Chapitre 27

 

            Les jours suivants se ressemblèrent pour Hans. Il se levait très tôt le matin pour faire son jogging, ensuite il se préparait pour le travail. Il avait réussi à trouver un travail à mi-temps dans une école maternelle. Pour beaucoup, ce choix de carrière semblait étrange dû à son orientation sexuelle. Pour le commun des mortels, seules les personnes voulant des enfants pouvaient les comprendre et les élever. Un genre de pensée un peu étriqué, voire archaïque !

 

            Ce n’est pas parce qu’il ne pourrait pas avoir d’enfant qu’il les détesterait pour autant. Hans appréciait le mélange de fragilité et de force que pouvait avoir un enfant. Leurs innocences le touchaient et lui changeaient beaucoup de l’égoïsme des adultes. Il s’occupait de la classe des moyens toute la matinée, puis il aidait les autres instituteurs pour le repas du midi. Vers quatorze heures, il était libre. Au début, il avait pensé se trouver un autre emploi pour combler sa journée, mais maintenant, il n’en voyait plus le besoin.

 

            Shion Morita l’attendait toujours dans un café à une rue de l’école afin de ne pas le gêner ou de choquer les parents. Cet homme comblait avec une facilité sa journée. Il n’en revenait pas. Il aimait travailler. Depuis sa plus tendre enfance, il avait toujours bossé d’une manière ou d’une autre, même en trichant sur son âge. Mais, depuis que cet homme était entré dans sa vie, il voulait profiter de sa présence le plus longtemps possible. Hans n’en comprenait pas vraiment la raison. Aimer quelqu’un au-delà du possible, il l’avait déjà ressenti avec Rojer. Il n’avait pas pensé une seule seconde qu’il retomberait amoureux à nouveau surtout aussi rapidement. Mais, il devait bien reconnaitre que Shion Morita lui faisait battre le cœur bien plus vite que la normale et il pensait à lui presque tout le temps.

 

            Ce jour ne fit pas exception. Shion l’attendait sagement à une table extérieure. Hans eut droit à un sourire radieux à son arrivée. Cette impression d’être quelqu’un d’unique pour une personne donnait le vertige. Après un court échange, ils ne restèrent pas très longtemps dans le café. Tout le long du trajet vers le petit appartement de Shion, celui-ci parlait sans interruption. Hans l’écoutait raconter sa matinée. Il rit en apprenant que son ami avait encore été ennuyé son frère alors que celui-ci se trouvait être en repos et espérait pouvoir faire grasse matinée. C’était peine perdue avec un frère aussi casse-pied comme Shion aimait bien l’être de temps en temps.

 

            Shion vivait dans un petit studio souvent utilisé par les étudiants. La pièce unique ne contenait qu’une petite cuisine, une salle de bain vraiment très petite et une pièce à vivre avec un placard encastré. Hans avait dû apprendre à dormir sur un futon. C’était très différent qu’un bon lit, mais pas si désagréable en soi.

 

            Hans pénétra dans le petit studio avec plaisir. Il se déchaussa avant de se laisser tomber sur les fesses auprès de la table basse au centre de la pièce. Son regard se porta sur un portable posé à même le sol. Il était resté allumé. Hans secoua la tête, amusée. Avait-il au moins enregistré son travail avant de sortir ? Pourtant, son sérieux reprit le dessus quand il lut le début du texte. Il se troubla et se détourna. Shion écrivait son histoire. Il y parlait de sa vie de l’enfance à maintenant sans jamais chercher à justifier de ses erreurs et de sa violence.

 

            Hans trouvait admirable cette acceptation de ses faiblesses. Son regard se porta sur un cadre posé sur une bibliothèque. La photo représentait un visage d’un homme d’une vingtaine d’années à peu près. Les cheveux noir coupé court, un visage ovale sans le moindre défaut et des yeux bridés d’un noir profond rendaient l’homme presque inaccessible. Et pour cause ! L’homme sur cette photo n’existait pas, en fait il n’avait pas eu le temps de devenir ainsi, car le destin en avait décidé autrement.

 

            Intrigué et un peu jaloux, Hans avait demandé qui était cet homme. Shion ne lui avait rien caché. Il lui avait raconté l’histoire tragique d’Ayato Morita. Pour Shion, Ayato était son cousin, mais aussi sa lumière. Depuis tout petit, il le suivait en silence. Il l’adorait, le vénérait pourtant ils avaient le même âge. Ayato rayonnait, car il était aimé de tous et surtout de ces parents. Il avait beaucoup d’amis, mais la seule personne qu’il laissait approcher, était Shion. Et puis, un jour Ayato disparut pour toujours. La police songea de suite à un suicide. Le monde de Shion se déchira et se perdit dans la noirceur.

