain matin pour se rendre à la gare. Le trajet durerait quelques heures. Apparemment, Renko avait joint Ludwig afin qu’il vienne chercher les jeunes à la gare de Bordeaux. Hans ne vit pas le trajet grâce à ses amis. Rojer titillait Rand au sujet de Maqui. Celui-ci était devenu très protecteur et très jaloux aussi. Maqui semblait être devenu très proche de Léon, le considérant comme un grand frère et il semblait aussi très apprécié ce fameux Bernie. Hans avait vraiment hâte de faire la connaissance de ce tatoueur. Léon l’avait décrit comme ressemblant à un agneau, mais avec un physique d’ours brun.

 

            Il demanda également des nouvelles d’Alvis. Rand lui avoua qu’elle travaillait toujours dans la même crèche. Elle venait souvent à leur réunion le samedi soir au « Cool Baby ». Elle n’avait pas pu se libérer sinon elle serait venue avec eux. Son père était sorti d’affaire et il avait même retrouvé du travail. Par contre, elle ne parlait pas beaucoup avec eux de sa relation avec le médecin