 

            Maintenant, après toutes ses années, la vérité sur la mort d’Ayato avait été révélée. Le propre père d’Araki et de Shion se trouvait être le meurtrier. Il avait utilisé la drogue rouge du dragon pour commettre cet acte. Ensuite, il avait cherché à détruire la santé mentale de son fils aîné et de rejeter en bloc son jeune fils Araki. Futo Morita avait été arrêté une dizaine année plutôt après avoir tenté de tuer Shion et la mère d’Ayato devenu entre-temps celle de Shuei Morita le compagnon d’un ami de Sawako.

 

            Hans sursauta comme un malade quand il sentit un corps se mouler contre le sien. Shion en avait profité que son ami soit dans la lune pour se rapprocher et de s’installer de façon à coincer le jeune homme entre ses jambes. Le japonais entoura la taille et posa son front contre une épaule.

 

— Tu m’as fait peur, Shion.

 

            L’homme émit un petit rire.

 

— Shion est désolé. Veux-tu que Shion retire cette photo ?

 

            Mal à l’aise d’être aussi troublé par la chaleur de Shion, Hans bougea légèrement, mais le regretta. Son corps commençait sérieusement à demander plus, beaucoup plus. Troublé au plus haut point, il s’exclama :

 

— Non. Ayato fait partie de ta vie. Malgré toutes ses années, il est toujours aussi présent. Araki a eu une bonne idée de demander à un de ces amis de te montrer comment aurait été Ayato s’il avait pu vivre jusqu’à ses vingt ans.

 

— Shion s’est senti libre en apercevant cette photo et il a beaucoup pleuré. C’est triste, mais en même temps, Ayato a sauvé Shion.

 

            Hans se laissa aller et posa sa tête contre l’épaule du japonais. Celui-ci resserra un peu plus la taille avec ravissement. D’avoir rencontré le jeune français, Shion avait l’impression d’avoir réussi à dépassé la noirceur de son cœur et retrouvé surtout la lumière qu’il avait perdue après la disparition d’Ayato. Hans jeta un dernier regard vers la photo avant de fermer les yeux. Pourquoi se débattre avec ses sentiments ? Il lâcha par surprise :

 

— Je t’aime, Shion.

 

            Le japonais se raidit un instant tout étonné. Pourtant, il réagit au quart de tour. Hans se retrouva allongé sur le sol sans trop savoir comment avec un Shion au-dessus de lui, les yeux brillants de désir. Shion, assis à califourchon sur le français, les mains posées à même le sol, attendait en silence. Il finit par lancer à son tour.

 

— Shion aime aussi Hans.

 

            Le regard vert du français se fronça contrarié. Hans leva une main et caressa la joue du japonais et effleura les lèvres. Prenant ce geste comme une invite, Shion fit le geste de se pencher pour embrasser Hans, mais celui-ci l’arrêta en posant ses mains sur la poitrine. Peiné, Shion fit la moue. Il allait se redresser. Après tout, il ne voulait pas forcer son ami. Mais, Hans l’en empêcha en serrant ses doigts sur la chemise. Il approcha un peu plus le visage du japonais du sien, il lui murmura :

 

— Je t’aime, Shion. Mais, je te croirais seulement quand tu me le diras à la première personne.

 

            Shion ouvrit la bouche, mais aucun son n’en sortit. Pourquoi ne voulait-il pas le croire quand il lui disait qu’il l’aimait ?

 

— Shion aime…

 

— Non ! Pas comme cela. Shion, tu existes. Arrête de parler de toi à la troisième personne. Tu es en face de moi alors, dis-le-moi !

 

            Shion grimaça. Il essaya plusieurs fois de sortir la phrase que désirait le français, mais il butait toujours. Combien de fois tenta-t-il ? Il ne serait pas le dire. Il commençait sérieusement à déprimer. Hans ne se laisserait pas approcher plus près tant qu’il ne lui dirait pas normalement son amour. Fataliste, Shion céda. Il posa son front sur la poitrine de Hans. Le français soupira. Il passa une main tendre dans les cheveux bleus un peu en bataille.

 

— Regarde-moi, Shion !

 

            Le japonais releva la tête. Il fixa les yeux magnifiquement verts du jeune homme. Posant une main sur chaque joue de Shion, Hans le rassura :

 

— Prends tout le temps dont tu as besoin, Shion. Je ne vais pas m’enfuir entre temps. De toute façon, comment veux-tu que je m’échappe ? Ne suis-je pas emprisonné contre toi ?

 

            Apercevant une certaine détresse dans le regard noir, Hans s’en voulut un peu de le forcer, mais il voulait l’aider aussi, même un peu.

 

— Je sais que tu as peur. Mais, je le suis tout autant. J’ai déjà aimé à la folie et j’ai tout perdu. J’ai la trouille de recommencer. Pourtant, si c’est avec toi, je veux bien tenter. Tu le veux aussi, pas vrai ?

 

            Shion hocha la tête. Il se laissa tomber contre le français de tout son poids. Il enfouit son visage dans le cou, respirant l’odeur un peu épicée. Hans entoura ce corps entre ses bras. Son cœur fit un bon quand il entendit faiblement.

 

— Je… je aime Hans.

 

            Hans poussa un petit cri de victoire. Ses bras remontèrent vers le cou. Il força Shion à se redresser. Celui-ci affichait un sourire ravi. Leurs regards se croisèrent et ne se quittèrent plus pendant un moment. Puis, Shion se jeta sur les lèvres trop tentantes du français. Un baiser brulant de passion retenue depuis longtemps les fit chavirer. Hans oubliait tout. Il ne pensait plus qu’à cette langue envoutante qui le titillait encore plus.

 

            Shion fit parcourir ses mains sur tout le corps avec délectation. Il allait pouvoir enfin gouter à cette peau qu’il désirait depuis le premier jour. Il se mit en devoir de débarrasser son partenaire de sa chemise avant d’en faire autant avec la sienne. Il tenta bien de ne pas quitter les lèvres enfiévrées, mais il dut se résoudre à s’en séparer un instant pour se retirer le reste de ses affaires.

 

            Hans râla en ne sentant plus la chaleur. D’un regard un peu flou, il observa son compagnon se déshabiller. Shion avait un corps de rêve pour une personne d’une quarantaine d’années. Il avait malgré son passé une vitalité assurée et une santé irréprochable. Il le montra aisément à Hans. Le jeune français semblait bien gauche face aux caresses pleines d’expérience de Shion.

 

            C’était très étrange pour Hans. Il avait toujours été celui qui donnait, il n’avait pas l’habitude de recevoir autant. Shion parcourait son corps de font en comble sans laisser une seule parcelle de peau s’échapper à sa vigilance. Il traquait toute sensation faisant réagir son compagnon de plaisir. Hans essaya de temps en temps à prendre le dessus afin de donner à son tour. Mais, Shion l’en empêchait. Il avait même fini par lui coincer les poignets de chaque côté de sa tête afin d’être tranquille pour le dévorer encore plus.

 

            Hans, la tête rejetée en arrière, perdait pied de plus en plus. Shion lui titillait les tétons avec délectations avant de glisser une langue de feu vers un nerf ultra sensible et tendu. Il se mit en devoir de le sucer ou de le lécher du bout de la langue faisant crier le jeune français. Shion pouvait le remarquer. Hans tentait de résister à ses pulsions. La raison de Hans le forçait à s’échapper à cette luxure, mais Shion l’en empêcherait. Il continua à harceler le jeune homme jusqu’à ses derniers retranchements.

 

            Quand Shion passa à l’étape suivante en glissant une main sous les fesses, il sentit Hans se raidir, mais il fut rassuré. Le jeune français ne tenta pas de l’arrêter. Alors, il saisit la chance donnée, il introduit un doigt dans cette intimité où aucun autre homme n’était encore passé. La raison de Hans chavira aussitôt. Il oublia sa résistance. Il se laissa dompter par cet homme dont ses sentiments résonnaient en parfaite harmonie avec les siennes.

 

            Shion le prépara avec douceur et patience. Hors de question de faire du mal à sa lumière, il voulait lui donner une première fois inoubliable, remplie de tendresse et d’amour. Shion se redressa un moment pour embrasser à nouveau à pleine bouche ce garçon aimé. Hans lui entoura aussitôt les bras autour du cou. Il voulait plus maintenant. Il ne reculerait plus. Il redressa les jambes contre celles de Shion comme une invite. Le japonais ne se fit pas attendre. Il s’enfonça lentement jusqu’à plus profond qu’il put.

 

            Hans enfonça ses doigts sur la peau du dos de Shion. Il enfouit son visage également contre le cou afin de cacher la légère grimace de douleur. Il ne voulait pas que Shion se sente coupable de lui faire mal. Shion attendit encore un peu afin d’habituer ce corps au sien puis, ne pouvant plus tenir, il se mit à bouger et à bouger. Leurs souffles, leurs halètements, leurs cœurs battaient à l’unisson. Petit à petit, les mouvements se firent de plus en plus rapides leur faisant perdre tout sens commun jusqu’à l’épanouissement total.